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Méthodologie d'explication de texte en philosophie

Le document présente une méthodologie pour l'explication de texte en philosophie, en se concentrant sur l'œuvre de Weber. Il décrit comment structurer une introduction en trois paragraphes, en abordant la thèse du texte, les concepts clés et les enjeux philosophiques. L'accent est mis sur l'importance de la présentation claire et organisée pour faciliter la compréhension du correcteur.

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Méthodologie d'explication de texte en philosophie

Le document présente une méthodologie pour l'explication de texte en philosophie, en se concentrant sur l'œuvre de Weber. Il décrit comment structurer une introduction en trois paragraphes, en abordant la thèse du texte, les concepts clés et les enjeux philosophiques. L'accent est mis sur l'importance de la présentation claire et organisée pour faciliter la compréhension du correcteur.

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Commentaire de texte

Philosophie : méthodologie appliquée à un texte (Weber)

Nom
Prénom
Classe

Observations :

I/ La méthode

*Introduction :
L’introduction d’une explication de texte, en philosophie, se divise principalement en trois paragraphes,
que je vous demande de bien faire paraître au correcteur en mettant un alinéa et en faisant des blocs distincts,
mais sans sauter de lignes entre les blocs. On ne saute de lignes qu’entre nos parties. Vous allez suivre
exactement le modèle que je vais vous présenter afin de rendre agréable la lecture de votre copie. Cela facilitera
tout le monde : vous à penser (il vaut mieux être organisé dans sa pensée en créant des blocs qui ont une unité),
et le correcteur à lire et juger. Les trois paragraphes sont les suivants :
1) Le premier paragraphe : l’amorce et la mise en bouche.
Tout d’abord, vous partez d’un questionnement général qui a un rapport direct avec votre texte afin de
produire un effet de « mise en bouche ». Imaginez un banquet ou un mariage : la plupart du temps, le style des
entrées va annoncer la couleur ou en tout cas nous faire deviner le style de repas auquel appartiendra le plat
de consistance. Si on commence la soirée en mangeant des petites verrines style gastronomie française et pas
des fricassés style gastronomie maghrébine, on s’imagine et on intuitionne que le repas sera plutôt minimaliste,
peu gras, peut-être un peu pingre en quantité (mais délicieux), ce qui n’est pas le cas, par exemple, des grands
mariages tunisiens. Bon, eh bien ici, c’est pareil ! Vous dites à vos invités (vos correcteurs) : j’ai compris le
texte, ne vous inquiétez pas, mais d’abord je vous en montre l’enjeu et le questionnement concret, général
(mise en bouche) avant de vous dire que notre texte, ce beau texte que vous nous avez donné à expliquer (plat
principal) répond bien à cette question, ou en tout cas soulève une problématique approchante. Imaginez un
entonnoir : vous allez des remarques les plus générales aux remarques les plus précises dans une introduction.
Pour cela, il faut identifier au préalable :

1) De quoi parle le texte et quelle est sa thèse principale ! (L’objet du texte)


2) A quelle(s) notion(s) le texte se rapporte explicitement (si vous avez un texte sur l’état de
nature chez Hobbes, vous savez que la notion à réinvestir est celle de nature, entre autres bien
sûr) ! (Le conceptualité du texte)
3) A quelle branche de la philosophie on peut possiblement avoir affaire (pour cela, aidez-vous
du titre si, et seulement si, il est éclairant : un texte de Rousseau qui s’appelle Discours sur les
fondements de l’inégalité parmi les hommes, vous met tout de suite au parfum, et ce peu
importe que le texte parle explicitement d’inégalité ou pas). (Le domaine de compétences du
texte)
4) Par quels procédés et raisonnements de pensée l’auteur ou l’autrice arrivent-t-ils à démontrer
la thèse qu’ils veulent défendre ! Comment arrivent-t-ils à nous convaincre (par un type de
vérité énoncée) et nous persuader (mode du discours) (L’argumentation du texte)
5) Enfin, pas toujours mais cela peut arriver : à qui est adressé ce texte ? Une lettre philosophique
de Cicéron à son fils, par exemple, expliquera un peu mieux certains points, par exemple
pourquoi Cicéron insiste plutôt dans le texte sur les devoirs familiaux et d’amour que sur les
devoirs de justice (Le lectorat du texte et l’effet visé par le texte)
Dites-vous que ce premier paragraphe est une amorce : il amorce votre questionnement au sens propre, il
le démarre. Cette amorce peut prendre des formes variées : une expérience de pensée (le dilemme de Jim par
exemple), un film, un roman (Sa Majesté des mouches par exemple) qui mettent en lumière, problématisent
la thèse-même du texte. Plus vous tapez dans le mille, mieux c’est.
Pour le texte de Weber que nous allons faire ensemble, commencer par parler du dilemme de Jim, c’est
tout de suite rentrer dans le bain de ce dont parle Weber : Jim a la liberté et le choix entre être utilitariste ou
déontologue, et cette tension entre les deux positions est un pari dans l’existence, quelque chose de tragique,
d’irrésorbable parce qu’on ne peut pas à la fois vouloir sauver son intégrité morale (ne pas tuer de ses propres
mains l’indien) et en même temps sauver la plus grande quantité de personnes possibles pour maximiser le
bonheur pour le plus grand monde. Je dois choisir : soit j’admets qu’une action est morale quand les
conséquences sont bonnes, soit j’admets que je suis une bonne personne, une personne morale, si je sauve
mon intégrité et reste fidèle à mes principes, dont le plus important est : tu ne tueras point.
Peu importe ce que je choisis, je suis « fichu » : il y aura un gain et une perte, il y aura de toute manière
un coût à mon action. Plus encore, quand je fais un choix plutôt qu’un autre, je dis qui je suis, quelle est ma
conviction, quelle éthique est la mienne. « Je suis la série de mes actions » dira Hegel pour affirmer la
responsabilité humaine de chacun de nos actes. Sartre dira après lui : chaque fois que je fais un choix pour
moi, je fais un choix pour tous, je choisis l’homme tel que je veux qu’il soit et tel que je veux que la société
le conçoive : si je choisis de tuer l’indien, je choisis sur le long terme que les hommes vraiment moraux
devraient être tous des utilitaristes. Ma responsabilité est collective, dit Sartre : chacun de mes actes représente
l’humanité telle que je voudrais qu’elle soit et telle que, selon moi, elle devrait être. Faire le choix utilitariste
suppose donc une responsabilité collective et universelle, pas seulement une responsabilité personnelle.
Passons : cet exemple du dilemme de Jim introduit exactement à ce dont parle Weber, à savoir qu’entre
éthique de la conviction et éthique de la responsabilité, il faut faire un choix, et ce choix exprime une certaine
vision de l’humanité, a ses avantages et ses inconvénients. On ne peut être et l’un et l’autre tout simplement
parce que l’écart est trop grand entre les deux éthiques, et dès lors vous définissez éthique avec vos propres
mots : l’éthique est un mode de conduite des hommes qui s’appuie un critère. L’éthique ne renvoie pas tout de
suite à quelque chose de moral : ce qui est éthique renvoie d’abord étymologiquement à l’action humaine, à
la liberté de l’action humaine quand, dans la pratique, elle est réglée par un principe et fait des choix, délibère,
décide. Cependant, par définition, il s’avère que trouver des critères pour régler son action suppose de penser,
notamment, quel critère nous permettrait d’être moral, càd accomplir l’action la meilleure possible par rapport
à autrui. L’inverse est moins vrai : il est rare que, dans la pratique, un méchant se demande rationnellement le
critère exact pour qu’une action soit vraiment la plus mauvaise possible et avec le plus de style, même si cela
arrive chez les sadiques, les cruels et les méchants protocolaires (pensez au nazisme ou encore aux tueurs en
série souvent très intelligents dans leur choix des moyens pour arriver à leurs fins). Donc éthique et morale
vont conventionnellement ensemble : dans la pratique, on tente de déterminer les critères pour qu’une conduite
de notre action (l’éthique) soit toujours bonne (càd morale).

2) Le deuxième paragraphe : « rentrer dans le lard ». Présentation du texte, de sa thèse et de ses


enjeux.
Une fois la mise en bouche sympathiquement instaurée (et j’insiste, cette mise en bouche doit, dans l’idéal,
plaire et instruire le correcteur), vous y allez franchement. Vous avez préparé le terrain, vous l’avez arrosé,
maintenant il faut semer vos graines et en attendre des résultats. Vous dites par exemple : comme le montre le
dilemme de Jim, il nous faut choisir, et ce choix est tragique, parce qu’aucune des deux solutions n’est bonne
et qu’aucune des deux solutions n’est miscible l’une avec l’autre : nous voilà dans une impasse ou plutôt dans
la nécessité d’un choix absolu. « C’est ce à quoi semble renvoyer le texte de Weber, tiré de son ouvrage Le
Savant et le politique, dans lequel il défend que… » Ici vous présentez la thèse franchement, telle que vous
l’avez comprise, mais aussi en tant qu’elle vous questionne, qu’elle pose un problème philosophique majeur.
Comment choisir entre le critère de l’intégrité d’un côté, et de l’efficacité de l’autre ? Weber ne répond pas à
cette question, il se contente (et là vous poursuivez la thèse, vous dépliez la manière dont Weber la développe
lui-même) de dire l’attitude de chaque éthique quand elle échoue à produire une action dont les conséquences
sont bonnes. Pour l’homme de conviction, c’est de la faute des hommes et le monde est mal fait, tandis que
pour l’homme de responsabilité, la réponse est plus humble : il se contente de dire que sa prévision n’était pas
assez bonne, que son échec lui est toujours imputable à lui, et à personne d’autre : l’homme de la responsabilité
prend tout sur lui sauf l’imprévisible, voire peut-être un peu trop (Syndrome du sauveur ou du héros ? pas
vraiment). En tout cas, vous pouvez par exemple vous tenter à une hypothèse, à savoir qu’ici Weber semble
avoir beaucoup plus de sympathies pour l’homme de responsabilité, qui ne paie pas de mine mais ne tombe
jamais dans l’extrême parce qu’il accepte des exceptions à ses convictions, contrairement à l’homme de
conviction, qui peut devenir fanatique et même devenir un responsabiliste provisoire et dangereux pire
l’homme de la responsabilité lui-même parce qu’il se sert de ce responsabilisme au nom de sa cause, qu’il
défend avec passion, trop de passion (on va le voir). Mais pourquoi ? A quoi ces deux hommes peuvent-ils
renvoyer historiquement et actuellement dans la tête de Weber, dans son quotidien qui fut le sien de
l’Allemagne des années 1880 – 1910 (n’oubliez pas la première guerre mondiale, et Weber parle du chef
militaire dans son texte !). Réfléchissez, ancrez les choses et les concepts de Weber dans le réel. L’homme de
conviction, c’est le prêtre ou le syndicaliste zélé, celui qui prend sa cause pour la seule réelle et authentique,
qui y met toute sa passion, tandis que l’homme de responsabilité, ce peut être le philosophe politique ou
l’homme politique à la Machiavel, qui a une capacité de prévision des choses à long terme et souhaite prescrire
une éthique spécifique par exemple de Care (prendre soin de l’humanité sur le long terme) : c’est ce genre
d’éthique des conséquences qui permettent aujourd’hui de défendre le devoir écologique par exemple.
N’hésitez pas à ramener à vos réalités ce qui ne paraissent être que les théorisations d’un philosophe. Ce
philosophe a eu une vie, des convictions, un désir de rendre compte du monde qui était le sien et qui a tenté
d’en comprendre les structures, les lignes principales. Weber connait autant les faux politiques qui font des
promesses en se faisant passer pour des hommes responsables que des hommes qui, en faisant ce qu’ils avaient
promis, ont eu une éthique impeccable.
Bref, dépliez la thèse : que dit-elle exactement et qui serait différent d’autres thèses parentes ou communes
(montrez ce que n’est pas une thèse avant de dire ce qu’elle est, fonctionnez pas distinctions et suppressions
pour mieux viser juste) ? Comment se développe-t-elle et quelle est l’argumentation, de quel genre est-elle
(logique, politique, morale etc.) ? Où Weber s’arrête-t-il dans la discussion ? Y’a-t-il des limites à sa
conception ? (Gardez cette question pour la fin de votre devoir et notamment la conclusion).
Une fois la thèse présentée et bien dépliée dans son détail, vous montrez les chemins méthodologiques, les
moyens qu’emprunte Weber : quels exemples prend-t-il et pourquoi ? oublie-t-il sur le chemin d’autres
éthiques et est-il réducteur en réduisant nos choix entre deux attitudes, et si oui, le fait-il exprès ? Le texte
parle-t-il d’éthiques au sens uniquement moral comme avec ce que nous faisons sur Kant, ou le point de vue
semble-t-il ancré dans une problématique plus politique qui expliquerait pourquoi Weber associe très vite une
éthique à des agents sociaux (le syndicaliste par exemple) ? Si oui, en quel sens ? Questionnez-vous, Weber
n’est pas bête, il sait que, dans le détail et selon les circonstances, nous agissons à notre sauce. A ce titre, la
seule analyse littéraire entre guillemets que vous aurez à faire, c’est une analyse de sa rhétorique : comment
s’y prend-il pour exposer la thèse et nous convaincre, et selon quel cadre posé, quelle ambiance générale du
texte ? Une fois tous ces jalons posés, vous passez à la problématisation, vous dites par exemple : dans quelle
mesure l’opposition irréductible entre les deux éthiques que présente Weber nous engage-t-elle à réfléchir sur
le rapport dangereux que nous entretenons à nos propres actions, surtout lorsque nous échouons à être moral
ou en tout cas lorsque nous produisons des actions désastreuses ? ou alors : « en quoi le rapport éthique que
nous avons au monde, et qui nous pousse à accomplir moralement notre devoir selon deux modalités possibles,
bute-t-il devant la réalité des moyens malhonnêtes dont nous devons user dans les affaires humaines pour
arriver à nos fins ? » en gros : « dans quelle mesure ces deux éthiques rencontrent une grande difficulté devant
l’adage « les fins justifient les moyens » qui les force à renier leur idéal, leurs principes ? » : votre question
est importante parce qu’elle oriente quelque peu votre commentaire. Dans la première question, je me
concentre sur l’opposition entre les deux éthiques, qui est la thèse du début du texte, et je la questionne. Dans
la deuxième question, je prends pour acquise l’opposition entre deux éthiques et je prends comme cœur de ma
réflexion le problème de la fin du texte, à savoir que peu importe qu’on soit d’un bord comme de l’autre,
l’éthique et le « devoir-être » rencontrent toujours la réalité politique des affaires humaines, une réalité faite
de moyens immoraux et qui suppose un certain cynisme. L’agent moral et sa théorie butent devant les faits et
la pratique, en quelque sorte. Dans ces cas-là, comment réagir, et cette réalité des faits ne vient-elle pas elle-
même contaminer l’éthique et l’empêcher de se tenir « droite dans ses baskets » ? Sur cette question, il est
tout de même facile de voir que Weber attaque surtout l’éthique de conviction, il la développe bien plus dans
son danger que l’éthique de responsabilité. Je prendrai un autre chemin encore que ces deux problématiques
pour vous exposer un modèle exigeant, duquel vous pourrez vous inspirer pour essayer d’aspirer au meilleur.

3) Troisième paragraphe : annonce de plan.


Vous avez découpé le texte pendant votre préparation, et vous l’avez découpé linéairement et selon des
coupures « logiques », qui proposent et donnent à voir une unité dans le propos. On sent tout de suite quand
un auteur change de ton, de registre, qu’il passe, après sa présentation, au développement d’un aspect de la
thèse par exemple. Ici, on a clairement trois parties, et je vous rappelle qu’il n’y a pas un seul bon découpage,
que vous pouvez aussi faire selon ce que vous pensez être logique dans l’argumentation. Parfois, on décale de
plusieurs lignes nos parties, on trace des frontières un peu différentes, ce n’est pas grave. Il faut que ce soit
justifié. Un exemple parmi d’autres de plan :
1 – Première partie : Weber présente deux éthiques qu’il dit irréductibles entre elles. Choisir l’une, c’est
rejeter l’autre, c’est faire un choix qui déterminera ce qu’on considère être le critère de l’action morale :
l’intention, la conviction, l’intégrité ou la conséquence, la responsabilité. On peut ramener cette classification
moderne au débat rebattu et ancien entre utilitarisme et déontologie (même si un bon commentaire se demande
aussi si l’opposition est ici exactement la même ou pas). Après il faut rentrer dans le détail du propos pour
rendre la partie intéressante, cf. Corrigé.
2 – Deuxième partie : Weber développe un aspect de l’opposition entre les deux éthiques en montrant
comment chacune réagit en cas « d’échec ». Il met en situation cette opposition et même l’impossibilité du
dialogue entre les deux, qui est souvent de mauvaise foi ! (ça va plus loin qu’une simple opposition logique,
c’est une opposition doctrinale, politique, passionnée, irrationnelle, qui en appelle à ce qu’on croit être
définitivement le « bon » sens moral). Weber rend concrète l’incommunicabilité entre les deux en explicitant
des comportements humains qu’on a tous déjà vus à l’œuvre (comme l’homme qui dit : « bah moi mon
intention était bonne j’ai fait la bonne action, mais les hommes sont idiots ils font mal les choses, ce n’est pas
de ma faute s’ils réagissent mal ! »). === que la deuxième partie soit toujours un peu plus grande ou
déséquilibrée par rapport à la première n’est pas grave mais normale.
3 – Troisième partie : Weber opère pourtant un renversement dans le propos en expliquant que ces deux
éthiques, pourtant opposées, rencontrent pourtant sur leur chemin un obstacle commun : celui de la réalité
politique des affaires humaines, qui usent souvent de moyens malhonnêtes et immoraux pour arriver à des fins
dites « bonnes ». La moralité de l’homme se trouve alors confrontée à un questionnement classique sur les
moyens et les fins, et il s’agit de se demander si, face à cette réalité qui veut que les fins justifient les moyens,
ces éthiques peuvent se prémunir de la distance entre être (ce qui est dans les faits) et devoir-être (ce que nous
devons faire idéalement, ce que le devoir nous prescrit d’accomplir, dirait Kant), entre ce que je dois faire
idéalement et les moyens qu’on use dans les faits pour y parvenir. L’idéal et le réel s’opposent, et face à cette
opposition, Weber semble montrer que l’éthique de la conviction est la plus fragile et dangereuse, la plus
corruptible aussi (paradoxalement, c’est celui qui se présente comme le plus incorruptible et juste en ses
principes indéboulonnables qui est le moins incorruptible et le moins juste), pour une raison qu’il faudra tenter
d’éclairer par nous-mêmes, Weber ne nous donnant pas la justification de cette thèse. La troisième partie est
donc aussi un moment d’invention, d’hypothèse par rapport à ce que fait le texte, mais pas seulement : c’est
un moment où on peut, si on s’en sent la capacité, montrer les limites de l’approche de Weber.
Vous voyez qu’on est dans l’ordre des idées et non dans la présentation de figures de styles abstraites qui
viendraient servir un propos littéraire.
En conclusion :
On refait les étapes de ce qu’on a dit en insistant sur les liens logiques et le contenu principal de
l’argumentation. Et si on a bien appris son cours (et les textes que le professeur se casse la tête à trouver,
découper et mettre sur le moodle ) , on peut montrer comment Weber critique l’homme de conviction de la
même manière que Machiavel regardait l’homme trop moral : comme quelqu’un qui, en voulant tout faire
bien et en ayant réellement des vertus incorruptibles, fait, dans le champ politique, plus de mal que de bien
car il prévoit mal l’effet de ses actions et s’en arrête à sa seule intention privée et personnelle. L’homme de
conviction manque de ruse et oublie de rester dans la réalité, dans les faits : il vaut mieux feindre d’avoir des
qualités que les avoir vraiment. Machiavel dit en substance : soyons toujours des êtres moraux dès que nous
le pouvons (évidemment), mais quand la situation politique requiert plus de ruse, il nous faut faire preuve de
force et de ruse, être le lion et le renard, et user d’une vertu seulement avec parcimonie. Je vous donne un
exemple qui est dans le chapitre XV du Prince : la vertu de la libéralité. Machiavel entreprend d’analyser une
qualité du Prince, en l’occurrence la « libéralité », au sens de la générosité au sens large du terme, en l’opposant
au défaut de parcimonie ou d’avarice. Il admet qu’être considéré comme généreux par le peuple est bien sûr
une bonne chose mais il précise que la véritable générosité ne peut être ostentatoire. En effet, pour un prince,
le danger à rechercher une réputation d’homme généreux est d’engendrer des situations de dépenses inutiles
pour l’État et de pauvreté en retour pour le peuple, qui aura alors plus d’impôts à payer vu la diminution du
budget de l’Etat. Les dépenses d’Etat favorables au peuple sont alors supprimées lorsque le contexte devient
défavorable, et cela amènera au Prince une réputation de pingre ou d’avare dans le meilleur des cas et souvent
celle de « méprisable et odieux ». Par conséquent, mieux vaut pour le prince se satisfaire d’une réputation
d’homme économe et d’utiliser les ressources de l’État avec parcimonie, ce qui lui fera d’ailleurs une
excellente réputation durant les temps difficiles, et surtout, ce qui fera que sur le long terme, son peuple restera
prospère, sans trop d’impôts, et avec assez d’argent pour bien vivre. La distinction entre court et long terme
est essentiel ici, et montre bien qu’on produit plus de mal que de bien en suivant à la lettre sa conviction.
XV : Des choses pour lesquelles les hommes, et surtout les princes, sont loués ou blâmés.
(Le Prince, Machiavel)

« Il reste maintenant à voir quels doivent être les façons et les gouvernements d’un prince
envers ses sujets ou ses amis. Et, parce que je sais que beaucoup ont écrit à ce propos, je crains, en
écrivant moi aussi, d’être tenu pour présomptueux d’autant que je m’écarte, en disputant de cette
matière, de l’ordre des autres. Mais puisque mon intention est d’écrire chose utile à qui l’entend, il
m’est apparu plus convenable de suivre la vérité effective de la chose que l’image qu’on en a. Et
beaucoup se sont imaginés républiques et principats dont on n’a jamais vu ni su qu’ils existaient
vraiment. En effet, il y a si loin de la façon dont on vit à celle dont on devrait vivre que celui qui laisse
ce que l’on fait pour ce qu’on devrait faire apprend plutôt sa ruine que sa conservation : car un homme
qui voudrait en tout point faire profession d’homme bon, il faut bien qu’il aille à sa ruine, parmi tant
d’autres qui ne sont pas bons. Aussi est-il nécessaire à un prince, s’il veut se maintenir, d’apprendre à
pouvoir ne pas être bon, et d’en user et de n’en user pas selon la nécessité. Laissant donc de côté les
choses imaginées à propos d’un prince et examinant celles qui sont vraies, je dis que tous les hommes,
quand on parle d’eux, et surtout les princes, car ils sont placés plus haut, sont désignés par certaines
de ces qualités qui leur procurent blâme ou louange. Et c’est-à-dire que tel est tenu libéral, tel autre
misero (je me sers d’un terme toscan, parce qu’avaro – « avare » – dans notre langue est aussi celui
qui désire avoir par rapine ; et nous appelons misero – « ladre » – celui qui s’abstient trop d’user de
son bien) ; tel est tenu donneur, tel autre rapace ; tel cruel, tel autre pitoyable ; l’un parjure, l’autre
fidèle ; l’un efféminé et pusillanime, l’autre farouche et courageux ; l’un humain, l’autre orgueilleux ;
l’un lascif, l’autre chaste ; l’un entier, l’autre rusé ; l’un dur, l’autre facile ; l’un grave, l’autre léger ;
l’un religieux, l’autre incrédule et ainsi de suite. Et je sais que chacun confessera que ce serait chose
très louable que l’on trouvât un prince ayant, parmi toutes les qualités susdites, celles qui sont tenues
pour bonnes. Mais comme on ne peut les avoir ni les observer entièrement, car les conditions humaines
ne le permettent pas, il lui est nécessaire d’être assez prudent pour savoir fuir l’infamie de celles qui
lui ôteraient son état et, quant à celles qui ne le lui ôtent pas, pour savoir s’en garder, si cela lui est
possible ; mais s’il ne le peut pas, il peut s’y laisser aller avec moins d’égards. Et etiam qu’il ne se
soucie pas d’encourir l’infamie de ces vices sans lesquels il pourrait difficilement sauver son état ; en
effet, tout bien considéré, on trouvera quelque chose qui paraît une vertu et, s’il la suit, il irait à sa
ruine, et quelque autre qui paraît un vice et, s’il la suit, il en naît pour lui sûreté et bien-être. »

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