Benza Et Al 2021
Benza Et Al 2021
ISSN: 2509-0119.
© 2021 International Journals of Sciences and High Technologies
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Résumé – La présente étude a traitée de l’analyse et description du bassin du Congo-Oubangui-Sangha face aux défis écosystemiques du
XXIe siècle en vue de cerner les conditions auxquelles sont soumis les écosystèmes terrestre et aquatique de ce bassin. Pour y parvenir
nous avons fait recourt à plusieurs travaux de recherches scientifiques, rapports techniques et colloques disponibles sur Internet. Les
données obtenues ont montré que dans beaucoup de cas, les menaces qui pèsent sur le bassin du Congo sont étroitement liées aux
opportunités de développement économique dans la région. La diversité biologique (faune et flore) du bassin du Congo est confrontée à
plusieurs menaces ci-après avec des impacts importants : le braconnage et commerce de viande de brousse, l’agriculture, l’exploitation
du bois, l’exploitation minière, l’exploitation de pétrole et ou gaz, la pêche, les maladies, le changement climatique, la pollution,
l’urbanisation, les conflits et ou populations déplacées et la croissance de la population. Le manque de connaissances au sujet de l’état de
la biodiversité est un obstacle majeur pour la conservation et le développement durable dans le bassin du Congo. Seule une gestion efficace
au niveau des pays membres peut permettre aux décideurs d’avoir un accès permanent à l’information indispensable pour la prise des
meilleures décisions. Avec une bonne compréhension des menaces et des forces qu’elles cachent et plus d’attention aux impacts écologiques
potentiels, aux développements de stratégies d’atténuation et de systèmes de compensation d’un avenir durable pour les forêts du bassin
du Congo peut devenir une réalité.
Abstract – The present study deals with the analysis and description of the Congo-Oubangui-Sangha basin in the face of the ecosystemic
challenges of the 21st century in order to identify the conditions to which the terrestrial and aquatic ecosystems of this basin are subjected.
In order to do this, we used several scientific research works, technical reports and colloquia available on the Internet. The data obtained
showed that in many cases, the threats to the Congo Basin are closely linked to economic development opportunities in the region. The
biological diversity (fauna and flora) of the Congo Basin faces several threats with significant impacts: poaching and bushmeat trade,
agriculture, timber exploitation, mining, oil and gas exploitation, fishing, diseases, climate change, pollution, urbanization, conflicts and
displaced populations and population growth. The lack of knowledge about the state of biodiversity is a major obstacle to conservation
and sustainable development in the Congo Basin. Only effective management at the member country level can ensure that decision makers
have permanent access to the information they need to make the best decisions. With a good understanding of the threats and the forces
behind them and more attention to potential ecological impacts, the development of mitigation strategies and compensation systems a
sustainable future for the forests of the Congo Basin can become a reality.
I. INTRODUCTION
Le changement climatique est aujourd’hui un sujet de souci et d’inquiétude pour toute la communauté internationale mais en
même temps un thème de recherche des solutions durables. Parmi les écosystèmes, les forêts en général et forêts tropicales en
particulier jouent un rôle important dans la réduction de taux de gaz à effet de serre (Lubini et al., 2014). Le bassin Congo-Oubangui-
Sangha, par comparaison avec ceux du Niger et du lac Tchad situés plus au nord, se distingue comme une zone d’abondance
hydrologique tandis que les deux autres sont frappés par la sécheresse et le changement climatique. La taille même de ce bassin
largement inexploité a longtemps stimulé l'imagination des ingénieurs et de politiciens qui auraient voulu exploiter la puissance du
fleuve Congo et de ses affluents pour nourrir des ambitions souvent d’envergure continentale (Medinilla, 2018).
En effet, le bassin du Congo est au cœur des préoccupations planétaires relatives au changement climatique, à la biodiversité et
à la conservation. C'est le deuxième plus grand bassin hydrographique du monde, mais son potentiel économique et hydro-électrique
n’est que très partiellement exploité. Plusieurs pays du bassin du Congo sont en train de concevoir ou de développer de grandes
infrastructures hydrauliques, dont quelques-unes pourraient avoir de larges répercussions au plan régional voire continental (le
barrage de Grand Inga, celui de Palambo et l’éventuel transfert des eaux interbassins, par exemple). Certains projets sont plus
concrets que d'autres, et quelques-uns, très controversés et sources de conflits, requièrent une coordination régionale voire une
médiation interbassine (Wasseige et al., 2009).
Comparées à d’autres forêts tropicales, les forêts du Bassin du Congo sont relativement intactes. Cependant, sous ce qui semble
être une canopée intacte, de sérieuses dégradations sont en cours. En effet, de larges blocs de forêts sont déjà devenus des forêts
vidées de toute leur grande faune et sont de ce fait dépourvues des ressources nécessaires à la survie des peuples de forêt et à celle
de la faune. À moins que la tendance à l’accélération de la dégradation ne soit inversée, les forêts du Bassin du Congo pourraient
connaître une destruction de même ampleur que celles survenues pour les forêts de l’Afrique de l’ouest et celles de l’Asie du sud-
est (Blake et al., 2005 ; Medinilla, 2018).
La reconnaissance de l’importance de conserver les forêts et des dangers qu’elles encourent n’est pas un phénomène nouveau.
Par exemple, la première réserve à éléphant a été créée en 1889 ; le gorille de montagne est protégé depuis 1912 ; et des parcs
nationaux ont été créés depuis 1925. Cependant, la protection de la forêt a seulement démarré sérieusement dans les années 1980,
quand l’exploitation forestière industrielle a commencé à se déplacer des zones côtières vers l’intérieur des terres, augmentant et
exacerbant les menaces sur les forêts. Avec le temps, il est apparu clairement qu'une approche de la conservation basée en majeure
partie sur de grandes espèces phares, telle que l'éléphant, et sur la création de parcs nationaux était particulièrement inadéquate. Une
conservation réussie résulte d’une vision plus intégrale et plus globale des écosystèmes complexes, rendant nécessaire une approche
plus régionale (Blake et al., 2005).
Du fait de son extraordinaire richesse génétique spécifique et de ses écosystèmes variés, la République Démocratique du Congo
(RDC) est considérée comme des deux pays d’Afrique les plus importants en termes de diversité biologique (Kimbembi, 2007).
Elle abrite une gamme exceptionnellement large de biomes, d’écosystèmes et d’habitats : forêts dense humides, savanes boisées,
savanes herbeuses et arbustives, forêts afro-montagnardes, mangroves, papyrus, tourbières, marais et savanes inondées à certaines
saisons, et terres sèches boisées. En termes de diversité des espèces, la RDC occupe la première place parmi les pays africains pour
plusieurs groupes taxonomiques : 409 espèces de mammifères, 1.086 espèces d’oiseaux, 1.069 espèces de poissons dont 740 dans
le bassin du Congo, 152 espèces de serpents, 20 espèces de caméléons, 15 espèces de tortues terrestres et dulcicoles, 105 espèces
de mollusques aquatiques, 167 espèces de chironomidés aquatiques et plus de 1.000 espèces de papillons. On y dénombre aussi plus
de 10.000 espèces d’angiospermes parmi lesquelles 3.000 sont endémiques (MECNT, 1997).
Outre sa valeur écologique, culturelle, ou scientifique, cette diversité biologique joue un rôle important dans l’économie du pays
en fournissant les matières premières nécessaires à la survie des populations ; produits alimentaires, médicaments, fibres, matériaux
de construction, énergie. Le pays possède donc un potentiel exceptionnel en matière de développement agricole, forestier et
biotechnologique qu’il convient de conserver, de mettre en valeur et de développer sur des bases écologiquement durables.
Ce travail est consacré à l’analyse et description du bassin du Congo-Oubangui-Sangha face aux défis écosystemiques du XXIe
siècle dans l’objectif de cerner les conditions auxquelles sont soumis les écosystèmes terrestre et aquatique de ce bassin.
II. METHODOLOGIE
Etant un travail bibliographique, les auteurs sont parvenus à faire une analyse descriptive du bassin du Congo-Oubangui-Sangha
face aux défis écosystemiques du XXIe siècle au travers d’une diversité des contributions scientifiques et techniques. Les
informations obtenues ont permis de faire les analyses et descriptions liées à la gestion de ce basin. Les données issues de différentes
recherches ont été présentées sous forme des tableaux et graphiques. Le logiciel Excel 2013 a été utilisé pour générer les tableaux
et Origin 6.1 nous a servi pour dresser les graphiques.
III. RESULTATS ET DISCUSSION
III.1. Présentation du bassin du Congo
III.1.1. Caractéristiques biogéographiques du bassin
III.1.1.1. Caractéristiques physiques
Le tableau 1 reprend les caractéristiques physiques sur la répartition de la surface du bassin du Congo.
Tableau 1 : Répartition de la surface du bassin du fleuve Congo, en km2
De dix pays qui composent le bassin du Congo-Oubangui-Sangha, les grandes superficies sont occupées par quatre pays : la RD
Congo (62,39%), la RCA (10,86%), l’Angola (7,87%) et la Zambie (6,72%). Le basin occupe moins de 5% dans les restes des pays
qui le compose.
Le bassin du Congo au sens large comptait 126 millions d’habitant en 2005 dont près de la moitié en République démocratique
du Congo. Pendant près d’un demi-siècle (1950-2000), le bassin du Congo a connu une augmentation soutenue de sa population,
avec des taux de croissance oscillant entre 2,8 et 3,5 % conduisant à un doublement de la population tous les 20 ou 25 ans selon les
pays. La croissance nette de la population a commencé à marquer le pas à partir de la deuxième moitié des années 90 sous l’influence
de plusieurs facteurs : la transition démographique (qui semble être apparue plutôt que prévu par les démographes dans certains
pays), la crise économique et le développement de la pauvreté. A ces facteurs s’ajoutent l’impact des maladies endémiques en pleine
résurgence et surtout l’explosion du VIH/SIDA (CESBC, 2012). La décélération de la croissance démographique devrait ainsi faire
passer les taux de croissance de la population à 2,6 % en moyenne jusqu’en 2025, et à moins de 2 % au-delà de cette date. Compte
tenu de cette évolution, comme le montrent les projections réalisées par les Nations Unies, la population du bassin du Congo devrait
passer à 214 millions en 2025 et 347 millions en 2050 (FAO., 2003).
Il est à noter que, la superficie du bassin versant ainsi que le débit moyen du fleuve Congo dans le bassin du Congo augmente
de l’amont en aval. Les valeurs les plus élevées de superficie et débit du fleuve sont observées au niveau de l’embouchure du fleuve
(avec respectivement 3.607.450 km2 et 38.805 m3/s) suivi de la partie qui se situe en amont de la Sangha (avec respectivement
2.312.823 km2 et 21.528 m3/s), du point du fleuve qui se trouve en aval du confluent Oubangui (avec respectivement 2.303.243
km2 et 21.420 m3/s). La République Démocratique du Congo est en position géographique de force puisqu’elle ne contrôle pas
moins de 62% du bassin (Medinilla, 2019).
De sa source située dans le sud du Plateau Katanga (près du village de Musofi) jusqu’à Kisangani, le cours supérieur du fleuve
Congo (Haut Congo) porte le nom de Lualaba. Avant sa rencontre avec la Rivière Lomami, près des Chutes de Boyoma, il se brise
en plusieurs rapides, tels les légendaires « Portes de l’enfer ». Changement d’identité en aval de Kisangani : le Lualaba devient le
Congo (ou Moyen Congo), lequel court à travers la forêt équatoriale jusqu’au Pool Malebo, où se situe Kinshasa. Dépourvus de
cascades, les 1.734 kilomètres du Moyen Congo font l’affaire des navigateurs. Gonflé successivement par l’Oubangui, la Sangha
et le Kwa-Kasaï, son plus gros affluent (10.000 m3/s en moyenne), le Congo se resserre ensuite en un corridor de moins de deux
kilomètres de largeur, profond et puissant. C’est avec le Kongo Central que s’achève le périple. Traversant les Monts de Cristal
entre Kinshasa et Matadi, il creuse une gorge profonde, déroulant une série de cascades et de rapides parmi les plus longues du
monde et offrant un potentiel hydroélectrique parmi les plus remarquables. Près de Boma, le fleuve s’étend et forme un estuaire
long de 80 kilomètres, et s’élargissant sur 10-15 km à son embouchure atlantique (port de Banana) (PNUE, 2011 ; Encyclopaedia
Universalis, 2014).
III.1.1.3. Principaux affluents du sous-bassin du Kasaï
Les principaux affluents du sous-bassin du Kasaï accompagnés de leur superficie et débit sont repris au tableau 3.
Les plus grandes superficies (262.890 km2) du sous-bassin du Kasaï sont observées au niveau de la ville Bandundu et Ilebo
(239.560 km2). Par contre, les débits moyens les plus élevés sont relevés au niveau des rivières Kasaï à Ilebo (8.220 m3/s) et Kwango
à Bandundu (3.303 m3/s). Le débit du Congo est influencé par une série complexe de facteurs, mais dans l’ensemble, le Congo est
plus constant que bien d’autres fleuves africains car de grandes sections de son bassin se situent au-dessus et en-dessous de
l’équateur, dans la trajectoire de la zone de convergence intertropicale. Toutefois, il y a une certaine variabilité annuelle, décembre
étant le mois où le débit est maximal et Juillet – Août les mois où le débit est le plus faible. Les affluents provenant du sud, comme
la rivière Kasaï, comportent deux périodes de basses eaux et deux de hautes eaux par an. Par contre, les affluents provenant du nord,
comme l’Oubangui, ne comportent qu’une seule période de hautes eaux, ce qui implique que le régime du fleuve principal varie
d’un endroit à un autre (Shahin, 2002). Depuis 1960, il y a eu une diminution générale du débit ce qui coïncide avec la diminution
des précipitations signalée par les stations météorologiques principales (Wasseige et al., 2009).
III.1.1.4. Principaux affluents du sous-bassin de l’Oubangui
La superficie des bassins versants ainsi que le débit moyen des différents affluents du sous bassin de l’Oubangui sont consignés
au tableau 4.
Tableau 4 : Principaux affluents du sous-bassin de l’Oubangui
Les plus grandes superficies et débits des bassins versants du sous-bassin de l’Oubangui sont rencontrés au confluent de la
rivière Oubangui avec le Congo (754.830 km2 et 5.936 m3/s respectivement), la rivière Bangui au niveau de Bangui (488.500 km2
et 223 m3/s respectivement), sur la rivière Kotto à Kembé (77.750 km2 et 142 m3/s) et sur la rivière Chinko à Rafaï (52.060 km2 et
101 m3/s respectivement).
La rivière Sangha au confluent avec le fleuve Congo dispose d’une grande superficie (213.400 km2) et débit moyen (2.471 m3/s)
suivis de la rivière Sangha à Ouesso avec 158.350 km2 et 1.700 m3/s de surface et débit moyen respectivement. Les rivières Sangha
à Salo (superficie : 68.400 km2 et 801 m3/s de débit moyen) et Dja à Ngbala (38.600 km2 de superficie et 420 m3/s de débit) occupent
de faible surface et présentent de débit faibles. Les superficies et débits des rivières Mambéré et Kadéï ne sont pas élucidés.
III.1.1.7. Caractéristiques hydrologiques des sous-bassins de la rive droite du fleuve Congo
Les caractéristiques hydrologiques des sous-bassins de la rive droite du fleuve Congo sont reprises au tableau 6.
Tableau 6 : Caractéristiques hydrologiques des sous-bassins de la rive droite du fleuve (Mo = Moyenne, Max = Maximum et Min
= Minimum)
Likouala He à Botouali (1949-93) 285 9,24 420 (63) 181 (53) 7,40
Likouala Mo à Makoua (1952-94) 216 7,16 289 (64) 127 (92) 3,34
Kouyou à Linnengué (1952-94) 215 7,47 298 (61) 150 (83) 2,14
Mambili à Yengo (1961-93) 190 5,74 229 (73) 116 (73) 2,54
Alima à Tchikapika (1952-94) 584 19,1 644 (69) 522 (59) 1,28
Nkéni à Gamboma (1951-94) 200 6,56 215 (67) 184 (83) 1,12
Léfini à Mbouambé (1951-94) 414 13,7 459 (66) 377 (93) 1,24
Il se dégage des résultats du tableau ci-haut que, la rive droite du fleuve Congo comporte sept sous-bassins dont, les stations
d’Alima à Tchikapika (avec un débit de 19,1 m3), Léfini à Mbouambé (avec 13,7 m3) et Likouala He à Botouali (avec 9,24 m3)
sont celles qui apportent de grande quantité d’eau en terme de débit élevé.
% de la superficie totale du
Formation végétale Superficie en km2
bassin
Il découle des données reprises au tableau ci-haut que, les savanes, prairies arbustives et herbeuses occupent une grande
superficie (46,4%) du total du bassin du Congo. Elles sont suivies par les Forêts denses humides, forêts secondaires, mosaïque
forêts-savanes et forêts claires (avec 44%), les zones humides permanentes y compris les mangroves et les marécages à Papyrus
(avec 9,2%). Les zones arides (0,2%) et zones urbanisées et industrielles (0,2%) occupent de faible étendue. Vaste région forestière
compacte et d’un seul tenant d’environ 230 millions d’hectares, le bassin du Congo est la seconde forêt tropicale au monde en
termes de surface après l’Amazonie. Sa superficie représente environ 6 % de la surface forestière mondiale. Les forêts du bassin du
Congo se situent majoritairement au Cameroun, au Gabon, en Guinée-Equatoriale, au Congo-Brazzaville et en République
Démocratique du Congo (RDC) et couvrent une petite partie de la République Centrafricaine (Darbon, 2001 ; CEA, 2002).
Les forêts tropicales humides africaines font partie des écosystèmes les plus importants, les plus complexes et les plus riches de
la planète (Kayumba et al., 2015). Bien que le bassin du Congo n’englobe pas l’intégralité du bassin forestier homonyme (un bloc
de 2 millions de km2 qui s’étend des côtes du golfe de Guinée à l’ouest aux montagnes du rift Albertin à l’est), il en embrasse plus
des trois quarts. Les forêts du bassin du Congo contiennent, après celles de l’Amazonie, le deuxième plus grand massif de forêts
tropicales denses et humides (souvent nommé « deuxième poumon de la planète »). Elles abritent la plus importante biodiversité
d’Afrique (60%), comprenant par exemple 14.000 espèces de plantes. Quatre-vingt (80%) des forêts d’Afrique centrale s’étalent
entre 300 et 1.000 m d’altitude. Au centre de la Cuvette congolaise s’étendent 220.000 km² de forêts marécageuses ou inondables
avec une diversité réduite par rapport à la Basse-Guinée ou l’est de la RDC (du moins si l’on s’en tient à l’état actuel des
connaissances), mais avec un taux d’endémisme botanique assez important (Blake et al., 2005).
Ces forêts constituent la principale richesse pour les populations des pays de l’Afrique Central pour leur développement et,
créent beaucoup de tensions et incompréhensions d’intérêts entre différents acteurs en présence, notamment : les Gouvernements
centraux de pays membres, les Gouvernements provinciaux, les exploitants et les Populations locales. Celles-ci considèrent cette
forêt comme étant la sienne en vertu de la coutume. Dans certaines régions du bassin, notamment dans certaines provinces de la
R.D Congo, les communautés locales et peuples autochtones pygmées se battent avec le concours des ONG nationales (RRN-
Réseau Ressources Naturelles, GASHE-Groupe d’Action pour Sauver l’Homme et son Environnement, NODRI-Nouvelles
Dynamiques pour le Développement Rural Intégral, AMINA-Amis de la Nature…); et Internationales (Rainforest, Global Wittness,
Greenpeace…) à travers des plaidoyers, vulgarisation des Codes relatifs à l’environnement (Forestier, Minier, Foncier…),
cartographie participative…) pour recouvrer leurs droits dans ces forêts dont ils ne tirent pas profit. Par ailleurs, ces forêts renferment
plus d’une centaine d’essences exploitables dont une vingtaine sont très recherchées et parmi lesquelles certaines (Diospyros
crassiflora, Afrormosia (Pericopsis elata, etc.) sont protégées (Akaibe, 2014).
Pour concilier et préserver les impératifs du développement durable et ceux de la protection de la forêt, une coopération régionale
et internationale a été mise en place. Dans ce contexte, le bassin du Congo c’est également vingt-neuf organisations
gouvernementales et non gouvernementales (y compris la COMIFAC, c’est-à-dire la Conférence des ministres des forêts de
l’Afrique Centrale), regroupées dans « le Partenariat pour les forêts du bassin du Congo » (PFBC). Le bassin du Congo est partie
prenante au traité de la Commission des forêts d’Afrique Centrale sur la conservation et la gestion durable des écosystèmes forestiers
d’Afrique Centrale et au Plan de convergence qui le sous-tend. Ce plan est le cadre de référence pour la mise en œuvre du partenariat
sur les forêts du Bassin du Congo. Ces textes forment le socle juridique et le cadre de référence de la promotion de la gestion durable
des forêts en Afrique centrale (Darbon, 2001). Le tableau 8 reprends le nombre total d’espèces végétales et celles qui sont
endémiques dans quelques pays du bassin de Congo.
Tableau 8 : Nombre d’espèces végétales présentes dans certains pays du bassin du Congo
Total Endémique
Burundi 2.500 22
Cameroun 8.300 156
Congo 10.000 3.000
RCA 3.602 100
RDC 11.007 3.200
Rwanda 2.288 26
développement correcte de la flore, (2) les Bassins versants dénudés et érodés, (3) régime des eaux perturbé, (4) perte et dégradation
des sols, (5) latérisation et savanisation, (6) changement des micros climats et (6) destruction des biotopes des espèces fauniques,
entrainant leur migration (citons par exemple les éléphants et les lions de la Province de Bandundu qui ont migré et enrichissent la
République d’Angola). Il y a aussi l’apparition de steppe au Sud de la Province qui n’existait pas dans le temps (Wasseige et al.,
2009).
L’impact de l’action anthropique devient de plus en plus menaçant pour les forêts du bassin du Congo. L’activité humaine porte
sur : (1) l’exploitation des produits forestiers ligneux (abattages des arbres pour la vente des grumes) et non ligneux, (2) les
prélèvements du bois de chauffe et production sauvage de charbon de bois, (3) une agriculture sur brulis des grandes superficies par
la population et (4) la présence des feux de brousse annuel (Kayumba et al., 2015).
Toutes fois, compte tenu du cycle de la plus part des lignées chlorophylliens, les forêts sont des véritables réserves de carbone.
Rien que par sa taille, les forêts du bassin du Congo constituent une réserve de carbone d’importance mondiale pour la régulation
du gaz à effet de serre et le dioxyde de carbone. Cette forêt a aussi un rôle régulateur sur le climat régional et local ; elle assure le
recyclage de l’eau, critique pour une grande partie de l’Afrique. Elles emmagasinent 20 à 100 fois plus de carbone par unité de
surface que les terres cultivées et jouent un rôle déterminant dans la régulation du niveau de carbone atmosphérique par le processus
de la photosynthèse (Belesi et al., 2007).
III.2.1.2. Faune du bassin du Congo
Les forêts du bassin du Congo représentent l’une des deux dernières régions au monde qui possède de vastes étendues
interconnectées de forêt tropicale humide abritant une grande diversité d’insectes et de grands mammifères. La faune du bassin du
Congo est très variée compte tenu de la variabilité de l’habitat. En effet le bassin du Congo compte plus de genres de primates que
tous les autres bassins du monde. La Cuvette congolaise regroupe à elle seule 16 espèces et sous-espèces endémiques de primates.
On estime à près de 410 le nombre d’espèces de mammifères dans le bassin, soit près de 55% des espèces répertoriées en Afrique.
La distribution de ces espèces est cependant inégalement répartie pour plusieurs raisons (Madikani, 2014). On note en effet : un
nombre relativement élevé d’espèces endémiques dans le bloc de la forêt dense de la Cuvette congolaise, dû au faible degré de
perturbation et à l’homogénéité écologique de la forêt dense et humide. Le tableau 9 reprend les informations sur la biodiversité
dans les principaux sous-bassins du Congo.
Tableau 9 : Informations sur la biodiversité dans les principaux sous-bassins du Congo
Le bassin du Congo compte environ 1.100 espèces d’oiseaux concentrés dans les centres d’endémisme Guinéo-congolais avec
plus de 655 espèces dans les forêts de montagne et de transition de l’Est du bassin du Congo (tableau 10).
Tableau 10 : Nombre d’espèces animales présentes dans certains pays du bassin du Congo
écosystèmes d’eau douce, marins et côtiers du bassin du Congo peuvent être subdivisés en trois types principaux d’écosystèmes
naturels :
Les écosystèmes lacustres : représentés par les lacs de l’Est, ceux de la Cuvette congolaise et quelques lacs de dépression
des zones périphériques de la Cuvette congolaise ;
Les écosystèmes fluviaux : comprenant le fleuve Congo, ses affluents principaux et secondaires ;
Les écosystèmes marins : sont représentés par le bief maritime du fleuve Congo.
Les caractéristiques des principaux lacs du bassin du Congo sont indiquées dans le tableau 11 ci-après.
Tableau 11 : Caractéristiques des principaux lacs du bassin du Congo (Coor = Coordonnée, Géog = Géographique, Lat =
Latitude, Long = Longitude, Alt = Altitude, Prof = Profondeur)
l’argile (fabrication de briques et de tuiles), du moellon, du gravier et du sable comme matériaux de construction et l’aménagement
des fosses comme étangs pour la pisciculture.
La Convention sur les zones humides, signée à Ramsar, en Iran, le 2/2/1971, telle qu’amendée à Paris par le Protocole du
3/12/1982 et les amendements de Regina du 28 /5/1987, est un traité intergouvernemental qui sert de cadre à l'action nationale et à
la coopération internationale pour la conservation et l'utilisation rationnelle des zones humides et de leurs ressources. La Convention
a, actuellement, 154 Parties contractantes qui ont inscrit 1.641 zones humides, pour une superficie totale de 146 millions d'hectares,
sur la liste de Ramsar des zones humides d'importance internationale (Wasseige et al., 2009).
III.2.3.3. Mission de la Convention
La Convention a pour mission la conservation et l'utilisation rationnelle des zones humides par des actions locales, régionales
et nationales et par la coopération internationale, en tant que contribution à la réalisation du développement durable dans le monde
entier (COP8 de Ramsar, 2002).
III.4.2.1.2. Agriculture
Les cultures agricoles, à la fois commerciales et itinérantes traditionnelles, sont en pleine expansion dans les forêts du bassin du
Congo. Combinées avec une augmentation des populations humaines, elles résultent souvent en une déforestation totale. Étant
donné la faible densité des populations humaines dans l’intérieur des forêts du bassin du Congo, l’impact global n’est pas encore
énorme. Cependant, certaines zones, particulièrement en RDC, au Cameroun et en Guinée équatoriale, subissent actuellement une
pression locale sévère. Ces zones comprennent des « points chauds » pour la biodiversité qui supportent de fortes densités humaines,
notamment les forêts côtières, les forêts du rift Albertin et les forêts proches du rift Albertin dans l’est de la RDC.
III.4.2.1.7. Maladies
La santé animale, la santé humaine et la biodiversité sont étroitement liées. Les meilleurs exemples de cette relation sont donnés
par le paludisme, le HIV/SIDA et l’Ebola qui ont des effets dévastateurs sur les capacités humaines locales en matière de gestion
forestière, de conservation et d’environnement. L’Ebola, à côté de ses effets sur les humains, extermine aussi les grands singes et
d’autres espèces de faune sur de très grandes étendues de forêt. L’insuffisance des connaissances au sujet des liens entre la santé
humaine et la santé animale, ainsi que la faiblesse des infrastructures capables de minimiser les effets des épidémies, représentent
des menaces majeures pour la durabilité dans la région.
III.4.2.1.8. Pollution
Actuellement, la pollution ne constitue en général pas un problème majeur dans la région. Elle est localisée et liée aux espaces
urbains et aux activités industrielles. Cependant, les capacités de protection environnementale et de contrôle de la pollution sont
extrêmement faibles dans la région. Ainsi, l’urbanisation et l’industrialisation croissantes, augmentent considérablement le risque
d’impacts négatifs. Le stockage de résidus chimiques par des entreprises étrangères a été cité comme un problème préoccupant.
III.4.2.2.2. Urbanisation
Les populations humaines sont, toutes proportions gardées, très urbanisées. Le traitement des ordures, l’assainissement et la
pollution constituent des problèmes majeurs et les services urbains sont incapables de suivre la croissance dramatique ainsi que les
problèmes environnementaux qu’elle engendre. Toutes les villes ont de grands marchés de gibier. D’autre part, l’urbanisation a
induit dans certains cas un exode de l’intérieur des forêts vers les centres urbains, réduisant ainsi les populations rurales et leurs
impacts sur les forêts.
indispensables pour améliorer la durabilité du secteur forestier. La mauvaise gouvernance limite aussi l’aptitude à maximaliser la
collecte des bénéfices issus des ressources naturelles et à les distribuer équitablement parmi les populations de la région.
Face à cette situation, les pays membres du bassin du Congo doivent nécessairement rassembler toutes les données disponibles
sur sa diversité biologique et de formuler une stratégie et un plan d’action commun visant à conserver et à utiliser de manière durable
les ressources biologiques de cette espace pour le bénéfice de la population. La démarche à adopter pour la réalisation de ces
activités devrait privilégier une approche participative, associant diverses parties prenantes afin d’obtenir un large consensus sous
régional et mondial lors de la mise en œuvre de plans et programmes de conservation et d’utilisation des ressources. Une attention
particulière devrait être portée sur le renforcement des capacités nationales à gérer durablement ses ressources naturelles.
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