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Téoros
Revue de recherche en tourisme
Tourisme national et tourisme international au Maroc : une
réelle complémentarité
Mohamed Berriane
Volume 13, Number 2, Summer 1994
Regards sur le tourisme dans les pays en développement
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Université du Québec à Montréal
ISSN
0712-8657 (print)
1923-2705 (digital)
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Berriane, M. (1994). Tourisme national et tourisme international au Maroc :
une réelle complémentarité. Téoros, 13(2), 29–33.
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Tous droits réservés © Université du Québec à Montréal, 1994 This document is protected by copyright law. Use of the services of Érudit
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Tourisme national et tourisme international
au Maroc : une réelle complémentarité
Mohamed Berriane’
A côté d’un tourisme internatio telle qu’un Marocain citadin sur trois part clientèle nationale d’une part et celle des
nal qui s’est imposé au Maroc au chaque été en vacances, que le trafic-voya nuitées revenant aux touristes etrangers
______ début des années 1970 marquant, geur supplémentaire d’été enregistre des d’autre part est riche d’enseignements.
dans certaines régions, l’espace écarts par rapport à la moyenne compris
et les hommes, on ne peut plus ignorer entre 27 % et 42 % et que certaines petites Il faut souligner en premier lieu la forte
aujourd’hui la montée d’un tourisme na villes et villes moyennes d’accueil voient concentration spatiale des nuitées aussi bien
tional qui, existant déjà sous des formes leurs populations doubler au cours du mois marocaines qu étrangères. Les Marocains
traditionnelles, adopte des formes moder d’été. concentrent l’essentiel de leurs nuitées (62,6
nes et revêt un caractère massif surtout au %) dans 5 provinces (sur 32) qui sont, par
cours des mois d’été. Ceci dit, il ne s’agit pas, ici, de s'attarder à ordre décroissant, Casablanca, Agadir,
démontrer l’existence de ce tourisme na Marrakech, Tanger etTétouan. Mais les
Cette ascension qui s’impose à l’observa tional au Maroc ou de se livrer à une sorte séjours du tourisme international sont en
teur à travers l’aftlux croissant d’année en de plaidoyer en sa faveur0*. Le but re core plus concentrés: deux villes seulement
année des vacanciers marocains quittant cherché ici se limite aux seules articulations (Agadir et Marrakech) regroupent plus de
essentiellement les villes pour se diriger existant entre le tourisme des nation a ux et 50 % du total des nuitées. Cette relative
vers des destinations touristiques diverses, celui des visiteurs étrangers pour en tirer diffusion du tourisme national aura des
avec une préférence pour les sites balnéai les enseignements nécessaires à une nou conséquences appréciables sur les retom-
res, nesc traduit que partiellement dans les velle politique plus globale du tourisme au bées de cette activité.
statistiques officielles, n’a attiré que tardi Maroc. En s’appuyant sur une analyse
vement l’attention des chercheurs et ne comparative des deux types de tourismes, Les lieux de séjour qui reçoivent l’essentiel
bénéficie que de quelques mesures partiel le national et l’international, on peut sou des flux ne sont pas tout à fait les mêmes
les de la part des décideurs. ligner le rôle du tourisme des nationaux pour 1 es deux cl ientèles. Agadir, Ma rra kcch
comme complément du tourisme interna et l anger sont, certes, les villes les plus
En effet, s’il a été longtemps admis - parmi tional. Son développement constitue, en fréquentées aussi bien par les nationaux
les économistes en particulier - que les pays fin de compte, un élément essentiel dans que par les visiteurs étrangers. Mais, alors
du Tiers-Monde étaient incapables u en une nouvelle stratégie de la politique tou que pour ces derniers c’est Agadir qui ar
gendrer un mouvement touristique nota ristique du pays. rive en tête, suivie de Marrakech, les Ma
ble, les chercheurs nient de moins en moins, rocains privilégient Casablanca et ajoutent
a uj ( )urd’hui, 1 ’existence d’un tour isine pro Pour ce faire, nous allons axer la démons une quatrième ville, Tétouan.
pre à ces sociétés. Mais celui-ci est rare tration sur trois points :
ment reconnu comme un élément impor Au niveau des ensembles régionaux, des
tant dans les relations de ces sociétés avec 1 ) I compl émcntari te exi sta nt entre 1 es nuances entre les deux types de fréquen
1 eurs espaœs(,). I -es quelques analyses ayant deux tourismes sur le plan spatial. tations sont à relever. Chez les Marocains,
abordé le thème du tourisme des nanonaux 2) I complémentarité existant entre les l’Atlantique Nord (entre Kénitra et El
danslespaysen développement0* se font en deux tourismes dans le temps. Jadida), suivi de la Méditerranée (y compris
outre remarquer par l’absence totale de 3) Le rôle économique du tourisme in la ville du détroit), de l’Atlantique Sud
toute réflexion sur les articulations entre le térieur au niveau des investissements (Agadir, Essaouira et Safi), des régions de
tourisme national et le tourisme interna et au niveau des économies locales. Marrakech et de Fès-Meknès sont les ré
tional. Or, ces articulations et rapports gions les plus recherchées. Ixs touristes
sont réels et une réflexion relative au tou Une condusion reprendra les divers aspects étrangers se dirigent, quant à eux, de pré
risme et son évolution dans un pays comme de la complexité des articulations existant férence vers l’Atlantique Sud, la
le Ma roc ne peut pl us ignorcr 1 a di men sion entre le tourisme international et le tou Méditerranée et Marrakech (tableau 1). A
interne. risme national. noter également I ’importance relative pour
les Marocains du Moyen Atlas et de
Pour le Maroc, on peut rappeler ici que les La complémentarité dans l'espace l’Oricntal, régions qui, inversement, sont
nationaux consomment selon les années peu touchées par les flux du tourisme in
jusqu’à 20 % des nuitées hôtelières enre La répartition spatiale des nuitées ternational.
gistrées dans les établissements classés et hôtelières du tourisme national est
l’ampleur des déplacements est aujourd’hui sensiblement différente de celle des Mais cette géographie des séjours touristi
nuitées du tourisme international ques ne concerne que les séjours ayant lieu
Monsieur Mohamed Bernane e$i professeur de dans 1 es hôtel s, les vi liages de vacances et les
géographie à la Faculté des Lettres et des Scien La comparaison entre la répartition géo résidences touristiques homologués.
ces Humaines à l’Urwersité Mohammed V. Rabat
graphique des nuitées hôtelières de la Lorsque l’on prend en compte les autres
29 TtOROS - Vol 13. no 2. ÉTÉ 1994
modes d’hébergement, la situation change
sensiblement TABLEAU 1
Répartition des nuitées hôtelières des touristes
Il apparaît, en dernière analyse, que les national et international
régions les plus recherchées par les touris (moyenne des années 1981 à 1986)
tes nationaux soulignent la spécificité du
tourisme marocain. Un partage de l'espace Régions Nationaux Touristes étrangers
touristique semble s'instaurer entre d'une part
les vacanciers nationaux et d'autre part les Effectifs % Effectifs %
visiteurs étrangers, I<es premiers se réservent
(ou récupèrent) de plus en plus le Nord du pays Atlantique Nord 443 921 26,7 190419 23
(Tanger et la côte méditerranéenne), Taxe Méditerranée 411 600 24,8 1 343 978 16,6
atlantique compris entre Asilab etElJadida, et Atlantique Sud 243 H 1 14,6 3 243 290 40,0
secondairement, le Moyen Atlas tabulaire. Les Ma rr-akech 2()S 611 12,4 1 212 550 15,0
seconds investissent avant tout les destinations Fès - Meknès 187 600 11,} 453 162 5,6
méridionales avec Agadir, Marrakech et le Sud Oriental 59 839 3,6 4J 015 0,-S
intérieur. Moyen Atlas 43 977 2.6 100464 1.2
Sud - intérieur 13 003 c.s 258 43Û L2
Au sein de l’ensemble des lieux de séjours Reste du pays 52 210 34 1 242 662 15,3
des touristes marocains, les villes petites et
moyennes occupent une place remarqua TOTAL J 660 8ÿ2 100,0 8 081 970 100,0
ble. En leur ajoutant les stations isolées des
grands centres urbains, ces villes ont rota-
1 isé d’apres les décla ra rions de nos en quêtés
51,8 % des séjours de 1 été 1985. En effet, tions recueillies lors de nos deux enquêtes des fûtes individuelles et collectives. Les
alors que le touriste international, même principales que par la répartition men moussemsse concentrent au cours de l’été,
lorsqu’il éprouve le besoin de s’isoler, se suelle des nuitées hôtelières. Lobserva- saison propice - à la fois pour des raisons
dirige avant tout vers les grandes villes rion directe, enfin,des modifications affec climatiques et économiques - à toutes les
(Agadir, Marrakech, Tanger), les petites tent, au cours de l’été, le rythme de 1a vie inani festa rions qu’ils comportent. C’est a u
villes, les villes moyennes et divers petits autres quotidienne de certaines villes confirme cours de la saison estivale aussi que l’aris
centres sont les réceptacles d'une partie non cette constatation. tocratie des anciennes capitales, Fès et
négligeable des flux du tourisme interne qui Marrakech, a pris l’habitude - dès le début
émanent principalement des grandes ag Si 26 % des ménages de notre échantillon du siècle - de fuir les chaleurs torrides de
glomérations. La raison essentielle avan (Enquête, Berriane) partent au cours des ces deux villes de l’intérieur. Pour ce faire,
cée pour le choi x de ces points de ch u te y est vacances scolaires d’hiver et 28 % au cours ces failles migraient soit vers les villes cô
le coût relativement bas de la vie, comparé de celles du printemps, l’été reste la saison tières (Eljadida, Essaoui ra pour Marrakech,
à celui qui est enregistré à Tanger et, plus par excellence des grands départs: plus de Tanger et Tétouan pour Fès), soit vers la
encore, à Agadir. 30 % du total des ménages enquêtés dans basse et moyenne montagne (vallée de
les villes de départ si nous ne considérons l’Ourika pour Marrakech et Moyen Atlas
C’est là un premier aspect de cette que les départs en famille mais 42 % si nous pour Fès).
complémentarité existant entre les prati prenons en compte tous les ménages qui
ques touristiques des Marocains et celles de ont enregistre le déplacement d’un de leurs Cette concentration est devenue incontournable
la clientèle internationale. Mais il existe membres. grâce au rythme qu'imprime la vie moderne
une deuxième complémentarité, encore aux villes
pl us im porta n te pou r 1 a commerce a I i sa tion Concentrés au cours de la saison estivale, à
du produit marocain, et qui se rapporte à la l’échelle de l’année, les départs le sont aussi I-a scolarisation - relativement généralisée
fréquentation touristique dans le temps. à l’échelle du mois. Sur l’ensemble des dans les villes - a hérité du système scolaire
départs déclarés pour l’été 1985 (enquête français les traditionnelles grandes vacan
La complémentarité dans le temps lieux de départ), 3 2,6% ont eu lieu au cours ces estivales. Celles-ci se situent
des 10 premiers jours du mois de juillet, 8,6 officiellement entre le 1er juillet et le 15
Alors que le tourisme des nationaux est % au cours de la seule journée du 15 juillet septembre et rythment désormais la vie de
surtout estival, celui des visiteurs étrangers et 18,5 % la première semaine du mois la majorité des ménages. Le travail salarial
est de plus en plus marqué par des pointes d’août. et les emplois dans la fonction publique
printanières et hivernales. accusent cette nouvelle division de l’année,
Les Causes de cette Ix: congé payé, d’une durée d’un mois, est
Un tourisme surtout estival concentration estivale généralement pris au cours de l’été à l’oc
Cette concentration renoue tout casion des vacances scolaires des enfants.
Les mois d’été apparaissent comme la sai d'abord avec la tradition Ces congés administratifs expliquent la
son privilégiée des départs des Marocains coïncidence fréquente entre les principales
en vacances ou en voyages touristiques. Rappelons, en effet, que la belle saison est vagues de départs et le 1 er, le 15 ou le 3 0 des
Ceci est souligné aussi bien par les déclara celle qui est traditionnellement l’occasion deux mois d’été. Hérités du système occi
30 TÉOflOS Vol 13. no 2. ÉTÉ 1994
O
dental, les congés annuels demeurent con dernières années, des campagnespromotionnelles L’effort de l’Etat va s’étendre aux investis
centrés dans le temps au Maroc. visant la clientèle nationale. sements directs. Il participeau financement
de 95 % des lits créés au cours de cette
Ias raisons d'ordre socio-économique sont aussi première phase. Par le biais d’organismes
décisives que les précédentes La complémentarité économique financiers et de sociétés semi-publiques
(Caisse de Dépôt et de Gestion, Royal Air
L’examen des taux de départ au cours des S’il est difficile d’évaluer l’impact exact du Maroc, Office National Marocain du
différentes saisons et selon les groupes so tourisme intérieur sur l’économie locale à Tourisme), l‘Etat est présent dans plusieurs
ciaux introduit en effet quelques différen cause de l’importance du secteur informel sociétés touristiques s’occupant de l’équi
ces de comportements entre ces groupes. aussi bien au niveau de l’offre que de la pement et de la gestion hôteliers (Ma roc-
Seules les classes supérieures ont, non seu demande, il est possible d’imaginer que ces Tourist, Société Marocaine pour le Dé
lement des départs estivaux fréquents, mais retombées se diffusent beaucoup mieux veloppement Touristique, Société Afri
aussi des taux de départ appréciables au dans les milieux d’accueil que ceux du tou caine du 'Tourisme).
printemps et en hiver. Tous les autres risme international. Mais le premier rôle
groupes - y compris les classes moyennes - economique joué par le tourisme intérieur C’est l’Etat également qui prend en charge
partent peu le reste de l’année. La con marocain nous semble être d’abord sa ca les travaux de viabilisation et d’infrastruc-
trainte semble ici d’ordre économique, la pacité à sauver des investissements lourds rure en ouvrant routes principales et routes
prédominance d’un seul départ au cours de destinés initialement au tourisme interna d’accès et en réalisant adduction d’eau,
l’année (situé de préférence en plein été) tional électricité, assainissement et communica
est donc en relation étroite avec les possi tions.
bilités financières des ménages. L’idce
d‘étalement des vacances - à l’ordre du jour Le sauvetage par la demande interne Tous ces efforts aboutissent à la naissance
dans le sociétés technologiquement et d*investissements touristiques destinés sur la côte < le Tétouan, du Sud a u Nord, d es
économiquement avancées - est totale au tourisme international stations de Cabo Negro (Club Méditerranée
ment aliscnte au Maroc. et ensemble résidentiel de la SAT),deMdfy
Écartelés entre les choix volontaristes de (un vi lia ge de vacanccs dans 1 ecentre même,
Ces départs estivaux des nationaux sont l’Etat qui visaient le tourisme international, le lloliday Club ci le complexe Maroc-
à opposer à des arrivées des touristes d’un coté, et la demande pressante du Tourist légèrement à l’écart) et de Rtstinga
étrangers plus étalées dans le temps tourisme national en résidences secondai (un complexe Maroc-Tourist et un Club
res, de l’autre, les rivages des côtes médi Méditerranée).
I-a fréquentation deshôtelspar le tourisme terranéennes marocaines représentent un
intérieur se distingue à la fois de celle des bel exemple de ces stations. Au cours de la décennie 1970 et de la première
résidents étrangers et de celle des touristes moitié de la décennie suivante, la côte méditer
internationaux. La répartition mensuelle II s’agit de stations touristiques conçues au ranéenne tombe dans Foubli (1973-1983)
des n u i tées des rési dents étrangers est mi eu x départ grâce à l’intervention massive de
répartie a u cours de Tannée avec cependa nt l’Etat et destinées avant tout à accueillir le Très vite les Fours Opérateurs se détournent de
une pointe printanière bien nette. Celle tourisme international. Pour diverses rai la côte méditerranéenne. Après les premières
des nuitées du tourisme international est sons, ces stations ont eu des difficultés à années d’euphorie, la côte méditerranéen ne
marquée par une saison touristique princi drainer des flux importants du tourisme est vite abandonnée par les agences inter
pale correspondant au printemps. international et se trouvent aujourd’hui en nationales qui se tournent vers les desti
partie ou totalement investies par le tou nations méridionales. I^> nécessité de lan
Cette brève comparaison permet de bien mettre risme national. cer sur le marché de façon régulière des
en évidence la spécificité de la fréquentation destina lions nouvelles, le succès de plus en
marocaine, dans F'ensembleplutôt estivale^. Elle La phase du tourisme international : pi us grand du «produit hiver», les avantages
suggère aussi Fintérêt de la composante natio de 1965 à 1973 commerciaux d’une station ouverte toute
nale pour le développement du tourisme en l’année - comme Agadir - et l’absence
général. En effet, la saison des grands départs La côte méditerranéenne est choisie au d'une animation spontanée dans un envi
des touristes marocains ne coïncidant pas exac milieu des années 1960 pour recevoir les ronnement rural où les établissements tou
tement avec les saisons d'arrivées massives des premières implantations destinées au tou ristiques sont isolés, expliquent ce change
visiteurs étrangers, cette demande interne nous risme i n ternarional. Elle voit naître une série ment d’attitude des Tours Operateurs vis-
semble entrerpeu en concurrence avec le marché de stations balnéaires à gestion et clientèle à-vis de la côte Nord au profit d’Agadir. De
international et pourrait même, si elle était étrangères (Bernane, 1980 et 1988). ce fait, les rythmes des constructions se
judicieusement utilisée et encouragée, fournir ralentissent dès le début des années 1970
un sérieux complément à ce marché. Elle Elle bénéficie pleinement des mesures pri pour s’arrêter définitivement à la fin de la
pourrait ainsi contribuera résoudre - au moins ses lors de la rédaction du Plan de dévelop même décennie.
partiellement - le problème de la saison creuse pement de 1965-1967 (Bcrriane, 1980).
internationale, si elle était canalisée vers des Pour attirer les promoteurs privés dans la Durant la période 1973-1984, peu de réa
périodes de Formée peu demandées par les mar région, l’Etat supporte de lourdes charges lisations de grande envergure voient le
chands étrangers de séjours touristiques. Cer financières. jour. Durant une quinzaine d’années, les
tains hôteliers, notamment à Agadir, ont bien stations de la côte tétouan aise - comme
saisi cette complémentarité et ont lancé, ces d’ailleurs celles d’AI 1 Ioceïma - confiées
31 TÉOROS-Vol 13, no2. ÉTÉ 1994
rapidement pour h plupart d’entre elles à maintiendra un taux assez élevé de ce type ternational sur l’économie urbaine est
des sociétés à gestion étrangère (Club d’hébergement: 77 %. manifeste, les autres stations balnéaires
Méditerranée) pour assurer un taux de profitent peu des retombées de cette acti
remplissage convenable, continuent à Le village de vacances, établissement par vité. La faiblesse de l'équipement hôtelier,
fonctionner en vase dos sans la moindre excellence du touriste étranger, verra son la stagnation de la fréquentation touristi
extension ou nouvelle création. poids relatif baisser considérablement; 16 que ces dernières années et le type d’éta
% à la fin des travaux engagés et 8,8 % en blissements (villages de vacances de gran
Il fa udra a ttendre le m il ieu des années 1980 incluant les prévisions des projets en cours des tailles et de gestion étrangère) expli
pour assister à une relance effective de la d'examen. L’hôtel classique, parent pau quent cette situation. Le constat est assez
région. Phénomène original et insolite, vre des le départ, continuera à servir de inquiétant: petit nombre d’emplois créés,
cette relance est le fait du tourisme natio support à des complexes touristiques où la instabilité du personnel, faible niveau
nal. résidence individuelle, collective ou semi- d’achats locaux de la part du secteur hôtel ier,
collective est la pièce maîtresse de l’en peu de dépenses effectuées directement
Ljrrm ctï force du tourisme national de semble. par les touristes eux-mêmes. Les grandes
1983 à 7iasfours agglomérations et notamment Casablanca
Une meilleure diffusion des retombées pompent à leur profit par l’intermédiaire
En 1983, la société Maroc-fourist met en économiques sur le plan local de leur secteur commercial, les bénéfices
vente une partie du parc de logements tirés de cette activité économique. Les
prévu pour accueillir le tourisme interna En essayant de comprendre le peu d’inté autres transferts monétaires générés parle
tional, 50 appartements et 42 chalets sont rêt manifesté par les autorités de tutel le vis- tourisme international (location des éta
ainsi cédés à des particuliers de nationalité à-vis du tourisme national, on peut avancer blissements par les grandes chaînes, inves
m arocaine. Cette da te constitue pour nous, le fait que ce tourisme était supposé avoir tissements, impôts, produits des contrats
de ce fait, une rupture symbolique dans peu d’impact sur l’économie, la société ou passés par les Tours Opérateurs avec les
levolution du tourisme sur le littoral Nord: I espace. Or l’une des hypothèses de cette hôteliers et les agences) sont soit versés
le remplacement progressif de la clientèle recherche part du fa i t q uc les déplacements directement dans les caisses de l'Etat soit
étrangère par des touristes nationaux. touristiques internes ont des retombées captés par le système bancaire installé lui
non négligeables sur le milieu d’accueil. aussi dans la grande ville et en dehors de la
La région connaît, a partir du début de la zone d’accueil.
décennie 1980, une véritable effervescence Les touristes marocains ne disposent, cer
dans l’aménagement de nouveaux ensem tes, dans leur grande majorité que de mo Par opposition à cette situation, nous pen
bles touristiques. Les chantiers en cours destes revenus, du moins par comparaison sons que si le vol unie de la masse monétaire
une fois terminés, l'accroissement de la avec ceux des touristes étrangers visitant le mobilisée par les déplacements in ternes est
capacité d’accueil offerte par la région se pays, Tls sont issus pour la plupart d’entre plus faible que celui qui revientau tourisme
rait de l’ordre de 148 %. Cette augmen eux des classes moyennes et des groupes international, les apports financiers du
tation brutale du parc d’hébergement sociaux sans grands moyens financiers. Ce tourisme national se diffusent dans les
touristique s’accompagne d’importantes serait pourtant une erreur de croire que ce milieux d'accueil et y restent. En effet, le
mutations. type de tourisme, parce qu’il est surtout touriste marocain séjournant en location
pratiqué par des familles dont le pouvoir chez des particuliers, dans une résidence
d’achat est modeste, n’a guère d’impact sur secondai reou en ca mping, en tre en contact
L'affirmation d'un nouveau les espaces d’accueil; bien au contraire! direct avec l’habitant: logement chez
type d'hébergement Exception faite des TME, les déplacements l’habitant, approvisionnement auprès des
touristiques nationaux ne s’accompagnent commerçants ou des paysans, utilisation
Les réalisations des stations de la première pas de rentrées de devises, mais ces dépla des mêmes services que les populations
génération étaient axées sur la formule du cements contribuent à une redistribution locales, etc.
village de vacances a gestion étrangère. spati a le des richesses. Ils susci tent, en effet,
Celui-ci représentait plus de 60 % de la des transferts interrégionaux entre, d’une Ces conséquences sont particulièrement
capad té rota le de la région en 1978 et 43 % parties régions d’origine des touristes où se importantes pour la petite ville ét la salle
en 1984. Aujourd’hui, un nouveau type dégagent des surplus, et d'autre part les moyenne, qui lorsqu’elle est touristique,
que nous appellerons résidentiel s’affirme régions d'accueil qui bénéficient des dé n’est plus ignorée par la grande ville. En
de plus en plus. C’est ainsi que les ensem penses occasionnées par les séjours de va recevant des populations originaires
bles d’appartements, studios, chalets, cances. d'autres villes de la région ou de plus loin
bungalows et villas de différents standing encore» la petite ville resserre scs liens avec
qui représentaient 46,8 % en 1984, vont Par contre on a pu démontrer que si les le reste de la trame urbaine; son système de
constituer 76,6 % du total des lits à la fin des entrées en devises dues au tourisme inter relations, notamment avec les grandes ail
travaux en cours. Si nous ne considérons national sont non négligeables pour la ba les, principaux points d’émission de touris
que la capacité des chantiers en cours, les lance des paiements de l’Etat, les retom tes, s’étoffe et est parce >uru par des flux pl us
ensembl es résic lentiel s individuels, ou semi- bées au niveau local sont par contre très intenses.
collectifs représentent 94 % des lits en limitées(Berriane, 1978,1980 et 1986). En
cours de réalisation. La capacité addition schématisant» nous pouvons dire qu'excep Cette conclusion n’est pas un plaidoyer
nelle prévisible par les projets déposés tion faite des villes d’Agadir ou de pour le développement du tourisme na
xMarrakech où l’influence du tourisme in tional au dépens du tourisme international.
32 TÉOfiOS • Vol 13. r» 2. ÉTÉ 1934
Ce dernier joue un rôle déterminant au du coût de la vie. Il peut, de ce fait, avoir l'évolution des sociétés réceptrices du tou
niveau des finances nationales tour en ayant, comme conséquence directe l’élimination risme international et à la conception d’une
comme d’autres activités économiques, des des catégories sociales moyennes et dé meilleure politique touristique globale où
répercussions parfois négatives sur l’amé munies des destinations qu’il investit le chacune des deux dimensions - la dimen
nagement du territoire (déséquilibres ré plus. Mais en même temps, la fréquenta sion interne et la dimension internationale
gionaux) et sur 1 es économi es et les sociétés tion pri vil égiée d ‘une station par le tou ri sme - aurait sa place. -2.
locales (déstructuration, conflits). De ce international, peut valoriser celle-ci aux
fait, si sur le plan socio-spatial, il arrive que yeux des catégories sociales supérieures du
NOTES ET RÉFÉRENCES
les deux types de tourismes entrent en pays d’accueil: de nombreux ménages des
conflit, sur le plan économique, ils peuvent classes supérieures de la ville de Marrakech (1) Voir à ce propos noire' article i'ourrsnie des
se compléter harmonieusement. ont progressivement abandonné Eljadida, mtionm au Maroc (une nouvefle approche oV
destination cia ssique de cette vil le, au profit füürôsnie dans tes pays en dtévisJqppejiwnfJ, An.
nal»* de géographie, no970, 1993, pp. 131-161.
d’Agadir, principal pôle marocain du tou
(2) Voir, en particulier, l'importante production des
Conclusion risme international. géographes allernandls ;ï propos du Souri sme in
térieur dans les pays du Mcyen-Onent.
En conclusion, nous pouvons dire qu’il est {3) Un ouvrage reprenant toute cette pr-ûhlâmeciquQ
Le lancement d’une station touristique
vi$nt d'être publié en mai dernier: M. Serriane,
temps de changer d’attitude vis-à-vis du moderne destinée au tourisme internatio Tourisme national et migration* de lofoir* au
tourisme interne au Maroc, En effet, nal se fait parfois au détriment des estivants Maroc, étude géographique, Publications de la
examinées en termes de conflit ou de marocains qui fréquentent le plus souvent Faculté des Lettres et des Saences Humaines de
Rabat.
complémentarité, les relations tourisme en campeurs, des sites vierges encore dis Î4 h Ce caractère estival est (fautant plus rema rquable
national/tourisme international se révèlent ponibles, Ce$sites découverts par les jeunes, que les années 1561 et 1992 ont vu cùnader le
de nature assez complexe. les! AIE, les cia sses moyennes et les groupes Ramadan - mois du jeune qu« onr'ogrstre généra
lement peu de départs - avec le mois de juillet.
transitionnels, une fois convoités par les
Le tourisme international qui se dirige vers aménageurs ou les investisseurs doivent Berrîane, M,, L'espace tac/ristrq^emaroGaân, SJ RB AM A,
le Maroc entre obligatoirement en contact être abandonnés par les premiers Fasocule de rechercha no 7, 1980.
Berna ne, M.. Le tounsms et la petite et moyenne vjiteay
avec le tourisme national. Nous n’avons utilisateurs. Le tourisme international Maroc, Lajpetfte et moyenneMite dan» te Monde
retenu que trois axes (à savoir les apparaît dans ces cas comme un redoutable Arabe, URBAMA, Fascicule de recherche no 16,
com plémcn tarifés spati aies, temporel les et concurrent du tourisme national. Mais il 1986.
économiques) mais les articulations sont Berriane, M., Entwicklung und SUuklur des
arrive aussi que des structures d’accueil,
Binnenteurteimii In Marokko, Institu für
nombreuses et réelles. programmées pour répondre aux besoins Tounsmus, Freie UrwersiUil Berin, >988.
des visiteurs étrangers, soient récupérées Berri-arw, M.. LaswejéfdmarocafneéiÉJ&steï[Link]
Le tourisme international peut avoir tout par les estivants nationaux. Plus encore, encydopédie du Mar oo, volume Sportsel loi sirs.
1986, pp. 119*129.
d’aliord un rôle d’entraînement. Il diffuse ces installations initiales servent de points Berriane, M., Tout lame Intèrfomr et migration* d*
des habitudes et des pratiques touristiques d’appui à Purbanisation dont profite lôqsîir» au IMarocr acculturation ou évolution
exogènes tout en incitant parfois des grou essentiellement la clientèle interne. Interne?.. Actés du colloque de Passau, RFA Le
Maroc, Espace el société, 1990.
pes et individus au départ en voyage tou Berriane, M., Styitesef £[Link].n-,ift')tehJuifi:sti’q'üwd'c/i7e
ristique. Mais son influence la plus voyante La complémentarité entre les deux touris sceterd maghrétone ffe cas du AferoqL rw îwAtten
et la plus géographique se trouve ailleurs. mes apparaît surtout au niveau du la jirnoodemjü^ Orient, 32 Jahrgang Nr. 1 , Hambourg,
1991.
C’est, nous semble-t-il, son rôle à lancer saisonnalité, Les départs des Marocains Bemene, M., Tour terne national et migrations de
promouvoir et valoriser de manière indi étant concentrés en été, ils rentrent peu en lûlilr* {élude gêograp hique), Thèse de doctorat
recte certaines destinations auprès des conflit avec les arrivées des visiteurs d'État de géographie, Urwersitê de Tours, Publi
cations de la Faculté des Lettres et des Sciences
touristes nationaux qui a le plus de consé étrangers. Ces derniers ont tendance a
Humâmes, Rabat, 1992, 500 pages
quences sur le plan géographique. Le étaler leurs séjours au cours de toute l’an Berriane, M., île tourisme cfes r?«[Link] au1 Maroc furie
succès sur le plan interne de villes ou sta née, les pointes printanières devenant de [Link] du tow'sme dans tes pays
tions comme Marrakech, Agadir, Al plus en plus marquées. Les hôteliers ont déi/eJ'ûppemen?L Annale* de géographie, no 670,
1993, pp. 131-161.
I loceïma et même Tanger, doit beaucoup d’ailleurs saisi l’intérêt de cette distorsion ELOUARTI, À , Le changement culturel? r'érrMtfgençe
à l’audience internationale de ces destina temporelle entre les deux tourismes, pour d'une pratiqua tour istique dans la loisir urbain
tion s. T .a mise en place d* u ne in fra structure mener des campagnes, certes encore timi à HntArieuF da h »oci*tè marocaine (1I97E-
1SB5L Thèse de troisième cycle de sociologie,
d’accueil homologuée destinée initialement des, auprès de la clientèle interne. C’est Paris IV, 1986.
à répondre à la demande internationale a i nsi que des prix et d es form ul es de séjours
incite aussi la clientèle marocaine à se diri familiaux de basse saison sont proposés à
ger vers les lieux ayant reçu ces infrastruc Agadir, en été, et dans le Nord en hiver et
tures. Ailleurs, la fréquentation de certains au printemps.
sites, non équipes, par de jeunes touristes
européens itinérants, pratiquant le cam Nous nous limitons, ici, à quelques consé-
ping, attire également les jeunes marocains qucncesd ’ordrespatial etcommerdal, mais
étudiants, lycéens ou autres. les relations entre les deux tourismes peu
vent être riches en implications sociales et
L’un des effets les plus sensibles du tou culturelles. Des études pluridisciplinaires
risme international sur les espaces qu’il aboutiraient sûrement à d’intéressants ré
fréquen te massivement, est I *a ugmenta tion sultats aidant à la compréhension de
33 TÉüROS - Val 13. no ?. ÉTÉ 1994