3 Bertolini
3 Bertolini
Gérard Bertolini
18 DÉCHETS - REVUE FRANCOPHONE D’ÉCOLOGIE INDUSTRIELLE - N° 25 - 1er trimestre 2002 - REPRODUCTION INTERDITE
Déchets et archéologie
La science du déchet est appelée par ailleurs « rudologie » À l’archéologie traditionnelle de défense du patrimoine s’ajou-
(dérivée du latin rudus, désignant les gravats, plâtras, te (en particulier sous l’impulsion, en France, de Leroi-
décombres, s’appliquant donc surtout aux déchets de bâti- Gourhan, qui a créé le Laboratoire d’ethnologie préhistorique
ment) par Jean Gouhier (Géographe de l’Université du associé au CNRS) une archéologie « de recherche », plus
Maine, au Mans, fondateur du Gedeg, Groupe d’études récente et en croissance rapide, dont l’objectif est une meilleu-
déchets et espaces géographiques, et de l’Institut de re connaissance des civilisations du passé. Cette ethno-
Rudologie) ; on peut également la baptiser « résiduologie » archéologie met l’accent sur les relations entre un groupe
ou « déchétique ». Elle fait elle-même appel à diverses humain et les vestiges de sa culture matérielle ; ces vestiges
sciences, dont l’archéologie ; mais celle-ci n’est que l’une constituent des marqueurs culturels [2]. Elle s’inscrit elle-
d’entre elles. même dans une anthropologie sociale et culturelle.
Le problème posé renvoie à la définition du déchet, qui Il s’agit de lire le monde, le film de la vie et de la mort, à par-
comporte une part de flou, sinon d’arbitraire. Les défini- tir du « négatif » que constitue le déchet, donc de le « posi-
tions juridiques font notamment référence à « l’abandon », tiver ».
au fait, au désir ou à la volonté de « se défaire » d’un objet Les « empreintes détritiques » du passé sont susceptibles
ou d’un bien. Il en résulte toutefois pour inconvénient qu’un de fournir notamment deux types d’enseignements, qui
« sous-produit » (chute neuve ou déchet d’usage) est consi- seront distingués :
déré comme un déchet, même s’il fait l’objet d’une réap- • des enseignements sur les conditions et les modes de vie
propriation par d’autres, à des fins de réutilisation (pour le du passé,
même usage), de réemploi (pour un autre usage) ou de • et, de façon plus particulière, des enseignements sur la
recyclage de la matière constitutive. Pour l’économiste, au gestion des déchets, autrefois.
défaut de valeur d’usage pour son détenteur doit s’ajouter Elles constituent des indicateurs, ou des indices, appelant une
une absence de valeur marchande. Dès lors, les deux accep- interprétation, voire une reconstitution.
tions (juridique et économique) ne coïncident pas. Dans la Cependant, la conservation différentielle des matériaux, sui-
suite de l’analyse, on retiendra l’acception juridique, plus vant leur nature et les conditions du milieu, risque d’indui-
large que l’acception économique. re en erreur leurs découvreurs sur l’importance relative de
Pour autant, tous les objets d’archéologie ne seront pas leur utilisation.
considérés comme des déchets. Certes, lorsqu’ils sont Alors que la pierre résiste relativement bien aux outrages
retrouvés, la plupart de ces objets matériels sont aujourd’hui du temps (elle est toutefois sujette, surtout dans certains
brisés, incomplets, à l’état de fragments (le cas échéant de régions, à l’érosion par le vent, au gel et, pour les édifices,
menus fragments recueillis par tamisage), voire de traces; les aux secousses sismiques), d’autres matériaux sont plus vul-
biens immobiliers sont à l’état de ruines, et les êtres vivants nérables. Tel est par exemple le cas des constructions en
à l’état de squelettes ; mais il ne s’agit pas toujours d’objets terre crue, victimes de l’humidité (en milieu humide, leur
(au sens large) que leurs détenteurs destinaient volontaire- conservation nécessite, dit-on, « de bonnes bottes et un
ment à l’abandon. Dans divers cas, cet abandon n’est que for- bon chapeau »). Parmi les métaux, les ferreux sont sujets à
tuit, accidentel ou bien «fatal». Il n’est toutefois pas toujours la corrosion, tandis que d’autres (et en particulier les métaux
facile de déterminer si certains objets ont été abandonnés précieux) résistent mieux.
volontairement ou non. Le bois est menacé à la fois par l’humidité et par le feu. Sa
L’archéologie concerne des vestiges du passé, dont certains conservation est tributaire de conditions climatiques parti-
sont prestigieux, de grande valeur, exposés dans les musées, culières : grand froid, sécheresse extrême (par exemple, la
alimentant les collections de riches particuliers et le grande sécheresse du climat de la Haute Égypte a permis de
commerce des antiquaires. Elle ne s’est d’abord intéressée préserver un grand nombre d’objets en bois) ou, à l’inverse,
qu’aux vestiges les plus imposants, ou à quelques objets milieu saturé en humidité : mers, lacs, rivières, marais, tour-
choisis pour leur valeur esthétique ou leur caractère inso- bières ont constitué des milieux propices à sa conservation,
lite, ce qui a conduit à négliger et à détruire d’autres vestiges; révélée par l’archéologie subaquatique ; mais des problèmes
beaucoup de sources d’information ont ainsi été irrémé- se posent, lorsqu’on retire les objets de leur élément aqueux.
diablement perdues. S’y ajoutent des risques d’erreurs d’interprétation: s’agit-il par
Cependant, progressivement, les archéologues et les exemple d’habitats terrestres ensuite submergés, engloutis,
fouilleurs se sont attachés à repérer et à conserver tous les ou d’habitats lacustres ? Dans ce dernier cas, ont-ils été
éléments pouvant apporter un témoignage, même indirect, volontairement ou involontairement abandonnés ?
sur les activités des hommes ou du milieu dans lequel ils ont Autre fléau (à moins qu’il s’agisse d’une aire de combus-
vécu. Il s’agit de « décrypter les reliquats », et il n’est rien qui tion, le bois ayant été utilisé comme combustible), le feu
ne laisse derrière soi des traces de son passage. détruit le bois. Toutefois, paradoxalement, sa combustion a
Dès lors, l’archéologie n’est qu’une des sciences du déchet, permis, dans certains cas, d’en garder la trace, sous forme
et l’archéologie elle-même n’est que partiellement une scien- de charbon de bois. L’anthracologie vise à identifier, à partir
ce du déchet. De plus, force est de souligner leur caractè- des charbons de bois, les espèces ligneuses ; elle permet par
re de plus en plus multi-disciplinaire ou trans-disciplinaire. exemple de reconstituer ce que pouvait être la végétation
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Déchets et archéologie
d’une époque. S’y ajoute la dendrochronologie, en comptant Le Tandétron, géré conjointement par le CNRS et le CEA,
les anneaux annuels des troncs d’arbres ; l’épaisseur rela- est un appareil de spectrométrie de masse par accélération,
tive de ces anneaux renseigne également sur les variations capable d’assurer des datations 14 C sur de petits échan-
de conditions climatiques. La dendrochronologie ne peut tillons. Le CEA utilise aussi les isotopes de l’eau ; la géochi-
cependant être appliquée à des charbons de bois que s’ils mie isotopique permet par exemple de reconstituer des
ne sont pas trop fragmentés ou si les fragments ne sont pas paléotempératures à partir des isotopes présents dans les
dispersés. carottages de glace [3].
De même que les anneaux d’accroissement sur les troncs
d’arbres permettent d’en déduire les poussées de crois-
sance, des chercheurs ont appliqué cette méthode à des
LES DÉCHETS COMME RÉVÉLATEURS
restes de fémurs de sauriens (dinosaures notamment).
DES CONDITIONS ET DES MODES DE
La décomposition des matières organiques fermentescibles VIE DU PASSÉ
ne laisse guère de traces. On peut toutefois observer, même
Cuvier, le résurectionniste
sur longue période, la présence de taches foncées dans le
sol (surtout s’il est sableux), dont les contours peuvent être L’œuvre de Cuvier (1769-1832) a fait progresser considé-
révélateurs de l’objet initial (par exemple un pieu, un cer- rablement la paléontologie, terme qui n’existait pas encore à
cueil, ou un assemblage de bois plus complexe). Cependant, son époque. À partir de restes fragmentaires (fossiles, os,
d’une façon générale, les outils de bois n’ont guère laissé de dents, coquilles, etc.), il s’est appliqué à reconstituer des
traces, contrairement aux outils de pierre ou de métal. organismes disparus, leur mode de vie, ainsi que leur histoire;
Plus encore que le bois, les vestiges botaniques se conser- il s’est en particulier intéressé à la cause de leur disparition,
vent mal dans leur environnement naturel ; ils ne parvien- locale ou totale [4].
nent jusqu’à nous que dans des conditions exceptionnelles. Dans son Discours préliminaire aux « Recherches sur les
Toutefois, les plantes conservent un squelette minéral résul- ossemens fossiles » (1812), il disait : « il est infiniment rare de
tant de l’imprégnation de leurs tissus par des composés sili- trouver un squelette fossile un peu complet ; des os isolés, et
ceux ; ces phytolithes sont observables au microscope, mais jetés pêle-mêle, presque toujours réduits à l’état de fragments,
ils ne constituent qu’un moyen partiel d’identification. voilà tout ce que nos couches (géologiques) nous fournissent
Les pollens et les spores des végétaux sont résistants, et dans cette classe, et la seule ressource des naturalistes… J’étais
constituent le matériau de la palynologie. Ils sont générale- dans le cas d’un homme à qui on aurait donné pêle-mêle des
ment dispersés par le vent, mais peuvent s’accumuler dans débris mutilés et incomplets de quelques centaines de squelettes
certains creux, en particulier des cavernes ; de plus, les four- appartenant à vingt sortes d’animaux; il fallait que chaque os allât
rures des animaux, les vêtements humains et les semelles de retrouver celui auquel il devait tenir ; c’était presque une résur-
chaussures, ainsi que les empreintes de pieds, sont des rection en petit… ; par la voie de l’anatomie comparée, chaque
« pièges » à pollens et spores. os, chaque portion d’os reprit sa place ».
En ce qui concerne les aliments, la fouille des déchets de cui- L’exercice comporte toutefois des risques d’erreur. Le pou-
sine a été longtemps la seule source d’information sur l’ali- voir prêté à Cuvier de reconstituer un animal disparu à par-
mentation des Préhistoriques. Les résidus sont très différents tir d’un seul os ou d’une seule dent relève de l’exagération.
suivant leur nature, et la conservation de ces résidus est Il s’est intéressé en outre aux processus de fossilisation, à
inégale : coquilles, os, arêtes constituent des parties dures la conservation différentielle des squelettes et des os, et
qui résistent beaucoup plus que les restes végétaux, dont la aux causes de décès ; par exemple, certains os fracturés ou
consommation risque d’être sous-estimée. rongés portent les marques de carnassiers, se nourrissant
Les progrès des équipements et des méthodes d’analyse soit d’animaux vivants, soit de cadavres (animaux nécro-
ont permis de révéler des traces jusqu’alors insoupçon- phages).
nées, des « ultra-traces » (moins d’une partie par million Il fait également le lien avec la géologie, en établissant des
[ppm], soit 0,0001 %). Aux analyses physiques et chimiques corrélations entre les traces d’animaux et les terrains, ce qui
(élémentaire, isotopique ou moléculaire), à l’activation neutro- permet une datation relative. Il a ainsi jeté les bases de ce
nique, la spectrométrie de masse, la chromatographie, la qui sera appelé plus tard la biostratigraphie.
fluorescence X, la spectrométrie d’émission, s’est ajoutée L’assimilation de cadavres animaux et humains à des déchets
l’analyse tracéologique. peut apparaître comme abusive, mais elle servira d’entrée
Des « paléotraceurs » ont été recherchés et retrouvés, par en matière.
carrotages et analyses, dans les couches de glace accumu-
lées, notamment au Groënland et en Antarctique, condui- Sur la trace des premiers hommes
sant à remonter le temps, jusqu’à 150 000 ans. Après la découverte des restes fossilisés de Lucy (3,2 mil-
En France, on peut noter à ce sujet les travaux du lions d’années) et de Ramidus (4,5 millions d’années), des
Laboratoire de glaciologie et de géophysique de l’environ- ossements de cinq paléo-primates, datant de 6 millions d’an-
nement de Grenoble, ainsi que de laboratoires du CEA, y nées, ont été mis à jour au Kenya : deux fragments de
compris à partir de sédiments marins et de récifs coralliens. mâchoire, trois fémurs, un humérus, une phalange, plusieurs
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Déchets et archéologie
dents… (le tout tient dans une boîte à chaussures). sont apparues dix mille ans avant notre ère, dans la préhis-
Leur dentition indique qu’ils étaient vraisemblablement omni- toire méso-américaine. Elles étaient obtenues par percussion
vores, se nourrissant surtout de fruits et légumes, avec à l’oc- douce ; mais les vestiges retrouvés sont souvent des pré-
casion un complément de viande. Leurs fémurs montrent formes abandonnées avant finition.
qu’ils pouvaient marcher, en position debout, et l’humérus Durant le moustérien, pointes et racloirs sont retouchés
et la phalange (courbe, comme les grands singes) que c’étaient seulement sur une seule face.
également des grimpeurs. A. Leroi-Gourhan a montré que des relevés précis de la
En outre, l’un des fémurs retrouvés porte des traces de disposition des déchets de taille de silex permettent de
dents, ce qui suggère une fin tragique. Selon Martin Pickford reconstituer la position et les gestes du tailleur. Des expé-
(du Laboratoire de paléontologie), l’un des découvreurs, rimentations ont conforté ces diagnostics. Les déchets révè-
l’individu en question a probablement été traîné sur une lent en outre les maladresses éventuelles du tailleur. Ces tra-
branche par un félin, et des morceaux seraient tombés dans vaux ont ouvert la voie d’une « archéologie du geste ».
l’eau, qui devait se trouver sous l’arbre. Protégés par l’eau, À Biache-Saint Vaast (une terrasse de la Scarpe) par exemple,
ces restes auraient traversé les âges. des traces de chasseurs paléolithiques (datant d’environ
Des restes humains fossilisés fournissent également le maté- 180 000 ans) ont été retrouvées. Le décapage du site a mis
riau d’une paléopathologie : aux calculs biliaires s’ajoutent en évidence des activités spécialisées, d’une part de débita-
d’autres vestiges lithiques, comme des fibromes utérins cal- ge du silex (suivant la méthode Levallois), d’autre part de bou-
cifiés, et quelques vestiges osseux portent des traces de cherie. Parmi les ossements animaux dominent les rhino-
tentatives thérapeutiques (trépanations, etc.). cérotidés, les ursidés et les bovinés. La forte fragmentation
A. Leroi-Gourhan : des os, qui montrent des traces de coups de silex, indique
leçons d’ethnologie préhistorique qu’il s’agit de déchets d’une activité de boucherie à des fins
culinaires [2].
L’ère paléolithique est caractérisée par la taille par l’homme
de roches dures, en particulier du silex, à défaut de trouver Recherches plus récentes
dans la nature des éclats ayant la forme désirée. L’usage des outils préhistoriques, notamment de pierre, a
À partir d’un bloc de roche dure, appelé nucleus, il opère un interpellé les chercheurs, et en particulier S.A. Semenov [6],
débitage, visant à produire des éclats, des lamelles, des qui a examiné à la binoculaire et au microscope optique les
esquilles (c’est-à-dire de très petits éclats), pour divers usages: stries, émoussés, écaillures ou polis produits sur les tran-
grattoirs, racloirs, perçoirs, burins, pointes de flèches, pics, chants par l’usage. Ses travaux lui ont permis d’identifier le
haches, etc. mode d’emploi d’une grande diversité d’outils lithiques et
Ces éclats sont produits par percussion ou par pression. La osseux et, dans une certaine mesure, la matière qu’ils tra-
face d’éclatement du silex est généralement lisse, mais vaillaient.
montre souvent des ondulations concentriques. Si le centre Plus récemment, L.H. Keeley [7] a perfectionné la technique
de ces ondulations se trouve au milieu de la face, elles résul- d’analyse des polis observables sur le silex en ayant recours
tent soit de phénomènes naturels, comme le gel, soit d’une à de forts grossissements optiques. Il a ainsi pu distinguer des
pression exercée intentionnellement. Dans le cas d’un écla- micro-usures particulières selon la nature et l’état des
tement par percussion, les ondulations reproduisent, sur la matières travaillées: viande, peau fraîche, peau sèche, os, bois
face d’enlèvement, la propagation de l’onde de fracture à par- de cervidés, bois d’arbres, etc.
tir du point d’impact, qui peut ainsi être déterminé [5]. L’emploi du microscope à balayage électronique permet
On retrouve ces mêmes traces, en négatif, sur les «négatifs d’aller plus loin encore : l’imprégnation siliceuse de végétaux
d’enlèvement ». La question des déchets provenant de la explique le «lustré» des céréales. Des résidus phytolithiques
taille de silex est en réalité plus complexe: les surfaces à débi- sont restés plaqués sur des tranchants d’outils. En outre, cette
ter d’un nucleus peuvent en premier lieu, avant le débitage imprégnation siliceuse est responsable du « poli d’utilisa-
proprement dit, faire l’objet d’une préparation, d’un façon- tion » observable sur des lames et lamelles ayant servi à la
nage, d’une première mise en forme. moisson de graminées [5].
Ainsi, la méthode dite Levallois (apparue au cours du Sur les dents, on peut également observer l’usure de l’émail
Pléistocène moyen et développée durant le Paléolithique des surfaces triturantes, lors de la mastication, ainsi que des
moyen) se traduit par une préparation particulière du nucleus, traces de micro-dommages dus à l’action de la silice conte-
pour obtenir des éclats (lames et pointes) de forme prédé- nue dans certains végétaux servant d’aliments.
terminée ; puis, au cours du débitage, d’autres remises en
forme interviennent, jusqu’au rejet du rognon, qui ne permet Des écologistes avant la lettre ?
plus d’obtenir des lames suffisamment longues. S’y ajoutent Sur des sites marins ou lacustres, les traces d’ouverture de
des abandons éventuels en cours de débitage, pour diverses coquilles tendent à montrer que les coquillages en ques-
raisons. À l’inverse, l’utilisation secondaire de certains déchets tion étaient consommés crus.
apparus au cours du débitage n’est pas à exclure. Des restes d’habitats amérindiens aux Antilles, dans la man-
Par ailleurs, les pointes d’abasolo, bifaciales amygdaloïdes, grove, ont révélé la présence de dépôts importants de
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Déchets et archéologie
coquilles d’huîtres de palétuvier, montrant qu’il s’agissait Des ossements humains brisés, parfois brûlés, portant des
d’un aliment d’usage fréquent. « L’étude de la taille des traces de décarnisation, ont déjà été trouvés, sur divers
coquilles fait également apparaître que seuls les plus gros de sites. Dans certaines pratiques religieuses, les ossements
ces mollusques étaient ramassés, ce qui équivalait à une du défunt sont rituellement conservés ou transformés. Il
bonne gestion de cette ressource alimentaire, que la civili- existe d’autres pratiques post-mortem de nécrophagie, où la
sation blanche s’est empressée de faire disparaître ou presque consommation de chairs vise à faire survivre les qualités du
par une surexploitation irraisonnée », note J. Barrau [1]. défunt.
Dans le cas de campements de chasseurs-collecteurs de Sur le site de Kaprina, dans l’ex-Yougoslavie, des os brisés,
l’Épipaléolithique et du Mésolithique de la France du Sud, brûlés et entaillés par des outils de pierre, datant du paléo-
l’examen des os des animaux consommés jonchant le sol fait lithique moyen, avaient déjà été trouvés ; il était soupçon-
souvent apparaître des régularités quant au sexe et à l’âge né, avec une forte probabilité, qu’ils résultaient de pratiques
des animaux abattus. Selon J. Barrau, cela montre qu’il devait anthropophages.
y avoir alors une pratique de chasse sélective, raisonnée, de Dans le cas du Colorado, les anthropologues ont eu la chan-
nature à assurer le maintien et la reproduction de la harde, ce de découvrir sur le site, dans un foyer de cendres, un
et c’était l’amorce d’un processus d’élevage. coprolithe humain qui n’avait pas subi la chaleur du feu. Des
Cependant, contrairement à ceux – comme J. Barrau – qui tests de biologie moléculaire ont montré qu’il ne contenait
voient dans les hommes de la préhistoire des écologistes aucun résidu végétal ; il résultait d’un repas de pure viande.
avant la lettre, d’autres chercheurs estiment que leurs pra- Pour prouver qu’il s’agissait de viande humaine, il existe un
tiques ont pesé considérablement sur divers éco-systèmes, indicateur biologique spécifique : la myoglobine humaine. Sa
dès le paléolithique : sur-ramassage de mollusques, sur- présence dans les selles retrouvées sur place (coprolithes)
chasse et surpêche, qui ont en particulier concerné la gran- atteste qu’elle a été ingérée lors du repas.
de faune terrestre et aquatique, malgré le caractère rudi- De façon plus courante, les oligo-éléments présents dans le
mentaire des outils des hommes de l’époque. collagène des os renseignent sur la part respective des
apports animaux et végétaux, ainsi que sur la proportion d’ali-
Excreta révélateurs
ments provenant du milieu marin. Les os sont également sus-
Parmi les déchets figurent (il s’agit même d’un archétype) les ceptibles de porter des stigmates de carences alimentaires
excreta. Une autre source d’information sur l’alimentation et de maladies de la nutrition.
est fournie par eux, sous réserve bien sûr de leur conser- Les fèces ne constituent qu’un type d’excréments. Un autre
vation. Les coprolithes, excréments fossilisés d’animaux des type, moins commun, est représenté par les « pelotes de
temps anciens, ont permis de mieux connaître leur régime réjection » : ces petites masses, faites de poils, de plumes et
alimentaire. William Buckland (Professeur de géologie et d’os, sont rejetées par voie orale par des rapaces, à la suite
de paléontologie à l’Université d’Oxford) a, le premier de l’ingestion de leurs proies. On peut les rencontrer en
semble-t-il, attiré l’attention sur ces « nodules » singuliers. abondance dans des grottes et abris, où elles peuvent for-
Dans la vallée mexicaine de Tehuacan, les restes de végé- mer de véritables couches. Leur analyse permet (indirecte-
taux mis à jour dans les habitats de diverses périodes d’oc- ment) de connaître la microfaune régionale dont ils se nour-
cupation, ainsi que les coprolithes humains découverts et ana- rissent [5].
lysés par le Canadien E.O. Callen (associé aux recherches
de R.S. Mac Neish) ont permis de reconstituer l’évolution Sur les traces des anciens métallurgistes
du régime alimentaire des hommes qui l’habitaient ; sur Les âges du cuivre et du bronze ont précédé l’âge du fer. Par
12 000 ans, il a été possible de suivre le passage progressif exemple, la région d’Akjout, en Mauritanie, offre des vestiges
de la chasse et de la cueillette à l’agriculture, ainsi que les d’exploitation de gisements cuprifères datant du 8e au 3e siècle
progrès de cette dernière [1]. avant J.C. : abattage du minerai, concassage des blocs, grilla-
En septembre 2000, la Revue Nature a publié les résultats ge de minerai mélangé avec du charbon de bois, dans des
d’un travail effectué par l’équipe de Richard et Jennifer foyers à l’air libre. Les scories comportaient encore près de
Marlar (Université de Denver, Colorado) à Anasazi, tout petit 50 % de métal. Le produit brut obtenu subissait sans doute
village du Sud-Ouest du Colorado constitué de trois habi- une seconde opération de réduction pour obtenir du cuivre
tations troglodytes et déserté par ses habitants en 1150 plus pur.
avant notre ère. Lors des fouilles, ont été découverts les Dans la région d’Agadez, au Niger, ont également été trou-
restes… démembrés, désarticulés, les os débarrassés de vés des fourneaux contenant des scories de cuivre, puis, à
leur chair et portant des traces de boucherie, de sept l’âge du fer, des scories et des fonds de bas-fourneaux cir-
hommes et femmes d’âges divers. Certains os avaient été culaires.
cuits. Des outils et ustensiles ménagers, y compris des outils Les amas de scories et crasses renseignent sur le procédé
de boucherie en pierre, avaient eux-aussi été abandonnés sur utilisé ; comme pour le cuivre, le premier procédé utilisé de
place. L’ensemble suggérait qu’une consommation anthro- réduction fut un procédé « direct ». Des méthodes physico-
pophagique avait pu avoir lieu ; mais l’hypothèse de rituels chimiques, métallographiques et minéralogiques assurent
religieux ou magiques ne pouvait jusque là être écartée. aujourd’hui une caractérisation poussée de ces scories [2].
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Déchets et archéologie
Une couleur peut en cacher une autre Gestion des cadavres humains
Sous l’effet de la chaleur ou de la lumière, les pigments peu- D’autres héritages résultent des cultes des morts, notam-
vent changer d’apparence. Par exemple, sur certaines pein- ment lorsqu’ils s’accompagnent de pratiques de conservation
tures de la Maison du Bicentenaire, à Herculanum, une des corps des défunts, ce qui correspond à une prévention.
coulée de lave survenue en 79 après J.C. a transformé La momification fut pratiquée, outre en Égypte, au Pérou (pré-
l’oxyde de fer hydraté de l’ocre jaune en oxyde de fer colombien), ainsi qu’aux îles Canaries. Le cas de l’Égypte
anhydre rouge. Pour restaurer les peintures murales dans est le plus connu. Cette pratique résulte de la croyance
leur configuration originelle, les spécialistes du Centre religieuse selon laquelle le corps doit subsister dans sa forme
d’étude des peintures murales romaines (CEPMR, équipe matérielle après la mort. En Haute Égypte, les conditions cli-
CNRS) doivent donc maîtriser la connaissance de ces pro- matiques et les caractéristiques du sol étaient favorables à
cessus chimiques. la conservation, et des méthodes de conservation accrue
furent recherchées. Ainsi, à l’époque thinite, le linceul ou les
bandelettes qui enveloppaient le corps furent imprégnées de
PRÉVENTION ET GESTION bitume, de natron ou de résine. Ensuite, sous l’Ancien
DES DÉCHETS, JADIS Empire, on pratiqua l’incision des corps pour en extraire les
viscères. Alors qu’elle était jusqu’alors réservée à quelques
Déchets de bâtiments privilégiés, la momification se vulgarisa sous le Moyen
Les témoins du passé les plus imposants sont des édifices, Empire [8].
conservés en relativement bon état, restaurés, ou bien à À l’inverse, l’aban-
l’état de ruines ; mais, même dans ce dernier cas, il ne s’agit don du corps sur le
pas véritablement de déchets. Certains sites remarquables sol en pleine nature,
ont en outre fait l’objet de constructions successives, le cas qui fut sans doute
échéant en réutilisant des matériaux récupérés, ou condui- une pratique cou-
sant à un empilement de ruines. Rome en fournit un remar- rante, ne laisse guère
quable exemple, évoqué par Montaigne dans ses « Essais ». de traces. Même l’in-
Les ruines ayant aujourd’hui la plus grande valeur sont géné- humation (l’enseve-
ralement celles du dessous, les plus anciennes, que les nou- lissement), dans les
veaux propriétaires des lieux avaient méprisées. régions où le sol est
On peut également citer les tells de Syrie : ils correspondent acide (par exemple
à des ruines, ou à des empilements de ruines successives ; en Bretagne), s’ac-
de plus, la terre ou le sable apporté par le vent s’est accu- compagne d’une dis-
parition des osse-
mulé autour d’elles et les a recouvertes ; ils se présentent
ments.
sous forme de tumuli. Ainsi, le tell d’Hama, haut d’une tren-
Une autre pratique, remontant au moins au néolithique,
taine de mètres, s’est constitué à partir de niveaux succes-
consista, ici et là (en Chine, en Sibérie, en Europe Centrale,
sifs de ruines, depuis la préhistoire. De même, le tell al-
en Armorique), à élever au dessus des tombes des buttes
Atshanah (en Turquie, mais faisant partie de l’aire culturel-
en terre ou en pierre, constituant des tertres ou tumuli.
le syrienne), fouillé par L. Wooley (en 1937-1939, puis
La crémation fut également pratiquée, en particulier en
1946-1949) a révélé dix-sept niveaux archéologiques, dont
Europe Centrale (Hongrie, Roumanie), dans le deuxième
le plus profond date de 3400 à 3100 av. J.C. [8]. millénaire avant J.C. Dans certains cas, les cendres ou les
Mortimer Wheeler [9] parle des murs « fantômes », en par- ossements, ainsi que des offrandes, furent placées dans des
ticulier de murs de pierre ou de briques entièrement détruits urnes cinéraires. Rassemblées dans des cimetières, elles
par des voleurs de matériaux, dans le passé ou plus récem- constituèrent des champs d’urnes [8].
ment. Ainsi, sur le site gallo-britannique de Verulamium Dans les urnes, il subsiste en fait des fragments d’os imbrû-
(dans le Hertfordshire), un abbé du onzième siècle a pillé tout lés, déformés ou fissurés par la chaleur, que des anthropo-
l’édifice, pour construire son église. Après récupération sys- logues, comme Gilles Grévin, ont étudiés : détermination du
tématique des matériaux, les tranchées ont été comblées par sexe, de l’âge et, parfois, diagnostic relatif à certaines patho-
des débris. Ce remplissage a toutefois fourni, en négatif, un logies.
excellent plan du bâtiment primitif.
Dans le Néolithique armoricain, des stèles décorées et Les écrits et leur conservation
sculptées ont été volontairement brisées et réutilisées, le cas Une autre source majeure d’information est constituée par
échéant peu après leur érection. Le Grand menhir brisé de les écrits anciens. Un scribe égyptien de la dix-neuvième
Locmariaquer et le dolmen de l’île de Gavrinis en fournis- dynastie (vers 1300 av. J.C.) écrivait : « un homme est mort :
sent des exemples remarquables. Les anciens Néolithiques son corps n’est que poussière, et les siens ont disparu de
eux-mêmes abattaient leurs idoles pour honorer leurs cette terre. C’est un livre qui fera revivre sa mémoire dans
défunts [10]. la bouche de celui qui le lit ».
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Tel n’est bien sûr pas le cas dans les sociétés à tradition orale. été réalisés en collectant ici et là des papyrus et en les col-
«Quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle», lant en couches successives, mises en forme puis recou-
dit l’écrivain malien Amadou Hampâté Bâ. vertes d’un plâtre coloré. Après avoir enlevé le plâtre, il a
Des matières à écrire autres que le papier, avant (et pour par- été possible de séparer les couches de papyrus et de retrou-
tie après) son invention, furent utilisées : pierre, tablettes ver de la sorte un grand nombre de textes de qualité [11].
d’argile, bambou, bois (écrits xylographiques), écorces (liber), Confrontés à une pénurie de « matières à écrire », nos
plaques de cire, etc. Certains choix, en particulier celui de la ancêtres ont dilapidé une partie de l’héritage par des pra-
pierre, ont été propices à la préservation. En outre, quelques tiques de réutilisation, de réemploi, ou de recyclage de la
tablettes en argile crue ont cuit accidentellement lors d’in- matière. Un palimpseste (du grec palimpsestos : raclé de
cendies, ce qui – paradoxalement – a permis leur conserva- nouveau) est un manuscrit ancien dont on avait effacé l’encre
tion. pour écrire à nouveau dessus.
Des précautions étaient prises pour limiter les avaries sus- Pour le papyrus, on se contentait souvent d’un simple lava-
ceptibles de toucher les écrits. Pour les papyrus, une marge ge, mais cette pratique a pour inconvénient de dépouiller le
était laissée autour de la feuille, pour éviter une détériora- papyrus de son enduit glutineux, et dés lors de l’endommager
tion du texte si les bords du rouleau s’abîmaient. De plus, beaucoup.
le début et la fin du texte étaient souvent renforcés, en col- Le parchemin était gratté. Certains Romains utilisaient le par-
lant une bande de papyrus ; par contre, il n’était pas envisagé chemin comme brouillon, parce qu’il est effaçable, contrai-
de doubler toutes les bordures, car le papyrus serait alors rement aux tablettes de bois ; mais d’autres enjeux majeurs
devenu trop rigide pour pouvoir être roulé. Le papyrus ter- s’attacheront à cette récupération. C’est surtout du septième
miné était enroulé en plaçant le recto au dedans, pour pro- au douzième siècle que l’on gratte des textes classiques
téger l’écriture. Dans les bibliothèques, les rouleaux étaient pour transcrire sur le support ainsi récupéré des textes
conservés dans des boîtes en bois, et étiquetés, avec des éti- théologiques. Quelques manuscrits ont même subi deux
quettes d’argile ou de papyrus. Pour les abriter, des niches fois l’opération de regrattage.
étaient aménagées dans les murs épais. L’étude et la restauration des palimpsestes, visant à décou-
Le rassemblement des archives et autres écrits dans de vrir et à faire revivre l’écriture première, commença à
grandes bibliothèques, dans un but de conservation, a cepen- l’époque de la Renaissance et se perfectionna ensuite, per-
dant pour inconvénient un risque de destruction massive, en mettant de retrouver bon nombre de textes de l’Antiquité.
cas d’incendie. Ainsi, la grande bibliothèque d’Alexandrie, fon- Des savants comme Bruns, Knittel, le Cardinal Angelo Maï,
dée vers 248 av. J.C., avait pour ambition de rassembler en Niebuhr et quelques autres, se rendirent célèbres par leurs
un lieu unique tous les savoirs du monde ; mais elle fut travaux en ce genre. Malheureusement, les réactifs chi-
incendiée et pillée à plusieurs reprises. Tel fut également le miques utilisés autrefois pour cette opération ont souvent
sort des autres grandes bibliothèques. eu pour effet de provoquer la destruction du parchemin ;
Plus fréquemment que dans des bibliothèques ou dans des tel fut par exemple le cas pour le Plaute de l’Ambrosienne. On
tombeaux, des papyrus anciens ont été retrouvés dans des a par contre pu récupérer, à partir d’un unique palimpses-
maisons abandonnées ou dans des monceaux de détritus te, des fragments du De Republica de Cicéron [12].
accumulés au cours du temps [11].
Lorsqu’on découvre des rouleaux anciens, des précautions Chutes neuves et déchets d’usage
s’imposent : ils sont généralement difficiles à étaler, très Les déchets peuvent être des chutes neuves de fabrication
secs et très fragiles, à tel point que certains s’effritent lors- (résidus de production, par exemple les scories métal-
qu’on les touche. liques, ou loupés de fabrication) ou des déchets d’usage.
En fait, beaucoup de papyrus ont été déchirés avant d’être Pour l’archéologue, les chutes neuves présentent l’intérêt
jetés ; mais la structure du papyrus rend souvent la déchi- de constituer des gisements rassemblés et relativement
rure incomplète ; ils se présentent sous forme de morceaux, homogènes, alors que les déchets d’usage sont souvent
plus ou moins gros, et dont certains sont égarés, c’est-à-dire dispersés et hétérogènes. Parmi les déchets d’usage, on
de puzzles à reconstituer. peut également distinguer ceux qui proviennent d’activités
Les momies égyptiennes ont révélé d’autres pratiques : ainsi, commerciales ou d’administration, et qui sont plus ou moins
en 1986, lors du déshabillage d’une momie égyptienne spécifiques, de ceux qui proviennent des ménages ou foyers.
conservée à Lyon, on s’est aperçu non seulement qu’elle était En France, des archéologues ont retrouvé et étudié divers
entourée de fines bandelettes de lin, mais encore que les rebuts provenant d’ateliers et de villages de potiers gallo-
bourrages destinés à donner forme à l’ensemble étaient des romains. Le Courrier du CNRS de 1989 [2] permet de citer,
tissus de récupération, notamment des morceaux de voiles pêle-mêle : des fragments de moules et des ratés de cuisson
de bateaux usagées. S’y ajoutent des recyclages : des cher- à Vienne (au sud de Lyon) ; 1500 amphores, jetées dans un
cheurs de trésors, profanateurs de tombes d’Égypte, n’hé- fossé et retrouvées enterrées sous les vignes, provenant
sitèrent pas à dépouiller les momies de leurs bandelettes, de l’atelier de Sallèles d’Aude ; les rebuts des potiers de la
y compris pour vendre la matière à des papetiers. Graufesenque, près de Millau; les fosses-puisards de Cirratus
À une certaine époque, des sarcophages de momies ont (35/40 après J.C.) et de Gallicanus (55/60 après J.C.).
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Les résultats de ces fouilles conduisent à distinguer à nou- Le recyclage, source de confusions
veau deux types de rebuts de fabrication : Les pratiques de recyclage de chutes neuves, ainsi que de
- ceux, par exemple à Cirratus, provenant d’une surcuisson: déchets d’usage, peuvent être sources de confusion pour les
7000 vases déformés, noircis, collés. Un examen attentif archéologues. Ainsi, pour connaître l’origine des verres
de l’atelier a montré que la surcuisson était due à l’écla- antiques, Danièle Foy [Laboratoire d’archéologie médiéva-
tement d’un conduit de chaleur ; le méditerranéenne, article « Le verre médiéval », dans réf. 2]
- ceux provenant de produits triés avant expédition, pré- explique que l’analyse du fondant utilisé permet en princi-
sentant en particulier des malfaçons superficielles : cou- pe de différencier les productions méditerranéennes à fon-
lées d’engobe, traces de doigt, etc. dant sodique (provenant de cendres des salicornes qui crois-
En ce qui concerne l’emballage, le conditionnement des pro- sent dans les marais du Bas-Rhône et du Languedoc) des
duits était autrefois plus limité qu’aujourd’hui. On utilisait verres continentaux potassiques (faits à partir des cendres
notamment, pour les liquides, des amphores, ainsi que des de fougères ou de hêtres). De l’Antiquité à nos jours, les ver-
dolia ou cadus, grands vases pour la conservation du vin ou riers ont recyclé le verre provenant de leurs propres ate-
de l’huile. On peut penser qu’il s’agissait principalement de liers et surtout de l’usage domestique ; dans certains cas, la
récipients durables à usages répétés ; dès lors, hormis les pénurie de ce matériau obligeait à un approvisionnement loin-
déchets de fabrication (chutes neuves), les déchets résulte- tain. La récupération du verre pose aux archéologues d’au-
raient surtout de bris accidentels. La proportion des jourd’hui des problèmes d’interprétation, d’une part de la
amphores faisant l’objet d’un re-remplissage apparaît toutefois composition originelle du verre, puisque l’adjonction de
difficile à estimer ; certaines d’entre elles étaient marquées, verre brisé ne peut être décelée par les analyses et, d’autre
en fonction de la nature et de l’origine du produit contenu, part, de la réelle consommation de vaisselle de verre, puisque
et n’étaient pas réemployées, du moins pour le même usage. nous ne retrouvons qu’une faible partie du verre utilisé,
À Rome, le Monte Testaccio est une colline formée princi- l’essentiel ayant pu être récupéré pour être refondu.
palement de tessons d’amphores cassées sans doute lors de Des chercheurs anglais, s’appuyant sur des écrits du moine
leur manutention dans les entrepôts impériaux ; mais le cas Théophile, ont également émis l’hypothèse que des verres
est rarissime ; les accumulations connues sont de moindre antiques, en particulier des tesselles de verre de mosaïques,
ampleur. Les poteries mises au rebut ont le plus souvent été avaient été utilisés pour la fabrication d’émaux médiévaux.
épandues pour assainir ou rehausser le sol, ou jetées dans Ils ont montré par exemple que l’émail parisien du début du
des puisards. quatorzième siècle que l’on trouve au All Souls College
Pour l’isolation, plus intéressante apparaît la réutilisation d’Oxford avait été fabriqué à partir d’une gamme de verres
non pas seulement de débris mais d’amphores entières. Par inhabituelle, y compris d’anciens verres romains opacifiés à
exemple, à Saint-Romain-en-Gal (près de Vienne, au sud de l’antimoine.
Lyon), les entrepôts (construits au 1er siècle après J.C.) en Dans les mosaïques anciennes, le bleu dit « égyptien » était
témoignent : une fois vidées de leur contenu (huile d’olive lui-même un pigment artificiel obtenu en broyant du verre
ou vin de Naples), les amphores ont été retournées (mies (dit « de fritte »), dans lequel la coloration était apportée par
«sens dessus dessous»), placées côte à côte, calées avec une du cuivre.
couche de gravier, puis recouvertes de terre battue. Elles Sur un autre registre, une mosaïque datant du 2e siècle avant
assurent une sorte de vide sanitaire et limitent les remon- l’ère chrétienne réalisée par Sosos à Pergame (et dont une
tées d’humidité en surface; elles assurent donc de meilleures copie, faite au 2e siècle après J.C., est conservée à Rome au
Museo Laterno) est nommée Asarotos Oïkos : arêtes de pois-
conditions de stockage de denrées périssables. Le long des
sons, pattes de poulet et pinces de crustacés, fruits entamés,
murs, là où l’humidité est le plus gênante, les amphores ont
pépins crachés, sont éparpillés au sol, arpenté par une sou-
été disposées, non plus suivant un seul niveau, mais en ran-
ris. Bien que l’interprétation varie suivant les historiens, cer-
gées superposées.
tains y voient l’évocation d’une croyance païenne selon
Dans d’autres cas, les tuiles et briques étaient concassées ou
laquelle les débris alimentaires seraient laissés au sol pour
pilées ; leur incorporation dans la chaux conduisait à réali-
nourrir discrètement les âmes des morts.
ser un enduit de « mortier de tuileau », étanche, utilisé en
particulier pour le revêtement d’installations hydrauliques ; Résidus alimentaires
l’atelier de lavage de tissu de Saint-Romain-en-Gal, datant du Les coquilles, et notamment leur accumulation en terre
deuxième siècle après J.C., en apporte un témoignage : les ferme, ont conduit à d’autres confusions, qui ont inspiré
bassins ont été recouverts de ce type d’enduit. Des pave- divers auteurs littéraires: ainsi, Voltaire [13] parle de coquilles
ments ont également été réalisés en béton de chaux mêlé à trente six lieues de la mer, réutilisées en agriculture (c’est
de tuileau ; s’y ajoutent des incrustations d’éclats de marbre. le falun de Touraine) ; il raille ceux qui prétendaient qu’elles
Les mosaïques gréco-latines étaient elles-mêmes faites soit avaient été apportées là par l’océan.
de petits galets, soit de tessères (ou tesselles), façonnées Jean Raspail [14] évoque les moules et les cholgas dont les
notamment dans des fragments de tuiles, des tessons de Kaweskars se gavent. Par respect pour la mer, ils rejettent
poteries ou des morceaux de marbre. les coquilles vides sur terre, depuis cinq mille ans, ce qui se
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traduit par des amoncellements impressionnants. etc. « L’eau attire l’ordure, et le trou attire l’ordure », peut-
De nombreux amas coquilliers (appelés, suivant les pays : on dire.
Kjökkenmödding, kitchenmidden, shellmidden, shell mound, Les travaux de restructuration du quartier de Bercy (Paris,
conchero, concheiro, sambaqui [5]) ont été observés (par 12e arrondissement) ont été précédés de campagnes de
exemple à Muge, au Portugal, à l’embouchure du Tage). Ils fouilles préventives, menées entre 1990 et 1997. Les restes
témoignent du ramassage intensif de mollusques marins ; d’un village du néolithique moyen (entre 4 600 et 3 600
s’y ajoutait, ailleurs, celui de mollusques terrestres. av. J.C.) ont été mis à jour, en bordure d’un ancien chenal
Cependant, malgré l’aspect spectaculaire de ces accumula- de la Seine. En dehors de ses propriétés matérielles de
tions, il a été estimé que la récolte des mollusques ne consti- conservation, la rivière a joué un autre rôle : il s’agissait
tuait qu’un appoint dans l’alimentation des chasseurs-col- tout simplement du dépotoir du village, explique Yves
lecteurs, dont la partie la plus énergétique provenait de la Lanchon, qui a coordonné ce chantier. Des dizaines de mil-
chasse et de la pêche [5]. liers d’objets hors d’usage (et autres déchets) y ont été
Près de Verberie, dans l’Oise, a été mise en évidence une jetés, et une part notable a été retrouvée [16].
nappe d’ossements de rennes, correspondant à une aire de Par ailleurs, des textes témoignent que, deux mille ans av.
dépeçage par les Magdaléniens, environ 10 000 ans av. J.C. J.C., Cnossos, capitale de l’empire minoen, avait déjà un
L’emplacement du découpage est entouré de déchets : os système d’enlèvement des ordures, qui étaient transfor-
avec peu de viande ou dont la moelle ne pouvait être extra- mées, par fermentation dans de vastes fosses, en terreau agri-
ite, et en particulier des tronçons de colonnes vertébrales, cole.
ainsi que des os de mâchoires. Aujourd’hui encore, dans Dans la Rome antique, les déchets domestiques étaient
l’Alaska, des chasseurs de rennes organisent le dépeçage déposés dans des récipients de pierre ou des vases en terre
de la même manière, note Françoise Audouze [2]. On peut cuite et étaient enlevés périodiquement, pour être utilisés
remarquer que les déchets sont abandonnés sur place, tel comme engrais par des fermes du voisinage. Cependant,
quel, épars. par la suite, la croissance de l’agglomération romaine s’ac-
Les negritos (comme on disait naguère) de la péninsule malai- compagna de problèmes de débouchés; on jeta dans des silos
se mangeaient des durians, gros fruits de la forêt tropicale, nauséabonds non seulement des ordures ménagères, mais
et rejetaient aux alentours les graines des fruits consommés; des cadavres animaux et humains. Quand les puisards (d’en-
selon J. Barrau [1], elles seraient à l’origine de « vergers acci- viron dix mètres de profondeur et quatre mètre-carrés
dentels », précédant l’arboriculture. d’ouverture) furent combles, les cadavres furent jetés,
Plus près de nous, près de Courthèzon (dans le Vaucluse), comme des détritus, sur le remblai en avancée du mur de
un site néolithique datant du sixième millénaire (av. J.C.) a Servius Tullius, entre le mont Esquilin et la porte qui lui fait
montré que des fosses-silos, construites d’abord pour un face, jusqu’à atteindre le niveau des rues adjacentes [17].
usage spécifique, ont ensuite servi de dépotoirs : des graines Au Moyen-Âge, les habitants jettent leurs déchets dans les
rejetées, des restes de fauves et des céramiques rebutées rues, qui se transforment en véritables dépotoirs où se
ont été retrouvés [15]. mêlent ordures ménagères, excréments humains et ani-
À Fos-sur-Mer, sur un site beaucoup plus récent, datant du maux. La méthode de tassement était naturelle : piétine-
Moyen-Âge, le sol en terre battue de maisons a révélé la pré- ment des animaux et passage des charrois. Les dallages des
sence d’os d’animaux de basse-cour, de coquilles, ainsi qu’un voies romaines, là où ils avaient existé, disparaissent sous ces
morceau de tuile retaillé à usage de bouchon, soit un exemple accumulations. Dans certains quartiers, l’entrée des anciennes
de réemploi. D’autres déchets ont été accumulés autour des maisons se situe en contrebas, les nouvelles sont en sur-
maisons, et les anciens silos à grain ont été remplis de plomb. Les différences de niveau des habitations qui bordent
déchets divers, y compris des meules à broyer le grain la rue témoignent de leur âge.
usées, devenues hors d’usage [15]. Cette pratique de réem- À défaut de disposer de trous, au plat pays, les amoncelle-
ploi d’anciens silos à grain comme fosses à détritus est très ments de déchets se sont traduits par la création de mon-
courante. ticules, voire de petites montagnes, qui se sont consolidés
avec le temps, constituant aujourd’hui des reliefs artificiels.
Gestion des déchets urbains Aux Pays-Bas, on peut citer les Kjökkenmöddings, sur lesquels
(ou des ordures ménagères) seront ensuite édifiés des moulins. En Allemagne, les collines
Si on excepte les os et les coquilles, les restes d’alimenta- ainsi constituées, dont certaines dépassent soixante mètres
tion n’ont guère laissé de traces visibles, ou du moins lisibles. de hauteur, sont devenues des pistes de luge ; d’autres ont
Les ordures ménagères étaient essentiellement composées été végétalisées et aménagées pour la promenade (par
de matières organiques fermentescibles, et ne furent réel- exemple, à la fin du dix-neuvième siècle, Scherbelberg, dans
lement collectées que dans de très grandes agglomérations; les environs de Leipzig).
de plus, elles furent largement utilisées en agriculture. À Paris, à partir du 13e siècle, des dépôts, auxquels on donna
Là où ils étaient collectés, les déchets furent amassés contre le nom de voiries, ont été créés. Il en résulta la création de
la muraille, mis dans l’eau ou dans des trous : fossés, ravins, monticules dont on voit encore la trace : dans la ville même,
talwegs, dépressions résultant d’extractions de matériaux, place Maubert, au monceau Saint-Gervais, à la pointe Est de
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la cité dite Motte aux papelards ; d’autres, plus importants, ont les pratiques de « matriçage » limiteront cette possibilité.
été constitués aux portes de la ville : le long de l’enceinte de Parmi les déchets modernes figurent des déchets nucléaires
Philippe Auguste, on peut citer le relèvement de l’actuelle à très longue durée de vie, faisant ou devant faire l’objet d’un
rue Baillif, la Butte aux Copeaux, correspondant à l’actuel enfouissement profond. Ces « déchets des profondeurs »
labyrinthe du Jardin des Plantes, et sans doute le ne manqueront pas d’interpeller les archéologues du futur.
Montparnasse. Près de l’enceinte de Charles VI naquirent la Bien que les échelles de temps ne soient pas les mêmes, les
butte Saint-Roch, qui porta ensuite des moulins, la butte bâtiments aussi ont une durée de vie relativement longue.
Bonne-Nouvelle, sur laquelle était la Ville Neuve des Gravats ; Pour « libérer l’avenir », et suivant une démarche de pré-
s’y ajoutent les relèvements visibles des boulevards Saint- vention, ne faut-il pas concevoir les bâtiments actuels en
Denis, Saint-Martin, des Filles du Calvaire, Beaumarchais. pensant à la démolition ou à la déconstruction de demain ?
Plus tard, les voiries furent reportées jusqu’aux Buttes- Plus généralement, quelle Terre léguerons-nous aux géné-
Chaumont, à Montfaucon [18]. rations futures ?
Les dépotoirs ou les décharges intéressent sans nul doute La perte de biodiversité se lira également à travers les fos-
les archéologues. Bien qu’elles soient moins lisibles que siles du futur, tandis que les progrès des technologies d’ana-
celles d’autres matériaux, les matières organiques fermen- lyse permettront de déceler des « ultra-traces ».
tescibles elles-mêmes laissent des traces. L’archéologie, surtout si elle s’inscrit dans une démarche
Leroi-Gourhan, lors de l’étude du site de Pincevent (en d’anthropologie sociale et culturelle, appelle un renforcement
Seine-et-Marne), a introduit la notion de « témoin négatif », des coopérations entre disciplines scientifiques, dans le cadre
pour rendre compte d’espaces anormalement vides dans de recherches pluri-disciplinaires, voire trans-disciplinaires.
une nappe de vestiges. De tels espaces suggèrent la pré- De plus, elle ne permet pas seulement de jeter un pont
sence, à leur emplacement, d’objets en matières périssables, entre le passé et le présent ; elle devrait conduire à jeter un
aujourd’hui disparus. pont entre le présent et le futur, en particulier pour prévenir
des désagréments et éviter certaines catastrophes, « en
tirant au présent la sonnette du futur », suivant un principe
EN CONCLUSION de précaution.
Les déchets constituent des traces matérielles majeures Gérard Bertolini,
pour les archéologues; ils fournissent le négatif ou une phase Économiste, directeur de recherche au CNRS - Université de Lyon I - 43,
finale de la vie, permettant, dans une certaine mesure, de la boulevard du 11 novembre 1918 - 69622 Villeurbanne cedex
reconstituer. Ils fournissent également des informations sur
leur gestion, jadis ; ils permettent ainsi de prendre du recul
vis-à-vis de pratiques contemporaines.
En matière de gestion des déchets, l’héritage du passé est
susceptible de rejaillir ou rebondir au présent ; par exemple, Bibliographie
des historiens comme Frédéric Ogé du Cresal (à Saint- et art funéraire (5000 à 2000 av. J.C.) »,
[1] « L’art d’accommoder les restes »,
Etienne) participent (principalement à partir d’archives) au éd. CCI Georges Pompidou, 1984 ; en éd. Errance, Paris, 1995.
repérage de sites industriels contaminés. Les sites d’an- particulier l’article de Jacques Barrau : [11] Hassan Ragab : « Le papyrus »,
«L’archéologie, science des dépotoirs». Thèse de Doctorat soutenue à l’Institut
ciennes décharges ne doivent pas être oubliés. Aux États- Polytechnique de Grenoble en 1979 et
[2] « Archéologie en France métropo-
Unis, William Rathje (Professeur à l’Université de l’Arizona, litaine », Le Courrier du CNRS, n° 73, publiée au Caire en 1980.
à Tucson) a pour spécialité l’archéologie des décharges : il sept. 1989. [12] Nouveau Larousse illustré, en sept
les sonde, les fouille, détecte les cavités formées par la [3] CEA : « Le livre bleu de l’environ- volumes, vers 1900.
nement », 1992. [13] Voltaire : « Les oreilles du Comte
décomposition des matériaux, qui sont source d’instabilité de Chesterfield et le Chapelain
[4] « Cuvier, le découvreur de mondes
et peuvent constituer de dangereuses poches de biogaz. De disparus», Pour la science (Revue), nov. Goudman», dans «Romans et contes»,
nouvelles règles ont été édictées pour renforcer et allonger 2000 – février 2001. éd. Gallimard, 1976.
[5] André Leroi-Gourhan (et autres [14] Jean Raspail : « Qui se souvient des
la surveillance post-exploitation. hommes… », éd. Robert Laffont, 1986.
auteurs) : « Dictionnaire de la préhis-
La composition des ordures ménagères a certes évolué : toire », éd. Quadrige-PUF, 1997. [15] La Cinquième et France 3 Sud :
part décroissante des matières organiques fermentescibles, [6] S.A. Semenov : « Prehistoric tech- « L’archéologie des poubelles » (dans la
biodégradables, et part croissante de « fractions sèches » nology », Moonraker Press, 1964. série télévisée : « Bonjour l’ancêtre »),
nov. 2000.
à longue durée de vie physique dans les milieux naturels. [7] L.H. Keeley : « Experimental deter-
mination of store tool uses », The [16] Le journal du CNRS, février 2001.
La loi française sur les déchets de juillet 1992 entend réser- University of Chicago Press, 1980. [17] Lewis Mumford : « La cité à tra-
ver le stockage aux « déchets ultimes », et la Directive [8] Guy Rachet : « Dictionnaire de l’ar- vers l’histoire » (traduit de l’américain),
européenne d’avril 1999 vise à bannir progressivement la chéologie », Robert Laffont, 1994. éd. du Seuil, 1964.
[9] Mortimer Wheeler: «Archéologie: [18] Louis Girard : « Le nettoiement de
mise en décharge de matières organiques fermentes- Paris », éd. Eyrolles, 1923.
la voie de la terre », éd. Edisud, Aix-
cibles [19]. en-Provence, 1989 (traduit de l’anglais; [19] Gérard Bertolini : « Décharges :
Les décharges deviendront-elles pour autant des réservoirs éd. originale: Oxford Univ. Press, 1954). quel avenir ? », Société Alpine de
de matériaux (matières sèches) pour le futur, en situation [10] Jacques Briard : « Les mégalithes Publications, 2000.
de l’Europe Atlantique – Architecture
de pénurie de matières premières? Pour les déchets spéciaux,
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