CAHIERS
DU
CERLESHS
Tome XXXI, n° 66, décembre 2020
ISSN 0796-5966
CENTRE D’ETUDES ET DE RECHERCHE EN LETTRES, SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES
P. U.
CAHIERS DU CERLESHS
LETTRES, SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES
Tome XXXI, N° 66, décembre 2020
Directeur de publication : Bernard KABORE, maître de conférences de sociolinguistique,
Université Joseph Ki-ZERBO.
Comité Scientifique
Président : Pr Alou KEITA, professeur de linguistique, Université Joseph Ki-ZERBO.
Membres :
Jean-Baptiste OUEDRAOGO, directeur de recherche en socio-anthropologie, CNRST, Ouagadougou ;
Karim TRAORE, Associate professor of African Literature, Université de Géorgie, Athens, USA ;
Katja WERTHMANN, Professeur des études africaines, Institute of African Studies, Universitaet Leipzig, Allemagne ;
Magloire SOME, professeur d’histoire contemporaine, Université Joseph Ki-ZERBO ;
Mahamadé SAVADOGO, professeur de philosophie, Université Joseph Ki-ZERBO ;
Mahir SAUL, professor of Anthropology, Université de l’Illinois, Urbana-Champaign, USA ;
Moussa DAFF, professeur en sciences du langage, Université Cheikh Anta DIOP, Sénégal ;
Salaka SANOU, professeur de littératures africaines, Université Joseph Ki-ZERBO ;
Serge Théophile BALIMA, professeur de communication et journalisme, Université Joseph Ki-ZERBO ;
Tanga Pierre ZOUNGRANA, professeur de géographie, Université Joseph Ki-ZERBO ;
Comité de lecture
Abdoul Aziz ISSA DAOUDA, professeur de littérature africaine, Université Abdou Moumouni, Niamey, Niger ;
Abou NAPON, professeur de sociolinguistique, Université Joseph Ki-ZERBO ;
Adama COULIBALY, professeur de littérature africaine, Université Félix HOUPHOUET-BOIGNY, Abidjan, Côte d’Ivoire ;
Afsata PARE, professeur des sciences de l’éducation, Université Norbert ZONGO ;
Albert OUEDRAOGO, professeur de littérature orale africaine, Université Joseph Ki-ZERBO ;
Alfred KIEMA, maître de conférences en littérature africaine anglophone, Université Joseph Ki-ZERBO ;
André SOUBEIGA, professeur de sociologie, Université Joseph Ki-ZERBO ;
Bapio Rosaire BAMA, professeur de littérature germanique, Université Joseph Ki-ZERBO ;
Dapola DA, professeur de géographie, Université Joseph Ki-ZERBO ;
François de Salle OUEDRAOGO, professeur de géographie, Université Joseph Ki-ZERBO ;
Frédéric O. K. PALE, maître de conférences de Géographie, Université Joseph Ki-ZERBO ;
Georges SAWADOGO, professeur de didactique du français, Université Norbert ZONGO ;
Jacques NANEMA, professeur de philosophie, Université Joseph Ki-ZERBO ;
Jean-Célestin KY, professeur d’histoire de l’art, Université Joseph Ki-ZERBO ;
Koléa Paulin ZIGUI, professeur de littérature orale, Université Alassane Dramane OUATTARA, Bouaké, Côte d’Ivoire.
Lalbila YODA, professeur de traductologie, Université Joseph Ki-ZERBO ;
Maurice BAZEMO, professeur d’histoire moderne et contemporaine, Université Joseph Ki-ZERBO ;
Momar CISSE, professeur de sciences du langage, Université Cheik Anta DIOP de Dakar, Sénégal ;
Moussa Willy BANTENGA, professeur d’histoire économique et sociale, Université Joseph Ki-ZERBO ;
Pierre MALGOUBRI, professeur de linguistique, Université Joseph Ki-ZERBO ;
Serge GLITHO, professeur d’études germaniques, Université de Lomé, Togo ;
Yves DAKUO, professeur de sémiotique littéraire, Université Joseph Ki-ZERBO.
III
Comité de lecture du présent numéro
Dr. YAMEOGO Fidèle (Etudes germaniques),
Dr. KOUMA Daouda (Psychologie sociale)
Dr. SANOU Noël (Lettres Modernes),
Dr. YANOGO Isidore (Géographie),
Dr. SODORE Aziz (Géographie),
Dr. OUEDRAOGO Alain (Linguistique),
Dr. YOUL Palé Sié Innocent Romain (Linguistique),
Pr. ZONGO Georges (Philosophie),
Pr. LARE Kantchoa (Linguistique).
Pr Yves DAKUO Sémiotique littéraire)
Pr Pierre MALGOUBRI (Linguistique)
Pr Jacques NANEMA (Philosophie)
Secrétariat de rédaction
Balguissa SIMDE
YOUL Palé Sié Inncent Romain
Yacouba KOURAOGO
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Université Joseph Ki-ZERBO,
UFR/LAC et SH
03 BP 7021 Ouagadougou 03
Tél. : (226) 25 30 73 18. Fax : (226) 25 31 78 14
Email :
[email protected],
[email protected]© 2008, Centre d’Etudes et de Recherche en Lettres, Sciences Humaines et Sociales
IV
SOMMAIRE
Editorial..................................................................................................... IX
Djama Ignace ALLABA,
Weltliteratur im globaliserten Kontext: Am Beispiel von Sharon Dodua
Otoos die dinge, die ich denke, während ich höflich lächle..........................1
ADAYÉ Akoua Assunta,
Evaluation de la sécurité alimentaire en Côte d’Ivoire par la méthode
du cadre harmonisé..............................................................................15
Aoua Carole CONGO,
Didactique de l’anglais au Burkina Faso : les défis de l’approche
communicative ....................................................................................41
Sylvain N’guessan YAO
Des linéaments théoriques de l’écologisme scientifique chez
Spinoza.................................................................................................63
Evariste DAKOURÉ,
Analyse du fonctionnement d’incubateurs de startups du secteur
des TIC au Burkina Faso............................................................85
Damien DAMIBA,
Les apports de la philosophie à l’émancipation religieuse
au Moyen âge......................................................................................113
Robert Edgard NDONG,
La Compagnie minière de l’Ogooué (COMILOG) : genèse d’une
entreprise manganifère franco-étatsunienne au Gabon, 1949-1957..........135
Rawelguy. Ulysse Emmanuel OUEDRAOGO, Dayangnéwendé Edwige
NIKIEMA & Georges COMPAORE,
Urbanisation et pauvreté au Burkina Faso.........................................157
MAIGA Zeïnabou Assoumi Sow, MAMANE Mamane Nassirou &
MAHAMANE Mallam Illia
La question des disparités en défaveur du français chez les apprenants
de l’enseignement bilingue franco-arabe ...............................................185
Gaoussou OUEDRAOGO,
Haine et fanatisme.............................................................................215
V
Ollo Pépin HIEN & Ezaï NANA,
Femmes et participation à l’espace public au Burkina Faso :
les exclues de l’intérieur..........................................................................237
Lacina KABORE,
Problématique de la régulation des médias sous la transition politique
au Burkina Faso.......................................................................................265
Stéphane William MEHYONG,
Planification de l’électrification du Gabon 1980-1988 : les contrecoups
des choix d’investissements et des crises budgétaires .........................287
OUEDRAOGO Aicha Nadège,
Logiques d’exclusion et fistule obstétricale au Burkina Faso...............315
OUEDRAOGO Serge Noël
Les stratégies d’intégration économique et socioculturelle des migrants
burkinabè et de leurs descendants au Ghana.........................................333
SADIA Martin Armand & KONE Lamissa,
Climat relationnel et absentéisme chez les élèves du collège Moderne
Dar-es-Salam de Bouaké.......................................................................351
IDANI Salifou & KOUAKOU Yao Marcel,
Le pays turka du Burkina Faso des origines à 1960.............................367
TIROGO Isssoufou François,
Contribution à une analyse typologique des classes nominales
dans les langues gur...............................................................................385
KOUASSI YAO Raphaël,
Romantisme et conquête des libertés au XIXe siècle
dans le Rouge et le Noir,
Stendhal.........................................................399
KAKOU Adja Aboman Beatrice Epse ASSI,
Du discours référentiel au discours fictionnel : Etude idéologique
du Wiegweu Zaguinan...........................................................................419
VI
Kokouvi Mawulé d’Almeida,
Domesticating the African Novel: A Reading of Kwakuvi Azasu’s
The Slave Raiders.............................................................................443
Lucien Ouguéhi BIAGNE,
Plaidoyer pour la spécialisation complexe...........................................455
OUEDRAOGO Téwendé Laurent,
Monde agricole en transition : dynamiques agricoles et devéloppement
d’inégalités socio-économiques dans le sud du Burkina Faso.............471
ASSUE Yao Jean-Aimé, OUATTARA Sindou & APPOH Kouassi M.
Williams,
Les déterminants de la pauvreté des cotonculteurs des départements de
Boundiali et de Dianra (Nord-Ouest de la Côte d’Ivoire)....................485
SANOU Fatou Ghislaine,
De la malice à la folie des hommes : lecture croisée chez Jean-Pierre
Guingané...............................................................................................501
OUEDRAOGO Innocents,
Repenser la formation continue des enseignants en poste pour
favoriser le processus de professionnalisation......................................517
Pascaline Coulibaly-Lingani, Bazié Paulin & Aïcha Tapsoba,
Contribution des Produits Forestiers Non Ligneux à la sécurité
alimentaire des ménages dans la zone sud-soudanienne du Burkina
Faso ......................................................................................................535
Eckra Lath Toppé,
Literatur, Film und Gesellschaft: Das Gesellschaftsbild von Rainer
Werner Fassbinder in seinen literarischen und filmischen Werken......549
KOUASSI-EZOUA Taki Roseline,
Le dialogue dans le couple comme l’au-delà de la communication....565
Kouamé Django,
Idéologie et mondialisation...................................................................581
VII
Mahamoudou OUBDA,
Genèse et évolution d’une association islamique au Burkina Faso :
le CADIS (1995-2019)..........................................................................597
CHABI IMOROU Azizou,
Le député, le peuple et l’argent : analyse socio-anthropologique
des déterminants des dépenses politiques au Bénin.............................629
OUALLY Germain & LOUARI Yendifimba Dieudonné,
Le symbolisme dans l’organisation de la société Gulmance................653
Paul-Marie BAYAMA & Yaya BADIEL,
Fiche pédagogique et enseignement de la philosophie au Burkina Faso :
représentations et attitudes des acteurs ?..............................................677
OUORO Toro Justin,
Paradigme sémiotique du développement durable en Afrique
francophone : du mimétisme à la réinvention d’un sujet diégétique
au moyen du cinéma et de l’audiovisuel..............................................697
Boulkini COULDIATI,
La rue comme symbole de ségrégation dans le roman
africain..................................................................................................719
Recommandations aux auteurs des articles............................................735
EDITORIAL
Le numéro 66 des cahiers du CERLESHS, décembre 2020, est prêt.
En dépit des difficultés inhérentes à toute activité humaine, on plie
mais on ne rompt pas. En effet, ils sont nombreux les chercheurs, les
enseignants-chercheurs d’ici et d’ailleurs à nous faire confiance.
Nous continuons, lentement, sûrement, à rendre service à la
communauté scientifique, à être au service de la promotion des pairs.
C’est notre raison d’être, notre fierté.
Bernard KABORE
Maître de conférences
Chevalier de l’ordre des palmes académiques
IX
EVALUATION DE LA SECURITE ALIMENTAIRE EN COTE
D’IVOIRE PAR LA METHODE DU CADRE HARMONISE
ADAYÉ Akoua Assunta
Enseignante-chercheure, Maître-Assistant,
Institut de Géographie Tropicale (IGT) /
Université Félix Houphouët Boigny Abidjan
[email protected]Résumé
Dans la lutte contre l’insécurité alimentaire dans le monde, il se pose la
question du choix des approches et des méthodes par les différentes agences d’aide,
afin de caractériser l’insécurité alimentaire, en assurer un suivi et tenter de la réduire.
C’est dans cette optique que plusieurs mécanismes, outils de collecte et de diffusion
de l’information, sont développés par les principaux acteurs humanitaires. Parmi
ceux-ci, figure le Cadre Harmonisé (CH) issu du Cadre Intégré de Classification de
la sécurité alimentaire (IPC) de la FAO. Son avantage est de déterminer le niveau de
l’insécurité alimentaire, de cerner de prêt les facteurs de cette insécurité alimentaire
et de proposer des solutions durables à la sécurité alimentaire. Cette étude vise à
analyser le niveau de l’insécurité alimentaire de la Côte d’Ivoire, à travers cet outil
du Cadre Harmonisé.
La méthodologie adoptée dans cette évaluation s’appuie sur le cadre
analytique du cadre harmonisé qui regroupe quatre cadres conceptuels à savoir :
l’analyse de risque de catastrophe, les moyens d’existences durables, les quatre
dimensions de la sécurité alimentaire et les causes de la malnutrition de l’UNICEF.
Ces différents cadres interagissent et mettent en exergue les facteurs qui contribuent
à la sécurité alimentaire (facteur déterminant et limitant) ainsi que les résultats (la
consommation alimentaire, l’évolution des moyens d’existence, l’état nutritionnel et
CAHIERS DU CERLESHS NUMERO 66 DECEMBRE 2020, pp. 15-40
EvALUAtION DE LA SECUrItE ALImENtAIrE EN COtE D’IvOIrE PAr LA mEtHODE DU CADrE HArmONISE
la mortalité). De cette investigation, il ressort qu’en Côte d’Ivoire, la consommation
alimentaire est globalement bonne grâce à un niveau de disponibilité alimentaire
favorable et un accès facile aux aliments. Les marchés fonctionnent normalement
avec un niveau d’approvisionnement satisfaisant. Cependant, cette alimentation des
populations est peu diversifiée à cause de l’attachement aux habitudes alimentaires.
Au niveau pastoral, la tendance est à l’augmentation de l’effectif des élevages,
mais la consommation nationale de viande de bœuf est assurée à 80% par des
importations en provenance du mali et du Burkina Faso. Quant à la situation
nutritionnelle, elle est acceptable. Cependant, la promotion des bonnes pratiques
nutritionnelles doit être suffisamment promue.
Mots clés : Côte d’Ivoire, Cadre Harmonisé, Evaluation, Sécurité Alimentaire,
Nutrition.
Abstract
EvALUAtION OF FOOD SECUrItY IN IvOrY COASt BY tHE
mEtHOD OF tHE HArmONIZED FrAmEWOrK
In the fight against food insecurity in the world, there is the question of the
choice of approaches and methods by the various aid agencies, in order to
characterize food insecurity, ensure its monitoring and attempt to reduce it. this is
why several mechanisms, tools for collecting and disseminating information, are
being developed by the main humanitarian actors. Among them, there is Harmonized
Framework (HF) resulting from the Integrated Food Security Classification
Framework (IPC) of FAO. Its advantage is to determine the level of food insecurity,
to identify the factors of this food insecurity and to propose sustainable solutions to
food security. this study aims to analyze the level of food insecurity in the Ivory
Coast, using this Harmonized Framework tool.
the methodology adopted in this assessment is based on the analytical
framework of the harmonized framework which brings together four conceptual
frameworks, such as: disaster risk analysis, sustainable livelihoods, the four
dimensions of food security and the causes of UNICEF malnutrition. these different
frameworks interact and highlight the factors that contribute to food security
(determining and limiting factor) as well as the results (food consumption, changes
in livelihoods, nutritional status and mortality). From this investigation, it emerges
that in Ivory Coast, food consumption is generally good due to a favorable level of
16
ADAYé AKOUA ASSUNtA
food availability and easy access to food. markets are functioning normally with a
satisfactory level of supply. However, this diet of populations is not very diversified
because of the attachment to eating habits.
At the pastoral level, the trend is towards an increase in the number of
livestock, but 80% of the national consumption of ox is provided by imports from
mali and Burkina Faso. As for the nutritional situation, it is acceptable. However, the
promotion of good nutritional practices must be sufficiently promoted.
Keywords: Ivory Coast, Harmonized Framework, Assessment, Food Security,
Nutrition.
Introduction
La sécurité alimentaire existe, lorsque tous les êtres humains ont à tout
moment un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine
et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs
préférences alimentaires pour mener une vie saine et active (FAO, 2009). Les
différentes crises alimentaires, notamment celle de 2008, qu’a connu le
monde, a engendré une insécurité alimentaire, devenue à son tour un enjeu
majeur pour les sociétés et un défi préoccupant pour des gouvernants.
Pendant longtemps, l’insécurité alimentaire a surtout concerné des pays
pauvres à déficit céréalier ou vivrier, à faible marge de manœuvre
économique et fortement contraints à des importations alimentaires, avant
d’acquérir une nouvelle dimension sociale, politique et géopolitique avec la
crise alimentaire mondiale de 2007-2008 (B. Giblin et P. Janin, 2008, p. 8 ).
Cette crise de 2008 a remis en cause toutes les dispositions prises, pour
satisfaire les besoins alimentaires des ménages, depuis la première crise
alimentaire de 1974. Le nombre de personne en situation d’insécurité
alimentaire ne fait que croître en dépit de tous les efforts consentis. Après des
décennies de baisse constante, la tendance de la faim dans le monde mesurée
par la prévalence de la sous-alimentation a repris en 2015 et est restée
pratiquement inchangée ces trois dernières années, à un niveau légèrement
inférieur à 11%. Dans le même temps, le nombre de personnes souffrant de
la faim s'est lentement accru. Plus de 820 millions de personnes dans le
monde souffrent toujours de la faim, ce qui souligne l’immensité du défi à
17
EvALUAtION DE LA SECUrItE ALImENtAIrE EN COtE D’IvOIrE PAr LA mEtHODE DU CADrE HArmONISE
relever si l’on veut atteindre les cibles «Faim zéro» d’ici 2030. (FAO,
UNICEF, FIDA, OmS, PAm, 2019, p. 27).
Par ailleurs, plus de 113 millions de personnes dans 53 pays sont en
situation d’insécurité alimentaire aiguë et nécessitent une aide urgente en
matière d’alimentation, de nutrition et de moyens d’existence (FSIN Food
Security Information Network, 2019, p. 1). Les pays africains sont encore
touchés de manière disproportionnée par cette insécurité alimentaire aiguë.
toutefois les 113 millions de personnes de 2008 représente une légère
amélioration par rapport au nombre de 2017, où environ 124 millions de
personnes dans 51 pays souffraient de faim aiguë.
La Côte d’ivoire n’est pas en marge de l’insécurité alimentaire. Sa
population ne fait que croitre, passant de 15 366 672 habitants en 1998 à 25
823 070 habitants, soit 68% d’augmentation (rGPH, 2014). Cette situation
accentue la demande alimentaire, surtout en milieu urbain. malgré les
nombreuses potentialités agricoles que regorge le pays, il a enregistré en
2009, environ 12,6% des ménages ruraux souffrant d’insécurité alimentaire
(soit 1 303 416 personnes), dont 2,5% en insécurité alimentaire sévère. En
2018, avec une nette amélioration, la prévalence de l’insécurité alimentaire
est passée à 10,8% (mINADEr, FAO, CILSS, INS, 2018, p. 10). Si l’on
observe une baisse des proportions des ménages en insécurité alimentaire en
Côte d’Ivoire, force est de constater que des ménages, voire même des
régions sont encore sous le poids d’une insatisfaction alimentaire. Alors l’on
est à mesure de poser la question de savoir : quel est l’état actuel de la
sécurité alimentaire en Côte d’Ivoire et comment l’évaluer ? A l’aide du
Cadre Harmonisé (CH), un outil novateur au service de l’analyse de la
sécurité alimentaire et de la prise de décision (CILSS, 2019, p. 5), cette étude
vise à évaluer le niveau de l’insécurité alimentaire en Côte d’Ivoire. De
manière spécifique, il s’agit d’analyser les facteurs qui contribuent à la
sécurité alimentaire, de montrer les indicateurs de résultats et les facteurs
limitant la sécurité alimentaire en Côte d’Ivoire.
Le cadre géographique de l’étude est la Côte d’Ivoire, avec 31 régions
administratives au recensement général de la population et de l’habitat
(rGPH, 2014), comme l’indique la figure 1 :
18
ADAYé AKOUA ASSUNtA
Figure 1 : Carte administrative de la Côte d’Ivoire
Méthodologie
La présentation du cadre d’analyse
La méthodologie appliquée dans cette réflexion s’appuie sur le cadre
analytique du Cadre Harmonisé. C’est un outil novateur au service de
l’analyse de la sécurité alimentaire et de la prise de décision (CILSS, 2019,
p. 5). Il est basé sur quatre cadres conceptuels : l’analyse de risque de
catastrophe, les moyens d’existence durables, les quatre dimensions de la
sécurité alimentaire et les cause de la malnutrition (figure 2).
19
EvALUAtION DE LA SECUrItE ALImENtAIrE EN COtE D’IvOIrE PAr LA mEtHODE DU CADrE HArmONISE
Figure 2 : Cadre analytique de la sécurité alimentaire
Ce cadre présente deux facettes : les facteurs contributifs à la sécurité
alimentaire et les indicateurs de résultats. Ces indicateurs interagissent entre
eux. La détermination du niveau de l’insécurité alimentaire dans le CH tient
compte de l’analyse causale des facteurs contributifs spécifiques (aléa,
moyens d’existence…) et non spécifiques (services de santé insuffisants,
soins inadéquats) à la sécurité alimentaire, ainsi que leurs impacts réels ou en
termes de risque sur les quatre piliers fondamentaux de la sécurité
alimentaire. Les facteurs qui déterminent la sécurité alimentaire impactent les
quatre dimensions de la sécurité alimentaire. Les effets que ceux-ci génèrent
sont soit un risque de dégradation de la situation ou un impact réel sur les
indicateurs de résultat que sont : la consommation alimentaire et/ou les
moyens d’existence des ménages. Il s’agit du premier niveau de la
classification des phases de la sécurité alimentaire. L’analyse de la situation
alimentaire est renforcée par leurs effets directs ou indirects sur l’état
nutritionnel et le taux de mortalité (second niveau de résultats). L’amplitude
(quantitative et/ou temporelle) des indicateurs des deux niveaux de résultat
20
ADAYé AKOUA ASSUNtA
pourrait constituer des aléas et des évènements aigus ou continus
(rétroaction).
La collecte des informations
Pour mener à bien cette analyse, deux catégories de données ont été
collectées : les données issues de la documentation appelées encore données
secondaires et celles constituées par les enquêtes, auprès des structures.
L’analyse documentaire est la base de l’évaluation de la sécurité alimentaire.
Elle a consisté à recueillir des informations dans des documents, rapports
d’activité, thèses, mémoires, consultés dans les structures ivoiriennes en
charge de la sécurité alimentaire. A cet effet, les informations collectées ont
été dirigées par le cadre analytique du CH. Les facteurs contributifs à la
sécurité alimentaire, répondent à cinq (5) catégories de données (les dangers
et vulnérabilité, la disponibilité, l’accès, l’utilisation des aliments y compris
l’accès à l’eau potable et la stabilité). Quant aux résultats de la sécurité
alimentaire, les informations collectées portent sur la consommation
alimentaire, l’évolution des moyens d’existence, l’état nutritionnel et la
mortalité.
Ces différentes informations collectées sont issues des rapports
d’activités et de mission de terrains des structures ressources. Le ministère de
l’Agriculture et du Développement rural (mINADEr) a fourni les données
sur le volume de productions agricoles de toutes les spéculations. Le
ministère des ressources Animales et Halieutiques (mIrAH), produit les
données sur le cheptel du bétail. Avec la SODEXAm se sont les données sur
le volume de pluies qui sont recueillies. Le ministère de la Santé et de
l’Hygiène Publique (mSHP) fournit les données sur la nutrition. toutes les
autres structures (Office d’aide à la Commercialisation des Produits vivriers
(OCPv) ; le Bureau National d’Etude technique et de Développement
(BNEtD) ; l’Office Nationale de l’Eau Potable (ONEP) ; l’Agence Nationale
d’Appui au Développement rural (ANADEr), produisent les données en
fonction de leur spécialité, en tenant compte du cadre analytique du CH.
21
EvALUAtION DE LA SECUrItE ALImENtAIrE EN COtE D’IvOIrE PAr LA mEtHODE DU CADrE HArmONISE
En plus des données secondaires, il y’a eu la collecte de données
primaires issues des entretiens avec les responsables de ces structures. Ces
différentes informations ont permis de structurer le travail en trois parties :
l’analyse des facteurs contributifs à la sécurité alimentaire des ménages
ivoiriens ; les indicateurs de résultat de la sécurité alimentaire et les facteurs
limitant la sécurité alimentaire en Côte d’Ivoire.
Résultats
1- DESCRIPTION DES FACTEURS CONTRIBUTIFS A LA
SECURITE ALIMENTAIRE DES MENAGES IVOIRIENS
Les indicateurs contribuant à la sécurité alimentaire des ménages sont
les facteurs déterminants et limitant qui peuvent à leur tour engendrer soit des
changements positifs ou soit des changements négatifs sur les résultats de la
sécurité alimentaire.
1.1- Une pluviométrie nationale légèrement déficitaire par rapport à
celle de 2018 et de la moyenne 1980-2010, mais bonne pour les
productions
Les stations pluviométriques ne couvrant pas toute l’étendue du
territoire national, l’analyse est faite selon le découpage : régions du littoral
(San-Pedro), du sud-intérieur (Daloa), du centre (Bouaké) et du nord
(Korhogo).
Le régime pluviométrique du littoral et du sud-intérieur est bimodal,
avec une alternance de saisons pluvieuses et sèches, avec au total, quatre
saisons dont deux sèches et deux pluvieuses. La grande saison des pluies
débute en mars-avril pour prendre fin en mi- juillet suivie d’une petite saison
sèche de mi-Juillet à Septembre. La petite saison des pluies commence en
Septembre-octobre pour se terminer fin Novembre, suivie de la grande saison
sèche de Décembre à mars. Le centre ivoirien a un régime pluviométrique de
transition. Il est souvent bimodal ou unimodal, une saison (1) sèche et une (1)
pluvieuse selon les conditions pluviométriques de l’année. Quant au régime
pluviométrique du nord, il est unimodal, caractérisé par une saison (1) sèche
et une (1) pluvieuse. La saison des pluies débute en Juillet pour prendre fin
22
ADAYé AKOUA ASSUNtA
mi-octobre et la saison sèche de Novembre à mai-Juin, comme l’indique la
figure 3.
Figure 3 : Situation pluviométrique de quelques localités de la Côte
d’Ivoire (Source Sodexam, 2019)
Au niveau de la station pluviométrique de Korhogo, la quantité totale
de la pluie de l’année 2019 (1082,3 mm) est supérieure à la normale
(1079,7mm) et à celle de 2018 (983,7 mm), d’où des excédents de 10% par
rapport à la pluviométrie de 2018 et de 0,2% par rapport à la normale. Quant
à Bouaké, le cumul pluviométrique de 2019 (1022,5 mm) est supérieur à
celui de la normale (939,1 mm) et inférieur à 2018 (1197,9 mm). L’excédent
pluviométrique est de 9% par rapport à la normale et un déficit de 14,6% par
rapport à 2018. A Daloa, la quantité totale de la pluie de 2019 (1121,6 mm)
est supérieure à celle de la normale (983,4 mm) mais inférieure à celle de
2018 (1178,7 mm). L’excédent pluviométrique est de 14,1% par rapport à la
normale et le déficit est de 4,8% par rapport à 2018. A San-Pedro, le cumul
pluviométrique de 2019 (702,6mm) est inférieur à celui de la normale
(1115,6 mm) et à 2018 (1098,5 mm). Les déficits pluviométriques sont de
36,0% par rapport à la normale et de 37,0% par rapport à 2018.
23
EvALUAtION DE LA SECUrItE ALImENtAIrE EN COtE D’IvOIrE PAr LA mEtHODE DU CADrE HArmONISE
Au regard de ces graphique, la pluviométrie de 2019 par rapport à la
moyenne (1981- 2010) a été sensiblement excédentaire, sur la période de
janvier à septembre, à l’exception de celle de San-Pedro qui a connu un
déficit de 36%. tandis que par rapport à l’année 2018, elle a été déficitaire,
hormis Korhogo qui a enregistré un léger excédent de 0,2%. Ces variations
pluviométriques sont imputables aux effets du changement climatique, qui
cependant n’ont pas impacté négativement les productions agricoles. En
général, la production des tubercules a enregistré une hausse de 2,7 en 2019,
par rapport à l’année 2018, avec un accroissement de 10,46% pour le manioc.
Les productions céréalières ont également enregistré une hausse respective
de 7,98% et 6,46%.
1.2- Une disponibilité alimentaire basée sur la production locale et les
importations
1.2.1- Une légère hausse de la production des principales cultures
vivrières
Les productions vivrières sur lesquelles porte cette analyse sont le riz,
l’igname, la banane, le manioc et le maïs comme l’indique ce tableau I.
Tableau I : Volume (Tonne) de production des principales cultures
vivrières
Source : Direction de la Statistique, de la Documentation et de l’information
(DSDI/MINADER)
Au cours de la campagne agricole 2018-2019, les principales cultures
vivrières ont enregistré une hausse allant de 1 à 10%. Les racines, tubercules
et bananes ont progressé de 1 à 5%, les céréales (riz, maïs) de l’ordre de 5 à
10%, tandis l’arachide est à 4%.
Cette hausse du disponible vivrier est essentiellement due à une
augmentation des superficies mises en culture, puisque hormis le riz, le
24
ADAYé AKOUA ASSUNtA
système de production est encore dominé par le traditionnel. Quant au taux
élevé de croissance de la production du riz, il s’explique par l’exécution des
projets rizicoles avec des moyens modernes qui devraient permettre à la Côte
d’Ivoire de compenser son déficit en riz qui s’élève à 50%.
Le niveau de disponibilité alimentaire nationale exprimé en équivalents
caloriques par personne et par jour est en moyenne de 4959,1 calories, ce qui
dénote également d’une bonne disponibilité des aliments, même si dans
certaines régions l’on note un déficit alimentaire. Au niveau pastoral, la
tendance est à l'augmentation de l'effectif des élevages pour l’année 2019.
Cependant, l'encadrement demeure toujours insuffisant. La consommation
nationale de viande de bœuf est assurée à 80% par des importations en
provenance du mali et du Burkina Faso.
malgré cette relative disponibilité des aliments au plan local, le pays
continue d’importer quelques denrées alimentaires, à des prix exorbitants.
1.2.2- Une relative baisse des importations de denrées alimentaires en
Côte d’Ivoire
L’importation continuelle de volumes de produits vivriers traduit une
difficulté croissante du pays à répondre aux exigences de la demande interne.
Cependant de nombreux efforts sont fournis, afin de limiter ces importations.
Au cours de la période 2018-2019, la Côte d’Ivoire a réduit le volume de
quelques denrées importées comme le présente ce tableau II.
25
EvALUAtION DE LA SECUrItE ALImENtAIrE EN COtE D’IvOIrE PAr LA mEtHODE DU CADrE HArmONISE
Tableau II : Quantités (Tonnes) et Valeurs (Milliard) de quelques
produits importés
Source : Ministère de l’Economie et des Finances, 2020
Le riz a vu son volume réduit de plus de 10%, les produits laitiers de
2,64%, le poisson de 0,51%, les graisses et huiles végétales de 0,44%, tandis
que les fruits et viandes ont respectivement augmenté de 3,73% et 1,82%.
Cette réduction des volumes a aussi engendré une baisse des coûts, surtout au
niveau des graisses, huiles végétales et animales, de 39,03%. Les valeurs
monétaires du riz semi-blanchi ont chuté de 8% en 2019, par rapport à
l’année 2018. Par contre, au cours de la période 2000-2010, les importations
de céréales (riz, blé, farine de blé) ont été multipliées par 2 en volume et par
4 en valeur. Les importations de céréales ont augmenté de 35% entre 2010 et
2012. Les importations de riz ont progressé de 837.866 tonnes en 2010 à
1.267.720 tonnes en 2012. Celles de maïs ont également fortement augmenté
(16.635 tonnes en 2010 à 23.788 tonnes en 2012).
1.3- Un accès aux aliments caractérisé par une baisse générale des prix
des denrées sur les marches
Les marchés urbains et ruraux sont relativement bien approvisionnés
par la disponibilité des produits agricoles nationaux et les importations, avec
26
ADAYé AKOUA ASSUNtA
une baisse générale des prix de quelques vivriers en 2019, par rapport à la
moyenne quinquennale (2014-2018) (tableau III).
Tableau III : Prix (en FCFA) de quelques produits vivriers
Source : OCPV
En dehors de la banane plantain, de l’igname « bêtê-bêtê », de
l’arachide décortiquée petit grain et de la tomate à côtes, qui ont enregistré
des hausses, les autres ont connu une baisse de leurs prix, allant de 1 à 36%.
Le maïs grain jaune (-36%) et le manioc doux (-22%) enregistrent les plus
faibles baisses des prix.
La pluviométrie de l’année 2019, relativement bonne par rapport à celle
2018, a favorisé une disponibilité des aliments au sein des ménages et sur les
différents marchés. Ces éléments ont impacté significativement les résultats
de la sécurité alimentaire.
2- Les indicateurs de résultat de la sécurité alimentaire
Les indicateurs de résultats de la sécurité alimentaire sont au nombre de
quatre (4) : la consommation alimentaire, l’évolution des moyens
d’existence, l’état nutritionnel et la mortalité. Les deux premiers sont
considérés comme les résultats primaires et les deux derniers sont les
27
EvALUAtION DE LA SECUrItE ALImENtAIrE EN COtE D’IvOIrE PAr LA mEtHODE DU CADrE HArmONISE
résultats secondaires. De ces 4 résultats, seule la consommation alimentaire
est propre à la sécurité alimentaire, car les autres peuvent être influencés par
des facteurs contributifs non alimentaires.
2.1- Une consommation basée sur une faible diversité alimentaire au sein
des ménages
Le score de consommation alimentaire (SCA) est un indicateur qui
reflète à la fois la diversité alimentaire, la fréquence et l’apport nutritionnel
relatif de chaque groupe d’aliments consommés par un ménage. Il mesure la
situation alimentaire courante des ménages. Les enquêtes de terrain montrent
que 18,7% des ménages ruraux n’ont pas une bonne consommation
alimentaire, dont 6,5% ont une consommation alimentaire pauvre et 12,2 ont
une consommation limite (figure 4). Les différentes proportions sont souvent
influencées par la période de collecte des informations, soit en période de
soudure, où les ménages sont confrontés à un épuisement de leurs stocks, les
conduisant vers les marchés, où en période de récoltes, marquée par une
abondance de la disponibilité des aliments.
Figure 4 : Le niveau de consommation des ménages
L’analyse comparative au niveau des régions montre que la proportion
des ménages qui n’ont pas une bonne consommation alimentaire est plus
importante dans les régions du tonkpi (49%), du Nzi (37%), de La me
(33%), du Bounkani (30%) et du Guemon (29%).
Quant à l’analyse de la fréquence de consommation des groupes
d’aliments, elle met en exergue la prédominance de certains aliments. Les
Céréales, les tubercules et les légumes sont presque consommés dans tous les
ménages à 89%, durant les sept derniers jours, avant l’enquête. Les
Légumineuses et le poisson sont respectivement consommés par 47% et 26%
des ménages. La viande, les œufs, le lait et les fruits n’apparaissent que de
28
ADAYé AKOUA ASSUNtA
façon épisodique dans la consommation alimentaire des ménages ruraux.
Plus de la moitié des ménages n’en ont pas consommé sur la période de
référence et ceux qui en consomment, le font en moyenne une fois par
semaine. La principale source d’approvisionnement de ces denrées reste
l’achat.
Quant au Score de Diversité Alimentaire (SDA), il évalue si le ménage
a une alimentation équilibrée ou non. A ce niveau, plus de deux ménages sur
trois (70%) n’ont pas une bonne diversité alimentaire. Cette situation
s’explique surtout par des habitudes alimentaires orientées vers les céréales
et tubercules avec une faible utilisation des produits laitiers, de protéines et
de fruits. Les régions les plus touchées par la faible diversité alimentaire sont
le N’Zi et le Guemon (70%), le tonkpi (63%), le Bélier (58%) et le Gbokle
(57%).
Le score de consommation alimentaire non satisfaisante est imputable
à l’orientation agricole en milieu rural ivoirien. Le développement agricole
met plus en avant les cultures d’exportation au détriment du vivrier, base de
l’alimentation des ménages.
2.2- Des moyens d’existence basés essentiellement sur les cultures
d’exportation et vivrières
Les ménages ruraux pratiquent diverses activités, afin de disposer de
revenus conséquents, pour subvenir à leurs besoins alimentaires et non
alimentaires. Le fait pour eux, de disposer d’un revenu suffisant et stable,
peut leur garantir une sécurité alimentaire. Pour ce faire, les ménages ruraux
tirent principalement leurs revenus de la production de culture de rente
(61,56%) et des cultures vivrières (20,03%). Cependant, ces sources de
revenu varient sensiblement d’une région à une autre. Dans le Worodougou,
90,45% des ménages déclarent tirer l’essentiel de leurs revenus de la
production de culture de rente, contre seulement 3% qui tire leur revenu de
l’agriculture vivrière. Par conséquent, ces revenus sont fortement tributaires
des prix des cultures de rente (anacarde, coton, arachide, etc.). Cette tendance
s’observe aussi au niveau des régions du Gontougo (84,72%), Haut
Sassandra (84,06%), San Pedro (83,07%), Loh-Djibouah (82,78%), Goh
(80,49%) et Béré (80,15%), du point de vue de l’importance des cultures de
29
EvALUAtION DE LA SECUrItE ALImENtAIrE EN COtE D’IvOIrE PAr LA mEtHODE DU CADrE HArmONISE
rente comme source de revenu principale des ménages. toutefois, les
dernières régions citées se distinguent du Worodougou par le fait qu’une part
significative des ménages tirent leurs revenus du vivrier. Cette proportion est
respectivement de 13,73% dans le Gôh, 10,59% dans le Haut-Sasandra,
9,92% dans le Lôh- Djiboua et de 8,55% dans le Béré.
D’autres régions comme le Gbêkê et le N’Zi, tirent principalement
leurs revenus de l’agriculture vivrière, pour respectivement 61,01% et
72,71% des ménages ruraux, contre 15,19% et 17,04%, pour les cultures
d’exportation. Des régions se caractérisent par l’importance relative de
sources de revenu qui ne sont pas liés à l’agriculture. La région du Sud-
Comoé enregistre respectivement 24,06% et 30,61% de ménages vivant de la
production vivrière et des produits de rente. toutefois, d’autres sources de
revenu procurent aux ménages l’essentiel de leurs revenus. Il s’agit,
notamment, des petits commerces (8,67%), du commerce (8,19%), du
salariat (5,7%) et des petits métiers (5,21%). La région des Grands-Ponts est
marquée par une importante frange de la population qui tire principalement
ses revenus de la Pêche (14,46%).
Il est important de souligner que les principales activités dont les ruraux
tirent leur revenu, sont très sensibles aux variations du marché, car les prix
sont fixés, sans tenir compte du coût de production des producteurs. Certains
produits étant périssables, une variation à la baisse du prix est un risque pour
les producteurs de ces cultures d’être en insécurité alimentaire. Excepté le
cacao dont le prix du kilogramme est resté stable en 2019 et 2020 (825 F
CFA), les prix des autres cultures (Café, hévéa et anacarde) sont à la baisse.
Ces prix homologués ne sont pas respectés sur le terrain, malgré les
nombreuses sensibilisations.
L’instabilité des prix des cultures d’exportation, limite le pouvoir
d’achat des ménages. Par conséquent ceux-ci n’arrivent pas à satisfaire leurs
besoins alimentaires, d’où la dégradation de leur état nutritionnel.
2.3- Un état nutritionnel encore critique en Côte d’Ivoire
L’analyse de l’état nutritionnel, dans le cadre de la sécurité alimentaire
avec le Cadre Harmonisé ne prend en compte que la prévalence de la
malnutrition Aigüe Globale (mAG) estimée sur la base du rapport poids pour
30
ADAYé AKOUA ASSUNtA
taille (P/t) des enfants de moins de 6 à 59 mois et l’Indice de masse Corporel
(ImC), pour les femmes en âge de procréation (15-49 ans). En Côte d’Ivoire,
des facteurs structurels et conjoncturels se combinent de manière différente,
créant une situation nutritionnelle complexe et précaire. L’on note des
fluctuations saisonnières de la situation nutritionnelle avec une dégradation
de l’état nutritionnel de la population pendant la période de soudure (Juin-
Septembre) marquée par un déficit alimentaire, au sein des ménages ruraux.
Les enquêtes nutritionnelles menées en Côte d’Ivoire mettent en
exergue des prévalences de malnutrition variables d’une année à une autre et
d’une région à une autre. Les tendances depuis 1999 montre que les plus
fortes prévalences de la malnutrition aigüe globale sont localisées dans le
nord du pays. Au niveau national, cette prévalence était de 7,8% en 1999 ; en
2006, elle est passée à 6,9, pour se situer à 6,8 en 2019. malgré cette légère
baisse, quinze (15) régions ont des prévalences au-dessus de la moyenne
nationale. Il s’agit de la région du Bafing (7,1), la Bagoué (8,8), le Béré (9,8),
le Cavally (7,6), le Folon (8,6), le Gboklê (7), le Gontougo (8,7), le Guemon
(7,9), le Iffou (7,1), le Kabadougou (7,6), le N’zi (8,5), le Poro (8,1), San-
Pedro (10), le tchologo (9,5) et le Worodugou 10,5.
Selon la classification de l’OmS, ces différents résultats présentent
dans l’ensemble, une situation nutritionnelle qualifiée de ‘’précaire’’ et de
‘’sérieux’’ dans les régions de San-Pedro (10) et de Worodougou (10,5%). Il
y a donc une urgence à intervenir, au travers de programmes et projets, pour
remédier à la malnutrition, car elle demeure un problème de santé publique,
avec des conséquences négatives énormes sur les secteurs clés de
développement que sont l'économie, l'éducation et la santé.
Quant à l’Indice de masse Corporel (ImC), les résultats de l’enquête
montrent que la prévalence nationale du surpoids est de 21,9% et de l’obésité
de 12,9 %. Dans l’ensemble l’obésité et le surpoids sont plus élevés en milieu
urbain qu’en milieu rural. Sauf dans les régions de l’Agnebi-tiassa et dans la
mé où le surpoids et l’obésité sont plus élevés en milieu rural. Les taux
d’obésité les plus élevé ont été noté à Abidjan (21,1%) et dans la région du
Sud Comoé (20,6%).
En définitive, l’analyse des facteurs contributifs et les résultats de la
sécurité alimentaire sont présentés par la figure 5 :
31
EvALUAtION DE LA SECUrItE ALImENtAIrE EN COtE D’IvOIrE PAr LA mEtHODE DU CADrE HArmONISE
Figure 5 : La cartographie de la situation alimentaire de la Côte d’Ivoire
en 2019, (Source analyse du Cadre Harmonisé, 2019)
Des 31 régions que compte la Côte d’Ivoire, seulement 13 ont été
analysées en 2019. L’indisponibilité des données au niveau des 28 régions
restantes, n’a pas permis d’analyser leur situation alimentaire. En définitive,
les régions analysées ont été classées en phase minimale c’est-à-dire, au
moins 80% des ménages de ces régions sont en sécurité alimentaire. Les
ménages en insécurité alimentaire (20%), le sont pour cause d’un certain
nombre de facteurs.
3- Les facteurs limitant la sécurité alimentaire enCôte d’Ivoire
L’analyse des principaux facteurs limitant permet d’identifier les
dimensions de la sécurité alimentaire (disponibilité, accès, utilisation)
empêchant les populations d’être en sécurité alimentaire.
32
ADAYé AKOUA ASSUNtA
3.1- La part élevée des dépenses alimentaires et l’incapacité financière :
gages d’une insécurité alimentaire
La part des dépenses alimentaires dans les dépenses générales d’un
ménage est un indicateur de vulnérabilité économique. Un ménage qui
consacre plus de 65% de son revenu à l’achat de nourriture est considéré
comme vulnérable à l’insécurité alimentaire. L’analyse des données montre
que les ménages consacrent 51% de leurs revenus aux dépenses alimentaires,
contre 49% pour les dépenses non alimentaires (figure 6). Cette proportion
est plus importante dans les ménages dirigés par les femmes (39%) que dans
ceux dirigés par les hommes (26%). Ces dépenses alimentaires sont plus
consacrées à l’achat de céréale (14%), du poisson/viande (11%) et du lait
(15%).
Figure 6 : Répartition des parts de dépenses alimentaires et non
alimentaires (Source : SAVA, 2018)
Le niveau de pauvreté est un indicateur d’insécurité alimentaire. Selon
l’enquête niveau de vie des ménages (INS, 2015, p. 21), l’incidence de la
pauvreté en Côte d’Ivoire est de 46,3%. Cette pauvreté est plus accentuée en
milieu rural qu’en milieu urbain. En effet, en milieu rural, l’incidence de la
pauvreté est de 56,8% contre 35,9% en milieu urbain. De plus, la contribution
des populations rurales à la pauvreté est de 61,2% contre 38,8% pour les
populations urbaines. Cette situation de pauvreté amène très souvent les
ménages ruraux à emprunter de l’argent destiné à l’achat d’aliment (figure 7).
33
EvALUAtION DE LA SECUrItE ALImENtAIrE EN COtE D’IvOIrE PAr LA mEtHODE DU CADrE HArmONISE
Figure 7 : Affectation de l’emprunt des ménages ruraux (Source : SAVA)
Selon la figure 7, plus du tiers (35%) des ménages, consacrent l’argent
emprunté aux besoins alimentaires, 28% aux frais d’éducation et de santé,
(11%) à l’achat d’intrants agricoles. Les dépenses effectuées avec cet
emprunt, sont également affectées à un degré moindre à certaines actions
sociales telles que les funérailles, les baptêmes, les mariages (8%), l’achat de
matériels et équipements de production (6%). Au sein de ces ménages, plus
la part des dépenses liées à l’achat d’aliments augmente, plus le risque
d’insécurité alimentaire croit. Un ménage dont les ressources financières sont
majoritairement consacrées à l’alimentation a un risque élevé d’être en
situation d’insécurité alimentaire. Aussi, il a-t-il une très faible capacité de
résistance face à la survenue d’un choc, surtout si celui-ci affecte les moyens
d’existence.
Les producteurs de cultures de rente ont un risque élevé d’être en
insécurité alimentaire contrairement aux producteurs de produits vivriers.
Les produits de rente sont très sensibles aux fluctuations des prix sur le
marché mondial et ne rentrent pas directement dans la consommation des
ménages. Cependant, la vitesse à laquelle ce risque croît est faible, soit 0.67
fois la probabilité d’être en insécurité alimentaire pour un ménage producteur
de vivriers. Par ailleurs, un ménage dont la principale source de revenu est un
travail journalier a 2.33 fois plus de risque d’être en insécurité alimentaire
qu’un ménage producteur de vivrier.
34
ADAYé AKOUA ASSUNtA
3.3- Un mode d’accès à la terre déterminant dans l’atteinte de la sécurité
alimentaire des ménages
La terre est un facteur de production. Son mode d’accès est déterminant
dans l’analyse de la sécurité alimentaire. En Côte d’Ivoire, les ruraux
accèdent à la terre de plusieurs manières, soit par achat, héritage, don,
location. Un ménage qui pratique le métayage c’est à dire en échange du
partage des fruits ou des pertes de l’exploitation avec le propriétaire, présente
un niveau de risque d’insécurité alimentaire significativement plus élevé,
qu’un ménage propriétaire de terre. En particulier le risque est 1.73 fois plus
élevé si le ménage pratique le métayage que s’il est propriétaire de terre. Le
métayage est une location d’une terre. Ainsi, une personne qui pratique le
métayage bénéficie à moitié des fruits de l’exploitation contrairement au
propriétaire. Le métayer a deux problèmes susceptibles d’entacher sa
situation de sécurité alimentaire : sa difficulté d’accès à la terre et les revenus
incomplets qu’il tire de l’exploitation. tandis qu’être propriétaire de terre
suppose une épargne ou un gain équivalent, soit au montant de la location,
soit au montant total des ventes des cultures du métayer.
En définitive, les principaux facteurs de risque d’insécurité alimentaire
en Côte d’Ivoire sont: le mode d’accès à la terre, la part des dépenses
alimentaires, l’indice de richesse, l’indice de stratégie de survie, l’activité
principale. toutefois le mode d’accès, les chocs et les stratégies ont une plus
grande influence sur le risque d’insécurité alimentaire. Enfin, les
caractéristiques sociodémographiques n’ont pas d’impact significatif sur le
risque d’insécurité alimentaire.
Discussion
L’analyse des facteurs qui contribuent à la sécurité alimentaire a mis un
accent particulier sur la bonne pluviométrie de l’année 2019 par rapport à
celle de 2018. Cet excédent pluviométrique a engendré une hausse des
productions vivrières, de l’ordre de 1 à 10%. Ce résultat est similaire à celui
de Gabin Effo et al (2020, p. 117), lorsqu’ils affirmaient que, plus les indices
pluviométriques de la région du Gbêkê sont élevés, plus la production de
l’igname et celle de la banane plantain sont élevées. Et, lorsqu’ils sont en
baisse, la production de ces cultures vivrières connaît aussi une régression.
35
EvALUAtION DE LA SECUrItE ALImENtAIrE EN COtE D’IvOIrE PAr LA mEtHODE DU CADrE HArmONISE
De 2002 à 2006, on observe une baisse de la pluviométrie puisqu’elle est
passée de 1241,1 mm à 1141,8 mm pour seulement 10,26 jours consécutifs
de séquences de pluies, mais avec une longue séquence sèche (39,9 jours).
Sur ces périodes, il est constaté une baisse de la production de l’igname et de
la banane de façon continue. Les productions sont passées de 168028 à
110316 tonnes pour l’igname et de 25392 à 15892 tonnes pour la banane, soit
une baisse respective de 34% et 37%. Egalement, pour Luc CAmBrEZY et
Pierre JANIN, (2003, p. 5) une diminution des apports en eau compromet le
déroulement du cycle végétatif de la plante et peut influencer le niveau futur
des récoltes et donc des stocks de réserves ou des semences. Un déficit
pluviométrique pénalise également les cultures basses annuelles du fait de la
réduction de la couverture arborée et de la compétition pour l’eau entre les
différentes espèces.
La hausse généralisée des productions vivrières en 2019, due à la bonne
pluviométrie a engendré une bonne disponibilité des aliments sur les
différents marchés urbains et ruraux. Par conséquent, les prix de certaines
denrées de grande consommation ont enregistré une baisse générale de 1 à
36%. Et comme l’atteste Allen thomas (2017, p. 19), les prix sont un facteur
clé de l’accessibilité économique à l’alimentation. La hausse de la
productivité est essentielle pour faire baisser les prix et augmenter les
revenus des agriculteurs.
Les habitudes alimentaires en milieu rural ivoirien sont orientées vers
les céréales et les tubercules avec une faible utilisation des produits laitiers,
de protéines et de fruits. A ce niveau, près de 70% des ménages enquêtés,
n’ont pas une bonne diversité alimentaire. Ce résultat corrobore ceux de
Allen thomas et Philipp. Heinrigs (2016, p. 5), dans le cadre de leur réflexion
sur les nouvelles opportunités de l’économie alimentaire Ouest-Africaine. Ils
démontrent que la composition du panier alimentaire des ménages ouest-
africains révèle des différences importantes par milieu. Les ruraux
consomment proportionnellement plus de céréales (et produits à base de
céréales) que les urbains qui eux, préfèrent les fruits et légumes, les produits
carnés et poissons. Cet état de fait est imputable à l’orientation agricole en
milieu rural ivoirien. Le développement agricole met plus en avant les
cultures d’exportation au détriment du vivrier, base de l’alimentation des
ménages. En guise d’exemple, la Côte d’Ivoire, premier pays producteur de
36
ADAYé AKOUA ASSUNtA
cacao dans le monde avec 37% de la récolte mondiale en 2008-2009,
représente 35 à 45% selon les années de la valeur des exportations
ivoiriennes. Il est cultivé par environ 700 000 petits planteurs qui possèdent
en moyenne 3-4 ha de cacaoyers et parfois de caféiers et 1 à 2 ha de cultures
vivrières (Jean-Louis Chaléard, p. 204).
Ces orientations agricoles ne sont pas sans conséquences sur l’état
nutritionnel des ivoiriens. Des facteurs structurels et conjoncturels se
combinent de manière différente, créant une situation nutritionnelle
complexe et précaire. L’on note des fluctuations saisonnières de la situation
nutritionnelle avec une dégradation de l’état nutritionnel de la population
pendant la période de soudure (Juin-Septembre) marquée par un déficit
alimentaire, au sein des ménages ruraux. Aussi, cette situation nationale
cache des disparités considérables entre les régions du pays, entre les milieux
urbains et ruraux, et les groupes socioéconomiques. Les données du Conseil
National de la Nutrition (CNN, 2015, p. 8), confirment ces résultats. En effet,
alors que la ville d’Abidjan a un niveau de retard de croissance inférieur à
20%, donc jugé acceptable selon la classification de l’OmS, les régions du
Centre (30%), du Nord (39%), du Nord-Est (39%), du Nord-Ouest (32%) et
de l’Ouest (34%) ont des taux de retard de croissance supérieurs à 30%, avec
des profils de malnutrition chronique considérés comme sérieux. Par ailleurs,
les régions du Nord et du Nord-Est, avec des prévalences de plus de 39%, ont
des profils de malnutrition chronique proches des situations jugées critiques.
La sécurité alimentaire des ivoiriens, surtout les ménages ruraux, est
compromise par le taux de pauvreté élevé. L’incidence de la pauvreté en Côte
d’Ivoire est 46,3%. Elle est plus accentuée en milieu rural (56,8%) qu’en
milieu urbain (35,9%). Les ménages consacrent 51% de leurs revenus aux
dépenses alimentaires, contre 49% pour les dépenses non alimentaires. Ces
dépenses alimentaires sont plus consacrées à l’achat de céréale (14%), du
poisson/viande (11%) et du lait (15%). En Afrique de l’Ouest en 2010, la part
des dépenses totales des ménages consacrée à l’alimentation était estimée à
52% (Allen thomas et Philipp. Heinrigs (2016, p. 7). Ce qui dénote de la part
importante des revenus attribués à l’alimentation.
Le mode d’accès à la terre est un facteur de l’insécurité alimentaire. En
effet, un ménage qui pratique le métayage c’est à dire en échange du partage
37
EvALUAtION DE LA SECUrItE ALImENtAIrE EN COtE D’IvOIrE PAr LA mEtHODE DU CADrE HArmONISE
des fruits ou des pertes de l’exploitation avec le propriétaire, présente un
niveau de risque d’insécurité alimentaire significativement plus élevé, qu’un
ménage propriétaire de terre, qui est maître de ses terres. Dans cette même
idée, Union Européenne, 2018, p. 4 mentionnent que la chaîne de valeur du
manioc en Côte d’Ivoire est socialement durable, avec cependant
d’importantes marges de progrès. Le principal effet positif est la contribution
du manioc dans ses différentes formes à la sécurité alimentaire et
nutritionnelle. Cependant, ces impacts positifs sont entachés par une grande
précarité et l’insécurité de l’accès au foncier des producteurs qui peut
remettre en question la durabilité sociale de la chaîne de valeur.
Conclusion
L’analyse de la sécurité alimentaire repose sur les facteurs qui
contribuent à la sécurité alimentaire et les indicateurs de résultats. Des
facteurs qui contribuent à la sécurité alimentaire, la pluviométrie de l’année
2019 fut bonne par rapport à celle de 2018, ce qui a permis aux différentes
productions, surtout le vivrier d’enregistrer des hausse de l’ordre de 1 à 10%.
Le niveau d'approvisionnement des marchés est satisfaisant et les prix sont à
la baisse. Les moyens d’existence sont globalement préservés avec une
stabilité des prix des produits de rentes.
Cependant, malgré cette bonne disponible alimentaire et leur
accessibilité, l’état nutritionnel reste problématique. L’alimentation des
ménages est peu diversifiée à cause de l’attachement aux habitudes
alimentaires. Les ménages concentrent leur consommation alimentaire sur les
tubercules et céréales, que sur les protéines et les produits laitiers. De ce fait,
la prévalence de la malnutrition de 2019 reste élevée au niveau nationale
(6,8) et, les régions situées au Nord, Nord-Est et l’Ouest de la Côte d’Ivoire
comme le tchologo (9,5), le Worodugou (10,5), le Gontougo (8,7), le Cavally
(7,6), le Guemon (7,9), ont des prévalences supérieures à la moyenne
nationale.
La sécurité alimentaire en Côte d’Ivoire est compromise par la pauvreté
et le foncier. Plus de 50% des ménages ruraux consacrent leurs revenus aux
dépenses alimentaires. Celles-ci sont plus liées à l’achat de céréale (14%), du
poisson/viande (11%) et du lait (15%). Le mode d’accès à la terre est aussi
38
ADAYé AKOUA ASSUNtA
déterminant dans l’atteinte de la sécurité alimentaire. Les ménages cultivant
sur leur propre terre sont plus en sécurité alimentaire que ceux qui font de la
location et du métayage. Les premiers bénéficient entièrement de la totalité
de leur production, tandis que les seconds la partage avec le propriétaire
terrien. Cette situation limite la disponibilité alimentaire des ménages
métayers.
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