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Thème III- Individu et Société
Section I- La nature des rapports entre individu et société
La philosophie sociale réfléchit sur l'homme vivant en société. On parle ainsi d'homo socious c'est à dire un animal
social. De ce point de vue, on constate que sa vie est inséparable de la société et là ? Qui se pose est de savoir d'où
vient la société.
A- L’individu un être antérieur à la société
Des philosophes sociaux en se démarquant des croyances de leur époque ont examiné l'origine de la société en
supposant un Etat présocial. C'est selon eux une situation hypothétique, une méthode, un lieu dans le quel vivait les
hommes avant toute société : l’Etat de nature.
La théorie de l’Etat de nature : L’individu avant……………
Un certain nombre de penseurs comme ROUSSEAU, Thomas HOBBES, MACHIAVEL, HEGEL ont mis sur pied
une hypothèse qu’ils ont nommé état de nature afin d’analyser l’origine de la société. Selon eux, la première chose
qui caractérisait un tel état présocial c’est que chacun vivait isolément seul. Cependant le contenu qu’ils vont donner
à leur conjoncture différent d’un philosophe à un autre. Pour l’essentiel on retiendra deux positions qu’on pourrait
réduire à celle de ROUSSEAU et de HOBBES.
Pour ROUSSEAU: à l’état de nature les hommes vivaient isolements seuls et étaient animés d’une infinie
bonté. Quand l’homme voyait son semblable, il préférait le fuir plutôt que de le combattre. La raison à cela est que la
nature prévoyait à tous ses besoins, ce qui lui permettait d’éviter son semblable. Pour se multiplier dans cet état de
nature, homme et femme se rencontrèrent de manière fortuite et une fois leurs désirs satisfaits, ils se séparaient
comme ils s’étaient rencontrés, chacun allant de son côté.
Pour HOBBES : l’homme à l’état de nature était un loup pour l’homme «homo lupus hominem »
contrairement à Rousseau pour qui l’homme était un grand enfant à l’état de nature, sa raison était toute simplement
à l’état de perfectibilité. L’homme chez Hobbes est cet homme que nous sommes devenu capable de réfléchir et de
ruser. C’est un état de guerre généraliser « la guerre de tous contre tous » où être plus fort physiquement ne supposait
pas remporter un combat. Les plus faibles pouvaient être des vainqueurs en usant de la ruse.
Cependant, on reproche aux théoriciens de l’état de nature et du contrat
social d’être en dehors de l’histoire, d’être prisonnier de l’imagination de la science-fiction. Dès lors, on pense que
la société est sans origine et que les hommes ont toujours vécu ensemble. Rousseau lui-même le reconnait car il a
avancé l’idée selon laquelle l’état de nature n’a pas existé dans l’histoire mais qu’il lui a tout simplement servie
d’hypothèse de travail. Pour les sociologues, les hommes ont toujours vécu en société et Emile DURKHEIM soutient
que la forme de société la plus ancienne et la plus primitive est le clan (ensemble de famille). Le clan en se
développant va donner naissance à la tribu et à l’ethnie (ensemble de tribu). L’ethnie va donner naissance à la
Nation (ensemble d’ethnies).
B) La Société : L’homme un être social par nature
Après avoir examiné les conditions de vie des hommes à l’état présocial, il convient de se demander maintenant
comment est née la société ?
La société : L’homme ne peut se réaliser individuellement, mais collectivement.
Dans la POLITIQUE, ARISTOTE affirme « l’homme est par nature un " zoon politikoon" (animal politique)……celui
qui vit naturellement sans société est ou un dégradé, ou un dieu ». Cette affirmation aristotélicienne signifie simplement
que tout vivant a naturellement besoin de ses semblables parce qu’il est animé d’un instinct de procréation, de
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conservation de l’espèce et d’un instinct qui vise la satisfaction d’un besoin de nutrition, d’habitat etc.… C’est pourquoi,
on est bien autorisé à parler de société animale comme de société humaine.
Toute société est composée d’individus et ces derniers sont ses éléments constitutifs. C’est d’ailleurs la raison pour
laquelle l’état de nature est rejeté car considéré comme fiction. Pour HENRY BERGSON : « la société ne peut subsister
que si elle est subordonnée à l’individu ». Selon lui, toute société humaine est un ensemble d’individus qui vise la
satisfaction des besoins. Cela nous amène à considérer le rôle déterminant de la société pour l’homme. Elle a pour
fonction d’humaniser l’individu c'est-à-dire de développer sa personnalité tant au point de vue psychologique,
intellectuelle, morale, spirituel et physique.
La société : Gage de sécurité et liberté humaines
Chez Rousseau, nous avons vu que la solitude, l’isolement et la bonté des hommes résultaient d’une opulence de la
nature à pouvoir aux besoins de chaque individus. Rousseau pense que si les hommes en sont arrivés à vivre en
société, c’est à cause d’un funeste hasard. Des hivers longs et arides, des étés chauds et brulants ont fini par dépravés
la nature. Pour Hobbes, c’est en ayant conscience des dangers de la guerre et, pour que le genre humain ne périsse
que les hommes vont mettre sur pied un premier contrat dont les termes sont une cessation de ce climat belliqueux.
KARL MARX s’est inscrit dans cette même perspective d’une nécessité de la société car il soutient dans sa VIème
thèse sur FEUERBACH : « l’essence de l’homme n’est pas abstraction inhérente à l’individu isolé, en réalité c’est
l’ensemble des rapports sociaux ». MARX récuse l’idée selon laquelle l’homme peut se définir entant qu’activité
propre opposé à ses semblables.
Section II- L’individu et les normes sociales
L’’homme, étant par essence un être social, vivant donc avec ses semblables, est conditionné par des normes pour
garantir son bien-être et régir son comportement. On appelle norme un ensemble de règle ou de pratiques qui
s’appliquent impérativement à tout être qui vit en société.
A- L’importance de se soumettre aux lois et normes sociales
Une société sans normes ni lois, est une société dans laquelle régnera l’anarchie, l’insécurité, la guerre, le désordre.
Ce serait une société animale qui fera des forts écrasés les faibles, des minorités dominant des majorités. Pour sa
survie, son bien-être et sa liberté, les hommes sont tenus de se conformer aux lois ou normes.
1- Le caractère obligatoire et général de la norme : L’homme normal doit obéir aux lois
Les normes sont relatives car elles varient d’une société à une autre. Les normes sont diverses car elles peuvent
religieuses (les dogmes, les commandements), morales (les règles, les maximes, le bien, le mal etc.…), culturelles
(les pratiques, l’éducation etc.…), traditionnelles (les coutumes, les mœurs), politiques (lois, décrets). Du mot latin
« Norma » c’est-à-dire la règle, l’équerre ou encore le diamètre pour tracer une droite. En philosophie et en droit la
norme se définit généralement comme une ligne de conduite, un code qui demande à l’individu d’être droit et la
droiture étant un comportement voulu par la société. Elle est par conséquent non négociable et elle s’applique à toute
personne concernée car les lois ne se font toute seule. C’est bien l’homme qui les a bien approuvées directement ou
indirectement.
2- La norme régule la société et garantie la paix sociale
Hobbes et Rousseau l’ont bien théorisé, car il y va clairement de l’intérêt de l’individu qui se conforme aux normes.
Sa sécurité ainsi que son bien-être sont garantis en milieu social qui était auparavant violent et invivable. Des lors,
pour vivre et appartenir à une société, il faut se soumettre aux normes établies. Celles-ci sont des contraintes qui
pèsent sur nos comportements, sur nos activités, sur nos besoins, sur nos désirs et nos sentiments, dans nos relations
avec nos semblables etc. Brefs elles sont des limites à notre liberté. En effet, les normes contrôlent ou sanctionnent
nos comportement et il est question d’accepter et de subir. Elles rejettent celui qui ne se soumet pas et c’est à partir
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des normes que l’opinion juge et les tribunaux condamnent. Pour Roland JACCARD : « est normal celui qui s’adapte
c'est-à-dire celui qui se soumet aux lois de sa société ». Ainsi la normalité c’est l’adaptation sociale réussit, la plaine
intégration.
B/ La désobéissance aux normes ou lois
Les lois ou normes sont faites certes pour être appliquées, mais l’homme désobéi très souvent ces lois et normes
volontairement ou involontairement. Pourquoi l’homme viole les normes ?
1- L’homme anormal méconnait ou renie les lois : La déviance, la marginalité
Lorsque la société ne répond pas toujours aux attentes des individus dont la satisfaction de leurs besoins, elle est le
théâtre de comportements anormaux, c'est-à-dire contraire aux normes établies : la déviance, la marginalité, la
délinquance, les perversions (c’est-à-dire la satisfaction des désirs contraire aux normes), la folie. L’individu
anormal se révolte contre les normes de sa société et remet en cause l’ordre social en admettant des comportements
contraire aux normes. C’est pourquoi la société tolère une certaine anormalité car elle reconnait ses limites dans la
satisfaction des besoins de ses membres : c’est le cas de la marginalité, de l’homosexualité, la mendicité etc.… Ainsi
il convient de distinguer la déviance par excès de la déviance par défaut (le fou). La déviance par excès : c’est le
triomphe de comportements anormaux au départ sur les normes établies par la société. En d’autre termes, ce qui était
anormale devient normale car il y a un changement, une évolution : c’est la rébellion, la révolution, les guerres,
massacres humains etc.…
2- La nécessité de désobéir à certaines normes ou lois : Une désobéissance légitime, justifiée
L’homme désobéit aux normes pour recouvrir sa liberté et sa dignité. Selon le célèbre penseur Gandhi « Renoncer à
la désobéissance c’est mettre la conscience en prison ». Ceci voudrait dire que l’individu étant lésé par certaines
dispositions normatives désobéit à celles-ci qui sont pourtant dites obligatoires et générales à tous les membres de la
société afin de réclamer légitimement ses droits et libertés fondamentaux. Outre que l’obéissance sans réserves à la
loi positive menace de nous conduire à obéir à des lois injustes, elle risque également de nous absoudre de nos actes :
si l’homme obéit aveuglément à la loi positive, alors il peut avancer qu’il n’est plus totalement responsable de ses
actes. "Ce n’est pas moi, c’est la loi." C’est l’un des arguments employés par Rousseau à l’encontre du pacte
d’esclavage (Contrat Social, I, 4). Idem chez Platon, qui, dans l’apologie de Socrate donne l’exemple de ce dernier
refusant d’opter pour la fuite alors qu’il était condamné à mort est éclairant. Son argument est le suivant : il dispose
de la possibilité de fuir et d’échapper à sa condamnation à mort, considérée comme injuste mais refuse de s’exiler.
La désobéissance devient ainsi nécessaire car la loi opprime, marginalise et discrimine les individus d’une même
société. Dans le jargon philosophique et même sociologique, est appelé, dans ce sens désobéissance, un acte public,
conscient et pacifique exécuté par une ou plusieurs personnes ayant pour but ultime de modifier la loi. Elle est donc
une « infraction positive », ici le désobéissant est un dissident et non un délinquant.
En pratique, le non-respect des lois peut dans certains cas être légitimes au moment où la dignité humaine est
torpillée, ses libertés fondamentales bafouées, quand la loi pourrait servir des intérêts particuliers, quand en somme
l’inacceptable advient (grèves, marches, sit-in, conférences de presse ou débats télévisés etc… en bref, désobéir aux
normes est un acte grave mais nécessaire parfois dans quelques situations exceptionnelles.
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