Sujet : Dans le rapport qui existe entre le mythe et l'histoire Mircea Eliade situe le mythe hors
des temps historiques. Son temps dit il est celui de l'éternité, de la permanence et de la
répétition. Il relève d'un ordre archaïque et cyclique et présente des lors une vérité primordiale,
non pas une réalité objective mais il donne sens à ce que l'homme ne parvient pas à saisir dans
sa propre histoire.
Montrez la véracité de cette assertion selon la conception du mythe.
Introduction
Le mythe et l'histoire entretiennent des rapports complexes et souvent ambigus. Si l'histoire
vise à rapporter des faits réels, datés et vérifiables, le mythe, lui, semble échapper à cette
logique temporelle et factuelle. Selon Mircea Eliade, célèbre historien des religions, le mythe
n’appartient pas au temps historique mais au temps sacré : celui de l’éternité, de la
permanence et de la répétition. À ses yeux, le mythe se situe dans un ordre archaïque et
cyclique, porteur d’une vérité primordiale. Il ne décrit pas une réalité objective, mais il permet à
l’homme de donner sens à ce qu’il ne parvient pas à comprendre dans sa propre histoire. Cette
conception du mythe soulève alors une problématique essentielle : en quoi le mythe, bien
qu’en dehors du temps historique, apporte-t-il une forme de vérité fondamentale à l’existence
humaine ?
Nous verrons dans un premier temps que le mythe, en tant que récit fondateur, échappe à la
chronologie historique, puis dans un second temps, nous montrerons qu’il révèle une vérité
existentielle et symbolique qui dépasse les faits.
Développement
I. Le mythe : un récit fondateur en dehors du temps historique
Tout d’abord, il convient de souligner que le mythe ne se construit pas selon une chronologie
linéaire. En effet, pour Mircea Eliade, le mythe opère dans un temps sacré, un temps qui ne
s’inscrit pas dans la succession des jours ou des siècles, mais qui relève de l’éternel retour. À
travers la répétition des mêmes gestes et rituels, les sociétés traditionnelles revivent les
événements fondateurs contenus dans le mythe.
Par exemple, dans les sociétés anciennes, les rites religieux ne sont pas simplement des
commémorations historiques, mais des réactualisations du mythe. Le sacrifice ou les fêtes
agricoles réactivent un acte primordial accompli par les dieux ou les ancêtres. Ainsi, le mythe
n’est pas situé dans le passé, mais hors du temps, dans une sphère atemporelle qui se
manifeste chaque fois qu’un rituel est accompli.
Par conséquent, le mythe ne relève pas d’une volonté de reconstruction historique mais d’une
fonction symbolique. Il raconte comment le monde, les dieux, les hommes, les institutions ont
été créés. À travers le mythe, les sociétés justifient leur organisation sociale, leurs lois, leurs
coutumes. Cela souligne que le mythe n’est pas une fiction gratuite, mais un modèle pour
l’action présente.
II. Le mythe : une vérité symbolique au service du sens
Cependant, si le mythe ne prétend pas à la vérité historique, il n’en demeure pas moins porteur
d’une vérité profonde, existentielle. C’est en ce sens que Mircea Eliade parle de vérité
primordiale. Le mythe donne sens aux interrogations fondamentales de l’être humain : l’origine
de la vie, la mort, le mal, la souffrance, la nature du divin.
À titre d’illustration, les mythes de création, présents dans toutes les cultures, n’ont pas pour
objectif de décrire scientifiquement la formation de l’univers. En revanche, ils permettent à
l’homme de situer son existence dans un ordre cosmique. Ils posent des repères et permettent
de structurer une vision du monde.
De plus, dans les sociétés archaïques, le mythe n’est pas un simple récit qu’on écoute
passivement. Il est performé, mis en acte, et permet à l’individu de se relier à une réalité
transcendante. Le mythe répond ainsi à une fonction ontologique : il dit ce qui est, ce qui
demeure, ce qui fonde. Par là même, il aide l’homme à affronter les incertitudes de sa propre
histoire, marquée par le changement, l’injustice ou l’absurde.
Enfin, même dans les sociétés modernes, les mythes persistent sous de nouvelles formes :
récits nationaux, héros culturels, figures légendaires. Ces nouvelles mythologies, bien que
laïcisées, continuent à donner sens à l’expérience collective. Elles témoignent de ce besoin
constant de revenir à une origine, de projeter une signification sur le réel.
Conclusion
En somme, la vision de Mircea Eliade selon laquelle le mythe se situe hors du temps historique,
dans un ordre cyclique et symbolique, permet de mieux comprendre la fonction essentielle du
mythe dans l’expérience humaine. Loin d’être une fiction illusoire, le mythe donne accès à une
vérité primordiale, celle qui fonde l’existence et lui donne sens. Il ne s’oppose pas à l’histoire,
mais il comble les manques de l’histoire, en offrant à l’homme une réponse aux grandes
énigmes de son destin. Ainsi, le mythe demeure un élément fondamental de toute culture, une
source permanente de sens dans un monde en perpétuel changement.