Cinema Bigg NCN: S Ouvre Au. Cinema
Cinema Bigg NCN: S Ouvre Au. Cinema
VIVENDI
UNIVERSAL BEL,
“
>
Laclé d'une oo
MARL NES
fusion Llu
DL , OTTO PREMINCER
chy pam
cinémas russes
Violence et passion
www.cahiersducinema.com
S ouvre
au. cinema
sd
a En couverture : une
Répliques
*~ Vivendi Universal : la clé d’une fusion
La bataille du contenu passera par Vizzavi, le portail Internet
créé par Vivendi six mois avant la fusion. Par Anne Ballylinch. 4¢
Le cinéma dans la « fin de l’art ». Par Jacques Ranciére. 5
Entretien
Liv Ullmann, naissance d’une cinéaste
Sa rencontre avec Ingmar Bergman, qui la révéla comme actrice
de cinéma dans Persona, changea sa vie... et le cinéma du maitre
suédois. Trente-cing ans et quatre films plus tard, Liv Ullmann
s'affirme comme une cinéaste a l’univers trés personnel.
”) Le cinéma retrouvé
UL La passion selon Preminger
« Il fait soit des chefs-d’ceuvre, soit des films sans queue ni téte. Jamais
d@entre-deux ! », disait de lui Darryl E Zanuck.
Redécouverte d’Otto Preminger, maitre de l’ambivalence. 6
Cahier critique
“=~ Eureka, de Shinji Aoyama, un cinéma d’aprés I’Apocalypse.
w@ Une scene
Aniki, de Takeshi Kitano. Un yakusa chez les yankees. 76
d’« Eureka », de
Les Blessures assassines, de Jean-Pierre Denis. Shinji Aoyama.
Page 72
9 © Le conseil des dix
\ Vingt films au crible des critiques des Cahiers et d’ailleurs...
Toute reproduction ou représentation, intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, de la présente publication, faite sans V'autorisation de ’éditeur est illicite (article L 122-4 du Code de la propriété intel-
lectuelle) et constitue une contrefacon. autorisation de reproduire dans une autre publication (livre ou périodique) un article paru dans la présente publication doit étre obtenue auprés de I’éditeur. L’autorisation
d'effectuer des reproductions par reprographie doit étre obtenue auprés du Centre Frangais d’exploitation du droit de Copie (crc), 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris, fax : 01 46 34 67 19.
HERMES
PARIS
Publicis EtNous
EWi(e| Claude
Cronenberg ® Chabrol
Court métrage Merci
et documents inédits
Souleymane pour le chocolat
Cissé
Lubitsch ir
Le point sur
Lars von Trier
§
est grand W®net.art
(feuilleton) The Art of Speculation
(cing vues) & E-business solutions by TMark
Entretien filmé avec Jerzy contre Stéphane Bouquet. Net art, par Alison Gingeras. Jaque, par Emmanuel Burdeau.
Skolimowski, par Emmanuel Défense, attaque et contre- ~ Civil War, de John Ford
Burdeau et Vincent Heristchi. attaque de /n The Mood for Léternelle reprise (chronique (épisode de La Conquéte de
Love. du cable), par Pierre Alferi. Quest), par Nicolas Wozniak.
Court-métrage inédit de Jerzy
Skolimowski : Erotyk ou Dialog Lubitsch est grand (feuilleton) Chronique DVD, par Jean Anything goes
(sous réserve). Chaque semaine, un rédacteur Douchet. — Courts-métrages frangais :
aborde en un court texte un — La Neuviéme Porte, premier panorama, par
Duos d’images et de sons, par la aspect d’un film de Lubitsch. de Roman Polanski. Vincent Heristchi
rédaction. Chaque nouveau texte — Angoisse, L'Homme-Léopard, — Premiers films sous influence
C’est une sorte de tournante : s'accroche au précédent et La Féline et Vaudou (a partir de The Anxiety of
cing comparaisons de deux forme bloc avec lui. de Jacques Tourneur. Influence de Harold Bloom),
plans — a partir d’un Ce mois-ci : épisodes 4 a 8. — La Ligne rouge, par Stéphane Bouquet.
mouvement, d’un geste, d’un Als ich tod war, par Sylvain de Terrence Malick.
son, d’un mot, d’un Coumoul ; To Be or not to Be, — Le Voleur de Bagdad, Sorties, par la rédaction.
photogramme — s’enchainent par Jean-Pierre Rehm ; That de Raoul Walsh.
en cing écrans dont la série Uncertain Feeling, par Yann Les jeudis de
forme en définitive une Dourdet ; The Man | Killed / Un, deux, trois (Analyse cahiersducinema.com
boucle : A est comparé a B ; Broken Lullaby, par Stéphane de trois plans consécutifs) A partir du 14 décembre,
Bac;CaD;DaeE; Delorme ; Sérénade a trois, — Coup de coeur, de Francis une séance programmée par
et enfin E a A de nouveau. par Laurence Giavarini. Ford Coppola, par Cédric cahiersducinema.com aura
Anger. lieu 4 20 heures au cinéma
Technique, par Laurent Chartier Sur la Toile il n’y a rien... — Les Perles de la Couronne, Le République. Les films
et Gilles Grand. (chronique du Web), par de Sacha Guitry et Christian- sont annoncés sur le site.
Analyse de quelques moyens Sylvain Coumoul
de diffusion numérique. — Les sites des cinéastes.
— Poésie en ligne.
Wong contre Wong, Pierre Alferi — Yahoo vs Wanadoo. www.cahiersducinema.com
=
=
Re lo chdine action ete sie Eira
==
———————
ente Jeur _ythme cording
B= * RUE,-la-te
iethode :: daborddeco
tele
eae
a
—
p
jijusquese
voi
pet au pis
“peur a voir.
: Ad dtd th hh hhh aA
4 J 4 AARAAARAA a a
ae
4 tA dA RADA AR DD 4 AAA a
4 dd Ad AAA AA AD ‘
aigSUR-LE-CHBLEET SUR
‘ AAAS ta 4 AAAREA ADA AAA
LAAAA A
LE MEILLEUR DU NUMERIQUEfe
LAAA AAA hA AAA AD A AA AA ADA MDD
lk ’
_——
‘ 4 AAAAASS
—
AA AAARARAA AA ARAARAAAAARAR AAA AAA AAA M A AA
‘ 4 AAAS iA AA AARRM EAAAAAAARMAAAAAAAAR AA AAAARARRR DDD
a ‘/ AA AAA RRA A AAA AA AAA AARAA AMAA
BLOC - NOMES
tionnel du terme, que de contréler l’individu dangereux pour est un authentique enfant de la cinéphilie — son film le plus
la société, c’est-a-dire potentiellement tout un chacun, a qui emblématique, récemment projeté 4 la Cinémathéque fran-
l’on propose un devenir-image plutét qu’un (re)devenir- ¢aise devant un parterre choisi, s’intitule a juste titre Les Ciné-
citoyen. On m’objectera que cette initiative technologique philes —, ce que n’était en aucun cas Bory, au sens classique
constitue un net progrés social — encore que cette illusion de du terme en tout cas. Dans la tradition des Cahiers, dont il
liberté risque, peut-étre, 4 terme, d’étre pire que la servi- est issu, Skorecki appartient, au méme titre que Truffaut, Moul-
tude elle-méme et de provoquer des troubles inconnus chez let ou Narboni, a la catégorie des purs critiques, 4 l’inverse,
les nouveaux hommes-images. Mais c’est aussi, par la méme de Rohmer, Douchet, Comolli ou Bonitzer qui seraient plu-
occasion, une extension du contréle individuel qui pour- tt des théoriciens sauvages.A l’aune de cette évaluation, je me
rait facilement étre appliquée en dehors méme des cadres précipite, chaque jour, depuis quelques années, comme la plu-
pénitentiaires. Tout citoyen pourrait alors devenir un prison- part des amateurs de cinéma que je fréquente, avec un mélange
nier électronique en puissance, regardé par de tentaculaires de scepticisme et d’excitation, sur la colonne télévisuelle de
et anonymes installations de surveillance. Retour du vieux Skorecki dans Libération. Ce rituel quotidien, qui donne sou-
fantasme orwello-mabusien nous dira-t-on, mais en sommes- vent lieu, ensuite, 4 quelques commentaires tant6t acides, tan-
nous si loin ? tot admiratifs, a scellé en quelque sorte un pacte entre lui et
nous. Lui, personnage de Rio Bravo, solidement barricadé a l’in-
térieur de sa colonne, égaré dans une époque pour laquelle il
4, Le spectateur engagé n’était pas fait, tirant a vue sur la partie la plus créative du cinéma
@ Au regard de ces phénomeénes trés contemporains, la lecture contemporain, préférant le plus souvent déclarer, 4 qui veut
des Derniéres chroniques cinématographiques de Jean-Louis Bory bien l’entendre, sa flamme 4 Ford, Walsh, Preminger, Blake
nous raméne a une époque qui parait déja bien lointaine, la fin Edwards ou Bob Dylan. Nous, orphelins d’un discours ciné-
des années 70. Dans ses textes, Bory tient un point de vue cri- phile enflammé, affamés de cette écriture déclamatoire, de
tique en voie de disparition, celui du spectateur cultivé, de ses raccourcis saisissants, de sa crispation lyrique, de ses envo-
Yécrivain irrésistiblement attiré par le cinéma qui, loin de toute lées libératrices, agacés par ses délires sur Rosetta ou les Power
théorie précongue, de tout parti pris excessif, de toute mau- Rangers... La réunion de ces chroniques en un volume chro-
vaise foi revendiquée, cherche 4 dénicher l’objet rare, 4 sau- nologique, de 1930 4 1999, qui fonctionne étonnamment bien,
ver de l’oubli probable le petit film fragile, 4 éduquer la petite au moins jusque dans les années 70, raffermit ce pacte et den-
bourgeoisie en mal de culture cinématographique. Avec un sifie ce discours de pistolero solitaire qui tire plus vite que son
engagement 4 gauche (non communiste, tendance Nouvel Obs’ ombre, jusqu’a en faire une histoire du cinéma portative et sub-
et pour cause !) non dissimulé, un godt prononcé pour la jective, relativement unique en son genre. Chacun ira forcé-
défense des minorités de tout poil, Bory semble moins pré- ment de sa préférence. La mienne va irrésistiblement au pre-
occupé par le grand art de la mise en scéne que par la signi- mier paragraphe de la chronique consacrée 4 Diamants sur
fication des films et leur statut politique.A sa maniére, Bory canapé : « Le cinéma, c’est Bambi et Star Wars, Gentleman Jim et
aura été lui aussi un passeur d’idées au gout généreux et ouvert, Popeye, Louise Brooks et Jayne Mansfield. C’est la bétise, la vulga-
un homme qui adorait transmettre son amour des films, une rite, intelligence, l'art, le commerce. Le cinéma, c’est une photo volée,
sorte de figure idéale d’homme du centre, capable de s’en- une partie de flipper, un soldat de plomb. » La suite dans Les violons
thousiasmer dans le méme mouvement pour un film de Bois- ont toujours raison...
set (Le Juge Fayard dit le Shérif) et pour un film de Bresson (Le
Diable probablement), qui réservait davantage ses coléres et ses
piques pour ses interventions radiophoniques dans « Le masque 6. Chanson, pornographie ou vidéo
et la plume » devenues légendaires, face 4 son ennemi intime, @ Pour achever ce bloc-notes sur une note skoreckienne, on
Georges Charensol.A l’époque, j’avais tendance a trouver que hésitera entre la disparition, pass¢e presque inapergue, de la
ce discours de compromis, fondé sur un enthousiasme huma- rousse Julie London, crooneuse sublime (réécouter, toutes affaires
niste, manquait singuliérement de radicalité et de sens théo- cessantes, sa version de Days of Wine and Roses, le standard de
rique. Aujourd’hui, alors que la critique parait de plus en plus Henry Mancini) et actrice occasionnelle dans La Blonde et moi
camper sur un pré carré plutét restreint ou, au contraire, se et surtout dans L’Homme de I’ Ouest, chef-d’ ceuvre crépuscu-
diluer dans le grand flux médiatique, Bory me fait ’effet d’une laire d’Anthony Mann, les pornos excitants, branchés, wong-
figure fraternelle, d’un amateur éclairé qui, par sa seule force kar-waiens de Kris Kramski qui hantent certaines chaines du
de persuasion, était capable d’exercer une influence certaine cable, xxL ou Ciné-Cinémas pour les amateurs (conseil d’ami :
sur ses lecteurs, d’un Don Quichotte de l’écriture convaincu Une Américaine a Paris), ou encore, les installations vidéos de
que le cinéma était un art et qu’il fallait, hebdomadairement, la finnoise Eija-Lisa Ahtila, petites merveilles de postcinéma
en douceur et en finesse, le rappeler 4 ceux qui en douteraient domestique, égarées dans la jungle de I’art contemporain, ot
encore... Qui pourrait, aujourd’ hui, se targuer d’occuper une l'on croise, entre autres, de blondes adolescentes qui parlent de
telle place ? sexe avec une franchise et une crudité qui font plaisir et qui
inquiétent (l’installation en forme de triptyque s’appelle If Six
Was Nine)... A bien y réfléchir, entre une chanteuse morte, un
5. Gentleman Jim et Popeye film porno, une installation vidéo, on ne choisira pas, puisque
@ Par rapport 4 l’art raisonné de Jean-Louis Bory, la mau- c’est le circuit entre les trois qui fait sens, puisque c’est, sans
vaise foi lyrique de Louis Skorecki, dont on publie simultané- doute, dans cette curieuse circulation des images, entre mémoire
ment un recueil de chroniques joliment intitulé Les violons ont fantomatique, consommation triviale et dispositif sophistiqué
toujours raison, parait aux antipodes. II est vrai que Skorecki que se niche aujourd’hui le cinéma. =
cl
EVENEMENT
RENCONTRE
> vision. Celle-ci est tres importante, le plus t6t possible. « I est important
mais son apprentissage releve davantage de commencer par le primaire car il couvre
de l’instruction civique, de V'engagement ensemble du territoire francais, tandis L'ECOLE AU CINEMA
citoyen. » Un avis que ne partage pas que V’enseignement du cinéma au college
Dominique Coujard pour qui le et au lycée, plus spécialisé, ne concerne
projet est trop restrictif et doit étre que cent-huit établissements. Il faut ame-
Denuis 1994, le p nuancé en fonction de la réalité du ner la culture la on seule l’école peut le
terrain :« Je pense que les deux peuvent faire et, en ce qui nous concerne, ame-
ole et Cif étre complémentaires. Etudier l’esthétique ner le cinéma Ia ou il n’y en a pas, comme
d’un spot publicitaire peut-étre passion- les zones rurales dépourvues de salles de
fants du deuxieme nant si on montre en quoi elle nous cinéma, » Car au-dela des problémes
manipule. Présenter un film en noir et de méthode, apparait un enjeu de
siecle », soutenu par blanc a des éléves en difficultés scolaires taille, qui est la persistance d’une
ne me parait pas évident. Je pense qu’il diversité des images peu a peu ron-
les ministere faut commencer par ce qu’ils connaissent gée par la réalité économique du
déja, leur apprendre a communiquer sur secteur. « Si on veut vraiment s’atta-
ces images. » quer a la question du cinéma a V’école, il <——
A contrario, l’ambition d’ Alain faut qu’il y ait des films comme il y a 1964 : « Bande a part » Geta Godard).
Bergala est de confronter I’éléve a des livres ou des disques. Ce que nous
une forme d’altérité 4 laquelle il n’a voulons, c’est une pédagogie par impré-
des el eves de voir aes pas accés : « L’école doit proposer une gnation. Les films sont la, ils sont consul-
alternative, montrer ce que la loi du mar- tables. Il faut une facilité d’acces a ces
films en salle, et ce ché rend de plus en plus difficile a voir a images, ce qui, pour le moment, n’est le
Véchelle d’un pays, ce qui ne veut pas cas que dans quelques établissements
dans toute dire qu’on se refuse a montrer Edouard privilégiés. »
aux mains d’argent. » Lambition qui sous-tend le pro-
jet est celle d’une école républicaine
qui assurerait l’égalité d’accés a la
culture, l’égalité des chances face au
Faut-il voir dans l’enseignement monde des images. Mais 14 ot beau-
du cinéma un moyen de com- coup parlent de communiquer, @’ édu-
prendre et de se mouvoir dans le quer, l’ambition de Bergala serait
1967 : « Mouchette » (Robert Bresson).
monde contemporain des images, davantage de sensibiliser les éléves au
ou bien d’inciter l’éléve 4 découvrir cinématographe.
d'autres cinématographies, langages, Cette friction entre culture et
cultures ? « Il y a des choses que les éducation, art et apprentissage rejoint
éléves ne peuvent plus voir, on est force en effet une autre problématique qui
d’en passer par des stratagemes, est celle des buts et des objectifs de
remarque Renaud Ferreira, profes- l’enseignement des arts. « Le débat
seur dans un lycée de Boulogne. sur les enseignements artistiques est de
Aujourd’hui, des éléves de seconde ou de savoir si on fait un enseignement des
terminale ayant choisi l’option cinéma publics, afin de renouveler un vivier de
ont une réelle difficulté a se concentrer spectateurs, sachant qu’aujourd’hui les
devant un film muet comme Metropo- jeunes ne vont pas voir les films sub-
lis. Pour le leur faire apprécier, j'ai dit ventionnés par la Culture, ou bien s’il y
montrer des exemples de films contem- a une autre finalité qui est de permettre
porains inspirés par l’esthétique du film, aux jeunes d’accéder a une expression
comme Blade Runner ou Le Cin- artistique, en le percevant comme une
quiéme Elément, replacer le film de liberté supplémentaire, un épanouisse-
Fritz Lang dans une généalogie. » On ment de la personnalité », remarque
enregistre ainsi ce que Bergala une intervenante du ministére de la
BA V’école maternelle nomme une mpture de trame : la dis- Culture. En méme temps, « il faut se
Marcel-Leroy de Nancy, parition, pour les jeunes, de tout un demander, comme le font les profession-
les enfants participent a pan de la culture cinématogra- nels, si on n’est pas en train de réveiller
des ateliers dans le cadre phique, en gros tout ce qui reléve- toutes sortes de vocations, qui vont se
d’un projet coordonné par rait du cinéma noir et blanc, ce heurter a la réalité du marché du travail.
Vassociation Les Enfants qu’on appelle les vieux films comme Il y a toujours eu une ambiguité, une
du cinéma le faisait justement remarquer tension entre ceux qui voulaient prépro-
(ci-dessus, page de gauche Godard. C’est pourquoi le projet Jfessionnaliser cet enseignement et d’autres
et page suivante). soumis 4 Jack Lang par Alain Ber- qui parlaient d’éveil aux arts. » Lau- Le
gala s’attache particuliérement a l’en- diovisuel dans son ensemble, fort de ‘1977: « Les Tdions sont ehcore loin» (P Moraz).
seignement du cinéma dés l’école la multiplication des chaines sur le
élémentaire, afin de cueillir les éléves cable et le satellite, voire |’Internet, >
BILLET
VECOLE AU CINEMA
La fin de la méfiance
endant longtemps, la sion, avec les conséquences que l’on
cinéphilie a été vécue sait : multiplication des films sur le
sur le mode de l’école cable et le satellite, de telle sorte qu’il
buissonniére, a |’écart n’y a plus de choix, seulement l’em-
des salles de cours et barras du choix. Le cable fabrique
contre les devoirs du une cinéphilie individualiste, ot cha- &
soir. Aujourd’hui, ce cun construit seul son propre par- 1984 2 « Cuore » (Luigi Comencini).
sont les séries télé sur le cable qui cours, non partageable avec autrui,
remplissent cette fonction auprés des qui emprunte un autre sentier dans
éléves, avec les jeux vidéo en com- le labyrinthe infini des possibles. Du
plément de programme. Quand le coup, le cinéma 4 l’école risque
cinéma est entré officiellement 4 d’étre le dernier lieu ot la décou-
Vécole, il y a une quinzaine d’années, verte du cinéma sera 4 la fois une
dans le cadre d’accords conclus entre expérience personnelle et collective, Quand le cinéma
partenaires intéressés (un départe- partagée avec d'autres sur la base
ment, des écoles, une salle de dun programme commun. a commence a entrer
cinéma), quelques voix se sont éle- Mine de rien, le projet Lang
vées pour exprimer leurs craintes : opére une véritable révolution en dans les écoles,
Pécole risquait de dégotitera vie les rangeant le cinéma, dés les classes
éléves du cinéma de la méme primaires, dans la catégorie des ensei- ily a une quinzaine , @
Godard face
aux lyceens
éunis au festival de Sar-
lat, le 9 novembre, 500
lycéens et leurs ensei-
gnants ont pu voir en
avant-premiére Apres la
réconciliation, le beau et
déroutant nouveau film d’Anne-
Marie Miéville /en salles le 3 janvier].
Une rencontre a réuni, 4 la demande
des cinéastes, Anne-Marie Miéville
et Jean-Luc Godard au cours d’une
discussion animée par Jean-Michel
Frodon. Extraits d’un échange pas
toujours tendre.
«To be or not to be » . Cela a pris du porterait la trace de cet épuisement. dans un lieu unique en évitant de
temps a Emil Jannings et 4 Richard Qu’est-ce que vous en pensez ? retomber dans les schémas du
Burton.Je dis ¢a car je me souviens J.-L.G. : Si ce garcon veut dire champ-contrechamp, en essayant de
avoir vu a New York Richard Bur- qu’on est appelé a disparaitre, ¢a c'est filmer davantage celui qui écoute
ton dans son interprétation d’ Ham- certain mais qui nous appelle a dis- que celui qui parle ou le chemin de
let. Quand il arrivait sur la scéne, on paraitre ? Est-ce vous ? Ou est-ce cette parole entre les deux. Si la
avait tout oublié du texte, on était nous-mémes ? Vous pouvez peut- nécessité l’exige, je fais des mouve-
surpris 4 chaque instant par le texte étre vous le demander... ments de caméra, sinon non, un
comme si on l’entendait pour la pre- A.-M. M. :... ou bien est-ce les panoramique ou un travelling mais
mieére fois. enfants qui viennent au début du pas de zoom parce qu’effective-
La, comme Anne-Marie a, elle film ? ment, comme le dit Robert (per-
aussi, da remplacer la comédienne J-L.G. : Ce film, le onziéme film sonnage interprété par J.-L. G.) :
au pied levé, notre travail tous les d’Anne-Marie je le rappelle, était un « Quand on s’est approché, faut s’éloi-
deux a consisté 4 jouer ensemble, appel a aller dans un endroit oti per- gner ou le contraire. » Je ne suis pas.
excusez-moi, comme des enfants. sonne n’était jamais allé. C’était un partisan du mouvement pour le
Puis quand je me suis vu, je n’ai pas défi a relever. La Nouvelle Vague a mouvement.
fait attention 4 mes cheveux ou 4 toujours aimé les défis et les inter-
mon nez, j'ai entendu Robert qui dictions. La, il s’agissait de se rendre Mais pourquoi ce choix radical de faire
n’est pas moi mais que j’ai accom- dans un lieu of personne n’était des images figées par rapport au texte ?
pagné un moment. C’était un grand jamais allé et qui était nommé par J-L.G. : C’est un vieux cliché
plaisir raisonnable d’étre admis dans le titre : Aprés la réconciliation. C'est auquel Cocteau avait déja repondu
le jeu en dehors du nom qu’ils me un endroit ot forcément les jeunes en disant que pour filmer un cheval
donnent habituellement. sont trop jeunes pour étre allés, ot au galop il ne fallait surtout pas faire
Un lycéen qui s’exprime sans trem- les trois quarts des vieux, vieux dic- de travelling, parce que le cheval res-
bler ni citer le titre du film : Ce film, tateurs ou autres ne sont pas allés. terait immobile.Je n’aurais pas di
plein de références 4 un cinéma et a C’est un pays dont le nom ne veut citer cet exemple car Robert, dans
pas dire aprés les retrouvailles ou
a.
une littérature qui ont existé, le film, n’aime pas les chevaux (rires).
s’adresse 4 une génération qui pré- aprés des disputes, mais aprés une Quand vous allez au théatre, que
céde la mienne. Est-ce qu’il s’agit réconciliation. C’est un endroit ott vous voyez la scéne avec les acteurs
d'un chant du cygne, est-ce l’enter- un Hébreu et un Palestinien, depuis qui bougent ou qui ne bougent pas,
rement d’un cinéma qui n’existe deux mille ans, ne sont pas encore vous ne dites pas que c’est une
FA
plus ? Ou pensez-vous que le cinéma Fs allés.Au moment ot il fallait y aller, image figée. C’est étrange d’avoir
a encore les moyens de se rénover,
z seul le cinéma, ce qu’on appelle le cette réaction surtout aujourd’hui
de trouver une modernité qui lui est A cinéma, peut répondre a cet appel- quand la caméra reste fixe et ne fait
3 la. Moije ne pouvais y aller qu’en
essentielle et que Jean-Luc Godard é pas trente-six gaudrioles.A l’époque
sait parfois trouver ? g tant qu’acteur. de la Nouvelle Vague, c’était prati-
A.-M. M. :Je ne comprends pas z Un enseignant s’adresse a Miéville : quement interdit de mettre la
bien ce que vous voulez dire en par- Vous citez explicitement un seul caméra 4 l’épaule. A bout de souffle
lant de chant du cygne... « Si ce garcon veut philosophe, c’est Sartre. Pouvez-vous a été critiqué pour son image qui
J.-L.G. : Peut-étre est-ce du me dire quel est votre rapport a ce bougeote, qui va dans tous les sens.
signe ? dire qu on est appele philosophe et quel est celui de Jean- Dix ans aprés, quand on s’est fatigué
Le jeune garcon poursuit : Je trouve Luc Godard ? de mettre la caméra sur l’épaule et
que c’est un film qui ne s’adresse pas a disparaitre, ca c est A.-M. M. :Ily a un livre qui s’ap- qu’on s’est reposé en la mettant sur
a ma génération. Méme si moi j’ai pelle La Cérémonie des adieux dont un pied, on m’a dit que c’était
la chance de connaitre un peu le certain mais qui nous la deuxiéme partie consiste en un mieux avant quand ¢a bougeait
PHOTO : EMMANUELLE BARBARAS
40F
EURO
CINEMA TELEVISION
@ PARIS. Quatre films d’Asie aux @ PORTRAIT. James Lipton, créateur de
Rencontres internationales de cinéma. l’émission « Inside the actors ». Page 34
Page 24 mM REPERAGES. Sortie en cassette de
@ DISTRIBUTION. Ucc dépassée par Lost Lost Lost, de Jonas Mekas. Page 36
le raz-de-marée des cartes. Page 26 AU FIL DU CABLE. Raretés cinéphiliques
@ METIERS. Gilles Marchand, scénariste de décembre, et gros plan sur
malgré lui. Page 28 le réveillon. Page 40
@ LE SORT D’'UN FILM. L’échec discret @ LIVRES. Une sélection des parutions de @ LE LECTEUR DE DVD. La chronique
de Galaxy Quest : programmeé ? Page 30 l’automne. Page 32 de Nicolas Saada : le muet. Page44
CINEMA
REPERACES. EN VINGT ANS, LE CINEMA RUSSE A PERDU SON PUBLIC. A MOSCOU, EN SALLE ET
EN VIDEO, LES FILMS HOLLYWOODIENS ATTIRENT LA FOULE, QUI DELAISSE LA PRODUCTION LOCALE.
en’ était pas de tres bon ton, pour été fatale au réseau de distribu-
quelqu’un de bien éduqué, d’aller au tion existant. A partir de l’au-
cinéma », se souvient Kirill Raz- tomne 1997 toutefois, une nou-
logoy, le directeur du festival de velle ére commence avec
Moscou. Vinauguration du Kodak Kino-
mir, une salle de 560 places, dans
Blanchiment d'argent le centre de Moscou. Dolby sté-
A la méme période, les immenses réo, fauteuils confortables, grand
salles des années 60-70 — inadap- écran, cafétéria, moquette, pop-
tées 4 la projection des films corn... Les Moscovites décou-
contemporains — changent vrent ce qu’est un cinéma
usage. Dans les années 80, /’Etat moderne. Dés lors, tout va trés
ena confié la gestion aux muni- vite. Des « privés » se spécialisent
cipalités. Au moment de la libé- dans la restauration des grandes
ralisation, certains directeurs de salles soviétiques. Place Pouch-
salles deviennent de riches fonc- kine, ouvre le Pouchkinski, qui Fi
tionnaires : ils les louent au sec- compte prés de 2 350 places.
teur privé. Dans les rouages admi- Les inaugurations se succédent
Z
nistratifs, chacun y trouve son dans le centre de la capitale, a g
compte. C’est ainsi que ces salles Saint-Pétersbourg et dans toutes z
se transforment, au début des les villes de plus d’un million @ Lune des salles « modernes » du groupe Empire du cinéma.
années 90, en salons d’exposition dhabitants. Soixante cinémas
de meubles ou de voitures. La « modernes » sont répertoriés qui font le marché dans les ciné- et octobre. Lune d’entre elles
plupart ne vendent ni les uns, ni aujourd’hui en Russie, dont la mas dits « modernes ». En 1999, propose une séance tous les
les autres : il est de notoriété moitié 4 Moscou. A de rares il ne restait en Russie que 1 500 matins 4 9 heures pour 20 roubles
publique que leur raison d’étre exceptions prés, ils sont tous sur des 2 300 salles qui existaient (5 francs). La salle est alors plus
est le blanchiment d’argent. le méme modéle : un lieu de loi- quinze ans auparavant, et leur remplie qu’a 11 heures, lorsque
Entre 1990 et 1995, il existe sirs ot causer, boire un verre, chiffre d'affaires était de l’ordre le billet cotite 30 roubles
un autre moyen de blanchir les manger du pop-corn, se mon- de 7 48 millions de dollars. Dans (7,50 francs). La legon est claire :
billets : il suffit de tourner des trer. Quant a la programmation : le méme temps, les seules 60 salles baisser les prix revient 4 attirer
films ! « Il y a des gens qui ont gagné américaine. Le cinéma est devenu « modernes » rapportaient. .. plus une clientéle différente de celle
beaucoup d’argent comme ¢a, n’im- un endroit ot I’on sort — parfois de 40 millions de dollars. Sans que l’on trouve dans le centre-
porte qui pouvait faire un film, il suf- en robe longue -, lorsqu’on en a pour autant faire le plein :le taux ville. Mais pour l’une comme
fisait de montrer une fille nue, en train les moyens. de remplissage est en moyenne pour l’autre, les films seront
de fumer un pétard sous un portrait de 30 %. estampillés « Hollywood ».
de Staline !, raconte Vita Ramm, Un loisir de luxe Reste donc a élargir le public
critique de cinéma 4 la radio Lapparition de ces salles a donné apparu au cours des trois der- « Dérive américaine »
Echo de Moscou. Les spectateurs naissance 4 un nouveau public. niéres années. C’est ce 4 quoi En général, sur trente films au
ont été dégotités par tous ces films. » « Ce sont surtout des jeunes qui “ tra- s’emploie Arthur Prachkovitch, box-office, vingt-sept sont amé-
A l’époque, la télévision change, vaillent au front ”, comme on disait numéro un d’« Empire du ricains, deux ou trois frangais,
elle aussi. Des chaines privées 4 l’époque sovittique, ce qui signifie cinéma », ’un des deux plus danois, ou espagnol, et de temps
apparaissent, qui pleurent la aujourd’hui qu’ils sont dans les grands exploitants de salles. Sur- en temps, un russe.A cela, plu-
misére russe pour obtenir des banques, la publicité, les médias, Inter- prise ! Le « président » a trente- sieurs explications. D’abord, les
films étrangers bon marché. net, resume Daniil Dandurei. Dans trois ans. C’est un grand jeune distributeurs ne veulent pas
« Nous avons enquété, raconte le leurs familles, le revenu par personne homme 4 la carrure athlétique. Il prendre de risque : ils savent que
sociologue Daniil Dandurei, est de 400 a 500 dollars (2 800 s’est lancé il y a deux ans en le nouveau public va au cinéma
en 1998, les télévisions russes étaient, 4 3.500 francs) par personne et par ouvrant le Strela, la salle la plus comme au spectacle, aime les
de toute l'Europe, celles qui payaient mois ». Autant dire que ce profil branchée de Moscou, qui diffuse films 4 effets spéciaux. D’autre
le moins cher les droits de diffusion n’est pas le plus répandu en Rus- les films de Lars von Trier (un part, l’idée selon laquelle «le
des films étrangers ». «A Moscou, les sie, ot le salaire moyen est d’en- phénoméne de mode chez les cinéma russe n’est pas au niveau »
principales chatnes passent chaque jour viron 600 francs par mois, et ot nouveaux riches) ou d’autres réa- est couramment admise. La pro-
trente films différents, et cinquante a 37 % de la population vit avec lisateurs étrangers. duction russe peut donc toujours
soixante feuilletons ou séries », pour- moins de l’équivalent d’un dol- « Maintenant, j’aime le cinéma, attendre : elle sera diffusée en cas-
suit Daniil Dandurei. lar par jour. sourit le président, auparavant ce settes ou a la télévision. « Les
« Pour voir un film ici, note un Le prix des places dans les n’était qu’un business. » Avant, Russes adorent le cinéma russe, mais
spécialiste, mieux vaut étre chez nouvelles salles est rédhibitoire Arthur Prachkovitch s’« occupait ils ne veulent pas payer pour : ils le
vous. Vous avez le chauffage, un pour la grande majorité de la de restaurants, de magasins ». Depuis regardent d la télévision, ce n’est pas
canapé, V’écran n’est pas déchiré en population : 25 4 90 francs, dans Vinauguration du Strela, son un bien que l’on achéte », assure
deux, et vous pouvez regarder le méme le centre de Moscou ! Ceux qui « Empire du cinéma » — dont la Kirill Razlogov, le directeur du
film qu’au cinéma » —Ia diffusion peuvent se le permettre sont clientéle oscille « entre seize et festival de Moscou.
en salle n’étant pas obligatoire jeunes, tournés vers I’étranger, et vingt-cing ans » — a ouvert six La politique des majors amé-
avant le passage 4 la télévision. particuliérement friands de autres salles 4 Moscou, dont ricaines entre aussi pour beau-
La période 1990-1995 a donc cinéma américain. Et ce sont eux quatre en banlieue, en septembre coup dans la suprématie holly-
DISTRIBUTION. Les carTES D’ABONNEMENT DRAINENT UN NOUVEAU PUBLIC QUE LES MULTIPLEXES
F
Mere et fille
‘4
8
é
g= par ELISE FONTENAILLE
z
e dernier Disney sort aujourd’hui : les enfants et moi,
g8 on se rue au Grand Rex, premiére séance — depuis le
temps qu’on l’attend. Tout heureux, on grimpe au bal-
permis de fumer dans les salles de cinéma »... con, au milieu d’une foule d’enfants-rois, quelques
adultes effacés en guise d’escorte.
Devant nous, deux femmes, une vieille, une moins vieille. Mére
PEINENT A MAITRISER. et fille, ca se voit tout de suite. Méme de dos. Ca se sent. Raides,
SCENE elles ont gardé leurs manteaux. La vieille tourne la téte, me jette
un regard noir. Je me sens mal. Un malaise diffus. Les enfants
Zapping
cartes
s'agitent un peu. A peine. La vieille se retourne :
« C'est pas fini petites saloperies ! Tenez-vous tranquilles, espéce
® Cas pratique : vous étes de petits merdeux ! »
I"heureux propriétaire d’une Elle crache vers nous ce qui lui reste de venin, puis, la voix sucrée,
carte illimitée (ucc, Pass...), susurre a sa fille, la quarantaine, en long manteau de cuir noir.
a dix minutes », explique Michel vous avez attendu (un quart « Ga va ma petite chérie ? Tu es contente ? Tu veux un chocolat ? »
Robert. On en est loin aujour- d'heure, ou deux, ou trois...) au Se tourne vers nous.
d’hui, et beaucoup de porteurs guichet, diment obtenu votre « Et vous, tenez-vous tranquilles, sales petites bétes ! C’est pas
de carte profitent de l’absence de ticket. Voila que dix minutes malheureux de se faire emmerder comme ¢a ! Vermine ! »
controle,a la sortie des salles, pour apres le générique, vous com- Et autres douceurs. Inutile de chercher un soutien dans les regards
passer directement d’une salle mencez a bailler. Que faire ? des autres. Autour de nous, les rangs se sont vidés, je suis seule
dans |’autre, sans remonter aux Gaumont et mk2 ont trouvé la avec ce couple haineux. Haine pure. Insensée. Je ne bouge pas. Je
Calsses. solution, distillée dans une série n’ose pas. Fascinée. Les gosses s’en fichent, ils sont dans le film,
« Impossible », affirme UGC, qui de spots publicitaires : « Ce pas moi, je ne peux pas.
soutient que ses controles sont n'est pas grave, vous reviendrez Un peu plus tard, les insultes reprennent, a mi-voix. J’ose a peine
systématiques. Dans les faits, avec le Pass... » Sachant respirer. Entre mes bras, je tiens les jambes des enfants, ils n’en-
cest loin d’étre le cas. Tout qu’aucun guichet ne vous déli- tendent pas.
dépend des salles, des jours, des vrera de ticket pour une autre La fille nous lance des regards haineux. Muette, glacée, son regard
séances. Contréle, aux Halles, le séance, grandes sont les oblique pétrifie. La vieille caresse la joue de sa fille.
2 novembre, a 12 h 30,4 la sortie chances que vous changiez de « (a va mon bébé ? II te plait le film mon bébé ? »
d’ Amores Perros. Pas de contrdle, salle en douce. Je devrais me lever, m’asseoir un peu plus loin avec mes petits,
vingt-cing minutes plus tard, pour Aujourd’hui, personne n’est en je n’y arrive pas. Je ne vois plus le film, je les regarde. Fine et blonde,
les spectateurs du Tableau noir, de mesure d’évaluer l’ampleur de trop maquillée, un peu putain, la fille serait belle, sans la haine.
Samira Makhmalbaf. Tricher ? ce « zapping », qui bouleverse Tassée dans sa fourrure, la mére lui ressemble, en version écrasée,
« Quand on peut, on le fait », la pratique du cinéma et a de vaguement maquerelle, quel duo.
avouent en souriant les porteurs multiples incidences sur le sys- Madame Mim et Cruella, mére et fille, enfin réunies, ont traversé
de carte. La conscience tran- téme de financement du l'écran. Dans la vie comme au cinéma, les affreux sont fascinants.
quille : la plupart ignorent que cinéma francais. Car ces spec- Ces deux-la sont fatales. Pendant deux heures, je ne les quitte pas
méme s’ils ne payent pas leur tateurs sans billet, qui ne figu- des yeux. J’envie leur force, le reste du monde n’existe pas.
billet, celui-ci donne lieu 4 une rent dans aucune comptabilité A la fin du film, elles se lévent, la mére nous envoie une derniére
remontée (réelle) de recettes (vir- ne donnent lieu a aucune vacherie, c'est plus fort qu’elle. Absente, les yeux vides, la fille
tuelles) vers le producteur et le remontée de recettes (vers le ferme son manteau de cuir, oscille sur ses talons aiguilles. La mére
distributeur.Au moment ou le distributeur et le producteur). me toise, je la dévisage, longtemps. Elle détourne les yeux, bre-
ministére de la Culture tente Exaspérant pour les specta- douille, entraine sa fille, disparait, j'ai gagné.
d’encadrer les cartes forfaitaires teurs, inquiétant pour les ayants La salle se vide, nous restons. Imperturbables, les garcons :
(en soumettant leur diffusion a droit, ce zapping ne semble pas « — Elles sont parties les sorciéres ?
un accord préalable du CNC), UGC préoccuper outre mesure les — Elles sont parties. On va pouvoir voir le film. »
aurait-il de plus en plus de mal circuits : eux ont déja encaissé La salle se remplit, une nouvelle séance commence, je lache la
a encadrer son public ? le prix de la carte... EL main des enfants. m
Elisabeth Lequeret
Métier
Lémission est née d’un double Technique
constat. D’une part, certains Certains acteurs prétendent jouer
acteurs, dramaturges ou cinéastes par la grace de Dieu et rejettent
ne peuvent consacrer qu’un jour @ « Pour moi, tout est Ia : je crois au risque. » tout enseignement. Comme I’a
a l’école. D’autre part, j’ai tou- dit Stanislavski : « Que se passera-
jours pensé que l’acteur est au cours supplémentaire, qui est tume 4 la télévision. t-il le soir o% Dieu vous abandon-
centre de tout. Quand se retirent devenu l’émission que vous Jessaie de pousser les acteurs nera ? » Laurence Olivier, qui
Pécrivain, le réalisateur, le déco- connaissez. Dés le départ,je me a expliquer certains motifs que détestait le Systéme, s’en prit une
rateur, les techniciens, il demeure suis fait la promesse que nous par- jai découverts en préparant fois 4 Dustin Hoffman sur un
seul sur scéne ou face a la caméra. lerions exclusivement de travail. Pémission. Jisole quelques points : tournage : « Contentez-vous de
Il est donc indispensable qu’écri- Jai pris aussi la décision fatale de une fois ceux-ci atteints, l’acteur jouer | » Mais un soir, quelqu’un
vains et réalisateurs apprennent ce préparer moi-méme les questions m’entraine dans une direction lui dit : « Vous avez été merveilleux
qu’est le jeu d’acteur. et de ne pas en révéler le contenu vers un endroit queje ne connais ce soir, » Catastrophé, il répondit :
C’est ainsi qu’a été créé un aux acteurs, comme c’est la cou- pas. Pour moi, |’émission est une « Oui... mais j’ignore pourquoi. »
PENDANT QUINZE ANS, ET ACHEVE Lost Lost Lost EN 1976. CETTE GUVRE TORENTIELLE SORT EN VIDEO.
cohérence, la plus libre qui soit. visage, puis d’un nez sur le visage,
S’arréter par exemple sur qui prend l’apparence dentelée
les 59 « haikus crottes de lapin », de la proue d’une gondole, puis
alliance de briéveté et de temps adopte le profil d’une silhouette
suspendu qui constituent l’es- humaine. Rien n’est représenté
sence du cinéma de Mekas. dans cette dérive de continents
La page 161 du livre, haiku (on est au tréfonds de la matiére),
n° 30 : « arbres sombres sur et pourtant tout figure. Chaque
une colline ; nuages » est a véri- masse blanche, chaque trou noir,
fier bobine 5 du film, ob Mekas prennent des formes diverses au
en voix-off chante : « Les nuages gré du mouvement. Si I’analyse
les nuages les nuages ». Page 162, est interminable, c’est parce que
haiku n° 41 (pas de voix-off) : Jacobs observe moins le peuple
PHOTO - JEFF GUESS © REVOIR
Paradis retrouvé
Comment aprés cela ne pas
retrouver le Paradis ? C’est le
La chair de la pellicule Vertige pascalien
Lintelligence de Jacobs est juste-
ment d’avoir de nouveau projeté
sujet de la fin aquatique de Lost le film de 1905 aprés son analyse.
Lost Lost, quand, sur des images erdez-vous, dis-je a mes enquéte dont l’objet n’est pas ce Le changement est redoutable :
de bonheur familial et sous une
musique gaie, Mekas explique
« étudiants, et perdez-vous
encore ! » Le cinéaste
qu’on appelle habituellement le
film (ceuvre d’un auteur), mais
nous ne voyons évidemment pas
le méme film, mais un film éclaté.
son nouveau rapport au monde, qui parle ainsi, n’hési- la pellicule impressionnée. D’abord parce que Jacobs a
un enracinement déraciné : tant pas 4 donner le hypertrophié certains détails qui
« Parfois, il ne savait pas on il se conseil le plus aventureux pour Recadrage, loupe, ralenti crévent I’écran (l’échelle, le mur
trouvait. Le passé et le présent s’em- aborder l’analyse de film, est Ken Une seule question a l’ceuvre : de pierres) et surtout il a démul-
meélaient (...). Et alors, comme aucun Jacobs. Lui-méme analyste, il sait qu’est-ce qu’il y a a voir ? Sije tiplié le film au point que nous
lieu n’était vraiment le sien (...), ce que signifie se perdre dans un m/approche, quels mondes s’ou- | sommes pris de panique devant
il avait pris cette habitude de s’atta- film, lui qui a plongé avec délice vrent 4 moi ? Jacobs fait se suc- ces images apparemment simples
cher immédiatement a n’importe quel et inquiétude au coeur des images céder trois gestes : d’abord le reca- qui contiennent tant de mondes
lieu. Il blaguait. Oh, larguez moi d'un film muet, le méconnu Tom drage dans le plan, associé au virtuels. Devant cette diversité, le
dans le désert, revenez la semaine Tom the Piper’s Son, réalisé en 1905 ralentissement de I’image, double spectateur est pris du méme ver-
prochaine et vous me retrouverez, par la Biograph, qu’il a décidé effet de loupe qui arréte le film tige que Pascal lorsqu’il décrit la
mes racines seront larges et pro- dinvestir jusqu’a ce que la chair et permet, entre autres, d’étudier campagne :« A mesure qu’on s’ap-
fondes. » des images lui soit rendue. le mouvement (le film d’origine proche, ce sont des maisons, des arbres,
Olivier Joyard De ce projet utopique, Jacobs est prodigue en acrobaties, chutes, des tuiles, des feuilles, des herbes, des
ne fait pas un cours, mais un film, ascensions, etc.). Ensuite, 4 l’in- fourmis, des jambes de fourmis, a Vin-
qu’il nomme également ‘Tom, Tom verse, le défilement rapide de la fini. » Jacobs nous a perdus, et plu-
the Piper’s Son, réalisé en 1969, pellicule qui emporte les images tot qu’a une explication, il s’est
et enfin disponible en vidéo, aux a une vitesse telle qu’il ne reste livré 4 une complication qui
éditions Re: Voir. Exemple rare que la trace de leur passage. Enfin, débouche sur une déroute du
dune analyse en images ou le film au milieu, pendant un quart regard. S’il faut se perdre, ce n’est
analysé est d’abord projeté inté- Vheure éblouissant, Jacobs pas pour se trouver.
gralement (dix minutes) puis étu- approche sa caméra au point de Dans le coffret édité par
dié pendant une heure et demie. découvrir un monde de parti- Re:Voir, un numéro spécial de
Aucun commentaire verbal, la cules ot l’image, ralentie, donne lindispensable revue de cinéma
caméra simplement recadre dans le sentiment de se former sous Exploding se livre 4 une analyse
Vimage pour révéler ce qui se nos yeux. de Tom, Tom, et publie un beau
passe entre les personnages, puis Jacobs ne nous fait pas péné- texte de Jacobs qui commence
entre les objets, puis entre les trer dans les profondeurs du pho- ainsi : « Rechercher dans un film des
grains. Tom, Tom commence togramme, mais du film car il significations plutét qu’une expérience
comme une analyse de film qui |
|
conserve le mouvement. On sensorielle, voila une bien triste solu-
chercherait l’organisation des | assiste 4 des métamorphoses tion de remplacement. »
© REVOIR
|
plans et plonge vite dans une | étranges, 4 l’apparition d’un Stéphane Delorme
lci
Zoe Cassavetes
repose
baby-sitcom
par DELPHINE PINEAU
est un court-métrage d’a
peine vingt minutes qui
ndré Polonski (Jacques Dutronc) et Mika Muller (Isabelle sort en DVD, auquel on
Huppert) s'apprétent a se coucher. Elle est déja au lit, tan- n’aurait sans doute pas
dis que lui, avant de la rejoindre, avale un somnifére. C’est prété attention s'il n’était
insi depuis longtemps. Le rituel du coucher. Mais ce soir- signé Zoe Cassavetes, fille de John
la, il s’inquiéte pour le lendemain car il vient de prendre le der- C. et Gena R. Ce en quoi on
nier Rohypnol de la boite. Elle s’excuse, avait pourtant prévu d’en aurait eu tort. Tourné en quelques
acheter mais elle a oublié ; qu’il se rassure, elle le fera demain. II jours avec des amis acteurs et
pénétre dans le lit et, mi-charmeur mi-ailleurs, propose qu’ils fas- techniciens bénévoles, Men Make
sent une fille, ce soir. Demain oui, mais ce soir elle l’éconduit, iro- Women Crazy Theory est une
nique, puisque le comprimé est avalé, « tu t’endormirais a la micro-fiction new-yorkaise
tache ». || acquiesce et s’endort. hybride, 4 mi-chemin du cinéma
Cette sinistre scéne de vie conjugale éclaire le film de Claude arty type Hal Hartley et de la sit-
Chabrol et révéle qu’au coeur de Merci pour le chocolat se niche com ultramoderne fagon Sex and
l’'angoisse. Non pas la peur, le suspense que peut parfois méme the City. Sitcom pour laquelle
engendrer ce film-la, mais l’angoisse qui empéche de trouver le encore jeune Zoe confesse un
sommeil. L’'angoisse si profonde qu’on ne sait toujours pas la soi- enthousiasme sans bornes, espé-
gner, tout juste peut-étre momentanément I’apaiser. Face a cette rant que l’air de famille entre son
douleur, il n'y a qu’une solution : l'endormir afin que puisse s’en- premier film et la série de Dar- Theory, les confidences ne sont
dormir, 4 son tour, celui chez qui elle est tapie. Le Rohypnol sert ren Starr pourrait l’amener a en que partielles. Ni ’homme et la
a ga. A avoir un moment de repos. écrire et/ou réaliser un épisode. femme, ni le discours et la pen-
Car celle qui met en scéne cette famille, celle qui dicte aux sée ne sauraient étre synchrones.
personnages ce qu’ils doivent faire et comment ils doivent Pas de modéles La voix-off révéle ce décalage et,
prendre part au jeu dont elle seule a établi les régles, celle qui Pour lheure, elle a filmé quelques soudain, devient in. Pire, dans un
régente tout, organise tout, celle qui mobilise toutes les énergies ex-ados trentenaires occupés a plan-séquence de salle de bain,
familiales pour trouver son précieux antidote, ce n’est pas Mika disserter entre roomates sur l’évo- lorsque les insultes suppliantes 4
Muller, censée étre, selon Chabrol, une « perverse intégrale », lution d’une attirance que |’on l'homme négligeant se libérent,
mais bien plutét sa rivale méme, celle qui prend toute la place : soupconne peu réciproque, a se c’est au téléphone. Elles seront
l’angoisse. C’est elle, l’araignée qui tisse sa toile pour que tous la draguer a la photocopieuse et a fixées sur répondeur, définitive-
prennent en charge et soient liés par le secret du huis clos fami- avouer leurs ambitions senti- ment in. Ce court-métrage est de
lial. A tel point qu’il ne vient a l’idée de personne que le pianiste mentales 4 la baisse, en attendant ceux dont chaque scéne parait
André Polonski pourrait se préoccuper lui-méme du Rohypnol : en qu’un court de tennis se libére.. . avoir une histoire. Celle de la salle
racheter quand les cachets se font rares, et s’étonner qu’ils se «Je n’ai pas tourné ce film avec des de bain, la plus impressionnante
fassent si vite si rares. modeles précis a V esprit. Chaque soir, de vérité explosive, ne fait pas
Et que peut faire d’autre cette malheureuse Mika Muller, que en réécrivant les dialogues, je me exception. « J’essayais de tourner
d’essayer besogneusement d’endormir artificiellement ceux dont demandais juste a quoi il allait bien une scone dans la baignoire, mais elle
elle s’entoure, elle qui dit avec désarroi : « A /a place d’aimer, je pouvoir ressembler, Nous avions peu ne fonctionnait pas. Soudain, Vactrice
dis je t'aime et on me croit » ? Elle sait que lorsque Polonski la d’argent et peu de temps, ce qui peut et le chef opérateur sont entrés dans
regarde, il regarde la mort. Car elle sait qu’il ne regarde que la étre une bonne chose. Quand les gens une violente dispute et, comme ils se
mort, que seules les Funérailles de Liszt le tiennent en éveil, le vous financent, vous vous sentez obli- connaissent depuis quinze ans, beau-
tirent de cet état cotonneux, entre chien et loup, ou de la nuit gés de suivre leur avis. Je ne voulais coup de choses sont ressorties. Elle s’est
dans laquelle un ultime Rohypnol pourrait |’entrainer, enfin pas de ¢a : le film devait étre entic- mise en colere, il est parti. Il y avait
dépouillé de ses angoisses pour toujours ; une dépouille mortelle. rement conforme a mon idée. Et je une formidable énergie. J’ai pris Vac-
Repos. m tenais a faire toutes les erreurs, pour trice a part, je lui ai servi une vodka
apprendre. » et je lui ai demandé d’entrer dans
Dans Men Make Women Crazy la baignoire et d’utiliser toute cette
folie pour laisser un message qu’il pré- « Je n’avais pas réalisé a quel point
fererait vraiment qu’elle n’ait jamais Vétat d’esprit indépendant était en
laissé. Le résultat est incroyable. C’est moi. Mais j’ai toujours vu mon pére
le genre de choses qu’il faut saisir. » se battre avec les studios... Et il est
Ancienne actrice dont la seule tellement plus amusant de travailler
incursion dans la réalisation fut, avec vos amis. Le temps du tournage,
en 1994, une bréve série d’émis- une famille se forme. Vous passez tout
sions télé sur la culture pop, votre temps avec les mémes personnes,
congue avec sa grande amie Sofia alors il vaut mieux les apprécier...
Coppola pour la chaine cablée Mais, oui, j’ai grandi avec mes parents,
Comedy Central (« C’était amu- dans la maison on ils tournaient.Je
sant a faire, mais pas tres sérieux »), rampais sous la petite table pour les
Zoe Cassavetes a passé les vingt- observer, je restais parfois debout toute
cing premiéres années de sa vie 4 la nuit, personne n’avait le temps de
Los Angeles. Aprés trois mois de vérifier si j’étais couchée... Méme
fac, un essai infructueux en cours si j’allais a V’école, j’ai grandi de
de comédie, elle migre, épuisée, maniére un peu boheme, c’était comme
a New York, ot elle déniche un une éducation subliminale. Qui m’a HISTOIRE
« vrai travail » (« je ne suis pas l’hé-
ritiere d’une grande fortune holly-
aussi poussé a écrire, y compris des
scénarios tres immatures a six ou sept
DE
woodienne ») pour une chaine ans... “ Fais une chose créative FANTOMES CHINOIS
hotels. par jour, et tout ira bien ”, me (Siu Sin Chinese Ghost Story Animation)
disait mon pére. »
Esprit d’indépendance LE FILM D’ANIMATION DE ANDREW CHEN & TSUI HARK
E. Het O. J.
Entrée dans le cinéma pour de
Propos recueillis 4 Paris le 25 octobre.
SORTIE NATIONALE
bon, loin d’Hollywood, elle se Men Make Women Crazy Theory sort en
remémore l’exemple parental. DVD, produit par APC section musicale.
AU FIL DU CABLE
@ Stand by Me de Rob Reiner tesques et histoires que I’on se chanson de Ben E. King qui lui a arracher des confessions sur son
(1987) sur Cinéstar raconte, le film s’approche au plus donne son titre. L emotion picture travail, tant Polanski se montre
a partir du 4 décembre prés de cette chose trés rare : |’in- du mois, haut la main. désabusé, mais il livre quelques
Rob Reiner a réalisé quelques nocence qui se perd. Stand by Me, clés sur les « méandres » de sa car-
beaux films avant de devenir I’au- que l'on peut traduire par « compte @ Nuit Roman Polanski riére, raconte son enfance dans le
teur d’innommables navets de luxe. sur moi », n’est pas une fiction le 18 décembre sur Canal + ghetto de Varsovie et évoque avec
Une chute d’autant plus incom- niaise pour ados, mais s’inscrit Trois films du cinéaste sont pro- humour le travail d’acteur.
préhensible que Stand by Me est d’emblée dans la tragédie. L’his- grammés sur la chaine cryptée : son
désormais un véritable classique. toire est racontée du point de vue dernier film, le décevant La 9 @ L’0r et la Femme (The Toast
Adapté d’une nouvelle de Stephen d’un adolescent devenu adulte qui, Porte, puis Tess et le rare Macbeth. of New York) de Rowland V. Lee
King, le film raconte la balade en venant d’apprendre la mort stupide Un intéressant documentaire, plu- (1937), sur Cinéclassics,
forét de quatre adolescents, par- de son copain, est bouleversé parce tét un long entretien filmé, entre- 4 partir du 9 décembre
tis a la recherche du cadavre d’un que celui-ci n’aura pu compter sur coupé d’extrait de films et de docu- La petite rareté du mois, The Toast
enfant fauché par un train. Entre lui, comme ils se I’étaient autrefois ments d’archives, cherche a révéler of New York, un film mineur mais
jeux d’enfants, railleries cruelles, juré. Le film de Reiner est aussi le parcours intriguant et chaotique plaisant, produit par la RKO et réa-
amitié a la vie a la mort, paris gro- mélancolique et déchirant que la du cinéaste. Agnés Michaud peine lisé par un artisan de service, Row-
|
lépoque, dans laquelle Jane classics sait que l’on ne peut rett Sullavan dans The Shop tré dans le cercle fermé des films
(Maureen O'Sullivan) se baigne décemment pas commencer une Around the Corner. Une semaine de décembre, normal puisqu’il en
nue dans la riviére. année sans voir des films de de Noél serait encore plus dépri- est la quintessence, évoquant de
Ciné-Cinémas joue la facilité
en programmant les gros hits
comme Autant en emporte le vent,
Lubitsch : cing sont programmés
pendant la nuit de la Saint-
Sylvestre (dont Monte Carlo, inédit
| mante sans les immarcescibles
cartoons de Tex Avery,
France 3 devrait, je suis prét a
dont
maniére harmonieuse |’enfance,
la filiation, la magie, le spectacle
et la mort.
uniquement pour les nostalgiques en France). Si nos comptes sont parier mes piges la-dessus, pro- Jér6éme Larcher
L’'ATALANTE,
UN FILM DE JEAN VIGO
U/ATALANTE
‘ode
fr ip
PROD 08 © OR
JACK ARNOLD
Terry Gilliam doit renoncer a tourner UETRANGE CREATEUR
« Don Quichotte »
@ C’était l’un des projets les plus intriguants du moment : une version de
Don Quichotte réalisée par Terry Gilliam et interprétée par Jean Roche-
fort, Johnny Depp et Vanessa Paradis. Entamé le 25 septembre, le tour-
nage a dd étre interrompu, Rochefort souffrant d’une hernie discale néces-
sitant une intervention chirurgicale. Les autres comédiens ayant d’autres
engagements, ils ne peuvent attendre que |’acteur soit remis sur pied (et,
qui plus est, en état de monter a cheval). Le tournage est donc définiti-
vement abandonné, ce qui devrait avoir de lourdes conséquences pour
les producteurs et distributeurs, René Cleitman, StudioCanal ou encore
Pathé, de cette coproduction franco-anglo-germano-espagnole dont le
budget était supérieur 4 30 millions de dollars. Reste a attendre les rem-
CINEMATHEQUE
boursements (forcément partiels) de l’assureur avant de pouvoir esti-
mer la gravité du sinistre.
Muet d’admiration
par NICOLAS SAADA
1 n’y a pas si longtemps de ¢a, dans un tures, les costumes, le début de siécle). On sait
grand magasin de disques, je demande a que ces films nous accompagnent, qu ils sont
un vendeur les suites pour violoncelle seul indispensables et que c’est ainsi. Elie Faure,
de Bach par Pablo Casals. Le vendeur me qui découvrit ces films quand il était encore
regarde et me propose un enregistrement, jeune, pendant la Premiére Guerre mondiale,
« en digital », par un autre musicien. Il me sort a célébré Chaplin de crainte qu’il soit oublié
le prétexte suivant : « Prenez-le, c’est en sté- tout en pressentant que son génie —c’est le
160...» plus grand cinéaste et c’est comme ¢a — ne
Voila un cas typique ot la technologie serait jamais oublié par cette satanée « his-
« haut niveau » induit une nouvelle hiérar- toire » : « Ne souffre pas Charlie Chaplin mon
chie des ceuvres. Est-ce qu’un enregistrement Srere ; notre freve. Tu as si puissamment travaillé a
meérite l’oubli parce qu’il n’a pas le profil qui développer la raison vivante de l'homme que tu
correspond 4 une « nouvelle technologie » ? as marqué pour toujours ses déterminations a venir,
Le DvD risque d’assujettir les films 4 des méme si tu disparais tout a fait. Tu ne seras pas
normes techniques absurdes. En obéissant 4 oublié. Il est des prophetes muets dont l’action fait
ce type de critéres, le support « n’autorise- encore battre nos caeurs apres de longs siécles (...).
rait » que les films en 16/9 avec son Dolby Reste avec nous. L’éternité t’est promise parce que
« pro-logic » pour huit enceintes. De quoi tu aimes les hommes et peut-étre surtout parmi les
passer a la trappe cinquante ans d’histoire du hommes ceux qui te font le plus de mal. »' Léter-
cinéma. nité. ..
Il va de soi que la réédition en DvD de films La collection Arte propose de trés grands
muets est I’équivalent d’un acte héroique, cou- films, parmi lesquels The Marriage Circle (1924)
rageux, qui mérite qu’on s’y intéresse de pres. de Lubitsch. C’est une merveille, tournée par
Quelques titres sont disponibles en France un Lubitsch encore sous le choc —justement —
comme Nosferatu, Le Dernier des hommes et de A Woman of Paris de Chaplin. Si le pvp a
Vincrevable Metropolis (tous édités par Films @ Tournage de « The Marriage Jircle » de Lubitsch. une vertu que rien ne peut lui enlever, c’est
Sans Frontiéres). Une nouvelle série de films cette sensation de « tenir » enfin le cadre, de
muets voit le jour, éditée cette fois-ci par Arte suscite le simple mot « muet » en redorant lui redonner sa rigidité, sa géométrie, que la
Vidéo. Une premiére série inclut les Chaplin le blason du film : cela se fait parfois au détri- vidéo encore toute tremblante ne laissait que
Essanay et Mutual, tournés par le cinéaste entre ment de l’ceuvre. La réédition I’an dernier en deviner. Et The Marriage Circle est un précis
1915 et 1917.A cela s’ajoutent d’autres titres, DvD par Gaumont du Fantémas de Louis de mise en scéne, une comédie en intérieurs
le Cyrano d’ Augusto Genina, le Nanouk de Feuillade était accompagnée d’une telle foule ot les portes s’ouvrent et se referment, ot les
Flaherty, Le Voleur de Bagdad de Walsh et The de gadgets interactifs qu’on se retrouvait un gestes disent tout. C’est du dessin, un trait
Marriage Circle de Lubitsch. peu noyé dans cette visite guidée. Le film, par- épuré qui se passe de tout commentaire, qui
Le cadre du muet, le 1/66 correspond a faitement restauré, n’était méme pas chapi- existe aujourd’hui comme hier ou demain :
peu de choses prés a celui, carré, de la télévi- tré, tant les éditeurs s’étaient focalisés sur les on le regarde chez soi, dans ces copies mer-
sion 4/3. C’est d’autant plus ironique que I’ar- « plus » de P’édition Dvp. Est-ce a dire qu’un veilleuses, et on se dit que le cinéma « a domi-
rivée du DvD a, semble-t-il, pouss¢ beaucoup film, passé une certaine limite d’age, ne peut cile », c’est d’abord cela, et pas forcément le
de gens 4 s’acheter des téléviseurs 16/9 pour plus se regarder sans une présentation, un 16/9, le Dolby et le digital.Je ne peux ima-
profiter de tous les avantages du nouveau sup- « profil » ? On ne peut plus acheter une sym- giner meilleure fagon de finir cette belle
port. Comment faire d’un film de 1915 autre phonie de Beethoven dirigée par Toscanini année
chose qu’une antiquité ? Les éditeurs ont comme a. Il faut chercher le disque au rayon
choisi d’accompagner les titres de tout un lot des « enregistrements historiques ». Comme 1 - Elie Faure dans Varia, Editions Jean-Jacques Pauvert.
de « bonus » qui vont du simple repére his- si le présent ne faisait pas partie de l’histoire.
torique au complément de programme (film Comme si l’histoire se confondait avec le @ Collection Arte Video
d’animation, court-métrage). Vidée est d’in- patrimoine. Films muets : Nanouk (Robert Flaherty), Le
clure l’ceuvre dans le cadre d’un véritable pro- Et pourtant, quand on visionne, a froid, en Voleur de Bagdad (Raoul Walsh), Comédiennes-
gramme, une soirée thématique en quelque DvD, chez soi, la copie teintée de Mamzelle The Marriage Circle (Ernst Lubitsch), Cyrano de
sorte. Charlot ou de Charlot boxeur, on est sidéré par Bergerac (Augusto Genina), The Essanay Come-
On est aujourd’hui face 4 une contradic- la force centrifuge de Chaplin, sa capacité 4 dies et The Mutual Comedies (Chaplin).
tion. On pense qu’il faut dépasser la peur que sortir du temps « objectif » du film (les voi- 190 francs chaque pvp.
) | LA VERSION INTEGRALE
ra : ‘ip hy |
me
iy 2
'
-— +
DANS Sa VE
COFF RSION ORI
RET
DE 4 CA
SS
GINALE
ETTE
S
Vio
S.T
a
| i | : if Pi VIDLI
rT 2 ei
a irrockuptibles 4 :
if
Gin }
er» | 4 : |
r)
REPLIQUES
Vivendi-Universal:
la clé, c’est le portail
epuis l’annonce du projet de fusion entre services, » Et dans cette guerre poursuit-il, «nous avons résolument
Vivendi, Seagram et Canal + le 20 juin, les opté pour une stratégie offensive de mouvement et de conquéte ».
dirigeants du futur Vivendi Universal abat-
tent méthodiquement les obstacles qui se De l'hypercroissance comme nécessité
dressent sur la route menant 4 leur union. Le Pour les trois sociétés, la fusion représente le franchissement du
projet de fusion doit étre soumis a l’appro- Rubicon de la nouvelle économie et le passage 4 une logique
bation des actionnaires le 8 décembre et ce d@hypercroissance globale. Une logique rendue possible par
n’est que trés récemment que les premiéres le déséquilibre qui caractérise la structure de coats dans la nou-
voix se sont fait entendre pour attirer I’attention sur les enjeux velle économie. Grosso modo, dans le cas de produits numé-
de cette opération. André Rousselet, ancien président et fon- riques, les cotits supportés par l’entreprise sont ventilés entre
dateur de Canal +, a ainsi évoqué dans Le Monde' la lourde de trés lourds investissements en recherche et développement,
menace qu’elle constitue 4 ses yeux pour |’exception cultu- et de trés faibles frais de diffusion. Un programme diffusé par
relle. Il conclut son argumentaire en exhortant les amis qu’il satellite, un logiciel téléchargeable sur Internet peuvent pour
a conservés au sein de Canal + 4 ne pas se « résigner », arguant le méme prix étre diffusés 4 un seul comme 4 plusieurs cen-
qu’ « un groupe sans culture n’a pas d’avenir ». Dés le lende- taines de millions de consommateurs. Par conséquent, plus une
main, Pierre Lescure, PDG actuel de Canal +, prend lui-méme entreprise vend, plus elle multiplie sa marge de profit. Pour étre
la plume pour répondre a son prédécesseur par une tribune économiquement viables, les entreprises de la nouvelle éco-
dans le méme journal’. I] expose sa position dans une fusion nomie doivnt au départ pouvoir bénéficier d’une rente de situa-
qu'il affirme choisie par son groupe, en vue se donner les armes tion. Ceci afin d’empécher I’arrivée de concurrents sur le mar-
nécessaires pour la « bataille concurrentielle d’une férocité inouie » ché (de poser des barriéres a l’entrée), de fixer librement leurs
qu’engendre la mondialisation. « Bataille d’acquisition des conte- prix et de disposer d’une masse potentiellement infinie de
nus, bataille de pénétration des marchés, bataille d’innovation sur les consommateurs pour amortir leurs investissements. Les armes
REPERES
Le groupe Vivendi
détient (entre autres) :
LO0% du groupe Havas nécessaires 4 la bataille inouie Music est le premier éditeur mondial de musique), de pro-
(numéro un européen de la presse dont parle Pierre Lescure sont grammes télévisés, de jeux, d’information, d’éducation. Par
gratuite, de l’édition scolaire et d’abord destinées 4 créer une souci de cohérence, les futurs dirigeants se sont mis d’accord
«de référence », numéro un en telle rente. Il est prouvé que les pour se dessaisir du métier de base de Seagram, sa branche vins
France de la littérature générale, de barriéres a l’entrée du marché et spiritueux (chiffre d’affaires 1999 :5,11 milliards de dollars).
la distribution de livres, de la «ne sont jamais aussi élevées que La structure du futur numéro deux de la communication mon-
presse professionnelle, numéro un lorsqu’un producteur réussit a cou- diale, derriére AOL-Time Warner, est d’une complexité redou-
en Europe et numéro deux pler deux prestations complémen- tablement compacte. L’hypercroissance suivra trois axes : l’ac-
mondial des jeux pour PC), taires »’. En imposant conjoin- cés, la technologie et le contenu, dans les proportions que
tement ses jeux et sa console, le lui permet sa taille (le chiffre d’affaires prévisionnel — hors pole
44% de Cegetel (lui-méme japonais Nintendo, par exemple, environnement — de Vivendi Universal s’éléve 4 24,6 milliards
propriétaire pour 80% de a su se tailler la part du lion aux deuros pour l’exercice 2000).A lui seul, Vivendi Universal ver-
Yopérateur SFR), dépens d’Atari.A l’échelle du rouille l’intégralité du processus de production du marché.
marché de l’information-diver- Accessible a partir de l'ensemble des canaux de diffusion du
49% de Canal + (et par tissement (« infotainment ») pla- groupe, ce contenu global sera centralisé sur Vizzavi. Initiale-
conséquent des participations dans nétaire, la stratégie de Vivendi ment imaginé sous le nom moi.com, Vizzavi offre 4 chacun de
ses différentes filiales, parmi Universal procéde du méme consommer, a partir du terminal de son choix (télévision, télé-
lesquelles Canal Satellite, NC schéma [lire repére ci-contre]. phones, écrans d’ordinateurs), le contenu qu’il désire.Trop dou-
Numéricable, Canal Plus Six mois avant d’annoncer le teux idéologiquement ? Pas assez international ? Pas assez
Technologies, VivendiNet et de projet de fusion, en partenariat Vivendi ? Toujours est-il que l’intitulé moi.com fut remplacé
nombreuses chaines thématiques), avec Vodafone, l’opérateur bri- par le nom qu’on lui connait aujourd’hui, moins explicite, mais
tannique leader mondial de la auquel est attaché, sur la version anglaise du site (vizzavi.co.uk),
5( )% ) de VivendiNet (péle téléphonie mobile, Vivendi a le sous-titre Life Unlimited. Séduisant.
Internet d’investisseurs, créé le portail Vizzavi. Son réle
incubateurs, hébergeurs, régies, est crucial dans le pacte Vivendi Content is king
sites Internet). Universal. La joint-venture ras- If access is key, content is king. Cette devise, qu’on doit a Jean-
semble en effet : 100 millions Marie Messier, est explicite. Aprés avoir obtenu les feux verts
d’abonnés potentiels (65 millions Vodafone, 14 millions Cege- respectifs du CSA (conditionnel), de la Commission de
tel, 14 millions Canal +),le contenu du groupe Havas, des cata- Bruxelles et du Canadian Heritage and Industry, pour pro-
logues du groupe Canal + (plus de 5 500 films, plus de 6 000 céder A ce que la presse économique a appellé le « deal de ’an-
heures de programmes télévisés), ses participations dans prés de née », J2M a développé son idée devant les actionnaires :
40 chaines de télévision, la technologie numérique développée « Vivendi Universal will offer consumers music, sports, film, television,
4 la fois par le pdle technologique de Canal + et par Vivendi- published information, education, and interactive games across satel-
Net.Vizzavi unit ainsi les deux prestations complémentaires de lite, TV; fixed wire and wireless telephony, and internet access via
Pindustrie de I’« infotainment » :Paccés (cable, télephonie mobile, any device, at any time, in any place. »*
satellite), et le contenu (1’« infotainment » lui-méme). Mot-clé dans cette fusion, « contenu » voit son emploi se
développer de fagon considérable depuis la récente explo-
Life Unlimited sion de I’Internet. Selon J2M, le contenu comprendrait donc,
Les avancées extra~européennes de Vivendi et Canal +, notam- a égalité devant le tout-puissant abonné-consommateur : la
ment les multiples accords de long terme conclus depuis 1996 musique, le sport, les films, la télévision, l'information publiée,
entre Studio Canal et la plupart des majors américaines, l’éducation et les jeux interactifs.
n’étaient toutefois pas 4 la mesure des ambitions permises Le Petit Robert donne du mot contenu, adjectif et nom, les
par la taille planétaire du marché de !’Internet. Elle n’offrait définitions suivantes :
pas au consommateur une gamme de produits complete, qui contenu, ue. adj — de contenir. Que l’on se retient d’ex-
soit susceptible de le satisfaire pleinement. Dans ce contexte, primer ; maitrisé, réprimé, surmonté.
la fusion de Vivendi et Canal + avec un groupe d’entertainment contenu n. m.— contenu sens fig. 1343 ; de contenir. 1.
basé outre-Atlantique s’est imposée comme une nécessité. Avec Ce qui est dans le contenant. Le contenu d’un récipient. 2. fig. Ce
Seagram, la structure frangaise existante se marie 4 un grand qu’exprime un texte, un discours => teneur. Le contenu d’un
studio de cinéma, 4 un des plus grands catalogues mondiaux message est clair. 3. ling. Ce que signifie un signe => signifié. Le
de films, de programmes télé et de musique, 4 un important contenu et l’expression. Analyse de contenu : analyse sémantique.
bouquet de chaines de télévision (et aux parcs d’attraction Le contenu comme entendu dans les disciplines littéraires
Universal Studios). Phénix appelé a renaitre des cendres des ou artistiques se comprend dans son sens figuré (« ce qu’ex-
trois entités, Vivendi Universal sera producteur, éditeur et dif- prime un texte, un discours => teneur »). Dans l’interprétation
fuseur, 4 l’échelle mondiale, de films, de musique (Universal qu'il en fait, en l’associant exclusivement au consommateur, »
»Jean-Marie Messier opére un habile retournement dialec- aux films proposés par les bouquets satellites concurrents par
tique, qui renvoie le nom commun 4 son sens premier, celui exemple).
d'un élément par défaut, qui n’a de sens que par rapport 4 Levier de croissance pour le chiffre d'affaires par abonné,
son contenant. Le contenu n’est plus destiné 4 un spectateur, instrument de séduction destiné 4 drainer de nouveaux clients
a un lecteur, 4 un auditeur, mais plutét a servir d’appat au vers les canaux de Vivendi Universal, le contenu est aussi, peut-
consommateur pour lui faire souscrire un abonnement au cable, étre surtout, pensé comme un moyen de captation, de réten-
au satellite, au téléphone. Comme une publicité, mais en plus tion de l’abonné. Lactivité de contenu n’a pas besoin d’étre
efficace. De surcroit, le contenu sert de produit d’appel pour rentable : elle est analysée comme un cotit. Rachat de cata-
vendre des services interactifs.A titre d’exemple, le groupe USA logues, de sociétés de productions, majors aussi bien que minus-
Networks, qui sera détenu 4 43 % par Vivendi Universal, pos- cules indépendants, seront plus que jamais au programme. La
séde deux chaines trés importantes aux Etats-Unis qu’on peut fusion entre Vivendi, Seagram et Canal + ne sonnera pas le glas
s’attendre 4 voir prospérer sur Vizzavi. Lune vend des billets de de la production cinématographique, loin de 1. Vivendi Uni-
spectacles —Ticket Master —, l'autre permet d’effectuer des réser- versal sera plutot un modéle « maitrisé » (sens de l’adjectif
vations d’hétels — Hotel Reservation Network. « contenu » fourni par le dictionnaire) de major hollywoo-
Les récentes alliances entre Canal + et Lagardére sont éga- dienne mature pour l’ére du numérique et de I’Internet haut
lement révélatrices : depuis cet été, Lagardére est actionnaire débit. Sa naissance pourrait en revanche porter avec elle l’an-
4 27,4 % de Canal Satellite. Conjointement 4 cette alliance, nonce de temps toujours plus difficiles pour les derniers indé-
les deux groupes ont entrepris de créer trois sociétés en com- pendants dont les productions ne seront visibles ni surVizzavi,
mun. La premiére pour regrouper les chaines de Lagardére ni chez ses futurs concurrents.
au sein des 200 chaines du bouquet Canal Satellite ;la deuxiéme Ladjectif « contenu » (au sens de « maitrisé ») mérite éga-
pour la création commune, a partir des marques du groupe lement l’attention, a la lumiére des perspectives qui s’ouvrent
Hachette, de nouvelles chaines pour le bouquet ; la troisiéme pour les chaines de télévision du groupe. Une loi frangaise
pour le développement de services interactifs liés aux conte- interdit 4 toute personne privée, physique ou morale, de déte-
nus de toutes ces chaines. nir plus de 49 % d’une chaine hertzienne. Ainsi, la participa-
tion de Vivendi dans Canal + est jusqu’a présent restée pla-
Cultiver ses abonnés fonnée a 49 %. Pour Canal + pourtant, la fusion doit prendre
Pour que soit garantie la libre concurrence, la Commission de la forme d’une offre publique de retrait (OPR) et aboutir 4 ’ap-
Bruxelles a exigé que le contenu ne soit pas exclusivement dis- propriation par Vivendi Universal de l’intégralité du groupe.
tribué sur Vizzavi. Pour autant, Vizzavi restera le seul lieu 4 par- Le flottant, c’est-a-dire les 51 % des actions du groupe Canal +
tir duquel il sera possible d’accéder a l’ensemble du contenu du qui n’appartiennent pas aujourd’hui 4 Vivendi, sera échangé
groupe. Et c’est tout ce qui compte. Vizzavi aujourd’hui n’existe contre des actions de la nouvelle entité. Suite 4 cette opéra-
que sous une forme rudimentaire. Le portail ne jouira de ses tion, le groupe Canal + deviendra filiale 4 100 % de Vivendi
pleines capacités qu’a l'heure du haut débit généralisé, quand Universal. Pour que soit préservée l’indépendance éditoriale
Lutilisateur pourra télécharger ses films en quelques secondes de la chaine, le CSA a exigé qu’au sein du groupe Canal + I’ac-
a partir d’Internet. Pour l’heure, Vizzavi est appelé étre la page tivité de celle-ci soit isolée dans une société autonome, déte-
d'accueil de différents terminaux, par exemple d’un téléviseur nue a 49 % par la filiale. Comme le suggérait André Rousselet
récepteur des programmes de Canal Satellite. Uun des grands dans sa tribune, il est légitime de se demander comment, dans
chantiers de Canal + Technologies est un décodeur de type une telle configuration, la chaine pourra effectivement pré-
nouveau, dont l’arrivée sur le marché est prévue pour 2001, et server une ligne éditoriale indépendante. Le plus probléma-
dont les fonctionnalités anticipent l’arrivée de |’Internet tique est cependant le sort des autres chaines, celles appor-
deuxiéme génération. Avec cette machine, le Web sera acces- tées par le groupe Canal +, comme celles apportées par la
sible a partir d’un poste de télévision. Dans le champ infini de branche Universal and Networks Group de Seagram, aux-
Vinformation disponible, l’avantage concurrentiel déterminant quelles la loi des 49 % ne s’applique pas.
réside dans la capacité 4 tout proposer, 4 partir d’un terminal
1 - « Canal +, suite ou fin ? », Le Monde, 15 novembre 2000.
simple. Si l'utilisateur a tout (life unlimited), ou presque, a 2 - « Canal, + et mieux », Le Monde, 16 novembre 2000.
portée de sa télecommande et d’un site unique, il y a peu de 3 - « De vieilles régles pour la nouvelle économie », Daniel Cohen pour Le Monde,
chances qu’il décide de partir. Migrer requiert en effet 11 novembre 2000.
4 - «Vivendi Universal offrira aux consommateurs de la musique, du sport, du cinéma, de la
des efforts aussi décourageants que changer de télécommande télévision, de l'information, des programmes éducatifs et des jeux interactifs, via le satellite, la
ou, pire encore, d’équipementier numérique (pour accéder TV la téléphonie fixe et mobile, et Internet, sur tous supports, d tout moment et en tout lieu.»
Pascal
Les enceintes Pascal de Sony vont vous faire découvrir un pur
concentré de puissance. 50 ans d’expérience dans l’audio réunis
dans des enceintes aux lignes pures mesurant seulement
86 x 169 x 130 mm. Compactes. Au design parfait. En leur coeur vibre
un son d’une puissance déconcertante. Le Néodyme, l'aimant le plus
puissant du monde, fournit suffisamment de basses et d’aigus pour
faire trembler tous vos lustres.
Les enceintes Pascal sont celles dont vous avez toujours révé pour
profiter du meilleur de la musique et du cinéma.
Pas besoin d’un espace gigantesque pour avoir un son gigantesque.
www.sony.r/pascal “ puissance maximum.
REPL Ques
/
e cinéma est-il un art ? Sans doute nul ne conteste image sont bien de notre temps et manie sans complexe les
plus l’appellation de septiéme art, inventée par Canudo. Mais ivresses plastiques, coloristes ou cinétiques, comme si Ros-
ce que Canudo et quelques autres avaient en téte n’était pas sellini, Bergman, Bresson, Godard ou Straub n’avaient jamais
simplement l’admission d’un petit dernier dans le cercle libé- existé. Et, contrairement 4 toute « desthétisation », P’idée du
ralement élargi des arts légitimes. C’était l’identification, au cinéaste se traduit ici exactement, non pas simplement en pro-
titre du mouvement et de la lumiére, d’un nouveau moment position visuelle impérative (les panoramiques-mitrailleuses qui
de l’art. Or il faut bien aujourd’hui reconnaitre l’évidence : interdisent au spectateur toute focalisation autonome) mais en
le cinéma peut étre reconnu comme un art, il n’a pour autant décharge sensorielle ininterrompue. Celui qui prend 4 la lettre
encore aucune part 4 la définition de ce qu’est l’art. Il suffit la proposition deleuzienne d’une peinture atteignant « direc-
pour s’en convaincre de lire les ouvrages qui, depuis dix ou tivement le systeme nerveux » pourrait, somme toute, en conclure
vingt ans, ont diversement décliné le théme de la fin de l’art que ce cinéma n’est pas seulement fidéle 4 la provocation du
ou celui d’un art « post-historique ». Les uns déplorent la perte jeune Eisenstein, appelant a labourer les cervelles avec un trac-
du visible, voire la perte de monde consécutive au remplace- teur soviétique, mais qu’il accomplit au plus haut degré l’es-
ment de la peinture par différents types d’installations. Les autres sence sensorielle de la peinture et que celle-ci, par délégation,
saluent au contraire le coup porté au mysticisme de la présence se porte au mieux.
picturale. Mais presque tous s’accordent pour privilégier un De toute évidence ce genre de contre-argument ne
certain type d’objet et en tirer un méme diagnostic. Vobjet serait guére concluant. Et pas davantage l’argument d’un Paul
qu’ils prennent en compte pourrait s’appeler : « ce-qui-prend- Virilio, dénongant a l’inverse la responsabilité de I’hypersen-
la-place-de-la-peinture ». Devant le spectacle de liewx muséaux sorialité cinématographique dans la perte du silence éloquent
désormais occupés par ces idées-mises-en-espaces qui se nom- propre 4 la peinture'. Par son excés méme, l’accusation por-
ment installations, ils prononcent, sur divers tons, un méme tée contre l’image parlante cinématographique d’avoir contri-
jugement. Le présent de l’art serait celui d’une désesthétisa- bué a une vision sacrificielle de l’art, complice des massacres
tion. L’art aujourd’hui se raménerait pour l’essentiel 4 la sou- du siécle, atteste bien plutdt la prégnance d’une certaine idée
veraineté de l’idée qui assemble des matériaux divers sans les du destin moderne de I’art. Celle-ci le réduit 4 un duel entre
travailler par aucune tekhne spécifique, sans leur conférer aucune l’accomplissement glorieux de l’autonomie picturale et les
propriété sensible particuliére. Les uns peuvent s’en affliger avec forces ténébreuses d’une antipeinture, engendrée, 4 l’époque
Jean Clair et évoquer une chair merleau-pontienne perdue du dadaiste, expressionniste et futuriste, par la trahison des ser-
visible. D’autres peuvent s’en amuser avec Arthur Danto et vants du culte pictural. Tout se raméne encore au destin interne
rejouer pour l’ébahissement de leurs collégues le scénario hégé- de la peinture. Les « crimes » du cinéma n’y sont pour rien,
lien de la fin de l’art. Ni les uns ni les autres ne doutent que mais plus simplement le fait que celui-ci met a mal les téléo-
Vart d’aujourd’hui ne se traduise effectivement par une perte logies, glorieuses ou catastrophistes, de la modernité artis-
des propriétés sensorielles de ses objets. tique. Parce qu’il est l’art ambigu par excellence. Promoteur,
Apparemment ils ne vont guére au cinéma. S’ils s’avi- selon ses hérauts, d’un art de l’antireprésentation, il a tout
saient par exemple d’assister 4 une projection de Dancer in autant été le restaurateur des canons représentatifs et méme
the Dark peut-étre éprouveraient-ils malgré tout un sentiment des divisions en genres que la littérature et la peinture avaient
un peu différent. Le cinéma contemporain semble poursuivre spectaculairement rejetés. I] a été exemplairement I’art capable
ses récits en images sans trop se soucier de savoir si le récit et de confondre les ages, d’identifier les prestiges anciens de la
combinaison des actions et de la peinture des caractéres avec tion sont exposés-installés dans des salles de musée 4 cdté des
les affects nouveaux de la présence, de la lumiére et du mou- dessins, photos ou carnets de travail de leurs auteurs. Répar-
vement. On comprend donc qu’il ait été tenu 4 l’écart dune tis sur plusieurs moniteurs ou projetés directement sur un ou
histoire de la modernité centrée sur la gloire ou le deuil de plusieurs murs,ils engendrent des espaces sensoriels spécifiques
l’autonomie picturale. Et qu’il ait méme intériorisé ce juge- qui valent eux-mémes comme ceuvres d’art ou s’intégrent a
ment : témoin, la fagon dont Godard fait de ses Histoire(s) des narrations, en se répartissant le long des salles ou en se pro-
du cinéma un hymne paradoxal 4 une pureté picturale que son jetant sur des objets eux-méme fagonnés et narrativisés au sein
propre tressage des formes, des mots et des sons révoque radi- dun « parcours » global. C’est alors la spatialisation de l’idée
calement. qui constitue en propre l’ceuvre, et les films jouent le rdle tan-
Mais la contradiction entre le discours et la pratique des tot de procédures formelles au service de l’idée, tantét de maté-
Histoire(s) du cinéma nous montre ceci : il y a aujourd’hui une riaux mis en forme par elle.
double existence du cinéma. Il y a une existence « autonome » Le rapport peinture-cinéma se révéle ainsi plus retors
éventuellement saluée pour ses performances artistiques, mais qu'il n’y paraissait. Mis hors esthétique, le cinéma était en méme
non comptée dans la définition de la modernité artistique : un temps discrétement commis 4 une place décisive. Face aux
cinéma célibataire, en somme. Et il y a une autre existence, ot incertitudes relatives au devenir de la surface du tableau sur
le cinéma entre dans le complexe esthétique de « ce-qui~prend- la surface du mur, le dispositif contraint de la salle obscure main-
la-place-de-la-peinture » et s’inscrit du méme coup dans la tenait, sans le dire, une certaine idée de la bonne distance, de
redéfinition contemporaine de I’art. Le statut muséal des His- la position idéale du spectateur en face de l’ceuvre. C’est cette
toire(s) du cinéma et leur existence matérielle sous la forme non bonne position qu’il abdique en s’installant dans la troisiéme
pas d’un film projeté en salle mais de quatre livres, de quatre dimension et en se démultipliant dans l’espace muséal. Non
cassettes et d’un certain nombre de manifestations a leur pro- qu’a la distance spectatrice se substitue I’ceuvre interactive tant
pos sont également significatifs. Cette célébrée ou tant honnie. L’activité du
ceuvre qui célébre l’art pur des cinéma- spectateur se réduit souvent 4 entrer et
théques et du Musée imaginaire prend a sortir de l’espace de projection, sinon a
elle-méme les caractéres de l installation choisir parmi un lot de cassettes mises 4
et de la performance utilisant plusieurs sa disposition. II n’est pas sir non plus que
supports. Elle intériorise ainsi une dualité cette mixité des espaces se préte au
qu’illustrent par ailleurs ces musées d’Art « retour du flaneur » célébré par Domi-
moderne qui projettent dans un audito- nique Paini. Elle définit plutét un lieu de
rium spécial les classiques du xx‘° siécle, tension entre deux tendances contraires.
tandis que, dans leurs salles d’exposition, D’un cété, peinture et cinéma y sont
ils se couvrent de moniteurs, de petites comme ramenés comme en dega d’eux-
cabines ou d’espaces de projection voués mémes, vers une sorte de sensorialité
a cet « autre cinéma », dont parlait réecem- premiére, de travail sur la matiére-lumiére
ment Raymond Bellour : un cinéma fait ot « les formes se mettent a hésiter, flotter, se
par des « plasticiens » révoquant a la fois liquéfier d’un écran a l'autre » (Thierry
la surface statique bidimensionnelle du Kuntzel).A la peinture ou au cinéma se
tableau et le rapport du spectateur fixe au déroulement ciné- substitue alors la constitution d’un espace-temps primordial
matographique du récit en images’. ou la matiére raréfiée se dissout dans l’espace mental. De l'autre,
Ce cinéma autre ou cinéma a-cété qui chasse les Tespace muséal est converti en lieu d’une narration ott se conju-
tableaux des salles d’exposition et repousse le cinéma « pro- guent deux « cinémas » : une narrativité cinématographique
prement dit » dans le sous-sol obscur des auditoriums — c’est- mimée par la répartition des objets en espaces qui ressemblent
a-dire finalement au musée de I’art du passé — reléve bien 4 des plans ou des plateaux de cinéma ; une sensorialité ciné-
dabord d’une mutation des espaces, c’est-d-dire d’une redis- matographique démultipliée par la projection sur les supports
tribution de la correspondance des arts. Car ce n’est pas for- les plus divers et les plus incongrus, comme dans Remake of the
cément ce qu’on voit sur ses écrans qui marque son altérité. Week-end de Pipilloti Rist : le visiteur y traversait les salles d’un
Dominique Paini notait que les films de William Kentridge, « appartement de cinéma » oti des films venaient se projeter sur
présentés a la Biennale de Venise, relevaient d’une tradition du des bras de fauteuil, bois de lit, abat-jour ou bouteilles.
cinéma d’animation plutét que d’une transformation des arts Il ne faut sans doute y voir ni l’accomplissement ni la mort
plastiques*. On pourrait dire aussi que la déconstruction- du cinéma mais simplement le développement de cette sin-
reconstruction de Deg Day Afternoon effectuée par Pierre Huy- guliére situation : 4 cété du cinéma, qui poursuit sa carriére
ghe dans The Third Memory s’inscrit dans une tradition née d'art célibataire, se déploie un cinéma éclaté et métaphorisé,
au temps ou Esfir Shub et Eisenstein opéraient, pour le public occupé a ce brouillage des frontiéres de I’art qui devient lui-
soviétique, le remontage « critique » des films de Lang. Ou méme un art. =
encore que telle vidéo de Michael Snow ou de Bill Viola,
1 - Paul Virilio, La Procédure silence, Galilée, 2000.
que le spectateur découvre dans une salle de musée, poursuit 2 - Raymond Bellour, « D’un autre cinéma », Trafic, n° 34, été 2000.
la tradition du cinéma expérimental. Ce qui fait date est donc 3 - Dominique Paini, « Installations : le retour du flaneur », Artpress, n° 255,
surtout le changement de statut des espaces : les films en ques- mars 2000.
LIV ULLMANN
J Gais lui
R&VELEE EN 1965 COMME (GRANDE) ACTRICE DE CINEMA PAR BERGMAN, ELLE FUT SA
COMPAGNE, SON EGERIE. PLUS DE TRENTE ANS APRES, Liv ULLMANN, PASSEE A LA
REALISATION, A BATI EN QUATRE FILMS UN UNIVERS TRES PERSONNEL.
és la citation de Botho pour laisser la place 4 un temps intérieur, pére, Ingmar Bergman. Lentretien est
Strauss en ouverture d’ Infi- a la construction imprévisible. A quoi comme son film, Infidéle. Il ne raconte
déle, le ton est donné, pre- reconnait-on un grand cinéaste ? Parfois pas, il construit la mémoire d’un temps
miére manifestation d’un a un seul plan. Dans Infidéle, a cet insert d'images disponibles, pure figure de mon-
discret décalage, déterminant sur une main qui réajuste le lit de la tage.
par rapport a l’auteur du scé- fillette.A qui appartient-elle ? Au mari
nario, Ingmar Bergman. A cause d’un ou a l’amant ? Et le lit, dans quel appar- ® Depuis Infidéle (Trolésa), avez-vous
mot, d’un seul,le mot « divorce » qui, tement se trouve-t-il, alors que Marianne commencé a écrire autre chose ?
égaré dans la noblesse de la citation, est au téléphone ? Quoi de plus beau que Depuis Cannes, je voyage avec mon film
apporte une touche presque triviale, en le trouble du lieu, au fil d’agissements fur- de festival en festival : Montréal, Chicago,
désaccord musicalement avec l’univers tifs d’une splendeur inexplicable. New York, Edimbourg, Paris. . Je vis dans
bergmanien, familier d’un autre vocabu- Quand Livy Ullmann a rencontré Ing- le monde d’Infidéle et je n’ai eu ni le
laire, celui de la séparation et de la récon- mar Bergman, avec Persona, elle a non temps ni le calme requis pour m’engager
ciliation (voir le prochain film d’Anne- seulement changé le visage de l’ceuvre, dans un autre projet.Je ne sais pas encore
Marie Miéville, Apres la réconciliation). Le mais c’est toute la face du cinéma qui a ce queje vais faire. Le film est, pour le
mot divorce, fort de ses implications été changée. Elle le dit dans l’entretien, moment, sorti en Suéde et en Norvége
concrétes (la garde de l’enfant), déter- avec des mots simples, d’une force oii il a été incroyablement bien accueilli
mine le regard des personnages dans Infi- incroyable : « Je suis devenue son messager par les critiques.
dele.A partir des figures traditionnelles du et cela a influencé toute ma vie. » D’abord C’est un peu t6t pour parler d’un autre
« home drama bergmanien », Liv Ull- comme actrice. Puis comme cinéaste, projet. J’envisage l’écriture d’une adap-
mann construit un univers cinématogra- puisque Bergman continue de lui envoyer tation du Journal d’Anne Franck qui met-
phique qui lui est propre. Quand une des messages sous forme de scénario. Au trait en scéne ce qui se passa sitot aprés
série de plans enchaine le visage d’Erland fil de la conversation,
elle évoque un sou- son départ du grenier. Pour l’instant,je
Josephson (Bergman aujourd’hui) 4 David venir (quand, enfant, elle donnait la main voudrais du calme.
(le méme autrefois), et 4 Marianne a son pére) qui en appelle visuellement
(sublime Lena Endre),le théatre disparait un autre : sa fille donnant la sienne a son ® Pouvez-vous nous parler de vos >
cinéma comme au théatre : Ingmar m/aurait dit, de penser que c’était lui qui
Bergman bien str, mais aussi Jan Troell, me dirigeait. Ma plus belle expérience
un réalisateur suédois avec lequel jai fait avec lui a eu lieu au théatre, lorsqu’il a
trois films et qui est un merveilleux mis en scéne Six personnages en quéte d’au-
cinéaste. I] peint avec sa caméra, mais sans teur de Pirandello. J’ai également arrété
improviser, avec de vrais mouvements au de jouer a cause de mon age. Un jour,
contraire du Dogme.Je lui suis recon- un réalisateur norvégien m’a dit — quelle
naissante aussi car j’ai été nominée aux indication ! — de faire attention en ver-
Oscars pour Les Emigrants. Au théatre, sant le thé car, si je penchais trop la téte,
jai travaillé avec Peter Palitch, un dra- on voyait les rides de mon cou ! Je n’y
maturge allemand qui faisait partie du avais jamais songé et quand vous vous
Berliner Ensemble et avait été trés proche mettez 4 penser a pareilles choses, vous
de Bertold Brecht. Il a monté avec moi ne pouvez plus jouer. Le pire, c’était les
Le Cercle de craie caucasien en Norvége, réalisateurs qui semblaient faire leurs
dans cette période cruciale, notamment devoirs, qui s’exergaient 4 la mise en scéne
pour lui, ot le mur fut construit 4 Ber- en profitant de mon expérience. J’étais
lin en 1962. Pendant quelques jours, il a leur cobaye. Bref, j’ai commencé 4 étre
complétement disparu. Quand il revint, fatiguée de tout cela.Je ne veux pas citer
on ayait lu dans les journaux que ses de noms mais cela a été parfois vraiment
photos et autres documents avaient été horrible.
briilés, que Peter Palitch n’existait plus.
C’est lui qui m’a vraiment appris a jouer, ® Quelle fut votre premiére expé-
4 montrer les différentes dimensions d’un rience d’actrice ?
personnage. C’était magnifique ! J’ai fait Le Journal d’Anne Franck, au théatre, a
Mere courage avec lui il y a une quinzaine dix-huit ans. C’était merveilleux, une
dannées. vraie découverte, tout était possible 4 cet
Lautre metteur en scéne important c’est age. Cela se passait a Stavanger, en Nor-
Jose Quinterio, originaire du Panama, vége, ol j’étais pour trois ans dans un
qui le premier avait monté aux Etats- petit théatre ; pourje ne sais quelle rai-
Unis des piéces d’Eugene O’Neill de son son,j’y interprétais tous les réles princi-
vivant. J’ai lhabitude de dire qu’il était paux. J’ai joué dans sept films durant cette
une ame sur deux jambes. Nous avions période, c’était avant Persona.
une relation trés intime. Pas sexuelle : il
PROD 08 © OR
Au bout de trois ans,je suis allée au
était homosexuel.
J’ai joué Anna Chris- Théatre national d’Oslo. Ingmar m’a vue
tie pour lui 4 Broadway, puis il est venu sur scéne et dans des films. J’avais tourné
en Norvége avec Une lune pour les déshé- avec Bibi Anderson et je venais parfois
rités. Apres cela, nous sommes allés en lui rendre visite 4 Stockholm. C’est ainsi
Australie monter La Voix humaine de Jean que j’ai rencontré Ingmar. Il m’a dit qu’il
Cocteau, que nous avons jouée par la aimerait me faire tourner. Pour moi, il
suite aux Etats-Unis, puis un film pour était le plus grand, j’étais ravie ! Il m’a
la chaine cas. Il est mort il y a un an et envoyé un scénario dans lequel j’avais un
demi et j’en suis encore trés triste. I] don- tout petit rdle, quelques lignes seulement.
nait tout de lui-méme - ses secrets, son On devait tourner l’été avec Bibi dans le
expérience -, pour diriger ses acteurs et role principal.Au printemps, Bergman
les rendre totalement libres.Je crois que est tombé malade et a tout annulé, il ne
la derniére fois que j’ai joué c’était sous pouvait plus faire le film. Bibi et moi
sa direction. Il s’agissait d’une mise en sommes allées nous consoler en voya-
scéne de Private Lives de Noel Coward, geant en Pologne et en Tchécoslovaquie.
en Norvége, il y a une dizaine d’années. La-bas, nous avons regu un télégramme
Quant 4 Ingmar Bergman, il a tellement nous demandant de rentrer : « Nous allons
fait partie de ma vie, j’ai tant travaillé avec tourner un autre film. » Ingmar avait vu une
lui, notre union a été si forte qu’il m’est photo de Bibi et moi ensemble et était
plus difficile de préciser ce qu’il m’a frappé par une forme de ressemblance
appris. J’ai arrété de jouer car le gouffre entre nous, ce qui lui a donné l’'idée de
a été trop profond quand j’ai commencé Persona qu’il a écrit en quatorze jours.
4 travailler avec de mauvais metteurs en Nous avons pris l’avion et le tournage
scéne. Leur voix, ce qu’ils vous disent, a commencé deux semaines plus tard.
méme si au moment de jouer vous dési- Personne ne croyait en ce projet qui avait Liv Ullmann dans cing films de Bergman :
rez trés fort l’oublier, restent enfermés émergé si vite. C’était un tout petit film de haut en bas, « L’Heure du loup » (1967),
dans vos oreilles et résonnent comme un et ce fut difficile de trouver des inves- « La Honte » (1968), « Cris et chuchotements »
écho qui vous empéche d’étre bonne. tisseurs qui y croyaient. Mais pour Ing- (1972), « Face-a-face » (1975, avec Ingmar
A chaque fois, sur scéne mais pas dans les mar, ce fut un véritable tournant et pour Bergman), « Sonate d’automne » (1978, avec
films, j’essayais d’imaginer ce qu’Ingmar moi, ce fut fantastique. > Ingrid Bergman).
»® Y a-t-il des acteurs, des actrices regardé en songeant : « Le pauvre ! C’est contenir, lui, et soudain il a estimé qu’une
qui vous ont influencée ? inutile qu’il s’attarde a Cannes, il est évident femme serait plus capable qu’un homme.
Aujourd’hui, ce sont uniquement les que Lena Endre aura le prix d’interprétation
acteurs avec lesquels je travaille depuis feminine ! » [rires] Finalement, cela a été ® Elizabeth Vogler...
que je réalise des films. Quand j’étais une bonne legon pour mon orgueil ! J’ai Oui, vous savez, Vogler est le nom de
jeune, j’ai adoré Bette Davis et Barbara quelque chose sur quoi travailler ! Au Marianne jouée par Lena Endre dans Infi-
Stanwyck. Elles étaient merveilleuses et départ,je ne m’attendais pas du tout a déle. Vogler est un nom qui revient dans
pouvaient montrer tour 4 tour deux avoir la moindre chance de gagner quoi les films d’Ingmar, comme Veronika
visages d’elles-mémes. Quand je suis aux que ce soit mais, une fois 14-bas, les Vogler dans L’Heure du loup. Pour en
Etats-Unis, comme je me réveille trés tot, articles, ’accueil élogieux m’ont fait pro- revenirA Elizabeth Vogler, ce n’est pas une
jaime bien commencer la journée en gressivement espérer quelque chose. personne trés bonne. Alma, celle jouée
regardant un film en vidéo avec Bette par Bibi dans Persona, mais surtout celle
Davis ou aussi Susan Hayward. Quand © Persona a concrétisé de nouvelles de L’Heure du loup que j’interprétais, est
jétais encore plus jeune, j'aimais James ambitions dramaturgiques et cinéma- Vinnocence personnifiée. Alma, chez
Stewart.Je pensais qu’il pouvait étre mon tographiques dans la carriére d’Ing- Bergman, est celle qui ne saisit pas ce qui
pére et que ma mére ne me I’avait jamais mar Bergman. Dans Images (éditions se passe autour d’elle. J’étais comme elle,
dit ! C’est comme ¢a que j’aurais aimé Gallimard), il explique son embarras, je ne comprenais pas. J’étais enceinte et
que mon pére ait été, ou comme Cary sa répugnance mélée de fascination je n’aimais pas que le pére de mon enfant
Grant, avec son élégance et son charme, pour les images horribles, disant qu’il écrive un film pareil.Je comprenais bien
modéle de ce qu’un homme devait étre ! ne peut que les « enregistrer ». Dans Per- mon personnage qui étais si proche de
Je ne me représentais pas bien les sona, il a trouvé en vous la personne, moi. Marianne, que j’ai aimé interpréter
hommes car mon pére n’était pas la. J’ai l’actrice pour les regarder, dans ces dans Scénes de la vie conjugale, a pris nais-
aimé Shirley MacLaine avec passion. deux scénes ot vous étes confrontée, sance 4 ce moment-la, en opposition 4
J'ai voulu arréter les études pour devenir sans voix, a ce type d’image : 4 la télée- cette Alma. Dans ce film, le mari de
actrice. Ma mére est allée rencontrer le vision, un plan d’actualité of un Marianne lui annonce qu’il la quitte et
directeur de mon école quand j’avais dix- homme s’immole par le feu, puis la part a Paris avec Paula. Dans Infidéle, c’est
sept ans pour lui demander conseil car je photo de I’enfant aux bras levés dans de Paula qu’il s’agit mais je l’ai nommée
voulais faire du théatre. Cet homme a dit le ghetto de Pologne. C’est votre Marianne ; celle-ci va a Paris, mais a la
ama mére : « Que souhaitez-vous ? Qu’elle regard que Bergman a enregistré, il fin du film, elle claque la porte et dit :
ait de Vexpérience ou qu'elle soit heureuse ? » vous a donné un réle primordial, « Plus jamais ! » Alors que dans Scenes
Quel homme ! Et comme ma mére a été inédit, son propre réle finalement... de la vie conjugale, je déteste la fin, lorsque
formidable de m’envoyer en Angleterre ! Oui, je me suis rendu compte de cette on les retrouve mariés, ailleurs !
Je logeais 4 la YMCA de Londres et suivais dimension exceptionnelle.Je suis deve- Je suis sire que usage que Bergman fait
les quelques cours d’art dramatique que nue son messager, ce qui a influencé toute des noms et des prénoms est conscient
nous pouvions payer. J’allais au cinéma ma vie. Cela m’a fait voyager et me et sans doute révélateur pour qui cher-
et passais mes journées dehors, 4 marcher. rendre auprés des gens, de leur souffrance, cherait 4 comprendre. Au moment ot
Puis je suis revenue en Norvége pour ce que lui n’a jamais fait. Dans La Honte, il a écrit Persona, je suis convaincue qu'il
étudier au Conservatoire d’art drama- qui décrit également les horreurs de la n’avait jamais lu une ligne de Jung et qu’il
tique. Chose horrible, 4 ma grande sur- guerre, ses victimes innocentes, un per- a inventé ce nom, ce titre, ou trouvé cette
prise, je n’ai pas été admise ! Cela a été sonnage a perdu sa personnalité, son ame appellation latine comme Jung l’avait fait
un choc terrible car je pensais que j’étais sans savoir ni comment ni pourquoi. A pour décrire la méme chose avant lui. La
parfaite ! /rires] J’attendais en toute l’époque de Persona, j’avais vingt-cing force d’Ingmar, sa grandeur, est de croire
confiance, sur un banc que soit affichée ans et je ne comprenais pas le film,je en des choses dont il n’est pas instruit, de
la liste des personnes regues.A mes cétés, ne savais pas quoi dire, j’étais timide.Je s’autoriser a penser 4 des choses sans en
il y avait un jeune garcon dont je pen- ne parlais pas. J’ai commencé a parler vers prendre vraiment connaissance.
sais, pleine de compassion, qu’il serait Lage de trente ans. Ingmar ne me
recalé et moi recue. C’est inverse qui est connaissait pas mais a eu l’intuition extra- ®@ A quelle occasion Ingmar Bergman
arrivé, c’était affreux ! Je suis donc allée ordinaire de me donner un réle presque vous a-t-il proposé le scénario des
a Stavanger. Je me suis rappelé ce muet. Cependant, la seule chose que j’ai Confessions (Private Confessions) ?
moment de déception lors de la remise comprise, et que vous avez percue, c’est Il m’a téléphoné ! Il m’a appelée sur mon
des prix, cette année, 4 Cannes. Infidéle que dans Persona j’étais lui.Je savais que téléphone portable, ce qu’il ne fait jamais,
avait obtenu un trés bon accueil. Et il s’est j’@tais lui. Si je n’avais pas accepté le réle, il n’a méme pas idée de ce qu’est un télé-
passé la méme chose ! La veille du pal- c’est Max von Sydow qui I’aurait inter- phone portable ! A l’époque, je tournais
marés, nous étions dans un restaurant dans prété.Je pense que Bergman avait écrit Christine Lavransdatter, j’ étais au restau-
> lequel dinait Lars von Trier. Je l’ai pour l’acteur qui pourrait mieux le rant 4 ’heure du déjeuner. I] m’a dit :
dl | ®
ses films ne sont pas le fruit de sa seule
personnalité : ses acteurs, son opérateur,
w « Les Confessions » (en haut) et « Sophie » de Liv Ullmann. « “Sophie” est une adaptation son équipe sont partie prenante du
tres libre du roman d'origine, nourri d’éléments personnels. Il ressemble a ce que je veux faire. » résultat. =
JE NE FAIS JAMAIS DEUX PRISES, JE DIS AUX ACTEURS DE PRESERVER LEUR ELAN.
Pour Infidéle, LENA ENDRE A TOUT COMPRIS SANS QUE J’AIE EU A LUI EXPLIQUER. LE FLUX
EST VENU, ARTICULE ET FLUIDE. JE N’AI JAMAIS VU UNE TELLE PERFORMANCE D’ ACTRICE.
Dans Sonate d’automne, INGRID BERGMAN RENDAIT INGMAR TRES NERVEUX, AU DEBUT,
CAR ELLE LUI POSAIT DES QUESTIONS A PROPOS DE SON ROLE. LUI S’ATTEND A CE QUE
LES PERSONNES AUXQUELLES IL S’ ADRESSE COMPRENNENT SANS EXPLICATIONS.
© Ingmar Bergman a écrit que Persona votre mari touche votre joue et celle
lui avait sauvé la vie. de votre fille juste avant d’aller se poi-
Je ne savais pas ! Je ne veux pas lire ce gnarder dans son bureau. FILMOCRAPHIE
qu’il a écrit. Il occulte existence de ses Je n’en suis pas consciente mais cette
enfants,je ne peux pas... Cela dit, il était scéne de Cris et chuchotements est gra- © Liv Ullmann comédienne
hospitalisé quand il a écrit le film. Un vée dans ma mémoire, j’ai toujours pensé 1957. Jjolls Til Fiells (Edith Carlmar)
journaliste frangais m’a dit qu’il avait ren- que ce geste pouvait étre effrayant. Tou- 1959. Young Escape (E. Carlmar)
contré des gens qui connaissaient la tefois, dans Infidéle, c’est autre chose. La 1960. Jonny (Per Gjersoe)
femme qui a inspiré Marianne dans Infi- main qui vous caresse vous donne envie 1962. Pan (Bjarne Henning-Jensen)
dele. Son prénom est Gun, ce n’est pas un d’étre toujours vue avec ces yeux-la. 1966. Persona (Ingmar Bergman)
secret. Elle était écrivain et a beaucoup J avais déja mis en scéne ce geste dans 1967. L’'Heure du loup (Bergman)
influencé Bergman vers 1955. Elle écri- mes films précédents.Je pense que la 1968. La Honte (Bergman)
vait avec lui ses scénarios les plus légers, main de l’autre a une immense impor- 1969. An Magritt (Arne Skoven),
les plus dréles, quand il commengait a fil- tance, je pense aussi que les gestes de la Une Passion (Bergman)
mer davantage les femmes qu’auparavant. main sont ambivalents. Nous avons 1970. De la part des copains
Ingmar ne l’a pas créditée 4 ses géné- besoin si fort que quelqu’un nous tienne. (Terence Young), Visitor of the Night
riques. II ne le fait jamais et je ne dis pas Quand Erland donne cette caresse 4 (Laszlo Benedek)
que c’est mal. Toutefois les changements David, mais aussi 4 deux reprises a 1971. Les Emigrants (Jan Troell),
de style de ses films lui ont toujours été Marianne, il apporte, pour un instant, de Le Nouveau Monde (Jan Troell)
apportés par les femmes. la lumiére et de la beauté. C’est bizarre 1972. Lost Horizon (Charles Jarrott),
car j'ai pensé aujourd’hui, un peu plus 40 Carats (Milton Katselas),
® Vous interprétez souvent, notam- tét dans la journée, que le seul souve- Cris et chuchotements (Bergman)
ment dans Persona, le réle de quel- nir que j'ai gardé de mon pére est celui 1973. Zandy’s Bride (Jan Troell),
qu’un qui écoute. Vécoute est au coeur de sa main. Nous marchions main dans The Abdiction (Anthony Harvey)
du sujet d’Infidele, comme si vous la main sur une route. A un moment, il 1974. Scénes de la vie conjugale,
demandiez 4 Bergman de vous écou- a pressé ma petite main. Mon pére, (Bergman), Pope Joan (M. Anderson)
ter 4 son tour. quand nous marchions ensemble, por- 1975. Face-d-face (Bergman)
Oui, mais je n’ai jamais été Elizabeth tait une veste militaire en tissu épais. 1976. Leonor (Luis Bufiuel)
Vogler qui, dans Persona, écoute avec une Jai un autre souvenir avec Lynn et 1977. Un pont trop loin (R. Attenbo-
expression dure. C’est une mangeuse Ingmar cette fois. Nous tournions 4 rough), L’Guf du serpent (Bergman)
d’hommes, une cannibale,je ne peux Stockholm, peut-étre Scenes de la vie 1978. Sonate d’automne (Bergman)
écouter qu’avec amour et compréhen- conjugale, je ne sais plus. Lynn devait avoir 1980. Richard's things (A. Harvey)
sion. Celui qui écoute dans Infidéle, c’est six ans. Elle était si contente de voir son 1983. The Wild Duck (Henri Safran)
David quand Marianne rentre le soir ot pére. Bergman portait tout le temps une 1984, Bad Boy (Daniel Petrie)
elle a couché avec son mari. A ce veste épaisse en cuir marron, peut-étre 1985. Let's hope it’sa Girl (Mario
moment-la, j’ai vraiment pensé 4 Persona. est-ce pour cela que je suis tombée Monicelli),
Il est le cannibale, celui qui écoute avec amoureuse de lui ! /rires]. Il l’a prise par La Diagonale du fou (R. Dembo)
ce petit sourire affreux. Si vous étes inno- la main et je les ai regardés marcher 1986. Gaby Brimmer (Luis Mandoki),
cent comme Alma, dans Persona ou ensemble.Je savais ce qu’elle ressentait, Goodbye Moscow (Mauro Bolognini)
ailleurs, vous ne pouvez pas reconnaitre elle était transfigurée. Puis Bergman a 1987. Time of in Difference
ce petit sourire qui dit : je (écoute mais commencé 4 parler 4 un technicien sur (M. Bolognini)
tu vas payer pour ¢a. Parfois, quand j’étais le plateau. Il a alors laché la main de 1988. La Amiga (Jeanine Meerapfel)
effrayée par Bergman, il me regardait avec Lynn pour expliquer quelque chose 4 1989. Mindwalk (Bernt Amadeus
ce sourire qui signifiait qu’il n’était pas cet homme. J’ai vu la petite téte de l’en- Capra), The Ox (Sven Nykvist), The
d’accord avec moi mais pouvait en sou- fant pencher tristement. Sa silhouette et Long Shadow (Vilmos Zsigmond)
rire /rires]. Kristie est un acteur incroyable. son visage étaient si affectés par la perte
Ingmar n’a stirement pas apprécié que le de la main, c’était terrible 4 voir car j’en © Liv Ullmann réalisatrice
vieux Bergman, Erland, accorde le par- connaissais les effets, cela m7’ était 1981. Parting (court-métrage)
don au jeune David en lui caressant la arrivé. 1993. Sophie
joue, alors que celui-ci ne peut rien se 1995. Kristin Lavransdatter
pardonner 4 lui-méme. (Propos recueillis d Paris par 1996. Les Confessions, d’aprés un
Marie-Anne Guerin et Charles Tesson, scénario d’Ingmar Bergman
@ Ce geste, la caresse sur la joue, est les 24 et 25 octobre 2000. 2000. /nfidéle, d'aprés un scénario
récurrent dans les films de Bergman. Traduit de Vanglais par d’Ingmar Bergman.
Dans Cris et chuchotements par exemple, Marie-Anne Guerin)
la passion
SESLO!)
Preminger
par TAG GALLAGHER
© 1968 BY SIGMA PRODUCTIONS, INC
manifestement incohérente est-elle l’ceuvre d’un @ Otto Preminger en les avis étaient unanimes : Jean Seberg était mau-
artiste véritable ou d’un producteur flamboyant ? 1968 sur le tournage vaise, inappropriée, génante, la preuve ultime de I’in-
Les chefs-d’ceuvre sont-il véritablement siens ou de « Skidoo ». compétence de Preminger.
fortuits ? Les qualités attribuées 4 une certaine Dans ses derniers films, Presque tous... sauf Francois Truffaut, émer-
époque aux films s’y trouvent-elles encore ? Les rai- il abandonne le temps veillé : « Lorsque Jean Seberg est sur l’écran, c’est-a-dire
sons alléguées pour défendre la grandeur de Pre- « mort », le temps tout le temps, on ne regarde qu’elle. [...] Sa forme de sex-
minger valent-elles toujours ? dissout, propice a la appeal est inédite a l’écran ; elle est menée, contrélée, diri-
Prenez Jean Seberg, par exemple. Elle était la résonance des émotions. gée au millimetre par son réalisateur qui serait aussi, dit-
découverte du cinéaste, au terme d’une recherche on, son fiancé, ce qui n’aurait rien de surprenant tant
internationale qui sélectionna 18 000 candidates il faut d’amour pour obtenir une telle justesse d’expres-
parmi lesquelles Preminger en auditionna 3 000. sion... [Bonjour tristesse] n’est d’ailleurs qu’un poeme
Aprés Sainte Jeanne et Bonjour tristesse, presque tous d’amour que lui dédie Otto Preminger?. » Ces avis >
Z
:
8
> contradictoires a propos de Jean Seberg reflétent blancs, sans parler d’une galerie de femmes habillées
les flux contraires a l’ceuvre chez Preminger. Eric pour séduire.
Rohmer a dit que la géne, le malaise nous permet- Ce qui fait toute la magie de I’ceuvre de Pre-
taient d’accéder aux secrets les plus enfouis des per- minger, c’est son art de la « suspension », cette capa-
sonnages. Les deux visages de Seberg correspondent cité, dans les films cités, 4 suspendre l’émotion d’une
en fait aux deux « types » — le héros et le loser — dont ligne de dialogue bien au-dela de son temps effec-
les passions structurent les meilleurs films de Pre- tif, de faire résonner cette émotion dans l’espace
minger. Ses personnages sont des aliénés. Ses héros, et dans le cadre. Sur un yacht, dans Tempéte a Washing-
au méme titre que ses ratés, sont des robots guidés ton, un président proteste : « J’ai fait de mon mieux. »
par la passion qui, a instar du Cardinal, vivent d’abs- Ce qu’il ressent s’étend jusqu’aux nuages sombres
traites existences de foi, qu’ils incarnent en actions qui plombent le ciel, au cri des mouettes — Pre-
violentes. Ils ont renoncé a l’amour, qui n’apporte minger transmet jusqu’a l’odeur de l’air marin. De
que désordre cosmique. Truffaut nous dit que « le méme, dans les séquences en noir et blanc de Bon-
cinéma est un art de la femme. Le travail du metteur en jour tristesse, la sensation de réalité produite par le
scene consiste a faire faire de jolies choses a de jolies femmes bruit de la voiture dans les rues parisiennes, mélée
[...] :Vexhibition de Jean Seberg ou, si l’on veut, sa mise a un arriére-gout de cruauté gratuite, nous rappelle
en valeur, sa mise en jeu, sa mise en scene. » que ce n’est pas seulement l’actrice de ce film qui
Mais voyez également la fagon dont Preminger a ensorcelé la Nouvelle Vague.
exhibe Sal Mineo dans Exodus : 4 la fois mignon Il existe une force particuliére chez les person-
et puissant, androgyne sexy. En réalité, tous les héros nages de Preminger durant sa période « héroique »,
de Preminger sont d’originaux et supérieurs exhi- une projection extravagante de leurs passions, une
bitionnistes ; le Cardinal a ses robes ridicules, Sal conviction insistante qui contréle les événements.
Mineo ses petits shorts courts, Paul Newman son Cela se raréfie dans les films ultérieurs, a partir du
arrogance virile, Jeanne sa coupe de cheveux et son moment ou le cinéaste abandonne le temps « mort »,
armure, l’amiral Nimitz (Henry Fonda dans In le temps dissout, propice a la résonance des émo-
Harm’s Way) son uniforme, Seab Cooley (Charles tions. A présent, le rapport entre émotions et
Laughton dans Advise and Consent) ses costumes concepts s’inverse : les mots prennent de l’impor-
64 CAHIERS DU 2000
CINEMA RETROUVE
tance, les personnages deviennent théoriques et pagnant dans tous leurs déplacements les personnages clés
subalternes 4 la prétention de scénarios, plus litté- des différentes scenes, de telle facon que ces personages
raires désormais que directement sensuels. Sainte immuablement cadrés (le plus souvent en plans rapprochés
Jeanne est « trés intellectuel, analytique, reconnaissait ou en plans américains) voyaient évoluer et se transformer
Preminger, quelque chose y manque, quelque chose qui selon leurs actes le monde environnant*».
aurait pu faire pleurer les gens. Ce film contient plus de Lanalyse de Chabrol est légerement inexacte. La
raison que le cinéma n’en peut supporter’. » technique n’était pas nouvelle, mais c’est bien Pre-
On trouve dans le meilleur de Preminger une minger qui l’introduisit dans le cinéma commercial.
sensation du monde, de ce que c’est que d’y appar- Et méme lorsqu’il tourne en Cinémascope, Pre-
tenir, non parce que la « réalité » y est « captée » (un minger construit peu de scénes en plans séquences,
miracle 4 la portée de quiconque capable d’appuyer mais plutot selon le découpage classique holly-
sur le bouton d’une caméra vidéo) mais a cause woodien, ainsi que Godard I’a qualifié : un mélange
de la maniére dont la réalité y est saturée de passion. de plans de coupe, d’échanges cadrés derriére
Chez Preminger (comme chez Rossellini lorsque l’épaule et de plans américains en guise de ponc-
Anna Magnani s’écroule dans Rome ville ouverte), tuation. Dans ses films plus tardifs, Preminger
Yimpression qui prime est que ce qui se passe devant enferme chaque personnage dans un monde clos.
sa caméra est une chose sur laquelle le cinéaste n’a The Human Factor est un film visuellement sublime,
aucune prise, aucun pouvoir, et qu'il tente juste nourri d’art abstrait (Mondrian surtout) et de la
désespérément de I’enregistrer sur pellicule, par tous volonté de cloitrer chaque personnage dans un cadre.
les moyens. Comme Rossellini, encore, dans Strom- Le résultat est, et c’est voulu, suffocant. =
boli, Preminger réinvente une esthétique du grand
Traduit de l’américain par Clélia Cohen
écran, il s’agit de traquer l’immensité, traquer le
sublime. Claude Chabrol, peut-étre inspiré par The 1 - Willi Frischauer : Behind the Scenes of Otto Preminger, New York,
Morrow, 1974, p. 22.
Man with the Golden Arm, attribue 4 Preminger l’in- 2.- Francois Truffaut :« Bonjour tristesse », in Les Films de ma vie, Flam-
vention d’ « un procédé de narration original (qui par marion.
ailleurs donne a son film une grande importance histo- 3 - Peter Bogdanovich : Who the Devil Made It, Knopf, 1997.
4 - Claude Chabrol : « Evolution du film policier », Cahiers n° 54,
rique) : de longues séquences enregistrées a la grue, accom- décembre 1955.
n spectre ne hante pas le cinéma d’au- généité absolue d’intentions et d’exécutions, les mac-
jourd’hui. Celui d’Otto Preminger mahoniens proclament la toute-puissance de la mise
qu’on classa cinéaste classique par excel- en scéne et font de l’auteur d’ Exodus l’otage idéal
lence, représentant numéro un de la de leurs théories. Lélégance du style de Premin-
volonté de raffinement, d’abstraction ger et son gout de l’épure se voient ainsi bien mal-
et de concision des metteurs en scéne gré lui opposés aux cinéastes bannis par ces ciné-
américains apparus au début des années 40. Par rap- philes hystériques, les Renoir, Rossellini, Hawks,
port a cet idéal esthétique, l’ceuvre de Preminger Welles et Hitchcock, dont le plus grand péché parait
semblait peut-étre poursuivre une certaine éco- étre leur refus du chef-d’ceuvre et de ce qu’il offre
nomie du style et du récit mais d’abord bien éloi- de définitif et de figé. Cinéphiles maladifs et ne vivant
gnée des zones généralement explorées par les que par procuration (attribuée 4 André Bazin, Pidée
cinéastes d’Hollywood et d’ailleurs (il affectionnait du cinéma comme « monde qui s’accorde a nos désirs »
les sujets chocs comme la drogue, la politique, la jus- est en fait de Michel Mourlet, théoricien du groupe),
tice, l’exode, le Vatican...). Trop vite rangés parmi les mac-mahoniens définissent le film comme un
les grands hollywoodiens, ses films tombérent peu hymne 4 des corps rayonnants et beaux, et voient
a peu aux oubliettes. dans la fidélité de Preminger a ses comédiens (Gene
Fa
3
ii 5B
q
ii 2
z
Son ceuvre fut pourtant au coeur de I’agitation Tierney, Dana Andrews, Jean Seberg...) I’attache-
cinéphile de la fin de la décennie suivante. D’abord ment a « une méme noblesse originelle d’une race élue
élu cinéaste pour et par les cinéastes en devenir qu’avec ivresse nous reconnaissons notre, ultime avancée de
(Truffaut, Godard, Rivette), le grand Otto devint la vie vers le dieu ». Derniers relais de l’extrémisme
ensuite, avec Lang, Walsh et Losey, le membre incon- des mac-mahoniens, les ultimes représentants de
tournable du Carré d’As des cinéphiles mac-maho- cette tendance hollywoodophile (le ticket Lour-
niens de la fin des années 50. Cette tendance qui celles-Skorecki n’a jamais dérogé de ses amours des
s’introduit alors dans les pages des Cahiers tire son sixties) continuent aujourd’hui de faire de l’ceuvre
nom de sa fréquentation assidue du cinéma Mac- de Preminger le tombeau magnifique de l’age d’or
mahon qui, prés de la place de l'Etoile, ne passe que du cinéma de découpage et d’identification pour
@ Photos ci-dessus, de gauche des films de grands auteurs hollywoodiens et radi- mieux nier en bloc les ceuvres des nouvelles vagues
4 droite: Otto Preminger lors des calise amour du cinéma américain des jeunes Turcs du monde entier et du cinéma américain d’aujour-
tournages de « Skidoo » (avec de la Nouvelle Vague passés a la mise en scéne. hui plus sensibles au montage et au heurt, au choc
Groucho Marx) et de « Tempéte a Les mac-mahoniens font alors de Preminger le volontaire du spectateur. C’est ainsi que l’ceuvre de
Washington » (avec Gene Tierney, fer de lance de leur bataille et de leur tentative de Preminger fut obscurcie par la piété et que l’oubli
puis avec Charles Laughton, qui définition de I’essence et de la pureté du cinéma. et les toiles d’araignée vinrent s’abattre sur elle. Pri-
porte le chapeau). Amateurs de chefs-d’ceuvre, exigeant une homo- sonniers de leur id6latrie fanatique, les mac-maho- »
FILM O
Totale « Tempéete »
DEUX OU TROIS RAISONS DE S’ENTHOUSIASMER POUR LA MISE EN SCENE EBLOUISSANTE
@ Franchot ‘Tone et Henry Fonda dans « Tempéte a Washington ». Preminger, simulant un reportage sur les coulisses de la politique-spectacle, rencontre le thédtre.
absente du film, ainsi que l’Amérique elle-méme, dune grille, mais aussi ouverture de cette grille vers
incarnée seulement par ses institutions et ses élus. un dehors qui ne cesse pas de voir travers elle.
Une régle veut que les sénateurs entre eux usent En Preminger, on adora un temps le Dieu de
exclusivement de la troisiéme personne. Et plus d’un, la mise en scéne. Comolli encore (Dictionnaire des
a la tribune, en appelle aux grands principes de la cinéastes américains, Cahiers n° 150-151, décembre
démocratie. Ces adresses, malgré les magouilles de 1963-janvier 1964) disait que cette expression n’a
quelques- uns, ne doivent étre accueillies par aucune de sens que dirigée vers lui. Si Preminger, aujour-
ironie. Tous les discours en effet seraient poussiéres @hui, continue 4 nous sembler davantage qu’un
si, par-dela I"hémicycle, ils cessaient de viser le peuple, grand maitre, c’est que, de celle-ci, exemplairement,
l Amérique multiple et concréte. A son spectateur, il réalise la double acception.
Preminger fait donc une place qui est double. Sur
lécran, au Sénat, il lui réserve toujours un siége, mais
simultanément sa caméra marque assez de recul et ‘Tempéte a Washington est tourné en Panavision, for-
d’écart pour l’installer au plus loin, parmi ce peuple mat assez large pour que dans le méme plan logent,
invisible que chaque discours désigne comme son répartis latéralement, étagés dans la profondeur de
ultime et véritable destinataire. champ, une bonne dizaine d’hommes. Ne pas y voir
Sans doute est-ce 1a ce qui, dans la politique, a la démocratie faite film, la distribution équilibrée
retenu un cinéaste comme Preminger : qu’elle soit des sénateurs 4 l’écran selon le camp qu’ils repré-
un monde et une adresse au monde, une totalité sentent, mais l’indice d’une place singuliére accor-
spectaculaire qui a sa suffisance, un pur dedans en dée au corps. Dans ce film peu découpé (comme
méme temps que cette pratique qui du dehors seul il est général chez Preminger), les corps eux-mémes
recoit sa signification. La politique est toute dési- font souvent le cadre, alternativement remplissent
gnée a ceux — les seuls qui comptent — pour qui le champ et en cernent les contours.Van Ackerman,
la mise en scéne n’est pas seulement disposition et jeune chien fou, ne se déplace jamais sans sa bande,
modulation de distances internes, tracé mouvant qui autour de lui dessine comme un cordon de »
Le film testament
Leffingwell et le méme Van Ackerman un échange
oblique et d’autant plus fielleux.
Lacteur ici est un géant mais aussi un meuble,
un bout de décor, un accessoire multifonction. D’une
scéne 4 l’autre, la fluidité premingerienne assurant
la discrétion des métamorphoses, on prend les par ERWAN HIGUINEN
mémes et on ne recommence pas : chacun change
de place et de peau ; untel, star tout 4 Pheure, devient
figurant ou silhouette ; oreille au lieu de bouche, he Human Factor vient de méme mélodie, la rattrapait.
spectateur au lieu d’acteur. Quand un sénateur prend loin. Dernier film de Pre- C était un travail, celui des per-
la parole, ses collégues la ferment et patientent, pren- minger, il n’avait jamais été sonnages et de la mise en
nent la pose, font tapisserie ou la statue. Ainsi se véri- distribué en France. Daté de scéne : faire advenir ce qui avait
fie une fois de plus, par le jeu dans le plan de l’animé 1979, il semble aujourd’hui été percu comme par magie.
et du figé, du coulé et du sec la théorie désormais sans 4ge, contemporain de per- Pas de place pour cela dans The
fameuse des vitesses multiples. Nouvelle objection, sonne et pourtant immédiate- Human Factor : voici venu le
sans doute, 4 la vision bloquée d’un Preminger super- ment familier. Dans l’ceuvre temps de la frontalité aveugle,
metteur en scéne. du malentendu satisfait.
Deux agents des services
Morale de troupe secrets britanniques sont soup-
Tempéte a Washington est un film cher et lourd, qui connés de trahison. Sirotant un
dure cent quarante minutes, compte 61 réles par- scotch, de vieux Anglais
lants (comme aiment 4 le noter les dictionnaires chauves et adipeux envisagent
de cinéma),se déroule en un lieu (le Sénat) que deux le meurtre de celui qu’ils
plans au moins montrent comme un musée. Nulle croient coupable. Les appa-
femme, sinon la déja ridée Gene Tierney, n’y tient rences sont contre celui qu’ils
un role d’importance.
Tous les acteurs sont sublimes élimineront : il quitte son
— surtout Walter Pidgeon et Franchot Tone —, mais bureau avec des documents
tous ou presque sont vieux, fatigués, proches de leur secrets. Mais c’est pour tra-
fin. Sa date, enfin, est 1962 : déja du post-cinéma, vailler en attendant celle qui
selon la chronologie de Louis Skorecki. ne viendra jamais 4 leur ren-
Une ombre noire plane sur ce film, contre quoi du cinéaste, il fait moins figure dez-vous. C’est un jeune
lutte l’espoir que dure encore ce théatre au fonc- The Human de film-testament que de point homme amoureux. Il n’a
tionnement autonome, oti ce sont les mémes qui final amer mais déterminé, aucune chance.
montent les tréteaux, se donnent en spectacle et Factor, QUI SORT fataliste et élégamment désé- Son collégue vit avec
applaudissent. Certes la politique est un jeu cruel quilibré. Rien d’étonnant a ce femme et enfant. Réalisé par
dans Tempéte a Washington, mais cette cruauté ENFIN EN que Preminger, cinéaste du le jeune Preminger, le film se
compte moins que |’étroite solidarité qui lie les fantasme et de l’effeuillage serait peut-étre focalisé sur
Sénateurs. Seuls un méticuleux partage des taches, FRANCE, FUT inachevé, s’échoue en beauté l'improbable formation du
une courtoisie générale et une grande attention 4 l’orée des années 80. Dans couple. Mais on n’en est plus
mutuelle garantissent jour aprés jour la prolon- EN 1979 une séquence de The Human la. Preminger reprend la route
gation du show. Factor, trois hommes vont dans en sens contraire, pour fina-
Ce cinéma total ne tient donc que par le fil fra- LE DERNIER un club de strip-tease. Devant lement laisser les choses dans
gile d’une sévére morale de troupe. Le plus émou- eux officie une blonde dont la Pétat of il les avait recues. Son
vant, dans ce film qui devrait l’étre si peu, c’est fina- FILM D’ OTTO poitrine opulente se balance personnage doit quitter la
lement le train miniature qui conduit ensemble sans éloquence. Elle finira nue, Grande-Bretagne et se réfu-
les sénateurs vers l’hémicycle, le moment du quo- PREMINGER. ils n’en rateront rien. Pas sir gier 4 Moscou, dans une
rum call, ou chacun s’inquiéte de la présence de tous quils y gagnent. Le probleme chambre aux airs de cale d’un
les autres, mais aussi les quelques mots chuchotés n’est pas moral mais pratique : bateau qui ne prendra plus la
par Munson et son complice 4Van Ackerman afin c’est le spectacle sans hésita- mer. C’est l’envers du fan-
de lui signifier son exclusion non pas physique mais tion qu’une professionnelle tasme, un nouveau tableau
bien réelle. Morale de troupe : de salle de classe et vend 4 ses clients, qui en sor- dans lequel l'homme est
de cour de récré aussi bien. De toutes, elle est, tiront vidés plutot que remplis. enfermé. Plus tét, celui qui
comme on sait, la plus tendre et la plus dure. = Autrefois, Dana Andrews était a la fois plus et moins
révait devant le portrait de qu’un espion rejetait les accu-
ALIRE Laura. Sainte Jeanne suivait ses sations de trahison. A sa
® Autobiographie, Otto Preminger, Lattés 1981 (Ram- voix 4 la lettre. Dans Angel Face, femme, a son enfant, aux foules
say Poche Cinéma, 1988). le spectateur entendait soudain, sentimentales, ce réveur a tou-
® Otto Preminger, Jacques Lourcelles, Seghers, 1965. avec Jean Simmons, une petite jours été fidéle. Otto Premin-
@ Otto Preminger, Gérard Legrand, Jacques Lour- musique. La jeune fille s’ins- ger non plus n’aura jamais
celles et Michel Mardore, Cinémathéque frangaise tallait au piano et jouait la trahi. @
et Yellow Now, 1993.
e
CAHIER
CRITIOUK) Eureka de Suinyi AOYAMA
m 20 décembre
Histoires de fant6mes chinois (Tsui Hark e
Andrew Chen) }
Billy Elliott (Stephen Daldry) .
The Birdwatcher (Gabriel Auer)
Marie-Line (Mehdi Charef) .......20.0:.:cccsceeeeeeee 8
signifier, de produire du sens. Les person- sera exclu du vaisseau fantéme dans lequel intérieure qui finit par étre révélée a la
nages ont devant eux un grand désert qu’il les derniers rescapés continueront a rouler lumiére. Pendant ce voyage, Aoayama donne
faut tenter d’habiter. Ils sont totalement jusqu’a l’ouverture finale. la sensation d’inventer son propre espace,
perméables. Ils sont le désert et le désert est Lune des forces d’ Eureka tient 4 son impré- un territoire post-apocalyptique, vidé de
en eux. visibilité, qui vient moins d’une capacité toute population, livré au nomadisme, filmé
Le trio essaiera de former une commu- d’accélération ou de bifurcation propre a la en cadrages ouverts, sans limites, un espace
nauté, inavouable ou désceuvrée comme il se vitesse du récit que de sa maniére de ralen- de western, bien loin des pionniers, méta-
doit. Ils sont comme des survivants ou des tir, de sa puissance de dilatation du temps. morphosé en no man’s land sans repéres.
spectres, ces figures familiéres et étrange- Au fil du temps, littéralement, les finalités s’es- A Cannes, Didier Péron parlait, dans Libé-
ment inquiétantes du cinéma moderne tompent, se perdent, se dissolvent. Le voyage ration, 4 propos d’ Eureka, de post-cinéma,
qu’ Aoyama réinvente ici a sa fagon. Véri- en bus devient une odyssée hantée par le par analogie au post-rock représenté dans
tables Robinson autistes du monde d’au- spectre de la mort, du crime mais dont on le film par le morceau de Jim O’Rourke
jourd’hui, ils construisent leur arche et ne devine pas forcément la destination. qui lui donne son titre. Il est clair
refondent les liens d’une famille imaginaire. Lodyssée elle-méme est une expérience de qu’Aoyama vient aprés, apres Ford, aprés
Un corps étranger s’introduit dans cette remémoration et d’acheminement vers la Antonioni, aprés Resnais, apres Monte Hell-
improbable communauté aux relations parole, tout autant qu’une fuite éperdue, mann, aprés Wenders, aprés Kitano méme.
secrétes, sans pére, ni fils, ni fille... C’est un une traversée des apparences. Tout ce qui Plutét qu’un post cinéma, il crée de toutes
cousin, il est littéralement déplacé. Il s’in- cheminait souterrainement affleure peu a piéces un cinéma de I’aprés. I prend acte
tégre sans s’intégrer, on le tolére, il est le peu, sans pour autant que le sens se coagule. de tout ce qui s’est englouti, de tout ce qui
tenant-lieu d’une instance sociale, la Famille, Le film ressemble alors 4 une lente explo- s’est perdu. Il en a la mémoire, si l’on veut,
qui n’a plus cours dans ce monde. Il est aussi sion, 4 moins que ce ne soit une implosion mais il donne l’impression de redessiner un
le révélateur du secret qui lie les trois autres
et dont il est forcément exclu. Pendant toute
une partie du film, il joue obstinément au UNE PRISE D’OTAGE, UN CHAUFFEUR DE BUS ET DEUX ENFANTS PERDUS,
golf, envoyant les balles en l’air, n’importe
oui, sans objet, vainement. II cherche un réle, ENFERMES DANS LEUR MUTISME. AOYAMA FILME LA TRAVERSEE DU DESERT
un emploi pourrait-on dire, au sens dra-
matique du terme. II ne le trouvera pas et INTERIEUR DU TRIO HANTE PAR LE SPECTRE DE LA MORT.
=
éclairé
SALEM ICH: AR ERCMAN
SER ake raconte
THTidele™”
nan
Unaleserinen de Liv Ulla
remoigne
ans repre
sacl x annorD la peut §
LA NOUVELLE FORMULE
ceurs de sang
rieur de scénes trés simples (confrontation
avec la mére, apparition de I’amant de celle-
ci, diner familial) surviennent des plans sans
substance, comme des pauses involontaires
dans la dramaturgie, des contrechamps
impossibles. Denis voudrait ne pas avoir a
par OLIVIER JOYARD filmer les temps faibles, pas plus que I’en-
nui. Sa fidélité au scénario social le tenaille.
Son désir ne se manifeste qu’en présence
iver 1933, au Mans. Deux tuelle, dans Les Blessures assassines, l esquisse des jeunes filles, dans le lieu idéal d’un lit,
bonnes massacrent leur des mouvements intérieurs qui ménent au d’une chambre minuscule, d’un couloir.
patronne et sa fille avec meurtre, le toucher lointain du mal. Mais Caves, fondations, décombres : tel est le
des ustensiles de cuisine. Yahurissante déraison qui peuplait L’Argent point de vue réel du film, qu’il n’a pas tou-
Détective les appelle les est absente. Le sujet de Jean-Pierre Denis jours le courage de prendre.
« brebis enragées ». C’est un est autre. C’est un couple qu’il regarde, et Cest logiquement quand il se concentre
meurtre idéalement romanesque, déja sur- ce dont celui-ci est capable pour fantasmer sur ses objectifs que Les Blessures assassines
commenté, analysé, poétis¢ entre autres par son unicité. Christine, la grande (Sylvie Tes- prend de l’ampleur. Alors qu’il manque les
Lacan et Genet. C’est aussi le tud), et Léa, la plus jeune (Julie- présentations, Denis réussit les scénes clefs
canevas d’un film marquant le Marie Parmentier), sont de fausses (premiére nuit d’amour de Christine et Léa,
retour du fait divers dans le sceurs. La seconde a été recueillie rencontre avec leur victime, jouée par
cinéma francais, genre magnifi-
quement clos par L’Argent de
Bresson en 1983. Jean-Pierre Les Blessures assassines EST FONDE SUR UN FAIT
Denis revient treize ans aprés
Champ d’honneur, sans désir de DIVERS DE 1933, L’AFFAIRE DES S@URS PAPIN (CI-CONTRE),
descendance. On trouve un souci
de l’horreur quotidienne, ges- QUI AVAIT INSPIRE JEAN GENET POUR Les Bonnes.
Dominique Labourier), fait trembler Histoire de fantomes chinois de Tsu1 Hark Et A. CHEN
le cadre de la reconstitution, saisit le
Spectres et fantasmes
pouvoir disruptif de la folie qui s’empare
des héroines ulcérées par le travail qui
entrave leur volonté. Du cété de Christine
et de sa sceur, on n’est jamais trés éloigné
dun accés de désir. Denis n’est jamais loin
non plus d’avoir une trop forte envie de le
filmer. La rencontre est tapageuse, tendue,
surprenante. par ERWAN HIGUINEN
Elle est nécessaire. A quatre ou cing
reprises, et surtout vers la fin, le cinéaste et
ses actrices se retrouvent seuls contre tous. ~~» west-ce que c’est, une tome que parce qu’elle est femme. Dans un
Les Blessures assassines semble alors tout juste femme ? A quoi ¢a res- premier temps au moins, cela revient au
commencer, s’extraire du néant. Ce néant semble, d’ot ¢a vient, méme. L’épopée heurtée de cette Histoire
est inscrit sur le corps de Sylvie Testud. Vac- j comment ¢a se fabrique ? de fantémes chinois suivra exactement la route
trice la plus physique du cinéma frangais cn Et qu’est-ce que ¢a va escarpée qui méne de |’apparition 4 l’in-
s’amuse d’un objet, d’un habit comme d’un ~~ devenir si on oublie de la carnation.
texte, pour que le film cétoie sa fureur. Cris, regarder ? Un monstre, un spectre, une Plus encore que dans le cinéma 4 prises
menaces muettes, nerfs 4 vif. Ce pouvoir flaque d’eau ? Le jeune Ning se débat au de vues réelles, tout est a priori possible dans
disruptif d’une folie en germe, qui est milieu de ces questions jamais formulées, le cadre mouvant de I’animation d’aujour-
dabord celui du cinéma a l’intérieur du du cauchemar originel, dont il ne s’éveille d’hui.Autant l’apparition y va de soi, autant
récit, devient un point de vue pirate, que pour basculer dans le suivant, a la fin Yincarnation (la transformation de quelques
mélange de paranoia, d’amour fou et de printaniére et ouverte de cette Histoire de traits et taches de couleur en véritables per-
lucidité quelconque, sur le monde. Dés lors, Jfantémes chinois. Avec ce semi remake dessiné sonnages) est 4 reconquérir 4 chaque ins-
la montée finale vers le meurtre est filmée du premier film de la trilogie homonyme tant. Ce balancement identitaire des formes
non pas comme un paroxysme de l'amour - officiellement mise en scéne par Ching est au coeur du meilleur cinéma d’anima-
entre les deux jeunes femmes, mais comme Siu-tung mais dont il était déja le véritable tion japonais de ces derniéres années, de
un dépassement de celui-ci, un au-dela du maitre d’ceuvre -, Tsui Hark réalisait en Mon Voisin Totoro a Perfect Blue. C’est aussi
sens et de la passion. Tout se passe sur leurs 1997 l’un de ses vieux réves : tourner, au le sujet méme de cette Histoire de fantémes
peaux, largement dévétues, bien assez sein de sa Film Workshop hong-kongaise, chinois. Le premier risque est celui de la toile
blanches et sales. Dans leurs tétes, du trop- un vrai grand film d’animation. Arts mar- uniforme : que tout s’y retrouve sur le
vide ou du trop-plein. Denis est 14 au coeur tiaux zombis avec acteurs surhumanisés ou méme plan, que rien n’y vibre. Tsui Hark
d’un sujet de sexe et de sang. En vingt, sino-manga enflammé, c’est toujours d’un y répond par la folle hétérogénéité de son
trente minutes de cinéma hiératique et pré- cinéma de garcons aux yeux écarquillés qu’il film. Celle-ci découle d’abord de la variété
cis, il se déleste des messages qui l’ont s’agit. Les fantémes sont des fantasmes, le des techniques employées. Ici se mélent
encombré. Trois scénarios sont possibles monde recrée un terrain de jeux dangereux l’animation traditionnelle (le dessin fait
(’un hitchcockien, ot le suspense érotique oti s’épanchent en couleurs criardes des main, pour la plupart des personnages), les
est ce qui dérange et réordonne le monde, désirs apeurés. A premiére vue, le film effets numériques 4 partir de ces figures 4
l'autre d’horreur, le dernier presque mélo- raconte les aventures incrédules de Ning, Vancienne et les images de synthése en trois
dramatique) et cruellement inachevés. Cet abandonné par sa fiancée qui lui préfére un dimensions, entiérement congues par ordi-
art de la lutte entre entités amies et néan- véritable adulte, dans les relief d’une Chine nateur. Ainsi s’offrent a nous des plans ott
moins contradictoires fait le prix poétique immémoriale. Mais au fond, c’est une quéte les objets semblent évoluer dans des dimen-
du film, jamais estimé avant la fin. I] en de la femme que raconte le film. Ning ren- sions distinctes, se superposer, éventuelle-
éclaire aussi la rare ambition de filmer contre Qian, son Eve future qui est loin de ment communiquer, mais jamais fusionner
ensemble la grace et la ruine. m lui sans doute moins parce qu’elle est fan- —la fusion est d’ailleurs a la fois désirée >
Eclipse de femme
de l’altérité dans le film. L’autre absolue,
heureusement insondable, c’est encore une
fois la femme, que le héros cherchera 4
entrainer dans le train qui fait route vers
la « porte de la réincarnation » censée four-
nir une issue a leur errance corsaire dans
ce purgatoire hanté. Par un habile coup
de théatre profil bas, le film évitera ce happy- par STEPHANE DELORME
end car il ne saurait y avoir de bonheur
sil y a une fin. Vessentiel est que subsiste
toujours un écart 4 combler, gage de la a Chambre obscure n’arbore pas taires du récit. Ainsi si les épisodes adjoints
persistance du désir, du mouvement, de seulement un beau titre énig- au conte de Boccace rallongent inutilement
la vie, du jeu, du cinéma. La morale étran- matique, c’est aussi — raison un film qui aurait gagné a étre plus dense,
gement rassurante de ce conte instable de plus pour étre intrigué — linvention de la « chambre obscure », non
en forme de course-poursuite constamment l’adaptation d’une nouvelle pas prolongation du récit, mais trou noir,
relancée ? Quand on tombe amoureux, du Décaméron de Boccace, le est une trés belle idée. Qu’est-ce qui a bien
ce ne peut étre que d’un fantéme que I’on neuviéme récit de la troisiéme journée. La pu se passer dans la chambre ? Comment
a créé, et qui nous échappera toujours scéne se passe au XIV' siécle et narre les stra- se fait-il que Bertrand n’a pas reconnu Alié-
un peu. a tégies d’Aliénor pour posséder Bertrand, nor ? Le parti pris de lumiére est alors sur-
dont elle est amoureuse depuis I’enfance. prenant car la piéce n’est pas sombre mais
HISTOIRE DE FANTOMES CHINOIS Posséder et non séduire : elle se fait marier a plongée dans un clair de lune — le subter-
(A CHINESE GHOST STORY — THE ANIMATION) lui par le roi sans le consulter, puis elle fuge aurait donc di étre débusqué. Cette
Hong Kong, 1997 consomme leur union en se substituant a la idée de mise en scéne a deux vertus : confier
Realisation : Andrew Chen et Tsui Hark femme qu'il courtise. Possédé, Bertrand l’est la dissimulation au jeu des visages, le spec-
Seénario : Tsui Hark doublement, deux fois, et aux deux sens tateur par un contrat tacite baissant menta-
Direction de l'animation: Endo Tetsuya, Kazuo Komatsubara, daliéné et de trompé. C’est certainement lement la lumiére de cette chambre claire ;
Endo Norichika, Takashi Nakamura ce qui a séduit les scénaristes (Marie Chris- et représenter le déni puissant de Bertrand,
Création des personages : Frankie Chung tine Questerbert et Daniéle Dubroux): la qui, comme Gallimard dans M. Butterfly de
Musique : Ricky Ho double ruse d’une femme hardie et forte Cronenberg, refuse de voir ce qu’il a sous
Production : Film Workshop, Polygram KK, Win's qui veut imposer ses volontés (a son pére, les yeux. Le film s’achéve sur le déni : le
Entertainment, Cathay Asia Films au roi, 4 Bertrand). lit céde sous le poids des ébats, la servante
Distribution : Steward Le conte du Décaméron est bref. Etoffer entre précipitamment avec une bougie et
Durée : 1h 24 un conte (un récit aux mailles serrées) peut révéle ainsi 4 Bertrand le visage d’Aliénor.
Sortie : le 20 décembre signifier ajouts de scénes ou ellipses volon- Bertrand lui ordonne simplement d’éteindre
sur l’athléte
c’est aussi parce qu’elle nous raméne du
cété du mythe (une réminiscence des
amours de Psyché et Cupidon). De la
méme maniére, le film choisit de multiplier
les ellipses, non pas afin de trouer le récit,
mais pour créer un continuum, un présent
immobile, qui équivaut 4 l'art linéaire du par JEROME LARCHER
conte : il suffit qu’Aliénor enléve la cou-
verture qu’elle a sur les genoux, dévoilant
ainsi qu’elle est enceinte, pour que soudain houette, Jason et les Argo- mythologie grecque pour comprendre
on prenne conscience que plusieurs mois nautes ressort en salles, et de toutes ses subtiles ramifications avec le film)
ont passé depuis le plan précédent. Il est surcroit dans une copie res- ces voyages jusqu’au bout du monde, ces
dommage alors que cette fiction mythique taurée ; exit donc l’image batailles que ménent les hommes contre les
cohabite avec des situations et des person- un peu rayée d’un film dieux. Mais cette fois les dieux sont tom-
nages romanesques.A quoi sert la création ae ~ autrefois champion des dif bés sur l’athléte : Jason qui, en compagnie
de personnages secondaires, le pére, le pré- fusions télé de fin d’année. De ce péplum de ses fidéles argonautes (parmi lesquels
tendant, le confesseur ? La présence de guest- mythologique, on se souvient de quelques Hercule, que, dans une trés belle scéne, le
stars (Luis Rego, Jackie Berroyer),qui don- séquences, solidement ancrées dans la film laissera tomber en cours de route pour
nent trop de poids 4 ces personnages mémoire :]’apparition du dieu Triton dans cause de menus travaux 4 effectuer), part
inutiles, ne déréalise pas la fiction, mais au la mer, les mouvements mécaniques de a la recherche de la fameuse Toison d’or.
contraire nous la rend trop proche. Si l’on Talos, le géant de bronze, la bataille oppo- Il y a Zeus qui, pour compliquer la tache,
fait ce reproche, c’est aussi parce que La sant les argonautes 4 des squelettes — lesdits leur oppose Talos ou les squelettes, et Héra,
Chambre obscure arrive aprés Lancelot de argonautes se battant vétus uniquement protectrice attitrée de Jason qui, elle, pour
Bresson, Perceval de Rohmer et L’Annonce d'une tunique, ou encore une belle musique l’aider dans sa quéte, demande par exemple
faite a Marie d’ Alain Cuny. Autant de films dont on ne savait pas encore a |’époque 4 Triton de sortir des tréfonds de la mer
qui ont remis en cause les codes de repré-
sentation pour filmer le Moyen Age. Beau-
coup d’indices nous montrent que Marie LES PERIPETIES DE JASON SONT L’INVENTION DES DIEUX POUR
Christine Questerbert emprunte cette
voie : le premier plan, amusant, avec larbre COMBATTRE LEUR ENNUI ET SE DIVERTIR. AINSI DU SPECTATEUR
généalogique, les contrastes de couleurs
vives, le vérisme sur le détail ou méme DEVANT SON ECRAN COMME ZEUS EN L’OLYMPE.
usage dosé de la musique comme point
sonore et non comme ligne d’accompa- qu'elle était composée par Bernard Herr- pour soutenir de ses épaules les roches
gnement. C’est ce qui fait le prix du film. mann. Mais revoir ce genre de films liés broyeuses sur le point de détruire le bateau
Malgré tout, La Chambre obscure ne crée pas de maniére indéfectible a l’enfance (avec Le du héros. Pour lui permettre de croire en
un climat d’étrangeté. Une certaine timi- Voyage fantastique ou Voyage au centre du l’épopée de Jason, le dispositif du film, d’une
dité ’'empéche d’imposer un style fort. On monde), c’est se rendre compte qu’un humi- beauté toute naive, place son spectateur du
aimerait plus de distance — un écart — pour liant cdté kitsch, dont on sait qu’il peut abi- coté de Zeus et de Héra : ces derniers, en
que ce film soit entiérement réussi. m mer les plus vieux souvenirs, les a transfor- effet, observent les héros au travers d’une
més en petites curiosités pour cinéphiles surface liquide, évidemment représentation
LA CHAMBRE OBSCURE avides de nanars. C’est encore s’apercevoir, de l’écran pour nous. Dans le film, il y a une
France, 2000 comme si on ne le savait pas déja assez, que sorte de distance ironique : regarder au tra-
Réalisation : Marie Christine Questerbert. V'innocence, qui elle seule nous avait vers d’un écran les péripéties de Jason
Scénario : Marie Christine Questerbert, permis d’étre enchantés devant ces films, comme pour rappeler que tout ceci n’est
avec la participation de Danielle Dubroux. s’est belle et bien envolée. S’ils font un peu qu’au mieux invention des dieux pour
Interprétation: — Caroline Ducey, Melvil Poupaud, sourire et ne sont plus aussi impressionnants combattre leur ennui et les divertir, 4 ’ins-
Mathieu Demy, Sylvie Testud, Jackie Berroyer, qu’a l’époque of I’on découvrait leurs aven- tar du spectateur. Mais il y a en méme temps
Hugues Quester, Edith Scob, Pierre Baillot. tures, Jason et ses argonautes, resurgissant de la naiveté de croire que le jeune spectateur,
Images : Emmanule Machuel. trés loin, ont pourtant encore deux ou trois parce qu’il est du cdté des dieux, pourra
Montage : Catherine Quesemand. belles choses a dire. partager leur excitation. Et, d’ailleurs, la
Décors : Laurent Allaire. D’abord parce que la capacité 4 faire magie opére souvent grace a de stupéfiants
Production : Patrick Dumont. croire en ces mythes est au centre d’un film effets spéciaux.
Distribution: __Les Films du Paradoxe. qui, de maniére presque scolaire, raconte Car si Jason et les Argonautes est un film
Durée : 1h47 simplement mais sans les simplifier (mieux réalisé par Don Chaffey, c’est surtout de Ray
Sortie : le 29 novembre vaut étre muni d’un Que sais-je sur la Harryhausen dont il convient de se rap- >
Orient express
bluffante.
Mais ce qui est surtout surprenant, c’est
la maniére dont Harryhausen anticipe des
motifs qui réapparaitront bien plus tard avec,
par exemple, invention du morphing. Ainsi,
les pas mécaniques de Talos et son indes-
tructibilité semblent annoncer l’invention par JEAN-SEBASTIEN CHAUVIN
du T. 1000 de Terminator. Ou encore le
questionnement sur l’opposition entre I’hu-
main et l’inhumain dans les effets spéciaux n 1990 sort Il était une fois le tournoi du lion organisé par l’impéra-
avec l’animation des squelettes. Grace 4 ce en Chine, un film de Tsui trice, alors que dans le méme temps, des
géant de l’animation, Jason et les Argonautes Hark qui allait réactiver le diplomates russes fomentent un complot.
méritent toujours autant le détour. Et personnage de Wong Fei- Ce que pratique Tsui Hark, c’est une véri-
méme, pourquoi pas, on pourra encore faire hung, personnage mythique table mise en action de ce scénario roma-
comme si on avait peur. m du cinéma cantonais (mais nesque. Le Tournoi du lion est en effet un film
ayant réellement existé), descendant de la daction dans lequel les combats sont sou-
JASON ET LES ARGONAUTES lignée des maitres Shaolin, tombé en désué- mis a des chorégraphies trés inventives, et
Grande-Bretagne, 1963 tude aprés les innombrables films qui lui plus seulement un film historique aux
Réalisation : Don Chaffey furent consacrés dans les années 50. Wong prétentions politiques.
Effets spéciaux: Ray Harryhausen Fei-hung est une sorte de héros national, et Ce cinéaste a toujours été d’une grande
Seénario : Beverly Cross et Jan Read la série orchestrée par Tsui Hark, cinéaste générosité, si bien que chaque trouvaille
Directeur de la photographie : Wilkie Cooper de Hong Kong incroyablement prolixe, semble un cadeau offert au spectateur. De
Musique : Bernard Herrmann reprit le flambeau de ce personnage qu’il méme, il fait preuve d’une boulimie invrai-
Interprétation: Todd Armstrong, Nancy Kovack, fait évoluer dans un univers ot se croisent semblable. L’action a beau étre dans le cadre,
Honor Blackman tradition et modernité (le train a vapeur, elle semble toujours vouloir le déborder.
Production : Charles H. Schneer et Ray Harryhausen la photo, le cinéma), Orient et Occident, C'est particuliérement vrai des combats de
pour la Columbia passé et avenir. Dans le troisiéme épisode, groupes, pour lesquels Tsui Hark a une
Distribution : Carlotta Films un scénario romanesque fait se confronter appétence particuliére, et dont l’illustration
Durée : 1h44 Wong Fei-hung et la belle tante Yee 4 une la plus évidente serait l’ultime scéne de
En salles: le 6 décembre équipe malhonnéte concourant pour combat ot les concurrents s’affrontent sur
phiques se fait souvent de fagon pragma- et Tante Yee semblent actionner le récit sans
tique, les quelques ralentis qui jalonnent les jamais provoquer une dilatation temporelle
scénes de combats participant davantage (le temps des amoureux, différent du temps
d'une décomposition de l’action dans un de l’action combative et des négociations
souci de clarté, que d’une immersion dans politiques), une pause dans le mouvement
quelque chose de plus atmosphérique (et du film. Si le montage se fait moins haché
conférant ainsi 4 la scéne lyrisme et mélan- et la caméra plus statique, le cinéma de Tsui
colie). En ce sens, Tsui Hark est peut-étre Hark, dans ces moments-la, s’éloigne consi-
moins « artiste » que d’autres cinéastes de dérablement des canons du genre, ne se lais-
Hong Kong, Tout en étant un génial inven- sant jamais emporter par une rupture
teur de formes, il accorde moins d’impor- contemplative, un souffle romantique pure-
tance au rendu graphique et sensoriel des ment cinématographique (ce qui ne l’em-
images qu’a l’efficacité cinétique de leur péche nullement d’étre un grand roman-
enchainement (mais il y a des exceptions tique, simplement c’est moins dans la
dans son ceuvre, comme The Blade, ot il se rythmique que dans le choix de ses thémes
laisse aller 4 ses « hallucinations », littéra- ou le jeu des comédiens que son cinéma
lement possédé par son sujet). Cet emploi laisse émerger cet état). Ce sur quoi repose
« concret » des codes cinématographiques le troisiéme épisode de la série Il était une
se retrouve également dans l’usage qu’il fait fois en Chine sera par ailleurs radicalisé avec
des décors. Qu’un morceau de bois,un bol, Yincroyable Piége a Hong Kong, réalisé pour
une corde, une échelle, un mur se trouvent la Columbia avec Jean-Claude Vandamme,
dans le champ et ils servent immédiatement dans lequel les pauses sont inexistantes, ot
l'action submerge tout, jusqu’aux person-
nages, la romance ayant purement et sim-
TOUT VA TRES VITE CHEZ TsuI Hark, CINEASTE GENEREUX plement disparu.
Dans ce Tournoi du lion, on trouve une
ET BOULIMIQUE. Les SCENES DE COMBATS DE GROUPE, SATUREES belle idée révélatrice du cinéma de Tsui
Hark. Lors d’une répétition du tournoi dans
DE DETAILS, S ENCHAINENT SUR UN RYTHME EFERENE. les rues de la ville, Tante Yee perd sa caméra
dans la foule. Avant qu’elle ne la retrouve,
des pétards viennent s’enrouler autour de
une immense construction de bambous. Le de support au combat, dans un mouvement la caméra, activant la manivelle qui s’em-
cadre est souvent saturé d’une infinité de dune grande générosité ott Tsui Hark ne balle sous l’effet des explosions. Le mou-
détails et de mouvements, |’action princi- regarde pas a la dépense (d’énergie). Les vement de la manivelle, c’est un peu celui
pale obturée, brouillée par la profusion (de décors n’ont pas (ou peu) de fonction sym- du cinéma de Tsui Hark : belle image
gestes, de couleurs, de plans). D’ou l’im- bolique, comme chez King Hu, mais sont conjuguant action et explosions, qui tient
portance que tient le son (dans le cinéma utilisés pour ce qu’ils contiennent de pos- autant de la féte foraine que de la magie
de Hong Kong en général et chez Tsui sibilités pratiques et ludiques (Jet Lee grim- cinétique, l’essence méme de cette série. @
Hark en particulier) qui, 4 l’inverse de pant et avancant sur les tétes de ses adver- Il était une fois en Chine IIL, IV,V; VI, en salles depuis
l'image, a tendance a ramasser l’action vers saires pour échapper 4 une embuscade). le 8 novembre.
Y'intérieur du cadre, nous permettant de Une autre particularité de son cinéma, Il était une fois en Chine I, II sont disponibles chez HK
Vidéo.
savoir quand le coup a porté. Dans le pre- c’est son rythme effréné. La fiction, chez On pourra également se reporter 4 I’excellent dossier
mier épisode de la série, lors d’une scéne lui, avance toujours d’un seul jet, en une consacré par HK Magazine a la figure légendaire
d’affrontement, un personnage demande : sorte de rythmique unique, n’enregistrant Wong Fei-hung dans son numéro 6 de mars 1998.
« Qui m’a frappé ? ». C’est assez sympto- que rarement l’alternance de différentes
matique de ces combats de groupes ot vélocités. Bien sir, comme dans toute fic- IL ETAIT UNE FOIS EN CHINE III,
les coups sont noyés dans le nombre. Ici, tion traditionnelle, on trouve des moments LE TOURNO! DU LION
le cadre se fait toujours au risque de de creux ou des charniéres narratives qui Hong Kong, 1993
l'incompréhension visuelle, méme si, chez ne sont plus seulement motivés par l’action Réalisation : Tsui Hark
Tsui Hark, on ne se laisse pas griser par la pure. Mais tout, chez Tsui Hark,va trés vite, Scénario : Tsui Hark, Cheung Tan
profusion et I’abstraction (a la difference du le moindre composant étant soumis a cet Interprétation: Jet Lee, Rosamund Kwan, Maw Mok,
cinéma de Woo par exemple).Au contraire, impératif de rapidité. Ce flux tendu et direct Hung Yan-yan
notre ceil est soumis en permanence a une ne vient d’ailleurs pas du scénario, mais est Montage : Mak Chi-sin
attention soutenue. Pas question de se lais- entiérement dicté par la mise en scéne qui Production : Raymond Chow
ser aller a la réverie stylistique que peuvent accumule les péripéties sans laisser au spec- Distribution : Metropolitan Films Export
provoquer les gunfights ralentis de John Woo. tateur le temps de souffler. Ainsi, méme les Durée : 1h45
Vutilisation des procédés cinématogra- scénes de romance entre Wong Fei-hung Ensalles : depuis le 8 novembre
pects), du renversement victime- d'une caméra portée, sans excés niques que leurs emballantes
The Birdwatcher meurtrier (Seven) 4 'inclusion, au ni distance critique, optant pour aventures de Wallace et Gromit.
sein du film, de son propre mer- une voie médiane un peu terne. Le projet semblait aberrant, le
de GaprieL AUER chandising (Jurassic Park), on trouve Quant 4 la critique, elle est la plu- résultat ne l’est pas assez. Tout ce
(UEgaré d’Amérique) ici une sorte de best of de cette part du temps dévolue a des dia- qui tient ici de la parodie du film
France-Portugal, 2000. Avec Thom Hoffman et Ines de nouvelle cinéphilie qui n’aime logues trop explicatifs pour de prison (et d’évasion) se révéle
Medeiros. En salles le 20 décembre 2000. rien tant que le spectacle de la emporter d’adhésion. —_J.-S. C. lourd et emprunté. Et la fable
ualité plutét rare pour une manipulation. Le résultat n’est caquetante sur l’indispensable
production frangaise, The méme pas effrayant, juste laid. Sous entraide des opprimés (ici : la
Birdwatcher est un vrai thril- prétexte de suivre un groupe de Calle 54 volaille) face aux puissants (le fer-
ler, historique de surcroit, avec ren- curieux venant hanter les lieux de mier et, surtout, sa femme) est
versement et faux coupable. En tournage du cultissime Blair Witch, de FERNANDO TRUEBA épuisante. I] subsiste heureusement
1975, un ornithologue américain, on nage, pendant une heure et Espagne-France, 2000. Avec Paquito d’Rivera, Jerry dans Chicken Run quelque chose
Charles Williamsen (Tom Hoff- demie, dans de la bouillie new age Gonzales, Michel Camilo, Tito Puente. de l’esprit de Wallace et Gromit :
man), vient étudier les oiseaux au aux prétentions schizophréniques. Sortie le 13 décembre. des gags muets qui relévent du pur
Pays basque.A son arrivée 4 l’aé- Mais que sont devenues les peurs alle 54 est une comédie burlesque, la capacité de créer un
roport, il croise Miranda Fernan- dantan ? PB. C musicale sans comédiens monde joyeusement méchant 4
dez (Ines de Medeiros), fille d’un ni danseurs. Les seules partir de presque rien et des
haut dignitaire franquiste attendu stars sont les musiciens, de grands séquences qui, telle celle ot les
pour une partie de chasse. Ils sont Bronx-Barbes noms du latino-jazz. Aprés une poules s’entrainent au vol, retrou-
attirés l’un par l’autre mais la res- bréve présentation biographique, vent un réel pouvoir de sidéra-
semblance de Williamsen avec un d@EIANE DE Latour tournée en vidéo sur leur lieu de tion. C’est toujours du bricolage
terroriste basque, disparu dans un France, 2000. Avec Antony Koulehi Diate, Loss Syila vie respectif (Espagne, Cuba, que nait I’émerveillement. C’était
attentat, souléve la méfiance de Ousseni, Edwige Dogo. En salles depuis le 22 novembre. Etats-Unis), chacun interpréte, a la régle, sujets et mode de fabri-
leur entourage. Gabriel Auer joue ronx-Barbes est une sorte de tour de rdle, un morceau sur un cation confondus, de Wallace et
ici assez remarquablement de la Bien naive (au sens plateau de studio monochrome, Gromit. Cela reste vrai dans Chic-
mécanique du soupgon en un lieu noble), qui décrit le quo- changeant de couleur 4 chaque ken Run. art délirant de logique
unique (un hdétel de montagne) tidien de jeunes délinquants d’un nouvel invité. Les numéros s’en- de Nick Park et Peter Lord est en
pour établir une atmosphére ghetto, quelque part en Afrique. chainent, tantdét festifs, tantdét voie de normalisation. Par chance,
étrange de huis clos alpin. Il y a Ce qui ne convainc pas dans le graves, sans que la mise en scéne il a encore de beaux restes.
du Mais qui a tué Harry ? dans son film, c’est l’allégeance faite 4 un de Fernando Trueba n’arrive 4 Erwan Higuinen
film. Hélas, histoire d’amour récit trés écrit, qui cohabite mal leur constituer des univers spé-
entre Charles et Miranda est loin avec l’aspect pris sur le vif de son cifiques. Tous sont coulés dans le
d’étre aussi aboutie. Tom Hoffman filmage. Bronx-Barbes a tout de ces méme moule mouvant (plan
a beau étre excellent, ce n’est pas fictions pleines qui, se voulant réa- d’ensemble valorisant la relation
© FILM DISTRIBUTORS INTERNATIONAL
Cary Grant et son personnage listes dans leur mise en images, des musiciens entre eux, plans de
manque de grace et d’humour. débordent de péripéties, de mou- détail soulignant l’agilité des mains
Un peu trop empesé pour vrai- vements. La fiction est le grand de l’artiste). Seule se dégage la
ment décoller, The Birdwatcher est théme du film. Les personnages se photogénie de certains, leur capa-
une promesse a demi-tenue. construisent leur propre fiction, cité personnelle 4 occuper une
Patrice Blouin au travers de surnoms évocateurs scéne. Tito Puente est un showman
que chacun se choisit (Nixon, hors pair, un Joe Pesci du Spanish
Scarface,Al Capone, Chirac, Solo Harlem, et Jerry Gonzales, appa- Charlie et ses dréles
Blair Witch 2 du grand B), comme s’ils étaient raissant sur fond rouge, est beau
en lutte contre une réalité qui ne comme le diable en chapeau de dames
de Joz BERLINGER voulait pas d’eux et qu’il fallait feutre. Les autres musiciens, lais-
Etats-Unis, 2000. Avec Jeffrey Donovan, Kim Director, Erica donc bien s’inventer une autre vie sés 4 eux-mémes, font leur travail. de McG
Leerhsen. En salles depuis le 8 novembre, dans le ghetto, dans un clan, avec Ils captivent l’oreille sans saisir le (Charlie's Angels)
In’y a pas que le récent Scary ce qu'elle suppose de fantasmes et regard. EB. Etats-Unis, 2000. Avec Cameron Diaz, Drew Barrymore,
Movie qui fasse dans la com- d’aveuglement. De méme, Eliane Lucy Liu, Bill Murray. En salles depuis le 22 novembre.
pilation. C’est I’ensemble du de Latour ne cherche jamais a n cinéaste sans nom, une
genre (le film d’horreur pour évacuer la maladresse de ses Chicken Run série trop connue: le
gentils adolescents) qui est en comédiens, des amateurs recrutés mélange de Charlie et ses
passe de devenir le lieu de l’auto- sur place a qui elle demande de de Nick Park et Perer Lorp dréles de dames est assez imper-
référence permanente.A ce jeu de jouer et non plus d’étre, a la diffe- Etats-Unis/Grande-Bretagne/France, 2000. En salles sonnel pour se permettre tout,
petit malin, Blair Witch 2 est en rence de ces fictions véristes qui le 13 décembre. assez intelligent pour ne jamais
bonne position pour remporter la sévissent un peu partout. Par ce omme La Grande Eva- sombrer. Subtil aussi, dans sa
redoublement du jeu (des per-
« & : :
sion, mais avec des maniére de rassembler la vulgarité
palme. Mieux qu’un simple sequel,
il complique 4 loisir l’équation de sonnages, des acteurs), Bronx- poules » :’est ainsi que, porno dans l’air du temps et ses
base du premier épisode (faux Barbes atteint parfois une forme de dans la presse, Nick Park et Peter signes avant-coureurs qui rodent
documentaire ou vraie fiction ?). vérité. Dommage alors qu’Eliane Lord présentaient il y a quelques depuis les années 70. Il n’est
De la mise en abyme (Scream) au de Latour ait choisi une imagerie mois Chicken Run, film d’anima- méme question que de cela. De
flash-back mensonger (Usual Sus- réaliste, suivant les personnages tion réalisé avec les mémes tech- signes. Pour un film deleuzien »
» version pauvre, entre James film plait pour cet aveu qui est symboliquement comme des
Bond pour les girls et Matrix pour aussi une profession de foi. Au pierres attaquées par les lichens.
les miroirs. C’est un karaoké bout de cet autoportrait de Leur versant animal se révéle 4
sonore (50 chansons au moins, l’amuseur en voleur honnéte mesure qu’ils vivent au rythme
vieilles et neuves, dans la BO, soit affleure quelque chose comme exigeant de la nature, s’endorment
deux ou trois par scéne) et visuel, une éthique de cinéaste d’aprés mal, se réveillent ensablés. Entre-
ot publicité, film d’action, clip, le cinéma qu’il aime. La pire temps, la question de ce qui tra-
avant-garde féministe trouvent faute de gout serait d’oublier verse un plan, un film, un désert,
miraculeusement leur place. On que son butin vient d’ailleurs. un homme — une pensée ou une
y voit trois actrices fofolles et iro- Woody Allen ne la commettra sensation par exemple — n’est pas
niques perdues dans les studios de Escrocs mais pas trop pas. E. H. vraiment posée.
Hong Kong et de Hollywood Inexplicablement, merveilleuse-
(cété cinéma, télé, série Z). de Woopy ALLEN ment, les animaux de Freedom
Aucune trace du second degré (Small Time Crooks) Freedom accédent au statut de personnages.
idiot qui caractérise les films 4 la Etats-Unis, 2000. Avec Woody Allen, Tracey Ullman, Elaine Pas les humains, qui pourtant leur
mode. Bravo donc 4 l’inconnu May, Hugh Grant. En salles le 6 décembre. de SHaruNAS BarRTAS ressemblent. Peut-étre Bartas ne
McG, esthéte incohérent et gla- ile cinéma de Woody Allen France-Lituanie-Portugal, 2000. Avec Valentinas sait-il que faire des acteurs, et n’est
mour qui cherche innocemment Sree un charme indé- Masalskis, Fatima Ennaflaoui, Axel Neuman. En salles capable de voir que les paysages
a nous faire danser par les yeux. niable, c’est qu’il filme |e 13 décembre. et les formes qui ne pensent pas.
Olivier Joyard comme il joue de la clarinette : rois personnages, puis deux. Tant qu’il refusera de creuser ce
avec l’application génée de ceux La nuit, puis le soleil. Un puits sans fin qui est le fondement
qui doutent d’étre vraiment 4 désert. Faut-il le contem- méme de son regard, tant qu’il
Djib leur place, qui rejouent les stan- pler ? Est-ce encore une activité n’aura pas la cruauté (ou I’en-
dards en blaguant, pris en tenaille humaine ? D’ailleurs, qu’est-ce fance) de laisser son cinéma se
de Jean OpouTan entre leur amour des originaux qu’une activité humaine ? Du faire entiérement traverser par des
France, 2000. Avec Max-Edouard Balthazard, Laurentine et la crainte qu’on les trouve sang qui coule, un ceil qui bouge, matiéres rebelles, capables de bra-
Milebo, Jean Odoutan. En salles depuis le 29 novembre. présomptueux. De 1a découle la une parole proférée comme un ler jusqu’a ses visions, de penser a
ans la foulée de son vivacité bancale de ses mélo- cri? Sharunas Bartas passe des leur place, il continuera de filmer,
D Barbecue Pejo béninois, drames entravés, de ses comédies intérieurs bleu nuit de The House, en romantique désolé, l’histoire
Jean Odoutan pose en secrétement criminelles, de son son précédent long-métrage, aux de sa lente asphyxie. oy
banlieue son petit théatre 4 l’'ama- burlesque amoureux. Au vu de étendues du Maroc hors les villes
teurisme rieur, 4 la pédagogie sit- cet Escrocs mais pas trop un peu de Freedom, film d’une grande
com, moins gentillet qu’il n’y poussif, on dira sans doute que ambition, pour se poser les mémes The Grinch
parait. Il y est question, au fil de son cinéma est dans l’impasse. questions. Cinéma 4 idée fixe,
sketches quasi rapés, de la quéte C’est vrai, cela a toujours été donc. Et 4 plan fixes, bien stir, ot de Ron Howarp
menée par le trés jeune Djibril vrai : Woody Allen filme de l’im- les trois corps qui occupent en Etats-Unis, 2000. Avec Jim Carrey, Taylor Momsen, Jeffrey
d'un moyen honnéte de gagner passe — c’est d’ailleurs ce qui fait alternance une petite partie de Tambor, Christine Baranski. En salles le 6 décembre.
sa vie. Au world-cinema folklorique, son prix. Escrocs mais pas trop ne Yimage (lecon de grand angle) et uelques bons petits films
Odoutan oppose un retour 4 la parle que de ¢a. On y voit des les trois quarts du cadre (legon de (Parenthood, Le Journal), et
scéne frondeuse, en gros plan, avec malfrats dont le projet de casse gros plan) se noient dans une surtout une maniére de se
insultes qui se chevauchent, fille échoue. En guise de couverture, vague mais tenace ritournelle de confrénter4 tous les genres, ont
frappée jusqu’au sang et baisers ils avaient ouvert une boutique souffrances. donné illusion que Ron Howard
au miel. Le réve d’Afrique de ses de cookies. La couverture en Trafiquants, évadés de quelque était un honnéte artisan des stu-
personnages, Noirs et Arabes vient 4 tout recouvrir. Succés part, errants, ils n’intéressent qu’as- dios, un Michael Curtiz contem-
réunis non sans heurts, il le réa- éclair, une gigantesque entreprise sez épisodiquement. Mais ils ne porain. I] fallait étre naif pour ne
lise figrement dans ses saynétes nait d’un plan 4 l’autre, présen- sont pas seuls. Des animaux les pas voir qu’il était surtout le plus
villageoises sur le macadam fran- tée dans un reportage télé hila- entourent, que Bartas, mué en grand copieur d’Hollywood,
cilien reconquis. Dans Djib, film rant. L’épouse veut rejoindre la esthéte attentif et vibrant, filme récupérant avec d’autant plus d’ar-
dont il est l’homme-orchestre haute société et se trouve un comme d’intenses révélations. rogance l’univers des autres qu’il
définitif (scénario, réalisation, éducateur pour un remake biaisé Christique envolée de flamants fait mine d’étre son inventeur.
montage, décors, musique...), du Born Yesterday de Cukor. roses traversant le couchant ; pré- Dans The Grinch, par ailleurs un
Odoutan s’est offert avec malice Woody, lui, se lamente. I] voulait cis battements d’ailes de mouettes charmant quoique trés vite lassant
un role d’animateur de quartier devenir riche, mais pour se pré- en escadrille au-dessus d’une conte de Noél, Howard lorgne
a l’exaltation risible. C’est 1a sa lasser : la méme vie, les fins de plage ; difficile croisade d’un lézard cette fois du cété de Tim Burton,
véritable fonction : animateur, il mois difficiles en moins. Le pour avancer, reculer, avancer sur pillant sans vergogne Edward aux
met les choses et les gens en mou- cinéaste prend le parti des petits. la dune ; crabes battant retraite vers mains d’argent et L’Etrange Noél de
vement, les fait danser. Parfois, tout Et se revendique lui-méme petit. la mer. Ces voyages poétiques Monsieur Jack. Howard mimant
s'accélére et c’est la chute. Mais Le triomphe (des cookies ici, de éclairent par l’absurde le versant Burton, c’est un peu comme si
on se reléve et on repart puisque son ceuvre) est un malentendu. sombre du film (les hommes et Lara Fabian cherchait 4 chanter
la caméra tourne encore. Anima- A la réussite entrepreneuriale qui leur existence de cinéma) que comme Billy Holliday, c’est trés
teur, ce n’est pas rien. Et bientot, le propulse dans un monde de Bartas est incapable d’approcher, vite 4 cdté de la plaque, l’4me
Odoutan sera cinéaste. snobs cyniques, il oppose une sinon par d’incertaines prophé- étant finalement ce qui préserve
ELH pratique de truand modeste. Le ties. Ses personnages fonctionnent un style de ses imitateurs. Restent
CONCEPTION GRAPINGUE « MICHAL BATORY, PHOTOS « © THT SWPA PRESSE / PATRICK ROCHE
que Lise prend en otage, pour
lobliger 4 accomplir un péleri-
nage et conjurer ainsi la mort de
son fils, permet 4 Denis Dercourt
Girlfight d’évoquer, plus que d’introduire,
lunivers de Georges Bernanos.
de Karyn KusaMa Les tourments métaphysiques des
Etats-Unis, 2000. Avec Michelle Rodriguez, Jaime Tirelli, curés de campagne tels que les fil-
Paul Calderon, Santiago Douglas. maient Robert Bresson et Mau-
CAHIERS
En salles depuis le 29 novembre. rice Pialat ne sont ici que simple CINEMA
onne nouvelle, voila un fatigue physique et visage résigné.
bon film indépendant amé- Comme son personnage mascu-
REF. SIG 11002
ricain, qui ne se passe ni a lin, le film se traine sur les routes
Manhattan ni 4 Brooklyn mais de France, enchaine laborieuse-
dans le Queens, un film d’une ment les différentes rencontres
jeune cinéaste qui n’a manifeste- occasionnées par le pélerinage (la
ment pas passé son temps 4 lire mére de Lise dans un asile, l'agres-
Breat Easton Ellis et 4 regarder des sion par de jeunes délinquants, LES GRANDES HEURES INA {RADIO FRANCE
films de Peckinpah, et qui n’au- une restauratrice vietnamienne)
rait pas vendu son 4me pour avoir pour mieux les abandonner aus-
réalisé Reservoir Dogs. Pour son sit6t sur le bas-cété.
premier film, Karyn Kusama colle N. A.
simplement son personnage de
trés prés, avec le plus de justesse
possible. Et ce personnage est pas- Marie-Line
sionnant : Diana est une jeune
lycéenne hargneuse qui ne cesse de MeHp! CHAREF
de se battre, contre ses copines, France, 2000. Avec Muriel Robin, Fejria Deliba,
contre son pére, contre tout le Valérie Stroh. En salles le 20 décembre.
monde. Un jour, elle découvre la e Mehdi Charef, on aime
boxe et Girlfight filme dés lors ses )la précision et la justesse
entrainements, sa hargne d’ap- du regard, qui manque
prendre et sa découverte d’un souvent au cinéma frangais et
monde masculin. Et c’est dans rend ses films d’autant plus atta-
espace étriqué du ring qu’elle chants. Ce préambule n’est pas
tombera amoureuse d’un jeune une simple précaution oratoire Noel
boxeur jusqu’a ce qu’elle se batte car, dans Marie-Line, c’est encore
contre lui pour un match, beau parfois le cas. Seulement, aprés
moment ot les gestes de sport huit ans d’absence derriére la
deviennent érotiques. Diana est caméra, le cinéaste revient avec
une guerriére, et c’est ainsi que un besoin boulimique de dire
Yétonnante Michelle Rodriguez, tout ce qu'il n’a pu filmer pen-
une jeune actrice dont on repar- dant ces années, au point qu’il y RADIO FRANCE, PIECE 1275
116 AVENUE DU PRESIDENT KENNEDY
lera 4 coup sar, l’interprete. Le a beaucoup de maladresses dans
75220 PARIS CEDEX 16 - www.radio-france.fr
film existe, comme on dit, en se son dernier film. Marie-Line
mettant au diapason de son jeu dirige une petite équipe de net-»
harmonia mundi BW | Giz SIGNATURE
CAHIERS DU CINEMA / DECEMBRE 2000 87
CAHIER CIR avenue
BK
Le magazine du court métrage
vous e"
dit ong
WWwwedeencechi
con
Fatma. Entre eux deux, c’est une platement chronologique par une
histoire profonde, contrariée, mise en scéne spectaculaire, sur-
cedipe musulman mal résolu qui enchére de moments paroxys-
va tourner vinaigre. Fatma fait des tiques. En ne voulant filmer que
ménages au Caire, chez des bour- des moments musicaux, Corbiau
geois, pour que son fils étudie. Le ne découvre, dans un montage
garcon fragile, en pleine poussée binaire, que des correspondances
de séve, est congédié par un pro- mimétiques entre le son et l'image
fesseur, lequel va s’intéresser de qui en découle. Le film échoue
prés a Fatma, venue rattraper le a coordonner |’enchainement de
coup. Le fanatisme guette, prét a tous les éléments de son scénario
récupérer les Ames désemparées. et a tisser, 4 travers les relations»
»de Louis xiv, de Lully et de Le film ne joue pas les bons également pour cette maniére de plus conservateur de tous est fina-
Moliére, les liens qui unissent le contre les méchants, mais enre- conte moral 4 double tranchant, lement le plus ouvert, le moins
pouvoir et l’art. Avortés et mal fil- gistre avec beaucoup de justesse qui apaise autant qu’il fait froid juge, le plus étonné aussi. Une fois
més, les ballets du roi auraient Vimpunité érigé en systeme. On dans le dos, dont la plus belle terminé, Le Mikado ressemblera
nécessité une plus grande atten- pense parfois au Kids de Larry manifestation est son étonnante bien 4 une opérette de Gilbert et
tion puisque c’est surtout dans Clarks, avec qui Fabrice Genes- scéne finale, loin de l’environne- Sullivan, mais ces petits détails, ces
leur mise en scéne que réside la tal partage une sensibilité, une ment des cités. ise japonaiseries, auront transformé
représentation esthétique d’un approche, mais également une imperceptiblement le décor. Vart
pouvoir par lui-méme. N.A. construction du récit un peu mal- de Mike Leigh est un peu [a : assez
adroite. Le sentiment de déshé- conventionnel, jamais vraiment
rence sociale et l’instinct grégaire sens dessus dessous, et pourtant
La Squale sont autant de symptOmes terri- soumis a un décalage qui modifie
fiants d’un réel par ailleurs sujet trés légérement la convention.
de Fapricr GENESTAL a la douceur (de trés belles scenes jsic
France, 2000. Avec Esse Lawson, Tony Mpoudja, Khered- de drague) et aux résistances
dine Ennasri, Stephanie Jaubert. En salles le 29 novembre. morales (la prise de consciences
remier long-métrage, film
Paw la banlieue davantage
de certains jeunes). De méme, on
ne nous présente pas l’habituelle
he Les Vainqueurs
que film de banlieue, opposition avec la police, figure Topsy-Turvy de JuLian Kemp
La Squale se place résolument du imposée du genre. Les représen- (House !)
cété des filles et s’attaque au tabou tants de l’autorité, 4 commencer de Mixe Leicu Grande-Bretagne, 2000. Avec Kelly Mac Donald, Freddie
du machisme dans les cités. par les péres, y brillent au Grande-Bretagne, 1998, Avec Jim Broadbent, Allan Jones, Mossie Smith, Jason Hugues, Miriam Margolyes. En
Désirée est persuadée d’avoir contraire par leur absence. Alors Corduner, Timothy Spall, Lesley Manville. En salles depuis salles depuis le 8 novembre.
pour pére Souleymane, caid que le regard de Genestal est sans le 29 novembre. mpruntant les mémes che-
légendaire de la cité. Elle ren- jugement ni pose philosophique, opsy- Turvy est une expres- ze que Les Virtuoses ou
contre Toussaint, jeune chef de il est dommage que le film ait sion idiomatique qu’on The Full Monthy, Les Vain-
bande dont elle tombe amou- cette tentation du panel sociolo- pourrait traduire par « sans queurs conte l’histoire édifiante
reuse. Or Toussaint, aussi s¢dui- gique cherchant moins des sin- queue ni téte ». Le terme fut uti- d'un groupe de personnages soli-
sant soit-il, est 4 l’origine d’un gularités que des figures repré- lisé par un journaliste du Times daires triomphant, a leur maniére,
viol collectif d’ une fille de la cité. sentatives. Mais La Squale vaut pour qualifier les ceuvres de Gil- de Vhorreur économique. La
bert et Sullivan, maitres incontes- Scala, fiére batisse ot1 quelques
tés de l’opérette a la fin du x1x* fidéles jouent encore au loto,
siécle outre-Manche. Lorsque le prend l’eau de toutes parts, et
film débute, il se trouve que leur ses employés sont menacés par
derniére piéce, Princesse Ida, est un une décision du conseil munici-
désaveu critique et public. Gilbert pal et par l’arrivée de la plus
peine 4 renouveler ses livrets qui grande salle de Bingo jamais
peu ou prou se ressemblent et construite dans toute I’Angleterre.
Sullivan, lassé, vise la grande Jusqu’au jour ot Linda se
musique. Leur association est préte découvre un don : elle devine les
a capoter lorsque Gilbert visite numéros a l’avance. La lutte sociale
une exposition japonaise a a alors tendance 4 diluer sa vio-
Londres, a partir de laquelle il va lence dans la guimauve d’une fee-
imaginer une nouvelle opérette : rie vieillotte, qui rappelle 4 bien
Le Mikado. Le plus émouvant dans des égards Little Voice, sorti il y a
Topsy- Turvy reste le portrait de plus dun an. Comme si aprés
Gilbert, personnage taciturne et les années Frears-Loach-Leigh,
silencieux qui s’ouvre 4 l’inconnu pleines de noirceur, les cinéastes
en bousculant ses habituels livrets, de la nouvelle génération étaient
double idéal de Mike Leigh qui pris d’un irrépressible besoin de
trouve 1a matiére a une réflexion s’évader, la téte en l’air mais les
sur son art. «Inconnu » est pieds immobilisés par la boue. Il
ailleurs un bien grand mot dans ressort du film une esthétique qui
cette Angleterre au faite de sa ne trouve jamais la note, mal fago-
puissance coloniale, raciste et eth- tée comme son héroine, belle
nocentrée. Dans ce contexte, Gil- jeune fille qui porte des habits
bert parait presque révolutionnaire de vieux, hésitant entre le réel
“ les “Budowitz” et “Kol Simcha” en concert
lorsqu’il demande 4 ses comé- et l'imaginaire sans jamais les
des films, des contes, des rencontres. .. diennes réfractaires de marcher (ré)concilier. Une note que le
du 19 au 31 décembre
dé exactement comme des Japo- cinéaste trouve plus siirement chez
ses acteurs et les personnages qu’ils
Porte Saint-Eustache, Forum
forumdesi mages
des Halles, 75001 Paris /O1 44 76 62 00/ www.forumdesimages.net
naises, et non de jouer un hypo-
thétique fantasme de démarche incarnent.
exotique. Celui qui paraissait le TEC
vif. Alors, son film aurait pu son jeu, son espace, ses effets. 15, rue de Saintonge 75003 Paris
prendre forme. E. H. ise Tél 0142747014 Fax 0142747024
kK-films
@ wanadoo.fr
CAHIERS DU CINEMA / DECEMBRE 2000 91
un débat avec Labarthe et Francois
Porcile. Le 13, c’est Philippe Sollers qui
rejoindra Labarthe apres Bruno Schulz
Cinémathéque francaise (1988), Sollers, I'isolé absolu (1998) et
Décembre La Poste du Louvre (1985).
La grande rétrospective du mois est Renseignements : 08 36 68 14 07.
consacrée, dans la salle du Palais de
Chaillot, 2 Luchino Visconti (du 6 au 2: Festival des cinémas
31 décembre). Tous les films du grand différents
cinéaste italien sont annoncés, dont Cinéma La Clef- Images d’Ailleurs,
L’Etranger, réalisé en 1967 et invisible 13-17 décembre
depuis, et A la recherche de Tadzio Le collectif Jeune Cinéma, qui organise
(1970), court-métrage vidéo sur les la manifestation, annonce un festival
traces de son jeune interpréte de Mort « exclusivement consacré au cinéma
a Venise. Des Amants diaboliques différent, expérimental, d’avant-garde,
(1943) a L’Innocent (1976), rien ne
manquera : Le Guépard, Rocco et ses
i autre, indépendant, personnel, under-
ground, méme, nouveau, singulier, de
fréres, Senso, Les Nuits blanches, San- création, d'art ». Sélection de 56 films
dra, Violence et passion. et vidéos, carte blanche aux éditions
Dans la salle Grands Boulevards, le Noél Herpe (le 11), Jean-Louis Milesi en poste a Arte. 7 semaines, 7 themes : Re:Voir, 4 la revue Exploding, etc.
cycle dédié aux essentiels Yervant Gia- et Marie Marvier (le 13), Pierre Billard « Cette télévision est la nétre », Renseignements : 01 42 46 54 87;
nikian et Angela Ricci Lucchi s'achéve et Eric Bonnefille (le 15), Raymond Chi- « Figures du pouvoir », « L’homme/la e-mail : Marcel. Maze.Cjc@wanadoo. fr
le 10 décembre. Suivra, du 13 au 30, rat et Yves Desrichard (le 16) et Ginette femme a la caméra », « Pour l'amour
un choix de mélodrames latino-améri- Vincendeau (le 17). La rétrospective se de l'art », « Regards engagés », « Les Festival de films gays et lesbiens
cains des années 30 aux années 60. poursuivra en janvier. fantémes de l'histoire », « La langue de Paris
Renseignements : 01 56 26 01 O1. Renseignements : 01 53 54 42 34. des images ». On verra la premiére Forum des images, 13-17 décembre
émission du magazine Juste une image Pour sa 6° édition, le Festival 2000 G&L
Photo Rétrospective Aki Kaurismaki réalisée par Philippe Grandrieux en propose une sélection de films récents,
Forum des images, jusqu’au Institut finlandais, jusqu’au 1982, Palettes n° I sur le Vénitien Véro- courts (dont Nous deux, le premier film
15 décembre 16 décembre nése. Films de Moati, Ken Loach, Kar- de Christophe Honoré) et longs-
Fin de la rétrospective du Forum des Lintégrale Kaurismaki s'achéve avec lin, Mordillat, Richard Leacock, Aker- métrages (dont Legons des ténébres
images sur les rapports entre la pho- Leningrad Cowboys Meet Moses, les 7 man, Van der Keuken, Dindo, Guzman, de Vincent Dieutre et le renversant
tographie et le cinéma, avec Photo et et 9 décembre, et, surtout, Tiens ton Marker, Kramer ; rares productions de Memento Mori des Coréens Kim Tae-
Cie de Miéville et Godard et Alice dans foulard, Tatiana, \es 14 et 16. « Ce film la jeune école documentaire francaise yong et Min Kyu-dong), ainsi que des
les villes de Wenders le 9 décembre, est mon adieu personnel a cette Fin- qui doit beaucoup a l'obstination de documentaires. Sans oublier la rétros-
Les trois font la paire de Guitry le 10, lande ou j'ai grandi et que je sais, ama Garrel (Amour, rue de Lappe de Denis pective « Masquerade », avec Horse
Reporters de Depardon le 13 et Le grande tristesse, disparue pour tou- Gheerbrant, Les Patients de Claire de Warhol, The Killing of Sister George
Cameraman de Buster Keaton en ciné- jours », en dit le cinéaste. Simon) ; eta découvrir : Underground d'Aldrich et The Yellow Sequence
concert le 14. Tél. : O01 40 51 89 09; USA (1973), florilége du cinéma six- Flamming Creatures de Jack Smith.
Renseignement : 01 44 76 62 00 fax: 01 40 46 09 33 ; ties new-yorkais composé par Thierry Renseignements : 01 55 28 38 84.
ou O1 44 76 62 33 ; e-mail : [email protected] ; Garrel et présenté par... Roger Hanin.
www. forumdesimages.net www. institut-finlandais.asso.fr Entrée libre et gratuite. Cinémathéque de |’ARP
Galerie nationale du Jeu de paume : Cinéma des cinéastes, 17, 24 et
Typiquement British La Méditerranée entre Nord et Sud 01 47 03 12 50. 31 décembre
Centre Pompidou, jusqu’au 5 mars Institut du monde arabe, jusqu’au LARP propose trois séances de sa ciné-
Aprés I'hommage a la Hammer (jus- 17 décembre Cinéma, mémoire familiale mathéque en décembre. Le 17, Liliane
qu’au 11 décembre), la rétrospective Le cycle automnal de IIMA s’achéve le Musée d'Art et d'Histoire du de Kermadec viendra présenter son
du cinéma britannique nous montrera 17 décembre avec un film qu’il serait judaisme, 6-21 décembre film Eloise. année s'achévera, les 24
« la France vue par les cinéastes dommage de manquer : Les Eaux Chroniques, documentaires et fictions et 31 décembre, avec Zazie dans le
anglais » (du 13 au 25), avec notam- noires (1956) de Youssef Chahine. sur le théme de la mémoire familiale. métro de Louis Malle.
ment Champagne (1928) d’Hitchcock. Renseignements : 01 40 51 38 38 ; A ne pas rater, trois Joseph Morder : Renseignements : 01 53 42 40 30.
Puis viendra le tour de « I'humour a www.imarabe.org La Plage, Ma mére était une star,
l'anglaise » (du 20 décembre au 1*jan- Mémoires d’un Juif tropical. A voir éga- ACAT Cinéma
vier), avec une poignée de bonnes Spécial cinéma japonais lement, A /a recherche de mon lieu de Balzac, 9 décembre
comédies des années 40 et 50 (tels Action Ecoles, jusqu’au 9 janvier naissance de Boris Lehman et Portrait UAction des chrétiens pour l’abolition
Passeport pour Pimlico de Henry Cor- Le cinéma Action Ecoles se penche sur d'une jeune fille 2 Bruxelles dans les de la torture organise une rencontre
nelius ou Noblesse oblige de Robert le cinéma nippon. Jusqu’au 12 années soixante, le film de la série sur la peine de mort. La projection de
Hamer), des films des Monthy Python décembre, honneur aux grands auteurs, « Tous les garcons et les filles de leur Jugé coupable de Clint Eastwood sera
et quelques Wallace et Gromit. Que sui- Ozu, Mizoguchi, Kurosawa, Naruse. Du age » réalisé par Chantal Akerman. suivie d'un débat avec Robert Badinter.
vront quelques «Cinéastes étrangers 13 au 26, une rétrospective Takeshi Tél. : 01 53 01 86 48 Renseignements : 06 86 82 77 63 ;
au Royaume-Uni » (du 27 décembre Kitano a l'occasion de la sortie de son O1 49 23 70 60.
au 8 janvier), qui ont pour noms René nouveau film. Le 27 décembre, place Gros plan sur Jochen Kuhn
Clair, Robert Flaherty, Joseph Losey, aux grands monstres avec les embal- Goethe-Institut, 7 décembre ; Femis, Cinéma muet en concert
Roman Polanski, Stanley Kubrick ou lants Godzilla, Rodan, Prisonniéres des 8 décembre Auditorium du Louvre, 16 et
encore Jerzy Skolimowski. Martiens, Mothra contre Godzilla et La Deux soirées, organisées par le Goethe- 17 décembre
Tél. : 01 44 78 42 00; Guerre des monstres d'Inoshiro Honda, Institut et le magazine Bref, permet- Dernier ciné-concert de I'an 2000 au
fax : 01 44 78 13 02; ainsi que la série des Majin, signés tront de découvrir les films de l’artiste Louvre, avec Salomé (1922), réalisé
www.centrepompidou.fr Yasuda, Misumi et Mori. et réalisateur allemand Jochen Kuhn par Charles Bryant et interprété (ainsi
Renseignements : 01 43 29 79 89. en neuf courts-métrages tournés que costumé et scénographié) par son
Julien Duvivier, « Richesse depuis 1981. épouse d’alors, Alla Nazimova. Cette
et diversité » Thierry Garrel, juste une image Renseignements : 01 44 43 92 20. adaptation rare de la piéce d’Oscar
Reflet Médicis, depuis le Galerie nationale du Jeu de paume, Wilde sera commandée par |’audito-
29 novembre 5 décembre -21 janvier André S. Labarthe rium du Louvre a Marc-Olivier Dupin.
Vingt films de Julien Duvivier, de David C’est I'événement parisien du mois. MK2 Beaubourg, 7 et 13 décembre Renseignements : 01 40 20 51 86 ;
Golder (1930) 4 Marie-Octobre (1959), Egalement intitulée « 88 productions (20 h 30) www.louvre.fr
sont a l’affiche du Reflet Médicis. La pour une télévision publique de créa- Plus que deux soirées avec André S.
Revue d'histoire du cinéma 1895 orga- tion », cette manifestation rend hom- Labarthe au MK2 Beaubourg. Le 7 Cinéma yiddish
nise des soirées-débats en présence mage au travail de Thierry Garrel, rare seront projetés Karl Miinchiger (1987) Forum des images, 19-31 décembre
de Brigitte Auber et Jean Dréjac (le 8), producteur éclairé du PAF aujourd’hui et Tout ¢a pour Mandela (1986), avant De Chaim (1910) a Voyages (1999),
APPEL A CANDITATURE
dans leur numéro de janvier un Toulouse, jusqu'au 8 décembre
palmarés des 10 meilleurs films Entamé le 29 novembre, le 9° festival
de l'année 2000, pour la rédac- Séquence s’achéve, a Toulouse, Aute-
tion et pour les lecteurs. rive, Lavaur et Castanet, par la projec-
tion, le 8 décembre, des huit courts-
Envoyez-nous avant
le 11 décembre votre liste métrages en compétition. L'auront La production franco-allemande -
une provocation - un défi - une tentation ?
des 10 meilleurs films précédé : des programmes consacrés
Par e-mail : a |’animation et au court allemand le
[email protected] 6, des « regards sur l'Europe » le 7 et,
ou par courrier: 9, passage de le méme jour, un programme expéri- Si votre vie est le monde de la création, production, de l’audiovisuel, le monde du
la Boule-Blanche, 75012 Paris. mental cinéma et de la télé - si vous voulez faire de nouvelles expériences dans l’écriture de
Renseignements : 05 62 48 37 48. scénarios, réalisation, production- alors envoyez-nous votre CV !
un siécle de cinéma yiddish. Soirée Festival tous courts / Rencontres UAcadémie franco-allemande/Masterclass va étre affiliée 4 I'Académie du Film de
d’ouverture (a 19 h) avec une table cinématographiques Baden-Wirttemberg, Ludwigsburg et travaille en coopération avec La fémis, Patis.
ronde et la projection de films muets Aix-en-Provence, jusqu’au L’Académie commence ses activités le ler avril 2001 et dure 1 on.
tournés en Russie, accompagnés au 9 décembre
piano par Jean-Francois Zygel. A voir Cet intéressant festival de courts- Les conditions d’admissions sont les suivantes :
par la suite : Bruxelles-transit de Samy métrages propose un panorama du + bonnes connaissances de la langue francaise et allemande
Szlingerbaum (avec Héléne Lapiower), cinéma asiatique. Neuf films coréens
+ formation cinématographique ou audiovisuelle
Choix et destin de Tsipi Reichenbach, tournés entre 1998 et 2000, d’autres + expériences professionnelles dans le cinéma ou la télévision
Histoires d’Amérique de Chantal Aker- japonais, philippins, chinois, thailan-
Les droits d’inscriptions s’élévent a FF 5400.
man et un court-métrage d’Eric dais et taiwanais. Nuit spécial Belgique
Les candidatures sont recues jusqu’au 15 février 2001
Rochant, Présence féminine, datant de en présence d’Olivier Smolders. Tables
1986. Débats, rencontres. rondes. Compétition internationale en
49 films (on découvrira notamment le Intéressés ? Informez-vous d’avantage. http//www.filmakademie.de ou téléphonez 4
Forum des images : 01 44 76 62 00,
dernier court d'Emmanuelle Bercot, La Ute Puschmann, +49.7141.969-110, c/o Filmakademie Baden-Wirttemberg, Mathildenstr. 20,
01 44 76 63 33.
Faute au vent). Et une programmation D-71638 Ludwigsburg, Fax : +49.7141.969-299.
Viva les divas « Patrimoine cinématographique euro-
24 et 31 décembre, Cinéma des
cinéastes
péen » en présence d'André Delvaux
et de Jack Cardiff autour d'une sélec-
a Nees Nie lage
Uassociation Documentaire sur grand tion de... longs-métrages. B ADEN - W Re oo Eo We Be eemke 6
écran clét son cycle Bravo I'artiste ! (qui Cité du livre : 04 42 27 08 64 ; Académie franco-allemaonde du cinéma
se poursuit tout le mois de décembre) e-mail : [email protected]
avec deux journées consacrées aux
divas. On pourra y voir Poussiéres Festival du film court
d'amour de Werner Schroeter, Passion Nancy, jusqu’au 9 décembre
Callas de Claire Alby et Gérard Caillat, Organisé par l'association Aye-Aye, le
Trois valses (1938) de Ludwig Berger.. festival du film court de Nancy propose
Renseignements : 01 53 42 40 20. une cinquantaine de films courts, fic-
tions ou documentaires, d’animation
ou expérimentaux, en compétition ou
|BANLIEUE pas.
Renseignements : 03 83 37 22 23.
(ACTEURS ....... +. 60 F/9.15€ 2a, 325, 326, 327, pecial Spécial Télévision 1992...
Television: 1454, 452, 453, 454, 455/56, 457, 459, 531, 532, 533, “Hors ‘série “Made in China
SPECIAL 1 } 535, 536, 537, 538, 539, 540, 541
CINEMA SOVIETIQUE w 49 F/7,47€ : 331, 332, 333, 336, 337, 340, 341, 461, 462, Hors-série 91 (les films de : 2000
EN EUROPE .....-.0.se000e .-. 60 F/9,15€ 475, 476, 478, 479/480 (Cannes 94), } Chaque reliure permet de réunir les onze
367, 368, 369, 370, 373, 374, 375, 481, 482, 483, 484, 485, 486
Gl SERGE DANEY .... +» 60 F/9,15€
376, 377, 378 1995... }_numéros parus dans l'année. Ces reliures, au
GULES YEUX VERTS 67 F/10,21€ 487, 488, 489, 490, 491, 492, 493 : maniement simple, sont au format actuel de
QUISABELLE HUPPERT 60 F/9,15€ 379, 380, 381, 382, 385, 386, 387, (Spécial Kiarostami), 494, 495, 496, la revue, avec le titre « Cahiers du cinéma »
SPECIAL VIDEO, 100 Films 388, 389, 390 497, 498 Hors série musique imprimé sur la tranche (couleur gris foncé).
pour une vidéothéque .. 60 F/9,15€ 1987...... pEo pay: Reliure nouveau format (a partir du n° 425) :
OQ ALBUM DE TOURNAGE . “90 F/13,72€ 391, 392, 393, 394, 395/6, 397, 398, 499, 500 (Spécial Scorsese), 501, 502 O 4 reliure : 85 F/12.96€
399, 401, 402 (Cannes 96), 503 (Nouvelles techno-, :
00 VA LA VIDEO ....... 140 F/21,34€ 1988.. 2 reliures : 160 F/24,39€
logies),504, 505, 506 (Spécial Chahine),
SCENT JOURNEES QUI ONT FAIT 408.408#08, 408 08 410, 424, 412.413 444 507, 508 O 3 reliures ; 235 F/35,83€
LE CINEMA .. 50 F/7,62€ ' 1997.
Prénom
TITRES QUANTITE | PRIX TTC
d'accés et de rectification aux informations vous concernant
Adresse
Commune
NEW YO
de Michel Ocelot (en sa présence moins de 20 mn tournés depuis le
les 16 et 17 décembre), La Nounou 1* janvier 1999 et qui parviendront au
de Garri Badine ou Les Nouvelles Service culturel de l'université Lumiére
Aventures de Pinocchio de Comen- Lyon 2 avant le 31 janvier.
cini. Renseignements : Association Combien 100 UNIVERSAL CITY PLAZA 100 EAST 17TH STREET
Renseignements : 04 78 30 41 52. de RéActions, tél. : 04 78 26 82 05, UNIVERSAL CITY, CA 91608 | NYC 10003 Web: www.nyfa.com
Lumiére sur le doc Tel: 818-733-2600 Fax: 818-733-4074 Tel: 212-674-4300 Fax: 212-477-1414
Lyon, 14 décembre (21 h) Email: [email protected] | Email: [email protected]
Lassociation Lumiére sur le doc pro-
Cotations: @ inutilede sedéranger % avoiralarigueur ee voir keke Avoirabsolument kkk chef-d'ceuvre == — paswu
Philippe |Jean-Michel| Serge Gérard Pascal | Emmanuel |Marie-Anne| Thierry Olivier Charles
Collin Frodon | Kaganski Lefort | Mérigeau | Burdeau | Guerin Jousse Joyard Tesson
\Vies (Alain Cavalier) hk tok | took tok | tok = - - - ok
Yi Yi (Edward Yang) tok tok tot tok Joon tok Fobok tok ok tok
In the Mood for Love (Wong Kar-wai) | @ Yoko | tok | tok Yoko | tolok tok otk | bck | ok
Aniki, mon frére (Takeshi Kitano) - tokk Jokk tok tok took ~ Joo tok *
Merci pour le chocolat (Ciaude Chabrol)| @ oid | oidk ak kk Jot ak tk tok doko
Eureka (Shinji Aoyama) rook tok tok = ok = = took ok ok
Vacances prolongées (). van der Keuken)| tek tek Joi ek = kk Joo Jokk ak
Les Blessures assassines (J-P. Denis) | © tok ak * took _ - ek ke ak
Chunhyang (im Kwon Taek) hk tekk ok Jobo ek * - - tok
Topsy-Turvy (Mike Leigh) * ek ek *k ook = = Kk = x
Escrocs mais pas trop (Woody Allen) | * kk ak * tok tk e - - -
Infidéle (Liv Ulimann) e tok * x ak e took ok * tok
Paradiso (Rudolf Thome) * ok - ak * 2 5 S is Al
Freedom (Sharunas Bartas) * tok = ek = Ss x s * =
La chambre obscure (W.-C. Questerbert)| - tk = * - tek = * ~
Combat d’amour en songe (Raoul Ruiz)| @ x * * e - ak = x kk
Amours chiennes (Alejandro G. Inarritu) | — ek * = tk = e * e a
Blair Witch 2 (oe Berlinger) = - - e = e = e ° -
Jiason et les argonautes (Don Chaffey) | — ek = tok * = ek * ok Jotok
Pinocchio (Luigi Comencini) tok x = took took - tok ek tk ak
Philippe Collin (Elle), Jean-Michel Frodon (Le Monde), Serge Kaganski (Les Inrockuptibles), Gérard Letort (Libération, France Inter), Pascal Mérigeau (Le Nouvel Observateur). Emmanuel Burdeau, Marie-Anne Guerin, Thierry Jousse, Olivier Joyard et Charles Tesson (Cahiers du cinéma).
> / /
+> David Cronenberg
mh
sVON TRIER
ay je
Zeronenberg Griinberg
le futur
CATIERS DU CINEMA
J Piers Bizony
Arthur C. Clarke
4 / I
IL EST RICHE ET EN PLUS,
IL PREND SOIN DE MOI.
MES LEVRES ONT
LE COUP DE FOUDRE !
NOUVEAU
Challenges in bridging the gap include the insufficient training of teachers for effectively teaching cinema, leading to questions about the legitimacy of cinema education. Additionally, there is a call for cinema education to not mimic traditional subjects but instead involve encounters with cinema professionals and emphasize practical application . The lack of structured curricula and standardized resources adds to these challenges .
The duality of cinema as an art form and an academic subject poses the challenge of balancing appreciation with critical analysis within educational institutions. This requires curricula that nurture a creative understanding of cinema’s artistic value while also providing frameworks for academic evaluation, necessitating resources, professional collaborations, and flexible teaching methodologies .
The professional background of cinema educators significantly shapes the effectiveness of cinema education. The lack of specialized and comprehensive training in cinema for educators has led to varying levels of instructional quality, which could affect the legitimacy and consistency of cinema education in schools . Christine Juppé-Leblond emphasized the need for educators to have opportunities to meet cinema professionals, rather than having specialized teachers with insufficient training .
Institutional expectations often dismiss the need for specialized teachers, fearing it could lead to ineffective education outcomes similar to those seen in art and music . Practitioners, however, acknowledge a lack of formal training and resources which makes it challenging to deliver high-quality education, highlighting a disconnect between policy and practical needs .
Historically, the introduction of cinema in schools raised concerns that it might alienate students from film, just as literature education had previously distanced generations from French literature due to its teaching method . However, the risk of cinema education discouraging interest was considered minimal compared to the benefit of teaching students that cinema has an artistic and historical value akin to art and music .
The website developed by Dominique Coujard addresses geographical disparities by providing detailed film analyses, such as the plan-by-plan analysis of Mizoguchi's film "Les Contes de la lune vague après la pluie," and other online resources for students in areas with limited access to cinema libraries, thereby facilitating access to educational materials regardless of location .
Cinema education differs in methodology from subjects like mathematics because it needs to balance the structured learning of film history and techniques with fostering creativity and personal expression. Unlike math, which is often results-oriented, cinema education should also focus on process, critique, and creative thinking, offering students a more exploratory curriculum .
Meeting cinema professionals provides students with industry insights and direct exposure to real-world practices, which can be more inspiring and informative than instruction from specialized teachers lacking recent industry experience. This approach can enrich the students' understanding and engagement, making cinema feel relevant and dynamic .
A major concern about cinema education is that it might become another academic subject that students disengage from, similar to how literature is often taught in a way that alienates students from enjoying reading. This concern underscores the need for cinema education to foster appreciation and understanding rather than disenchantment .
Experts such as Alain Bergala argue against having a specialized curriculum for cinema education that might impose rigid guidelines, asserting that the value lies in creative freedom and tailored approaches by teachers. However, there is consensus on the need for legitimacy and tools that support cinema education without constraining teachers into a predefined method, emphasizing open tools over standardized manuals .