Techniques de forages – Cours 3 – Dr.
BENMARCE
II. Fluides de forage
Définition : On classe habituellement les fluides en fonction de la phase continue et de la
phase qui y est dispersée : - Air comprimé, - boue bentonitique, hule émulsionnée, - mousse
stabilisée, (Detay, 1993, Mabillot, 1971, Nguyen, 1993).
Les différents fluides de forage :
II.1. Boue à la bentonite : C'est un mélange colloïdal, et non pas une solution, cette simple
constatation donne une idée de l'instabilité de cette boue. La bentonite est une variété d’argile
très fine : la dimension des particules est inférieure à 1μm et la densité est de 2,6. A
l’hydratation, le volume devient 12 à 15 fois et parfois 30 fois plus grand. On distingue deux
catégories de bentonite : les bentonites calciques naturelles et les bentonites sodiques
naturelles qui sont les plus utilisées pour les boues de forage.
II.2. Boue polymère : C’est une substance formée par l’union bout à bout de deux molécules
ou plus de la même qualité de chaîne dans un autre composant d’éléments et de proportions
analogues, mais à plus haut poids moléculaire et à propriétés physiques différentes. Les
polymères peuvent être utilisés directement en tant que boue ou comme additif aux boues
bentonitiques, et sont subdivisés en polymères naturels et polymères artificiels (synthétiques).
III.2.1. Polymères naturels : produit organique obtenu à partir de gommes de Guar. La boue
polymère permet pour le même poids de matière, de produire un gel 10 fois plus qu’une boue
bentonitique, à la même viscosité (60 s au cône de Marsh). Parmi les polymères naturels on
cite :
Le Revert ; Il doit son nom à son pouvoir de « reversion » à terme de la viscosité. Au bout
d'un certain temps, réglable à volonté, (trois à quatre jours), la viscosité initiale et le gel
tombent brusquement et la boue devient aussi fluide et limpide que de l'eau pure. La rupture
de viscosité s'accompagne d'un changement de couleur de la boue qui perd sa teinte bleu
foncé pour devenir incolore. Le foreur est, par ce signal, informé du commencement du
phénomène de « reversion », il peut donc prendre les dispositions nécessaires.
II.2.2. Polymères synthétiques (artificiels) : Les polymères synthétiques peuvent être utilisés
avec des boues bentonitiques ou avec d’autres polymères. Ils ne sont pas biodégradables
généralement, et leur destruction nécessite une action chimique. Les solvants utilisés pour la
destruction (broken down) doivent être choisis pour ne pas bloquer la formation aquifère, le
massif filtrant et les crépines et ne polluent pas la nappe.
II.2.3. Polymères synthétiques biodégradables : Ils ne sont valables que si leur durée de vie est
plus longue que les polymères naturels et lorsqu’ils peuvent être éliminés avant que le
processus de dégradation ne soit amorcé (pour éviter la prolifération « développement » des
bactéries). Ils doivent être aussi non toxiques et non polluants. Parmi les produis qui
répondent à ces critères, on cite : l’AQUA GS, et le D800 ou AQUA J (Johnson).
* Avantages :
Les boues polymères possèdent les avantages suivants :
- forage avec une pression réduite au fond du trou.
- frottements réduits (usure minimum).
- les carottes et échantillons ne sont pas masqués par le fluide (échantillonnage facile à faire).
- pertes contrôlées de fluide sans nécessité d’avoir un cake épais.
** spécialement pour la boue au Revert :
- les opérations de lavage et de développement des forages se trouvent de ce fait grandement
facilitées, rapides et efficaces.
- pas de risque de colmatage des couches aquifères.
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- un kg de Revert donne la même viscosité que 9 kg de bentonite.- possibilité d’utiliser de
l’eau salée pour préparer la boue.
* Inconvénients :
** pour les polymères naturels :
- la prolifération (développement) des bactéries dans un temps très court (3 à 15 jours suivant
les produits).
- élimination des bactéries parfois difficile dans le filtre et gravier.
- les bactéricides utilisés sont parfois toxiques.
** pour les polymères artificiels :
- risque d’instabilité des parois.- risque de colmatage des parois.
- le lavage des polymères se fait par action chimique, ce qui provoque parfois le risque de
pollution de l’aquifère.
II.2.4. Boue à l’huile émulsionnée : Il s’agit d’émulsion d’huile dans l’eau suivant les
pourcentages relatifs. On obtient en ajoutant à la boue classique (eau plus bentonite) de 5 à 25
% de gasoil et un émulsifiant organique. Cette boue lubrifie et protège toutes les parties
métalliques. Elle provoque une sensible amélioration de l’avancement et un allongement de la
durée de vie des outils de forage. Elle est caractérisée par des filtrats plus faibles et moins
pénétrants dans les couches aquifères, ce qui est important pour la détection et l’exploitation
des nappes à faible pression (diminue le risque de pollution de la nappe).
- Domaines d'utilisation : Le forage des terrains gypseux ou salés, de l’anhydrite ou des
argiles gonflantes s’effectue plus efficacement avec ce type de boues.
II.3. Air comprimé.
II.3.1. Air comprimé pour forage au rotary : L’air est le fluide de forage qui possède la plus
basse densité et le prix de revient le moins élevé. Pour évacuer efficacement les cuttings, on
utilise une grande vitesse de remontée de l’air : de 915 à 1520 m/min, ce qui permet d’avoir
un forage bien dégagé et propre. En cours de forage, le volume d’air sera ajusté pour
maintenir une vitesse annulaire nécessaire à la bonne remontée des cuttings. En effet, la
vitesse annulaire peut être altérée s’il se produit une érosion des parois (provoquant
l’augmentation de volume du trou) et, on devra alors faire face à une demande supplémentaire
d’air pour maintenir la vitesse de remontée nécessaire. En présence de venues d’eau dans le
forage, une boue se forme, par le mélange d’eau avec les cuttings, ce qui réduit l’espace
annulaire et augmente la pression engendrant la fracture des formations tendres. Pour vérifier
que le circuit d’air est suffisant pour remonter les cuttings, on contrôle le temps nécessaire de
remontée des cuttings ; ce temps ne devrait pas excéder 6 à 7 secondes pour 30 m de trou. Si
l’on utilise de l’air humide, ce temps sera à majorer de 30 à 40%.
II.3.2. Air comprimé pour marteau fond de trou : L’air a deux fonctions distinctes, faire
fonctionner le marteau et remonter les cuttings à la surface. Plus la pression de service d’air
comprimé est élevée avec un marteau fond de trou, moins on aura de risques de coincement.
La plupart des marteaux fond de trou peuvent travailler à des pressions comprises entre 4 et
18 bars.
II.4. Mousse stabilisée
La mousse est un composé gazeux (air) et liquide (eau + produits), où chaque élément agit
différemment sous l’effet de la pression et de la température. Les produits moussants se
dosent de 0,2 jusqu’à 2% du poids d’eau utilisé. La solution moussante est souvent
accompagnée de polymères à poids moléculaires élevés ou quelquefois par de la bentonite
pour améliorer les qualités visqueuses de la mousse, pour augmenter sa densité, pour réduire
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la vitesse de remontée des cuttings et pour améliorer la stabilité des parois. Certains fluides
moussants consistent en :
- un produit moussant préstabilisé aux polymères, insensible aux sels, qui peut s’utiliser avec
de l’eau douce, dure, saumâtre ou salée.
- un stabilisant viscosifiant ou mélange de polymères en complément du produit moussant.
- un fluidifiant liquide ou solution de polymères particulièrement utile dans les formations
gonflantes.
Ce type de fluide de forage est utilisé :
- Dans un forage rotary lorsque ;
* l’emploi de la boue est difficile (endroit urbain hostile, nature de terrains défavorable
‘présence de fissures’),
* l’alimentation en eau est insuffisante.
- Dans un forage à l’air lorsque ;
* les parois de forage sont excessivement érosives par de grandes vitesses d’évacuation des
cuttings, * l’évacuation des cuttings est rendue difficile par la présence de venues d’eau.
* présence de formation gonflante (argile, marne).
Il est à noter que lorsqu’il s’agit de formations aquifères non consolidées à fortes venues
d’eau, il faut utiliser impérativement le forage à la boue.
- Dans un forage ODEX.
Figure II.1. Cycle de fluide sur le site de forage (Schlumberger, 1997)
II.1- Rôles de la boue de forage :
Les principaux rôles de la boue sont :
- la consolidation et le soutènement des parois de forage par le dépôt de cake sur les parois ;
- la remontée au jour des sédiments broyés (cuttings) ;
- le maintient des cuttings en suspension (très important dans le cas où il se produit un arrêt de
circulation) ;
- le refroidissement des outils de forage et de carottage, ainsi que leur lubrification (graissage)
et leur nettoyage pour éviter leur usure ;
- l’augmentation (par le jet) de l’action abrasive de l’outil de forage sur le terrain (car le fluide
sort des trous du trépan à forte pression) ;
- la facilité et le contrôle des opérations de mise en place du gravier et de cimentation ;
- le renseignement sur la nature du terrain découvert et sur son potentiel aquifère ;
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- l’équilibrage des pressions hydrostatiques des couches aquifères afin de juguler (égorger) les
jaillissements des forages artésiens, car un brusque jaillissement d’eau peut détériorer le
forage et ;
- la protection contre le gonflement ou l’affouillement (creusage) de certaines couches
traversées.
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