Introduction
Citation d'accroche :
"L'hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour
vertus."
Cette citation de Molière illustre parfaitement la duplicité du personnage de Dom
Juan, un séducteur qui manipule les autres pour atteindre ses propres objectifs.
Cette phrase signifie que l'hypocrisie, même si c'est un défaut, est tellement
répandue et acceptée par la société qu'on finit par la considérer comme une
qualité. Autrement dit, quand un comportement négatif devient courant, il peut
être vu comme normal.
Présentation de l'œuvre :
Dom Juan, comédie de Molière publiée en 1665, met en scène un aristocrate
libertin qui défie les normes sociales et religieuses de son époque. À travers ce
personnage, Molière critique l’hypocrisie des puissants et la manipulation des
plus naïfs.
Présentation du passage étudié :
Dans l'Acte 2, scène 4, Dom Juan se retrouve face à deux paysannes, Charlotte et
Mathurine, qu'il a promises en mariage. Plutôt que de répondre à leurs
demandes, il utilise son art du discours pour semer le doute, les manipuler et
flatter leur naïveté.
Problématique :
Comment Molière, dans cette scène, utilise-t-il la manipulation du langage et le
comique pour exposer l’hypocrisie de Dom Juan ?
Annonce du plan :
Nous verrons d'abord comment Dom Juan manipule son entourage par son
discours (I), puis nous analyserons comment la scène utilise le comique pour
critiquer la société et ses travers (II).
I. L’art de la manipulation : Dom Juan, maître du langage et du
mensonge
Dans cette scène, Dom Juan est confronté aux reproches des deux paysannes à
qui il a fait la même promesse. Plutôt que de se justifier, il utilise un discours
habile pour détourner la conversation, maintenir le doute et séduire les deux
femmes.
1. Un discours volontairement flou et évasif
Dès le début de l’échange, Dom Juan refuse de répondre clairement aux
accusations des paysannes. Il entretient l’ambiguïté grâce à des procédés
rhétoriques qui lui permettent d’éviter toute confrontation directe.
L’interrogation rhétorique : "Est-ce que chacune de vous ne sait pas ce
qui en est ?" Dom Juan feint l’évidence, suggérant que les deux femmes
devraient déjà connaître la réponse, alors que le doute persiste.
L’ellipse : "Pourquoi m’obliger à des redites ?" Il évite d’affirmer ou
d’infirmer ses engagements en laissant sa phrase volontairement
incomplète.
L’antithèse entre "Laissez-la faire" et "Laissez-la dire" : Dom Juan joue sur
les deux tableaux, donnant l’impression qu’il se désintéresse du conflit
alors qu’il l’alimente.
L’emploi du présent de vérité générale : "Tous les discours n’avancent
point les choses." En généralisant, il donne l’impression que la discussion
est inutile et détourne l’attention de sa propre responsabilité.
L’euphémisme : "On verra, quand je me marierai, laquelle des deux a
mon cœur." Cette phrase entretient une illusion de promesse sans jamais
réellement s’engager.
2. Une séduction basée sur la flatterie et la persuasion
En plus de maintenir le doute, Dom Juan continue à séduire les deux paysannes
pour calmer la situation et éviter qu’elles ne s’allient contre lui.
L’hyperbole : "Je vous adore." Cette déclaration exagérée flatte les deux
femmes en même temps, sans engagement réel.
L’accumulation : "Tous les visages sont laids auprès du vôtre. On ne peut
plus souffrir les autres quand on vous a vue." En répétant et amplifiant ses
compliments, il renforce son pouvoir de séduction.
L’aparté : "Bas, à Mathurine." L’utilisation d’un aparté souligne son double
jeu, car il dit à chaque femme ce qu’elle veut entendre sans que l’autre ne
l’entende.
L’énumération : "Laissez-la croire ce qu’elle veut, laissez-la se flatter
dans son imagination." Il se moque de leur naïveté tout en les
encourageant à croire en ses mensonges.
L’emploi du futur : "On verra." Ce temps verbal laisse entendre une
promesse tout en maintenant une incertitude qui lui permet d’échapper à
ses responsabilités.
Conclusion partielle : Dom Juan évite la confrontation grâce à son éloquence et
à son talent pour la manipulation. Il joue avec les mots et les émotions pour
maintenir son emprise sur les deux femmes. Toutefois, cette scène ne se limite
pas à un simple jeu de séduction : elle cache aussi une critique sociale plus large.
II. Une scène comique qui dénonce les inégalités et l’aveuglement des
personnages
Si cette scène amuse le spectateur, c’est aussi parce qu’elle met en évidence des
rapports de force et des illusions qui dépassent la simple manipulation de Dom
Juan.
1. Un comique de situation et de langage
Molière utilise plusieurs formes de comique pour souligner l’absurdité de la
situation et accentuer le ridicule des personnages.
Le quiproquo : Les deux paysannes croient encore aux promesses de
Dom Juan, alors que le spectateur sait qu’elles sont trompées.
L’anaphore : "Parlez ! Dites !" Cette répétition met en évidence
l’impatience des deux femmes, qui attendent une réponse claire qu’elles
n’obtiendront jamais.
L’ironie de Sganarelle : "Ah ! Pauvres filles !" Il prend conscience de la
manipulation de son maître et exprime sa pitié, renforçant ainsi la satire.
L’exagération burlesque : Les déclarations d’amour outrancières de
Dom Juan rendent son hypocrisie encore plus évidente aux yeux du
spectateur.
2. Une critique sociale déguisée
Sous son apparente légèreté, cette scène dénonce les inégalités entre les
personnages et la manière dont certains abusent de leur pouvoir.
L’opposition entre le langage noble et paysan : Dom Juan parle avec
assurance et maîtrise le langage, alors que les paysannes utilisent un
langage plus naïf.
L’antiphrase : "Je suis tout à vous." Dom Juan dit l’inverse de ce qu’il
pense, soulignant son cynisme.
L’exclamation : "J’ai pitié de votre innocence !" Molière critique ici la
crédulité des paysannes et la facilité avec laquelle elles se laissent duper.
L’ironie tragique : Cette scène annonce la chute de Dom Juan, qui sera
lui-même pris au piège de ses propres manipulations plus tard.
Conclusion partielle : En utilisant le comique, Molière dénonce les rapports de
force entre les classes sociales et la crédulité des victimes face aux
manipulateurs. Cette scène légère cache donc une critique plus profonde de la
société.
Conclusion
Cette scène illustre parfaitement l’habileté de Dom Juan à manipuler son
entourage. À travers un dialogue rapide et un comique efficace, Molière met en
évidence à la fois la ruse du libertin et l’aveuglement de ses victimes. Derrière la
comédie, l’auteur dénonce l’hypocrisie et l’injustice sociale.
Ouverture : Cette scène peut être rapprochée d’Hernani de Victor Hugo, où,
comme dans Dom Juan, les personnages sont pris dans des jeux de séduction et
de tromperie.