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Le rapport analyse les conflits dans les provinces du Nord-Kivu et Sud-Kivu en République démocratique du Congo, mettant en lumière la vulnérabilité des populations face à l'insécurité alimentaire et aux tensions foncières exacerbées par une gouvernance défaillante et des groupes armés. Il souligne les conséquences de ces conflits sur les petits exploitants agricoles, notamment la violence et l'augmentation des inégalités. Le rapport propose des recommandations pour minimiser les tensions et maximiser les bénéfices des projets de développement.

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Le rapport analyse les conflits dans les provinces du Nord-Kivu et Sud-Kivu en République démocratique du Congo, mettant en lumière la vulnérabilité des populations face à l'insécurité alimentaire et aux tensions foncières exacerbées par une gouvernance défaillante et des groupes armés. Il souligne les conséquences de ces conflits sur les petits exploitants agricoles, notamment la violence et l'augmentation des inégalités. Le rapport propose des recommandations pour minimiser les tensions et maximiser les bénéfices des projets de développement.

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République démocratique du Congo

Analyse de conflits dans


les provinces du Nord-Kivu
et Sud-Kivu
Rapport complet
République démocratique du Congo

Analyse de conflits dans


les provinces du Nord-Kivu
et Sud-Kivu
Rapport complet

Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture


Rome, 2023
RÉFÉRENCE BIBLIOGRAPHIQUE À CITER:
FAO. 2023. République démocratique du Congo: Analyses de conflicts dans les provinces du Nord-Kivu et Sud-Kivu –
Rapport complet. Rome. [Link]

Les appellations employées dans ce produit d’information et la présentation des données qui y figurent n’impliquent de la part de
l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) aucune prise de position quant au statut juridique ou au stade
de développement des pays, territoires, villes ou zones ou de leurs autorités, ni quant au tracé de leurs frontières ou limites. Les lignes
pointillées sur les cartes représentent des frontières approximatives dont le tracé peut ne pas avoir fait l’objet d’un accord définitif. Le
fait qu’une société ou qu’un produit manufacturé, breveté ou non, soit mentionné ne signifie pas que la FAO approuve ou recommande
ladite société ou ledit produit de préférence à d’autres sociétés ou produits analogues qui ne sont pas cités.

ISBN 978-92-5-138135-9
© FAO, 2023

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Photo de couverture: © FAO


Table des matières

Abréviations, sigles et acronymes...................................................................... v


Remerciements .................................................................................................. vi
Résumé éxécutif ............................................................................................... vii
Contexte actuel ................................................................................................... vii
Facteurs structurels de l’état de vulnérabilité des populations et des conflits
fonciers en République démocratique du Congo ................................................ vii
Conséquences: multiplication des conflits fonciers et impact sur
les exploitants agricoles ....................................................................................... ix
Recommandations ............................................................................................... ix

Introduction ........................................................................................................1
Le projet: Renforcement de la résilience des petits exploitants agricoles ............ 2
Renforcement de la résilience pour une meilleure gestion des crises .................. 3
Approche et méthodologie ................................................................................5
Objectifs de l’exercice ........................................................................................... 5
Méthodologie ........................................................................................................ 5
Contexte global des conflits dans l’est de la République
démocratique du Congo .....................................................................................8
Historique des guerres et conflits dans l’est de la République
démocratique du Congo ........................................................................................ 8
Statut des femmes en République démocratique du Congo ............................... 12
Historique des groupes rwandophones à l’est de la République
démocratique du Congo ...................................................................................... 15
Contexte sécuritaire et groupes armés récents .................................................. 17
Contexte politique ............................................................................................... 20
Causes et lignes de conflits ..............................................................................22
Causes profondes, facteurs de conflits et leurs conséquences ........................... 22
Dynamiques de conflit par territoire ...............................................................50
Nord-Kivu ............................................................................................................ 50
Sud-Kivu............................................................................................................... 62
Conclusions et recommandations ...................................................................71
Ne pas nuire: minimiser les risques potentiels engendrés par la mise en œuvre
des activités ......................................................................................................... 72
Maximiser les bénéfices en contribuant à l’atténuation des conflits .................. 77

iii
Annexe I. Contexte des zones d’intervention .................................................84
Nord-Kivu ............................................................................................................ 84
Sud-Kivu............................................................................................................... 90

Bibliographie .....................................................................................................95

Lectures complémentaires ............................................................................ 101


Documents et rapports des Nations Unies ou du gouvernement ..................... 101
Études de recherche et littérature .................................................................... 102
Rapports des ONG internationales ou nationales ............................................. 104
Articles de presse/média ................................................................................... 104

Figures
Figure 1. Carte administrative de la République démocratique du Congo ................ 2
Figure 2. Nord-Kivu: nombre d’incidents violents quotidiens (2017-2021)............. 18
Figure 3. Sud-Kivu: nombre d’incidents violents quotidiens (2017-2021) ............... 18

iv
Abréviations, sigles et acronymes
AFCOD Association des fermiers concessionnaires pour le Nord-Kivu
AFD Alliance des forces démocratiques
AFDL Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo
ANR Agence nationale de renseignements
CLDP Comité local de paix et développement
CNDP Conseil national pour la défense du peuple
FAO Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
FAR Forces armées rwandaises
FARDC Forces armées de la République démocratique du Congo
ICCN Institut congolais pour la conservation de la nature
MLC Mouvement de libération du Congo
PAM Programme alimentaire mondial
UNICEF Fonds des Nations Unies pour l’enfance

v
Remerciements
Cette analyse des conflits a été écrite et développée par Christof Kurz avec
Patricia Bahati, consultants externes, à qui l’Organisation des Nations Unies
pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) est extrêmement reconnaissante pour
leur travail.
La finalisation de ce document a été possible grâce à l’équipe de coordination
des urgences et de la résilience de la FAO en République démocratique du Congo,
en particulier Anne-Klervi Cherrière et Wassima El Cadi, avec l’appui de
l’Unité Conflits et paix du siège, dont Phil Priestley et Maria Norton.

vi
Résumé exécutif

Contexte actuel
En République démocratique du Congo, le contexte est caractérisé par des actes
récurrents de violence et une insécurité accrue, dont la présence d’une grande
variété d’acteurs aux niveaux national et international complexifie les enjeux
politiques, économiques et sociaux déjà existants. À cela s’ajoutent les tensions et
interactions complexes entre les pays de la région des Grands Lacs – la République
démocratique du Congo, l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi – qui fragilisent
l’équilibre de cette région stratégique.
Une large partie des populations des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, à l’est
de la République démocratique du Congo, sont en insécurité alimentaire ou dans
un état constant de vulnérabilité face aux multiples chocs. Plusieurs facteurs
structurels sont à l’origine de cette vulnérabilité chronique, notamment des
décennies de mauvaise gouvernance liées à des institutions dysfonctionnelles, des
activités informelles et illicites, une corruption généralisée, des infrastructures
publiques décadentes, des services publics lacunaires causant des conflits
politiques et des actes de violence fréquents. Tous ces éléments ont donné lieu à
des situations d’extrême fragilité dans l’ensemble du pays.

Facteurs structurels de l’état de vulnérabilité des populations et des


conflits fonciers en République démocratique du Congo
Les causes profondes de la vulnérabilité des ménages sont liées à des facteurs
structurels caractérisés par la géographie ou la topographie du territoire, ou à des
dynamiques au niveau de la société ou des institutions étatiques, qui évoluent très
lentement.

Faiblesse de l’autorité de l’État


L’État est organisé en réseaux clientélistes, c’est-à-dire des réseaux d’influence qui
émanent de la présidence à Kinshasa à travers la nomination d’alliés clés à
différents services qui génèrent des ressources significatives. Cette gestion
clientéliste de l’État se traduit en un contrôle assez faible et indirect sur ce qui se
passe dans les provinces. Dans un tel contexte, les petits exploitants agricoles et
ceux avec peu de moyens sortent perdants des interactions avec les autorités
locales, s’ils ne peuvent notamment pas payer les frais nécessaires ou s’appuyer
sur des relations de parenté pour obtenir gain de cause dans un différend local.

Insécurité généralisée
Après l’émergence des groupes armés locaux dans les années 1990 et leur
prolifération et fragmentation continues pendant les années de guerre et
d’instabilité, une insécurité généralisée s’est installée dans beaucoup de zones

vii
dans les Kivu. Malgré une légère diminution du nombre des groupes armés actifs
dans les deux provinces en 2021, leurs activités n’ont cessé d’augmenter ces
dernières années. Les attaques continues et régulières contre des civils ou des
villages, les kidnappings et les embuscades de véhicules ou convois de commerce
sont engendrés par leurs besoins continus de revenus et de ressources. Ces
groupes armés survivent ainsi de la terre, de la taxation de la population locale et
en réquisitionnant des ressources diverses.

Compétition pour l’accès aux terres fertiles


En République démocratique du Congo, 80 pour cent de la population vit de
l’agriculture. Les terres fertiles de la plupart des zones de l’est du pays ont attiré de
nombreux acteurs qui cherchent à les exploiter, ce qui engendre des tensions
locales. Ainsi, la question de l’accès aux terres fertiles est liée aux questions de
compétition entre groupes ethniques et à des questions de pouvoir politique et
économique de certains groupes, ainsi qu’à l’appartenance à l’État congolais.
L’accès et la compétition autour des ressources naturelles sont également liés à la
pression démographique galopante, ainsi qu’aux mouvements migratoires
multiples et constants dans les provinces du Kivu ces dernières années.

Crise de gouvernance foncière


La faiblesse des institutions de l’État, combinée aux nombreux régimes fonciers et
acteurs divers, représente un facteur majeur de la multiplication des conflits
fonciers au cours des dernières années et de l’aggravation des tensions autour de
l’accès au foncier. La multiplicité des systèmes fonciers mène à une crise de
gouvernance foncière, car les autorités coutumières font face à un affaiblissement
continu de leur influence. En effet, l’expansion de l’influence de l’État, des mœurs
changeantes, et ce surtout parmi les jeunes générations, et une mixité accrue de la
population en raison des déplacements et des migrations, viennent complexifier le
droit d’accès au foncier.

À ces causes structurelles s’ajoutent des facteurs de conflits liés à des tensions
interethniques et à la vulnérabilité de certains groupes sociaux, comme les
femmes, jeunes et peuples autochtones dans les milieux ruraux. Les tensions
interethniques sont liées à la compétition autour du contrôle des terres, et se
basent sur un fond de différences sociales, entre les communautés qui se
réclament «originaires» et celles considérées «non-originaires». Le statut des
femmes est extrêmement inégal et inférieur à celui des hommes, du fait d’un
système de dominance patriarcale, avec des disparités très fortes en termes de
genre relativement aux droits fonciers.

viii
Conséquences: multiplication des conflits fonciers et impact sur les
exploitants agricoles
La convergence entre les facteurs de la pression démographique, l’insécurité, les
déplacements de population et une migration accrue, engendre une rareté
grandissante des terres fertiles. Ceci est combiné avec une faiblesse de l’État et
une multiplicité d’autorités et d’acteurs, ainsi que l’existence de nombreux régimes
fonciers qui sont propices à des litiges. Les petits exploitants agricoles, déjà
vulnérables en raison de leur faible statut économique et social, sont les plus
touchés par ces facteurs. Ainsi, les terres deviennent de plus en plus convoitées et
cette pression accrue entraîne des tensions entre différents types d’acteurs, en
particulier entre agriculteurs et éleveurs.
Les conséquences de ces multiples conflits pour les petits exploitants agricoles des
milieux ruraux sont multiformes, créent de nombreux défis et s’expriment en
violence et insécurité physique. De plus, des conséquences économiques négatives
impactent la résilience des ménages et augmentent leur vulnérabilité et les
inégalités.

Recommandations
Le projet, bien qu’originellement conçu comme un projet technique de
développement et non pas de résolution de conflits, prévoit deux aspects clés afin
de prévenir les tensions et atténuer l’impact potentiel de la mise en œuvre des
activités sur les bénéficiaires. Le premier est de minimiser le potentiel de nuire,
c’est-à-dire de ne pas exacerber les tensions et conflits existants et de prévenir des
tensions nouvelles à travers une revue et une adaptation de certaines pratiques. Le
deuxième axe consiste à maximiser les bénéfices du projet pour les ménages
bénéficiaires et les communautés, en s’attaquant à certaines dynamiques de
conflits qui nuisent à la capacité de production agricole et de création de revenus
des petits exploitants agricoles.

ix
Introduction
Malgré de vastes richesses naturelles, telles que des terres fertiles, un climat
propice à deux cycles agricoles annuels et une pluviométrie favorable, une large
partie des populations des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont en
insuffisance alimentaire ou dans un état constant de vulnérabilité face aux chocs
auxquelles elles font face. Cette vulnérabilité chronique est due à de multiples
facteurs, notamment des décennies de mauvaise gouvernance et de conflits
politiques qui ont créé des situations de fragilité partout dans le pays, notamment
en raison d’institutions dysfonctionnelles, d’activités informelles et illicites, d’une
corruption généralisée, d’infrastructures publiques en état de délabrement, de
services publics lacunaires et des conflits et actes de violence récurrents.
Depuis 1993, les groupes armés se sont multipliés et les violences se sont
installées, d’une manière chronique dans beaucoup de zones des deux provinces
kivutiennes, comme mode de règlement des différends politiques et moyen
d’appropriation économique. Ces groupes armés furent propulsés par le génocide
rwandais de 1994 et par l’intervention des acteurs armés et forces étrangères dans
les Kivu, ainsi que par la succession des rébellions et guerres de 1996 (guerre de
l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo [AFDL]) et
de 1998 (deuxième guerre du Congo, rassemblement congolais pour la
démocratie). Ces violences quasi-normalisées entraînent des mouvements forcés
de populations fréquents et érodent les moyens de subsistance de la population,
en limitant leur accès aux terres agricoles, aux marchés, aux services sociaux de
base et à l’assistance humanitaire et de développement. Tout projet humanitaire
mis en œuvre à l’est de la République démocratique du Congo doit essentiellement
intégrer ce contexte d’insécurité et d’instabilité constantes.
L’objectif principal de cette étude est de fournir un diagnostic détaillé du contexte
et des dynamiques de conflit qui sont des éléments essentiels pour une meilleure
compréhension des responsables et gestionnaires du projet. Il s’agit en effet
d’évaluer comment intégrer la sensibilité aux conflits dans les interventions de
sécurité alimentaire et de renforcement de la résilience. Bien qu’il existe
également des conflits dans les milieux urbains, la majorité des actes de violence,
et notamment l’activité des groupes armés, prennent place particulièrement dans
les zones rurales. Ceci compromet les moyens de production agricole, minant les
moyens de subsistance et l’emploi rural des populations, tout en contribuant à
l’exploitation non-réglementée des ressources naturelles. En outre, les populations
rurales sont déjà touchées par de nombreux enjeux, tels que les aléas climatiques,
les rendements agricoles limités et irréguliers, des infrastructures délabrées ou
inexistantes et des services sociaux de base défaillants. Les conflits exacerbent leur
vulnérabilité et réduisent par conséquent l’efficacité du projet en termes du
manque d’accès aux terres, aux revenus et aux moyens de subsistance.

1
Ils participent ainsi à la détérioration des infrastructures rurales, à l’aggravation des
clivages communautaires et aux inégalités sociales, et accentuent la vulnérabilité
des femmes et autres groupes vulnérables et minoritaires.

Figure 1. Carte administrative de la République démocratique du Congo

Source: OCHA. 2023. République démocratique du Congo. Dans: OCHA Interactive Data. [Consulté le
15 janvier 2022]. Modifié par l’auteur. [Link]

Le projet: Renforcement de la résilience des petits exploitants


agricoles
Le projet intitulé «Renforcement de la résilience des petits exploitants agricoles»,
faisant l’objet de cette analyse, a été financé par le Ministère de la coopération
économique et du développement de la République fédérale d’Allemagne et mis
en œuvre par le Programme alimentaire mondial (PAM) et la FAO depuis 2018. Le
Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a rejoint l’équipe de mise en
œuvre du projet en 2020. Les trois agences ciblent les mêmes zones
d’intervention, y compris celles déjà soutenues par le projet de résilience conjoint

2
FAO-PAM (à Nyiragongo, Masisi et Rutshuru au Nord-Kivu et à Kalehe et Uvira au
Sud-Kivu); ciblant cependant de nouveaux territoires au sein des deux provinces
(notamment Walikale au Nord-Kivu et Mwenga et Walungu au Sud-Kivu). Plus
d’informations relatives aux contextes des provinces d’intervention peuvent être
trouvées en Annexe I.
Le projet a pour objectif de renforcer la résilience des petits exploitants agricoles
et des populations en situation de vulnérabilité, ainsi que de leurs communautés,
en contribuant au développement rural, à la sécurité alimentaire et à la nutrition,
et à la paix et la stabilisation. Le projet vise à assister 60 000 ménages de petits
exploitants agricoles (soit environ 360 000 personnes), dont 28 000 ménages au
Nord-Kivu et 32 000 ménages au Sud-Kivu, qui bénéficieront directement de
l’éventail d’activités fourni par les trois partenaires.
Le Plan national d’investissement agricole (PNIA) du gouvernement congolais
reconnaît que les conflits représentent un facteur clé influant la persistance de
l’insécurité alimentaire et des pics de pénurie alimentaire, en particulier à l’est du
pays1. La consolidation de la paix et le renforcement de la résilience de la
population congolaise sont au cœur de la stratégie quadriennale des Nations Unies
en République démocratique du Congo, afin de gérer les nombreux chocs et crises
et de s’adapter face à l’instabilité et aux changements constants. Dans ce contexte,
chaque agence onusienne doit contribuer en s’attaquant aux causes profondes des
instabilités et renforcer parallèlement les capacités de la population congolaise et
de ses institutions pour bâtir un meilleur avenir. Ceci sera conduit à travers des
activités économiques plus rémunératrices, notamment dans le secteur agricole.

Renforcement de la résilience pour une meilleure gestion des crises


La résilience peut être un fil conducteur entre les trois piliers des Nations Unies,
que sont le développement, les droits de l’homme, et la paix et la sécurité2. En
effet, renforcer la résilience permet de renforcer les capacités individuelles et des
institutions locales à anticiper et mieux gérer des chocs et crises liés aux risques
climatiques, de sécurité alimentaire, de sécurité et de protection. Le renforcement
de la résilience des populations est donc au cœur du nexus action
humanitaire-développement-paix (nexus HDP), qui est un vecteur clé de l’action de
l’ensemble du système des Nations Unies en République démocratique du Congo3.
C’est dans cet objectif que le PAM et la FAO collaborent depuis 2018 au sein du
programme de renforcement de la résilience financé par le gouvernement
allemand dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Ce présent programme vise à renforcer
la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance des petits exploitants agricoles
dans les zones ciblées. Le premier projet a permis d’assister 30 000 ménages dans
les territoires de Rutshuru, Masisi et Nyiragongo au Nord-Kivu, et dans les
territoires de Kalehe et Uvira au Sud-Kivu jusqu’à la fin 2021.

3
Une deuxième phase du programme a débuté en 2020 pour une durée de 48 mois.
Elle inclut les 30 000 bénéficiaires de la première phase et 30 000 nouveaux
ménages dans les territoires de Walikale (Nord-Kivu), Mwenga et Walungu
(Sud-Kivu).
Les bénéficiaires de la première phase du projet avaient exprimé le souhait d’avoir
également un meilleur accès aux services sociaux de base, tels que les services de
santé liés à la nutrition, l’eau et l’assainissement. Ainsi, il a été décidé d’associer
l’UNICEF dans un projet conjoint PAM-FAO-UNICEF, afin de fournir à la population
des zones ciblées une assistance intégrée et couvrir de multiples besoins de base.
Le programme intégré de la deuxième phase PAM-FAO-UNICEF s’appuie sur les
avantages comparatifs de chacune des trois agences, afin de mettre en œuvre un
ensemble d’interventions visant à renforcer la résilience des communautés et des
ménages ciblés, à travers des interventions intégrées dans les domaines
interdépendants de la sécurité alimentaire, des moyens de subsistance, de
l’agriculture, de la nutrition et de l’accès au Programme eau, assainissement et
hygiène.
En outre, les interventions de renforcement de la résilience sont bien développées
dans le cadre du projet. Cependant, les activités actuelles n’incluent pas de
manière systématique des actions qui permettent de mieux analyser les
dynamiques de conflits et d’insécurité, ou de s’adapter aux multiples défis
sécuritaires auxquels les populations font fréquemment face. Dans les zones
touchées par les conflits, cela inclut une meilleure sensibilisation de la population
et des institutions, notamment à anticiper les crises liées aux conflits locaux et
leurs potentiels impacts et à contribuer à la prévention et la résolution de ceux-ci.

4
Approche et méthodologie

Objectifs de l’exercice
Selon les termes de référence, cet exercice d’analyse des conflits est axé sur deux
volets étroitement liés, bien que distincts, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu:
1. Mener une analyse détaillée des dynamiques de conflits et du contexte dans les
zones d’intervention du projet, au sein des territoires de Nyiragongo, Rutshuru
et Walikale au Nord-Kivui et des territoires de Mwenga, Uvira et Walungu au
Sud-Kivu.
2. Faire un diagnostic préliminaire des dynamiques locales de conflit afin
d’informer un exercice participatif avec le personnel du projet. Cet exercice
permet d’intégrer la sensibilité aux conflits dans la formulation de la stratégie
et des activités du projet, ainsi que dans le cadre du suivi-évaluation
(Monitoring, Evaluation, Accountability and Learning), de l’apprentissage et de
la collecte des informations et des données pour la prise de décision
programmatique.
Les principaux destinataires de cette analyse sont l’équipe de gestion du projet et
la hiérarchie de la FAO en République démocratique du Congo, ainsi que la
coordination du consortium et les gestionnaires du projet du PAM et de l’UNICEF.
L’analyse et les ajustements programmatiques permettront à la FAO et aux
agences partenaires d’améliorer la programmation dans les contextes volatiles du
Nord-Kivu et du Sud-Kivu, afin de maximiser les bénéfices du projet pour les
communautés et populations ciblées. Cela permettra également de mettre en
œuvre les principes consistant à ne pas nuire, ainsi que l’agenda global du
Secrétaire général des Nations Unies sur la consolidation et la pérennisation de la
paix.

Méthodologie

Analyse des conflits


Cette analyse se concentre sur une étude des origines, de l’évolution et des
dynamiques de conflits actuelles, ainsi que des menaces à la sécurité pour la
population rurale, les acteurs et les bénéficiaires dans les zones d’intervention du
projet. L’analyse est également axée sur l’interaction entre les activités du projet et
les tensions et conflits existants, ainsi que sur l’impact de ces conflits sur les
groupes ciblés par les activités du projet. Elle incorpora une cartographie des

iBien que le territoire de Masisi ne fasse pas partie de la phase 2 du projet, l’équipe du projet a jugé
pertinent de l’inclure dans l’analyse des conflits étant donné que les activités sous la phase 1
continuent et qu’il serait également utile d’avoir une analyse du contexte pour ce territoire.

5
acteurs de conflits et leurs intérêts, ainsi que des structures qui œuvrent pour la
paix.
L’analyse a été informée par le guide sur l’analyse contextuelle de la FAO4 avec des
questions spécifiques pour chaque groupe d’interlocuteurs et les groupes de
discussions.
Une approche avec une méthodologie mixte a été adoptée dans le cadre de cette
analyse des conflits. Des informations ont été recueillies à partir d’une revue des
documents de projet et des analyses et études académiques et humanitaires
existantes, ainsi que des données statistiques sur les incidents violents dans les
deux provinces collectées par des chercheurs ou des organes internationaux.
La collecte de données primaires a été effectuée à travers des entretiens
individuels avec des informateurs clés et des discussions de groupe avec des
bénéficiaires du projet. Lors d’une mission de terrain de quatre semaines (du
18 octobre au 22 novembre 2021), une équipe, constituée d’un chercheur
international et d’une chercheuse congolaise, a mené 52 entretiens individuels
avec des informateurs clés, six entretiens de groupe et 32 entretiens en groupes
de discussions.
Les informateurs clés ont été sélectionnés en consultation avec le personnel du
projet. L’équipe de recherche s’est entretenue avec les gestionnaires du projet
global et du consortium PAM, FAO, UNICEF, les responsables du projet de la FAO
et des partenaires de mise en œuvre dans chaque zone, ainsi que les autorités
étatiques ou coutumières et certains responsables de la société civile dans chaque
localité visitée. Ces entretiens de terrain ont été complétés par des entrevues avec
quelques acteurs clés au sein des Nations Unies et du gouvernement provincial à
Goma.
Les groupes de discussion ont été menés avec des bénéficiaires et collaborateurs
du projet, notamment les présidents et membres des organisations ou
coopératives paysannes, les membres des clubs Dimitra ou des comités de paix,
s’ils existaient dans les zones visitées. Les participants des groupes de discussions
ont été sélectionnés par les présidents des organisations de producteurs locaux.
Des discussions séparées ont été menées avec des groupes de femmes et des
groupes d’hommes, sauf dans des cas isolés. La taille des groupes variait entre
six et 20 membres. Les discussions en groupe ont été conduites par les
consultants, avec une interprétation français-swahili assurée par le personnel du
projet pour les discussions menées par le consultant international.

6
Les localités
Nord-Kivu
• Masisi: Sake;
• Nyiragongo: Monigi (Goma, chefferie de Bukumu), Mudja, Buhumba;
• Rutshuru: Jomba (chefferie de Jomba, Tchengerero), Rugari centre;
• Walikale: Walikale centre, Mubi, Ndjingala, Bafanu-Banawinu,
Bafanu-Kabgangwa.

Sud-Kivu
• Uvira: Luvungi, Sange, Kabunambo;
• Walungu: Izege, Kanyola et Mulamba;
• Mwenga: Mwenga Centre (chefferie de Basile), Butumba, Kyonvu et Lwindi.

Clinique de programmation pour intégrer la sensibilité aux conflits


dans le projet
Afin de restituer les résultats préliminaires de l’analyse des conflits et élaborer des
stratégies potentielles pour mieux intégrer la sensibilité aux conflits dans les
approches et les activités du projet (phase 2), un atelier de Clinique de
programmation a été organisé les 11 et 12 novembre 2021 à Goma, après la
mission de terrain des consultants. L’atelier a enregistré la participation de
14 représentants du projet conjoint, notamment le coordinateur du projet, la
gestionnaire FAO, des responsables des provinces et territoires de la FAO, ainsi que
des responsables du projet et personnel de suivi et évaluation du PAM et de
l’UNICEF. L’atelier a suivi les orientations données par le guide de la FAO sur la
Clinique de programmation pour concevoir des interventions sensibles aux
conflits5. Après la présentation des résultats préliminaires de l’analyse des conflits,
les participants ont discuté en détail des dynamiques proposées afin de les valider
ou de les ajuster. Ils ont identifié les acteurs principaux du projet, ainsi que leurs
intérêts et leurs capacités de nuire. Sur fond de cette analyse, les participants ont
élaboré des stratégies potentielles et des recommandations sur des actions à
prendre pour que le projet prenne en compte la sensibilité aux conflits d’une
manière plus proactive et afin d’intervenir sur certaines dynamiques de conflits qui
perturbent le bon déroulement du projet et son efficacité pour les petits
exploitants agricoles dans les deux provinces.

7
Contexte global des conflits dans l’est de la
République démocratique du Congo

Historique des guerres et conflits dans l’est de la


République démocratique du Congo
En République démocratique du Congo, les violences et l’insécurité persistante
proviennent en grande partie de conflits antérieurs, en particulier à l’est du pays,
qui touchent le pays depuis le début des années 1990. La multiplicité des acteurs
nationaux et internationaux présents en République démocratique du Congo et les
enjeux politiques, économiques et sociaux viennent exacerbés le contexte actuel.
De plus, les tensions et interactions complexes entre les pays de la région des
Grands Lacs – la République démocratique du Congo, l’Ouganda, le Rwanda, et le
Burundi – fragilisent l’équilibre de cette région stratégique qui peine encore à se
remettre sur pied.
Depuis plus de deux décennies, la République démocratique du Congo est touchée
par des conflits politiques et militaires ravageurs et persistants qui ont entraîné
une spirale de violence et ralenti le développement économique et politique du
pays. Le génocide rwandais de 1994 et ses conséquences ont contribué à
l’éclatement de la première «grande» guerre de la République démocratique du
Congo (1996-1997) et à la chute de l’ancien président Mobutu Sese Seko
(1965-1997) en 1997. La seconde «grande» guerre s’est déroulée entre 1998 et
2003. Elle est également connue sous le nom de «Grande guerre d’Afrique6» en
raison de l’implication de nombreux pays limitrophes et africains, notamment le
Rwanda, l’Ouganda, l’Angola et le Zimbabwe.
La première guerre du Congo initiée en 1996 par l’AFDL, mouvement rebelle armé
composé de dissidents au régime de Mobutu et de groupes ethniques minoritaires
de l’est du pays, visait à renverser le régime autoritaire du président zaïrois
Mobutu Sese Seko. Le mouvement bénéficiait du soutien du Rwanda et de
l’Ouganda. Le 17 mai 1997, juste après le départ du président Mobutu, le conflit
prend fin avec l’entrée des combattants de l’AFDL à Kinshasa et
l’auto-proclamation de Laurent-Désiré Kabila comme nouveau président de la
nation. Le pays change une nouvelle fois de nom et est nommé la République
démocratique du Congo. Le nouveau régime est largement accueilli avec
bienveillance par une population lassée par des années de déclin continue et de
dérives autoritaires du règne de Mobutu.
Une fois en place, le gouvernement de Kabila essaie de s’émanciper vis-à-vis de ses
alliées rwandais, ougandais et des groupes rwandophones Tutsi de l’est du Congo,
qu’il purge des forces armées congolaises. Ce revirement du président Kabila
contribue au déclenchement de la deuxième guerre du Congo en août 1998, avec
des groupes armés appuyés par le Rwanda et l’Ouganda qui essaient de déloger

8
Kabila. Le président congolais, à son tour, trouve de nouveaux alliés parmi les pays
de l’Afrique australe, notamment l’Angola, le Zimbabwe, le Tchad et la Namibie.
Ce conflit divisa le pays en troi s parties: l’ouest, contrôlé par le gouvernement de
Kinshasa, le nord et le nord-est sous influence du Mouvement de libération du
Congo (MLC), appuyé par l’Ouganda, et l’est sous le contrôle du Rassemblement
congolais pour la démocratie (République démocratique du Congo), appuyé par le
Rwanda. La deuxième grande guerre prendra officiellement fin en 2003 avec la
signature d’un accord de paix en Afrique du Sud entre toutes les parties principales
au conflit et la mise en place d’un gouvernement de transition avec la participation
des membres des groupes armés. Cette guerre est considérée comme l’un des
conflits les plus meurtriers depuis la deuxième guerre mondiale, puisqu’il causera
5,4 millions de morts congolais entre août 1998 et avril 2007 selon les estimations
du Comité international de secoursii, 7.
Malgré la pacification globale du pays après 2003, la paix durable ne s’installera
pas dans beaucoup de zones de l’est de la République démocratique du Congo et
plusieurs dynamiques armées continuent de déstabiliser les zones. Cette
impossibilité d’établir une paix stable à l’est du pays est caractérisée par des
facteurs qui ont continué à dominer le paysage politico-militaire dans la zone, dont
certaines dynamiques avaient été déclenchées pendant les deux guerres. Celles-ci
nuisent encore aujourd’hui aux efforts de paix, notamment dans les provinces du
Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Premièrement, le règne du MLC, du République démocratique du Congo et de
leurs alliés Ougandais et Rwandais provoqua l’émergence et la multiplication de
nombreux groupes d’auto-défense Maï-Maï depuis 1994. Ces groupes se sont
formés en premier lieu en réponse aux actions armées des réfugiés rwandais
(ex-Interahamwe et ex-Forces armées rwandaises [FAR]) en République
démocratique du Congo, qui montaient une résistance locale contre le République
démocratique du Congo et le MLC et leurs alliés. Depuis 1994, ces milices armées
locales ont continué à se multiplier et beaucoup de zones de l’est du pays sont
devenues des fiefs de certaines milices. La plupart des groupes armés sont liés aux
intérêts politiques et commerciaux et ont souvent des parrains politiques aux
niveaux national et provincial. Les activités des groupes armés sont donc devenues
un outil pour les leaders politiques et acteurs économiques, qui leur permet
d’exercer une certaine influence et d’exprimer des revendications politiques.
Parallèlement, l’intégration des groupes armés dans l’armée nationale est devenue
un mécanisme clé pour le gouvernement de Kinshasa en réponse à la prolifération
de ces groupes. Ceci a incité de petits commandants des mouvements rebelles à
créer leurs propres groupes indépendants, dans l’attente de trouver un poste
gradé au rang des Forces armées de la République démocratique du Congo
(FARDC).

ii Il est estimé que 2,1 millions de ces décès ont eu lieu depuis la fin officielle de la guerre.

9
Deuxièmement, la question de la protection physique des communautés
rwandophones, notamment Tutsi, de l’est de la République démocratique du
Congo et leurs intérêts politiques et économiques, reste irrésolue. Bien que des
accords soient trouvés et certains ex-leaders s’intègrent dans les instances
politico-administratives et militaires, il existe encore des résistants à cette
intégration. C’est le cas notamment de certains leaders militaires du République
démocratique du Congo qui se considéraient comme les protecteurs des
communautés rwandophones, notamment tutsi, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ils
refusent ainsi de joindre les FARDC et créent, en 2004, une nouvelle rébellion, le
Conseil national pour la défense du peuple (CNDP), avec l’appui des leaders
politiques et des milieux des affaires. Par la suite, le CNDP devient l’un des groupes
armés majeurs qui occupera une large partie du territoire de Rutshuru au
Nord-Kivu. Il sera seulement délogé après un accord signé entre la République
démocratique du Congo et le CNDP, en mars 2009. Après quelques années
d’accalmie, d’anciens leaders du CNDP, maintenant intégrés dans l’armée
congolaise, accusent le gouvernement congolais de ne pas avoir respecté les
termes de l’accord de 2009 et lancent une nouvelle rébellion, le Mouvement du
23 mars ou M23. Le M23 occupera encore une partie du territoire de Rutshuru
entre avril 2012 et fin 2013, quand son leadership signe un accord avec le
gouvernement de Kinshasa et la majorité de ses actifs se réfugient en Ouganda.
En outre, au niveau local, le contrôle des pâturages fertiles des montagnes de
Masisi et des hauts plateaux de Minembwe et Itombwe au Sud-Kivu est disputé par
les communautés Tutsi/Banyamulenge et celles autochtones. Ce conflit continue
d’engendrer une instabilité dans la zone et sert de justification pour le maintien de
nombreux groupes armés par chaque communauté ethnique.
De plus, l’accord de paix et la mise en place du gouvernement de transition à partir
de 2003 met fin à l’alliance entre le gouvernement congolais et les Forces de
libération du Rwanda (FDLR), groupe armé des exilés Hutu, opposé au régime
rwandais et accusé d’être largement composé de responsables du génocide
rwandais. La fin officielle de l’appui du gouvernement congolais aux FDLR entraîne
leur éparpillement à travers l’est de la République démocratique du Congo, en
particulier dans les territoires de Rutshuru, Lubero et Masisi au Nord-Kivu et à
travers le Sud-Kivu. L’installation des FDLR dans les zones reculées et dans les parcs
nationaux de Virunga (Nord-Kivu) et de Kahuzi-Biéga (Sud-Kivu), à son tour,
contribua à une instabilité continue pour plusieurs raisons. D’abord, la présence
des FDLR a suscité une mobilisation plus forte des milices d’auto-défense locales
opposées à leur présence. Cette mobilisation était souvent localisée, mais a
également créé des mouvements plus larges, notamment les Raïa Mutomboki au
Sud-Kivu, qui ont étendu leur champ d’action du sud du territoire de Shabunda
jusqu’à Kalehe au nord de la province du Sud-Kivu et à Walikale au Nord-Kivu. Puis,
l’existence des FDLR continue de servir d’excuse pour l’ingérence du Rwanda dans
l’est de la République démocratique du Congo, à travers un appui aux groupes
armés, notamment le CNDP et le M23.

10
Un facteur additionnel de déstabilisation au Nord-Kivu est la naissance du groupe
de l’Alliance des forces démocratiques (AFD) au Grand Nord, la partie à l’extrême
nord de la province. L’AFD a été formée au milieu des années 1990 comme
coalition des groupes d’opposition ougandais, y inclus des groupes musulmans.
Basé à l’origine dans les districts de l’ouest de l’Ouganda, le groupe se retranche,
depuis le début des années 2000, davantage du côté congolais dans la chaîne de
montagnes du Rwenzori. Ils étendent ainsi leur champ d’action dans le territoire de
Beni, s’en prennent à la population locale et se livrent à des combats occasionnels
avec les FARDC8. Depuis la fuite de son leader historique, l’AFD tombe sous
l’influence de son leader actuel, Musa Baluku, et se radicalise. Après s’être associé
officiellement à l’État islamique en 2017, les membres de l’AFD continuent de sévir
dans les territoires de Beni au Grand Nord et dans le sud de la province de l’Ituri,
où ils ont été responsables de nombreux massacres de population civile et
d’attaques d’envergure contre les FARDC et la MONUSCO. Ces exactions sont à
l’origine de nombreux déplacements de population9.
Dans un État organisé de manière clientéliste, où l’influence politique se fait par les
filières de relations personnelles et économiques, les acteurs armés sont devenus,
à travers les années, un facteur incontournable du paysage politique dans les
provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

11
Statut des femmes en République démocratique du Congo
Selon l’Organisation de coopération et de développement économique, la
République démocratique du Congo est classée en 152e position parmi 160 pays en
termes d’inégalités de sexe depuis 2017. L’extrême disparité de genre est
profondément marquée par les coutumes et traditions locales présentes dans
toutes les sphères de la société. Les facteurs structurels justifiant une inégalité de
sexe si contrastante reposent sur des normes sociales et des institutions
discriminatoires généralisées; une participation politique et économique limitée
d es femmes; une mortalité maternelle très élevée; et des violences sexuelles et
sexistes généralisées. Bien que le conflit soit un moteur de la violence de genre, les
causes sous-jacentes sont liées aux inégalités structurelles et aux normes sociales
qui discriminent les femmes et les filles10.
Seulement 8 pour cent des sièges parlementaires sont occupés par des femmes et
36,7 pour cent des femmes adultes ont atteint au moins un niveau d’éducation
secondaire, contre 65,8 pour cent des hommes. Pour 100 000 naissances avec un
enfant viable, 693 femmes meurent de causes liées à la grossesse. Le taux de
natalité chez les adolescentes est de 124,2 naissances pour 1 000 femmes âgées
de 15 à 19 ans. La participation des femmes au marché du travail est de 71,4 pour
cent, contre 73,5 pour cent pour les hommes11.
La soumission totale de la femme dans tous les domaines sociaux et professionnels
est encore plus prononcée dans les milieux ruraux. La division sexuelle du travail
montre que les femmes occupent des emplois invisibles et que leurs droits ne sont
pas pris en considération. La femme a un agenda journalier de 19 heures et
15 minutes, une moyenne de 80 pour cent de son temps, tandis que l’homme
travaille 3 heures de moins, soit 51,6 pour cent de son temps. La femme rurale
s’active en agriculture, élevage et pêche pour contribuer aux dépenses
alimentaires et non alimentaires de sa famille. La difficulté liée à toutes ces
activités est le manque de connaissances techniques agricoles, technologiques, le
manque de financement, d’accès au crédit et de programmes d’encadrement et de
développement, entre autres aspects qui limitent leur développement
professionnel12.
En termes d’accès à la terre, les femmes sont fortement désavantagées par
rapport aux hommes, en raison de la tradition et du régime de succession en
vigueur, influant ainsi sur leur productivité et leurs droits. Les femmes ne peuvent
pas hériter des terres de leurs pères et participer aux négociations sur les
héritages13. Pour les veuves, même si selon la loi les épouses qui ont un mariage
légalement enregistré (et beaucoup ne le font pas en raison de coûts officiels et
non officiels ou autres raisons) ont le droit d’hériter, par tradition, ce sont les
hommes qui héritent, malgré le cadre normatif très favorable à l’égalité des sexes.

12
Nord-Kivu et Sud-Kivu – violences basées sur le genre
Au Nord-Kivu, la représentation des femmes est prédominante dans le secteur de
l’agriculture (plus de 80 pour cent), alors que seulement 60,8 pour cent font partie
d’organisations agricoles et 44,4 pour cent occupent des postes de décision.
Néanmoins, 44,2 pour cent des femmes font partie d’organisations de la société
civile mais seulement environ 20 pour cent occupent des postes à responsabilité14.
Depuis les années 1990, la violence sexuelle est l’une des formes de violence
basées sur le genre les plus répandues, et singulièrement endémique dans l’est du
pays. La violence sexuelle est très souvent accompagnée d’autres formes de
violences basées sur le genre; les viols collectifs et le viol public sont fréquemment
commis pendant les attaques de villages par les groupes armés, dont les femmes
et les filles sont les victimes.
Depuis plusieurs années, le Nord-Kivu est une province connue pour l’incidence
élevée des violences sexuelles liées au conflit, à l’instar de celles commises à
Walikale en 2010. Selon les chiffres fournis par les Nations Unies, en décembre
2007, 350 cas de viols sont signalés chaque mois dans la province et les enfants de
moins de 18 ans représentent environ un tiers des victimes15. Les territoires les
plus touchés sont ceux où les groupes armés sont actifs et/ou ceux où les
opérations militaires sont en cours. Bien que ces quelques groupes armés aient
signé en 2008 un acte d’engagement à respecter le droit international et les droits
humains, de nombreux viols et autres violences sexuelles continuent d’être
commis16.
En outre, des violences conjugales, des cas d’exploitation sexuelle des enfants, des
viols lors de la collecte de bois, des abandons scolaires de filles liés aux grossesses
précoces, etc., ont été rapportés dans les territoires de Beni, Butembo et Lubero,
Masisi, Nyiragongo, Rutshuru et Walikale17.
Le Sud-Kivu est composé d’une société civile dynamique, qui travaille sur les
questions de genre, allant de l’autonomisation économique des femmes et du
leadership féminin, à la violence sexuelle et à la violence basée sur le genre, et plus
largement aux droits des femmes. Les questions de genre sont normalement
traitées ensemble et en partenariat avec l’État et les organisations internationales.
Le travail minier artisanal est un moyen de subsistance essentiel pour les femmes
du Sud-Kivu, bien qu’un grand nombre d’entre elles sont victimes de violences
sexuelles et de travail forcé, à l’exception de celles qui occupent des positions de
pouvoir18, 19.

Efforts sur la réduction de l’inégalité des sexes pendant le processus de paix


Des initiatives pour assurer une meilleure intégration et représentation des
femmes aux tables de négociations pour la paix, et plus généralement au regard
des prises de décision, se mettent progressivement en place. L’adoption de la
résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unis en 2000 prévoit une

13
gamme de mesures visant l’inclusion des femmes dans la prévention, la gestion et
la résolution des conflits violents. Elle stipule que la paix juste et durable ne peut
être réalisée sans la participation pleine et égale des femmes au processus de paix
et de sécurité. Elle met l’accent sur la participation, la protection, la prévention et
l’accès égal aux efforts de secours et de relèvement. Plusieurs des dispositions de
la résolution traitent du rôle des femmes et du genre en particulier dans les
négociations et les accords de paix, cependant, peu de mesures ont été prises dans
la pratique à cet égard20.
 FAO/Hyacne Kacou

14
Historique des groupes rwandophones à l’est de la
République démocratique du Congo
La présence des ressortissants rwandophones à l’est de la République
démocratique du Congo représente un élément clé afin de mieux comprendre
certaines dynamiques de conflits, notamment l’historique de beaucoup de
tensions locales. Ceci explique également les grandes lignes des conflits armés des
30 dernières années dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
En 1910, une convention entre la Belgique et l’Allemagne trace la frontière entre
ce qui était précédemment la colonie allemande du Rwanda-Urundi et le Congo
belge. Cependant, il existait déjà certaines populations rwandophones installées
depuis longtemps dans les zones frontalières, notamment au Rutshuru dans le
Nord-Kivu (dont la partie orientale est habitée majoritairement par les Hutu) et
une population d’éleveurs Tutsi sur les hauts plateaux d’Itombwe, près d’Uvira, au
Sud-Kivu, plus tard connue sous le nom de Banyamulenge (Mulenge est un village
et une colline surplombant la plaine de Rusizi dans le territoire d’Uvira).
Après la première guerre mondiale, la Belgique gagne le contrôle du Rwanda et du
Burundi. S’en suit une large migration des rwandophones Hutu et Tutsi du Rwanda
vers le Masisi et le Rutshuru, pour travailler dans les fermes des fermiers blancs qui
avaient établi de grandes plantations et fermes laitières dans les zones
montagneuses. Cette migration a été organisée entre 1937 et 1955 dans la Mission
d’immigration des Banyarwanda par le régime colonial. La Mission amena ainsi
environ 100 000 familles d’origine rwandaise à Masisi et Rutshuru, des familles
Tutsi, qui étaient souvent les superviseurs, et des Hutu, communément employés
comme main d’œuvre. Ces migrants rwandophones furent ensuite rejoint par
d’autre rwandais. Cette seconde migration, plus spontanée, était notamment due
à la pression démographique, aux violences politiques contre les Tutsis au moment
de l’indépendance en 1959 et à la répression contre les Tutsis dans plusieurs
campagnes au Rwanda.
La présence des rwandophones, notamment au Masisi et dans la partie occidentale
du Rutshuru, était toujours contestée par les peuples qui se considèrent
autochtones, notamment les Hunde et Nyanga. La question de l’appartenance des
rwandophones à l’État congolais devenait un enjeux politique majeur. Sous
l’influence du directeur de cabinet à la présidence sous le régime de Mobutu, les
rwandophones du Congo se sont vus accorder la nationalité congolaise dans les
années 1970. Parallèlement, beaucoup de rwandophones, notamment des tutsis
ont pris possession des fermes des ex-colons lors de la zaïrianisation en 1973-1974.
Dans les années 1980, les vents politiques changent, et l’accord de citoyenneté à
tous les rwandophones est abrogé. Avec l’ouverture démocratique du pays après la
conférence nationale de 1990, la compétition autour du pouvoir prend de plus en
plus une dimension ethnique et les politiciens de l’est du pays jouent sur une
mobilisation ethnique pour conforter leur assise locale.

15
Des violences locales éclatent dans le territoire de Masisi, où des rwandophones
sont tués et pourchassés par des milices Hunde en 1993, ce qui entraîne la
mobilisation des Hutu contre les Hunde. Simultanément, nombreux jeunes Tutsi du
Nord-Kivu et Sud-Kivu joignent la rébellion du Front patriotique rwandais de Paul
Kagame contre le régime au Rwanda. Le génocide rwandais provoque un large
afflux de réfugiés rwandais au Congo (à l’époque le Zaïre), dont plus d’1 million de
réfugiés au Nord-Kivu, incluant de nombreux responsables du génocide, des Forces
armées rwandaises (FAR) et des milices Hutu Interahamwe. Les ex-FAR et
Interahamwe continuent leur mobilisation dans les camps de réfugiés des Kivu et
mobilisent parmi la population Hutu congolaise. De plus, beaucoup de Tutsi
congolais rentrent au Rwanda après la victoire du FPR depuis la fin 1994. La
rébellion de l’AFDL en 1996, qui provoqua la chute de Mobutu et amena
Laurent-Désiré Kabila au pouvoir, était en large partie une campagne appuyé par
le Rwanda et l’Ouganda pour mettre fin aux activités armés des ex-FAR et
Interahamwe, leurs incursions continues, ainsi que leurs menaces contre les
Banyamulenge et Tutsi congolais. Les Banyamulenge et Tutsi congolais étaient
nombreux parmi les gradés et combattants de l’AFDL. Après que Lauren-Désiré
Kabila se tourna contre ses alliés Rwandais en juillet 1998, la deuxième guerre du
Congo éclate, menée par le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD),
appuyé par le Rwanda et dont les membres sont en particulier des rwandophones
congolais. Les rébellions de CNDP (2004-2009) et du M23 (2012-2013) sont les
dernières rébellions ouvertes pour réclamer plus d’influence des rwandophones et
notamment des Tutsi dans le paysage politico-militaire de la République
démocratique du Congo. Aujourd’hui, les tensions entre des groupes autochtones,
principalement les Hunde, Nyanga, Tembo et Nande au Nord-Kivu, et les
populations rwandophones continuent dans certaines localités et servent de
justification pour le maintien des groupes armés qui prétendent défendre les
intérêts ethniques.

16
Contexte sécuritaire et groupes armés récents
Depuis les années 1990, les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ont été
touchées par des facteurs d’instabilité, des cycles répétés de violence et
l’aggravation des déplacements de population et des crises humanitaires en raison
de l’activité des groupes armés. Avec l’arrivée de la pandémie mondiale de la
covid-19 en 2020, les besoins humanitaires se sont fortement accrus, avec un
ralentissement du déploiement de l’assistance humanitaire causé par la fermeture
des frontières et la concentration des mesures internationales et nationales visant
à endiguer la pandémie. Le nombre de personnes déplacées internes (PDI) en
République démocratique du Congo a atteint le chiffre record de 5,5 millions de
personnes durant l’année 2020. De plus, les violations des droits humains et les
incidents de violences basées sur le genre ont augmenté en 202121. Bien que ce
chiffre ait légèrement baissé, 5,26 millions de PDI sont enregistrées en septembre
2021 selon l’OCHA (2021), dont à peu près 1 million au Nord-Kivu22 et 1,1 million
au Sud-Kivu23.
Malgré une légère diminution du nombre de groupes armés actifs dans les deux
provinces en 2021, les activités de ceux-ci n’ont cessé d’augmenter ces dernières
années. Selon les chiffres des Nations Unies, 850 civils (590 au Nord-Kivu et 261 au
Sud-Kivu) ont perdu la vie dans des incidents armés en 2020. Les organisations de
droits humains ont enregistré 1 147 civils tués pendant la première moitié de 2021,
à l’est de la République démocratique du Congo24. Le baromètre sécuritaire du Kivu
(Kivu Security Tracker) constate une augmentation alarmante des cas de meurtres
et d’enlèvements ces dernières années, qui peuvent partiellement être imputés
aux groupes armés et aux acteurs armés inconnus (notamment pour les cas
d’enlèvements)25.
Selon les statistiques de la base de données d’ACLED, le nombre d’incidents
violents au Nord et Sud-Kivu s’est accru d’une manière continue entre 2017 et
2020: au Nord-Kivu, le nombre d’incidents violents par jour est passé de 0,91 en
2017 à 4,24 en 2020; au Sud-Kivu ce taux est passé de 0,44 à 2,21, sur cette même
période. En septembre 2020, ce taux a légèrement baissé (3,6 incidents/jour au
Nord-Kivu et 2,07 incidents/jour au Sud-Kivu)26.

17
Figure 2. Nord-Kivu: nombre d’incidents violent s quotidiens (2017-2021)
5.00
5

4.00
4

3.00
3

2
2.00

1
1.00

0
0.00
2017 2018 2019 2020 2021

Source: ACLED. 2021. Dashboard. Dans: ACLED. [Consulté le 25 septembre 2021].


[Link]

Figure 3. Sud-Kivu: nombre d’incidents violents quotidiens (2017-2021)

2,5
2.50

2,0
2.00

1,5
1.50

1,0
1.00

0,5
0.50

0.000
2017 2018 2019 2020 2021

Source: ACLED. 2021. Dashboard. Dans: ACLED. [Consulté le 25 septembre 2021].


[Link]

Cette augmentation est principalement due à la hausse des violences dans certains
foyers de conflits, notamment dans le territoire de Beni au Nord-Kivu et sur les
hauts plateaux de Minembwe et Itombwe au Sud-Kivu. Toutefois, cette tendance
est également observée dans la majorité des territoires ciblés par le projet. Par
exemple, le territoire de Rutshuru a connu 0,57 incidents par jour en 2019; 0,75 en
2020; et 0,62 en 2021 (jusqu’au mois de septembre); le territoire de Walikale fut
touché par 0,1 incident/jour en 2019; 0,27 en 2020 et 0,19 en 2021; et le territoire
d’Uvira par 0,57 incident/jour en 2019; 0,75 en 2020 et 0,57 en 2021.
Le niveau élevé persistant des violences au Nord-Kivu et au Sud-Kivu est marqué
par les nombreux groupes armés implantés dans certaines zones et localités
spécifiques, souvent depuis des années, voire des décennies. Beaucoup d’entre
eux représentent des intérêts ethniques, claniques, politiques ou économiques et
sont appuyés par des grands opérateurs économiques et politiques installés dans
les capitales provinciales ou à Kinshasa. Les conflits au Nord-Kivu et Sud-Kivu sont
donc caractérisés par une inertie et une résistance aux efforts de résolution
pérenne des conflits, mais également à une fragmentation extrême des acteurs

18
impliqués. La grande majorité des groupes armés ont un champ d’action très limité
et leurs activités suivent souvent des dynamiques considérablement localisées. Au
Nord-Kivu, seuls quelques groupes ont des rayons d’actions plus larges, à savoir
l’AFD dans la région de Béni; les FDLR et les Nyatura dans le territoire de Rutshuru;
l’Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain (APCLS) entre le Masisi et
le Rutshuru; les Nduma défense du Congo rénové (NDC-R, issus des ex-Maï-Maï
Sheka) à la lisière des territoires de Walikale; ainsi que les Raïa Mutomboki au
Masisi et au Sud-Kivu (qui sont également très fragmentés en groupes contrôlés
par des commandants assez indépendants). Ces groupes se présentent comme
défenseurs des intérêts de certaines communautés ethniques (Nyatura – Hutu,
APCLS – Hunde, NDC-R – Nyanga, Raïa Mutomboki – Lega), mais s’en prennent
parfois également aux villages et à la population qu’ils prétendent défendre. La
plupart de ces groupes armés, notamment les FDLR, Nyatura et Raïa Mutomboki
sont des mouvements très fragmentés sans chaîne de commandement unique ou
une coordination entre les groupuscules. Leurs commandants locaux opèrent
d’une manière très indépendanteiii, 27.
Les attaques continues et régulières contre des civils, des villages, les kidnappings
et les embuscades de véhicules ou convois de commerce s’expliquent donc par le
besoin continu de revenus et de ressources des groupes armés, qui survivent de la
terre, de la taxation de la population locale et en réquisitionnant des ressources
diverses. Les vagues et pics de violences sont notamment déclenchés par une
reconfiguration des groupes armés, des batailles sur le contrôle d’une zone, des
carrés miniers, des axes de transport ou des changements sur l’échiquier politique
au niveau local, provincial ou national.
Les campagnes des FARDC contre certains groupes armés ou dans le but de
prendre le contrôle de certaines régions ou axes routiers, entraînent par ailleurs
une hausse temporaire des violences et des déplacements. En effet, ils
contraignent lesdits groupes à se délocaliser dans de nouvelles zones, entraînant
de ce fait de nouveaux pillages et taxations forcées. Les FARDC sont parmi les
auteurs de violences et de violations des droits humains contre les civils. Ces actes
ont également tendance à s’aggraver pendant les campagnes militaires des forces
de l’ordre, puisqu’ils se déplacent à travers certaines régions et extraient des
ressources au sein de la population locale.

iii
Raïa Mutomboki est un mouvement très fragmenté sans chaîne de commandement unique ou ni
forcément d’une coordination entre les groupuscules. Les commandants locaux opèrent d’une
manière très indépendante.

19
Contexte politique
Joseph Kabila, qui succédera à Laurent-Désiré Kabila, son père, en tant que
Président de la République démocratique du Congo, après l’assassinat de ce
dernier le 16 janvier 2001, se façonna un système clientéliste complexe à travers
lequel il a gouverné le pays. Malgré certaines campagnes militaires contre les
groupes armés les plus puissants, aucun effort systématique n’avait été entrepris
pour adresser les problèmes de fonds de l’insécurité et de la présence de ces
groupes. Lorsque certains groupes armés devenaient trop puissants ou
s’attaquaient à des intérêts de fonds du système Kabila, ce dernier pris des
initiatives, comme les accords politiques qui mettaient fin aux rébellions du CNDP
en 2009 et du M23 en 2013.
Malgré de nombreuses tractations du président Kabila pour se maintenir au
pouvoir au-delà de son mandat constitutionnel (deux mandats de cinq ans à
compter de 2006), le pays a finalement connu une succession politique paisible,
malgré des irrégularités électorales graves, avec la déclaration surprise de
Félix Tshisekedi comme vainqueur des élections du 30 décembre 2018.
La prise de pouvoir de Tshisekedi en janvier 2019 n’a, pour l’instant, pas changé la
donne dans les provinces du Kivu. Bien qu’il y ait eu quelques redditions des
groupes armés juste après l’avènement au pouvoir de Tshisekedi, cette tendance
n’a pas continué au-delà. Le nouveau président a dû d’abord asseoir son autorité
et s’est concentré sur la mise en place d’un gouvernement et sur des tractations
politiques avec les fidèles de l’ex-président Kabila pour le contrôle du parlement et
des instances politiques.
En 2020, la première initiative pour améliorer la sécurité dans les deux provinces
du Kivu (en invitant les forces armées des pays voisins à combattre les groupes
armés ensemble) a échoué à cause d’intérêts divergents et d’une forte résistance
interne au sein des provinces et de la société congolaise face à une telle approche.
Plus récemment, la déclaration de l’état de siège et l’établissement des zones
militaires, avec des militaires à la tête des instances gouvernementales au
Nord-Kivu et en Ituri par le président Tshisekedi, qui a pris effet le 1er mai 2021,
n’a pas transformé la situation sécuritaire. Ceci a potentiellement contribué à une
augmentation des violences dans certaines zones et à des exactions contre les
civils par les des forces de l’ordre28. Les données présentées par le KST vont dans
ce sens et démontrent que le nombre d’attaques meurtrières connaît une hausse
depuis les dernières électionsiv, 29: 5 469 morts entre mai 2017 et janvier 2019,
contre 6 219 entre janvier 2017 et novembre 2019. Le Kivu Security Tracker
(août 2021)30 a enregistré une baisse de tous types de violences depuis août 2021
par rapport à juillet, avec 166 morts violentes, 125 personnes enlevées ou

iv
Données calculées respectivement entre le 1er mai 2017 et le 24 janvier 2019, et entre le 25 janvier
2019 et le 25 novembre 2020.

20
kidnappées et 64 affrontements, soit une baisse de 31 pour cent par rapport à
juillet 2021.
Un nouveau programme de démobilisation, désarmement, relèvement
communautaire et stabilisation, annoncé par le président Tshisekedi au mois
d’août 2021, pourrait également amener une nouvelle perspective aux efforts,
jusqu’à présent dominés par une approche militaire à résoudre les conflits dans les
provinces du Kivu. Les analystes ont cependant déjà souligné de nombreux défis et
faiblesses du programme proposé31.
Par ailleurs, la MONUSCO a connu une réduction de son personnel et, en l’absence
de programmes de démobilisation opérationnels, la reddition de dizaines de
groupes armés au cours des deux dernières années n’a eu que peu d’impact. Les
besoins humanitaires connaissent également une hausse, mais au vu des
différentes crises dans le monde, on note depuis longtemps un certain
désengagement des bailleurs internationaux. La pandémie mondiale de la covid-19
a réduit davantage les financements humanitaires disponibles, et seulement
34 pour cent de l’aide annuelle demandée est arrivé en République démocratique
du Congo en 2020.

21
Causes et lignes de conflits

Causes profondes, facteurs de conflits et leurs conséquences


Les causes profondes sont liées à des facteurs structurels qui sont immuables ou
très difficiles à changer, car marquées par des facteurs géographiques,
topographies ou à des dynamiques sociétales ou institutionnelles qui évoluent très
lentement. L’ordre dans lequel les causes profondes sont discutées ci-après ne
reflète pas leur importance relative.

Causes profondes

Relations informelles et négociées


Premièrement, le mode régulatoire de toute interaction entre acteurs étatiques et
acteurs privés ou entre particuliers suivent des règles informelles qui sont, pour la
plupart, négociées32. Des recherches récentes sur la gouvernance en République
démocratique du Congo ont mis l’accent sur le fait que les institutions formelles ne
jouent que rarement le rôle qui leur est assigné par la loi, mais que les pratiques
non-écrites et négociées déterminent l’action des autorités et des agents de l’État.
Il n’y a donc pas forcément une absence de gouvernance, comme souvent
constatée, mais une gouvernance qui suit ses normes propres33 et qui dépend du
pouvoir et de l’habilité en négociation des individus impliqués. Ainsi, dans les mots
de Théodor Trefon, «l’administration publique congolaise est ambiguë, arbitraire et
hybride». Les négociations avec ses agents sont permanentes et interviennent aux
niveaux national, provincial et local. Les procédures administratives sont
déterminées par l’humeur, la disponibilité et par les attentes et besoins personnels
des agents de l’État, qui profitent de l’ambiguïté de leur environnement de travail.
En fonction du contexte, ils peuvent adopter un discours officiel (qui respecte à la
lettre la réglementation), tout comme ils peuvent opter pour une approche
informelle (en inventant ou en interprétant les règles)34.
Ce mode de régulation des affaires de l’État et des relations sociales et
économiques est à la base d’une action de ceux qui le représentent selon leurs
propres intérêts et logiques. Ce facteur est associé au fait que l’État est organisé en
réseaux clientélistes qui émanent du centre de la présidence à Kinshasa, et qui
s’affaiblissent néanmoins dans les provinces et à tous les niveaux administratifs
inférieurs où on trouve de nombreux acteurs intermédiaires.

Faiblesse de l’autorité de l’État et contestation politique


L’État en République démocratique du Congo est organisé selon des principes
largement clientélistes, c’est-à-dire par des réseaux d’influence qui émanent de la
présidence à Kinshasa à travers la nomination d’alliés clés dans les services d’État
d’importance pour la présidence. Ceci comprend notamment les services qui
génèrent et gèrent des ressources significatives (comme par exemple les offices

22
responsables de la collecte des taxes diverses, comme l’Office des douanes), les
ministères et services responsables de la sécurité du régime et de l’État, ainsi que
les gouverneurs des provinces. Cette gestion clientéliste se traduit en un contrôle
assez faible et seulement indirect sur ce qui se passe dans les provinces35. Elle
dépend de plusieurs niveaux intermédiaires qui, à leur tour, créent leurs propres
réseaux clientélistes plus localisés au sein des institutions de l’État à tous les
niveaux. Cela entraîne ce qu’on peut décrire comme une «privatisation» des
services étatiques et des interactions entre l’État et les particuliers. Les agents
étatiques utilisent les structures de l’État et leur propre rôle dans ces hiérarchies
comme activités génératrices de revenus pour eux-mêmes et pour payer leurs
supérieurs36. Dans les interactions avec les citoyens, ce mode opérationnel veut
dire que c’est seulement les individus qui ont les moyens de payer les
représentants de l’État ou qui ont des relations de parenté ou autre avec les
détenteurs des postes, qui reçoivent les services ou bénéficient d’une décision
favorable d’un service administratif ou d’une autorité locale.
Cette dynamique est également présente dans les forces de défense et de sécurité,
où les commandants créent leurs propres réseaux clientélistes et opèrent selon
leurs propres intérêts souvent en complicité avec des «hommes forts» locaux,
comme des chefs coutumiers, propriétaires terriens, commerçants puissants ou
également des seigneurs de guerre des groupes armés locaux37. De la même
manière, les acteurs influents locaux, notamment les chefs coutumiers et
représentants de l’autorité étatique dans les territoires, cherchent des alliés
influents locaux à tous les niveaux qui les aident à gérer leur contexte selon les
principes clientélistes. Cela inclut des alliances avec les commandants locaux des
groupes armés influents dans leurs contrées, si nécessaire, et avec des hommes
politiques et d’autres «gens de moyens» ou influents au niveau provincial ou
même national.
Dans un tel contexte, les petits exploitants agricoles et ceux avec peu de moyens
peuvent également chercher à s’allier avec certains réseaux clientélistes des
personnes influentes locales. Cependant, en général ils sortent perdants des
interactions avec les autorités locales s’ils ne peuvent pas payer les frais
nécessaires ou s’appuyer sur des relations de parenté pour obtenir gain de cause
dans un différend local.

Insécurité généralisée
Après l’émergence des groupes armés locaux dans les années 1990 et leur
prolifération et fragmentation continues pendant les années de guerre, une
insécurité généralisée s’est installée dans nombreuses zones des provinces des
Kivu. Selon Trefon, les années de conflits en République démocratique du Congo
ont créé une prédation territoriale décentralisée, basée sur une culture politique
d’entrepreneuriat militaire38. L’insécurité est ainsi marquée par cet
entrepreneuriat d’acteurs armés de toute sorte et de leurs alliés locaux à plusieurs
dimensions.

23
Attaques et actes de violence ouverts des groupes armés
Les attaques ouvertes des groupes armés sont de fait assez rares et occurrent
lorsqu’il y a une compétition avec d’autres groupes pour le contrôle de terrain ou
lors des opérations des FARDC, qui peuvent notamment déloger certains groupes
qui cherchent à s’installer dans de nouvelles zones. Parfois, les attaques prennent
place en réponse aux actions de certaines autorités ou villageois perçus comme
opposés aux intérêts des groupes armés, ou dans l’intention de s’approvisionner
auprès de la population locale.
Actions armées couvertes ou banditisme
Beaucoup d’attaques de moindre envergure, des braquages, des kidnappings ou
d’autres actes de violence ne sont pas revendiqués par un groupe spécifique. Les
rapports médiatiques qualifient souvent ces actions telles que perpétrées par des
acteurs armés inconnus ou non-identifiés ou par des bandits39. On les désigne aussi
parfois comme des «présumés Maï-Maï» sans en avoir la confirmation. Souvent les
auteurs de ces actions sont connus localement, mais ne sont pas révélés par les
autorités ou la population locale par peur de représailles en cas de dénonciation.
Ces groupes armés sèment la terreur auprès de la population locale, des acteurs
commerciaux et en particulier des transporteurs. Ce sont notamment les
braquages des transports et les kidnappings qui créent un sentiment constant
d’insécurité et perturbent les activités économiques, les opportunités d’accéder
aux marchés et l’écoulement des produits aux exploitants agricoles.
Activité couverte des acteurs armés: extraction de ressources, taxation et menaces
L’activité prévalente des groupes armés consiste à taxer la population locale. Ceci
prend place soit aux barrages qu’ils ont érigés ou pendant des campagnes de
porte-à-porte durant lesquelles les acteurs armés demandent des contributions en
espèce ou en nature. Ces activités sont menées également dans les zones qui ne
sont pas directement sous le contrôle des groupes armés. Selon plusieurs
exploitants agricoles enquêtés, cette collecte des tributs s’intensifie souvent en
période récolte. Les acteurs armés peuvent faire irruption dans les champs ou
intercepter dans les dessertes agricoles pour saisir une part des produits récoltés.
Les femmes, qui assurent la plupart des travaux agricoles, sont particulièrement
vulnérables aux exactions des acteurs armés, puisqu’elles risquent non seulement
de se faire dépouiller de leurs biens, mais également de subir des harcèlements ou
violences sexuels. En outre, les acteurs armés jouent également un rôle de
protecteurs des personnes nanties et influentes avec lesquelles ils sont alliés.
Plusieurs interlocuteurs lors des entretiens et focus groups ont fait allusion aux
menaces de violences implicites dans les différends avec de grands propriétaires
terriens ou de grands troupeaux, ayant des liens avec des groupes armés.
Exactions et prédation des forces de défense et de sécurité
Les FDS – notamment les FARDC, les agents de la police nationale congolaise
(PNC), les agents de l’Agence nationale de renseignements (ANR), les agents des
douanes, etc. – jouent un rôle souvent ambigu vis-à-vis de la population civile
locale. La population civile est menacée, parfois à cause de soupçons de

24
connivence avec les groupes armés, mais plus fréquemment pour extorquer des
fonds ou des ressources aux barrages routiers ou lors de leurs patrouilles. Par
conséquent, les civils ne sont pas assurés que les FDS respectent leur mandat de
protection de la population et du maintien de l’ordre public.
Dans ce contexte, l’insécurité constante impose un lourd tribut à la population
paysanne, au niveau pratique et psychologique. Dans les zones de présence
effective des groupes armés, les exploitants agricoles (en particulier les femmes)
évitent parfois d’accéder aux champs, ou se voient contraints de récolter leurs
produits avant maturité par peur d’être victimes d’extorsions. Dans les zones plus
distantes, les agriculteurs évitent certaines dessertes ou routes principales pour
transporter leurs produits par peur de la taxation informelle. Les exploitants
agricoles n’ont souvent pas de recours lors de conflits sur l’accès à la terre ou avec
les éleveurs qui passent dans leurs champs et craignent les représailles des acteurs
armés. Plusieurs interlocuteurs ont indiqué qu’il vaudrait mieux souvent se taire
que de se plaindre publiquement des dégâts causés par des troupeaux d’animaux,
en raison des risques que ces plaintes soient entendues par les propriétaires
appuyés par les acteurs armés.

Géographie de certaines zones


Outre l’interaction entre facteurs géographiques et démographiques, qui sont à
l’origine d’une forte pression sur les terres, des facteurs structurels liés à la
géographie ont des effets localisés sur les dynamiques de conflits, notamment la
présence de gisements de minerais dans certaines zones, les topographies, surtout
montagneuses, et les frontières internationales.
Terres fertiles
Les terres fertiles de la plupart des zones de l’est de la République démocratique
du Congo ont attiré de nombreux acteurs qui cherchent à les exploiter, exacerbant
les tensions locales dans ces zones. C’est notamment le cas des sols volcaniques
extrêmement fertiles du Rutshuru et de certaines parties du Masisi, mais
également des zones montagneuses des Kivu qui, en raison d’un climat plus
tempéré et une pluviométrie favorable, permettent la cultivation de nombreuses
cultures convoités, à savoir les cultures de rente comme le café, le quinquina et le
thé.
En outre, ces terres fertiles furent saisies auparavant par des colons belges ou leurs
alliés dans les années 1920 et 1930. C’est ainsi que de larges plantations ont été
établies, notamment dans les Masisi et le Rutshuru depuis les années 1930,
soutenus par une migration de main d’œuvre, d’abord des populations locales puis
des ouvriers rwandophones du Rwanda, également sous contrôle belge. Cette
migration ouvrière était organisée à grande échelle par la Mission d’immigration
des Banyarwanda, qui amena environ 100 000 familles rwandophones, en
particulier au Masisi et au Rutshuru, dans les plantations des colons entre 1933 et
1955. Parallèlement, plusieurs vagues d’immigration spontanée provenant du

25
Rwanda se produisirent, en raison notamment de la densité de population, de la
rareté des terres au Rwanda, mais également lors de plusieurs crises politiques et
vagues de violences depuis les années 1950. L’implantation de ces populations
rwandophones a causé de nombreux conflits avec les populations autochtones
locales, notamment les Hunde au Masisi, qui se retrouvaient en position
d’infériorité démographique. Ceux-ci avaient notamment des problèmes à gérer
les migrants qui ne respectaient pas leurs us et coutumes, ni ne rentraient dans
leurs structures et hiérarchies sociales. De plus, les vastes étendues montagneuses
de ces deux territoires servaient de pâturages pour des troupeaux de bovins des
colons, mais également, après l’indépendance du Congo, davantage pour les
grands éleveurs Tutsi rwandophones.
Ainsi, la question de l’accès aux terres fertiles a été liée aux questions de
compétition entre groupes ethniques, de pouvoir politique et économique de
certains groupes et de l’appartenance à l’État congolais à travers les années.
Même dans les zones de terres moins fertiles, comme les zones forestières du
Walikale, certains endroits plus propices à certaines cultures peuvent faire l’objet
des convoitises. C’est notamment le cas des bas-fonds et zones maraîchères.
Quelques répondants interrogés à Walikale ont indiqué que les exploitants
agricoles qui cultivent dans les zones maraîchères sont plus à risque de se faire
chasser, car ces endroits privilégiés peuvent attirer l’attention de personnes
influentes.
Zones inaccessibles
Enclavement: Le manque d’accessibilité à certaines zones est un facteur pouvant
aggraver les tensions. Certaines zones souffrent d’un enclavement de longue date
ou régulier, en raison d’une topographie difficile et en particulier d’un manque
d’infrastructures. C’est notamment le case du territoire de Walikale, qui ne peut
pas être atteint par véhicule de Goma, en raison de l’état de délabrement des
routes et des ponts clés. Cet enclavement rend les populations plus pauvres et
vulnérables et peut aggraver les tensions sur le peu de ressources disponibles.
Parcs nationaux et aires protégées: Les contraintes d’accessibilité sont liées à
l’utilisation de certaines zones proscrites par l’État, qui prennent la forme d’aires
protégées et de parc nationaux. Plusieurs territoires ciblés par le projet sont
partiellement couverts ou à proximité de parcs nationaux, notamment le Parc
national de Virunga, qui est situé partiellement dans les territoires de Rutshuru,
Nyiragongo et Masisi; et le Parc national de Kahuzi Biega dans le territoire de
Walunguv. La présence des zones protégées a un impact sur les populations
avoisinants à plusieurs niveaux.
Premièrement, les zones du parc ne sont pas accessibles à la population locale et
ne peuvent pas être utilisées pour l’agriculture. La présence des parcs nationaux

vLe Parc national de Kahuzi Biega touche également le territoire de Walikale mais loin des zones du
projet.

26
contribue ainsi à la rareté des terres et aggrave les tensions autour de l’accès à la
terre.
Deuxièmement, le Parc national de Virunga, en particulier, est très fortement
sécurisé par les agents de l’Institut congolais pour la conservation de la nature
(ICCN). Les rangers du parc constituent une véritable force paramilitaire, entraînés
par des militaires étrangers en combat de proximité et fortement armés. Cette
militarisation est due à la longue présence des groupes armés dans le parc, qui se
livrant à de nombreuses activités illicites et qui détruisent les écosystèmes40. Ils
s’en prennent également davantage aux gardes du parc, ce qui a causé de lourdes
pertes en vie parmi les agents de l’ICCN41.
Selon l’ICCN, ils permettent également aux populations locales d’exploiter les
ressources du parc et de s’engager dans l’agriculture, la chasse et la coupe du bois
pour le charbon. La pression démographique autour du Parc national de Virunga
est considérable. Pour l’ICCN, sans une imposition stricte des limites du parc, les
populations ne respecteraient pas ces limites et envahiraient rapidement les zones
tampon, empiétant sur les zones protégées du parc. Les gardes du parc
soupçonnent que la population est en collusion avec les groupes armés, afin
d’enfreindre systématiquement aux règlements qui sont censés protéger
l’écosystème unique du parc42. À leur tour, les populations des zones périphériques
du parc disent qu’ils font les frais de l’imposition stricte des bordures et de la
militarisation de l’ICCN. Ils se plaignent du fait qu’il n’y a pas une zone tampon
officielle qui permettrait des activités à moindre impact sur la conservation de
l’habitat et d’un traitement brusque par les gardiens du parc. Les informateurs clés
et membres des focus groups interrogés ont fait état de nombreux cas de bavures
des agents de l’ICCN contre la population locale en cas de la moindre infraction des
bordures du parc. Selon les témoignages, lors d’une infraction présumée de la
bordure du parc, les agriculteurs locaux risquent d’être arrêtés ou tabassés par les
rangers. Les communautés se plaignent de ne pas recevoir des bénéfices officiels
du parc. Ils se plaignent non seulement des actions musclées des gardes du parc
mais également de ne rien recevoir en contrepartie. Selon certains interlocuteurs,
l’ICCN devrait investir dans les communautés locales avec les rétrocessions qu’ils
reçoivent, bien qu’ils ne voient aucun investissement de ce genre.
Troisièmement, malgré la présence des rangers de l’ICCN pour protéger les parcs
nationaux, les zones des parcs ont depuis longtemps servi de refuge pour de
nombreux groupes armés. Le terrain est idéal pour établir leurs camps puisqu’il est
difficilement accessible et sans infrastructures, ce qui ne permettrait pas aux forces
de l’ordre de les traquer et trouver. Il existe également des activités clandestines et
illégales que les membres des groupes armés peuvent poursuivre, sans être
inquiétés par les autorités et avec peu de concurrence d’autres acteurs. Il s’agit
notamment de l’exploitation des ressources forestières du parc, y compris la coupe
du bois (pour la maçonnerie ou le charbon), le braconnage des animaux sauvages,
mais également l’extraction des minerais comme de l’or ou le coltan. Par
conséquent, les villages avoisinants des parcs et les faubourgs de la ville de Goma à

27
proximité du Parc de Virunga sont constamment menacés par les groupes armés et
connaissent des incidents plus fréquents de cambriolage, de kidnappings ou
d’attaques directes des acteurs armés.
Enfin, les interlocuteurs dans les zones à proximité du Parc de Virunga se sont
plaints de l’irruption occasionnelle des animaux du parc dans leurs champs pour
brouter, notamment en saison des récoltes ou pour accéder à des sources d’eau
en période sèche. C’est notamment le cas des buffles et des chimpanzés. Puisque
les animaux des parcs sont protégés, la population ne peut pas les chasser
facilement. Selon la loi, l’ICCN est censé compenser les agriculteurs locaux pour
leurs pertes causées par les animaux du parc, mais en pratique, selon les
répondants, leurs demandes de compensation restent toujours sans réponse.

Pression démographique
En République démocratique du Congo, les enjeux autour de l’accès aux ressources
naturelles, notamment l’accès aux terres fertiles d’une population qui vit à plus de
80 pour cent de l’agriculture, sont étroitement liés à la croissance démographique
galopante et aux conséquences sociales et environnementales qui s’en suivent. La
République démocratique du Congo est l’un des pays ayant la plus forte fécondité
au monde, avec 5,6 enfants par femme en moyenne. Malgré des taux de mortalité
infantile élevés, le pays connaît une forte croissance démographique de 3,1 pour
cent43. La pression démographique dans certaines zones de la République
démocratique du Congo, notamment dans les Kivu, est donc un défi conséquent
pour la lutte contre la pauvreté, la sécurité alimentaire, la santé, les infrastructures
et la préservation de l’environnement et des ressources naturelles.
Certaines parties du Nord-Kivu et du Sud-Kivu figurent parmi les zones rurales les
plus densément peuplées du pays. C’est notamment le cas de la région autour de
Beni, le sud du territoire de Masisi, une grande partie du territoire de Rutshuru au
Nord-Kivu, ainsi que certains territoires de Kabare et de Walungu au Sud-Kivu. En
outre, il existe une forte pression démographique sur les terres dans certaines
zones ciblées par le projet. La croissance démographique, dans des zones où la
plupart des terres accessibles ont été défrichées, implique que les terrains à
cultiver sont de plus en plus limités. Pour chaque génération, plusieurs enfants,
seulement les enfants mâles selon la coutume, doivent se partager les terrains
légués par les parents. Il y a donc un éparpillement des terres à cultiver avec une
utilisation de plus en plus intensive des terres disponibles. Dû à la faiblesse de
l’État et des services techniques de l’agriculture, qui manquent de personnels et
d’expertise, les investissements concernant des pratiques plus efficaces de
production sont limités. Pourtant, sans une meilleure gestion des terres
disponibles par ménage et par personne, les champs existants ne produisent
souvent pas suffisamment de rendements pour nourrir toute une famille. De plus,
la production intensive des terres actuellement cultivées conduit à une érosion des
couches arables, une dégradation des sols et un déclin de la fertilité de ces terres.
L’érosion à plus grande échelle, surtout sur des flancs des montagnes, peut causer

28
des glissements de terrain qui anéantissent des champs entiers, ce qui, à leur tour,
aggrave davantage la pression sur les terres.
Dans ce contexte, tout ce qui diminue l’accès aux terres, surtout les terres fertiles,
contribue à un accroissement de la pression sur celles-ci et de la vulnérabilité des
petits exploitants.
C’est notamment le cas de l’accaparement des terres par les anciens ou actuels
acteurs armés et l’acquisition des grandes concessions par les individus nantis –
commerçants, politiciens et d’autres personnes influentes – habitant dans les
capitales provinciales ou à Kinshasa. Les répondants interrogés pour cette étude
ont fait état de nombreux cas d’acquisition des terres. Celles-ci sont parfois
conduites en utilisant leurs relations au sein des administrations étatiques pour se
procurer des titres fonciers douteux, ou en achetant en collusion avec des
concessionnaires existants ou les autorités coutumières locales. C’est aussi le cas
des zones non-accessibles des parcs nationaux et aires protégées, comme expliqué
ci-haut.

Migration
Les mouvements migratoires multiples et constants dans les provinces du Kivu
contribuent également à une pression accrue sur les terres dans certaines zones.
Cette migration est motivée par plusieurs facteurs. Les nombreuses vagues
migratoires du Rwanda vers la République démocratique du Congo depuis les
années 1930, partiellement organisées, ou motivées par des conditions
économiques et politiques au Rwanda, sont l’un des facteurs. En outre, depuis
l’éclatement des guerres dans l’est de la République démocratique du Congo, la
migration s’est accentuée. En raison de l’insécurité et des déplacements fréquents
de populations, une forte migration des zones rurales vers les zones urbaines est
enregistrée. Ce non seulement dans les grandes villes comme Goma, Beni,
Butembo au Nord-Kivu et Bukavu et Uvira au Sud-Kivu, mais également dans les
villes secondaires et certains centres miniers des deux provinces (comme
Kitchanga, Sake, Kiwanja, Rubaya au Nord-Kivu ou Hombo, Kamituga et Minova au
Sud-Kivu)44, [Link] villes continuent de s’étendre en périphéries, créant de plus en
plus de pression sur les terres, en raison de besoins additionnels en lopins de terre
pour construire des habitations et d’une demande pour des terres agricoles par
certains nouveaux arrivés. Parallèlement, il existe des mouvements de migration
entre zones rurales, motivés par des raisons de sécurité, économiques ou pour la
recherche de terres fertiles. C’est notamment le cas de certaines zones du
Rutshuru et du Masisi, ainsi que les zones moins peuplées où les migrants espèrent
trouver des terrains plus larges à cultiver, selon certains informateurs.
Ces mouvements de migration contribuent à une aggravation de la pression sur les
terres, notamment autour des villes primaires et secondaires, mais également dans
les zones qui possèdent les terres les plus fertiles.

29
Autres richesses naturelles
Le rôle des richesses du sous-sol congolais et leur impact sur les conflits ont fait
l’objet de discussions et de longues études sur les conflits. Il existe des références
qui caractérisent les conflits dans l’est de la République démocratique du Congo
comme des «conflits de ressources», imputant ainsi la responsabilité à la cupidité
des acteurs et leur désir d’accaparer des ressources naturelles. Cependant, il existe
une interdépendance complexe entre les ressources minières et les conflits, bien
que leur présence attire beaucoup de convoitises et le contrôle de leur exploitation
a toujours été contesté, notamment pour des sites moins aménagés et les
nombreuses mines artisanales éparpillées à travers les montagnes et forêts
kivutiennes.
Sources de subsistance importante
Les mines artisanales sont une source importante de subsistance pour les
populations locales, également celles qui vivent loin des zones minières. Selon des
estimations, la République démocratique du Congo a le plus grand nombre de
mineurs artisanaux dans le monde, avec environ 2 millions de personnes à travers
le pays et plusieurs centaines de milliers dans les deux provinces du Kivu46. Les
mines artisanales d’or, d’étain, de coltan ou autres terres précieuses attirent des
personnes de tous territoires. Dans le Walikale, selon les interlocuteurs, la majorité
des familles envoient des hommes dans les mines artisanales de cassitérite, coltan,
étain ou or, afin de contribuer au revenu du ménage. De plus, il existe de
nombreuses boutiques d’outils et de fournitures, de kiosques, hôtels et restaurants
locaux, bars et maquis autour des sites miniers et dans beaucoup de villes de
Walikale qui alimentent l’économie locale. L’activité des creuseurs artisanaux est
donc une contribution importante à la subsistance de beaucoup de familles.
Conflits et insécurité autours des mines
La présence des gisements de minerais précieux contribue à l’aggravation des
conflits autour de l’accès à la terre. Les autorités coutumières et propriétaires
terriens locaux préfèrent habituellement attribuer des terres à des prospecteurs et
exploitants qui payent mieux et promettent des rendements et paiements plus
élevés que ceux des agriculteurs. Les paiements plus élevés présumés pour les
concessions minières rendent la compétition plus aiguë, notamment lors d’un
conflit entre plusieurs prétendants dans des litiges fonciers (par exemple entre
frères ou sœurs qui se disputent un terrain légué par un parent). Il existe
également des tensions entre exploitants de minerais internationaux et nationaux.
En effet, soit au regard des compagnies minières qui réclament certains terrains,
ou en raison de l’arrivée de plus en plus de prospecteurs internationaux privés qui
sont les interlocuteurs préférés des autorités locales et qui entrent dans des
accords clandestins pour accaparer des terres. Il y a également beaucoup de
tensions entre les compagnies internationales et les creuseurs artisanaux autour
du contrôle des zones exploitées par les creuseurs individuels, mais réclamées par
les entreprises internationales. Ces tensions régulièrement provoquent des

30
manifestations et causent des troubles et violences, voire des morts
occasionnels47.
Les sites miniers attirent également les groupes armés, bien qu’aujourd’hui
beaucoup de zones minières dans les territoires du projet sont sous contrôle des
FARDC ou selon des arrangements informels entre les FA et les groupes armés48, 49.
Il est cependant probable que des acteurs armés non-étatiques contrôlent certains
réseaux de vente ou de trafic de minerais, en collaboration avec des réseaux
criminels organisés internationaux50, ainsi que certaines routes d’accès pour taxer
les transports de minerais et les voyageurs dans les transports en commun. La
présence des groupes armés pose des défis sécuritaires additionnels pour les
exploitants agricoles, bien que ces risques additionnels n’aient pas été signalés
dans les zones d’intervention visitées.
Concurrence entre activités minières et agricoles
Selon le personnel du projet et certains acteurs locaux interrogés, la mise en
œuvre d’activités agricoles se confronte à nombreux enjeux dans les zones
minières et aux alentours. La population locale n’est généralement pas motivée à
travailler dans l’agriculture et concentre son attention sur les activités minières.
Les hommes, les jeunes hommes et la population jeune en général sont peu
intéressés par les activités agricoles, considérées comme trop dures et peu
rémunératrices dans le court terme. Une attente de l’argent rapide dominerait
dans ces zones. Cela se traduit également par un manque d’intrants agricoles de
qualité et d’intérêt des commerçants locaux à se procurer ou stocker des intrants
agricoles. En outre, l’activité minière est souvent accompagnée d’une dégradation
de l’environnement et de la pollution des terres et des eaux autour des zones
minières, ce qui rend l’agriculture moins attractive et pérenne comme moyen de
subsistance.

Zones frontalières
La proximité de certaines zones du projet aux frontières avec les pays voisins –
l’Ouganda dans le territoire de Rutshuru, le Rwanda dans les territoires de
Rutshuru et Nyiragongo et le Burundi dans le territoire d’Uvira – peut poser
certains défis et exercer une influence sur les dynamiques de conflits. C’est
certainement le cas concernant la présence des groupes armés. Selon les
témoignage recueillis, les membres des groupes armés étrangers sont actifs des
deux côtés des frontières et traversent les zones frontalières fréquemment,
aggravant l’insécurité dans ces zones. C’est notamment le cas des FDLR dans le
Rutshuru et des Forces de libération nationale à Uvira. Les attaques et l’occupation
temporaire des groupes réfractaires des M23, réfugiés dans la zone frontalière
entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda en novembre dernier,
souligne une menace constante d’éléments armés présents des deux côtés des
frontières51.

31
Outre l’instabilité causée par les groupes armés, la proximité à la frontière entraîne
souvent une concurrence avec les agriculteurs et éleveurs des pays voisins,
notamment autour de l’accès à la terre et par rapport à la commercialisation des
produits agricoles et l’accès aux marchés. Les agriculteurs interrogés dans les zones
frontalières ont fait état de nombreuses difficultés liées au fait que les exploitants
agricoles de l’autre côté des frontières auraient plus de moyens financiers et plus
facilement accès aux intrants et ainsi une meilleure productivité agricole. Ils
viendraient ainsi louer des terrains et les éleveurs amèneraient leurs troupeaux à
pâturer dans les champs en République démocratique du Congo.
En avril 2020, en raison de la pandémie de la covid-19, les paysans congolais
n’avaient plus accès aux marchés ougandais qui représentaient des débouchés
essentiels pour leurs produits. Cependant, les commerçants ougandais arrivaient à
se déplacer pour acheter directement les récoltes des exploitants congolais à de
très bas prix. En général, les agriculteurs congolais se plaignent des couts élevés de
la production agricole en République démocratique du Congo, en raison du
manque d’intrants de qualité et d’une infrastructure pour évacuer les produits
récoltés, par rapport aux prix voisins. Ceci met les agriculteurs congolais en
position de désavantage comparé à leurs pairs des pays frontaliers.
Dans les zones frontalières montagneuses, en particulier le long de la frontière
avec le Rwanda (à Rutshuru et Nyiragongo), sur une zone située dans les flancs des
grands volcans Monts Karisimbi, Bisoke et Sabyinyo, des conflits ont été signalés.
Au vu de ce positionnement géographique, les exploitants agricoles se sont plaints
d’écoulements des eaux de montagne de l’autre côté de la frontière dus à une
infrastructure de drainage. Ceci causerait régulièrement des glissements de terrain
et des érosions à grande échelle du côté congolais, endommageant les champs des
agriculteurs, sans qu’ils n’aient recours à une compensation pour ces dommages.

32
La multiplicité des régimes fonciers: crise de gouvernance foncière
Légalement, il existe une dualité du régime foncier. Cependant, en pratique, une
multiplicité de régimes fonciers existe, en raison des contradictions et lacunes
dans les textes légaux et des défaillances dans leur application.
Les terres du domaine privé de l’État peuvent faire l’objet d’une concession
agricoles, forestières ou industrielles. Toutes les terres rurales qui ne sont pas
déclarées du domaine public sont des terres coutumières, dont la jouissance est
définie et l’accès déterminé selon les coutumes locales.
Cependant, les autorités coutumières font face à un affaiblissement continu de
leur influence, à cause d’une expansion de l’influence de l’État formel, des
mœurs changeantes, surtout parmi les jeunes générations, et une mixité accrue
de la population en raison des déplacements et migrations.
Par conséquence, la lutte pour le contrôle des terres dans les zones rurales est
conséquente. En effet, des personnes politiques, ou autres individus influents,
essaient de s’accaparer des terres en se procurant un titre foncier, un document
administratif ou une déclaration d’un acteur étatique ou politique pour chasser
les occupants.
Cette crise du système foncier est d’autant plus aggravée par certains chefs qui
profitent de ceci en se basant sur leurs droits traditionnels d’attribution des
terres. Ils chassent des petits exploitants des terres convoités afin de les
attribuer aux personnes nanties contre des paiements ou faveurs, en échange
de vrais-faux titres fonciers donnés par des institutions étatiques.

Crise de gouvernance foncière


La faiblesse des institutions de l’État, marquée par de nombreux régimes fonciers,
de multiples acteurs, l’absence d’une autorité et hiérarchie étatiques claires et une
action coordonnée des institutions, représente le facteur principal de
multiplication des conflits fonciers à travers les années et de l’aggravation des
tensions autour de l’accès au foncier dans certaines zones. Il est ainsi essentiel de
s’interroger sur les dynamiques institutionnelles et les conflits de pouvoir politique
et économique qui, en dehors des facteurs environnementaux, sont à leur base.
Sur papier, il existe une dualité légale par rapport à la gestion du foncier.
Cependant, en pratique, il existe une multiplicité de régimes fonciers, en raison des
contradictions et lacunes dans les textes légaux et aux défaillances dans leur
application. Ceci est engendré par les nombreux acteurs et institutions impliqués
dans l’attribution et la gestion des terres, ainsi que par l’absence d’une instance
imposant les règles existantes d’une manière claire et constante. Selon le droit
congolais, la terre est la propriété de l’État congolais depuis la loi dite «foncière»

33
de 1973vi, 52. De plus, selon la Constitution de la République démocratique du
Congo de 2006, l’État est l’unique titulaire de souveraineté par rapport à l’usage du
sol et sous-sol, ainsi que des eaux et des forêts. Il incombe ainsi seul à l’État
d’attribuer la permission pour l’utilisation des terres. La loi foncière se limite à la
surface de la terre. Le sous-sol congolais est gouverné par une multiplicité d’autres
textes légaux selon le domaine et la nature de la ressource, notamment le code
minier ou la loi sur le régime général des hydrocarbures, ainsi que le code
forestiervii.
Par rapport à la jouissance du sol de la terre, il faut donc distinguer deux régimes.
Premièrement, les terres de domaine public et les terres urbaines, qui sont gérées
par les autorités formelles de l’État et du Ministère des affaires foncières; les
gouverneurs des provinces; les divisions des terres, des villes et des municipalités;
et les services de cadastre. Puis, les terres du domaine privé de l’État peuvent faire
l’objet d’une concession accordée à une collectivité, à une personne physique ou à
une personne morale, qui entraîne un droit de jouissance sur un terrain, aux
conditions et modalités prévues par la loi. Ainsi, la forme la plus courante de
jouissance du sol est celle des concessions agricoles, forestières ou industrielles,
ainsi que pour les terrains dans les zones urbaines, villes et cités.
Cependant, toutes les terres rurales qui ne sont pas déclarées du domaine public
sont des terres coutumières, dont la jouissance est définie et l’accès déterminé
selon les coutumes locales. Traditionnellement, elles sont réservées aux
ayants-droits coutumiers et aux personnes qui ont reçu une autorisation de
ceux-ci. L’attribution coutumière reste donc le système, de facto, le plus important
selon lequel la grande majorité des terres sont gérées, en particulier dans les zones
rurales. Pourtant, les coutumes étant sujettes à l’interprétation des autorités
traditionnelles, de nombreuses pratiques informelles existent et les
concessionnaires et locataires des terres dans les zones rurales ne disposent pas de
titres formels.
En raison de cette dualité de la loi et des défaillances institutionnelles à tous les
niveaux, plusieurs dynamiques mises en place ces trois dernières décennies ont
contribué à multiplier et à aggraver les conflits fonciers.
L’affaiblissement de l’autorité coutumière
Les autorités coutumières détiennent toujours beaucoup d’influence et de pouvoir
dans les zones rurales. Leur influence est néanmoins affaiblie en raison de
l’expansion de l’influence de l’État formel, des mœurs changeantes, en particulier
parmi les jeunes générations, et d’une mixité accrue de la population en raison des

vi Voir loi n° 73-021 du 20 juillet 1973, telle que modifiée et complétée par celle n° 80-008 du
18 juillet 1980, portant sur le régime général des biens, le régime foncier et immobilier et le régime
des sûretés.
vii Loi n° 007-2002 du 11 juillet 2002, portant sur le code minier; loi n° 15/012 du 1er août 2015

portant sur le régime général des hydrocarbures; loi n° 011/2002 du 29 août 2002 portant sur le code
forestier.

34
déplacements et des migrations. Les sources de revenus des chefferies, étant
limitées dans les zones rurales, dépendent des contributions de la population sous
leur contrôle. De nombreux citoyens s’insurgent ainsi contre la vénalité de
certaines autorités coutumières, qui ne représenteraient plus les intérêts de la
majorité de la population.
Réforme foncière avortée
Une réforme foncière a été entamée en 2013 en vue d’harmoniser le cadre légal et
de renforcer la capacité des institutions étatiques d’exécuter les lois, pour une
gouvernance foncière coordonnée. Malgré un appui des bailleurs internationaux,
cette réforme «s’est essoufflée», selon les termes d’une étude de la Banque
mondiale et d’autres partenaires en 201753. Des efforts, appuyés par les bailleurs
internationaux, sont à noter. Il s’agissait en effet d’établir des services fonciers et
bureaux de cadastres dans certaines villes du Nord-Kivu et Sud-Kivu, afin de
formaliser les titres fonciers dans ces localités. Parallèlement, d’autres efforts
nationaux appuyés par les bailleurs internationaux, tels que la décentralisation, la
réforme de l’urbanisme et l’aménagement du territoire, ont permis de créer des
institutions, mais ont également engendré des dynamiques qui ont contribué à la
multiplication des acteurs.
Bras de fer entre acteurs étatiques et autorités coutumières
La confusion légale, les nombreux efforts de réforme de la gouvernance territoriale
et l’affaiblissement des autorités coutumières ont résulté en un bras de fer pour le
contrôle des terres dans les zones rurales. Les multiples acteurs impliqués essaient
d’arracher le contrôle des terres des autorités coutumières et de monnayer leurs
postes d’influence dans certaines institutions étatiques au niveau national ou
provincial. Ces acteurs interviennent dans la gestion du foncier, au nom de
personnalités politiques ou autres individus influents, afin de s’accaparer des terres
en se procurant un titre foncier, un document administratif ou une déclaration
d’un acteur étatique ou politique pour déguerpir les occupants des terres. Les
bureaux des cadastres essaient de reprendre les pouvoirs aux autorités
traditionnelles locales, également au sein des zones rurales où ils sont présents.
Puis, toute une gamme d’acteurs sans pouvoir formel réclament des rôles plus
formels dans la gouvernance foncière. Les répondants interrogés ont fait état
d’interventions de hauts fonctionnaires aux ministères du foncier ou de l’intérieur,
nationaux ou provinciaux, de gouverneurs ou hauts fonctionnaires du gouvernorat,
ou encore de députés provinciaux et nationaux, en faveur d’individus nantis qui
s’accaparent les terres des concessionnaires ou occupants. Ces personnes n’ont
pas d’accords écrits qui permettraient de prouver la propriété ou l’utilisation légale
de ces terres. Ces interventions se font à l’initiative des personnes influentes:
«Seuls en bénéficient les personnes ou les groupes les mieux informés, les plus
influents, les seuls capables d’utiliser à leur profit la procédure d’enregistrement
pour obtenir une concession en bonne et due forme. Ceci au détriment des
occupants antérieurs, qui font alors l’objet de déplacements forcés54.»

35
Les divers agents étatiques affrontent parfois l’opposition des autorités
traditionnelles, puisqu’ils essaient de prendre leur place dans l’attribution des
terres. Cependant, ils opèrent habituellement en collusion avec les autorités
traditionnelles qui reçoivent des paiements, ou autres faveurs, pour ne plus
respecter les droits coutumiers accordés précédemment. Certains chefs
coutumiers profitent ainsi de ce système et se basent sur leurs droits traditionnels
d’attribution des terres pour chasser des petits exploitants des terres convoités, et
ce afin de les attribuer aux personnes nanties, contre des paiements ou faveurs et
de vrais-faux titres fonciers donnés par des institutions étatiques.

Facteurs de conflits
Outre les facteurs structurels liés au contexte géographique, topographique et
climatique, il existe d’autres facteurs conjoncturels qui ont un impact sur les
conflits dans les milieux ruraux ciblés par le projet.
Parmi ces facteurs on constate notamment des facteurs économiques et sociaux.

Tensions interethniques
La compétition autour du contrôle des terres, des ressources naturelles et du
pouvoir politique est marquée par les différences sociales entre groupes sociaux,
notamment entre groupes ethniques et au sein d’un groupe par rapport aux
hiérarchies sociales et de genre. Ces différences sociales sont marquées par deux
clivages principaux, la réclamation de quel groupe est originaire et non-originaire
et les différences perçues entre femmes et hommes et leur statut social.
La République démocratique du Congo est un pays pluriethnique où vivent
ensemble de nombreux groupes linguistiques, avec des pratiques culturelles
variées. Historiquement dans le monde rural, la plupart des villages ou zones
étaient traditionnellement dominés par un groupe ethnique. C’était ainsi le milieu
urbain qui est caractérisé par une mixité de différents groupes. En raison de la
reconnaissance officielle de certains groupes ethniques comme autochtones par
les autorités coloniales, une hiérarchisation entre groupes s’est développée et est
ressentie encore aujourd’hui. Ceci cause nombreuses tensions entre les différents
groupes qui se considèrent «originaires» et «non-originaires». Les autochtones, ou
leurs chefs coutumiers et familles, contrôlent les ressources et attribuent les terres
aux membres de leurs groupes et à tous les autres non-autochtones. Cette
attribution de terres et de ressources est souvent perçue comme inégale et injuste
par les non-autochtones et contribue à la contestation de l’occupation des terres.
En outre, dans les provinces du Kivu, la migration est importante en raison des
nombreuses guerres et catastrophes naturelles qui entraînent des crises
humanitaires et des déplacements. Ainsi, outre l’immigration des rwandophones,
nombreuses zones des provinces comptent une grande mixité de groupes
ethniques, dont les déplacés sont parfois en supériorité numérique et remettent
en cause les rapports établis entre autochtones et non-autochtones. C’est par
exemple le cas du territoire de Nyiragongo, dans les faubourgs de Goma, où de

36
nombreux Nande se sont installés, fuyant l’instabilité au Grand Nord et contestent
la primauté des Bakusu, reconnus comme les originaires dans le secteur Bakusu. Il
existe une dynamique similaire à Walikale centre, dans le secteur des Bakumu,
entre les Bakumu et les Bashi.

Vulnérabilité accrue de certains groupes sociaux: femmes, jeunes, peuples


autochtones
Le statut social inférieur des femmes
Les femmes sont en position de vulnérabilité accrue dans les zones rurales en
raison de multiples facteurs. La société congolaise, et en particulier dans les zones
rurales, est largement dominée par des notions de «masculinité hégémonique»55
et des normes patriarcales. Le modèle traditionnel de cette masculinité
hégémonique est lié au rôle de l’homme comme chef de famille, c’est-à-dire la
domination de l’homme dans le foyer et une attente de la subordination totale de
la femme aux besoins de celui-ci. Cela se traduit par une répartition des tâches et
responsabilités familiales et ménagères fortement inégale. Les femmes sont
responsables de toutes les tâches ménagères et ont normalement la responsabilité
primaire de la garde des enfants et de leur santé. Au vu du nombre important
d’enfants par ménage – la plupart des femmes ont entre 6 et 12 enfants – la
responsabilité qui incombe à la femme est déjà considérable. Puisque l’homme est
considéré comme le chef de famille, la gestion du budget du foyer et ou de la
famille revient au mari, ainsi que les décisions sur les grandes orientations pour
faire prospérer la famille. La division des tâches est ainsi fortement inégale,
notamment au regard des activités génératrices de revenus de l’homme et de la
femmes, dont seulement certaines activités sont considérées socialement
acceptables pour un hommeviii.
Agriculture
En tant que propriétaire de terres, les hommes ont la responsabilité des champs,
mais seul le défrichage est considéré comme un travail d’homme – en raison de sa
nature physique (coupe des arbres) – tandis que toutes les autres tâches agricoles
sont essentiellement assurées par la femme (le semis, le sarclage, la récolte et le
transport de la récolte). Parfois, les hommes contribuent à ces tâches et s’engagent
normalement davantage lors de la récolte. En effet, ceci afin de superviser le
processus et décider de la distribution de la récolte (partie réservée à

viii
Il y a une certaine divergence de points de vue sur cette distribution des tâches entre les groupes
d’hommes et de femmes interrogés. Parfois, des hommes ont constaté qu’ils font le gros du travail
d’une manière globale. Pourtant, quand on leur demande spécifiquement s’ils sont impliqués dans
certains travaux spécifiques, ils avouent normalement que la plupart des tâches incombent aux
femmes. Il y a également une variation entre les localités. Dans les localités plus urbaines visitées,
plus de femmes déclaraient avoir accès à la terre et être locataires ou propriétaires de terres (par
héritage) et reconnaissaient parfois une distribution de tâches plus égales. Néanmoins, les
dynamiques décrites ici sont les mêmes partout.

37
l’autoconsommation, celle qui sera retenue comme semences pour la saison
prochaine et celle destinée à la vente).
Produits forestiers
La production du charbon (braises) est la responsabilité des hommes, en raison de
la nature physique de l’abattage des arbres et de la coupe du bois. Une fois le
charbon produit, l’emballement, le transport ou la vente sont pour la plupart la
responsabilité des femmes. La récolte des autres produits forestiers, notamment le
bois de chauffe, est la responsabilité des femmes.
Commerce
Dans les villes, hommes et femmes peuvent être commerçants. Dans les zones
rurales, le petit commerce est normalement une activité réservée aux femmes ou
aux garçons adolescents, mais pas aux hommes adultes. La vente en détail des
produits agricoles est habituellement la responsabilité des femmes, tandis que les
hommes s’occupent de la vente en gros aux grands acheteurs agricoles.
Transport
Les femmes doivent assurer le transport des produits agricoles ou forestiers. Les
hommes s’impliquent seulement dans le transport quand ils ont accès à une moto,
un vélo ou tshukudu (vélo en bois traditionnel). Les hommes ne porteront pas les
produits eux-mêmes en raison de la force supérieure supposée des femmes, quand
il s’agit de porter des produits sur leurs dos ou têtes.
Élevage
Les hommes et les garçons s’occupent de grands troupeaux de vaches. Ils sont
également les propriétaires du petit bétail, bien que ce soit les femmes et les
enfants qui nourrissent et gardent les poules, chèvres ou moutons.
Travail journalier
Hommes et femmes peuvent chercher du travail journalier payé – bien que ce soit
habituellement les femmes qui y font recours en cas de besoin du ménage.
Exploitation des minerais
L’exploitation artisanale des minerais, notamment de l’or, le coltan ou la
cassitérite, est le domaine des hommes, notamment des jeunes hommes. Les
femmes sont certainement impliquées dans l’économie des mines d’or comme
vendeuses des produits de ravitaillement et pour assurer la restauration des
travailleurs des mines. Ce sont les hommes qui quittent les foyers, souvent pour de
longues périodes de plusieurs mois, voire plusieurs années, pour travailler dans les
mines.
Ce système de domination masculine est soutenu par les institutions
traditionnelles de la chefferie et le droit coutumier interprété par les chefs
coutumiers et les sages du village. Ceux-ci jugent habituellement en faveur du droit
de l’homme dans le ménage et sont les arbitres du droit foncier favorable aux
hommes. Dans toutes les localités visitées, la prise de décision communautaire est
considérée «une affaire d’hommes». Les femmes peuvent être entendues en

38
audience auprès des autorités coutumières, mais elles ne figurent pas d’une
manière substantielle dans la prise de décision.
La dominance masculine et patriarcale est également reflétée dans l’accès très
inégal à la terre, bien que la Constitution congolaise confère des droits a tout
congolais, sans exclusion, y inclus les droits individuels de tous à jouir de droits de
propriété. Un accent est mis spécifiquement dans l’article 14 qui prévoit «les
pouvoirs publics veillent à l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard
de la femme et assurent la protection et la promotion de ses droits». Cependant, le
fait que l’accès à la terre soit principalement régulé par le système coutumier, les
femmes sont touchées de facto par un désavantage structurel.
Bien que la loi prône l’égalité des droits en matière foncière, le régime foncier en
vigueur reste discriminatoire à l’égard des femmes. Les catégories pauvres, par
manque de temps et d’argent, ne peuvent obtenir un titre officialisant la propriété
et les transactions foncières. Les démarches auprès de l’administration et la
consultation de dossiers officiels exigent du temps et un certain niveau
d’instruction. L’impact de la problématique foncière a plusieurs conséquences sur
les conditions de vie de la population rurale. Entre 2009 et fin 2011, plus de
1 839 conflits fonciers ont été identifiés dans les territoires de Masisi et de
Rutshuru au Nord-Kivu, dans le cadre du programme foncier mis en œuvre par
UN-Habitat56.
Selon le système coutumier, c’est ainsi avant tout les chefs coutumiers, puis les
chefs des clans ou de grandes familles d’une communauté qui sont les
propriétaires de terres. Il est considéré que, lors du mariage, la femme quitte le
clan et entre dans le clan de son mari. Elle cesse donc d’avoir droit à un accès aux
terres de sa famille. Elle peut hériter de terres lors du décès de son père, mais ces
terres sont normalement gérées par sa mère ou ses frères. Elle peut, bien que ceci
soit rare, recevoir une partie de la récolte ou des bénéfices de ces terres. Dans son
foyer, tous les terrains et biens du ménage sont considérés la propriété de son
mari ou, en cas de décès, de la famille du mari57. Pour la plupart des femmes, en
cas de décès du mari ou d’un divorce, elles se retrouvent facilement sans terres et
sans bien. Elles sont donc davantage vulnérables à des crises familiales ou une
séparation de leur mari. Ce problème est encore plus aigu pour les deuxièmes ou
troisièmes femmes dans des mariages polygames. Bien que la polygamie ne soit
pas permise par la loi, des femmes dans quelques groupes de discussion on fait
savoir que la pratique existe dans leurs communautés et que seulement la
première femme jouit d’un accès aux terres du mari, tandis que les femmes
additionnelles doivent trouver seules des champs à cultiver.
Pour les femmes seules ou veuves, qui ont généralement un statut social inférieur,
il leur est presque impossible d’accéder à la terre. Dans certaines communautés,
les femmes peuvent louer des terres temporairement, si elles ont les moyens
financiers, mais ne peuvent devenir propriétaire des terres ou avoir accès aux titres
fonciers. Les groupes de femmes ont indiqué que les femmes veuves ou cheffes de

39
ménage doivent habituellement passer par leurs fils pour louer ou acquérir des
terrains, car elles ne peuvent avoir de terres à leurs noms. Habituellement, les
femmes cheffes de ménage ou veuves dans les zones rurales n’ont pas les moyens
de payer tous les frais et de suivre les étapes administratives complexes pour
obtenir des titres fonciers auprès des services de l’État. Le taux d’analphabétisme
est également plus élevé chez les femmes, notamment en milieu rural, accentuant
leurs désavantages en matière de droits d’accès à la terre58.
Par ailleurs, les femmes sont souvent présentées comme victimes dans les conflits,
bien qu’elles se trouvent généralement exclues de la table des négociations. Ceux
qui participent aux négociations du maintien de la paix sont très souvent en
position de force et furent les acteurs des conflits; tandis que les victimes militant
pour la paix n’ont pas leur place et leur expérience est jugée non pertinente. Ainsi,
deux problématiques se dégagent: l’une est liée à la culture patriarcale dominante
qui empêche les femmes de participer de manière efficace aux processus de
décisions, et l’autre est liée au fait que la question de la guerre ou de la paix est
privilégiée aux hommes.
Devant des situations de guerres (conflits armés ou conflits ethnique) comme celle
du Kivu, les femmes souffrent en silence. Aujourd’hui, une partie de la société
civile milite pour la paix, ce qui constitue une opportunité et un point d’entrée
pour inclure la participation les femmes au processus de paix, à côté des leaders
coutumiers et religieux. Il s’agit ainsi d’initier des forums multisectoriels pour le
positionnement des femmes dans le processus de la paix (comme le FMPFPP).

Autres groupes défavorisés


Peuples autochtones
Les peuples autochtones de la République démocratique du Congo,
communément appelés les pygmées ou les (Ba)Twa, sont systématiquement privés
du droit à la propriété. Bien qu’ils soient reconnus comme étant les premiers
habitants du pays, ils ne font pas parties des structures coutumières bantu, créées
pendant la période coloniale, qui reconnaissaient certains groupes et clans comme
étant les autochtones au sein des chefferies. Ainsi, les chefs coutumiers actuels et
leurs groupes s’identifient comme les autochtones au sens politique et gouvernent
sur tous les autres peuples considérés non-autochtones et les migrants de leurs
zones de contrôle. Les pygmées sont ainsi exclus des structures de prise de
décisions. Par leur mode de vie et leur système économique dominé par la chasse
et l’exploitation des produits forestiers, ils vivent dans les forêts ou parfois en
marge des villages. Puisqu’ils sont considérés en dehors des structures
coutumières locales, ils ne jouissent pas du droit d’accès à la terre selon le système
coutumier59.
Bien que les peuples autochtones n’aient pu être interrogés lors de la recherche de
terrain, des témoignages ont fait état d’une discrimination généralisée. De
nombreuses plaintes ont été rapportées au regard du comportement présumé des

40
individus pygmées. Selon les informateurs et membres des groupes de discussions,
certains individus pygmées se serviraient régulièrement dans les champs des
exploitants agricoles lors de la saison des récoltes, car ils n’ont pas les moyens de
pratiquer l’agriculture sur leurs propres terres. Cette pratique est perçue comme
étant du vol pour les agriculteurs concernés. Ils déclarent notamment que les
tentatives pour décourager les pygmées de ces pratiques pourraient entraîner des
violences. De plus, les répondants ont indiqué que les pygmées seraient
représentés par des associations de défense de droits des peuples autochtones.
C’est ainsi que, selon ces témoignages, les autorités locales n’oseraient plus
dénoncer ces cas de vol de produits. Cependant, ils ont également reconnu que les
autorités locales n’intègrent pas les peuples autochtones dans la prise de décision
et dans l’attribution des terres.
Les jeunes
La société congolaise est largement dominée par des hommes d’un certain âge, en
particulier au sein de la société rurale, dominée par les chefs coutumiers et leurs
conseils de sages, qui sont les gardiens de la coutume et les décideurs locaux
principaux. Il y a certains avantages dans ce système de gestion des affaires
politiques, sociales et économiques en zone rurale qui peuvent être traduits par
une certaine constance et continuité dans les prises de décision. En effet, les vieux
sages sont la source principale de savoir, et ce au-delà de l’appartenance clanique
des uns et des autres et de la délimitation des terrains. Cependant, ce système
n’accorde pas de droits égaux à la femme, ni aux jeunes générations. Bien que les
hommes soient privilégiés en général, les jeunes hommes ont souvent également
du mal à se procurer des terrains puisqu’ils ne sont pas considérés comme
suffisamment matures et fiables. Ainsi, des paiements plus élevés pour louer des
terres leur sont souvent demandés, comparé aux hommes âgés et aux chefs de
 FAO/Hyacne Kacou

41
famille. Les cadets peuvent également être désavantagés dans les héritages au
profit de leurs frères ainés.
Minorités et migrants
En principe, ce sont toutes les catégories sociales qui sont minoritaires et
présentent des difficultés à accéder à la terre d’une manière facile et durable. C’est
le cas des groupes ethniques minoritaires ou des migrants. Quelques participants
des focus groups et autres interlocuteurs ont fait état de discriminations contre les
individus issus des groupes ethniques minoritaires dans l’allocation des terres.
Selon ces répondants, la location des terrains peut être plus chère pour les
non-originaires des villages et chefferies et leurs conventions de location seraient
souvent d’une courte durée. De plus, en cas de contestation de l’occupation des
terrains, on délogerait plus facilement les non-autochtones. La tenure foncière est
plus difficile pour les nombreux déplacés, qui trouvent refuge pour des périodes
prolongé, cependant sans avoir accès à la terre, faute de moyens.

Conséquences: conflits fonciers, conventions précaires, spoliation


La pression démographique, l’insécurité, les déplacements de populations et une
migration accrue favorisent une rareté accrue des terres fertiles. À cela s’ajoute
une multiplicité d’autorités et d’acteurs découlant de la faiblesse de l’État et
l’existence de nombreux régimes fonciers. La convergence de tous ces facteurs
crée un climat fertile pour des litiges et conflits fonciers. Les petits exploitants
agricoles, déjà vulnérables en raison de leur faible statut économique et social, en
sortent généralement perdants. Ainsi, les terres deviennent de plus en plus
convoitées, entraînant également des tensions aiguës entre agriculteurs et
éleveurs.
 FAO/Hyacne Kacou

42
Multiplication des conflits fonciers
Selon de récentes études, 80 pour cent des cas présentés devant des tribunaux de
paix et de grande instance en République démocratique du Congo seraient liés aux
différends fonciers60. Ces conflits sont d’autant plus compliqués et difficiles à
résoudre en ce qu’ils interagissent avec d’autres dynamiques, comme des luttes
politiques à tous les niveaux et des actions et intérêts des groupes armés.
La recherche de terrain a donc répertorié de nombreux types de conflits qui
touchent les exploitants agricoles et les acteurs dans la chaîne de valeur agricole.
Conflits entre concessionnaires et autorités coutumières
En raison de la pression sur les terres, les chefs coutumiers se sont mis à vendre
des terrains à des particuliers en dehors de leur communauté, à travers des
pratiques de commercialisation impliquant des transactions traditionnelles et
informelles. De ce fait, de plus en plus de conflits fonciers naissent aujourd’hui de
l’attribution par une autorité coutumière d’un même terrain, à la fois à un
concessionnaire traditionnel et à une personne qui offre des paiements plus
généreux. Le même type de conflit se produit également lorsqu’une autorité
foncière fait enregistrer en son nom les terres de ses dépendants coutumiers. Dans
ce cas de figure, le conflit éclate lorsque celui-ci tente d’obtenir le
déguerpissement de ces ayants droit coutumiers. Si le concessionnaire a loué le
terrain à des petits agriculteurs, ceux-ci se retrouvent également expulsés de leur
terre.
Conflits entre concessionnaires/particuliers autour des limites d’un terrain
Ce genre de conflit est fréquent vu qu’il n’y a habituellement pas de démarcations
claires des limites des terrains. Ces conflits sont normalement résolus en
impliquant les autorités coutumières et les sages de la communauté, qui
connaissent les anciennes limites des terrains. Cependant, dès lors que des
intentions malhonnêtes d’une des parties au litige qui souhaite agrandir son terrain
illégalement, ou si les autorités ou les sages se laissent corrompre et prennent
parti dans le différend, les tensions peuvent rapidement être exacerbées.
Conflits entre concessionnaires et locataires
Ces conflits tournent autour du montant de la redevance de location. En effet, les
redevances peuvent être en espèces ou en nature – une part de la récolte ou un
animal comme une ou plusieurs poules ou chèvres, selon la taille du terrain – et
sont payées régulièrement. Dans le système traditionnel, il n’existait pas toujours
un montant fixe, mais des traditions qui dictaient ce qu’il fallait payer aux chefs
coutumiers et aux concessionnaires traditionnels. Il existait également une certaine
flexibilité des chefs et concessionnaires selon les moyens du locataire. Cependant,
en raison de la rareté des terres et de leur appréciation en valeur au fil des années,
les prix des conventions de location n’ont pas seulement augmenté, mais les
paiements en espèces se sont normalisés. Il existerait moins d’indulgence parmi les
chefs et concessionnaires en cas d’une mauvaise récolte. Certains exploitants
agricoles interrogés ont tout de même fait état d’une certaine flexibilité en cas de

43
défaut de paiement. D’autres, en revanche, se sont plaints de redevances trop
élevées et croissantes, ainsi que d’un risque constant d’être expulsé des terrains en
cas de paiement tardif. En outre, les concessionnaires ont également souligné leurs
besoins de recevoir des paiements réguliers pour leurs propres exploitations
agricoles et dépenses ménagères.
En outre, certains agriculteurs considèrent qu’il y a des motifs sous-jacents liés à
l’accaparement des terres qui seraient dus à une augmentation constante des
redevances de location pour chasser les petits exploitants au profit des élites
influentes dans les grandes villes. En outre, la mort d’un concessionnaire crée
souvent des conflits et des difficultés pour les agriculteurs locataires. En effet, ceci
peut entraîner des disputes parmi les héritiers, ce qui crée beaucoup d’incertitudes
pour le locataire. Même si la succession est claire, les nouveaux propriétaires ne
reconnaissent souvent pas les conventions existantes avec les locataires ou
demandent plus d’argent pour l’utilisation continue des terrains loués.
Conflits au sein des familles autour de l’héritage
Ces conflits sont devenus de plus en plus fréquents et peuvent causer des
violences. Ce sont souvent des enfants qui ont migré dans les grandes villes et ont
laissé les terres parentales à leurs frères ou sœurs, qui réclament d’en reprendre
possession ou de les vendre pour leur propre profit. Selon les témoignages
recueillis, de nombreux conflits devant les tribunaux de paix seraient entre des
membres d’une même famille. Ces conflits peuvent dégénérer quand l’une des
partie essaie de chasser leurs frères d’un terrain, en collusion avec les autorités de
l’État, ou même avec des acteurs armés.
Vente frauduleuse d’un terrain
Les conflits causés par des ventes illégales des terrains agricoles sont également
assez fréquents. Ils prennent la forme d’une vente d’un même terrain qui a été
faite plusieurs fois par un chef coutumier ou un concessionnaire ou d’une vente
par quelqu’un qui prétend être le concessionnaire, mais ne l’est pas. Selon les
informateurs interrogés, ce sont souvent des gérants concessionnaires qui vivent
dans les grandes villes et qui essaient de profiter de leur rôle, pour un propriétaire
qui est loin et qui ne suit pas de près ce qui se passe sur place. Ces ventes illégales
se font souvent en collusion avec certaines autorités de l’État qui émettent des
faux titres fonciers et ce également pour des ventes illégales.
Faux ou multiple titres fonciers
De nombreux conflits fonciers naissent à cause des malversations ou d’une
ingérence politique des personnes influentes basées à Goma, Bukvavu ou Kinshasa.
Ces personnes influentes se procurent des titres fonciers fictifs du service du
foncier, d’un office de cadastre ou d’un ministère provincial ou national et
occupent ainsi des terrains. Ils commencent souvent des procédures judiciaires sur
base de leur titre foncier supposé et essaient de faire expulser l’occupant du
terrain en collusion avec les autorités étatiques sur place. Habituellement, les
petits exploitants agricoles touchés n’ont pas les moyens de se défendre devant les

44
instances judiciaires ou contre l’action des autorités étatiques par manque de
moyens et d’influence politique. Ainsi, les petits exploitants sont facilement
chassés de leurs terrains agricoles par des personnes nanties, bien qu’ils n’aient
pas de droits, ni de documents légitimes pour prendre possession des terrains. Au
cours des années, de plus en plus de terres seraient ainsi tombées entre les mains
d’élites influentes, basées à Goma ou Kinshasa.
Contestation de pouvoir entre autorités coutumières
Dans certaines localités, des conflits qui sont, ostensiblement, des conflits de
délimitation des terrains, cachent des enjeux plus larges et plus politiques.
L’enquête a révélé certains cas de contestation de pouvoir d’une autorité
coutumière par une autre famille régnante. Dans certains endroits, deux chefs
coutumiers déclarés prétendent représenter le pouvoir coutumier, ce qui pose des
problèmes liés à la sécurité de la propriété et la jouissance des terres pour les
exploitants agricoles. Ceci impacte également la mise en œuvre des projets
d’assistance internationale, qui sont pris entre les deux autorités. Ces conflits de
pouvoir coutumier peuvent ainsi freiner la participation d’une certaine partie des
agriculteurs au projet ou également bloquer entièrement la mise en œuvre des
activités du projet.
Évènements naturels
Des évènements naturels localisés déclenchent parfois des conflits autour de
l’utilisation des terres et peuvent contribuer à des conflits intercommunautaires.
Les inondations et les glissements de terrain provoqués par des pluies abondantes
dévastent les champs de certains agriculteurs, notamment ceux situés dans les
vallées ou en aval des ruisseaux et cours d’eau. Les agriculteurs touchés blâment
régulièrement ceux qui ont leurs champs en amont et qui n’auraient pas pris les
mesures anti-érosion nécessaires pour prévenir des glissements ou qui auraient
aménagé les systèmes de drainage d’une manière inappropriée, de tel que les eaux
se déversent d’une manière incontrôlée lors de pluies fortes.
Lorsque les collines et montagnes sont habitées par des groupes ethniques
différents, comme c’est le cas à Buhumba dans le territoire de Nyiragongo, les eaux
et glissements de terrains proviennent de l’autre côté de la frontière avec le
Rwanda. Les événements naturels peuvent créer des tensions et conflits entre les
différentes communautés.
Conflits entre agriculteurs et éleveurs
Dans presque toutes les zones visitées, les conflits entre agriculteurs et éleveurs
ont été mentionnés comme étant les plus fréquents et virulents. Les dynamiques
sont souvent complexes et varient selon la nature de la zone. Dans les zones
forestières, où l’élevage se fait à moindre échelle avec des petits ruminants, les
agriculteurs se plaignent de la divagation occasionnelle des animaux. Toutefois, les
dommages sont moindres et les conflits sont plus facilement réglés par les
instances traditionnelles. Cependant, dans les zones montagneuses où les
troupeaux de bovins sont larges et les pâturages traditionnels sont convoités par

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les agriculteurs, les conflits sont plus nombreux et souvent plus virulents. Selon les
informateurs et groupes de discussions, les terrains désignés comme pâturages
seraient bien gardés et beaucoup de grands éleveurs seraient en association avec
des groupes armés (ou eux-mêmes ex-membres des rébellions ou des militaires).
Ainsi, les bergers qui gèrent leurs troupeaux se sentent protégés et laisseraient
leurs animaux divaguer dans les champs des agriculteurs en toute impunité. Un
agriculteur qui se plaint risque d’être tabassé voire kidnappé.
Les conflits entre agriculteurs et éleveurs sont également caractérisés par des
tensions dans les zones de transhumance traditionnelles, où les troupeaux migrent
entre les vallées et les pâturages montagneux et d’une zone à une autre selon la
saison. Selon les témoignages récoltés, les couloirs de migration étaient bien
délimités dans le passé, et lorsque les bergers ne les respectaient pas, les
agriculteurs pouvaient réclamer une compensation pour des pertes de récolte.
Au fil des années, les chefs coutumiers ou les grands concessionnaires auraient
vendu des parcelles des anciens pâturages et les agriculteurs auraient pris
possession des terrains dans les couloirs de transhumance, ce qui engendre des
conflits encore aujourd’hui. En raison de l’affiliation de beaucoup de grands
éleveurs à des groupes armés, les conflits ont pris une dimension interethnique,
notamment entre les peuples de tradition pastorale (les rwandophone Tutsi et
Banyamulenge) et les peuples qui se considèrent autochtones. C’est en particulier
le cas dans le territoire d’Uvira, de Masisi et de Rutshuru.
Face à ces grandes dynamiques politiques, les petits exploitants agricoles se
sentent impuissants. La plupart des agriculteurs interrogés se disent résignés
lorsque leurs champs sont dévastés par les bovins; parce que réclamer une
compensation pourrait leur causer beaucoup de problèmes additionnels.

Impact des conflits sur les exploitants agricoles


Les conséquences de ces multiples conflits dans les milieux ruraux pour les petits
exploitants agricoles peuvent être physiques, notamment liées à la violence et à
l’insécurité, mais également de nature économique, ce qui nuit considérablement
à la résilience des ménages.
Violences et insécurité physique
Puisque les zones du projet ont été choisies en partie à cause de leur contexte
sécuritaire assez favorable, la plupart des conflits vécus par les agriculteurs sont
non-violents et ceux qui dégénèrent en violence sont rares. Il existe néanmoins des
incidents de violence et les exploitants agricoles risquent d’en subir les
conséquences. Parmi les incidents de violence enregistrés, on trouve les abus
physiques des groupes armés ou des forces de l’ordre et les kidnappings, entres
autres.
Dans les pires cas, les villages ou les individus sont attaqués par des acteurs armés,
agressés physiquement et dérobés de leurs biens. Ce genre d’attaques sont rares
mais peuvent survenir dans les zones qui sont dans les rayons d’action des groupes

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armés, notamment les zones du Nyiragongo et du Rutshuru, près du Parc national
de Virunga, refuge des groupes armés, notamment des FDLR. Dans les zones
péri-urbaines de Nyiragongo, les informateurs clés ont fait état de nombreux cas
d’attaques violentes ou de kidnappings par des acteurs armés inconnus.
Dans certaines zones, il existe également des tensions interethniques qui peuvent
dégénérer en violences. C’est notamment le cas dans des zones de Nyiragongo, du
Masisi et d’Uvira. L’impact de l’insécurité qui règne dans ces zones peut se
manifester par des blessures physiques suite aux agressions, passages à tabac ou
violences perpétrés par des acteurs armés. En outre, les forces de l’ordre sont
parfois les auteurs d’abus physiques quand un individu ne respecte pas leurs
ordres ou ne paye pas des taxes informelles. Les femmes sont particulièrement
vulnérables face au harcèlement physique et, au pire des cas, face aux violences
sexuelles et violences basées sur le genre perpétrées par des acteurs armés,
y inclus les forces gouvernementales.
Pour éviter de telles préjudices physiques, beaucoup d’exploitants dans les zones
en insécurité ajustent leur comportement. Ils n’accèdent plus à certains champs
connus pour la présence ou le passage d’acteurs armés, prennent des détours pour
se rendre aux champs ou pour transporter leurs récoltes, et réduisent les heures
passées aux champs ou hors de leurs maisons. S’adapter ainsi au contexte
d’insécurité a un impact sur les conditions mentales des ménages, engendrant des
niveaux de stress élevés des personnes vivant en constante insécurité. Ceci a des
effets négatifs sur leur productivité et leurs capacités à assurer leur subsistance.
Vulnérabilité accrue
L’impact économique de ces nombreux conflits peut être dévastateur pour les
agriculteurs et augmente davantage leur vulnérabilité. Nombreux petits exploitants
agricoles cultivent des terrains de petite taille – ils ne cultivent qu’un demi-hectare
ou moins, ce qui n’est souvent pas suffisant pour subvenir à tous les besoins
alimentaires et monétaires de leurs familles. Leur résilience, c’est-à-dire leur
capacité à absorber des chocs et à s’adapter à des moyens de subsistance réduits
et vulnérables, est habituellement très limitée. Beaucoup de petits exploitants
agricoles vivent d’une récolte à une autre et chaque choc ou crise – des récoltes
limitées en raison des conditions météorologiques, des périodes de déplacement
ou l’incapacité à accéder aux champs à cause de l’insécurité – a un impact
considérable sur leurs moyens de subsistance disponibles. La plupart des ménages
n’ont pas d’épargne et s’endettent régulièrement pour gérer les aléas climatiques
et les impacts de l’insécurité. Dans des situations complexes (s’ils sont déguerpis
d’une partie de leurs terres cultivables; si les champs ou la récolte sont détruits en
raison d’événements naturels ou par des troupeaux des éleveurs), les petits
exploitants ne peuvent facilement compenser des pertes et n’ont souvent pas les
moyens de louer de nouveaux terrains immédiatement. Tout autre réduction de
leurs revenus, attendus de la production et de la vente des cultures, ajoute un
impact significatif. Ceci se traduit notamment par une augmentation des frais de

47
location de leurs terrains ou les nombreuses taxes officielles et informelles
imposées par les autorités locales, les groupes armés ou les forces de l’ordre.
De plus, les conflits et l’insécurité impactent l’accès des ménages aux moyens de
transport et aux marchés pour écouler leurs produits. Quelques agriculteurs
interrogés ont indiqué qu’ils n’ont pas toujours la possibilité d’évacuer l’ensemble
de leur récolte, située dans des champs à une certaine distance, peu accessibles
par manque de transport et de moyen pour payer pour le transport.
En outre, le climat d’insécurité généralisée et la précarité des accords ou contrats
de location dans le contexte actuel pérennisent la vulnérabilité de beaucoup de
petits exploitants. Avec des contrats de location de très courte durée couvrant une
ou quelques saisons agricoles seulement, ceux-ci n’ont pas la capacité de planifier
ou de faire des investissements à plus long-terme dans des outils, semences
améliorées ou autres pratiques qui pourraient contribuer à de meilleurs
rendements.
Les impacts de l’insécurité sont pires pour les femmes cheffes de ménage ou les
jeunes sans beaucoup de moyens. L’endettement représente un moyen de gérer
une crise temporaire. Cependant, si les crises se succèdent ou si le récoltes et le
revenu du ménage est réduite d’une manière durable, les sources alternatives de
revenu ne sont pas nombreuses dans les zones rurales. Ce sont notamment les
femmes qui essaient de trouver des alternatives, comme la cueillette et la vente du
bois de chauffe ou le travail payé dans les champs des concessionnaires pour
compenser une perte de revenu. L’endettement et une perte de sources de revenu
continue peuvent également pousser les femmes à se livrer à des pratiques plus
nocives, comme la vente des biens essentiels ou durables du ménage ou la
prostitution. Les ménages en détresse financière s’adaptent en consommant moins
et des aliments moins nutritifs, et retirent les enfants de l’école pour les faire
travailler.
Inégalités accrues
Les conflits sont une émanation des inégalités accrues, tant ils pérennisent et
creusent davantage les inégalités qui existent déjà dans la société rurale
congolaise. Suite à des conflits divers, les acteurs armés et autres profiteurs de
guerre se sont emparés de beaucoup de ressources et ont accumulé des terrains
ou des troupeaux de vaches. En raison de leur accès continu aux armes ou aux
acteurs armés, ceux-ci ont enraciné leur présence, influencent les décisions des
autorités coutumières et étatiques et contrôlent le pouvoir dans certaines zones.
De même, de nombreux personnes influentes – acteurs politiques ou commerçants
influents – sont entrées dans la ruée vers l’acquisition des terres rurales et
influencent les dynamiques sur place, loin de leurs villas de Goma ou Kinshasa. Les
petits exploitants en paient les frais. Selon un récent rapport d’ONU-Habitat, dans
un contexte de crise et de disfonctionnement, seuls les groupes d’individus qui
sont en mesure de mobiliser le pouvoir, l’autorité et les ressources peuvent
accaparer des terres et protéger leurs propriétés foncières. Les paysans ordinaires,

48
n’ayant ni la connaissance ni les moyens pour mobiliser les ressources nécessaires
à la protection de leurs propriétés foncières, se retrouvent souvent exclus des
terres auxquelles ils appartenaient61.
 FAO/Hyacne Kacou

49
Dynamiques de conflit par territoire

Nord-Kivu

Territoires de Nyiragongo et de Rutshuru


Les principaux conflits repérés dans le Nyiragongo et le Rutshuru sont assez
similaires. En effet, les territoires s’avoisinent et les zones ciblées par le projet ont
en commun la topographie et le positionnement géographique – à cheval entre le
Parc national de Virunga et le Rwanda. Il y a, certes, des différences liées aux
groupements du Nyiragongo, qui font partie de la zone péri-urbaine de Goma, mais
les tensions et défis de base sont identiques.
Les principales dynamiques de conflits dans les deux territoires sont les suivantes:

Concurrence pour les terres fertiles


Les deux territoires ont des terres volcaniques très fertiles et une forte pression
démographique, qui entraînent une rareté des terres disponibles et une
concurrence de plus en plus acharnée pour les terres les plus fertiles. Celle-ci se
manifeste par des difficultés pour les petits exploitants et de nombreux conflits.

Accaparement accéléré des terres


L’accaparement des terres par «la bourgeoisie de Goma» est à la base de
beaucoup de conflits fonciers qui touchent les petits exploitants agricoles. En effet,
selon les informateurs interrogés, nombreux acteurs des guerres des 20 dernières
années, des militaires anciens ou actuels, ont «acquis» des terres durant ces
guerres par force ou en collusion avec des autorités sur place et les gèrent jusqu’à
présent. C’est le cas pour les terres cultivables autant que pour les pâturages.
Beaucoup de propriétaires de grands troupeaux de vaches seraient également des
ex-militaires ou ex-rebelles, ou auraient des relations étroites avec eux. Puis,
d’autres personnes du milieu politique ont acquis des terres ces dernières années,
également en collusion avec les autorités traditionnelles. Enfin, selon les
informateurs clés, en raison de l’électrification d’une partie du Rutshuru, grâce à la
centrale hydroélectrique de Matebe, le territoire est devenu une terre convoitée
pour des investissements industrielles, en particulier pour l’agroalimentaire ou la
pharmacie. Ainsi de plus en plus d’industriels et d’investisseurs étrangers, y inclus
des entreprises chinoises et indiennes, ont récemment acquis des terres dans le
territoire. Ils paient davantage que les exploitants actuels, et ainsi les chefs
coutumiers sont prêts à céder des terrains au plus offrant.

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Migration et intégration des migrants
L’installation des migrants dans la zone est en partie due à ses terres fertiles, aux
déplacements fréquents dans d’autres zones et à une stabilité relative dans le long
terme. De plus, selon les informateurs clés, des personnes et familles des pays
voisins, notamment du Rwanda, s’installent en République démocratique du
Congo. L’arrivée des migrants accentue la pression sur les terres, surtout par ceux
qui ont les moyens d’acheter ou de louer. Ceux qui n’ont pas beaucoup de moyens
sont parmi les plus vulnérables, souvent contraints au métayage ou au travail
journalier dans les champs, notamment dans les zones plus insécurisées ou dans le
Parc de Virunga. La population locale regarde les migrants avec suspicion, comme
des concurrents pour les terres et les ressources. Des tensions entre ceux qui se
considèrent autochtones et les peuples plus récemment arrivés contribuent à des
conflits qui dégénèrent parfois en violences, notamment dans les zones
péri-urbaines de Goma. Les violences récentes entre jeunes membres des groupes
Kumu et Nande dans la commune de Buhene sont une expression des tensions
latentes entre groupes autochtones et les personnes arrivées plus récemment62.

Conflits entre éleveurs et agriculteurs


Dans la plupart des localités, le premier conflit mentionné par les participants des
focus groups des membres des organisations de producteurs était les conflits entre
éleveurs et agriculteurs et les dommages que les troupeaux de bovins causent aux
champs des agriculteurs. Selon les informateurs clés, les anciens pâturages
communs et beaucoup d’anciens couloirs de transhumances ont été vendus et
convertis en champs. Dans les zones du projet, les informateurs clés ont
mentionné en particulier l’ancien pâturage de Kibaya, près de Rumangabo, qui
serait aujourd’hui occupé par les agriculteurs et poserait des difficultés pour les
éleveurs qui souhaitent trouver des endroits pour faire paître leurs animaux.
En outre, la garde des troupeaux est souvent confiée à des enfants et jeunes
garçons, qui se soucieraient peu des limites des champs. Ils ne connaissent en effet
pas les anciens couloirs désignés pour la migration des animaux. La dévastation des
champs par les animaux rend moins efficace l’assistance fournie par le projet au
profit des agriculteurs touchés. Comme indiqué précédemment, les grands
éleveurs ont souvent des liens avec des acteurs armés et certains bergers seraient
armés. Ainsi, il existe rarement un recours efficace pour les agriculteurs, dès lors
que les vaches piétinent leurs champs, et mangent ou détruisent les cultures. Si
des agriculteurs se plaignent auprès des chefs coutumiers et des demandes de
compensation sont formulés, ils s’exposent à des représailles potentielles des
grands éleveurs. La plupart des conflits entre agriculteurs et éleveurs restent donc
irrésolus et les griefs s’accumulent.

Conflits autour des terres et éviction des petits exploitants


Dans les zones du projet du Masisi, à Nyiragongo, la sécurité foncière n’est pas
garantie pour les petits exploitants agricoles. Ceux qui sont propriétaires font face
à la pression de vendre leurs terres. Certains soupçonnent que les personnes

51
influentes, grands concessionnaires et grands éleveurs, contribuent délibérément à
la dévastation des terres pour appauvrir les agriculteurs occupants. De la même
manière, la contestation des limites des terrains, qui, pour la plupart, n’ont pas de
bornes physiques clairement documentés; la vente multiple; ou la contestation de
propriété par des faux titres fonciers qui engendrent des litiges longs et couteux,
peuvent représenter des stratégies afin de pousser les petits exploitants à céder
leurs terres. Les agriculteurs qui louent leurs terres se retrouvent dans des
situations encore plus précaires. En effet, leurs conventions de location sont, pour
la plupart, seulement des accords verbaux, qui peuvent être résiliés facilement par
les concessionnaires ou les chefs coutumiers. Les petits paysans ont souvent des
conventions de location renouvelables annuellement ou bien par saison, ce qui les
met en position de grande vulnérabilité.

Taxation formelle et informelle et tracasseries administratives ou physiques


Dans presque toutes les localités visitées, les membres des organisations de
producteurs se sont plaints d’une taxation trop élevée par de nombreux acteurs
formels et informels. Cela inclut les multiples taxes formelles dues auprès des
chefferies, groupements et diverses autorités impliquées pour accéder aux
marchés, mais également la taxation informelle par les nombreuses forces de
l’ordre (FARDC, PNC) et agences étatiques (ANR, douanes etc.) le long des routes et
aux barrières officielles. Dans certains cas, les forces de l’ordre feraient du
porte-à-porte, visiteraient les agriculteurs dans leurs champs pour demander des
contributions ou saisiraient des produits ou aliments directement auprès des
ménages. Ceux qui ne sont pas en mesure de payer risquent des violences
physiques. Les femmes sont toujours exposées aux risques de harcèlement ou de
violences sexuelles, surtout si elles ne peuvent pas payer. À ces taxes s’ajoutent les
contributions collectées par les groupes armés auprès des ménages dans leurs
zones d’influence ou aux barrières informelles (voir ci-dessous).

Conflits entre les communautés et les autorités du Parc national de Virunga


Puisque la majorité des zones du projet dans les deux territoires se trouvent à
proximité du Parc national de Virunga, il existe de nombreuses frictions entre les
exploitants agricoles et les autorités du parc autour de l’utilisation du parc et de
ces terres. Les limites du parc ne sont pas toujours bien claires et seraient
interprétées d’une manière expansive par l’ICCN, ce qui placerait certaines terres
auparavant accessibles dans les zones interdites. Selon les communautés, l’ICCN ne
respecterait donc pas la zone tampon comme zone d’utilisation mixte, qui devrait
être accessible aux communautés locales. Les communautés se sont également
plaint des bavures des rangers du parc contre les civils et le manque de suivi de
l’ICCN en cas de dommages par les animaux du Parc, qui piétinent et broutent
parfois dans les champs des agriculteurs. Il y aurait régulièrement des tensions et
parfois des violences entre les jeunes des communautés et les autorités du Parc
lors des manifestations contre l’ICCN. Selon un informateur clé, les chefs

52
coutumiers locaux joueraient un rôle, non toujours salutaire, comme
intermédiaires entre la direction du parc et les communautés. Selon cet
informateur, il y aurait eu des cas dans lesquels l’ICCN a restitué des terres de la
zone de tampon du parc aux communautés, mais qui auraient été vendus aux
industriels de l’agroalimentaire par le mwami, un chef coutumier local.

Erosion du sol et éboulements de terrain


Les eaux non-canalisées qui se déversent des montagnes, notamment du côté du
Rwanda vers les terres des exploitants agricoles du Nyiragongo et du côté de
l’Ouganda dans la zone frontalière du groupement de Jomba au Rutshuru, sont un
sujet épineux pour les agriculteurs congolais, qui accusent leurs voisins de causer
des dommages. Les congolais n’auraient aucun moyen de recours pour récupérer
les pertes causées par les inondations et les éboulements de terrain. Selon les
membres des organisations de producteurs interrogés, il faudrait prendre des
mesures de canalisation des eaux et de prévention de l’érosion du sol plus
systématiques pour résoudre ces tensions.

Insécurité
Attaques des groupes armés
Bien que la plupart des zones du projet sont dans des zones sécurisées et les
attaques directes des groupes armés sont rares, les interlocuteurs de plusieurs
zones ont fait état de nombreux incidents de criminalité perpétrés par des acteurs
armés inconnus. C’est notamment le cas dans la périphérie de Goma, où des
braquages de maisons, des agressions et des kidnappings sont fréquents. Il est
soupçonné que les auteurs de ces crimes sont des membres des groupes armés
cachés dans le Parc de Virunga ou bien des membres des forces de l’ordre.
Tracasseries et taxation des groupes armés
Bien que les FARDC sont présents dans les grandes villes et sur les grandes routes,
leur influence se limite souvent à quelques centaines des mètres des routes. La
zone rurale est ainsi peu sécurisée ou souvent sous contrôle des groupes armés.
Dans plusieurs zones du projet, les FARDC sont présents dans les alentours des
villes et villages et opèrent en toute impunité. Ils demandent des contributions
régulières en espèces ou en nature. Ils érigent le long des dessertes agricoles ou
collectent des contributions directement auprès des ménages ou, en saison de
récolte, aux champs. Selon les participants des focus groups, c’est notamment le
cas à Rugari, qui est largement contrôlé par une milice locale (dont le nom n’a pas
été révélé), mais également dans les zones d’influence des FDLR à proximité du
Parc de Virunga.
Les agriculteurs perdent ainsi une partie de leur récolte aux groupes armés. Ceux
qui n’ont pas suffisamment de moyens risquent d’être tabassés ou s’exposent à
d’autres représailles. Les barrières informelles des groupes armés rendent le
transport plus difficile et plus cher pour les petits exploitants.

53
Tracasseries et taxation des forces de l’ordre
Les forces de l’ordre, notamment les FARDC, sont très présents dans beaucoup de
zones, notamment le long des grands axes routiers pour sécuriser les zones contre
les activités des groupes armés. Bien que leur premier mandat soit de protéger la
population et les transports, nombreux soldats, policiers, ou d’autres membres de
l’appareil sécuritaire de l’État (par exemple douanes, ANR) n’ont que peu de
moyens et abusent de leur rôle pour demander des taxes informelles de la
population. C’est notamment le cas aux barrières routières formelles et
informelles, où les agriculteurs sont obligés de payer des petites contributions en
passant et de laisser une partie de leur récolte en saison de moisson. Dans les
zones avec une présence plus nombreuse des FARDC, les interlocuteurs ont
également fait état de visites occasionnelles des soldats dans leurs parcelles ou
maisons pour demander de l’argent ou de la nourriture.
Tensions avec les peuples autochtones
Les rapports entre les populations indigènes Twa et les petits exploitants agricoles
sont caractérisés par de fortes tensions et un mécontentement par rapport au
comportement présumé des Twa vis-à-vis des agriculteurs. Selon les participants
des focus groups, les Twa qui vivent dans les forêts de Jomba, le long de la
frontière avec le Rwanda et l’Ouganda, pilleraient les récoltes des agriculteurs,
parfois par la force. Selon les membres des organisations de producteurs , il se
sentiraient inattaquables en raison de leur statut de peuple autochtone et
considèrent ceci comme un droit par rapport à ce qu’ils considèrent comme
«leurs» terres. Selon les agriculteurs, ces actions de pillages sont parfois
accompagnées de menaces d’utiliser la force, contribuant ainsi à des pertes
significatives d’une partie de leurs récoltes.

Masisi
Les conflits principaux enregistrés au Masisi sont spécifiques à la zone autour de
Sake, la seule zone du projet (phase 1) visitée. Parmi ces conflits, les répondants de
deux focus groupes de Sake ont mentionné les points suivants:

Conflits et insécurité
Éleveurs contre agriculteurs
Les conflits entre éleveurs et agriculteurs sont aigus dans le Masisi en raison de la
rareté des terres et de grands troupeaux de vaches tenus par des éleveurs dans les
montagnes du Masisi. Selon les participantes et participants aux focus groups, les
grands éleveurs, ou propriétaires des troupeaux, seraient des personnes influentes
qui agissent largement en impunité («les grands messieurs qui habitent à Goma»,
des militaires, parlementaires, ou membres du gouvernement). Les agriculteurs
suspectent que les éleveurs laissent leurs vaches ravager les champs délibérément,
afin d’appauvrir les ménages et les forcer à vendre pour convertir ces espaces en
pâturages. Les éleveurs seraient trop «puissants» pour que les petits exploitants
agricoles puissent se plaindre et demander des dommages. Les chefs coutumiers

54
seraient complices de ces transactions, puisqu’ils recevraient des paiements des
éleveurs et de personnes influentes. Si des plaintes sont faites devant le Comité
local de paix et développement local, «il n’y a jamais une issue favorable» selon les
répondants puisque le chef de groupement, qui préside le Comité, «est faible face
aux députés ou aux colonels.» Si les litiges fonciers sont poursuivis auprès de la
police et du parquet, «l’éleveur est puissant et dicte le montant qu’il va payer aux
agriculteurs.» Pour les membres des organisations de producteurs interrogés, les
conflits entre éleveurs et agriculteurs sont donc éminemment politiques et liés à
l’accaparement des terres, plutôt qu’à un manque de pâturages. La frustration
parmi les agriculteurs est grande. Il existe notamment des cas dans lesquels des
agriculteurs ont tué ou empoisonné des vaches, ce qui peut créer davantage de
conflits et engendrer des représailles de la part des éleveurs.
Tracasseries et taxation informelle
Une doléance importante mentionnée par les participantes et participants des
focus groups à Sake était les nombreuses taxes – certaines taxes formelles, bien
que la plupart informelles – que les petits exploitants doivent payer en ville et en
route vers leurs champs. Les femmes enquêtées ont indiqué qu’il faudrait payer
cinq taxes différentes avant même d’arriver au marché. Puis, il existe de
nombreuses demandes pour des paiements informels le long des routes et des
dessertes agricoles. Les membres des organisations de producteurs ont énuméré
23 barrières dans les parages de Sake. Les organisations de producteurs on fait état
d’un appui d’une organisation locale (SODIPE) pour les négociations avec
l’auditoriat militaire, pour une réduction des barrières. Selon les répondants, le
nombre de barrières a encore augmenté avec la déclaration de l’État de siège au
Nord-Kivu en mai 2021. Les agriculteurs doivent payer à chaque barrière, soit
donner une partie de leurs récoltes, soit en espèces.
Éboulements, érosions et inondations
En raison des pentes raides des montagnes lacustres du Masisi, dans lesquelles le
projet intervient, le manque de systèmes de drainage aménagés et bien organisés
causent de nombreux problèmes et conflits pour les agriculteurs qui possèdent
leurs champs dans les bas-fonds. Selon les participants des groupes de discussion,
les éboulements et écoulements d’eau qui dévastent les champs situés en aval
seraient fréquents. Ces incidents causeraient de nombreux conflits entre les petits
exploitants, qui se rejettent la responsabilité pour les dommages. Certains
membres des organisations de producteurs ont indiqué que leurs méthodes de
cultivation et l’intensification de la production agricole à cause de la pression
foncière, ne seraient pas adaptés à la topographie locale et qu’il faudrait un appui
pour mieux canaliser les eaux et prévenir l’érosion des sols.
Rareté des terres et insécurité foncière
La rareté des terres est un défi majeur pour les petits exploitants au Masisi. Ceux
qui ne possèdent pas leurs propres terres héritées, ont de plus en plus de mal à
louer des terrains à cause des prix élevés pour la location des terres. En raison de la
proximité avec Goma, les terres de la zone lacustre du Masisi sont très prisées par

55
les élites de la ville. L’accaparement des terres, par ce que les répondants
appellent «la bourgeoisie de Goma», pose un enjeu considérable pour les petits
exploitants qui ne peuvent plus payer les frais de location ou en raison de
l’intimidation. Par exemple, les membres des organisations de producteurs de Sake
ont fait état d’un cas récent, datant d’octobre 2021, pendant lequel un député
provincial et grand concessionnaire aurait amené 40 policiers pour chasser les
petits exploitants de ces terres. Les agriculteurs propriétaires terriens se verraient
également expulsés de leurs champs en raison des ventes multiples des terres
qu’ils occupent et des litiges engagés par des plus puissants. Ceci entraîne des
litiges, souvent engagés avec l’appui des services du cadastre, dans lesquels ils se
voient souvent perdants. En effet, l’enregistrement officiel d’un terrain auprès du
service de cadastre et trop complexe et couteux pour la plupart des agriculteurs.
Selon les répondants, il couterait 1 800 USD pour obtenir un titre officiel pour un
terrain d’1 ha.
En outre, les femmes se sont plaintes que leur accès aux terres se fait seulement à
travers leurs maris et, en cas du décès du mari, en achetant des terres au nom de
leurs fils, puisqu’elles ne peuvent pas être les propriétaires formels. L’insécurité
foncière aurait également une dimension ethnique, puisque les population Hutu
auraient refusé de payer les redevances coutumières au chef coutumier Hunde, ce
qui aurait entraîné la confiscation des terres occupées par les Hutus dans le passé.
Insécurité et violences faites aux femmes
Les femmes membres des organisations de producteurs ont exprimé leurs
préoccupations par rapport à la situation sécuritaire dans la ville de Sake et aux
alentours. Selon elles, les groupes armés seraient dans les environs, notamment les
FDLR dans le Parc national de Virunga et des groupes d’auto-défense locale, qui
font parfois irruption en ville pour braquer des maisons. Les femmes seraient plus
exposées au risque de tomber sur des acteurs armés, en allant notamment aux
champs en dehors de la ville et en cherchant du bois de chauffe. Les femmes
interrogées disent que les viols et agressions sexuelles seraient fréquents et qu’il
n’existe que peu de moyen pour poursuivre les auteurs, souvent inconnus. Elles
déclarent que «cela peut entraîner des problèmes quand elles dénoncent ces
agressions» ou bien des représailles. Les femmes déplorent l’inaction des forces de
l’ordre, qui «arrivent après les faits et les assaillants partis.» Selon les femmes,
elles n’ont pas de moyen de protection autre que d’éviter certains endroits ou ne
pas aller aux champs dans des zones insécurisées, tant que les forces de l’ordre ne
jouent pas leur rôle de protection de la population. Elles ont demandé au projet de
les assister avec un plaidoyer auprès des forces de l’ordre et des autorités pour
une protection plus active des populations civiles et une prise en charge plus
systématique des femmes survivantes des violences sexuelles.

56
Tensions liées au projet
Les participants des focus groups ont partagé diverses préoccupations par rapport
aux tensions que le projet a créé au sein des organisations de producteurs ou de la
communauté.
Les plaintes spécifiques étaient les suivantes:
Processus SCOPE
La sélection d’un nombre limité de membres des organisations de producteurs
pendant le SCOPE a créé des tensions au sein de celles-ci. Les organisations de
producteurs dans le Masisi seraient établies depuis longtemps, tandis que les
organisations de producteurs «scopées» au début du processus ont vu tous leurs
membres sélectionnés par le projet (phase 1). À l’heure actuel, les organisations de
producteurs ont plus de membres que ceux qui ont été sélectionnés par le projet.
Les organisations de producteurs pour lesquelles seulement une partie des
membres reçoivent une assistance du projet, ont des difficultés à motiver
l’ensemble de leurs membres. Les membres sélectionnés ne s’engageraient plus
autant dans les activités conjointes, puisqu’ils sont déjà assurés de recevoir des
bénéfices du projet, ce qui crée des rancunes. La sélection des membres SCOPE qui
sont choisis pour les activités d’espèces contre travail pour le reboisement et
l’aménagement des dessertes agricoles, n’est pas bien comprise parmi les
non-SCOPE. Certains membres SCOPE ne se seraient plus retrouvés sur les listes de
distribution et ont soupçonné les présidents des organisations de producteurs
d’avoir manipulé les listes.
Non-respect du calendrier et des quantités promises
La distribution de quantités de semences réduites a créé des difficultés pour les
petits exploitants, qui ne peuvent notamment plus les utiliser dès lors qu’ils les
reçoivent en retard. Selon les répondants interrogés, après avoir enregistré la taille
des terrains des membres des organisations de producteurs , les quantités livrées
étaient très inférieures à ce qui était attendu et pas suffisantes pour la plupart des
agriculteurs. Les membres soupçonnent que les présidents des organisations de
producteurs ou le personnel du projet aient détourné les semences, ce qui crée
beaucoup de tensions. Les agriculteurs ont également indiqué qu’il faudrait
prendre en compte dans le calendrier de distribution les légères différences dans
les différentes zones du projet à Masisi concernant la saison des semis. D’une
manière similaire, les paiements pour les activités d’espèces contre travail seraient
arrivés avec plusieurs mois de retard. Pendant cette période, les membres
accusaient les présidents des organisations de producteurs d’avoir retenu l’argent.
Les présidents et présidentes des organisations de producteurs se sont plaints du
fait de devoir constamment se justifier auprès de leurs membres, notamment si le
produit fourni ne respecte pas les quantités et calendrier.
Le changement de modalité de la distribution des géniteurs d’animaux aurait
également causé des tensions au sein des organisations de producteurs et avec le
personnel du projet. Selon les membres, il leur avait été promis une distribution

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individuelle de géniteurs. Cependant, les quantités acquises n’étaient pas
suffisantes et la FAO aurait proposé un système rotatif entre les membres de
chaque organisations de producteurs. Beaucoup d’animaux seraient également
morts pendant ou juste après la distribution. Cela a créé des suspicions de
manipulation par les présidents des organisations de producteurs.
Qualité de l’assistance fournie
Des plaintes liées à la qualité de certains intrants fournis ont été relevées. Ce sont
notamment les tricycles qui ne seraient pas adaptés au terrain. Ils sont tombés en
panne fréquemment et les gestionnaires des tricycles ont eu besoin de fonds
régulièrement afin de les réparer. Ils ont été ainsi soupçonnés d’exagérer les coûts
de réparation et d’avoir détourné ces fonds. Lors du passage de l’équipe de
recherche à Sake, tous les tricycles étaient en panne, manquant des pneus et des
pièces d’échange, laissés dans un coin d’un entrepôt.

Mécanismes locaux de résolution des conflits


Selon les membres des organisations de producteurs interrogés, il n’existerait pas
de mécanismes locaux efficaces de gestion des conflits. Il y a un Comité local de
paix et de développement, présidé par le chef de groupement, qui prendrait
cependant toujours partie des plus puissants et serait lui-même impliqué ou
complice dans la vente des terres. Pour la plupart, les participants des focus groups
ont indiqué se sentir impuissants devant les nombreux problèmes, notamment par
rapport aux conflits avec les éleveurs; à la pression de céder de plus en plus de
terres aux éleveurs ou aux personnes influentes de Goma; aux taxes nombreuses
qui réduisent leur revenu d’une manière significative et par rapport à l’insécurité
engendrée par des acteurs armés et l’inaction perçue des forces de l’ordre.

Priorités pour le projet


Les membres des organisations de producteurs interrogés souhaitent que le projet
les soutienne concernant les éléments suivants:
• La médiation et un plaidoyer auprès des acteurs puissants – notamment les
grands éleveurs – pour mitiger la pression sur les terres et pour obtenir des
compensations en cas de dommages causés par les animaux.
• Une assistance pour sécuriser des titres fonciers auprès des autorités de l’État,
un processus long, lourd et couteux qui est difficile à gérer pour les petits
exploitants.
• Une médiation entre les grands concessionnaires des terres pour réduire les
coûts de location, afin d’avoir un accès aux terres qui reste abordable pour les
petits exploitants.
• Une assistance avec des mesures antiérosives, la gestion du drainage et la
canalisation des eaux pour prévenir les érosions, éboulements et inondations
des bas-fonds.

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• Un appui et un plaidoyer auprès des autorités locales et des forces de l’ordre
afin de mieux sécuriser les champs pour protéger la population civile et en
particulier les femmes; ainsi qu’un plaidoyer pour une prise en charge plus
systématique des survivantes de violences sexuelles.
• Un appui continu pour les représentants des coopératives et des organisations
de producteurs auprès des autorités et forces de l’ordre, afin de réduire le
nombre de taxes prélevés et de démanteler les nombreuses barrières.

Walikale
La nature et les dynamiques des conflits à Walikale sont légèrement différentes
des autres territoires du Nord-Kivu, en raison d’une géographie et d’un climat de
forêt tropicale, des terres moins fertiles et une densité de population réduite
comparé aux autres zones montagneuses de Masisi, Nyiragongo et Rutshuru. Selon
certains interlocuteurs, la migration récente des personnes touchées par les
activités des groupes armés dans les autres parties du Nord-Kivu et par les crises
humanitaires dans la zone forestière de Walikale, auraient récemment augmenté
la pression sur la terre. La zone est ainsi touchée par certains conflits qui sont
similaires aux autres territoires – notamment des conflits fonciers entre individus
et des tentatives d’accaparement des terres par des élites situées à l’extérieur du
territoire ou des acteurs du secteur minier. Il existe également des tensions
interethniques, bien qu’elles ne soient pas aussi sévères que dans d’autres zones
du Nord-Kivu. Pourtant, des facteurs additionnels, notamment l’enclavement de la
zone, posent beaucoup d’enjeux et ont contribué à des dynamiques politiques
complexes qui nuisent au projet.

Conflits fonciers
Conflits autour des limites des parcelles
Selon les informations recueillies, les conflits fonciers entre individus autour des
limites des parcelles seraient fréquents, habituellement gérés par les instances
coutumières sans qu’il n’y ait d’actes de violence. Les conflits d’une certaine
ampleur sont traités dans des barza communautaires, des réunions
communautaires présidés par les chefs traditionnels. Lors des barza, les parties au
conflit sont écoutés et le chef du village, en consultation avec les propriétaires
terriens et les notables du lieu, tranchent sur l’affaire. L’intervention des chefs et
des notables n’est pas gratuite. De plus, les chefs locaux sont souvent impliqués
dans les litiges, ainsi, les petits exploitants doutent que des décisions justes et
équilibrées résultent de ces réunions.
Conflits entre personnes «avec des moyens» et petits exploitants agricoles
À Walikale, il existe également une dynamique d’accaparement des terres par les
acteurs extérieurs, bien que les cas semblent moins nombreux au vu de
l’enclavement du territoire. Les chefs coutumiers seraient complices dans ces
transactions et il peut arriver qu’un petit exploitant soit chassé de son terrain parce
qu’une personne «plus nantis» aurait payé plus pour le même terrain. Il existerait

59
également des cas où certaines personnes influentes de Goma offriraient des
véhicules et autres cadeaux aux chefs locaux, en contrepartie de l’octroi de
grandes étendues de terres. Les terres les plus fertiles seraient données de
préférence à ces acteurs nantis, privant ainsi les agriculteurs de rendements plus
favorables.
Tensions entre ceux qui se considèrent autochtones et d’autres groupes
Il y a des tensions dans certaines zones du Walikale entre ceux qui sont reconnus
par l’État congolais comme les autochtones et les groupes non-autochtones,
autour de l’accès aux ressources, notamment l’accès à la terre. Selon les
participants des focus groups, les non-autochtones seraient défavorisés dans
l’allocation des terres, recevant les terres les moins fertiles, à des prix élevés, et sur
la base de conventions à court terme. Leur situation est plus précaire et ils seraient
les premiers à être déguerpis par les chefs terriens. Une femme participante au
focus group de Ndjingala a notamment indiqué qu’elle avait été chassée de sa
terre seulement après la première récolte, bien qu’elle eût payé une chèvre pour
le terrain au chef local. Dans certaines communautés, les non-autochtones
rencontreraient également des difficultés en matière de commerce par rapport
aux membres de la communauté locale.
Tensions entre peuples indigènes et groupes ethniques Bantu, reconnus comme les
autochtones «officiels» par l’État
Dans certaines zones du projet, il existe des tensions entre les peuples autochtones
des Mbuti, Babuluko à l’ouest du territoire, et les groupes Bantu reconnus comme
autochtones. Les chefs locaux et représentants des organisations de producteurs
ont indiqué que ces derniers font face à des revendications des Mbuti de leur
céder plus de terres et de les chasser de leurs champs. Les Mbuti n’ont pas pu être
interrogés pour cette étude, mais il semble qu’ils soient largement exclus de la
distribution traditionnelle des terres. Ils vivent en périphérie des villages ou dans
des campements dans les forêts et font face à une expansion continue des activités
agropastorales dans les zones forestières, qui sont leur principale source de
subsistance63.

Conflits et tensions autour du projet


En raison des difficultés d’accès à Walikale, il existe que peu d’acteurs
humanitaires et de développement dans la zone. Selon le personnel du projet, la
présente intervention est l’investissement de développement le plus important
actuellement. Ainsi, l’annonce du projet a créé beaucoup d’attentes parmi les
communautés locales et a attiré les convoitises des leaders locaux. Le contexte
global de Walikale est perçu comme difficile par les acteurs de développement. En
effet, la population s’engage habituellement dans les activités minières (cassitérite,
étain, or, diamant) plutôt que dans l’agriculture. Il existe également beaucoup de
jalousies et micro-dynamiques locales entre groupes ethniques, clans ou familles et
de scepticisme parmi les groupes autochtones (Kano, Kusu, Nyganga, Tembo,
Rega) par rapport aux groupes et personnes qui viennent de l’extérieur.

60
Tentatives de récupération du projet et manipulations politiques
À Walikale, le projet (phase 2) a pris un enjeu politique, engendrant des tensions
entre acteurs politiques de la zone pour la primauté politique dans les affaires
locales. Selon le personnel du projet et certains informateurs clés, deux
personnalités politiques clés de la zone essaient de se profiler aux dépenses du
projet. L’ex vice Premier ministre et Ministre national du Plan Elysée Munembwe,
ex-députée nationale de Walikale, et une ancienne proche de l’ancien Président
Kabila, s’est attribué publiquement le mérite d’avoir amené le projet à Walikale.
Elle a bien signé le document du projet dans sa fonction officielle de Ministre du
Plan, mais, selon les responsables du projet, la décision d’intégrer les zones de
Walikale dans le projet a été faite sur la base des besoins et en raison notamment
de l’enclavement du territoire. En outre, certains acteurs locaux perçoivent le
projet comme étant associé au gouvernement de Kinshasa. Cette association
présumée aurait motivé le député provincial de la zone, Prince Kihangi Kyamwami,
affilié à l’opposition nationale Lamuka, à fortement critiquer le projet, à fomenter
des actions contre celui-ci pour se profiler en défenseur du peuple de Walikale et à
se positionner contre le gouvernement actuel. Cette critique est véhiculée
localement par certains acteurs de la société civile locale, notamment le
représentant des Forces vives de Walikale, Fiston Misona, qui s’attaque
régulièrement au projet et aux responsables de la FAO, notamment à cause des
retards dans la distribution de l’assistance et les détournements présumés de
biens. Il a plusieurs fois menacé d’organiser des marches contre le projet et des
actes de violence. À Goma, le député provincial Kihangi a adressé des lettres au
gouvernement provincial pour se plaindre des agences de mise en œuvre.
Toutefois, la coordination du projet semble avoir réussi à échanger efficacement
avec ces acteurs politiques, après chaque campagne de revendications. Cette
contestation constante crée cependant des dissensions au sein des communautés
locales, sème des doutes par rapport à la sincérité du projet, nuit aux présidents
des organisations de producteurs et autres collaborateurs du projet, et risque de
provoquer des actes de violence, si elle n’est pas bien gérée. Sans une meilleure
stratégie de communication et une gestion des relations politiques proactive, il est
probable que ces épisodes de protestations rejaillissent.
Gestion des attentes de la population
Selon les témoignages recueillis et les explications du personnel du projet, certains
aspects du processus SCOPE à Walikale auraient semé la confusion au sein des
organisations de producteurs et des communautés, créant des attentes qui n’ont
pu être satisfaites. Le processus d’enregistrement a dû être relancé en raison de
manipulations dans les listes originelles compilées par une équipe de l’Institut
national de statistique. En effet, des membres des communautés ciblées étaient
sur les listes, puis ont été éliminés car ils n’étaient présumément pas de véritables
membres des organisations de producteurs. Lors de l’enregistrement SCOPE, des
jetons ont été donnés. Ce processus est mis en place habituellement pour les
distributions de vivres ou intrants, et les numéros de téléphone et MPESA sont

61
notés, comme pour les distributions d’espèces. Par conséquent, les membres des
organisations de producteurs pensaient recevoir une assistance humanitaire en
nature ou en espèces, qui ne s’est ainsi jamais matérialisée. Tous ces aspects ont
créé des attentes non satisfaites par le projet et ont généré des dynamiques
difficiles au sein des organisations de producteurs (les présidents de certaines
organisations de producteurs étaient complices des manipulations des listes de
bénéficiaires initiales) et de la méfiance à l’égard du projet et entre les membres
«scopés» des organisations de producteurs et les «non-scopés». De plus, les
attentes insatisfaites ont également suscité une certaine méfiance au sein des
communautés envers le projet, qui peut être exploitée par les acteurs politiques,
comme expliqué précédemment.
Distribution tardive des semences
Le projet a pris du temps à s’installer à Walikale en raison de nombreux défis
logistiques. Lors de la visite de terrain, la FAO était la seule agence avec du
personnel installé en permanence dans le territoire. L’enclavement de la zone a
rendu l’achat des semences et des outils aratoires difficile, engendrant davantage
de retard que dans d’autres zones du projet. Les membres des organisations de
producteurs interrogés, en particulier les femmes, se sont plaints des difficultés
imposées par des retards dans la distribution de semences. Par exemple, les
femmes bénéficiaires auraient pu défrichées leurs champs au moment opportun.
En effet, la distribution de semences a été retardée de quatre à six semaines, ainsi
leurs champs auraient été envahis de nouveau par les mauvaises herbes, les
contraignant à refaire tout le travail de défrichage. Elles auraient également raté la
bonne période de semis, impactant ainsi les rendements. Le retard accusé a non
seulement créé le double du travail, mais a probablement également compromis
leurs récoltes et rendements.

Sud-Kivu

Uvira
Les conflits principaux enregistrés dans les zones du projet à Uvira sont similaires
aux autres territoires, avec cependant une forte présence des groupes armés, des
conflits autour des terres et entre éleveurs et agriculteurs fortement ethnicisés.
Parmi ces conflits, les suivants peuvent être cités:
• L’accès et la gestion de la terre entre les agriculteurs et les éleveurs cherchant
des pâturages pour leurs troupeaux.
• Les problèmes liés à l’inégalité d’accès aux ressources, notamment aux terres
fertiles, entre ceux appartenant aux familles régnantes et influentes et les
non-privilégies, ainsi qu’entre les groupes Bantu (Bafuliiru, Barundi, Bashi, etc.)
et les populations indigènes (Batwa [pygmées]) qui se disent exclus de toute
jouissance des terres, puisqu’ils ne figurent pas dans le système coutumier des
chefferies Bantu.

62
• La lutte autour du pouvoir coutumier entre la communauté Bafuliru et la
communauté Barundi, mais également entre certaines familles au sein des
ethnies, par exemple dans le groupement d’Itara/Luvungi.
• L’insécurité accrue et l’activisme des groupes armés nationaux et étrangers qui
ont militarisé les conflits locaux, avec une probabilité élevée que les conflits
fonciers ou tout autre différend entre particuliers provoquent des violences.

Dynamiques spécifiques
Mixage ethnique
Dans la plaine de Rusizi, le mixage ethnique, la forte pression démographique et les
terres fertiles qui la caractérisent ont engendré une concurrence de longue date et
une compétition autour du contrôle du pouvoir coutumier entre les groupes
principaux – Bafuliiru et Bavira – et les populations rwandophones Barundiix et
Banyamulenge. La pression démographique va de pair avec une tendance
d’urbanisation progressive que connaissent les cités du territoire d’Uvira. Cette
urbanisation renforce les intérêts de l’élite locale, ou délocalisée, à tenter de gérer
des espaces pour les cultures et autres activités économiques. Par conséquent, les
tensions autour de la délimitation des parcelles sont récurrentes, selon les
informateurs, et ont un fort potentiel d’escalade en violence car elles s’imbriquent
avec des questions de contrôle politique et de pouvoir coutumier.
Insécurité accrue
Il existe une insécurité accrue due à la présence d’une dizaine de groupes armés,
liés aux communautés ethniques et aux intérêts de certains chefs coutumiers ou
acteurs politiques. Certains groupes suivent une logique de prédation et seraient
les auteurs de cas de vols de bétail et de kidnappings.
Moyens de subsistance divers – agriculteurs contre éleveurs selon l’appartenance
ethnique
La divagation des animaux, appartenant en majorité à la communauté
Banyamulenge, dans les champs des agriculteurs essentiellement Bafuliiru, est
l’une des causes principales de tensions et de conflits fonciers. Les espaces, jadis
réservés aux pâturages, ont été envahis par les agriculteurs. À cela s’ajoute la faible
ou l’absence de sensibilisation sur la transhumance. En outre, l’activisme des
groupes armés, et toutes autres questions relatives à la sécurité, contribue à
exacerber ces tensions liées à la divagation des animaux. Face à une insécurité
omniprésente, les éleveurs banyamulenges préfèrent que leurs bétails pâturent
autour de leur village, conduisant ainsi à la destruction des champs.
Exclusion de certains groupes
Il existe une exclusion de la jouissance des terres léguées par les aïeux par les Twa
(pygmées) et un sentiment de discrimination de la plupart des membres du groupe
Twa.

ix Les Barundi parlent le kirundi, la langue du Burundi, qui est apparentée au kinyarwanda du Rwanda.

63
Accaparement des terres à l’aide des chefs coutumiers
Les chefs coutumiers sont à la source de nombreux conflits fonciers, en collusion
avec les élites des grandes villes et des acteurs politiques. Dans plusieurs localités,
comme à Luvungi et Luberizi, les chefs coutumiers, et particulièrement les chefs de
34 groupements, vendent de vastes espaces à l’élite urbaine de Bukavu, Uvira ou à
des étrangers, au détriment des petits exploitants qui sont pourtant les premiers
occupants. Cette pratique renforce un sentiment de méfiance vis-à-vis de certains
chefs coutumiers. Pourtant, la gestion d’espaces agricoles s’octroie par lignages au
sein des différentes familles. Dans d’autres cas, les chefs coutumiers concèdent
l’acte d’octroi de terre concurremment à plusieurs acquéreurs à la fois. Alors que
cette pratique est à la base de réclamations aboutissant souvent à des conflits
entre acquéreurs, ils sont également une source de violence et de dépossession
des moins nantis. Ces derniers n’ont pas les moyens financiers de porter des
actions de revendication en justice, et ne peuvent être assurés d’obtenir gain de
cause en raison de leur position sociale assez marginale. Il existe également une
ingérence des autorités étatiques, qui peut attiser les conflits fonciers et renforcer
le processus de dépossession des petits paysans. À Katogota, par exemple, des
bornes seraient parfois posées la nuit pour délimiter des concessions.
Vraisemblablement, cette pratique n’est pas l’œuvre des petits paysans, mais des
grands acquéreurs, avec la complicité des services fonciers. Ces services ou
brigades foncières sont concurrents, du fait que plusieurs d’entre elles opèrent
dans la même entité, sans une démarcation claire de leurs responsabilités.
Nombreux conflits autour du pouvoir coutumier
Les tensions et l’insécurité observées entre acteurs coutumiers autour du contrôle
et de l’accès au pouvoir, soit entre les chefs coutumiers et les autorités
politico-administratives ou entre groupes ethniques, sont étroitement liées à la
question de la gouvernance de ces chefferies. Le centre de ces tensions sont les
deux chefferies de la plaine de la Ruzizi et la chefferie des Bafuliiru. Ces conflits
remontent à l’époque coloniale avec, selon la perception des Bafuliiru, un
favoritisme pour les autres groupes de la région, les Barundi, Bashi et Babembe64.
Ces tensions ont été instrumentalisées et manipulées par des leaders politiques
locaux, provinciaux ou nationaux depuis l’indépendance du Congo/Zaïre.
Tensions interethniques
Il y a contestation historique du contrôle du pouvoir coutumier local entre
Bafuliiero et Barundi, datant des années 1920 lors de la désignation des chefs
coutumiers officiellement reconnus par l’administration coloniale belge. Bafuliiro
et Barundi se sont donc vu accordés des chefferies et des zones de contrôle.
Pourtant, les Fuliiro se considéraient comme les autochtones et s’opposaient à la
légitimité des chefs Rundi et des populations Barundi, qui auraient pris possession
des terres anciennement occupées par des Bafuliiro, avant l’arrivée des troupes
coloniales65. Ainsi, le chef Fulliiro s’est vu accorder le droit de contrôle de l’octroi
des terres et le statut de représentant de la population auprès de l’État (en matière
d’interprétation du droit coutumier, de questions de naissance, mariage et

64
héritage dans la chefferie de Fuliiro). Le chef Rundi représentait la chefferie des
Barundi. Des tensions entre les représentants étaient déjà présentes en 1920 et
cette concurrence s’accentua après l’indépendance du Congo/Zaïre. Des luttes
internes pour le leadership des Bafuliiro contribuaient aux tentatives d’un leader
Fuliiro d’usurper la chefferie des Barundi et, dans les années 1990s à des tentatives
de désigner les Barundi comme étrangers et de les exclure ainsi de la nationalité
congolaise. Ce conflit s’envenima avec la participation du chef Barundi dans la
rébellion du RCD et finalement par l’assassinat du Mwami Ndabagoye des Barundi
en mars 2012, qui déclencha des cycles de violences et de représailles entre les
groupes armés des deux communautés. L’association des Barundi avec les
Banyamulenges, traditionnellement opposés au Bafuliiro, a aggravé davantage ces
tensions intercommunautaires.
La conséquence de ce conflit coutumier et intercommunautaire est caractérisée
par un parallélisme du pouvoir coutumier dans la chefferie de la plaine de la Ruzizi
– avec des chefs Bafuliiro et Barundi à tous les niveaux au sein des groupements,
des villages et du bureau de la chefferie – ce qui complique son fonctionnement et
perturbe l’assistance des acteurs de développement ou humanitaires.
Luttes de succession coutumière parmi les familles Fuliiro
Il existe des tensions entre clans et familles au sein de la communauté Bafuliiru, qui
exacerbent les tensions avec les Barundi dans la chefferie de la plaine de Ruzizi.
Cette complexité indique que les conflits et les violences ne sont pas seulement et
toujours de nature ethnique.

Mwenga et Walungu
Les dynamiques de conflits à Mwenga et à Walungu sont assez différentes de celles
à Uvira. Bien que des groupes armés soient présents dans ces territoires, ils sont
dans des zones reculés et n’affectent généralement pas les zones du projet. Les
conflits enregistrés des deux territoires au centre du Sud-Kivu sont d’une moindre
envergure et se résolvent normalement sans violence. La composition ethnique
des deux territoires est plus homogène et les conflits qui existent n’ont donc pas
de dimension ethnique. Il n’y a également pas de grands pâturages et de grands
troupeaux de bovins qui causeraient des dégâts significatifs dans les champs des
petits exploitants dans les zones couvertes par le projet. Les dynamiques entre
éleveurs et agriculteurs sont ainsi différentes que celles à Uvira, sauf des cas isolés
à la périphérie de la zone du projet.
Les conflits répertoriés à Mwenga et à Walungu sont les suivants:
Conflits fonciers entre particuliers
Il y a des différends fonciers entre particuliers en raison du non-respect des limites
des parcelles et des champs, ou de la divagation du petit bétail. Ces conflits sont
normalement résolus par les chefs de village, chefs coutumiers, ou au sein des
organisations de producteurs.

65
Conflits autour de l’exploitation minière
Les conflits dans les zones minières de Mwenga sont habituellement entre les
creuseurs artisanaux et les exploitants industriels chinois. Ils n’affectent pas la zone
du projet. Ces conflits peuvent néanmoins parfois provoquer des manifestations
violentes, qui rendent l’accès plus difficile à certaines zones.
Tensions entre grands concessionnaires et petits exploitants
Il existe des tensions entre certains grands concessionnaires, avec des connections
politiques, et la population. Celles-ci ne provoquent néanmoins pas de conflits
ouverts. Par exemple, selon les informations recueillies, le gouverneur du Sud-Kivu
aurait «pris une colline» dans la chefferie de Wamuzimu, qui n’est ainsi plus
disponible pour les petits agriculteurs de la communauté.
Tensions entre pisciculteurs et agriculteurs
La pisciculture joue un rôle important dans l’économie locale de Mwenga. Les
membres des organisations de producteurs interrogés ont fait état d’un potentiel
conflit lié à l’extension des étangs piscicoles dans les champs voisins ou à des
dommages causés aux agriculteurs par la mauvaise canalisation des eaux.
Conflits autour de la succession coutumière
Les tensions liées au pouvoir coutumier sont considérables dans le territoire de
Mwenga, particulièrement dans la zone de mise en œuvre du projet. En effet, dans
la plupart des groupements, il existe une dualité de pouvoir traditionnel avec deux
Mwami; dont un est le chef légal, et l’autre qui conteste cette légalité et se
présente comme le véritable chef avec une légitimité traditionnelle. Ces conflits
coutumiers posent des défis pour le projet, car le personnel navigue entre ces
dynamiques et cherche l’aval de deux chefs avant la mise en œuvre des activités
afin de ne pas risquer de blocages.
Taxation légale et illégale
À Mwenga et Walungu, les petits exploitants font également face aux multiples
taxes prélevées par nombreux acteurs légaux et illégaux. Les agriculteurs
interrogés ont indiqué qu’ils étaient «tracassés» régulièrement, surtout pendant la
récolte, étant donné que les productions doivent être évacuées d’un village à un
autre ou du territoire à la ville. Cela inclut de nombreuses barrières et des
tracasseries des forces de l’ordre qui, par manque d’une prise en charge efficace
par l’État, monopolisent des produits des petits exploitants avant même la récolte.
Cela pourrait porter atteinte aux objectifs du projet en matière d’amélioration de
l’accès des ménages au marché.
Insécurité
Il n’existe que peu d’incidents d’insécurité à Mwenga et à Walungu, comparé à
Uvira. Néanmoins, les interlocuteurs interrogés ont signalé la présence des
coupeurs de routes sur certains axes routiers, par exemple sur le tronçon
Mwenga-Walungu, et des incursions de certains groupes Mai-Mai à Walungu. Les
groupes armés d’éleveurs Banyamulenge des hauts plateaux d’Itombwe feraient

66
des incursions, bien que rarement, avec leurs troupeaux dans le groupement de
Wamuzimu.
Circulation libre d’armes
La circulation libre d’armes à feu au sein de la population dans la zone de santé de
Kaniola est un réel enjeu, puisqu’elle risque de contribuer à des violences.
Pourtant, cette dynamique n’a pas encore d’impact sur les conflits, bien qu’il soit
essentiel de la prendre en compte dans la gestion des conflits à Kaniola.

Conflits et tensions liés au projet


Comme dans les autres territoires, les membres des organisations de producteurs
enquêtés ont fait état de plusieurs problématiques liées à l’assistance. Elle crée des
tensions ou met certains collaborateurs et bénéficiaires en difficulté, nuisant à leur
capacité de résilience. Parmi les plaintes enregistrées, les suivantes sont
présentées:
Recrutement des partenaires de mise en œuvre et du personnel du projet
Les chefs coutumiers et communautés locales auraient aimé voir des organisations
locales et plus de personnel recruté localement pour la mise en œuvre du projet.
Ils ont indiqué que le personnel du projet, lors des réunions de lancement, leur
aurait promis de recruter des organisations locales. Toutefois, ce ne sont que des
organisations basées à Bukavu qui ont été retenues comme partenaires de mise en
œuvre. Une fois engagés par le projet, les partenaires de mise en œuvre seraient
venus avec leur personnel de Bukavu, au lieu de recruter des agents sur place. Cela
crée des frustrations parmi la jeunesse qui, incitée par certains leaders locaux,
menace de bloquer les activités du projet.
Défis liés à la sélection et aux critères de ciblage entre membres des organisations de
producteurs bénéficiaires et non-bénéficiaires
L’équipe de recherche a enregistré de nombreuses frustrations par rapport au
processus SCOPE. Parmi les plaintes enregistrées, on trouve des problèmes liés au
processus de sélection des bénéficiaires, des tensions entre les «scopés» et
«non-scopés» au sein des organisations de producteurs, entre les organisations de
producteurs et avec les autres membres des communautés qui ne bénéficient pas
du projet. De plus, les membres des organisations de producteurs ont indiqué qu’il
y aurait des doublons dans la base de données SCOPE et qu’il faudrait faire des
mises à jour plus fréquentes; puisque des membres qui quittent la zone ne seraient
pas remplacés par ceux qui sont restés.
À Walungu, des préoccupations spécifiques par rapport à des manipulations
présumées dans la sélection des bénéficiaires ont été enregistrées. Par exemple, le
cas du groupement de Nyakabere, où les interviewés ont déploré le fait que
certains présidents des organisations de producteurs auraient furtivement
remplacé les bénéficiaires sélectionnés par des membres de leur famille, afin de
récupérer les paiements pour les travaux de reboisement. Cela a créé des tensions
au sein de l’organisation de producteurs et les membres ont relevé un manque de

67
suivi de proximité de la part du personnel du projet. De plus, des problèmes autour
de la sélection des organisations de producteurs pour les activités des
champs-écoles des producteurs ont été signalés. Selon les membres des
organisations de producteurs interrogés, sur les 28 organisations de producteurs
mises en place, seulement une dizaine aurait été choisie pour participer aux
formations, sans transparence au regard des critères de sélection.
Semences non-adaptées et distribution tardive
Les membres des organisations de producteurs ont exprimé des inquiétudes par
rapport à la distribution tardive des semences et liées aux variétés distribuées qui
ne seraient pas de bonne qualité ou adaptées aux conditions locales. En particulier
dans certaines parties du Mwenga (par exemple, le groupement de Bashmwenda),
les membres des organisations de producteurs ont relevé que seules les semences
de maïs et d’arachide étaient utiles pour eux, contrairement aux semences
maraîchères, qui ne se sont en effet pas développées. En général, les participants
des focus groups ont indiqué que la distribution des semences n’a souvent pas
respecté le calendrier agricole. Selon les membres interrogés, la distribution
tardive et en quantité différente à ce qui était prévu, a créé une méfiance au sein
des organisations de producteurs et a nui à leur bon fonctionnement. En effet,
lorsque les semences arrivent en quantité insuffisante pour tous les membres ou
sont distribuées dans certaines zones et pas d’autres sans communication claire,
les membres des organisations de producteurs soupçonnent automatiquement des
malversations par leurs présidents. Certaines organisations de producteurs ont
établi un système de partage des semences, dès lors que les quantités étaient
insuffisantes pour tous. Dans d’autres cas, certains membres individuels auraient
insisté pour recevoir la quantité promise, sans partager avec leurs collègues.
Il existerait également des tensions entre les présidents des organisations de
producteurs et les chefs de villages. Ces derniers font souvent pression sur les
présidents afin d’inclure les membres de leurs familles parmi les bénéficiaires du
projet. Selon les présidents des organisations de producteurs, une communication
claire et fréquente du personnel du projet par rapport au calendrier de distribution
et aux quantités distribuées serait essentielle pour réduire ces tensions.
Manque d’appui technique des agronomes de l’État
Les membres des organisations de producteurs ont exprimé des défis liés au
manque de suivi. En effet, un appui technique et un suivi de proximité sont
essentiels, en particulier lorsque les ménages ne sont pas familiers avec certains
types de semences, notamment les semences maraîchères. Pourtant, les
agronomes de l’État étaient présents seulement lors des visites du personnel de
projet. Ils ont indiqué ne pas avoir les moyens de transport, ni de frais de
fonctionnement, pour se déplacer afin de réaliser ces suivis. La plupart des
agronomes viendraient de Bukavu ou seraient basés dans les chefs-lieux des
territoires, et ne vivent pas parmi les communautés ciblées. Par exemple,
l’agronome responsable pour Kaniola vit à Walungu centre et se déplacerait
rarement dans les zones du projet.

68
 FAO/Hyacne Kacou

Mécanismes de résolution des conflits existants


Résolution des conflits fonciers et médiation
La plupart des disputes foncières à Mwenga et à Walikale sont résolus par des
structures locales, avec l’engagement des chefs de village ou de groupement.
Certaines chefferies ont des bureaux spécifiques chargés de la gestion des
contentieux fonciers. Selon la gravité de la dispute, les communautés peuvent
organiser des barza communautaires, grandes réunions communautaires en
présence des chefs et des sages et autres parties intéressées, afin d’écouter les
doléances des parties au conflit et trouver des solutions à l’amiable. De
nombreuses autres structures ont été créées par des projets humanitaires et de
promotion de la paix, en collaboration avec des acteurs locaux, comme des
paillottes de paix ou comités locaux de paix, ou encore des structures de
confessions religieuses, notamment le Comité diocésain de justice et paix de
l’église catholique.
L’organisation ZOA, Search for Common Ground et autres organisations ont mis en
œuvre des activités de médiation foncière en appui aux structures locales et en
collaboration avec les brigades foncières du Ministère de l’agriculture, afin de
mitiger les défis liés à la délimitation des terres. Les brigades foncières sont des

69
structures de l’État chargées d’assister dans la délimitation, le bornage et la
titrisation des parcelles. Pourtant, malgré des brigades en apparence
fonctionnelles dans certaines zones du projet, leur capacité est limitée et elles ne
sont pas perçues comme étant du côté des petits exploitants.
Les petits exploitants ont indiqué qu’ils n’ont que peu de confiance en ces
structures existantes de médiation ou de résolution de conflits, et qu’en cas de
disputes ou de litige, les instances tranchent en faveur des plus puissants. La
médiation nécessite souvent de fournir une contribution aux autorités et aux
médiateurs, que seulement les plus nantis peuvent se payer. Cette lassitude des
petits exploitants serait également partagée par les peuples indigènes Twa, qui
considèrent que ces organisations aggravent leur exclusion concernant la
jouissance des terres léguées par leurs aïeux. À Uvira, les disputes sont, pour la
plupart, trop politisées pour qu’une médiation extérieure soit efficace.
Ces nombreuses structures de gestion des conflits fonciers sont habituellement
sollicitées par les parties prenantes à un litige. Cependant, les personnes
impliquées semblent avoir peu confiance en leurs décisions, qui semblent
défavoriser les petits agriculteurs sans grands moyens.

70
Conclusions et recommandations
Le projet en phase 2 (également en phase 1) est mis en œuvre dans des zones
touchées par des tensions et des conflits récents ou actuels. Les conflits de fond
ayant la plus grande pertinence pour le projet sont identiques, à savoir les conflits
liés à l’accès à la terre (soit entre petits exploitants ou grands concessionnaires),
l’accaparement des terres par les élites urbaines (en particulier politiques et
militaires) et les tensions et violences entre éleveurs et agriculteurs.
Néanmoins, la nature et les configurations des conflits varient, naturellement, d’un
territoire/zone du projet à une autre. La FAO, le PAM et l’UNICEF devraient ainsi
prendre en compte ces variations locales dans la fourniture de leurs réponses.
Puisque le projet n’a pas été conçu comme un projet de résolution de conflits, mais
comme un projet technique de développement, il possède des moyens limités à
dédier aux aspects de gestion et d’atténuation des conflits. Il est donc
recommandé qu’il se concentre sur deux aspects clés, afin de prévenir les tensions
et mitiger un impact potentiellement négatif du projet sur les bénéficiaires et les
zones ciblées.
Minimiser le potentiel de nuire: pour réaliser les principes consistant à ne pas nuire,
il faudra que le projet évite d’exacerber les tensions et conflits existants, et
prévienne de nouvelles tensions à travers une revue et une adaptation de
certaines de ses pratiques qui, d’une manière non-intentionnelle, interagissent
avec les conflits.
Maximiser les bénéfices du projet pour les bénéficiaires et les communautés: pour
maximiser l’impact positif du projet sur les agriculteurs et les communautés
ciblées, il sera nécessaire de traiter certaines dynamiques de conflits qui touchent
la capacité de production agricole et le revenu des petits exploitants agricoles. Ces
dynamiques conflictuelles perturbent les moyens de subsistance et la capacité de
résilience des ménages, ainsi que leurs capacités de jouir pleinement de
l’assistance du projet.
Dans cet objectif, le projet devrait réfléchir à certaines actions concrètes à adopter
afin d’intégrer les principes de sensibilité aux conflits aux activités mises en œuvre.

71
Ne pas nuire: minimiser les risques potentiels engendrés par la mise
en œuvre des activités du projet
La recherche a enregistré plusieurs cas lors desquels les activités du projet ont
contribué à certaines tensions au sein des communautés, ajoutant de nouveaux
enjeux au lieu d’améliorer efficacement la résilience des ménages. Il est important
que le projet adopte certaines pratiques afin d’éviter d’aggraver la vulnérabilité
des bénéficiaires, notamment:

Prévenir les tensions au sein des organisations de producteurs et des


communautés

 Sélection transparente des bénéficiaires


Malgré des efforts considérables et un processus long et détaillé en matière de
sélection et d’enregistrement des membres des organisations de producteurs, le
processus de ciblage devrait être davantage clarifié dès lors que certains membres
d’un même groupe sont bénéficiaires de multiples activités (activités d’espèces
contre travail, formations), en changeant les critères de sélection, et ce au
détriment d’autres membres. Les critères de sélection doivent être clairs dans la
perception des communautés. Il convient également de réviser les listes de
bénéficiaires, d’une manière régulière, pour prendre en compte les fluctuations
naturelles au sein des organisations de producteurs.
Communication claire et transparente des critères de sélection
Le principe le plus important est de communiquer les critères de sélection des
bénéficiaires d’une manière transparente tout au long du projet. Ceci devrait se
faire devant les membres des organisations de producteurs et résulter en une
documentation des accords trouvés sur les critères avec des documents signés par
les leaders communautaires et un affichage des critères dans les villages ciblés. Ces
mesures sont probablement d’une portée limitée dans des communes rurales où
les taux d’analphabétisme sont élevés. Cependant, il est essentiel d’être en
possession de documents de référence qui peuvent être consultés en cas de
contestation locale.
Analyse de l’inclusivité
Une analyse des organisations de producteurs et listes des bénéficiaires selon des
critères d’inclusivité devrait être menée avec le personnel du projet. Les agents du
projet sont, pour la plupart, conscients des dynamiques entre les groupes
ethniques et sociaux dans les zones du projet. Une revue des listes de bénéficiaires
à travers le prisme des relations interethniques et des critères socio-économiques
et sociales devrait être assurée, afin que le projet ne privilégie pas certains groupes
ethniques ou certaines couches socio-économiques.
Revue des dynamiques de genre
Il convient d’inclure une revue des dynamiques de genre, notamment si
l’assistance fournie et les bénéfices attendus du projet sont suffisamment

72
accessibles aux femmes. Ceci en particulier pour les femmes vulnérables, comme
les femmes cheffes de ménage ou les femmes dans des mariages polygames. La
revue doit conclure que les activités n’aggravent pas les violences existantes
basées sur le genre.
Révisions régulières
Sur la base des analyses d’inclusivité et des listes de décès et de départs des
membres des organisations de producteurs, une révision régulière, plus fréquente
qu’actuellement, des listes de bénéficiaires devrait être envisagée. Ceci permettra
de minimiser le potentiel de manipulation lié aux départs, qui permet notamment
aux présidents des organisations de producteurs, ou aux autres membres, de
collecter des bénéfices multiples pour ces membres disparus.

 Envisager une approche spécifique pour les peuples indigènes


Il convient d’être inclusif de toutes les minorités et d’offrir des options spécifiques
pour qu’elles puissent bénéficier des activités du projet. C’est notamment le cas
des peuples indigènes qui sont présents dans certaines zones du projet (Rutshuru,
Nyiragongo, Walikale et Walungu) qui ne pratiquent habituellement pas
l’agriculture traditionnelle et n’ont souvent pas accès à la terre.
Traditionnellement, les groupes pygmées dépendent de la forêt pour leurs besoins
alimentaires et de subsistance, mais également culturels, spirituels et médicinaux.
L’expansion continue des villages des peuples Bantu et de l’agriculture sédentaire
ou itinérante qu’ils pratiquent, empiète de plus en plus sur les forêts et zones où
vivent les peuples indigènes. Ils sont ainsi très vulnérables aux pressions
démographiques et méfiants face aux interventions extérieures qui semblent
menacer leur mode de vie. Selon le personnel du projet, il n’est pas évident de
travailler avec les membres des Twa ou (Ba)Mbuti-Babuluko, dont les stratégies de
subsistance sont, pour la plupart, la chasse, la cueillette et l’exploitation des
produits de la forêt, au lieu de l’agriculture. Néanmoins, il serait utile de consulter
les leaders des Twa ou Mbuti pour voir comment mieux les intégrer dans le projet,
ou, au moins, afin de prévenir des tensions entre les peuples indigènes et les
organisations de producteurs ciblées par le projet.

 Note d’apprentissage
Il convient de réaliser une note composée des apprentissages des cas
d’insensibilité aux conflits, collectés lors de la mise en œuvre de ce projet. Il s’agit
notamment des éléments appris lors de l’analyse et de la Clinique de
programmation (par exemple les tensions entre communautés, les défis des petits
exploitants), afin d’en tirer des leçons apprises et de ne pas répéter les mêmes
erreurs lors de la conception d’un projet futur.

Éviter d’aggraver la vulnérabilité des bénéficiaires


Le projet devrait se concentrer, au sein de toutes les zones du projet, à minimiser
les effets négatifs potentiels dus aux enjeux rencontrés en lien avec l’assistance

73
fournie, les retards dans la réalisation des activités et la pertinence et la qualité
parfois insuffisantes de l’intervention.

 Augmenter la transparence et la communication


Augmenter la transparence et la communication par rapport à l’assistance prévue,
l’assistance fournie par personne/organisations de producteurs et les contraintes
et retards dans la distribution des semences et du matériel:
• Diffuser et mettre à jour une stratégie de communication globale pour réaliser
des mises à jour régulières sur le projet et gérer les relations politiques avec les
parties prenantes et les acteurs clés au niveau national, provincial et territorial;
intégrant notamment tout acteur qui peut exercer une influence sur les
dynamiques politiques qui influent sur le projet (par exemple à Walikale).
• Développer des plans de communication en coopération avec les membres des
coopératives et/ou présidents des organisations de producteurs pour chaque
territoire/zone d’intervention qui prévoit des mises à jour régulières sur les
avancées du projet, notamment sur le processus d’achat et de distribution des
semences et du matériel. Envisager de créer des groupes.
• Parler d’une même voix. En général, le projet devrait parler d’une même voix et
se présenter comme un programme et une équipe unis au regard des
bénéficiaires qui ne connaissent pas la distinction entre les différentes
composantes du projet et les responsabilités du PAM, de la FAO, et de
l’UNICEF. C’est notamment le cas pour les activités complémentaires dans les
interactions avec les organisations de producteurs, telles que les activités de
réhabilitation de dessertes agricoles qui devraient complémenter les autres
activités agricoles et les activités d’espèces contre travail. C’est également le
cas par rapport aux messages que communiquent les partenaires de mise en
œuvre sur le projet. La recherche de terrain a bien noté des instances dans
lesquelles les partenaires de mise en œuvre ont partagé des informations qui
n’étaient pas conformes à la réalité et aux messages des agences.
• Afficher l’assistance prévue et la logique de distribution d’une manière
transparente dans les villages. Trouver des mécanismes pour assurer que des
présidents des organisations de producteurs communiquent, d’une manière
efficace, avec les membres des organisations de producteurs, sur le progrès du
projet et les choix faits par le projet en lien avec la sélection des bénéficiaires,
des semences choisies, etc.
• Engager les présidents des organisations de producteurs dans l’élaboration du
plan de distribution des semences et matériels aratoires pour les tenir au
courant et prévenir les plaintes par rapport à la pertinence de ce qui est
distribué.
• Explorer d’autres mécanismes de feedback régulier des bénéficiaires pour mieux
communiquer et échanger avec les communautés, afin d’anticiper des
frustrations et défis qui pourraient nuire à la mise en œuvre du projet. Ces

74
efforts devraient aller au-delà de simples «boîtes à plaintes» installées au sein
des villages ciblés et de la ligne verte. Ils devraient inclure des échanges
réguliers et une implication active des bénéficiaires. Parmi ces mécanismes
d’engagement, on compte les suivants:
o Le suivi participatif communautaire et une évaluation participative
mi-parcours du projet, à travers des volontaires communautaires qui suivent
et documentent les activités.
o Une communication régulière à la radio pour discuter du progrès et partager
les défis et les efforts du projet dans la prise en compte des enjeux rencontrés
par les communautés, tout en adaptant le projet afin de mieux servir la
population ciblée.
o Des journées de porte ouverte ou autres évènements/manifestations publics
autour de l’agriculture qui sont ouvertes à toutes les membres des différentes
communautés.
o Engager une organisation tiers de suivi (third party monitoring) pour collecter
régulièrement du feedback d’une manière indépendante.

 Fournir l’assistance dans les délais prévus


Il est essentiel de distribuer les semences avant la période de semis et de procéder
à temps au paiement des honoraires pour les activités d’espèces contre travail, afin
d’assurer l’impact escompté. Il est évident que l’achat et la livraison des semences
et du matériel sont problématiques en République démocratique du Congo, en
raison notamment de chaînes d’approvisionnement complexes. Néanmoins, il
convient de toujours prendre en compte la promesse d’une assistance fournie
dans les délais faite aux bénéficiaires, en ce qu’elle crée des attentes. Les membres
des organisations de producteurs peuvent, d’autant plus, au vu de l’assistance à
venir, planifier leurs calculs au regard de ce dont ils ont besoin pour la saison
agricole. L’équipe de recherche a enregistré de nombreuses plaintes par rapport
aux problèmes créés pour les ménages bénéficiaires, en raison des retards dans la
distribution des semences et outils aratoires, et ce en décalage avec la période de
semis. Ceci était notamment lié au fait que les bénéficiaires ne s’étaient ainsi pas
approvisionnés par eux-mêmes en semences et intrants, ou n’avaient pas mis
d’argent de côté pour l’achat de celles-ci. Si les semences arrivent après la période
de semis, les agriculteurs n’ont pas suffisamment de semences et risquent de rater
un cycle agricole entier, avec des conséquences potentiellement graves pour la
subsistance de leurs familles. Il existe une dynamique similaire par rapport aux
retards de paiements pour les activités d’espèces contre travail de reboisement ou
de réhabilitation des dessertes agricoles. Les membres des organisations de
producteurs s’endettent ainsi dans l’attente des paiements. S’ils ne sont pas payés
après plusieurs mois – dans certaines localités les honoraires ont été payés avec un
retard de huit à dix mois – les agriculteurs font face à la pression des créanciers et
s’endettent de plus en plus pour repayer leurs dettes initiales. Une assistance
fournie tardivement a donc le potentiel de nuire à la résilience des ménages, plutôt
que de la renforcer.

75
 Fournir une assistance de qualité et respecter les besoins spécifiques de
chaque localité
Il est essentiel de standardiser les approches afin de fournir une assistance
efficace. Néanmoins, ceci peut être réalisé si le projet adapte en premier lieu
l’assistance à chaque zone, en fonction des pratiques et besoins spécifiques locaux
et en fournissant des intrants de haute qualité. Les membres des organisations de
producteurs interrogés ont noté plusieurs instances dans lesquelles les
contributions du projet n’ont pas été utiles pour eux. C’était le cas notamment des
tricycles, qui, selon les répondants de presque toutes les zones, ne seraient pas
suffisamment robustes pour le terrain de l’est de la République démocratique du
Congo. Ceux-ci sont tombés en panne fréquemment jusqu’à ce que les membre
des organisations de producteurs n’étaient plus disposés à payer pour les
réparations, n’étant pour la plupart plus opérationnels aujourd’hui. Dans plusieurs
localités, les membres des organisations de producteurs ont également indiqué
que les semences données n’étaient pas toujours les plus productives dans les
conditions locales. Ils se sont ainsi plaints de la qualité des semences, dont une
partie aurait été charançonnée ou gâchée autrement. De la même manière, les
cobayes fournis aux organisations de producteurs, pour la multiplication et pour
servir comme source de protéine pour leurs familles, ont créés des frustrations et
sont devenus un sujet sensible à aborder. Selon les focus groups avec les
bénéficiaires, seuls les lapins seraient consommés localement et non pas les
cobayes, qui ne sont considérés comme un aliment acceptable, mais plutôt comme
des rats à consommer seulement en cas d’urgence absolu. Le don des cochons
d’Inde a donc été vu par certains comme un manque de respect de la part du
projet vis-à-vis des membres des organisations de producteurs. Néanmoins ils ont
été, de ce fait, consommés préférentiellement par les enfants. De plus, beaucoup
de cobayes sont arrivés morts ou sont morts peu après la distribution, ce qui a
accentué davantage les frustrations concernant cette activité.
• Prioriser les besoins des communautés et la saisonnalité au lieu des contraintes
liées à l’achat de certains produits ou matériels
Il faudrait renverser la dynamique qui, pour certaines activités, semble plus
axée sur les contraintes liées aux achats de certains produits déterminant la
nature de l’assistance fournie, afin de mieux prendre en compte les besoins
spécifiques des communautés et les variations locales, ce qui permet de
maximiser l’impact des activités. Si l’achat de certains produits prévus au profit
des organisations de producteurs s’avère difficile ou non faisable, il faudrait
décider d’alternatives en consultation avec les présidents des organisations de
producteurs. Donner des produits non adaptés et non-désirés par les membres
crée des frustrations et de la méfiance parmi les bénéficiaires vis-à-vis du
projet.
• Améliorer la planification participative avec les communautés pour prendre en
compte efficacement les besoins locaux, documenter les calendriers agricoles
spécifiques à chaque zone et planifier la distribution des semences dans les

76
délais nécessaires. Les calendriers agricoles varient légèrement, également au
sein d’un même territoire, et la distribution des semences devrait prendre en
compte ces variations pour les livrer à temps dans chaque zone.
• Distribuer les semences à temps pour la saison des semis
Si ce n’est pas possible, ajuster le calendrier de distribution en concertation
avec les présidents et membres des organisations de producteurs pour trouver
des solutions qui ne vont pas à l’encontre des besoins locaux.

 Formations inclusives
Ne pas limiter les activités de renforcement des capacités aux présidents des
organisations de producteurs, puisqu’il n’est pas assuré que ceux-ci transmettent
les acquis aux membres des organisations de producteurs.

 Engagement des services technique agricoles


Renforcer l’engagement des services technique agricoles dans les activités du
projet et organiser leur travail d’une manière à ce qu’ils puissent appuyer les
membres des organisations de producteurs par rapport à leurs besoins techniques.
En effet, il est plus important de comprendre les contraintes qui freinent l’appui
fourni, afin de permettre aux services techniques de fournir un accompagnement
technique rapproché aux bénéficiaires, en particulier pendant la période culturale.

Maximiser les bénéfices en contribuant à l’atténuation des conflits

Accès à la terre, négociations foncières et médiation des conflits fonciers

 Planification foncière compréhensive


Pour avoir une meilleure idée de la nature exacte de la propriété terrestre dans
chaque zone, il est essentiel d’identifier les intérêts et rapports de force des chefs
coutumiers et grands concessionnaires, ainsi que les modalités d’accès au foncier
et les besoins des petites exploitations agricoles.

 Cartographie de la propriété et utilisation foncière


Faire une cartographie de la propriété et utilisation foncière de chaque
communauté ciblée avec deux dimensions:
• Une cartographie de la propriété des terres pour identifier les grands
propriétaires et concessionnaires dans chaque zone, afin de contacter et
impliquer les plus importants concessionnaires dans un dialogue foncier.
• Une cartographie de vulnérabilité par rapport à l’accès au foncier (superficie
ares/ha cultivée) et la précarité des arrangements existants auprès des
membres des organisations de producteurs (Qui sont les propriétaires? Qui
sont les locataires? Quels sont les arrangements de location – à courte ou
longue durée? Prix de location?).

77
 Dialogues/forums fonciers
Organiser des dialogues/forums fonciers avec la participation des grands
concessionnaires, chefs coutumiers, notables pertinents, les services de l’État et les
représentants des agriculteurs.
• Entrer en dialogue avec les chefs coutumiers qui ne sont pas basés dans leurs
chefferies et les grands concessionnaires de terres résidants à Bukavu, Goma,
ou Kinshasa pour les impliquer dans ces discussions.
• Développer des chartes foncières, entérinées par tous les acteurs, pour chaque
zone qui définissent les principes à suivre pour protéger l’utilisation des terres
par les petits exploitants agricoles.

 Loi foncière
Promouvoir la vulgarisation sur la loi foncière et sur la différence entre la loi
foncière et les règles coutumières, en intégrant la société civile dans la mesure du
possible dans les activités du projet.

 Attribution des terres


Faire un plaidoyer auprès des grands propriétaires terriens, afin d’attribuer plus de
terres à la location au profit des petits exploitants, pour des locations de moyen ou
long-terme à des prix clairement identifiés et sur la base de conventions écrites
dans les zones où l’accès est précaire.

 Renforcer et appuyer des structures de gestion équitable des conflits


fonciers
• Identifier les structures existantes fonctionnelles de médiation foncière ou de
résolution des conflits fonciers dans chaque zone pour un renforcement en
formation, matériel et appui technique continu.
• Établir des mécanismes d’appui aux petits exploitants agricoles impliqués dans
des conflits fonciers pour assurer que leurs droits et intérêts soient respectés
et pris en compte par les grands concessionnaires. De tels mécanismes
pourraient être des «moniteurs fonciers»x formés et postés dans chaque zone,
des organisations communautaires de base ou des organisations non
gouvernementales locales ayant un mandat spécifique de conseiller appuyant
les petits agriculteurs dans leurs différends fonciers. Les comités locaux de paix
prévus par les partenaires de cohésion sociale du projet pourraient servir ce
rôle. Il faudrait cependant leur donner une expertise spécifique en droit
foncier et médiation foncière.
• Association des autorités coutumières: Il faut intégrer les autorités coutumières
dans tout mécanisme de médiation de conflits fonciers. En effet, ils sont les

xL’approche de déploiement de «moniteurs fonciers» a été employé par UN-Habitat précédemment


au Nord-Kivu.

78
acteurs incontournables dans la gestion du foncier des zones rurales et doivent
faire partie des solutions. Cependant, beaucoup de chefs coutumiers sont
impliqués dans des ventes illégales ou sont en collusion avec de grands
propriétaires terriens ou de grands éleveurs. Ainsi, ils décident souvent en
faveur des plus puissants (et des mieux payants), plutôt qu’en faveur des petits
agriculteurs. Il faudrait ainsi trouver des moyens d’appuyer les petits
exploitants avec des ressources légales, et de créer des alliances avec d’autres
acteurs qui peuvent intervenir ou faire un plaidoyer en leur faveur. Il convient
aussi de renforcer leurs négociations avec les autorités coutumières pour qu’ils
aient accès à suffisamment de terres et que leur tenure foncière soit plus
sécurisée et durable.
• Il faudrait envisager d’appuyer des structures qui assistent les femmes
impliquées dans des différends fonciers, à travers des formations, du conseil
sur le droit foncier et un plaidoyer, afin de soutenir les droits des femmes qui
sont souvent contrariées par les pratiques coutumières.

 Faciliter la participation des femmes dans le processus de paix


Aujourd’hui, dans le Kivu, il existe un grand mouvement de la société civile
féminine qui milite pour la paix et constitue une opportunité et un point d’entrée
pour permettre aux femmes de participer au processus de paix à côté des leaders
coutumiers et religieux. Il s’agit notamment d’initier des forums multisectoriels
pour le positionnement des femmes dans le processus de paix (FMPFPP), avec
l’accompagnement des partenaires sur terrain, afin que les bénéficiaires autour
des leaders religieux et coutumiers puissent échanger avec les femmes sur les
questions relatives aux conflits et sur les mesures locales d’atténuation. Ce forum
peut se tenir une fois chaque semestre.

 Continuer et améliorer la facilitation des négociations entre


concessionnaires et petits exploitants
La collaboration en cours avec l’Association des fermiers concessionnaires pour le
Nord-Kivu (AFCOD), qui a pour objectif de faciliter les négociations entre grands
concessionnaires et petits exploitants, est un aspect du projet à continuer de
promouvoir, car également apprécié par les bénéficiaires. Elle permet de rendre
les transactions entre concessionnaires et petits agriculteurs plus transparentes et
prévisibles, avec des prix de location des terres plus abordables. Pourtant, tous les
concessionnaires de terres ne sont pas membres de l’AFCOD. Il faudrait trouver un
moyen d’associer plus de concessionnaires, en particulier ceux qui habitent loin
des zones d’intervention, dans les grandes villes de l’est ou à Kinshasa. Ceci
permettrait d’amplifier les bénéfices qu’apportent le respect de certains standards
dans les conventions et les prix plafonnés de la location des terres à plus
d’exploitants agricoles. Une démarche similaire pourrait être bénéfique auprès des
grands éleveurs de certaines contrées, qui sont également de grands
concessionnaires.

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 Appuyer les petits exploitants dans l’obtention de titres fonciers
Il convient d’appuyer les petits exploitants dans l’obtention de titres fonciers, en
collaboration avec les services techniques pertinents, notamment les brigades
foncièresxi. Il faudrait notamment explorer des titrisations en collectif par plusieurs
petits exploitants pour partager les coûts et un appui spécifique pour assister des
femmes cheffes de ménage à obtenir des titres fonciers, puisqu’elles sont souvent
en position de vulnérabilité accrue.

 Explorer l’établissement des champs communautaires ou collectifs


Selon les experts du foncier de l’ONU-Habitat, l’établissement de champs
communs de certains regroupements d’agriculteurs ou des champs
communautaires partagés par la communauté entière pourraient être des mesures
contre la pression démographique et en faveur d’un accès aux terres agricoles plus
inclusif. Des champs loués par des collectifs d’agriculteurs pourraient être
accessibles, notamment aux femmes ou aux autres personnes marginalisés qui ont
du mal à louer ou avoir accès à des terres autrement. Des regroupements en
collectifs renforceraient également le pouvoir de négociation des petits exploitants
vis-à-vis des chefs locaux et des propriétaires terriens.

 Renforcer la collaboration avec des organisations


Renforcer la collaboration avec des organisations qui ont une expertise et
expérience dans les programmes de réforme foncière et de gestion du foncier,
notamment les experts de l’ONU-Habitat ou des ONG intervenant dans les droits
fonciers comme ZOA.

Conflits entre éleveurs et agriculteurs


Des conflits entre éleveurs et agriculteurs ont été signalés dans toutes les zones du
projet. Ceux-ci sont cependant plus accentués dans les zones où sont localisés des
éleveurs avec de grands troupeaux de bovins, notamment le Rutshuru, le
Nyiragongo et le Masisi au Nord-Kivu, et Uvira au Sud-Kivu.

 Cartographier les couloirs de transhumance pour de nouveaux accords sur


les principes à respecter
En l’absence d’un effort compréhensif des services de l’État pour rétablir des
couloirs migratoires des animaux, le projet pourrait faciliter une cartographie des
anciens couloirs de transhumance dans les communautés ciblées. Ceci permettrait
de faciliter des discussions entre éleveurs et agriculteurs et d’identifier comment

xiBien qu’une collaboration avec les services fonciers de l’État soit nécessaire, il faudrait également
prendre en compte que, selon les témoignages recueillis, les agents de l’État ne sont pas bienvenus
partout parce qu’ils sont également perçus comme collaborateurs des personnes nanties dans leurs
efforts de s’accaparer des terres à travers des faux titres fonciers. Ils sont également perçus comme
concurrents par des chefs coutumiers.

80
rétablir et protéger des couloirs suffisamment larges pour minimiser les dommages
causés par la migration des bovins. Des accords entre éleveurs et agriculteurs
pourraient permettre d’établir certains standards et principes de comportements,
afin de réduire les dommages causés par les troupeaux et minimiser les conflits.

 Rétablir ou établir des pâturages communautaires


Selon les témoignages recueillis, les pâturages communs étaient fréquents dans le
passé (avant les guerres des années 1990). Depuis, la majorité des terres de
pâturages communs a été vendue et transformée en plantations ou champs. Selon
certains interlocuteurs, le rétablissement des pâturages communs pourrait
atténuer les conflits entre éleveurs et agriculteurs, car ils établiraient clairement
les terres disponibles pour les troupeaux de bovins. Il n’est pas assuré que
suffisamment de terres vacantes existent dans la majorité des communautés pour
établir ces pâturages communs.

Insécurité
L’insécurité reste un défi majeur dans les zones du projet, notamment à Uvira.
Dans un climat marqué par des tensions ethniques et des conflits sous-jacents, le
projet doit faire particulièrement attention au principe de «Ne pas nuire» et à ne
pas aggraver les tensions existantes par des actions qui paraissent privilégier l’un
ou l’autre groupe.

 Communication claire et transparente


Communication claire et transparente autour des intentions du projet et des
critères de sélection des bénéficiaires, de l’assistance fournie et du calendrier des
activités et de distribution: il convient de souligner l’importance d’une
communication claire et fréquente avec toutes les parties prenantes sur les
objectifs, activités et critères de sélection du projet afin de prévenir les tensions. Il
est également essentiel de bien documenter ces communications et de les afficher
publiquement, ou de communiquer à travers les radios communautaires, par
exemple, afin de prévenir des malentendus ou une manipulation du projet par des
acteurs malveillants.

 Faire une cartographie et élaborer des stratégies communautaires


Faire une cartographie des défis sécuritaires dans les communautés du projet les
plus touchées par les conflits et élaborer des stratégies communautaires de
réduction d’insécurité et de protection des agriculteurs: les mesures
d’autoprotection des communautés pourraient inclure des réseaux d’alerte
précoce par rapport aux menaces sécuritaires entre villages d’une zone, des
brigades collectives pour aller aux champs ou l’accompagnement des femmes par
des (jeunes) hommes quand elles se rendent aux champs plus éloignés, où elles
risquent notamment des harcèlements ou attaques des groupes armés.

81
 Plaidoyer et négociations continus pour démanteler les barrières et
réduire les tracasseries
Dans les localités où les barrières des forces de l’ordre sont nombreuses, le
programme pourrait collaborer avec les partenaires et présidents des
organisations de producteurs pour élaborer une cartographie de celles-ci. Sur cette
base, le projet pourrait appuyer les présidents des organisations de producteurs
dans un plaidoyer auprès des autorités locales pour réduire le nombre de
barrières, la charge imposée aux exploitants et transporteurs et faciliter la libre
circulation des personnes et produits, notamment en période de récolte.

 Plaidoyer pour une réduction de la taxation formelle et informelle


Lié au point précédent, sur base d’une cartographie participative, avec les
présidents ou membres des organisations de producteurs, qui répertorie toutes les
taxes imposées aux exploitants agricoles dans chaque localité: le projet devrait
appuyer les agriculteurs à faire un plaidoyer continu auprès des autorités locales et
des acteurs sécuritaires – les FARDC, la PNC et les autres services de sécurité de
l’État (ANR, douanes etc.) – pour réduire le nombre de taxes et les montants qu’ils
prélèvent régulièrement auprès des exploitants agricoles. Ceci réduirait la lourde
charge qu’impose ces taxes et leur impact négatif sur la subsistance et la résilience
des ménages. Il faut cependant être conscient que ce type de plaidoyer peut être
risqué66 pour les acteurs locaux, mais plus acceptable pour les acteurs
internationaux.

Prévention des conflits

 Canalisation et évacuation des eaux et mesures antiérosives pour


prévenir des conflits
Certaines activités du projet pourraient être réorienté pour plus explicitement
contribuer à la prévention de conflits. C’est notamment le cas des activités de
reboisement et des activités concentrées sur la réhabilitation des infrastructures,
comme la réparation des dessertes agricoles. La recherche a enregistré le
problème des éboulements et des inondations comme source d’endommagement
des champs et des récoltes, mais également de tensions entre agriculteurs qui ont
leurs champs sur les collines et ceux opérant dans les bas-fonds. Le projet devrait
envisager d’assister les communautés à améliorer leurs systèmes de drainage, de
canalisation et d’évacuation des eaux de collines et prendre des mesures
antiérosives dans des endroits où les tensions existent déjà ou ont été signalées
dans le passé, autour de cette même question.

 Focaliser les activités de cohésion sociale sur les conflits les plus
pertinents par zone
Les activités de cohésion sociale prévues dans les territoires ajoutés au projet pour
la phase 2 présentent une opportunité pour s’attaquer aux conflits locaux et

82
renforcer la sensibilité aux conflits. Actuellement, les interventions dans le
domaine semblent se concentrer sur la promotion de la cohésion social d’une
manière générale. Pour assurer un impact maximal de ces interventions, les
partenaires de mise en œuvre du volet cohésion sociale devraient orienter leurs
activités de manière à répondre directement aux conflits repérés dans les zones et
utiliser toute la panoplie d’approches prévues dans le volet. Ceci comprend les
comités villageois de paix, le théâtre participatif ou les émissions de radio, mis en
place dans une perspective de médiation foncière, de vulgarisation des lois sur le
foncier et de soutien aux petits exploitants agricoles dans les conflits foncier pour
prévenir les déguerpissements. Par rapport au fonctionnement des comités
villageois de paix, le projet devrait veiller à ce que les chefs locaux qui serviront
comme présidents des comités villageois de paix, jouent un rôle de médiateur et
prennent les intérêts des petits agriculteurs en compte au lieu de trancher en
faveur des intérêts des individus les plus puissants. Les activités de promotion de
cohésion sociale à travers le théâtre participatif et la radio devraient se concentrer
sur des zones où il existe des tensions interethniques, afin de créer des liens et
améliorer les relations des groupes spécifiques qui sont en conflit.
 FAO/Hyacne Kacou

83
Annexe I. Contexte des zones d’intervention

Nord-Kivu

Carte administrative du territoire de Nord-Kivu

Source: OCHA. 2023. République démocratique du Congo. Dans: OCHA Interactive Data. [Consulté le
15 janvier 2022]. Modifié par l’auteur. [Link]

Masisi
Le territoire de Masisi est situé au cœur de la province du Nord-Kivu avec une
superficie de 4 734 km² et une population estimée de 843 000 habitants. Il est
limitrophe au territoire de Walikale à l’ouest, le territoire de Lubero au nord, le
Rutshuru à l’est, la ville de Goma et le territoire de Nyiragongo au sud-est, et le
Sud-Kivu (Kalehe) au sud.
Le territoire de Masisi est très montagneux et abrite de nombreux grands
pâturages avec une production importante de lait et de fromage, ainsi que de
larges plantations de thé, café et quinquina datant de la période coloniale. Il est
riche en minerais, notamment le coltan, cassitérite, mais également des pierres
précieuses comme la tourmaline. Le Masisi est majoritairement habité par des
rwandophones, notamment des Hutu (50 pour cent) mais aussi de nombreux Tutsi
(10 pour cent), ainsi que les Hunde (20 pour cent) et des Tembo (10 pour cent),
Kumu (5 pour cent) et Twa (5 pour cent)67. Les Hunde se considèrent comme les

84
autochtones et se disputent le contrôle politique du territoire avec les peuples
rwandophones depuis longtemps.
Ainsi, le Masisi a été au cœur des violences entre milices des peuples qui se
considèrent autochtones et les populations rwandophones dès 1993. Depuis, le
territoire est en proie de nombreux milices armés sur base ethnique, mais aussi à
des alliances changeantes et des commandants et groupuscules qui se succèdent.
Il est tout de même un bastion des APCLS, qui se veulent les représentants des
intérêts de la communauté Hunde et des milices Hutu locales (Nyatura) et
Rwandais (FDLR), ainsi que les Nduma Défense Forces du Congo (NDC), les anciens
Maï-Maï Sheka, aujourd’hui divisés en plusieurs factions (NDC-R/Guidon,
NDC-R/Bwira), qui sont majoritairement des Nyanga, à l’extrême nord du territoire,
et ce qui reste des Mai Kifuafua, représentant des intérêts Tembo, à l’extrême sud
du Masisi. Certains de ces groupes, notamment les APCLS et NDC ont des liens
informels étroits avec les FARDC, qui les ont utilisés dans le passé pour des guerres
de procuration contre d’autres groupes, notamment les FDLR68.
La zone du projet visité à Sake, qui est au sud-est du territoire et à proximité de
Goma, ne connaît pas d’activité directe des groupes armés actuellement, mais
l’insécurité règne toute de même dans les montagnes autour de Sake à cause des
incursions occasionnelles des groupes armés et des kidnappings fréquents ciblant
souvent les acteurs humanitaires, y compris les agences onusiennes.

Territoire de Nyiragongo
Malgré sa superficie très limitée de 163 km2, le territoire de Nyiragongo abrite une
population significative de presque 290 00069 et couvre une partie de la banlieue
nord de la ville de Goma. Le territoire est constitué d’une seule chefferie, la
chefferie de Bukumu, qui comprend sept groupements. Le projet travaille dans
trois de ces groupements, notamment Buhumba, Kirumba, et Mudja.
Au Nord-Kivu, la zone de santé de Nyiragongo, avec des milieux péri-urbains et des
zones rurales, située entre Goma et la frontière avec le Rwanda, a connu d’un côté
les défis de la ville de Goma avec une criminalité en croissance depuis des années,
et, notamment, une augmentation des kidnappings ces dernières années. Les
auteurs de ces kidnappings restent pour la plupart inconnu, mais il existe des
soupçons de l’implication des ex-combattants des groupes armés et des membres
des forces de l’ordre.
Il y a plusieurs hypothèses sur l’accroissement des kidnappings. Elle peut être liée à
l’inertie générale des conflits et, plus récemment, l’impact économique des
mesures prises pour endiguer la covid-19 qui ont pu pousser des bandits ou ceux
avec accès à des armes à chercher des sources de revenus plus lucratifs. Les
rançons demandées dans les kidnappings ont augmenté à travers les années et
souvent les commerçants locaux ou le personnel local des ONG internationales
sont visés parce qu’on suppose qu’ils paient des rançons élevées. Les preneurs

85
d’otages ne sont pas toujours sélectifs, et les kidnappings peuvent toucher en
principe tous les civils.
Au fur et à mesure que la ville de Goma s’étend dans les zones précédemment
rurales, les terres deviennent de plus en plus rares et l’accès à la terre est devenu
une source fréquente de tensions. Ces tensions autour du foncier plus volatiles
puisqu’elles prennent souvent une dimension politique et ethnique, notamment la
concurrence entre les leaders des communautés Kumu, qui se considèrent les
autochtones de la ville de Goma et du Nyiragongo, et les communautés Nande,
arrivées plus récemment, pour le contrôle de la chefferie et des ressources dans le
territoire70. Ces tensions ont connu des escalades intermittentes, la plus récente
datant seulement du mois d’avril 2021 quand une manifestation contre la
MONUSCO a dégénéré en conflit ouvert et échange de balles entre jeunes Kumu et
Nande, causant au moins dix morts et provoquant l’incendie de nombreuses
maisons et boutiques dans les quartiers à périphérie nord de Goma71.
De nombreux groupes armés ont trouvé refuge dans le vaste parc national de
Virunga et montent régulièrement des incursions dans les zones autour du parc.
Parmi ces groupes, les FDLR, les Nyatura-CMC et des petits groupes issus de
l’ex-rébellion des M23 sont particulièrement puissants et actifs. Puisque les zones
du parc commencent à peine à une vingtaine de kilomètres de Goma et certaines
parties des territoires de Nyiragongo et de Rutshuru se trouvent dans le parc, les
zones ciblées par le projet sont donc vulnérables à des attaques régulières, ce qui a
un impact considérable sur les économies locales, ainsi que sur le comportement
et le sentiment de sécurité des populations locales72. La menace constante à
laquelle les populations locales, les commerçants et voyageurs sur l’axe
Goma-Rutshuru font face a été mise en exergue en février 2021 par l’attaque d’un
convoi du PAM à seulement une vingtaine de kilomètres de Goma, qui a couté la
vie à l’Ambassadeur italien en République démocratique du Congo, son chauffeur
et son garde du corps73.

Territoire de Rutshuru
Le territoire de Rutshuru est situé à l’est de la province du Nord-Kivu, avoisinant le
Rwanda et l’Ouganda à l’est, le territoire de Lubero au nord, les territoires de
Masisi et Walikale à l’ouest, et le territoire de Nyiragongo au sud. Il a une superficie
de 5 289 km² et une population estimée de 1,7 million. Le Rutshuru est composé
de deux chefferies, la chefferie de Bwito dans sa partie ouest, et la chefferie de
Bwisha à l’est. La zone de santé de Rwanguba occupe la partie sud-est du Rutshuru
et tout la partie sud de la chefferie de Bwisha, englobant les collectivités de Jomba,
Kisigari, et Rugari, les groupements ciblés par le projet. La population de la zone est
composée à majorité des Hutu, ainsi que des groupes minoritaires, notamment les
Nande, les Tutsi, et les Twa (pygmées). Les terres volcaniques dans la partie sud du
Rutshuru reçoivent des pluies abondantes et ont un climat tropical de montagne
rendant la zone très fertile pour les agriculteurs ainsi que pour les éleveurs.
L’agriculture vivrière est la principale activité de la zone avec une production de

86
bananes, pommes de terre, patates douces, manioc, sorgho, carottes, choux et
autres légumes, ainsi que des cultures d’exportation (café, thé, quinquina). Le Parc
national de Virunga, le parc national le plus connu de la République démocratique
du Congo avec une biodiversité unique dans le monde, couvre une large partie du
Rutshuru.
Le territoire de Rutshuru, avec le Masisi, a été l’épicentre des conflits armés du
Nord-Kivu depuis une vingtaine d’années. Ces conflits ont leur origine dans la
compétition historique pour l’accès à la terre, les ressources naturelles, et le
pouvoir politique, notamment dans les territoires de Masisi, Rutshuru, et Walikale,
entre les communautés Hunde, Nande, Nyanga, et Tembo, qui se considèrent les
autochtones du milieu; et les communautés rwandophonesxii, Hutu et Tutsi, qu’ils
considèrent comme allochtones sans droit traditionnel d’accès à la terre. Bien qu’il
y ait eu des communautés rwandophones (notamment dans l’est du Rutshuru,
dans la chefferie de Bwisha, et dans le territoire d’Uvira au Sud-Kivu) qui vivent
depuis des siècles sur ce qui est devenu en 1960 le territoire congolais, une large
partie d’entre eux ne sont arrivés qu’après 1938, lors des migrations spontanées
ou organisées par le pouvoir colonial belge. Leur traitement préférentiel par les
autorités belges leur a donné accès aux terres, surtout aux grands pâturages et
concessions au Masisi et à l’ouest du Rutshuru. Le contrôle de ces terres, ainsi que
les institutions politiques au niveau local, territorial, et provincial sont âprement
contestées par les différentes communautés, ce qu’explique en partie l’instabilité
constante qu’a connue le Rutshuru depuis 1994. Bien sûr, les enjeux des guerres
de 1996-1997 et de 1998-2003 allaient au-delà des enjeux locaux, mais une
dimension clé des guerres de l’AFDL et du RCD était la question de l’appartenance
des populations rwandophones à l’État congolais qui est intimement liée à leur
place dans les économies et sociétés locales.
Même si la zone de santé de Rwanguba a été épargnée par les flambées de
violence des dernières années qui sont concentrées plutôt dans la chefferie de
Bwito à l’ouest du Rutshuru, les groupements ciblés par le projet ont été des zones
de combats et d’occupation entre 2006 et 2009 durant le règne du CNDP et en
2012-2013 pendant l’occupation du mouvement M23. Tous les deux mouvements
étaient issus de l’intégration incomplète des combattants et réseaux d’influence
des rebelles du RCD dans les FARDC et les structures politiques des Kivu. Les deux
rébellions avaient l’appui supposé des gouvernements voisins, du Rwanda surtout,
aussi de l’Ouganda pour le M23. Depuis la fin de la rébellion du M23 fin 2013, les
activités des groupes armés au Rutshuru se sont concentrées principalement à
l’ouest du Rutshuru. Les populations de la zone ont donc plus de deux décennies

xiiLe terme rwandophone et souvent utilisé comme désignation des communautés Hutu et Tutsi au
Congo, donc toutes les populations qui parlent le kinyarwanda, la langue officielle du Rwanda. Même
si le terme est politiquement sensible comme il est utilisé par des uns et des autres pour suggérer
que les Hutu et Tutsi congolais auraient un lien plus étroit avec le Rwanda, l’utilisation du terme est
suffisamment commune pour être utilisé ici au sens linguistique du terme, c’est-à-dire ceux dont la
première langue est le kinyarwanda.

87
de guerre avec des déplacements fréquents, la destruction ou perte de leurs biens,
et la reconstitution de leurs vies et moyens de subsistance à plusieurs reprises. Ces
longues périodes de guerres ont laissé beaucoup de traces auprès des
communautés locales, causant une vulnérabilité continue et accrue due au
manque de biens et d’épargne des ménages qui ont perdu leurs possessions à
multiples reprises, des traumatismes liés aux violences vécues et déplacements
fréquents, surtout pour les survivantes et survivants des violences sexuelles.
Même si les tensions entre la communauté majoritaire des Hutu et les Tutsi, qui
avaient contribué aux rébellions du CNDP et des M23, ne sont plus aussi marquées
que pendant les rébellions et gérées à un niveau politique, ces tensions pourraient
rejaillir si la donne politique nationale ou provinciale change.
En 2021, les activités des groupes armés se sont calmées et sont plutôt du côté de
la chefferie de Bwito, vers la frontière avec le Masisi où les groupes armés sont
plus actifs, notamment les groupes NDC (NDC-R/Guidon et NDC-R/Bwira), les
APCLS, et les Nyatura. Ce qui inquiète, fin 2021, est la résurgence des présumés
éléments M23 retranché à la frontière entre le Rutshuru et le Rwanda. Plusieurs
attaques des M23 depuis novembre 2021 ont un impact immédiat sur la zone de
projet, même si ces attaques ont été de courte durée pour l’instant74, 75. Il y a
également une activité continue des présumés groupes Nyatura et FDLR dans le
Parc National de Virunga, ce qui se manifeste par des attaques occasionnelles des
villages avoisinants, mais surtout par une activité criminelle (braquage des
boutiques, camions et bus; kidnappings) dans les alentours du parc et surtout le
long des routes parcourant le parc.

Walikale
Le territoire de Walikale est le plus vaste de la province du Nord-Kivu avec
23 475 km² soit presque 40 pour cent de la superficie totale de la province et
presque la superficie du pays voisin du Rwanda (environ 26 000 km2). Des
frontières communes avec la province du Maniemea à l’ouest, les territoires de
Lubero et Masisi au nord et est, et la province du Sud-Kivu (territoire de Kalehe) au
sud. Il a une population estimée d’1,2 million, mais avec une très faible densité de
population. Le projet cible sept des 15 groupements du territoire, notamment
Banabangi, Luberike, Bakusu, Wassa, Utunda, Bafuna et Bakano pour atteindre la
population ciblée d’à peu près 13 000 bénéficiaires.
Les activités minières représentent une forte partie des projets de développement
communautaire exploités par l’entreprise La Société minière Alphamin Bisie Mining
SA, avec les communautés locales, estimés à 4 millions d’USD, répartis en
différents secteurs tels que l’agriculture, pêche, élevage, énergie, eau, potable,
santé et éducation76. Les axes principaux le long desquels les activités du projet se
déroulent sont relativement en sécurité et épargnés par l’activité des groupes
armés. Bien que le territoire de Walikale enregistre régulièrement des activités des
groupes armés et de nombreuses violations de droits humains et de protection, la
grande majorité de ces activités néfastes a eu lieu dans la zone de santé de Pinga,

88
au nord du territoire, où s’affrontent régulièrement les forces de Nduma Defence
of Congo – Rénové (NDC-R) et du Front Patriotique pour la Paix (FPP)xiii, 77. Cette
zone autour de Pinga a également vu des luttes internes au groupe NDC et une
certaine reconfiguration et des combats entre leaders et factions rivalisant au sein
de ce mouvement armé78. Ces affrontements provoquent régulièrement des
mouvements de populations considérables dans la zone de santé de Pinga et
même dans les territoires voisins de Rutshuru et Masisi. Selon le gouvernement
congolais, depuis l’année dernière, de nombreux membres des groupes armés
NDC-R, FPP, Kifua Fua, et MFA (Mouvement d’action pour le changement) ont
déposé les armes et attendent un programme DDR79.

La zone de santé de Walikale, ciblée par le projet n’est pas directement touchée
par cette instabilité, mais reçoit des déplacés internes. Elle souffre tout de même
de son enclavement relatif et une très faible présence de l’autorité de l’État. Selon
le personnel de projet, des désinformations et des attentes non-satisfaites de la
population ainsi que des intérêts politiques à Walikale ont créé certaines tensions
avec la population de la zone de santé de Walikale, notamment avec des groupes
de jeunes. Il y a également des milices locales dans le territoire sur l’axe vers le
Sud-Kivu, dont l’activité peut provoquer des déplacements et des PDI qui trouvent
refuge dans les zones du projet.
Il y a toujours une présence des groupuscules armés qui opèrent à la périphérie
des zones d’intervention du projet, notamment des activités continues des
miliciens NDC-R/Guidon autour des carrés miniers de Kailaenge sur l’axe
Walikale-Goma, un groupe réfractaire de miliciens Simba près du village Abatokolo
sur l’axe Walikale-Kisangani, et des groupes de bandits près du village Kabangwa,
dans la forêt Bakano, sur l’axe Walikale-Sud-Kivu80. Les représentants et membres
des groupes armés seraient présents dans la ville de Walikale Centre, chef-lieu du
territoire et siège du bureau conjoint du projet, mais sans y être actif. Les
informateurs et membres des groupes armés interrogés lors de la recherche n’ont
pas indiqué qu’ils se sentiraient menacés par les groupes armés. En fait, Walikale
Centre a toujours été épargné par l’activité des groupes armés pendant les
décennies de guerres en République démocratique du Congo. Pourtant, la zone
abrite de nombreux déplacés et est une zone d’accueil des migrants des parties
moins sécurisées du territoire et même des territoires voisins, notamment le
Masisi au Nord-Kivu et le Kalehe au Sud-Kivu.

xiii
Par exemple, le Cluster de Protection du système humanitaire a enregistré 169 cas d’incidents de
protection au seul mois de mars 2021.

89
Sud-Kivu

Carte administrative du Sud-Kivu

Source: OCHA. 2023. République démocratique du Congo. Dans: OCHA Interactive Data. [Consulté le
15 janvier 2022]. [Link] Modifié par l’auteur.

Territoire d’Uvira
Le territoire d’Uvira est une entité administrative déconcentrée de la province du
Sud-Kivu ayant pour chef-lieu la ville d’Uvira. Il comprend trois cités notamment la
cité d’Uvira, la cité de Kagando (chef-lieu Kiliba) et la cité de Sange. Il a, en outre,
trois chefferies à savoir la chefferie de Fuliru avec cinq groupements, la chefferie
des Bavira avec sept groupements et la chefferie de la plaine de la Ruzizi subdivisée
en quatre groupements. Selon une étude de 2016, le territoire d’Uvira affiche l’une
des plus fortes concentrations de groupes armés de l’est du Congo avec des
dizaines de groupes, souvent composés tout au plus d’une cinquantaine de
combattants, résident dans les montagnes de ce territoire ainsi que dans la Plaine
de la Ruzizi81. Ainsi, le territoire représente un microcosme de la militarisation des
relations intercommunautaires et de la compétition entre chefs coutumiers,
acteurs politiques et éleveurs et agriculteurs autour du contrôle du pouvoir
politique et des terres. Dans les zones du projet, dans la plaine de Ruzizi, ce conflit
est surtout entre les communautés des Bafuliiru et les Barundi qui vivent en
opposition depuis des décennies. Le contexte sécuritaire du territoire d’Uvira reste
donc volatile. Les nombreux groupes armés nationaux et étrangers présents dans
la zone ont des motifs et des modes opératoires variés, avec certains représentant
des intérêts communautaires, d’autres les intérêts de certains acteurs politiques

90
ou autorités coutumières, et encore d’autres dont la motivation semble être la
prédation et le profit économique. Les FARDC sont présents dans la zone, mais,
selon les interlocuteurs, en nombre insuffisant pour faire face aux groupes armés
malgré quelques opérations menées pour le rétablissement la paix (par exemple
Sokola 2, opération conjointe FARDC-MONUSCO en 2015).
Actuellement, le territoire compte à son actif une dizaine de groupes armésxiv: une
circulation active des armes entre les mains de la population civile couplée à une
forte présence des acteurs armés renforcent la fragilité sécuritaire de la zone; des
tensions entre les Barundi et les Bafuliiru dans la chefferie plaine de la Ruzizi
persistent. Dans ce contexte, il faut signaler la présence des éléments des Forces
de libération nationale burundais, un groupe armé en opposition au
gouvernement actuel burundais. Les Forces de libération nationale sont installées
vers le territoire frontalier de la République démocratique du Congo et la
république Burundaise depuis la deuxième moitié des années 2000, utilisant la
province du Sud-Kivu comme base pour recruter de nouveaux partisans et pour
des incursions occasionnelles au Burundi. Ces éléments opèrent dans la plaine
de la Ruzizi (et dans les hauts plateaux d’Uvira et jusqu’au Mwenga). Dans
certaines localités ils coalisent avec la communauté Barundi pour s’attaquer à la
communauté Bafuliiru mais en général, ils agissent d’une manière indépendante
poursuivant leurs intérêts liés au contexte politique du Burundi.
Malgré le nombre de projets/programmes de cohésion sociale et résolution des
conflits qui y sont mis en œuvre, il y a une réelle suspicion entre ces deux
communautés qui s’accusent mutuellement de constituer des milices à caractère
tribal et l’implication dans des cas d’assassinats ciblés. Les conflits les plus
récurrents dans la zone sont les conflits de pouvoir coutumiers, de succession,
entre agriculteurs et éleveurs et les conflits fonciers. Il s’y ajoute des tensions entre
familles militaires et civils, entre réfugiés Burundais, déplacés internes et
communauté d’accueil et des mésententes criantes entre société civile et autorités
politico-administratives dans la plaine de la Ruzizi.
Ces différents conflits et situation d’opposition persistants ont un impact négatif
sur la stabilité sécuritaire. Dans un contexte tellement combustible, les conflits
locaux autour l’accès à la terre ou même autour de la distribution de l’assistance
humanitaire peut facilement dégénérer en violences impliquant des acteurs armés.
L’insécurité permanente impacte davantage sur la situation humanitaire déjà
détériorée dans les zones de mise en œuvre du projet, contribuant à des
déplacements de population à grande échelle, à des activités agricoles perturbées
et entravant l’accès aux marchés, aux écoles et aux soins de santé. Au sud de la
province du Sud-Kivu, par exemple, les conflits, les déplacements et les chocs
agricoles et climatiques récurrents ont également dévasté le tissu
socio-économique de ces provinces, entraînant l’appauvrissement et la

xiv
Cartographie des groupes armés actifs avec détails sur leurs seigneurs fournis par Help Channel
Congo (partenaire de mise en œuvre à Uvira).

91
vulnérabilité chronique de ses habitants. De plus, les groupes armés profitent
souvent de la vulnérabilité socio-économique et du faible niveau d’éducation des
adolescents pour les enrôler dans ces groupes.
Bien qu’il y ait des initiatives de paix mises en œuvre par divers acteurs
non-étatiques dans le cadre du rétablissement de la paix et la stabilité sécuritaire à
travers la transformation des conflits et la cohésion sociale, ces initiatives restent
dispersées avec pour conséquence moins d’acquis palpables. Cette dispersion est
dû principalement à une absence de coordination entre les acteurs qui exercent
dans la zone. Il s’observe également un décalage énorme entre les actions posées
et la complexité des problèmes locaux. Les réponses et les réalisations ne sont pas
à la hauteur des attentes et des demandes des populations par rapport aux
problèmes que ces derniers rencontrent au quotidien.

Territoire de Mwenga
Le territoire de Mwenga comme celui d’Uvira est une entité territoriale
déconcentrée situé au nord-ouest de la ville de Baraka et réparti en six
collectivités, qui sont principalement la collectivité d’Itombwe (cinq groupements),
de Wamuzimu (22 groupements), de Basile (dix groupement), de Lwindi (six
groupements), de Luhwinja et de Burhinyi. Les quatre premières sont
majoritairement habitées par la communauté Lega, une des tribus majoritaires à
Mwenga et les deux dernières sont peuplées par la communauté Shi. L’accès au
territoire de Mwenga se fait soit par voie routière ou aérienne. La nationale R2 est
la principale voie d’accès. Pendant la saison pluvieuse, l’accès à Mwenga était
complexe avant sa réhabilitation récente. Le défi reste au niveau des routes de
dessertes agricoles qui sont pour la plupart impraticables.
La situation sécuritaire à Mwenga est relativement calme. On constate la présence
de quelques groupes armés nationaux (par exemple des groupes Maï-Maï variés:
Mupekenya, Mushombwe, Issa Mutoka, Ilunga) et étrangers (les FDLR notamment
dans les forêts d’Itombwe), mais ils ne sont moins actifs que dans d’autres zones.
Quelques cas isolés d’attaques par des acteurs armés inconnus, mais suspectés
d’être des jeunes membres de la communauté, sont signalés de temps en temps sur
l’axe Mwenga – Walungu et parfois des affrontements entre les FNL ou des ex-FDLR
(intégrés déjà dans la communauté) et les Maï-Maï ou les FARDC sont enregistrés.
D’autres incidents sécuritaires sont les braquages, attaques armées contre les cibles
civiles et/ou acteurs humanitaires, des viols et pillages dans cette zone. Ces cas sont
assez rares, pourtant, avec une baisse des cas rapportés au niveau du bureau de
coordination de la société civile comparé à il y a deux ou trois ans.
Les conflits autour de l’exploitation minière entre les creuseurs artisanaux et les
compagnies chinoises présentent une autre forme d’insécurité signalée à Mwenga
avec des manifestations occasionnelles et parfois violentes des creuseurs
artisanaux contre le déguerpissement de leurs mines.

92
Territoire de Walungu
Le territoire de Walungu compte deux principales chefferies, notamment la
chefferie de Ngweshe avec 16 groupements et la chefferie de Kaziba avec
15 groupements. Sa superficie est estimée à 1 800 km2. Dans le cadre de cette
analyse, l’équipe sur terrain a visité la chefferie de Kaziba précisément dans la
localité de Mulamba et la chefferie de Ngweshe dans le groupement d’Izege et
Kanyola. Walunga a un sous-sol riche en minerais avec une exploitation d’or et de
cassitérite principalement à Nzibira et à Mushinga. On y trouve les communautés
Shi, qui sont majoritaires, des Tembo, Lega et d’autres communautés minoritaires.
Le territoire ne connait pas, cependant, des tensions identitaires et /ou les
tensions autour du pouvoir coutumier entre les communautés qui se considèrent
autochtones et non-autochtones comme c’est le cas dans d’autres zones. Selon les
autorités locales consultées, toutes ces autres communautés vivant sur le territoire
reconnaissent le pouvoir coutumier de la communauté majoritaire Shi.
De focus group et entretiens individuels organisés il est ressorti que les conflits les
plus accrus dans cette zone de mise en œuvre du projet sont ceux liés au pouvoir
coutumier entre familles régnantes, ceux autour de la terre, notamment les limites
de champs, et ceux qui sont liés à la présence des groupes armés. Les groupes
armés n’ont pas été identifiés, mais semblent être associés aux déplacés venus du
territoire de Kabare et installés à la limite avec la chefferie de Nindja, dans le
territoire de Kabare et le groupement de Kaniola en territoire de Walungu. Les
autorités locales considèrent qu’il y a une insuffisance des éléments FARDC dans la
zone, une situation qui favorise l’installation et les opérations de ces groupuscules
armés créant ainsi terreur et désolation dans le chef de la communauté.
Il convient de préciser que beaucoup d’incidents de petite criminalité sont une
réalité dans le territoire de Walungu, notamment dans les groupements d’Izenge,
Kanyola et Mulamba où l’équipe est passée pour collecter les informations. Les
coupeurs de route, essentiellement orchestrées par des acteurs armés
non-identifiés, sont signalés sur le tronçon Walungu-Burale, Burhale-Mulamba, des
disparitions sans suite au sein de la communauté à Mulamba et des barrières
illégales sont érigées sur l’axe Mungamba dont les éléments FARDC seraient
présumées responsables. Il y a une forte circulation des armes entre les mains de
la population civile à Kaniola. Cela est une forme d’auto-prise-en-charge par la
communauté après s’être vue victime d’une suite des massacres du groupe armé
Rastades années 2000xv.

xvPour mieux comprendre la situation actuelle, il faudrait la situer dans le contexte historique du
groupement de Kaniola , où la population a été particulièrement traumatisée par les violences et
massacres perpétrés par le groupe Rasta, un groupe armé composé de certains dissidents des Forces
démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) rejoints par quelques Congolais, entre 2004 et
2007 dans le territoire de Walungu et une partie de Kabare. Ces violences et traumatismes causés par
le groupe armé Rasta ont été la motivation principale des notables du coin à formuler une demande
aux autorités provinciales de doter la jeunesse des armes et de les rassembler en comité de vigilance
et d’alerte. Ces comités jouent un rôle d’alerte en cas de menaces sécuritaires et assistent ainsi les

93
Par ailleurs, les voies d’accès au territoire de Walungu sont relativement bonnes, et
cela réduit tant soit peu les risques et le bilan de coupages de route dans ladite
zone. Les éléments de Raia Mutomboki qui jadis (il y quelques années) tracassaient
la population sur certaines routes dans le groupement de Mulamba, ne sont plus
d’actualité a affirmé le chef de groupement de Mulamba, qui a confirmé une
grande amélioration de la situation sécuritaire à Mulamba comme sur toute
l’étendue du territoire.

forces de l’ordre dans leur tâche de protection des populations. C’est dans ce même contexte que le
colonel Albert Kahasha, dit Foka Mike fut déployé par le gouvernement provincial pour démanteler
les Rasta. Sa mission a été considéré un succès et il est considéré un héro local. Après sa mission,
Foka Mike avait renforcé la logistique des comités de vigilance en leur cédant ses armes et munitions.

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Bibliographie

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Lectures complémentaires

Documents et rapports des Nations Unies ou du gouvernement


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Protéger les moyens d’existence c’est sauver des vies

Contacts
Représentation de la FAO en République démocratique du Congo
FAO-CD@[Link]
[Link]/republique-democratique-congo | @FAORDCongo
Kinshasa, République démocratique du Congo

Bureau des urgences et de la résilience


OER-Director@[Link]
[Link]/emergencies | @FAOemergencies
Rome, Italie

Organisation des Nations Unies


pour l'alimentation et l'agriculture

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