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Article Manioc Femme

Cet article analyse la contribution du manioc à l'autonomisation des femmes dans la sous-préfecture de Dabou en Côte d'Ivoire. Il révèle que le manioc génère des revenus mensuels significatifs pour les femmes, allant de 50 000 à 300 000 F CFA, et facilite leur intégration sociale. La recherche souligne l'importance du manioc dans la sécurité alimentaire et l'autonomisation des femmes dans la région.

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Cet article analyse la contribution du manioc à l'autonomisation des femmes dans la sous-préfecture de Dabou en Côte d'Ivoire. Il révèle que le manioc génère des revenus mensuels significatifs pour les femmes, allant de 50 000 à 300 000 F CFA, et facilite leur intégration sociale. La recherche souligne l'importance du manioc dans la sécurité alimentaire et l'autonomisation des femmes dans la région.

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UNIVERSITE D’ABOMEY-CALAVI

(UAC)
FACULTE DES SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES
(FASHS)

Laboratoire de Géographie Rurale et d’Expertise Agricole


(LaGREA)
Journal de Géographie Rurale Appliquée et
Développement
(J_GRAD)

ISSN : 1840-9962
N o001, décembre 2020
Volume 1
COMITE DE PUBLICATION
Directeur de Publication : Professeur Moussa GIBIGAYE
Rédacteur en Chef : Dr (MC) Bernard FANGNON
Conseiller Scientifique : Professeur Brice SINSIN
COMITE SCIENTIFIQUE
BOKO Michel (UAC, Bénin) SAGNA Pascal, Université Cheikh Anta
SINSIN Brice (UAC, Bénin) Diop (Sénégal)
ZOUNGRANA T. Pierre, Université de OGOUWALE Euloge (UAC, Bénin)
Ouagadougou, (Burkina Faso) HOUNDENOU Constant (UAC, Bénin)
AFOUDA Fulgence (UAC, Bénin) KOLA Edinam (UL, Bénin)
AGBOSSOU Euloge (UAC, Bénin) CLEDJO Placide (UAC, Bénin)
TENTE A. H. Brice (UAC, Bénin) CAMBERLIN Pierre, Université de Dijon
TOHOZIN Antoine Yves (UAC, Bénin) (France)
KOFFIE-BIKPO Cécile Yolande (UFHB, OREKAN Vincent O. A. (UAC, Bénin)
Côte d’Ivoire) ODOULAMI Léocadie (UAC, Bénin)
GUEDEGBE DOSSOU Odile (UAC, GONZALLO Germain (UAC, Bénin)
Bénin) KAMAGATE Bamory, Université Abobo-
OFOUEME-BERTON Yolande (UMN, Adjamé, UFR-SGE (Côte d’Ivoire)
Congo) KAUDJHS ASSI-Joseph Université
CHOPLIN Armelle (Université Paris 1 Alassane OUATARA (Côte d’Ivoire)
Panthéon-Sorbonne, France) YOUSSAOU ABDOU KARIM Issiaka
SOKEMAWU Koudzo (UL, Togo) (UAC, Bénin)
VISSIN Expédit Wilfrid (UAC, Bénin) HOUINATO Marcel, (UAC, Bénin)
TCHAMIE Thiou Komlan, Université de BABATOUNDE Sévérin (UAC, Bénin)
Lomé (Togo)

COMITE DE LECTURE

TENTE A. H. Brice (UAC, Bénin), DOSSOU GUEDEGBE Odile (UAC, Bénin), TOHOZIN
Antoine (UAC, Bénin), VISSIN Expédit Wilfrid (UAC, Bénin), VIGNINOU Toussaint (UAC,
Bénin), GIBIGAYE Moussa (UAC, Bénin), YABI Ibouraïma (UAC, Bénin), ABOUDOU,
YACOUBOU MAMA Aboudou Ramanou (UP, Bénin), AROUNA Ousséni (UNSTIM,
Bénin), FANGNON Bernard (UAC, Bénin), GNELE José (UP, Bénin), OREKAN Vincent
(UAC, Bénin), TOKO IMOROU Ismaïla (UAC, Bénin), VISSOH Sylvain (UAC, Bénin),
AKINDELE A. Akibou (UAC, Bénin), BALOUBI David (UAC, Bénin), KOMBIENI Hervé
(UAC, Bénin), OLOUKOÏ Joseph (AFRIGIS, Nigéria), TAKPE Auguste (UAC, Bénin),
ABDOULAYE Djafarou (UAC, Bénin), DJAOUGA Mama (UAC, Bénin), NOBIME George
(UAC, Bénin), OUASSA KOUARO Monique (UAC, Bénin), GBENOU Pascal (UAK, Bénin),
GUEDENON D. Janvier (UAC, Bénin), SABI YO BONI Azizou (UAC, Bénin), ANAGONOU
Désiré (UAC, Bénin), TONDRO MAMAN Abdou Madjidou (UAC, Bénin)

ISSN : 1840-9962
Dépôt légal : N0 12388 du 25-08-2020, 3ème trimestre Bibliothèque Nationale Bénin

2
SOMMAIRE
N° TITRES Pages
ADAYÉ Akoua Assunta, KONAN Kouamé Hyacinthe : Filière manioc et
1 5-20
autonomisation de la femme dans la sous-préfecture de Dabou (Côte d’Ivoire)

MOUMOUNI BAWA N’GOBI Ali, HEDIBLE Clarisse Sidonie,


2 ABDOULAYE Awali, BOKO Michel : Traitement des eaux du bassin versant de 21-30
la Mékrou (sous-bassin béninois du fleuve Niger, Afrique de l’Ouest)

AGOÏ Thanguy, HOUNDJI Pamphile, CAPO C. M. Eusêbe, FANOUVI


Josephine, CLEDJO F.G.A Placide : Nuisances environnementales de l’utilisation
3 31-39
des emballages alimentaires non biodégradables dans l’Arrondissement de
Godomey au Bénin

4 KOUAKOU Kouamé Abdoulaye : Culture du coco misséné sous les anacardiers : 40-50
une solution à la sécurité alimentaire dans le Nord-Est de la Côte d’Ivoire
YACOUBOU Abdoul-Madjidou, OROU OUENNNON Sabi Mohamed S.,
ADIO SALAMI Hafiz, YAOÏTCHA S. Alain, ZINSOU Valerien, BACHABI
5 François-Xavier, ZOUMAROU WALLIS Nouhoun : Evaluation de la variabilité 51-64
morpho-physiologique d’accessions de maïs (Zea mays L.) collectées dans le Nord-
Bénin

OROU N’GOBI Bio Monti Sika, GIBIGAYE Moussa, ASSANI SEIDOU


Alassan, SABI YO BONI Azizou, OUOROU N’GOBI Sonsonna Agathe:
6 65-75
Perception locale des déterminants de la dégradation du couvert végétal dans la
forêt classée des trois rivières au Nord-Bénin

SILUE Tenedja, DIBI-KANGAH Agoh Pauline, KIMOU Adjiman Florent,


ANOH Kouassi Paul: Environnement de transformation du beurre de karité et santé
7 76-91
des femmes productrices des trois coopératives de Korhogo (Nord de la Côte
d’Ivoire)

ANDON N’Guessan Simon, GOGOUA Gbamain Eric : Rôle de l’arbre conservé


8 92-104
dans le paysage agraire du Département de Korhogo

ZIME LAFIA Issihako, CAPO C. M Eusebe, HOUESSOU A. Pierre,


9 VIGNINOU Toussaint, DOSSOU Rachel : Périurbanisation et gestion des déchets 105-117
dans l’arrondissement dans la commune d’Abomey-Calavi de Akassato (Bénin)
FOUMILAYO MANDUS ALI Rachad Kolawole: Caractérisation et pratiques
10 endogènes de conservation des forêts de l’arrondissement de Ikpinlè (commune de 118-134
Adja-Ouèrè au sud du Bénin)

AKINDELE A. Akibou : Stratégies d’adaptation à l’érosion pluviale dans le


11 135-143
troisième Arrondissement de la ville de Porto-Novo

EDOUVOH Charlot Mianikpo, FANGNON Bernard : Fabrication des intrants


12 144-154
agricoles biochimiques dans la commune de Djakotomey

EDOU Komlan, KLASSOU Komi Selom , PILABINA Somiyabalo : Variabilité


13 pluviométrique et son incidence sur la production du maïs dans l’est de la région 155-168
maritime au Togo

3
DOUDOU DIOBO Kpaka Sabine : Rôle des conditions hydriques et des
14 comportements à risque dans la virulence de l’ulcère de buruli dans le Département 169-182
de Béoumi (Côte d’Iivoire)

MAMAM Abdou-Coudous, VIGNINOU Toussaint, CHABI BIAOU Felix,


15 MAMA Vincent Joseph : Typologie des entreprises agricoles de jeunes dans le 183-197
département de l’Atlantique au Bénin

YAO Carlos Joselito, N’GUESSAN KOUASSI Fulgence,


DEGUY ATTOUNGRE Jean Philipe, KOLI BI Zueli : Variabilité
16 198-210
pluviométrique et impacts environnementaux de l’érosion hydrique dans le bassin
versant du gourou (Abidjan) en Côte d’Ivoire

GUEDENON Dèhou Janvier : Fertilisation des sols par les déchets industriels :
17 cas des coques et cendres de graines de coton dans l’agriculture urbaine à Bohicon 211-220
au sud-Bénin

BETINBAYE Yamingué, NASKIDA Ratangué, MOUTEDE-MADJI Vincent,


18 DJIMADOUMADJI Tasbé et DJANAN Ndonane : Maraîchage à Narbanga 221-230
(Tchad) : pratique et enjeu à l’échelle d’un terroir subsaharien
AFFO Sessimè Bernadette, AZONHE Hervé Thierry, ABDOULAYE Awali :
19 État des lieux des déchets ménagers et salubrité post-inondation dans la Commune 231-242
d'Athiémé au sud-ouest du Bénin
ALLAMBADEMEL Vincent de Paul : Agriculture urbaine et stratégies de survie
20 243-253
: cas des exploitants des bergs et des bas-fonds de N’Djamena au Tchad
TASSIGUI SIO Sabi, ALE Agbachi Georges : Vulnérabilité socioéconomique et
21 stratégies d’adaptation des agriculteurs et éleveurs bovin à la variabilité hydro- 254-270
climatique dans les sous bassins versants de la Mékrou et de l’Alibori
KADJEGBIN Toundé Roméo Gislain: Production agricole et sécurité alimentaire
22 271-285
dans la commune d’Akpro-Missérété au sud-est du Bénin
LARE Konnegbene : Mise en valeur de la plaine de l’Oti et réduction de la pauvreté
23 dans la région des Savanes au nord-Togo : potentialités, contraintes et propositions 286-303
d’aménagement

4
Université d’Abomey-Calavi
Journal de Géographie Rurale Appliquée et Développement
N0 01, vol 1, décembre 2020, pp. 05-20

FILIERE MANIOC ET AUTONOMISATION DE LA FEMME DANS LA


SOUS-PREFECTURE DE DABOU (COTE D’IVOIRE)
CASSAVA SECTOR AND WOMAN'S EMPOWERMENT IN THE
DABOU SUB-PREFECTURE (IVORY COAST)
*Akoua Assunta ADAYÉ 1; Kouamé Hyacinthe KONAN 2
1
Université Félix Houphouët-Boigny, Abidjan, Côte d’Ivoire
Institut de Géographie Tropicale,
08 BP 3109 Abidjan 08
Mail : [email protected]
2
Université Peleforo Gon Coulibaly de Korhogo (Côte d’Ivoire)
Département de Géographie
Mail : [email protected]

RESUME

L’autonomisation de la femme est au cœur des débats qui animent la scène nationale et internationale. Les différents
gouvernants sont à la recherche d’activités génératrices de revenu, afin d’aider la femme à parvenir à cette autonomisation.
En Côte d’Ivoire, la stratégie Nationale du Développement des Cultures Vivrières autres que le riz met l’accent sur les vivriers,
en occurrence le manioc, afin d’assurer la sécurité alimentaire des ménages et favoriser l’autonomisation de la femme. C’est
dans ce contexte que s’inscrit ce présent article. Il vise à analyser la contribution du manioc à l’autonomisation de la femme
dans la sous-préfecture de Dabou.
L’atteinte de cet objectif, passe par une recherche documentaire et une enquête de terrain sur la base de questionnaire,
d’entretien et d’observation.
Il ressort de cette investigation que le manioc génère d’énormes revenus mensuels aux femmes allant de 50 000 à 300 000
F CFA. Il est pourvoyeur d’emplois et facilite leur insertion dans le tissu social. De la production à la commercialisation, le
manioc contribue efficacement à l’autonomisation de la femme dans la sous-préfecture de Dabou.
Mots clés : Dabou, autonomisation, sécurité alimentaire, manioc, femme.

ABSTRACT
The empowerment of women is at the heart of the debates that animate the national and international scene. The various
rulers are looking for income-generating activities, in order to help women to achieve this empowerment. In Ivory Coast, the
National Strategy for the Development of Food Crops other than rice emphasizes food crops, in this case cassava, in order to
ensure household food security and promote the empowerment of women. It is in this context that this article falls. It aims to
analyze the contribution of cassava to the empowerment of women in the sub-prefecture of Dabou.

This study requires documentary research and a field survey based on a questionnaire, interview and observation to
achieve its objective.
It emerges from this investigation that cassava generates enormous monthly income for women ranging from 50,000 to
300,000 CFA francs. It provides jobs and facilitates their integration into the social environment. From production to
marketing, cassava effectively contributes to the empowerment of women in the Dabou sub-prefecture.
Keywords: Dabou, empowerment, food security, cassava, woman.

5
INTRODUCTION

La Côte d’Ivoire a connu après son indépendance, une période de croissance accélérée que
les spécialistes de l’économie de développement ont qualifié de « miracle ivoirien ».
Malheureusement cet embonpoint économique n’a duré que deux décennies. Depuis 1980, les
crises sociopolitiques et économiques qu’a traversées ce pays ont fortement contribué à la
dégradation du niveau de vie et à la paupérisation de sa population. Le taux de pauvreté est
passé progressivement de 10% en 1985 à 32,6% en 2002 puis à 48,9% en 2008 (INS, 2015 p.
9-12). Depuis 2015, 46,3% de la population ivoirienne est considérée comme pauvre (INS,
2015, p. 9). Cette pauvreté a une incidence particulière sur les femmes dont les activités
demeurent concentrées dans les secteurs à faible productivité tels que l’agriculture vivrière, où
elles représentent 76,4% (MINADER, 2016, p. 49). Pour endiguer la pauvreté de la femme,
afin d’assurer son autonomisation, l’Etat Ivoirien a entrepris diverses actions, partant de la
création d’un Ministère (Ministère de la Solidarité et de la Promotion de la Femme) à la mise
en place de fonds dédiés aux femmes et des projets de développement.
En dépit de toutes ces dispositions, 47,4% des femmes restent encore touchées par la
pauvreté (INS, 2015, p. 28). Dans la sous-préfecture de Dabou, les femmes n’en sont pas
épargnées. Excluent de la compétition économique relative à l’agroforesterie, elles se sont
tournées vers l’agriculture vivrière en occurrence la culture du manioc dont la production, la
transformation et la commercialisation représentent pour elles une importante source de revenu.
Malgré, une urbanisation galopante corrélée à une occupation des terres cultivables par l’hévéa
et le palmier à huile, la culture du manioc se maintient dans la sous-préfecture de Dabou. Ce
tubercule, autrefois cultivé pour l’autoconsommation est désormais devenu une culture
marchande (M. A. Ademola-Ouattara et al., 1998, p.145). Les femmes s’investissent dans la
production du manioc, jusqu’à sa commercialisation, en passant par la transformation. De tout
ce qui précède, l’on se demande : « quelle est la contribution du manioc à l’autonomisation de
la femme dans la Sous-Préfecture de Dabou ? L’objectif visé par cette question est d’analyser
la contribution du manioc à l’autonomisation de la femme dans la sous-préfecture de Dabou.
Afin d’atteindre cet objectif, une méthodologie basée sur la recherche documentaire et les
enquêtes de terrain a été adoptée.

1. MATERIEL ET METHODES

1.1. Cadre géographique de zone de recherche


La sous-préfecture de Dabou est située à 45 km à l’ouest d’Abidjan dans la région des
lagunes. Elle est limitée au Nord-ouest par la sous-préfecture de Lopou, au Sud-ouest par la
sous-préfecture de Toupah et au Sud par celle d’Attoutou. Avec une superficie de 2260 km 2,
elle se décline en bleu et vert, c’est-à-dire aux couleurs de l’eau et de la forêt. Elle s’étend au
sud sur 52 km du littoral lagunaire et arrosée par plusieurs fleuves et rivières. Sa population
(88430 habitants) est constituée d’autochtones (Adjoukrou et Abidji) et de ressortissants de la
CEDEAO. Elle est composée de 16 villages, dont 7 dans le secteur communal et 9 dans le
secteur non communal (figure 1).

6
Figure 1 : Localisation de la zone de rechercche
2.2. Méthode de collecte de données
Deux niveaux de recherche ont été retenus pour la collecte des informations notamment la
recherche documentaire et la collecte des données de terrain.
La documentation a permis de mieux cerner le rôle du manioc à travers sa production, sa
transformation, sa commercialisation et sa consommation dans l’équilibre social. Ces
informations ont été collectées d’une part, dans les structures étatiques, précisément le
Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER), l’Agence Nationale
d’Appui du Développement Rural (ANADER) et l’Institut National de la Statistique (INS).
D’autre part, des travaux de recherches (thèses, articles scientifiques, mémoires) se rapportant
à la sous-préfecture ont été consultés. Cette recherche documentaire a permis de mieux
apprécier l’importance du manioc au plan économique et social. Outre les données secondaires
issues de la documentation, l’enquête de terrain a été nécessaire.
Les données collectées sur le terrain sont d’ordre quantitatif et qualitatif. Les premières ont
été obtenues à partir des enquêtes par questionnaire administré aux femmes productrices,
transformatrices et commerçantes. Le questionnaire a porté sur le volume de la production, les
superficies emblavées, les types de dérivés produits, la vente, les revenus générés, les dépenses,
les réalisations, etc. Les secondes sont issues des observations de terrain et des entretiens avec
les présidentes de coopératives de productrices, de transformatrices et de commerçantes et les
parties prenantes (leaders communautaires, associations de femmes, l’ANADER, MINADER,
OCPV). Parmi les 16 localités que compte la sous-préfecture de Dabou, 5 ont été choisies sur
la base d’un certain nombre de critères dont le volume de production du manioc et ses dérivés,
la densité de la population, la distance entre les localités.

7
Quant à l’échantillonnage des ménages enquêtés, la méthode de choix raisonné a été utilisée,
car ne disposant pas de base de sondage avec un nombre précis de chef de ménages femmes, de
la filière manioc. Ainsi, la taille minimale de l’échantillon des enquêtées est déterminée par la
formule standard de Fischer :

n: Taille de l’échantillon ;
e: Marge d’erreur ;
t : le coefficient de marge déduit du taux de confiance
P : Proportion de femmes supposées avoir les caractères recherchés. Cette
proportion variant entre 0,0 et 1 est une probabilité d’occurrence d’un
événement. Dans le cas où l’on ne dispose d’aucune valeur de cette proportion,
celle-ci est fixée à 50% (0,5) (P=0,50); à un niveau de confiance de 95%,
t=1,96 et la marge d’erreur e=0,05.

(1,96)2(0,5) (0,5)
n= = 384,16
(0,05)2
L’application de cette formule donne comme taille minimale de l’échantillon 384,16
réajustée à 385 femmes. A cette taille de l’échantillon, il a été associé des critères. Les
productrices ayant au moins un champ de manioc ont fait l’objet d’enquête, tandis que chez les
transformatrices, le critère a porté sur l’ancienneté de plus d’un an. Etant donné que l’attiéké
est le principal dérivé du manioc de cette localité, seules les femmes transformatrices d’attiéké
ont été interrogées. Concernant les commerçantes, toutes les femmes commercialisant le
manioc ou ses dérivés ont été enquêtées. En plus de cela, l’accent a été mis sur les critères de
l’âge et de l’origine des enquêtés. Ainsi sur la base de l’ensemble de ces critères définis,
l’échantillon de 385 enquêtés, a été reparti de manière équitable sur les 5 villages, soit 77
femmes par village, en tenant aussi compte de leur répartition générale entre les productrices
(200), les transformatrices (135) et les commerçantes (50), comme l’indique le tableau I.

8
Tableau I : Répartition de la taille de l’échantillon suivant les localités choisies pour l’enquête

Localisation Taille des villages Villages Nombre de Nombre de personnes


choisis ménages à à enquêter par
enquêter intervenant

Villages Gbougbou 77 -50 productrices


Village moyennement
proches à -27 transformatrices
peuplé
une distance - 10 commerçantes
inférieure à
08 km
Débrimou 77 -50 productrices
Village moyennement -27 transformatrices
peuplé -10 commerçantes

Villages lointains Akradio 77 -50 productrices


à une distance -27 transformatrices
supérieure à 08 Village fortement peuplé -10 commerçantes
km
Bodou 77 -50 productrices
Village faiblement peuplé -27 transformatrices
-10 commerçantes

Bouboury 77 -50 productrices


-27 transformatrices
Village fortement peuplé -10 commerçantes

-200 (52%)
productrices
-135 (35%)
transformatrices
-50 (13%)
TOTAL 5 villages 385 commerçantes

Source : Enquêtes de terrain, février 2020

En plus de la taille de l’échantillon, 10 personnes ressources ont été choisies dans le cadre
des entretiens approfondis. Il s’agit du responsable de l’ANADER de Dabou, 6 responsables
d’association des productrices, des transformatrices et des commerçantes (les grossistes, les
détaillants, les transporteurs) et 3 leaders communautaires (chef du village, président des jeunes,
présidente des femmes). Les données issues de cette investigation ont été traitées à l’aide du
logiciel SPSS 20.0 et ArcGis 10.2.2.

2. RESULTATS

Les résultats de cette étude sont restitués en trois parties : la production du manioc et ses
dérivés ; l’essor de la commercialisation du manioc et ses dérivés ; l’implication socio-
économique du manioc sur la femme dans la sous-préfecture de Dabou.

9
2.1. Dynamique de production du manioc et de ses dérives dans la sous-préfecture de
dabou
2.1.1. Superficies emblavées et production du manioc

En Côte d’Ivoire, le manioc constitue la deuxième culture vivrière après l’igname et est
cultivé sur les 4/5 du territoire national (CNRA, 2012, p. 3). Mais, cette place varie selon les
localités. Dans la région des Grands ponts précisément dans la sous-préfecture de Dabou, le
manioc occupe la première place des cultures vivrières. Il constitue la base alimentaire pour la
majorité de la population. Son volume ainsi que son espace de production connaissent une
évolution croissante de 2015 à 2019. Le rapprochement de la croissance de production en cours
d’avec les superficies cultivées donne d’apprécier la dépendance de celle-ci de la dynamique
des superficies emblavées (figure 2).

6000 150
production du manioc(t)

Superficie (ha)
5000
4000 100
3000
2000 50
1000
0 0
2015 2016 2017 2018 2019
Années

Production Superficie

Figure 2 : Évolution de la production du manioc en fonction de la superficie de 2015 à 2019


Source : ANADER (Dabou), 2020

L’analyse de cette figure montre qu’il existe un lien étroit entre la production et les surfaces
emblavées. En effet, l’évolution de la production de manioc est faite parallèlement à celle des
superficies emblavées. En 2019, les surfaces emblavées ont été multipliées par 10 (133,15 hectares)
de ce qu’elles étaient en 2015 (13,85 hectares), soit 89%. La production a également suivi la même
tendance, passant de 1512,45 tonnes en 2015 à 4926,55 tonnes en 2019, soit 89,5% d’augmentation.
Par contre de 2015 à 2016, cette production a enregistré une baisse de 11,41%, passant de 512,45
tonnes à 453,99 tonnes, la même période. Cette régression est due à la sécheresse de 2016, qui a
engendré une forte pénurie de manioc sur les principaux marchés. Cependant, à partir de 2017, le
volume de production et les superficies emblavées du manioc ont commencé à enregistrer davantage
une hausse. La production est passée de 934,99 tonnes en 2017 à 934,99 tonnes en 2019. Quant aux
superficies, elles ont évolué dans le même sens (25,27 hectares en 2017 contre 133,1 hectares en
2019). La tendance à la hausse généralisée, constatée de la production du manioc dans la sous-
préfecture de Dabou, s’explique d’abord, par l’adoption des nouvelles variétés à haut rendement
(Yavo, Bocou 1 et IAC ou Yacé), par les productrices, ensuite par l’accroissement de la demande
urbaine. Le manioc se cultive sur de petites superficies de l’ordre de 1 à 4 ha comme l’indique la
figure 3.

10
100

Effectifs enquêtés
80

60

40

20

0
Moins de 1 ha De 1 à 2 ha De 3 à 4 ha Plus de 4 ha
Superficie de champ

Figure 3 : Superficies occupées par la culture du manioc


Source : Enquêtes de terrain, février 2020
De cette figure, il ressort que plus de 80 % des productrices ont moins de 1 hectare de
manioc, tandis que 30 % ont entre 1 et 2 ha et seulement 2,4 % le font sur des superficies allant
de 3 ha et plus. Ces chiffres sont assez significatifs de la conquête d’une bonne partie de l’espace
agricole par la culture du manioc, malgré la grande occupation de celui-ci, par l’hévéa. La taille
des surfaces cultivées en manioc varie en fonction de la disponibilité foncière de chaque village,
de la main d’œuvre disponible et de la force physique de la productrice.
Dans la sous-préfecture de Dabou, le manioc est au centre d’un système de culture où il est
plus produit en monoculture (96%) qu’en association avec le maïs, l’igname, la banane plantain
et divers légumes (4%). Il est produit non seulement pour l’autoconsommation mais également
pour la vente. Cette culture a acquis une signification psycho-sociale chez les productrices
locales. Il est la première culture vivrière qui occupe les femmes de Dabou et bénéficie d’une
transformation.
2.2. Etapes de la transformation du manioc en Attiéké, dominées par l’artisanat
A Dabou, la méthode artisanale est la plus utilisée pour la transformation du manioc. Les
principaux dérivés du manioc, dans cette localité sont l’attiéké, la pâte de manioc (placali) et
l’amidon. Cependant, l’attiéké est le plus prisé et apprécié par la population locale. Son
processus de production exige des techniques spécifiques. Il faut une série d’outils et de
processus adaptés pour passer de la matière première au produit fini (planche 1).

11
Planche 1 : Processus de transformation du manioc en attiéké
Prise de vues : A. A.Adayé, février 2020

La première étape débute par la récolte des racines (photo 1), qui proviennent soit
directement des champs des transformatrices où de leur achat chez d’autres producteurs. Ces
racines tubéreuses sont épluchées puis découpées en cossette (photo 2) à l’aide d’un couteau
inoxydable. Après le lavage, les cossettes sont mises dans des bassines avec un ajout de manioc
fermenté (le magnan en langue locale) et sont déversées dans un moulin pour le broyage (photo
3). La pâte de manioc obtenue après le broyage est laissée au repos pendant un jour avant d’être
mise dans des sacs pour le pressage. La pâte de manioc est pressée pour extraire l’excès d’eau
jusqu’à ce qu’elle soit friable (photo 4). Elle est ensuite tamisée afin d’élimer toutes matières
fibreuses (photo 5). Le tamisage est très important car, il permet d’obtenir une farine avec une
bonne texture et sans fibre. La photo 6 montre le procédé de la granulation qui consiste à obtenir
des grains d’attiéké communément appelé « abgodjama » petits grains ou gros grains. La
semoule obtenue est soigneusement étalée sur une toile en plastique noir ou blanc et propre
(photo 7), également mise dans des vans en plein soleil. Les grains obtenus sont placés dans
une immense passoire métallique déposée sur la marmite et mis sur un foyer de feu de bois. La
vapeur issue de l’ébullition de l’eau passe par les trous de la passoire pour cuire les grains.
Durant la cuisson, les granulés sont de temps en temps retournés à l’aide d’une spatule en bois
ou en aluminium. La durée de cuisson dépend de l’intensité du feu et est généralement d’au
moins 30 minutes (photo 8). Le produit obtenu (l’attiéké) est renversé dans une bassine en
aluminium et laissé en refroidissement près de 30 minutes. Il est ensuite conservé dans des
sachets (photo 9), des cuvettes et des paniers en paille avant d’être commercialisé sur les
différents marchés.
La durée de conservation de l’attiéké varie en fonction de la variété et la qualité du manioc,
du mode de cuissage et de conservation. Elle part d’une semaine à un mois. Passé ce délai,
l’attiéké se met à sécher, mais est toujours utilisable par la population de Tabou. L’attiéké séché
est transformé en un met local appelé « Egd placali », c’est-à-dire la pâte d’attiéké, très
appréciée des autochtones. Son obtention se fait en ajoutant de l’eau chaude sur l’attiéké séché.

12
La pâte obtenue est ensuite pilée dans un mortier. Ce mets est souvent accompagné de la sauce
issue de la graine de palmiste ou de la sauce claire, selon les préférences.
L’attiéké est aussi produit en mode semi-industriel, par les unités de transformation, comme
celles de la Coopérative des Vendeuses d’Attiéké et de Poisson en Côte d’Ivoire (COVAPCI)
de Débrimou. Le processus de production de l’attiéké est similaire à celui du mode artisanal, à
la différence que le premier utilise du matériel dit moderne, comme les broyeuses et les
semouleuses.
En définitive, il ressort que la transformation du manioc en attiéké est dominée par le mode
artisanal. Cependant, celui-ci n’entrave pas la quantité et la qualité du produit. Cette production
de l’attiéké est faite selon un processus qui part de l’acquisition du manioc à la conservation de
l’attiéké, sans oublié sa préparation. Les volumes de production du manioc et de l’attiéké
obtenus sont distribués sur les différents marchés à travers plusieurs circuits.
2.2. Circuits diversifiés de commercialisation du manioc et de ses dérivés
Le circuit de commercialisation est l’ensemble des itinéraires empruntés par les produits
vivriers de la production à la commercialisation. Il se caractérise en fonction de la distance des
zones de production et de transformation, aux marchés. Dans la sous-préfecture de Dabou, l’on
enregistre deux types de circuit de commercialisation à savoir le circuit court et le circuit long.

2.2.1. Circuit court : une aubaine pour le manioc frais

Dans le commerce du manioc, le circuit court est le système de commercialisation dans


lequel la productrice vend directement aux transformatrices et commerçantes. Celles-ci, après
transformation du manioc en attiéké, le vendent aux consommateurs. Il s’agit des transactions
qui se déroulent sur une courte distance par rapport au lieu de production et de vente. Il concerne
les marchés locaux (photo 1).

Photo 1 : Vente en détail du manioc frais sur le marché rural


Prise de vue : A. A. Adayé, février 2020
Sur les différents marchés, les productrices constituent des tas manioc, en fonction de la
grosseur et la taille du tubercule. Le prix de ces tas varie entre 100 et 1000 F. CFA et est fixé
par la productrice. Cependant, des négociations sur le prix s’engagent très souvent entre la
vendeuse et les acheteuses. Le prix est variable d’un marché à un autre, du fait des diverses
possibilités de commercialisation qu’offre le manioc.
Le circuit court se caractérise par sa rapidité et l’absence d’intermédiaire entre productrices
et acheteurs. Il est avantageux pour les productrices mais également pour les transformatrices

13
car, il ne subit pas les coûts exorbitants du transport. Cependant, à cause de la pénurie ou de la
production insuffisante de manioc à grande échelle dans les localités de la sous-préfecture, les
transformatrices se dirigent vers les zones extras muros (figure 4).

Figure 4 : Approvisionnement extra muros du manioc par les productrices


Les transformatrices du manioc s’orientent le plus souvent vers des villages de la sous-
préfecture, pour s’approvisionner. D’autres par contre se rendent dans des localités externes à
la sous-préfecture, comme Songon, Lopou, Bonoua et Grand-Lahou précisément à Irobo ou
Hirra pour s’en procurer. L’approvisionnement se fait de façon hebdomadaire dans les
différents villages enquêtés, comme le cas du village d’Akradio où la distribution a lieu tous les
dimanches, pour Bougbo et Bodou c’est les lundis, enfin à Debrimou et Bouboury, les mardis.
En plus de l’unité de mesure qui est ‘’le tas’’, il y’a également la mesure de la ‘’bâchée’’. La
bâchée est une voiture affrétée au transport des tubercules de manioc, dont le poids est compris
entre 2,3 et 2,5 tonnes. Son contenu en numéraire est entre 150 000 et 200 000 F. CFA. Une
fois l’approvisionnement à la bâchée est fait, la transformatrice se charge de faire une
distribution dans des sacs de 50 kg au prix de 8 500 F. CFA aux autres transformatrices de la
localité.
Dans le village de Bougbo, les femmes s’approvisionnent en pâte de manioc sur l’île coco,
à l’aide des pirogues. Cette pâte sert à produire de l’attiéké et le placali.
2.2.2. Vente de l’attiéké à travers de multiples circuits
La commercialisation de l’attiéké est animée par les trois circuits à savoir le circuit court,
moyen et long. Le circuit court concerne la vente sur les marchés des zones rurales et urbaines.
Ce sont les transformatrices qui acheminent directement l’attiéké sur le marché le plus proche
de chez elles. Elles le vendent aux consommateurs à des prix variant entre 100 et 250 F CFA
selon les unités de mesure.
S’agissant du circuit moyen, la transformatrice-grossiste vend l’attiéké vers les marchés
urbains, tels que les marchés de la ville d’Abidjan. Pour cela, elle convoie la marchandise par
les compagnies de transport, les véhicules remorques afin que celle-ci parviennent aux
commerçantes. Ce type de circuit fait intervenir Cinq (5) agents à savoir le transporteur, la
courtière, la grossiste, la détaillante et les consommateurs. Le transporteur achemine l’attiéké
du lieu de production aux marchés de gros d’Abidjan (le marché Gouro d’Adjamé, le marché

14
de Yopougon Siporex et le marché de gros d’Abobo gare). La courtière est la femme qui
représente la transformatrice de la zone de provenance de l’attiéké sur les marchés de gros
d’Abidjan. Son rôle est de réceptionner le produit qu’elle achemine au grossiste. Celle-ci après
avoir récupéré l’attiéké avec la courtière, se charge de le vendre aux détaillantes des marchés
et des quartiers. La détaillante, à son tour revend les sacs de boules d’attiéké aux différents
consommateurs.
Le commerce de l’attiéké se fait aussi en direction des pays de la sous-région (Burkina Faso,
Mali, Ghana) et l’Europe (France, Italie). Cela constitue le circuit long (figure 5).

Figure 5 : Pays bénéficiant de l’exportation massive de l’attiéké made in Côte d’Ivoire

La figure ci-dessus présente les différentes destinations de l’attiéké de Dabou. Certains


grossistes collectent les sachets d’attiéké des transformatrices des villages, qu’ils convoient vers
l’extérieur. Des transformatrices ont souvent les clients sur les lieux de destination de ces pays.
L’analyse du circuit de l’attiéké dans la sous-préfecture de Dabou révèle que le circuit court est
utilisé localement et le circuit moyen est employé vers les villes du pays, tandis que le circuit
long, est en direction des marchés extérieurs. Ces circuits permettent aux consommateurs
d’avoir régulièrement l’attiéké sur les différents marchés, afin de s’en procurer
quotidiennement.
2.3. Implications socio-économiques du manioc en faveur de la femme
Les activités liées au manioc sont essentiellement menées par la femme. Les jeunes filles,
les femmes adultes et même les femmes d’âge avancé s’y s’adonnent. Mais de nos jours, l’on
enregistre l’arrivée de nouveaux auteurs comme les jeunes garçons. La production du manioc
représente un véritable enjeu social et économique pour les femmes et les jeunes généralement
vulnérables (K. G. Effo et al., 2019, p. 321). Le manioc acquiert une forte valeur marchande
dans la sous-préfecture de Dabou.

15
2.3.1. Manioc et ses dérivés : une activité génératrice de revenu
La production du manioc et ses dérivés constituent pour les femmes de la sous-préfecture de
Dabou, une activité économique majeure. Celles-ci trouvent la nécessité de s’y attacher, car le
manioc leurs génère des revenus conséquents au niveau de la production, de la transformation
et de la commercialisation. Malgré le fait qu’elles ne maitrisent pas convenablement tous les
gains obtenus après la vente de leurs produits, 78,4% des enquêtées reconnaissent tirer profit
de la vente du manioc (figure 6).
Revenus mensuels (F CFA)

Plus de 100 000 F CFA

De 50 001 à 100 000 F CFA

Moins de 50 000 F CFA

0,00% 10,00% 20,00% 30,00% 40,00% 50,00%


Effectifs (%)

Figure 6 : Répartition des revenus mensuels des productrices après la vente du manioc
frais
Source : Enquêtes de terrain, février 2020

Au regard de cette figure, 42 % des femmes ont un gain mensuel compris entre 50 000 et
100 000 F. CFA, dans la production du manioc ; 37% ont moins de 50 000 F. CFA et 21% ont
plus de 100 000 F. CFA. Ces revenus sont fonction de la taille des exploitations. Les
productrices ayant un hectare et plus ont un revenu élevé. Quant à la main-d’œuvre journalière,
elle se situe entre 1500 et 2500 F. CFA. Ces revenus sont insignifiants devant ceux des
transformatrices de la sous-préfecture, puisqu’elles engrangent des revenus mensuels allant de
50 000 à 100 000 F. CFA, voire plus (figure 7).
Revenus mensuels (F CFA)

Plus de 100 000 F CFA

De 50 001 à 100 000 F CFA

Moins de 50 000 F CFA

0,00% 10,00% 20,00% 30,00% 40,00% 50,00%


Effectifs (%)

Figure 7 : Le revenu mensuel des transformatrices


Source : Enquêtes de terrain, février 2020

16
Les productrices d’attiéké de la sous-préfecture de Dabou ont un revenu largement supérieur
aux autres actrices. Il ressort qu’après une production mensuelle, 47% des transformatrices ont
un gain compris entre 50 000 F. CFA et 100 000 F. CFA, 23 % ont moins de 50 000F. CFA et
30,5 % empochent plus de 100 000 F. CFA.
Quant aux commerçantes (grossistes, détaillantes, restauratrices), 62,8% ont un revenu
mensuel de moins de 50 000 F. CFA. Elles représentent les commerçantes locales avec de
faibles chiffres d’affaire. Les 37,2 % restants ont un revenu mensuel de plus de 100 000 F. CFA
voire 300 000 F CFA. Celles-ci animent les marchés urbains et internationaux.
En somme, la production, la transformation et la commercialisation du manioc et de l’attiéké
génèrent des revenus aux différents acteurs de la filière. Ces gains leurs permettent d’avoir une
autonomie financière et de s’insérer dans le tissu social.
2.3.2. Production du manioc et de l’attiéké : un moyen efficace de l’insertion sociale de la
femme
La filière manioc génératrice d’emplois, contribue à l’amélioration des conditions de vie,
donc à l’équilibre et au bien-être social des actrices. Les femmes et les jeunes filles
déscolarisées ou diplômées, sans emploi trouvent à travers le manioc un moyen d’obtenir un
emploi. Celles-ci s’investissent dans la production et la commercialisation de l’attiéké depuis
l’acquisition du manioc jusqu’à la vente. Dans ce contexte, il constitue une culture pourvoyeuse
d’emploi. La filière manioc crée des emplois directs tels les productrices, les transformatrices,
les vendeuses de manioc et d’Attiéké. Les emplois indirects ou secondaires sont les emplois
rattachés à la production, au processus de transformation et de vente. Ce sont les emplois
d’éplucheurs de manioc, des chargeurs, des chauffeurs de tricycles, des laveurs de manioc,
d’opérateurs de broyeuse de manioc, d’essorage et de tamisage de la pâte.
À travers la vente du manioc frais d’une part et de la production de l’attiéké d’autre part, les
femmes satisfont leurs besoins personnels et participent aux charges familiales (95,6 %), d’où
l’amélioration de leurs conditions de vie. Elles sont un véritable appui pour leurs époux parce
qu’elles contribuent aux charges familiales. C’est pourquoi, dans le village de Débrimou les
femmes, du groupement de transformation NYAMBIA affirment « la commercialisation du
manioc nous procure de l’argent à chaque moment. Elle nous permet de prendre en charge
toutes les dépenses de la famille et d’aider nos époux ».
Au-delà de la simple commercialisation, le manioc frais et l’attiéké constituent l’aliment de
base des familles de la sous-préfecture de Dabou. Elles affirment à 78% participer en plus de la
popote, à la scolarisation, aux soins de santé de la famille (89,48%) et à l’achat des tenues
vestimentaires des enfants (58%). Plusieurs d’entre elles ont acquis des biens matériels (tableau
II).

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Tableau II : Répartition des biens matériels acquis et dépenses faites au moyen des revenus
tirés de la vente du manioc et produits dérivés

Actrices enquêtées
Biens acquis au moyen des Productrices Transformatrices Commerçantes
revenus du manioc et dérivés
Effectifs % Effectifs % Effectifs %
Outils agricoles 200 100 - - -

Appareils électroménagers, 118 59 87 65 24 48


ustensiles de cuisine
Matériaux de construction de 36 18 54 40 9 18
maison
Engins de déplacement (moto, 30 15 41 30 12 24
tricycle, vélo) et machines à
coudre
Source : Enquêtes de terrain, février 2020

Les données du tableau permettent de conclure que 100% des productrices de la sous-
préfecture de Dabou ont acheté leurs outils agricoles au moyen des revenus tirés de la vente du
manioc. Les appareils électroménagers, les ustensiles de cuisine ont été acquis par 59% des
productrices, 65 % des transformatrices et 48 % des commerçantes. Quant aux matériaux de
construction de maison, 18 % des paysannes, 40 % des transformatrices et 18% des
commerçantes ont utilisé les revenus générés par le manioc et l’attiéké pour leurs acquisitions.
Des engins de déplacement et des machines à coudre ont été payés par 15% des productrices,
30 % des transformatrices et 24 % des commerçantes. D’autres ont par contre amélioré leurs
habitats avec de plus en plus de commodités. Cette activité a permis à plusieurs femmes de
s’insérer dans le tissu social.

3. DISCUSSION

Cet article met en exergue la contribution du manioc à l’autonomisation de la femme dans


la sous-préfecture de Dabou. Depuis 2015, la production s’est accrue. Elle est passée de 1512,42
tonnes sur 13,85 hectares en 2015 à 4926,55 tonnes sur 133,15 hectares en 2019. Ce qui
correspond à un taux de croissance de 89 % de la production. Cette augmentation fulgurante est
due d’une part aux conditions naturelles et humaines du Sud qui lui sont favorables. Ces
résultats sont similaires à ceux de M. A. Ademola-Ouattara et al (1998, p. 142) et A. M. Koffi-
Didia (2011, p. 171). Pour eux, lorsqu’évoquant les raisons de la domination du manioc sur les
autres cultures vivrières (banane, igname) en pays Adjoukrou et Ebrié au Sud de la Côte
d’Ivoire, ils mentionnent la souplesse des conditions naturelles. Pour K. D. Abalo et al (2014,
p.58), la préfecture de Vo est dotée d’atouts naturels et d’une forte humanisation importants
pour le développement de la culture du manioc. D’autre part, cette hausse est la résultante de la
vulgarisation des nouvelles variétés à haut rendement (yacé, bocou 1, bonoua, etc) dans la sous-
préfecture de Dabou, puisque 85,5% des productrices les cultivent. K. G. Effo et al, (2019, p.
325-326) ne diront pas le contraire, lorsqu’ils ont trouvé que l’essor du manioc dans le
département de Bouaké était dû à la vulgarisation et à la fourniture de nouvelles variétés
améliorées telles la variété Yacé, Yavo, Bocou 1 jusqu’au bocou 8.
Dans la sous-préfecture de Dabou, les transformatrices et les commerçantes
s’approvisionnent localement en manioc, mais la majorité s’oriente vers les zones de production
extra muros. Cette situation est due à la forte demande urbaine, à la proximité de la ville
d’Abidjan constituant ainsi un vaste marché de consommation et à la raréfaction des terres

18
cultivables observée eu égard de l’extension de l’hévéaculture. Abordant dans le même sens,
A. Perrin et al (2015, p. 44) ont également montré que la ville de San Pedro et d’Abidjan
s’approvisionnaient en manioc dans un rayon de 150 km à cause de la forte demande et de
l’insuffisance de la culture du manioc périurbains, du fait du développement important de la
culture de l’hévéa et du palmier à huile sur le littoral. L’attiéké est l’aliment de base des
différentes localités de la sous-préfecture de Dabou, car il est le plus prisé et apprécié par les
consommateurs. Sa production est majoritairement traditionnelle et individuelle (75,5%) mais,
avec la présence d’une unité semi-industrielle COVAPCI dans le village de Débrimou. La
multiplicité des acteurs intervenants dans le manioc, accroît le volume de production afin de
satisfaire la population locale ainsi que la demande extérieure. Dans ce domaine K. G. Effo et
al. (2019, p. 544) ont montré aussi que la transformation du manioc de la région de Gbêkê est
dominée par le mode artisanal, mais, la présence de quelques unités semi-industrielles a boosté
le secteur de la transformation.
Le manioc occupe une place de choix dans le développement social et économique de la
femme. En effet, l’activité du manioc a permis aux femmes de s’insérer dans le tissu social avec
la création de plusieurs emplois et génère des revenus conséquents (plus 100 000 F CFA/mois).
Elles ne sont plus marginalisées dans la société, puisqu’elles sont autonomes financièrement et
contribuent régulièrement aux charges familiales quotidiennes. C’est dans cette perspective que
les études de M. A. Ademola-Ouattara et al. (1998, p. 142) ont révélé que les femmes ont
réaffirmé leur place dans la structure familiale et sociale, lorsqu’elles se sont alors investies
dans la production du manioc et sa principale transformation en attiéké. Dans la sous-préfecture
de Vo au Bénin, les études K. D. Abalo et al. (2014, p. 66) ont montré qu’avec l’essor de la
production du manioc et grâce aux revenus qu’elles en tirent, les femmes deviennent
financièrement plus autonomes et s’investissent dans la production du manioc, devenant
propriétaires par héritage ou par achat de parcelles consacrées au manioc. Cela a engendré un
bien-être socioéconomique de plusieurs familles de la sous-préfecture de Dabou.

CONCLUSION

Au terme de cette étude, il ressort que le manioc fait l’objet d’une attention particulière au
niveau des femmes de la sous-préfecture de Dabou. Sa production est passée de 1512,45 tonnes
en 2015 à 4926,55 tonnes en 2019 (soit 89,5%). Il alimente d’importants circuits de
commercialisation débouchant sur l’agglomération d’Abidjan. Ces circuits génèrent des
revenus conséquents aux femmes. D’une économie de consommation à une économie de profit,
l’activité du manioc a permis aux femmes de s’insérer dans le tissu social avec la création de
plusieurs emplois. Il s’agit entre autres des emplois directs tels que les productrices, les
transformatrices et les commerçantes également les emplois indirects tels que les broyeurs, les
chargeurs, les transporteurs, la gérance des moulins, la main d’œuvre. Il a modifié le cadre et
les conditions de vie des femmes.

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19
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