Exercice
Consigne : en vous appuyant sur les deux textes répondez à la question suivante :
Quelle est l’origine de l’État ?
Texte 1 :
La communauté achevée formée de plusieurs villages est une cité dès lors qu’elle a atteint le
niveau de l’autarcie pour ainsi dire complète ; s’étant constituée pour permettre de vivre, elle
permet une fois qu’elle existe de mener une vie heureuse. Voilà pourquoi toute cité est naturelle
puisque les communautés antérieures [la famille, le village, les premières cités et les tribus
soumises à un roi] dont elle procède le sont aussi.[…] Il est manifeste, à partir de cela, que la
cité fait partie des choses naturelles, et que l’homme est un animal politique, et que celui qui est
hors cité, naturellement bien sûr et non par le hasard des circonstances, est soit un être dégradé
soit un être surhumain […] C’est pourquoi il est évident que l’homme est un animal politique
plus que n’importe quelle abeille et que n’importe quel animal grégaire. Car, comme nous le
disons, la nature ne fait rien en vain ; or seul parmi les animaux l’homme a un langage. Certes la
voix est le signe du douloureux et de l’agréable, aussi la rencontre-t-on chez les animaux ; leur
nature, en effet, est parvenue jusqu’au point d’éprouver la sensation du douloureux et de
l’agréable et de se les signifier mutuellement. Mais le langage existe en vue de manifester
l’avantageux et le nuisible, et par suite le juste et l’injuste. Il n’y a en effet qu’une chose qui soit
propre aux hommes par rapport aux autres animaux : le fait que seuls ils aient la perception du
bien, du mal, du juste, de l’injuste et des autres notions de ce genre. Or avoir de telles notions en
communs c’est ce qui fait une famille et une cité.
Aristote, La politique.
Texte 2 :
La seule façon d’ériger un tel pouvoir commun, apte à défendre les gens de l’attaque des
étrangers, et des torts qu’ils pourraient se faire les uns aux autres, et ainsi à les protéger de telle
sorte que par leur industrie et par les productions de la terre, ils puissent se nourrir et vivre
satisfaits, c’est de confier tout leur pouvoir et toute leur force à un seul homme ou à une seule
assemblée, qui puisse réduire toutes leurs volontés, par la règle de la majorité, en une seule
volonté. Cela revient à dire: désigner un homme, ou une assemblée, pour assumer leur
personnalité; et que chacun s’avoue et se reconnaisse comme l’auteur de tout ce qu’aura fait ou
fait faire, quant aux choses qui concernent la paix et la sécurité commune, celui qui a ainsi
assumé leur personnalité, que chacun par conséquent soumette sa volonté et son jugement à la
volonté et au jugement de cet homme ou de cette assemblée. Cela va plus loin que le consensus
ou concorde: il s’agit d’une unité réelle de tous en une seule et même personne, unité réalisée
par une convention de chacun avec chacun passée de telle sorte que c’est comme si chacun
disait à chacun : j’autorise cet homme ou cette assemblée, et je lui abandonne mon droit de me
gouverner moi- même, à cette condition que tu lui abandonnes ton droit et que tu autorises
toutes ses actions de la même manière. Cela fait, la multitude ainsi unie en une seule per- sonne
est appelée une République.
T. Hobbes, Léviathan.