LE DISCOURS THÉÂTRAL
Une introduction accessible
Introduction
Bonjour à tous ! Aujourd'hui, nous allons découvrir ensemble ce qu'est le discours théâtral.
Pour faire simple, le discours théâtral, c'est tout ce qui est dit sur scène par les personnages
d'une pièce de théâtre. Mais ce n'est pas juste des mots comme dans un roman : au théâtre,
les paroles sont faites pour être dites à voix haute, par des acteurs, devant un public.
Imaginez la différence entre lire un message texte et parler face à face avec quelqu'un. Au
théâtre, les mots prennent vie grâce aux acteurs, à leur voix, leurs gestes, et même leurs
silences !
I. Les principales formes du discours théâtral
A. Le dialogue
Le dialogue est la forme la plus courante au théâtre. C'est quand deux ou plusieurs
personnages parlent entre eux. Prenons un exemple simple dans une pièce très connue, "Le
Malade imaginaire" de Molière. Dans cette scène, Argan (qui se croit toujours malade) parle
avec Toinette (sa servante) :
ARGAN : Toinette !
TOINETTE : Monsieur ?
ARGAN : Comment va mon médicament ?
TOINETTE : Votre médicament ? Il a fait un effet merveilleux !
ARGAN : Comment ?
TOINETTE : Oui, vous avez dormi pendant quatre heures !
ARGAN : Mais ce n'est pas ce que le médecin voulait !
J'ai choisi cet exemple car il montre parfaitement comment le dialogue au théâtre peut être
à la fois drôle et révélateur des personnages. Argan est obsédé par sa santé et ses
médicaments, tandis que Toinette, plus sensée, essaie de lui montrer l'absurdité de la
situation avec humour. Le dialogue permet de faire avancer l'histoire tout en divertissant le
public.
B. Le monologue
Le monologue, c'est quand un personnage parle seul, souvent pour exprimer ses pensées
intimes. Voici un exemple célèbre tiré de "Hamlet" de Shakespeare. Dans cette scène,
Hamlet réfléchit à la vie et à la mort :
HAMLET : Être ou ne pas être, telle est la question.
Est-il plus noble pour l'âme de souffrir
Les coups et les flèches d'une injuste fortune,
Ou de prendre les armes contre une mer de troubles,
Et en s'opposant à eux, y mettre fin ?
J'ai choisi cet exemple car c'est probablement le monologue le plus connu du théâtre
mondial. Il nous montre comment un personnage peut partager ses doutes les plus profonds
avec le public. Hamlet hésite entre continuer à vivre dans la souffrance ou mettre fin à ses
jours. Ce moment est crucial dans la pièce car il nous fait comprendre l'état psychologique
du personnage. Dans la vie réelle, on ne dit pas nos pensées à voix haute comme ça, mais au
théâtre, le monologue est une façon de nous faire entrer dans la tête du personnage.
C. L'aparté
L'aparté, c'est quand un personnage dit quelque chose que seul le public peut entendre,
mais pas les autres personnages sur scène. C'est comme un petit secret partagé avec les
spectateurs. Voici un exemple de la pièce "Le Barbier de Séville" de Beaumarchais :
FIGARO (parlant au Comte) : Oui, Monsieur, je ferai exactement ce que vous demandez.
(Se tournant vers le public) : Comme s'il avait la moindre chance de réussir son plan ridicule !
LE COMTE : Tu as dit quelque chose, Figaro ?
FIGARO : Moi ? Rien du tout, Monsieur !
J'ai choisi cet exemple car il montre parfaitement la complicité que l'aparté crée entre le
personnage et le public. Figaro dit une chose au Comte, mais révèle sa vraie pensée
uniquement aux spectateurs. C'est une technique qui crée souvent de l'humour et qui nous
permet de comprendre ce que le personnage pense vraiment, par opposition à ce qu'il dit
aux autres personnages.
II. Les fonctions du discours théâtral
A. Faire avancer l'histoire
Au théâtre, les paroles font avancer l'action. Prenons l'exemple de "Roméo et Juliette" de
Shakespeare. Lorsque Roméo apprend (par un messager qui lui parle) que Juliette est morte,
il décide de se suicider :
LE MESSAGER : Sa beauté illumine désormais le caveau, car Juliette repose maintenant
parmi les anges.
ROMÉO : Est-ce vrai ? Alors je défie les étoiles ! Je sais maintenant ce que je dois faire. Cette
nuit même, je reposerai auprès de Juliette.
J'ai choisi cet exemple car il montre comment une simple information transmise par la
parole change complètement le cours de la pièce. C'est parce que Roméo apprend cette
nouvelle (qui est en fait fausse - Juliette n'est pas morte) qu'il va prendre la décision fatale
de se suicider, ce qui mènera à la fin tragique que l'on connaît. Au théâtre, les mots ont donc
un pouvoir immense : ils peuvent littéralement changer le destin des personnages.
B. Révéler les personnages
La façon dont un personnage parle nous dit beaucoup sur qui il est. Prenons un exemple
dans "L'Avare" de Molière. Voici comment parle Harpagon, l'avare qui donne son nom à la
pièce :
HARPAGON : Ah mon pauvre argent ! Mon cher ami ! On m'a privé de toi ! Et maintenant
que tu m'es enlevé, j'ai perdu mon soutien, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi,
et je n'ai plus rien à faire dans ce monde ! Sans toi, il m'est impossible de vivre. C'en est fait,
je ne puis plus tenir, je me meurs, je suis mort, je suis enterré !
J'ai choisi cet exemple car il montre parfaitement comment la parole révèle la personnalité
d'Harpagon. Son amour excessif pour l'argent se voit dans la façon dont il parle à son trésor
volé comme s'il s'agissait d'une personne qu'il aime. Il utilise des mots très forts ("je me
meurs", "je suis mort") juste pour parler de la perte d'argent. Cela nous montre à quel point
son avarice est profonde et définit entièrement son caractère.
III. La double énonciation : une spécificité du théâtre
Une particularité importante du discours théâtral est ce qu'on appelle la "double
énonciation" : quand un personnage parle sur scène, il s'adresse à la fois à un autre
personnage ET au public qui regarde.
Prenons l'exemple d'une scène de "Tartuffe" de Molière, où Elmire (la femme d'Orgon) piège
Tartuffe (un faux dévot) pour dévoiler sa vraie nature à son mari. Orgon est caché sous une
table :
TARTUFFE (à Elmire) : Je vous aime, Madame, et mon amour ardent...
ELMIRE : Parlez plus bas, je vous prie. Je crains que mon mari puisse nous entendre.
TARTUFFE : Votre mari ? Ha ! C'est un sot qui ne voit rien ! Nous pouvons le tromper
facilement.
J'ai choisi cet exemple car il montre parfaitement cette double énonciation. Pour Tartuffe, il
parle simplement à Elmire, ignorant qu'Orgon entend tout. Pour le public, chaque mot a une
double signification : nous savons qu'Orgon entend et nous anticipons sa réaction quand il
découvrira la vérité. Cette situation crée une tension dramatique et comique à la fois.
IV. L'évolution du discours théâtral
Le langage théâtral a beaucoup changé avec le temps. Comparons deux exemples :
1. Théâtre classique (17e siècle)
Dans "Phèdre" de Racine, Phèdre avoue son amour interdit pour Hippolyte :
PHÈDRE : J'aime. Ne pense pas qu'au moment que je t'aime,
Innocente à mes yeux, je m'approuve moi-même,
Ni que du fol amour qui trouble ma raison,
Ma lâche complaisance ait nourri le poison.
2. Théâtre contemporain (20e siècle)
Dans "En attendant Godot" de Samuel Beckett :
ESTRAGON : Rien ne se passe, personne ne vient, personne ne s'en va, c'est terrible.
VLADIMIR : Je commence à le croire... J'ai longtemps résisté à cette pensée.
J'ai choisi ces deux exemples pour montrer le contraste énorme entre les styles. Phèdre
parle en vers (alexandrins), avec un langage noble et soutenu. C'est compliqué, formel, et
suit des règles strictes. En revanche, les personnages de Beckett parlent simplement, avec
des phrases courtes et un vocabulaire ordinaire. Ce changement reflète l'évolution de la
société : le théâtre classique s'adressait à une élite cultivée, tandis que le théâtre moderne
cherche souvent à être plus accessible et à refléter la façon dont les gens parlent réellement.
V. Des exemples de discours théâtral dans différents genres
A. La comédie
Dans une comédie, le discours vise souvent à faire rire. Prenons un exemple des "Fourberies
de Scapin" de Molière. Dans cette scène, Scapin (un valet rusé) raconte à Géronte (un vieil
homme avare) comment son fils aurait été enlevé par des Turcs sur une galère :
SCAPIN : Ces Turcs, voyez-vous, sont des gens qui n'entendent point de raison, et ils vous
ont pris votre fils. Ils demandent une rançon.
GÉRONTE : Mais qu'allait-il faire dans cette galère ?
SCAPIN : Il ne songeait pas à ce qui est arrivé.
GÉRONTE : Mais qu'allait-il faire dans cette galère ?
SCAPIN : Il a été pris par le malheur.
GÉRONTE : Mais qu'allait-il faire dans cette galère ?
J'ai choisi cet exemple car il montre comment la répétition ("Mais qu'allait-il faire dans cette
galère ?") devient comique. Au lieu de s'inquiéter pour son fils, Géronte ne pense qu'à
l'argent qu'il va perdre. Cette répétition est devenue une expression célèbre en français. Le
discours comique joue souvent sur les répétitions, les malentendus ou les jeux de mots.
B. La tragédie
Dans une tragédie, le discours est souvent poétique et exprime des émotions intenses.
Prenons un exemple d'"Antigone" de Jean Anouilh, où l'héroïne explique pourquoi elle a
décidé de désobéir aux lois pour enterrer son frère, même si cela signifie qu'elle sera
condamnée à mort :
ANTIGONE : Je ne veux pas comprendre. C'est bon pour vous les hommes, de comprendre.
Moi je suis là pour autre chose que pour comprendre. Je suis là pour vous dire non et pour
mourir.
J'ai choisi cet exemple car il montre la force et la détermination du personnage tragique.
Antigone exprime avec des mots simples mais puissants sa décision de se sacrifier pour ses
principes. Le discours tragique met souvent en évidence les conflits intérieurs des
personnages et les dilemmes moraux qu'ils affrontent.
Conclusion
Le discours théâtral est donc bien plus qu'une simple suite de mots : c'est un outil puissant
qui permet de raconter des histoires, de révéler des personnages et de créer une connexion
unique entre les acteurs et le public.
Ce qui rend le théâtre si spécial, c'est justement cette parole vivante, qui change chaque soir
selon la façon dont l'acteur la prononce, selon les réactions du public, selon l'énergie de la
représentation.
Que ce soit dans les dialogues rapides d'une comédie ou dans les longs monologues d'une
tragédie, les mots au théâtre sont toujours destinés à être entendus, ressentis et partagés
dans l'instant présent de la représentation.