Détention arbitraire à Bahreïn : cas 2024
Détention arbitraire à Bahreïn : cas 2024
1. Le Groupe de travail sur la détention arbitraire a été créé par la Commission des droits
de l’homme dans sa résolution 1991/42. Son mandat a été précisé et renouvelé dans la
résolution 1997/50 de la Commission. Conformément à la résolution 60/251 de l’Assemblée
générale et à sa décision 1/102, le Conseil des droits de l’homme a repris le mandat de la
Commission. Le Conseil a reconduit le mandat du Groupe de travail pour une nouvelle
période de trois ans dans sa résolution 51/8.
2. Le 6 mars 2024, conformément à ses méthodes de travail 1, le Groupe de travail a
transmis au Gouvernement de Bahreïn une communication concernant Habib Ali Habib
Jasim Mohamed al-Fardan, Jasim Mohamed Saeed Ahmed Ali Ajwaid, Husain Ali Basheer
Ali Khairalla et Ebrahim Yusuf Ali Ebrahim al-Samahiji. Le Gouvernement a répondu à la
communication le 6 mai 2024. L’État est partie au Pacte international relatif aux droits civils
et politiques.
3. Le Groupe de travail estime que la privation de liberté est arbitraire dans les cas
suivants :
a) Lorsqu’il est manifestement impossible d’invoquer un quelconque fondement
juridique pour justifier la privation de liberté (comme dans le cas où une personne est
maintenue en détention après avoir exécuté sa peine ou malgré l’adoption d’une loi
d’amnistie qui lui est applicable) (catégorie I) ;
b) Lorsque la privation de liberté résulte de l’exercice de droits ou de libertés
garantis par les articles 7, 13, 14, 18, 19, 20 et 21 de la Déclaration universelle des droits de
l’homme et, en ce qui concerne les États parties au Pacte international relatif aux droits civils
et politiques, par les articles 12, 18, 19, 21, 22, 25, 26 et 27 de cet instrument (catégorie II) ;
c) Lorsque l’inobservation totale ou partielle des normes internationales relatives
au droit à un procès équitable, établies dans la Déclaration universelle des droits de l’homme
et dans les instruments internationaux pertinents acceptés par les États concernés, est d’une
gravité telle qu’elle rend la privation de liberté arbitraire (catégorie III) ;
d) Lorsqu’un demandeur d’asile, un immigrant ou un réfugié est soumis à une
détention administrative prolongée sans possibilité de contrôle ou de recours administratif ou
juridictionnel (catégorie IV) ;
1 A/HRC/36/38.
1. Informations reçues
i) Contexte
11. Selon la source, les affaires de MM. Al-Fardan, Ajwaid, Khairalla et Al-Samahiji
mettent en évidence le caractère courant des arrestations sans mandat, des actes de torture
infligés par des fonctionnaires pour arracher des aveux, des disparitions forcées, des graves
négligences médicales, du refus de soins médicaux et des représailles dont les opposants
politiques dans le pays font l’objet.
12. Ces personnes auraient été arrêtées en 2015 sans mandat d’arrêt ou de perquisition,
auraient été soumises à des disparitions forcées, auraient été contraintes, face à des
accusations en lien avec le terrorisme forgées de toutes pièces, de faire des aveux, et auraient
ensuite été jugées dans le cadre de procès collectifs engagés sur le fondement de la loi
antiterroriste.
ii) M. Al-Fardan
13. Le 12 mai 2015, à 4 heures du matin, plus d’une douzaine d’agents ont fait une
descente au domicile de M. Al-Fardan. Les autorités n’ont pas présenté de mandat d’arrêt ou
de perquisition et n’ont pas non plus informé M. Al-Fardan des accusations portées contre
lui. Les agents ont confisqué la voiture de M. Al-Fardan. Les membres de la famille de
M. Al-Fardan ont été séparés, et celui-ci a été interrogé dans la chambre à coucher pendant
que sa famille était interrogée dans le salon. Le tout a duré près de deux heures.
14. M. Al-Fardan a ensuite été emmené à la Direction des enquêtes criminelles, où il aurait
subi des tortures physiques et psychologiques. Dans l’après-midi, des policiers sont retournés
à son domicile, y ont perquisitionné et ont confisqué les effets personnels de sa famille.
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15. M. Al-Fardan aurait été soumis à une disparition forcée de douze jours, à savoir du
jour de son arrestation, le 12 mai 2015, au 24 mai 2015. Pendant cette période, la famille de
M. Al-Fardan s’est enquise du lieu où il se trouvait, mais la Direction des enquêtes
criminelles et l’administration du centre de détention de Dry Dock ont donné à sa famille de
fausses informations à ce sujet.
16. Le 24 mai 2015, M. Al-Fardan a pu prendre contact avec sa famille pour la première
fois. Il est resté à la Direction des enquêtes criminelles pendant environ un mois, au cours
duquel on l’a menacé de lui infliger des lésions à la région de la tête où il avait été opéré et il
a été soumis à un harcèlement psychologique et physique ; il a notamment été menotté toute
la journée et battu et menacé de subir d’autres tortures physiques.
17. Pendant le séjour de M. Al-Fardan à la Direction des enquêtes criminelles, personne
n’a été autorisé à lui rendre visite et il n’a pas pu voir son avocat pendant toute la période de
l’interrogatoire. En raison des menaces qu’il avait reçues, M. Al-Fardan aurait avoué des
infractions qu’il n’avait pas commises, aveux qui ont ensuite été utilisés contre lui lors du
procès.
18. M. Al-Fardan n’aurait pas été présenté devant un juge dans les quarante-huit heures
suivant son arrestation. Au lieu de cela, le 26 mai 2015, deux semaines après son arrestation,
il a été présenté devant le ministère public pour la première fois. Il n’a pas été autorisé à
parler au procureur ou à son avocat et a été contraint de signer des aveux rédigés à l’avance.
19. En juin 2015, M. Al-Fardan a été transféré au centre de détention de Dry Dock. En
juillet 2015, il a pu recevoir la visite de sa famille pour la première fois.
20. Bien que sa famille ait engagé un avocat, M. Al-Fardan se serait vu refuser l’accès à
celui-ci avant et pendant les audiences du procès, il n’aurait pas eu suffisamment de temps
pour se préparer au procès et il lui aurait été interdit de produire des éléments de preuve et de
contester les éléments de preuve retenus contre lui.
21. Le 28 avril 2016, M. Al-Fardan a été reconnu coupable d’actes liés à l’utilisation
d’explosifs et de participation à un rassemblement illégal et à une émeute, faits pour lesquels
il a été condamné à l’emprisonnement à vie et à la « confiscation des objets saisis ».
22. Le même jour, il a été transféré à la prison de Jau. Le 29 janvier 2018, il a été
condamné par défaut à une amende de 100 dinars bahreïniens pour avoir employé un
travailleur étranger n’ayant pas de permis de travail. Le 31 mai 2018, M. Al-Fardan a été
reconnu coupable d’avoir fait exploser ou tenté de faire exploser une bombe, de tentative de
meurtre et d’avoir causé des dommages, et a été condamné à une nouvelle peine
d’emprisonnement à vie. M. Al-Fardan a fait appel de toutes les déclarations de culpabilité à
la suite desquelles il avait été condamné à l’emprisonnement à vie, et la Cour d’appel a
confirmé, par défaut, les jugements prononcés contre lui.
23. Tout au long de son incarcération, M. Al-Fardan s’est systématiquement vu refuser
des soins médicaux adéquats, et les autorités n’ont pas tenu de dossier médical. De plus,
l’environnement carcéral dans lequel il se trouve actuellement est inadapté à sa santé. Le
14 octobre 2015, le médecin consultant en chirurgie du cerveau et en neurochirurgie de
M. Al-Fardan a confirmé dans un rapport que celui-ci continuait de souffrir de pertes de
mémoire, de difficultés de concentration et de maux de tête récurrents associés à un état de
détresse psychologique. Il était indiqué dans le rapport qu’il avait besoin d’un suivi médical
régulier.
24. En février 2021, M. Al-Fardan avait rendez-vous au service de neurologie de l’hôpital
Salmaniya parce qu’il se plaignait de douleurs à la tête et aux yeux et qu’il avait davantage
de pertes de mémoire. Cependant, l’administration pénitentiaire a refusé de le conduire au
rendez-vous et, le 28 février 2021, il a entamé une grève de la faim pour protester. En
novembre 2021, l’administration pénitentiaire a de nouveau refusé de le conduire à un autre
rendez-vous médical.
25. Des plaintes ont été déposées auprès de l’Ombudsman à plusieurs reprises, dans
lesquelles étaient exprimées des inquiétudes concernant la santé de M. Al-Fardan suite à son
arrestation et était soulignée la nécessité de soumettre l’intéressé à des examens réguliers
pour surveiller son état de santé. Toutefois, l’Ombudsman n’a fait aucun cas de toutes ces
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plaintes, affirmant que l’état de M. Al-Fardan ne nécessitait pas qu’il soit opéré. Des plaintes
ont également été adressées à l’Institut national des droits de l’homme, mais elles sont restées
sans réponse.
26. Après que M. Al-Fardan s’était vu refuser un traitement médical pendant deux ans,
les autorités pénitentiaires l’ont autorisé à passer un examen IRM, qui a révélé la réapparition
de la tumeur cérébrale, qui était désormais plus importante et provoquait de graves
hémorragies. Malgré cela, l’administration pénitentiaire a continué à ne pas se préoccuper de
son état. Ces circonstances font que M. Al-Fardan est cloué au lit et qu’il y a un risque sérieux
qu’il décède en détention s’il ne reçoit pas le traitement nécessaire. Toutefois,
l’administration de la prison de Jau a refusé d’accéder aux demandes de la famille de
M. Al-Fardan tendant à ce qu’elle le libère pour qu’il suive un traitement et a interdit toute
communication.
iii) M. Ajwaid
27. Selon les renseignements communiqués, M. Ajwaid était âgé de 18 ans lorsqu’il a été
arrêté en 2015. Entre 2012 et 2015, les autorités avaient été à la recherche de M. Ajwaid, et
des perquisitions avaient été menées à son domicile à plusieurs reprises, sans mandat d’arrêt
ou de perquisition. Le 2 octobre 2012, alors que M. Ajwaid n’avait que 15 ans, il avait été
condamné par défaut à une peine d’emprisonnement de six mois, assortie d’un sursis de trois
ans, pour vol et destruction de biens.
28. Le 22 février 2015, à 3 heures du matin, le jour du dix-huitième anniversaire de
M. Ajwaid, des agents en civil circulant dans des voitures banalisées sont venus à la ferme
où il dormait. Les agents l’ont battu, lui ont donné des coups de pied et lui ont administré des
décharges électriques pendant deux heures pour le forcer à avouer qu’il possédait une cache
d’armes, dont il ignorait l’existence. M. Ajwaid a faussement avoué connaître l’emplacement
des armes et, à 17 heures, des agents de la police antiémeute et des agents en civil se sont
rendus à l’endroit indiqué. Aucune arme ne se trouvant à cet endroit, M. Ajwaid a été battu.
29. Les agents ont menacé de tuer un membre de la famille de M. Ajwaid ; ils affirmaient
qu’ils savaient qu’il y avait des armes dans la maison de sa famille. En raison de ces menaces,
M. Ajwaid a faussement avoué aux agents qu’il y avait des barres de fer dans sa maison et
qu’il les utilisait à des fins terroristes, alors qu’elles servaient à la construction de la nouvelle
maison de sa famille. À la suite de ses faux aveux, des agents ont perquisitionné à son
domicile. Les membres de sa famille ont demandé aux agents quels étaient les raisons de leur
présence, mais ceux-ci n’ont pas répondu. Les autorités ont pris quelques-unes des barres,
bien qu’elles aient été informées qu’elles étaient expressément destinées à la construction de
la nouvelle maison.
30. En raison des décharges électriques qui lui avaient été infligées lors de son arrestation,
M. Ajwaid est entré dans un état d’hystérie et de choc et a été pris de rires convulsifs, ce qui
l’a rendu incapable de se rendre compte des tortures qu’il subissait. En conséquence, les
agents l’ont transféré à l’hôpital Al-Qala’a et ont fait procéder à une analyse de laboratoire
pour vérifier s’il consommait des stupéfiants. M. Ajwaid a ensuite été emmené à la Direction
des enquêtes criminelles, où il est resté une semaine. À son arrivée, M. Ajwaid a pu
téléphoner à sa famille, mais il a été contraint d’écourter l’appel.
31. Entre le 23 février 2015 et le 1er mars 2015, M. Ajwaid a été soumis à une disparition
forcée et n’a pas pu prendre contact avec sa famille. Sa famille s’est rendue au Département
des enquêtes criminelles pour demander de ses nouvelles, mais les agents ont nié savoir où il
se trouvait. Pendant cette période, M. Ajwaid a été interrogé sans être assisté par un avocat.
Il a également été torturé par des agents de la Direction des enquêtes criminelles, qui l’ont
battu, l’ont déshabillé, l’ont forcé à rester debout pendant de longues heures, lui ont enchaîné
les jambes, lui ont infligé des décharges électriques à des endroits sensibles, l’ont agressé
sexuellement, l’ont privé de sommeil, l’ont insulté et ont menacé de se livrer à des violences
sexuelles sur un membre de sa famille. Des agents ont également jeté de loin une agrafeuse
sur sa poitrine, ce qui lui a causé des douleurs thoraciques et des essoufflements pendant trois
mois.
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32. Alors que M. Ajwaid était soumis à une disparition forcée, il a été conduit au Service
du ministère public, où il a nié les accusations portées contre lui. La troisième fois qu’il a été
conduit au Service du ministère public, en raison des tortures qu’il avait subies, M. Ajwaid a
avoué avoir caché des armes, mais a refusé de s’avouer coupable des autres faits qui lui
étaient reprochés.
33. Le 1er mars 2015, M. Ajwaid a été transféré dans une tente qui avait été installée dans
la cour de la prison de Jau pour accueillir les nouveaux détenus, où il a subi des violences
physiques. M. Ajwaid aurait été contraint d’enlever ses vêtements pour que l’on puisse
vérifier s’il présentait des traces de coups, sous la menace de subir de nouvelles tortures si
l’on en trouvait pas. En raison de la couleur foncée de sa peau, les blessures n’étaient pas
apparues immédiatement, et il a donc subi des coups de matraque sur le dos pendant trois
jours.
34. Le 8 mars 2015, M. Ajwaid a été transféré de la tente de la prison de Jau à la nouvelle
prison de Dry Dock, qui avait été ouverte la même année pour accueillir les jeunes détenus
âgés de 16 à 22 ans.
35. Fin mars 2015, un mois après l’arrestation de M. Ajwaid, sa famille lui a rendu visite
pour la première fois à la prison de New Dry Dock.
36. Les audiences du procès de M. Ajwaid auraient débuté en avril 2015. Le tribunal lui
a attribué un avocat, mais ils n’étaient pas autorisés à communiquer entre eux. M. Ajwaid a
informé le juge qu’il avait été torturé et contraint de faire des faux aveux. Cependant, le juge
a menacé de le renvoyer dans les locaux du Département des enquêtes criminelles, où il avait
été torturé. Il a donc gardé le silence, ses allégations de torture ont été rejetées et il n’a pas
subi d’examen médical.
37. Le 16 avril 2015, M. Ajwaid a été condamné à six mois de d’emprisonnement pour
attroupement et émeute et destruction de biens ; à cinq ans d’emprisonnement pour incendie
volontaire, fabrication d’explosifs, mise en danger d’autrui et utilisation de feux d’artifice, le
23 juin 2015 ; à dix ans d’emprisonnement pour incendie volontaire et actes connexes, le
6 septembre 2015.
38. Le 28 octobre 2015, M. Ajwaid a été condamné à une peine de trois ans
d’emprisonnement assortie d’une amende pour attroupement et émeute et fabrication
d’explosifs, et a été condamné à une peine supplémentaire de dix ans d’emprisonnement
assortie d’une amende pour diverses infractions, dont incendie volontaire et agression.
39. Le 1er novembre 2015, M. Ajwaid a été condamné à une peine de trois ans
d’emprisonnement pour attroupement et émeute et fabrication d’explosifs, assortie d’une
amende, et le 3 novembre 2016, il a été condamné à un an d’emprisonnement pour destruction
de biens par négligence.
40. Le 18 juin 2017, M. Ajwaid a été reconnu coupable de vol par défaut et condamné à
six mois d’emprisonnement, ce qui portait sa peine totale à trente-trois ans
d’emprisonnement, et le 22 mars 2018, il s’est vu imposer une amende pour destruction de
biens par négligence et infractions au code de la route.
41. M. Ajwaid a fait appel de toutes ces condamnations devant la Cour d’appel, mais
celle-ci a rejeté les appels et a confirmé les jugements.
42. M. Ajwaid aurait été condamné à une peine supplémentaire de douze ans
d’emprisonnement, de sorte qu’au total, il a été condamné à quarante-cinq ans
d’emprisonnement. Ces peines ont toutefois été ramenées à vingt-trois ans en cassation, parce
qu’il avait été condamné pour des infractions qu’il aurait commises alors qu’il était mineur.
Faute d’accès aux dossiers des procès de M. Ajwaid et à la liste des accusations retenues
contre lui, les dates précises, les durées et la teneur des autres affaires dans le cadre desquelles
il a été condamné à douze années supplémentaires d’emprisonnement ne sont pas connues.
43. Selon les informations reçues, chaque fois que M. Ajwaid a été transféré pour recevoir
un traitement médical, il n’a pas reçu des soins appropriés ni les médicaments nécessaires,
ce qui a entraîné une détérioration de son état de santé. En 2018, il a commencé à souffrir de
malformations apparues aux pieds en raison d’un manque d’hygiène, qui se sont étendues à
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iv) M. Khairalla
48. La source indique que M. Khairalla, qui était élève de l’enseignement secondaire, a
été recherché par les autorités entre mars 2014 et mai 2015. Il a reçu de nombreuses
convocations.
49. Le 4 septembre 2014, le ministère public a renvoyé M. Khairalla, ainsi qu’un groupe
de 60 autres personnes, devant la Haute Cour pénale, dans le cadre de l’affaire dite de la
« cellule des 61 », pour des actes en lien avec le terrorisme.
50. Les 23 février, 24 mars et 7 mai 2015, la famille de M. Khairalla a reçu des citations
à comparaître enjoignant celui-ci à se présenter devant la Cour pour être interrogé. Aucune
de ces convocations n’indiquait les accusation portées contre lui ; il n’y était fait référence
qu’à une « infraction punie par la loi », et M. Khairalla ne s’est pas présenté.
51. Le 14 mai 2015, la première chambre de la Haute Cour pénale a déclaré M. Khairalla
et d’autres personnes coupables par défaut, dans le cadre du procès collectif de la « cellule
des 61 », d’actes liés au terrorisme et de détention d’armes, et les a condamnés à une peine
d’emprisonnement de dix ans, assortie de la déchéance de leur nationalité, ainsi qu’à une
amende de 500 dinars.
52. Le 24 mai 2015, à 19 heures, M. Khairalla, qui était âgé de 16 ans, a été arrêté dans
une pièce d’un bâtiment abandonné à Bani Jamra, sans qu’un mandat d’arrêt ou de
perquisition lui soit présenté. Des agents de la police antiémeute l’ont encerclé et l’ont
appréhendé violemment.
53. Le même jour, à 21 heures, des agents du Ministère de l’intérieur ont emmené
M. Khairalla dans un lieu proche de son domicile, où ils lui ont bandé les yeux. On lui a dit
qu’il voyait sa famille et sa maison pour la dernière fois. Des agents de la police antiémeute
et des agents masqués en civil ont ensuite fait une descente dans les lieux, sans présenter de
mandat d’arrêt ou de perquisition. Ils ont fouillé la chambre de M. Khairalla et ont menacé
un membre de sa famille, lui disant qu’ils feraient quelque chose à M. Khairalla si elle ne
leur donnait pas son téléphone portable. Quelques jours plus tard, le domicile familial de
M. Khairalla a fait l’objet de deux descentes.
54. Immédiatement après la descente, M. Khairalla a été emmené au poste de police
d’Al-Khayyala, où il a été soumis à une disparition forcée pendant environ une semaine.
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55. Le 25 mai 2015, M. Khairalla a été présenté devant le ministère public et a été inculpé
sur le fondement d’accusations forgées de toute pièces, qui ne peuvent légalement être
portées contre un enfant de 16 ans.
56. En outre, bien que le tribunal lui ait attribué un avocat, M. Khairalla s’est vu privé
d’accès à celui-ci avant, pendant et après son procès, il n’a pas disposé du temps et des
moyens nécessaires à la préparation du procès, et il n’a pas été en mesure de produire des
preuves ou de contester les éléments de preuve retenus contre lui.
57. Environ une semaine après son arrestation, M. Khairalla a pu appeler brièvement sa
famille. Cependant, il a été contraint de déclarer faussement qu’il se trouvait au Département
des enquêtes criminelles alors qu’il se trouvait au poste de police d’Al-Khayyala. La
communication avec sa famille a ensuite été coupée pendant une semaine.
58. Lors de son interrogatoire au poste de police d’Al-Khayyala, qui a duré du 24 au
27 mai 2015, M. Khairalla s’est fait infliger de graves tortures par des agents du Ministère
de l’intérieur. On l’a battu et frappé à coups de pied et de matraque et soumis à d’autres
formes de torture pour le forcer à avouer avoir commis les multiples délits et crimes qui lui
étaient reprochés. Les agents l’ont insulté en raison de son appartenance religieuse chiite. La
conséquence en a été que M. Khairalla était couvert d’ecchymoses et avait du sang dans les
urines. Malgré cela, il n’a pas été examiné par un médecin et n’a pas reçu de soins médicaux.
59. Le 28 mai 2015, M. Khairalla a été transféré à la prison de New Dry Dock, destinée
aux détenus de moins de 21 ans. De ce jour au 7 juin 2015, il a subi de nouvelles tortures,
infligées selon les mêmes méthodes que celles utilisées au poste de police d’Al-Khayyala.
60. Les 7 et 27 juin 2015, la famille de M. Khairalla a reçu de nouvelles citations à
comparaître enjoignant celui-ci à se présenter devant la première et la quatrième chambre de
la Haute Cour pénale, alors même que M. Khairalla était déjà détenu à ce moment-là. Les
convocations ne précisaient pas les accusations portées contre lui ; il n’y était fait référence
qu’à « un crime puni par la loi ».
61. En juillet 2015, la famille de M. Khairalla a pu lui rendre visite pour la première fois
depuis son arrestation. Au cours de cette visite, il montrait des signes de fatigue et semblait
pâle.
62. M. Khairalla a fait appel de la condamnation prononcée contre lui le 14 mai 2015 et,
le 28 octobre 2016, la première chambre de la Haute Cour d’appel a rejeté l’appel et a
confirmé la condamnation.
63. Le 6 septembre 2015, M. Khairalla a été reconnu coupable d’avoir reçu une formation
à l’utilisation d’armes, à l’usage de la violence contre des policiers et à la fabrication
d’explosifs, et a été condamné à une peine d’emprisonnement de quinze ans assortie d’une
déchéance de sa nationalité.
64. Le 12 novembre 2015, M. Khairalla a été condamné à une nouvelle peine
d’emprisonnement de trois ans, assortie d’une amende de 603 dinars, et le 31 décembre 2015,
il a été condamné à une nouvelle peine d’emprisonnement de trente-cinq ans.
65. Le 19 janvier 2016, M. Khairalla a été condamné à une peine supplémentaire
d’emprisonnement de dix ans pour s’être joint à une cellule terroriste et avoir participé à des
manifestations.
66. M. Khairalla aurait été condamné, au total, à plus de cent ans d’emprisonnement, ce
qui constitue de fait une peine d’emprisonnement à vie.
67. En août 2019, après avoir atteint l’âge de 21 ans, M. Khairalla a été transféré à la
prison de Jau. Sa famille n’a pas été autorisée à le voir en raison de la pandémie de maladie
à coronavirus (COVID-19).
68. En 2021, M. Khairalla, qui était initialement détenu dans le bâtiment 12 de la prison
de Jau, a été transféré dans le bâtiment 20, qui accueille les détenus de droit commun atteints
de maladies contagieuses et de troubles psychologiques. Il a ensuite demandé à être transféré
dans un autre quartier, et une plainte a été déposée auprès de l’Institut national des droits de
l’homme. Du fait de sa plainte, M. Khairalla s’est vu privé d’appels et d’accès à la cour
pendant plus de vingt-deux jours.
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69. Le 28 mai 2021, M. Khairalla a contracté la COVID-19, mais il n’a pas reçu les soins
médicaux nécessaires.
70. En juillet 2022, alors qu’il était toujours détenu dans le bâtiment 20 de la prison de
Jau, M. Khairalla a protesté contre les mauvais traitements et le harcèlement dont il faisait
l’objet dans la prison. Le 8 juillet 2022, l’administration pénitentiaire l’a placé à l’isolement,
où il est resté jusqu’au 30 juillet 2022.
71. En novembre 2023, M. Khairalla a été transféré au bâtiment 14 de la prison de Jau,
où sa vue a commencé à baisser. Bien qu’il en ai fait la demande, l’administration
pénitentiaire a refusé de le conduire chez un ophtalmologue pour qu’il subisse un examen de
la vue.
v) M. Al-Samahiji
72. Le 15 octobre 2015, à 3 heures du matin, des agents du Ministère des affaires
étrangères en civil, masqués et équipés de caméras auraient encerclé le quartier où habitait
M. Al-Samahiji et perquisitionné à son domicile, et l’auraient arrêté sans présenter de mandat
et sans l’informer des raisons de l’arrestation. De plus, les agents ont confisqué ses appareils
électroniques. Les agents ont ensuite conduit M. Al-Samahiji, menotté et yeux bandés, dans
les locaux du Département des enquêtes criminelles à Adliya, en l’insultant et en l’agressant
verbalement.
73. Le même jour, M. Al-Samahiji a pu appeler sa famille, mais la communication a été
coupée au bout de quelques secondes. En outre, il a été soumis à une disparition forcée entre
le 16 octobre et le 6 novembre 2015, sa famille ne sachant pas où il se trouvait. Pendant cette
période, M. Al-Samahiji a été interrogé sans la présence d’un avocat et a été soumis à de
graves formes de torture par des agents du Département des enquêtes criminelles en civil et
masqués. Les agents ont frappé M. Al-Samahiji à coups de pied et de matraque, l’ont privé
de nourriture et de sommeil, l’ont forcé à rester debout pendant de longues heures, l’ont
déshabillé et l’ont agressé sexuellement. Les officiers auraient insulté M. Al-Samahiji en
raison de ses convictions religieuses chiites, ainsi que les chefs religieux chiites, et l’auraient
violemment battu lorsqu’il a refusé de répéter les insultes.
74. Malgré les actes de torture qui lui étaient infligés, M. Al-Samahiji a d’abord refusé
d’avouer. Toutefois, il a ensuite été menacé d’agression sexuelle, ce qui l’a amené à faire de
faux aveux.
75. Le 7 novembre 2015, à l’aube, M. Al-Samahiji a été présenté devant un juge pour la
première fois, au Service du ministère public, où il a également vu son avocat pour la
première fois. Cependant, il n’a pas pu s’entretenir avec son avocat en privé.
76. Le juge a forcé M. Al-Samahiji à faire des aveux et l’a menacé de le renvoyer dans la
salle de torture du Département des enquêtes criminelles et de s’en prendre à sa famille. À ce
moment-là, M. Al-Samahiji avait des hallucinations en raison du manque de sommeil et de
nourriture. Plus tard dans la journée, M. Al-Samahiji a été ramené au Département des
enquêtes criminelles et a été autorisé à appeler sa famille pour la deuxième fois depuis son
arrestation. Après cela, sa famille a pu lui rendre visite pour la première fois dans le bâtiment
du Département des enquêtes criminelles. Au cours de cette visite, M. Al-Samahiji présentait
des blessures visibles aux mains, aux jambes et au visage et avait du mal à se déplacer.
77. En raison des tortures subies, M. Al-Samahiji a commencé à souffrir de maux de tête
récurrents, de douleurs au dos et aux jambes, d’inflammations oculaires récurrentes et de
lésions dentaires. Cependant, il n’a pas reçu de soins adéquats et on ne lui a donné que des
analgésiques.
78. Le 15 novembre 2015, M. Al-Fardan a été transféré au centre de détention de Dry
Dock. Il a été transféré ultérieurement à la prison de Jau.
79. Le 24 mars 2016, M. Al-Samahiji a déposé une plainte auprès de l’Ombudsman
concernant les actes de torture qu’il avait subis et les accusations forgées de toutes pièces
portées contre lui. L’Ombudsman a répondu que l’enquête n’avait révélé aucun acte
répréhensible commis par un membre du Ministère de l’intérieur et a décidé de rejeter la
plainte et de classer le dossier. M. Al-Samahiji a déposé une autre plainte, à laquelle
8 GE.24-18752
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l’Ombudsman a répondu de manière similaire. Par la suite, d’autres plaintes ont été adressées
à l’Ombudsman et à l’Institut national des droits de l’homme, mais il n’y a pas été donné
suite.
80. Le 26 décembre 2017, la quatrième chambre de la Cour pénale suprême a déclaré
M. Al-Samahiji et 10 autres personnes coupables dans le cadre d’un procès collectif connu
sous le nom d’« affaire de l’entrepôt de Nuwaidrat ». M. Al-Samahiji a été reconnu coupable
d’infractions liées au terrorisme et a été condamné à une peine d’emprisonnement, assortie
de la déchéance de sa nationalité bahreïnienne2.
81. M. Al-Samahiji n’aurait pas été en mesure de produire des éléments de preuve ou de
contester les éléments de preuve retenus contre lui. Il n’a pas eu le temps et les moyens
nécessaires à la préparation du procès, et ses aveux forcés ont été utilisés contre lui.
82. La source rappelle que les faits relatifs à l’entrepôt de Nuwaidrat ont eu lieu en
novembre 2015, un mois après l’arrestation de M. Al-Samahiji, ce qui indique que les
accusations portées contre lui ont été forgées de toutes pièces. La Cour a reporté les audiences
du procès de six mois et a inculpé M. Al-Samahiji de cette infraction après que les faits
relatifs à l’entrepôt de Nuwaidrat ont eu lieu. En outre, pendant les audiences du procès,
M. Al-Samahiji a découvert que de nombreuses accusations différentes de celles formulées
lors de l’enquête avaient été retenues.
83. La Cour aurait initialement inculpé M. Al-Samahiji d’infractions imputées à un autre
accusé portant le même prénom, Ebrahim, et aurait ajouté aux accusations portées contre
M. Al-Samahiji des accusations portées contre cette autre personne.
84. M. Al-Samahiji a fait appel de sa condamnation et, le 29 mai 2018, la Haute Cour
d’appel a rejeté l’appel et a confirmé la condamnation initiale. Le juge qui a examiné l’appel
de M. Al-Samahiji aurait été le même que celui qui avait prononcé sa peine initiale.
85. En juin 2018, M. Al-Samahiji a déposé une plainte auprès de l’Unité spéciale
d’enquête concernant l’inéquité de son procès et les violations auxquelles il avait donné lieu.
Toutefois, l’Unité n’a pas donné suite à la plainte.
86. M. Al-Samahiji a fait appel de la décision de la Cour d’appel et, le 8 février 2020, la
Cour de cassation a annulé la peine de déchéance de la nationalité et a confirmé le reste de la
condamnation.
87. Le 23 novembre 2022, M. Al-Samahiji a été transféré au bâtiment 2 de la prison de
Jau, (cellule numéro 1 du quartier numéro 11), où il est actuellement détenu et qui est destiné
aux toxicomanes. M. Al-Samahiji, qui souffre d’asthme chronique, a été placé avec des
détenus qui fumaient continuellement, mesure qui constituerait une forme de représailles. Le
30 novembre 2022, M. Al-Samahiji a eu de graves problèmes respiratoires du fait de la fumée
dans sa cellule.
88. Les conditions d’hygiène dans ce bâtiment ne répondraient pas aux normes minimales
en la matière ; en particulier, des détenus s’automutilent avec des outils tranchants lors
d’épisodes d’hystérie, s’infligeant des blessures desquelles gicle le sang. M. Al-Samahiji est
ainsi exposé au risque d’infection à VIH/sida. De plus, les téléphones dans le bâtiment
numéro 2 fonctionnent mal, ce qui entraîne des coupures de communication récurrentes.
89. En outre, M. Al-Samahiji se voit privé du droit d’être traité pour son asthme et pour
son infection oculaire récurrente, et ses problèmes de genoux vont en s’aggravant. Il souffre
également du syndrome du côlon irritable et de troubles gastriques, et les rapports médicaux
établis confirment qu’il a besoin d’un suivi médical et d’une alimentation particulière.
90. Après avoir été agressé par deux codétenus, M. Al-Samahiji a été soumis à une
disparition forcée du 5 au 11 janvier 2024. Deux plaintes ont été adressées à l’Ombudsman
et à l’Institut national des droits de l’homme, mais elles sont restées sans réponse.
2 Voir [Link]
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a. Catégorie I
92. Il est affirmé que les quatre personnes ont été arrêtées sans qu’un mandat d’arrêt leur
ait été présenté ou qu’elles aient été informées des motifs de leur arrestation, et qu’elles n’ont
pas été présentées rapidement devant un juge, en violation de l’article 9 de la Déclaration
universelle des droits de l’homme et de l’article 9 du Pacte.
93. Dans le cas de M. Khairalla, il a été convoqué, arrêté sans qu’un mandat soit présenté,
soumis à une disparition forcée et torturé alors qu’il avait 16 ans. Il a ensuite été condamné
à plus de cent ans d’emprisonnement, ce qui constitue une peine d’emprisonnement à vie,
pour des infractions qu’il aurait commises alors qu’il était mineur et, partant, en violation des
articles 9, 37, 39 et 40 de la Convention relative aux droits de l’enfant.
94. M. Ajwaid a été convoqué à de nombreuses reprises au tribunal alors qu’il était
mineur, et a été condamné à vingt-trois ans d’emprisonnement pour des infractions qu’il
aurait commises alors qu’il était mineur, en violation des articles 9, 37, 39 et 40 de la
Convention relative aux droits de l’enfant.
95. La source affirme que tous ont été torturés, en violation de l’article 5 de la Déclaration
universelle des droits de l’homme et de l’article 7 du Pacte, ainsi que des règles 1 et 43 de
l’Ensemble de règles minima des Nations Unies pour le traitement des détenus (Règles
Nelson Mandela).
96. La source considère que l’utilisation d’aveux obtenus par la contrainte dans les procès
des quatre intéressés constitue une violation de l’article 15 de la Convention contre la torture
et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.
97. Elle soutient que M. Khairalla et M. Al-Samahiji ont été soumis à un isolement
prolongé pour avoir déposé des plaintes concernant leurs conditions de détention et s’être
opposés à des traitements dégradants, en violation des règles 36, 37, 39, 43, 44, 45 et
57 (par. 2) des Règles Nelson Mandela.
98. La source affirme que le fait de placer deux personnes emprisonnées pour des motifs
politiques, en l’espèce M. Khairalla et M. Al-Samahiji, avec des détenus de droit commun
constitue une violation de l’article 11 des Règles Nelson Mandela. Cela constitue également
une violation de l’article 10 (par. 2 b) et 3) du Pacte, étant donné que M. Khairalla était
mineur à l’époque.
99. La source affirme en outre que M. Al-Samahiji est détenu avec des détenus de droit
commun qui fument constamment, mettant sa vie en danger du fait de son asthme, en
violation de l’article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et des règles 24,
25 et 27 des Règles Nelson Mandela.
b. Catégorie II
100. La source affirme que l’arrestation et la détention des quatre individus relèvent de la
catégorie II, car ils ont tous été arrêtés pour avoir exercé leurs libertés d’opinion et
d’expression, de réunion pacifique et d’association, en participant à des manifestations
pacifiques contre le Gouvernement.
101. Les quatre intéressés ont été déclarées coupables d’infractions liées à la participation
à des manifestations, telles que rassemblement illégal, attroupement et émeute.
c. Catégorie III
102. Selon la source, les quatre intéressés ont été l’objet de procès inéquitables, n’ont pas
eu accès à un avocat et ont été contraintes de signer de faux aveux sous la contrainte et la
torture, en violation des articles 8, 9 et 10 de la Déclaration universelle des droits de l’homme
et de l’article 14 du Pacte.
10 GE.24-18752
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103. M. Al-Fardan a été déclaré coupable par défaut et toutes les décisions rendues en appel
l’ont été par défaut, et M. Ajwaid a été condamné deux fois par défaut, ce qui constitue une
violation flagrante de l’article 14 (par 3 d)) du Pacte et de l’article 10 de la Déclaration
universelle des droits de l’homme.
104. M. Al-Samahiji aurait été déclaré coupable d’une violation commise alors qu’il était
déjà en prison, ce qui rend sa détention arbitraire et constitue une violation de l’article 9 de
la Déclaration universelle des droits de l’homme.
105. La source soutient que les quatre intéressés se sont vu refuser l’accès à des soins
médicaux adéquats, en violation de l’article 25 de la Déclaration universelle des droits de
l’homme et de la règle 24 (par. 2) des Règles Nelson Mandela.
106. Dans le cas de M. Al-Fardan, bien qu’il ait été appréhendé alors qu’il se remettait
d’une opération du cerveau, il n’a pas reçu de soins médicaux appropriés et sa santé est
gravement menacée, en violation de l’article 3 de la Déclaration universelle des droits de
l’homme et de l’article 6 du Pacte.
d. Catégorie V
107. La source affirme que l’arrestation et la détention de ces quatre personnes constituent
une violation du droit international en ce qu’elles découlent d’une discrimination fondée sur
leurs opinions politiques, car elles ont été arrêtées pour avoir participé à des manifestations
pacifiques contre le Gouvernement.
108. Elle affirme en outre que le Gouvernement a exercé une discrimination à l’égard de
MM. Khairalla et Al-Samahiji, fondée sur leurs convictions religieuses chiites, en violation
des articles 2 et 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et des articles 2, 18
et 26 du Pacte.
b) Réponse du Gouvernement
109. Le 6 mars 2024, suivant sa procédure ordinaire, le Groupe de travail a transmis les
allégations de la source au Gouvernement. Le 6 mai 2024, le Gouvernement bahreïnien a
soumis sa réponse. Le Gouvernement y réaffirme son engagement à protéger, promouvoir et
renforcer les droits de l’homme, tant à l’intérieur de ses frontières qu’au niveau international.
Toutefois, le Gouvernement nie en bloc les allégations de la source.
110. Le Gouvernement attire l’attention sur la grâce royale accordée par le Roi Hamad bin
Isa Al Khalifa, qui a gracié 1 584 détenus, soit 65 % des personnes reconnues coupables dans
des affaires d’émeutes. M. Ajwaid et M. Khairalla figuraient parmi les personnes graciées et
libérées.
111. Selon le Gouvernement, les allégations formulées par la source sont intrinsèquement
fausses et les personnes susmentionnées purgent des peines prononcées conformément aux
principes d’équité, de régularité de la procédure, de protection des droits individuels, de
transparence, de non-discrimination, de présomption d’innocence, d’indépendance de la
justice et d’obligation d’être assisté par un avocat. Toute violation de ces principes par un
agent du système judiciaire fait l’objet d’une enquête approfondie et donne lieu à des
mesures. Cela s’étend au bien-être des détenus et aux soins médicaux à leur apporter.
112. Le Gouvernement met en relief les protections constitutionnelles dont la liberté
personnelle fait l’objet, notamment les garanties contre la détention arbitraire et la torture et
le droit à l’assistance d’un avocat, consacrés par les articles 19 et 20 de sa Constitution.
i) M. Al-Fardan
113. Selon le Gouvernement, M. Al-Fardan a été arrêté après qu’un mandat d’arrêt et un
mandat de perquisition en bonne et due forme ont été délivrés, le 12 mai 2015. Un jour avant
l’arrestation, une perquisition a été menée à son domicile conformément à la loi, et des armes
et des munitions ont été trouvées.
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114. Le 18 mai 2015, M. Al-Fardan a été interrogé par le ministère public, en présence de
son avocat ; il ne présentait aucun signe de coercition ou de mauvais traitement. M. Al-Fardan
n’a pas indiqué qu’il avait été soumis à des mauvais traitements. Il a été examiné par les
autorités compétentes et aucune blessure n’a été signalée.
115. Il a été trouvé dans le téléphone de M. Al-Fardan des photos d’armes fabriquées dans
le pays, ainsi que des explications sur la fabrication et l’utilisation d’explosifs. M. Al-Fardan
a ensuite été renvoyé devant un tribunal pénal pour détention et fabrication d’engins explosifs
et d’armes à des fins terroristes, et détention de munitions à des fins terroristes.
116. La Haute Cour pénale l’a condamné, en sa présence, à une peine d’emprisonnement à
vie. La Cour d’appel a confirmé, par défaut, le jugement de la Haute Cour pénale. L’avocat
de l’accusé était présent lors des audiences du procès.
117. Selon les registres du Gouvernement, l’épouse de M. Al-Fardan lui a rendu visite le
21 mai 2015.
118. Le Gouvernement a condamné M. Al-Fardan à l’emprisonnement à vie et à une
amende de 1 000 dinars, peine qui a été confirmée en appel.
119. Selon les dossiers du Gouvernement, M. Al-Fardan a soumis 10 demandes à
l’Ombudsman. Si certaines ont été transmises aux autorités compétentes, toutes ont
finalement été classées sans que de véritables mesures aient été prises pour résoudre les
problèmes signalés par M. Al-Fardan.
ii) M. Ajwaid
120. Le Gouvernement indique que M. Ajwaid a été arrêté le 22 février 2015, après qu’un
mandat d’arrestation en bonne et due forme a été décerné le 23 octobre 2015. Il a ensuite a
été interrogé par le ministère public, en présence de son avocat ; il ne présentait aucun signe
de coercition ou de mauvais traitement, et il n’a pas dit avoir été soumis à quelque mauvais
traitement que ce soit. Il a également été examiné par les autorités compétentes, qui n’ont
constaté aucune blessure.
121. Le Gouvernement affirme que 72 cocktails Molotov ont été saisis dans une maison
qui était en cours de construction, sous la direction de M. Ajwaid. En outre, un policier a été
blessé lors d’une agression commise au cours de la perquisition, et le véhicule de patrouille
de la police a été endommagé.
122. Par la suite, la Haute Cour pénale a condamné M. Ajwaid à une peine de trois ans
d’emprisonnement et à verser des dommages-intérêts. La Cour d’appel a confirmé le
jugement.
123. En outre, les autorités ont prononcé plusieurs peines, dont les suivantes :
a) Une peine d’emprisonnement de dix ans pour incendie volontaire,
attroupement et émeute et détention et utilisation de cocktails Molotov, la Cour d’appel ayant
par la suite ramené la peine à trois ans d’emprisonnement ;
b) Une peine d’emprisonnement de trois ans pour agression d’un membre des
Forces de sécurité publique, attroupement et émeute, détention et utilisation de cocktails
Molotov, la Cour d’appel ayant ramené la peine à deux ans d’emprisonnement ;
c) Une peine d’emprisonnement de cinq ans, une amende et l’obligation
d’indemniser les dommages causés, pour détention d’explosifs et de cocktails Molotov à des
fins terroristes, incendie volontaire et atteinte aux procédures électorales par le recours à la
force et aux menaces pour entraver le processus électoral, jugement confirmé par la Cour
d’appel ;
d) Une peine d’emprisonnement de quinze ans pour tentative de meurtre à des
fins terroristes, détention et acquisition de cocktails Molotov, et attroupement et émeute. La
Cour d’appel a ramené la peine à sept ans d’emprisonnement ;
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iii) M. Khairalla
126. Le Gouvernement indique que M. Khairalla a été arrêté le 27 mars 2015 alors qu’il
commettait une nouvelle infraction. Il a ensuite été interrogé par le ministère public.
127. Selon le Gouvernement, il a été constaté, lors d’un examen, que la lèvre supérieure de
M. Khairalla portait des marques ; celui-ci a dit que ces marques étaient dues à la
déshydratation, et il a nié avoir été soumis à des mauvais traitements ou à des violences.
128. Des poursuites pénales ont été engagées contre M. Khairalla le 13 février 2015, à
l’issue desquelles il a été reconnu coupable d’attroupement et d’émeute, ainsi que de
détention, d’acquisition et d’utilisation de cocktails Molotov. En conséquence, le Tribunal
pénal de première instance a condamné M. Khairalla à une peine d’emprisonnement d’un an
et à verser une caution de 500 dinars pour suspendre l’exécution. Selon les dossiers du
Gouvernement, un avocat était présent à toutes les audiences du procès.
129. Le Gouvernement indique également que plusieurs peines ont été prononcées contre
de M. Khairalla, notamment :
a) Une peine d’emprisonnement de six mois pour attroupement et émeute, et
détention et utilisation de cocktails Molotov. La Cour d’appel a confirmé le jugement ;
b) Une peine de dix ans d’emprisonnement, assortie de l’obligation d’indemniser
conjointement les dommages causés, pour tentative de meurtre et attentat à la bombe à des
fins terroristes, détention et utilisation d’explosifs, attroupement et émeute et détention et
utilisation de cocktails Molotov. La Cour d’appel a ramené la peine à sept ans
d’emprisonnement ;
c) Une peine d’emprisonnement de deux ans pour incendie volontaire à des fins
terroristes, attroupement et émeute. La Cour d’appel a confirmé le jugement ;
d) Une peine d’emprisonnement de dix ans et une amende de 500 dinars pour
adhésion à un groupe terroriste et détention d’explosifs, ainsi que pour s’être formé à
l’utilisation d’armes et d’explosifs dans l’intention de commettre des actes terroristes.
130. Selon les dossiers du Gouvernement, M. Khairalla a soumis trois demandes à
l’Ombudsman. Le Gouvernement affirme que chacune des demandes a été archivée après
qu’elle a été réglée en temps utile.
131. Le Gouvernement rappelle que M. Khairalla a été libéré en avril 2024 à la faveur
d’une grâce royale.
iv) M. Al-Samahiji
132. Selon le Gouvernement, M. Al-Fardan a été arrêté, et une perquisition a été menée à
son domicile le 14 octobre 2015 après qu’un mandat d’arrêt et un mandat de perquisition en
bonne et due forme ont été délivrés le 10 octobre 2015.
133. M. Al-Samahiji a été interrogé par le ministère public le 27 octobre 2015, en présence
de son avocat.
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134. Il a été constaté lors d’examens qu’il portait des marques visibles sur les bras et les
jambes. Lorsqu’on lui a demandé la raison de ces marques, il a déclaré qu’elles étaient dues
à l’utilisation de menottes. Le médecin compétent a également examiné les marques, afin de
déterminer si l’on pouvait écarter toute possibilité qu’elles aient été causées par des violences
ou des mauvais traitements, et a conclu qu’elles étaient dues au port des menottes.
135. Le Gouvernement affirme que de grandes quantités d’engins explosifs, de matériaux
utilisés pour leur fabrication, d’armes et de munitions ont été saisies dans l’entrepôt où les
faits ont eu lieu.
136. Par la suite, M. Al-Samahiji a été poursuivi au pénal pour adhésion à un groupe
terroriste et détention et fabrication d’engins explosifs à des fins terroristes, ainsi que pour
s’être formé à l’utilisation d’armes et d’explosifs dans l’intention de commettre des actes
terroristes.
137. La Haute Cour pénale a condamné M. Al-Samahiji à une peine d’emprisonnement à
vie sur le fondement de constatations légitimes et de preuves concrètes, ainsi que d’aveux de
certains accusés et de déclarations de ces accusés mettant en cause d’autres accusés, et la
Cour d’appel a confirmé le jugement. Selon les dossiers du Gouvernement, l’avocat de
M. Al-Samahiji était présent à toutes les audiences du procès.
138. Le Gouvernement indique que M. Al-Samahiji a soumis 19 demandes à
l’Ombudsman, dont la plupart ont été rejetées pour insuffisance de preuves. D’autres ont été
renvoyées aux autorités d’enquête compétentes. Le Gouvernement ne donne aucune
information actualisée sur ces procédures ou sur leur suivi.
139. En outre, le 27 décembre 2015, l’Unité d’enquête spéciale a reçu une plainte transmise
par l’Ombudsman, dans laquelle M. Al-Samahiji affirmait que la police l’avait torturé pour
le contraindre à faire des aveux. En conséquence, une enquête a été ouverte. Les éléments du
dossier médical prouvaient qu’il n’avait subi aucune blessure, et le personnel concerné a nié
les allégations. L’enquête a ensuite été clôturée faute de preuves.
140. Le Gouvernement réaffirme son engagement à continuer de protéger et de promouvoir
les droits de l’homme, aux niveaux tant régional qu’international. Pendant l’incarcération,
des protocoles stricts sont appliqués pour garantir le respect de la dignité humaine, et après
l’incarcération, des mesures efficaces sont mises en œuvre pour assurer le bien-être des
détenus.
14 GE.24-18752
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144. En ce qui concerne M. Khairalla, le Gouvernement n’a pas tenu compte du fait qu’il
était mineur au moment de son arrestation et qu’il n’a pas été jugé selon les principes
applicables au jugement des mineurs.
145. Si la source se félicite de la grâce accordée par le Gouvernement à MM. Ajwaid et
Khairalla, elle affirme que cette grâce n’exonère pas le Gouvernement de son obligation
d’enquêter sur les violations commises à leur encontre.
146. La source reprend les conclusions qu’elle a formulées dans sa précédente
communication. La réponse du Gouvernement n’aborde pas plusieurs violations et problèmes
graves. En ce qui concerne les accusations de violation que le Gouvernement aborde, sa
réponse est souvent insatisfaisante ou trop vague pour permettre de les rejeter.
2. Examen
147. Le Groupe de travail remercie la source et le Gouvernement pour leurs
communications.
148. Pour déterminer si la détention des quatre personnes susmentionnées est arbitraire, le
Groupe de travail tiendra compte des principes établis dans sa jurisprudence concernant les
règles de la preuve. Lorsque la source établit une présomption de violation du droit
international constitutive de détention arbitraire, la charge de la preuve incombe au
Gouvernement dès lors que celui-ci décide de contester les allégations. Le simple fait que le
Gouvernement affirme que la procédure légale a été suivie ne suffit pas à réfuter les
allégations de la source3.
149. En premier lieu, le Groupe de travail constate que MM. Ajwaid et Khairalla ont été
libérés en avril 2024. Conformément à ses méthodes de travail, le Groupe de travail se réserve
le droit de rendre un avis sur la question de savoir si la privation de liberté était ou non
arbitraire, même si l’intéressé a été libéré 4 . En l’espèce, il est d’avis que les allégations
formulées par la source sont extrêmement graves. Partant, il rend un avis.
150. La source soutient que la détention des intéressés est arbitraire et relève des
catégories I, II, III et V de la classification employée par le Groupe de travail. Le
Gouvernement nie toutes les allégations et affirme qu’il a été procédé aux arrestations et aux
placements en détention des quatre individus conformément à toutes les obligations
internationales relatives aux droits de l’homme souscrites par l’État. Le Groupe de travail
examinera dans l’ordre les allégations se rapportant à ces différentes catégories.
a) Catégorie I
151. La source affirme − et le Gouvernement, qui a pleinement accès à tous les documents,
n’a pas apporté la preuve du contraire − qu’aucun mandat d’arrêt n’a été présenté aux quatre
intéressés et que ceux-ci n’ont pas été informés des motifs de leur arrestation au moment où
elle a eu lieu.
152. Le Groupe de travail rappelle que l’article 9 (par. 2) du Pacte dispose que tout individu
arrêté sera informé, au moment de son arrestation, des raisons de cette arrestation et recevra
notification, dans le plus court délai, de toute accusation portée contre lui. Le Groupe de
travail a précédemment expliqué que l’existence d’une loi autorisant une arrestation ne suffit
pas à conférer un fondement juridique à une privation de liberté. Les autorités doivent
invoquer ce fondement juridique et l’appliquer aux circonstances de l’espèce5. Cela se fait
généralement au moyen d’un mandat d’arrêt (ou d’un document équivalent)6. Les raisons de
l’arrestation doivent être communiqués immédiatement au moment où il y est procédé et
doivent inclure non seulement le fondement juridique général de l’arrestation, mais aussi des
éléments de fait suffisants pour donner une indication du fond de la plainte, par exemple
GE.24-18752 15
A/HRC/WGAD/2024/40
l’acte illicite reproché et l’identité d’une victime éventuelle7. Cela n’a pas été respecté en
l’espèce.
153. Le Groupe de travail prend note de l’allégation de la source selon laquelle les quatre
individus n’ont pas été présentés dans le plus court délai devant un juge. Le Gouvernement
a expliqué, dans sa réponse, que tous les intéressés avaient été interrogés par le ministère
public, qui a ensuite ordonné leur placement en détention. Le Groupe de travail rappelle que,
bien que les normes internationales citées dans sa jurisprudence prescrivent qu’une personne
arrêtée doit être présentée devant un juge dans les quarante-huit heures suivant son
arrestation8, une norme plus stricte fixant une durée de vingt-quatre heures était applicable à
M. Khairalla en vertu de la Convention relative aux droits de l’enfant. En outre, les intéressés
ont été présentés devant le ministère public, qui ne saurait être considéré comme une autorité
judiciaire aux fins de l’article 9 (par. 3) du Pacte9.
154. Le Groupe de travail note également que la source a indiqué que les quatre individus
ont été soumis à des disparitions forcées pendant des périodes allant de sept à vingt-deux
jours. Le Gouvernement n’a pas apporté la preuve du contraire. Comme le Groupe de travail
l’a affirmé, le fait de détenir des personnes en les privant de tout accès au monde extérieur,
en particulier aux membres de leur famille et à leurs avocats, constitue une violation du droit
de contester la légalité de leur détention devant un tribunal, qu’elles tiennent de l’article 9
(par. 4) du Pacte 10 . Le contrôle judiciaire de la privation de liberté est une garantie
fondamentale de la liberté individuelle11 et est essentiel pour garantir que la détention a un
fondement juridique. Étant donné que les intéressés ont été soumis à une disparition forcée,
ils n’ont pas été en mesure de contester leur détention, et leur droit à un recours effectif, qu’ils
tiennent de l’article 8 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et de l’article 2
(par. 3) du Pacte, a été violé. En outre, les disparitions forcées sont contraires aux articles 9
et 14 du Pacte, et constituent une forme particulièrement grave de détention arbitraire 12.
155. Le Groupe de travail relève en outre qu’il ressort des faits, que le Gouvernement n’a
pas contestés, que les quatre intéressés n’ont pas pu exercer le droit d’introduire un recours
devant un tribunal afin que celui-ci statue sans délai sur la légalité de leur détention
conformément aux articles 3, 8 et 9 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, aux
articles 2 (par. 3) et 9 (par. 1 et 4) du Pacte et, s’agissant de M. Khairalla, à l’article 37 (al. b))
de la Convention relative aux droits de l’enfant, ainsi qu’aux principes 11, 32 et 37 de
l’Ensemble de principes pour la protection de toutes les personnes soumises à une forme
quelconque de détention ou d’emprisonnement.
156. Le Groupe de travail estime donc que la privation de liberté de MM. Al-Fardan,
Ajwaid, Khairalla et Al-Samahiji est arbitraire en ce qu’elle est dénuée de fondement
juridique, et qu’elle relève de la catégorie I.
b) Catégorie II
157. La source allègue que MM. Al-Fardan, Ajwaid, Khairalla et Al-Samahiji ont été
placés en détention pour avoir exercé légalement leurs droits aux libertés d’opinion et
d’expression, et leur droit de prendre part à la direction des affaires publiques qu’ils tiennent
des articles 19, 20 et 21 (par. 1) de la Déclaration universelle des droits de l’homme et des
articles 19, 21 et 25 (al. a)) du Pacte. Selon la source, ils ont été pris pour cible en raison de
leur participation à une manifestation en faveur de la démocratie. En outre, MM. Al-Fardan
et Khairalla sont membres de la Société Al-Wefaq, un parti politique lié aux manifestations
en faveur de la démocratie qui ont eu lieu à Bahreïn en 2011.
7 Comité des droits de l’homme, observation générale no 35 (2014), par. 25 ; avis nos 30/2017, par. 58
et 59, et 85/2021, par. 69.
8 Avis no 10/2015, par. 34.
9 Comité des droits de l’homme, observation générale no 35 (2014), par. 32 ; avis no 5/2020, par. 72.
10 Avis nos 45/2017 et 87/2020.
11 Principes de base et lignes directrices des Nations Unies sur les voies et procédures permettant aux
personnes privées de liberté d’introduire un recours devant un tribunal, par. 3.
12 Comité des droits de l’homme, observation générale no 35 (2014), par. 17 ; avis no 5/2020, par. 74.
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158. Dans sa réponse, le Gouvernement affirme que ces personnes ont été reconnues
coupables d’avoir commis des crimes violents qui constituaient une menace pour la sécurité
publique, et non pour leurs convictions ou affiliations politiques. Selon le Gouvernement, ces
personnes ont préparé des engins explosifs, attaqué les forces de sécurité publique et se sont
livrées à d’autres activités violentes, notamment des incendies volontaires. Dans chaque cas,
des éléments de preuve auraient été trouvés sur des lieux liés à chacun de ces individus. La
source n’a pas affirmé que les engins explosifs et autres preuves matérielles n’avaient pas été
retrouvés dans ces lieux, mais que le Gouvernement n’avait pas fourni de preuves directes au
Groupe de travail.
159. Compte tenu de ces divergences, le Groupe de travail n’est pas en mesure de conclure
que les quatre individus n’ont fait qu’exercer leur droit à la liberté d’opinion et leur droit de
participer à des rassemblements pacifiques.
c) Catégorie III
160. La source allègue que MM. Al-Fardan, Ajwaid, Khairalla et Al-Samahiji ont eu un
accès limité, voire aucun accès, à un conseil juridique de leur choix après leur arrestation
et/ou au cours de la procédure. Le Gouvernement affirme qu’ils ont tous bénéficié d’une
assistance juridique, comme le prévoit le Code pénal.
161. Le Groupe de travail a établi précédemment que certains des intéressés avaient été
victimes de disparition forcée. Cela a considérablement affaibli et compromis leur capacité à
se défendre dans toute procédure judiciaire ultérieure. Selon le principe 2 des Principes de
base relatifs au rôle du barreau, le détenu doit avoir effectivement accès, le plus tôt possible,
aux services d’un avocat. Le Groupe de travail estime que ce principe est intimement lié au
principe de l’égalité des armes, consacré par l’article 2 de la Déclaration universelle des droits
de l’homme. Le Groupe de travail rappelle en outre que l’article 14 (par. 3 b)) du Pacte
garantit à toute personne accusée d’une infraction pénale le droit de disposer du temps et des
facilités nécessaires à la préparation de sa défense et le droit de communiquer avec le conseil
de son choix. En l’espèce, le Groupe de travail estime que le droit des personnes
susmentionnées d’être assistées par un avocat à une étape déterminante de la procédure
pénale a été violé, de même que les principes 15, 17 et 18 de l’Ensemble de principes pour
la protection de toutes les personnes soumises à une forme quelconque de détention ou
d’emprisonnement et les principes 1, 5, 7, 8, 21 et 22 des Principes de base relatifs au rôle
du barreau. De plus, en ce qui concerne M. Khairalla, les articles 37 (al. b) et d)) et
40 (par. 2) b) ii) et iii)) de la Convention relative aux droits de l’enfant ont été violés.
162. Le Groupe de travail estime en outre que les intéressés n’ont pas pu pleinement
exercer le droit, qui relève des garanties d’une procédure régulière, de recevoir des visites
des membres de leur famille, de correspondre avec eux et de disposer de possibilités
adéquates de communiquer avec le monde extérieur, sous réserve des conditions et
restrictions raisonnables que peuvent énoncer la loi ou les règlements pris conformément à
la loi, comme le prévoient les principes 15 et 19 de l’Ensemble de principes pour la protection
de toutes les personnes soumises à une forme quelconque de détention ou d’emprisonnement,
les règles 43 (par. 3) et 58 des Règles Nelson Mandela et, s’agissant de M. Khairalla,
l’article 37 (al. c)) de la Convention relative aux droits de l’enfant. Le fait d’assurer un accès
rapide et régulier aux membres de la famille, ainsi qu’à du personnel médical indépendant et
à un avocat, est une garantie essentielle et nécessaire pour prévenir la torture et protéger les
personnes contre la détention arbitraire et les atteintes à leur sécurité 13.
163. Le Groupe de travail se dit également gravement préoccupé par les allégations selon
lesquelles des actes de torture et des mauvais traitements ont été infligés aux quatre intéressés
pendant leur arrestation et/ou leur détention. Il note que le Gouvernement indique avoir
enquêté sur ces allégations, mais que les affaires ont été rejetées ou classées.
164. Comme le Groupe de travail l’a déjà indiqué, le fait d’accepter comme élément de
preuve une déclaration qui aurait été obtenue par la torture ou des mauvais traitements rend
l’ensemble de la procédure inéquitable, qu’il y ait ou non d’autres éléments de preuve à
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d) Catégorie V
167. Enfin, la source affirme que le placement en détention de MM. Al-Fardan, Ajwaid,
Khairalla et Al-Samahiji est discriminatoire, en ce qu’il est fondé sur leurs opinions politiques
ou autres, qu’ils ont exprimées en participant à des manifestations en faveur de la démocratie.
Pour les raisons indiquées dans la section concernant la catégorie II, le Groupe de travail
n’est pas en mesure de conclure définitivement que les quatre personnes ont été privées de
liberté pour des motifs discriminatoires.
e) Observations finales
168. Si le Groupe de travail se félicite de la grâce officielle qui a permis de libérer
MM. Ajwaid et Khairalla, il reste préoccupé par le bien-être de MM. Al-Fardan et
Al-Samahiji, qui sont détenus depuis plus de neuf ans. Le Groupe de travail prend note des
allégations non réfutées formulées par la source concernant leur état de santé, et saisit cette
occasion pour rappeler au Gouvernement l’obligation que lui fait l’article 10 (par. 1) du Pacte
de garantir que toute personne privée de sa liberté est traitée avec humanité et avec le respect
de la dignité inhérente à la personne humaine16. Le Groupe de travail demande instamment
au Gouvernement de libérer immédiatement et sans condition les deux intéressés, et de veiller
à ce qu’ils reçoivent des soins médicaux.
169. La présente affaire compte parmi une série d’affaires de privation arbitraire de liberté
à Bahreïn dont le Groupe de travail a été saisi ces dernières années 17. Le Groupe de travail
constate que nombre des affaires concernant Bahreïn présentent des caractéristiques
similaires, à savoir : arrestation sans mandat ou sans que les raisons en soient données ;
détention provisoire avec un accès limité au contrôle judiciaire et privation de l’assistance
d’un avocat ; extorsion d’aveux ; disparition forcée ; poursuites pour des infractions libellées
en des termes vagues à raison de l’exercice pacifique des droits de l’homme ; procès devant
des tribunaux qui ne sont pas indépendants ; torture et mauvais traitements ; privation de
soins médicaux. Il rappelle que, dans certaines circonstances, l’emprisonnement généralisé
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3. Dispositif
171. Compte tenu de ce qui précède, le Groupe de travail rend l’avis suivant :
La privation de liberté d’Habib Ali Habib Jasim Mohamed al-Fardan, de Jasim
Mohamed Saeed Ahmed Ali Ajwaid, d’Husain Ali Basheer Ali Khairalla et
d’Ebrahim Yusuf Ali Ebrahim al-Samahiji est arbitraire en ce qu’elle est contraire aux
articles 3, 8 et 9 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et aux articles 2,
9 et 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et relève des
catégories I et III.
172. Le Groupe de travail demande au Gouvernement bahreïnien de prendre les mesures
qui s’imposent pour remédier sans tarder à la situation de MM. Al-Fardan, Ajwaid, Khairalla
et Al-Samahiji et la rendre compatible avec les normes internationales applicables,
notamment celles énoncées dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et le Pacte
international relatif aux droits civils et politiques.
173. Le Groupe de travail estime que, compte tenu de toutes les circonstances de l’espèce,
la mesure appropriée consisterait à libérer immédiatement MM. Al-Fardan et Al-Samahiji et
à leur accorder, ainsi qu’à MM. Ajwaid et Khairalla, le droit d’obtenir réparation, notamment
sous la forme d’une indemnisation, conformément au droit international.
174. Le Groupe de travail demande instamment au Gouvernement de veiller à ce qu’une
enquête approfondie et indépendante soit menée sur les circonstances de la privation
arbitraire de liberté de MM. Al-Fardan, Ajwaid, Khairalla et Al-Samahiji, et de prendre toutes
les mesures qui s’imposent contre les responsables de la violation des droits de ceux-ci.
175. Le Groupe de travail demande au Gouvernement d’user de tous les moyens à sa
disposition pour diffuser le présent avis aussi largement que possible.
4. Procédure de suivi
176. Conformément au paragraphe 20 de ses méthodes de travail, le Groupe de travail prie
la source et le Gouvernement de l’informer de la suite donnée aux recommandations
formulées dans le présent avis, et notamment de lui faire savoir :
a) Si MM. Al-Fardan and Al-Samahiji ont été mis en liberté sans condition et,
dans l’affirmative, à quelle date ;
b) Si MM. Al-Fardan, Ajwaid, Khairalla et Al-Samahiji ont obtenu réparation,
notamment sous la forme d’une indemnisation ;
c) Si la violation des droits de MM. Al-Fardan, Ajwaid, Khairalla et Al-Samahiji
a fait l’objet d’une enquête et, dans l’affirmative, quelle a été l’issue de celle-ci ;
d) Si Bahreïn a modifié sa législation ou sa pratique afin de les rendre conformes
aux obligations mises à sa charge par le droit international, dans le droit fil du présent avis ;
e) Si l’état de santé de MM. Al-Fardan et Al-Samahiji peut être amélioré et attesté
par des professionnels de santé indépendants ;
f) Si d’autres mesures ont été prises en vue de donner suite au présent avis.
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