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Afr 620382003 FR

Le document présente des témoignages poignants d'enfants soldats en République Démocratique du Congo, recrutés de force par divers groupes armés. Ces récits illustrent les violences physiques et psychologiques qu'ils ont subies, ainsi que les atrocités qu'ils ont été contraints de commettre. Les enfants partagent leurs expériences traumatisantes, leurs luttes pour survivre et les conséquences durables de leur engagement dans des conflits armés.

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Le document présente des témoignages poignants d'enfants soldats en République Démocratique du Congo, recrutés de force par divers groupes armés. Ces récits illustrent les violences physiques et psychologiques qu'ils ont subies, ainsi que les atrocités qu'ils ont été contraints de commettre. Les enfants partagent leurs expériences traumatisantes, leurs luttes pour survivre et les conséquences durables de leur engagement dans des conflits armés.

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AMNESTY INTERNATIONAL

à l'attention des Médias

République Démocratique du Congo: Les enfants soldats racontent


leurs histoires

Jeanne a été recrutée de force par l’ADFL à l’âge de 11 ans en 1996: ‘J’ai été recrutée à Goma alors que je
rentrais de l’école. Sur la route, il y avait des soldats dont le véhicule avait l’air d’être en panne. C'était en
fait un piège. Ils m’ont appelée, moi et d’autres enfants. Quand je me suis approchée d’eux, ils m’ont alors
attrapée et mise dans leur véhicule avant de m’emmener dans un camp d’entraînement militaire. C'est là
que j’ai été entraînée et c’est de là que nous avons commencé à marcher sur Kinshasa. Parce que nous
avons été emmenés de force alors que nous rentrions de l’école, nos parents n’ont pas su ce qui nous était
arrivé. A ce jour, je ne sais pas si mes parents sont vivants. Et même s’ils le sont, ils ne savent pas ce qui
m’est arrivée.’
******************************

Thomas, qui est âgé aujourd’hui de 16 ans, a été recruté dans le Nord-Kivu à l’âge de 13 ans par le
RDC-Goma alors qu’il se rendait à l’école. Son frère de 8 ans ainsi que plusieurs autres enfants ont
également été recrutés à la même époque. Il a été envoyé au camp d’entraînement de Mushaki dans le
Nord-Kivu pendant 5 mois, En raison de blessures graves dues à des coups sur sa colonne vertébrale, il y
a peu de chances pour qu’ils retrouvent l’usage total de ses jambes : ‘Les traces que j’ai sur tout mon dos
sont dues aux commandants du camp qui m’infligeait 40 coups de crosses de fusils chaque fois que je ne
parvenais pas à faire comme un adulte les exercices quotidiens ou bien si je m’endormais pendant mes
tours de garde. En raison des coups, deux de mes amis dans le camp sont morts. Les soldats les ont
enterrés dans les toilettes. Je pense toujours à eux’
******************************

Bénédicte, recrutée par l’ADFL à l’âge de 11 ans, a rapporté à Amnesty International ce qu’elle a
vécu sur le front : ‘Plusieurs de mes amis ont été tués au cours des combats. D’autres ont perdu des
membres - des bras, des jambes. Je me souviens d’un camarade, un de mes amis, dont le nez avait été
arraché. Un autre avait un grand trou dans le visage, autour de ses lèvres et de sa bouche.’

*****************************
Gaston a été enrôlé alors qu’il se trouvait dans sa salle de classe, à l'âge de 10 ans par l’ADFL: ‘On
avait peur parce que nous étions jeunes et on ne savait rien au sujet de l’armée. Même sur les terrains de
tirs, lorsqu’ils vous disent de tirer, vous avez toujours peur. Pour que je puisse vaincre ma peur, j’ai dû tuer
quelqu’un dans le camp d’entraînement. Une nuit, ils ont emmené quelqu’un alors que je montais la garde
de l’entrée du camp. C’était un enfant dont ils avaient caché le visage. Ils m’ont dit que c’était un rebelle, un
ennemi et que je devais le tuer. C’est exactement ce que j'ai fait. Sur le champ. Avec mon poignard Cette
nuit-là, après l’avoir tué, je n’ai pas fermé l’oeil.’
****************************
Albert avait 15 ans lorsqu’il a été recruté par le RCD-Goma en 1999: ‘Je peux vous dire par
expérience personnelle que nous kadogos [enfants soldats] nous étions plutôt nombreux. Après la capture
d’un village, ce qui arrivait, c’est qu’ils nous donnaient du chanvre [haschich] et nous forçaient à tuer des
gens pour nous endurcir. Parfois, ils amenaient des femmes et des filles pour être violées. Les officiers ne
justifiaient jamais leurs actes. Chaque fois qu’ils faisaient quelqu’un prisonnier, ils ordonnaient aux kadogos
de faire ces choses devant les soldats adultes, comme si c’était un spectacle, pour humilier les villageois.
Cela ne nous intéressait pas mais ils nous battaient si nous refusions d’obéir. Avant de faire cela, avant de
tuer quelqu’un, vous deviez fumer du hasch - et une fois que vous l’aviez fumé, cela empêchait l’esprit de
la personne que vous avez tuée d’entrer dans votre corps..’
****************************

Olivier a commencé son existence d’enfant soldat à l'âge de 11 ans et pendant les 7 années
suivantes il a servi dans différents groupes armés. Après la capture de Katoye, une ville dont le sous-sol
recèle de coltan, son commandant membre du RDC-Goma, a ordonné à ses soldats d’attaquer les
populations ‘Il nous a ordonné de tout piller, de chasser les civils et de détruire leurs maisons. La population
a réagi et à essayer de nous en empêcher. Alors le commandant nous a dit de tuer quiconque opposerait
une résistance. Il m’a personnellement ordonné de le faire et a demandé à deux autres soldats de me
surveiller et de me tuer si je refusais d’obéir. Alors, j’ai tué, j’ai tiré sur ces gens. Ils m’ont amené une femme
et ses enfants et j'ai dû les mettre dans un trou pour les enterrer vivants. Ils criaient et me suppliaient de leur
épargner la vie. J’ai pris pitié d’eux mais lorsque je me suis retourné, j’ai vu les deux soldats qui
m’accompagnaient. Alors je me suis dit: ‘si je les laisse partir, ces soldats vont me tuer’. Alors j’ai fait ce
qu’on m’avait dit de faire et j’ai enterré la femme et ses enfants vivants pour sauver ma propre vie.’
****************************

Albert, dont nous avons déjà cité le témoignage un peu plus haut, est aujourd’hui âgé de 19 ans. Il
est démobilisé: ‘J’ai été ostracisé par la population. Quand j’ai tué des gens à K. on m’avait surnommé
‘L’assassin’ et le nom est resté. Les gens ont commencé à dire que L’assassin avait quitté l’armée et que
maintenant il allait devoir payer pour ses crimes. Pour moi, ce serait du suicide de retourner là bas. Ils me
tueraient.’
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Natalia a 16 ans. Elle est du Sud-Kivu et a été recrutée par le RDC-Goma quand elle avait 12 ans:
‘Je vivais au village avec ma mère, mes frères et mes soeurs. Un jour, notre village a été attaqué par les
Maï maï. Les soldats maï maï ont pris tout ce que nous possédions. Quelques jours plus tard, notre village
a de nouveau été attaqué mais cette fois-ci par le RDC-Goma qui nous ont accusés de collaborer avec les
Maï maï et de leurs donner de la nourriture. J’ai assisté aux meurtres de plusieurs de mes proches par les
soldats. Ils ont violé ma mère et mes deux soeurs. Je me suis cachée mais j’ai vu comment ils ont violé ma
mère et mes soeurs. J’avais peur et j’ai pensé que si je rejoignais les rangs de l’armée, je serais alors
protégée. Je voulais me défendre. Une fois dans l’armée, on m’a appris à porter et à me servir d’un fusil, et
je montais la garde la nuit et le jour. C’était horrible parce que je n'avais que 12 ans et que j’étais
régulièrement frappée et violée pendant la nuit par les autres soldats. Un jour le comandant a voulu que je
devienne sa femme. Alors j’ai essayé de m’échapper. Ils m’ont rattrapée, m’ont fouettée et m’ont violée
chaque nuit pendant plusieurs jours. A 14 ans à peine, j’ai eu un bébé. Je ne sais même pas qui est son
père. Je me suis de nouveau enfuie et cette fois-ci j’ai réussi à m’échapper. Mais aujourd’hui, je ne sais pas
où aller et j’ai peur de rentrer à la maison, parce que j’ étais une soldate.’
****************************

Emilie, recrutée de force à 11 ans par l’ADFL, a décrit ce qui lui est arrivé quand elle a dit ‘non’ à
son commandant: ‘Certains commandants avaient un sens moral mais il y en avait d’autres qui voulaient
seulement coucher avec n’importe qui. Ou vous acceptiez ou vous refusiez avec les conséquences que
cela entraînait. Les commandants avaient pour la plupart une concubine et cela créait également des
problèmes avec les autres femmes. Si vous refusiez, vous vous moquiez de son autorité, vous le défiez et
alors il va vous causer des ennuis. Je me suis souvent fait fouetter sur le dos pour avoir dit ‘non’ à mon
commandant. C’est lui-même qui m’avait fait fouetter.’
****************************

Jeanne, dont le recrutement forcé dans les forces de l’ADFL a été décrit plus haut, a rapidement
compris qu’il fallait obéir aux ordres sans discuter: ‘L’armée c’est une simple question d’obéir aux ordres. Le
principe c’est d’obéir à l’ordre avant tout. Les explications et les justifications viendront ensuite. Très
rapidement, vous comprenez que si vous n'obéissez pas à un ordre du commandant, vous serez
réprimandé et puni. On a été fouetté et maltraité à de nombreuses reprises parce qu’on n'avait pas obéi à
un ordre.’
*****************************

Kalami a été recruté à 9 ans. Quand les délégués d’Amnesty International l’ont rencontré à Goma,
il avait 15 ans. Il venait de passer six ans de sa vie à combattre dans les rangs de différentes forces armées.
A la fin 2000, alors qu’il était dans le RCD-ML, après avoir été impliqué dans une bataille particulièrement
violente, il a pris la décision de s’échapper. Malheureusement, il a été rattrapé: ‘La bataille n’en finissait pas.
On nous a dit de tuer les gens en les forçant à rester chez eux pendant que nous mettions le feu à leur
maison. On a même dû enterrer des gens vivants. Un jour, un ami et moi-même avons été forcés par notre
commandant de tuer une famille, de découper leurs cadavres et de les manger. Après la bataille, j’ai décidé
de m’enfuir et j’ai couru dans la forêt. Mais à Lubero des soldats m’ont découvert et m’ont ramené dans le
camp. Ils m’ont emprisonné et m’ont battu tous les jours. Voyant que j’étais sur le point de mourir, un soldat
a décidé de m’envoyer à l’hôpital de Lubero où des employés de l’ONU m’ont recueilli et m’ont démobilisé.
Aujourd’hui, j’ai peur. Je ne sais pas lire, je ne sais pas où est ma famille, je n’ai pas d’avenir. Le pire, c’est
pendant la journée quand je pense à mon avenir. Rien ne me rattache à la vie. La nuit, je ne dors plus, je ne
fais que penser à toutes les choses horribles que j’ai faites et que j’ai vues quand j’étais soldat.’
****************************

Jean de Walikale dans le Nord-Kivu, a 15 ans et au mois de mars 2003 était détenu en prison
depuis près d’un an. Il a été recruté de force à 12 ans par le RDC-Goma. Au cours de son entraînement il a
été brutalement battu avant d’être contraint de rejoindre les lignes avant à Walikale. ‘Le 22 juillet 2002, mon
commandant m’a demandé, ainsi qu’à deux autres soldats d’aller arrêter un homme. Quand nous sommes
arrivés, l’homme a attaqué les autres soldats avec un marteau et il a frappé mon arme avec le marteau.
J’avais peur et j’ai essayé de l’empêcher de se saisir de mon arme. Alors que nous nous débattions, le coup
est parti et a blessé mortellement l’homme. J’ai été arrêté. Je n’ai pas de parents, ce qui signifie que
personne ne m’apporte à manger. C’était dur de se battre sur le front. J’avais peur de mourir. J’ai été obligé
de tuer des gens et j’ai vu tellement d’amis mourir.’
****************************

Jeanne de l'ADFL: ‘Nous avons exécuté certains prisonniers de guerre, bien que nous en gardions
beaucoup de vivants pour montrer à la communauté internationale que nous étions vraiment agressés.
Mais nous n’avons pas gardé tous les prisonniers. C’est vrai, on en a éliminé certains. Vous ne pouvez pas
avoir des procédures judiciaires sur la ligne de front parce que vous vous battez pour votre survie. Vous
êtes du camp A et vous appelez ceux gens du camp B des rebelles et eux aussi vous appellent rebelles.
C’est pour cela que quand vous vous retrouvez face à l’ennemi, tout ce que vous pouvez faire, c’est
l’éliminer avant qu’il t’élimine toi.’
****************************

Nicolas, 16 ans, vient de Fizi dans le Sud-Kivu. Il a été recruté en août 1998 par le RDC: ‘Après
notre formation, nous avons combattu les rebelles burundais. Lors de la première bataille, j’ai été blessé à
l’estomac et emmené à l’hôpital d’Uvira où je suis resté pendant un mois et demi. Une fois guéri, on m’a
renvoyé me battre. On s’est battu contre les Maï maï à Makobola en septembre 1999. Après 3 semaines de
combats dans la région, on a été victime d’une embuscade et j’ai été fait prisonnier et emmené dans les
collines. Là, mes ravisseurs m’ont torturé, attaché et battu. Les Maï maï ont tués 7 de nos camarades. Ils
nous ont demandé de les rejoindre pour lutter contre le RCD. Ceux qui ont refusé ont été tués.’
*****************************
Julie, 14 ans, a été envoyée à Mushaki en 2002 pour y suivre un entraînement: ‘Je me suis
retrouvée avec 5 autres filles, qui y sont toujours. Elles n’ont pas été démobilisées car elles servent de
‘femmes’ aux soldats. La nuit, les soldats les violaient. Parfois, elles étaient violées par plusieurs soldats
dans une même nuit.’
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Guy, venant de la zone de Masisi dans le Nord-Kivu, est l’un des centaines d’enfants qui ont été
enrôlés dans les FDL depuis janvier 2003. Il a été recruté à l’âge de 14 ans, avant de suivre un
entraînement militaire pendant 3 mois. Puis il a été envoyé au combat : ‘Ils, les ennemis, étaient bien mieux
armés que nous. Tous les jours, je croyais que j’allais mourir. J’ai réussi à m’échapper mais dès que je suis
rentré à la maison, j’ai été recruté de nouveau par les FDL. Comme beaucoup d’autres de mon village, j’ai
été emmené dans le camp d’entraînement Mushaki. La plupart d’entre nous était âgé entre 12 et 17 ans.’
**************************

Paul, 16 ans, originaire de Walungu dans le Sud-Kivu, qui s’est enrôlé dans le RCD-Goma en 2002,
a participé aux combats: ‘ Je me suis enrôlé parce qu’il y avait déjà beaucoup d’enfants là. Je n’ai suivi
aucune formation. On m’a envoyé sur le front pour me battre à Uvira, Fizi, Baraka et Minembwe. On a
attaqué Masunzu à Minembwe. J’ai quitté l’armée en janvier 2003 après la bataille de Minembwe. On a été
battu par Masunzu. Depuis, j’ai été arrêté à trois reprises et accusé de désertion mais ma famille est
intervenue et les soldats m’ont libéré. Maintenant j’ai besoin d’un ordre de démobilisation du RCD-Goma.’
**************************

Jacques, âgé de 15 ans: ‘Je jouais à la maison avec ma soeur lorsqu’un commandant du
RCD-Goma est arrivé dans notre village et m’a recruté pour aller combattre sur le front à Mwenga. J’ai reçu
une formation de 6 mois à Kigali et j’ai appris à me servir d’armes. Pendant l’entraînement, de nombreux
enfants sont morts. C’était horrible.’
***************************

Paul a 16 ans et il vient de la région du Kasaï. Il a été emprisonné pendant 5 mois de mai à octobre
2002 au Rwanda: ‘J’ai été recruté par le RCD-Goma en 1999. Ils venaient régulièrement dans notre village
et battaient les gens. Un jour, ils sont venus dans notre maison et ils ont tout pris. J’ai décidé de rejoindre
leurs rangs afin de les empêcher de venir nous battre. Au Kasaï, on s’est battu contre des soldats du
Zimbabwe. En 2001, on m’a envoyé à Minembwe près de Fizi pour lutter contre Masunzu. Puis quand nous
sommes arrivés à Fizi, les Rwandais ont décidé de nous ramener au Rwanda pour nous empêcher de
rejoindre les forces de Masunzu. Ils nous ont dit que nous allions être formés au Rwanda, mais quand nous
sommes arrivés, ils nous ont mis en prison pendant 5 mois. On était environ 500, dont beaucoup d’enfants.
On était enchaîné, même pour aller aux toilettes et parfois ils nous battaient sans raison apparente. Après
ils nous ont ramenés à Bukavu. C’est un responsable du RCD-Goma qui a négocié notre retour. 3 mois plus
tard, on était démobilisé par le RCD-Goma, mais je n’ai toujours pas d’ordre de démobilisation. Pour moi, la
pire expérience a été le Rwanda. Je n’ai toujours pas de contact avec ma famille.’
***************************

Ayant vu des civils rassemblés avant d’être exécutés à Mambasa, et craignant de subir le même
sort, Christian, 12 ans, s’est échappé de son unité maï maï à leur retour à Beni. Malheureusement,
quelques temps plus tard, il a rencontré par hasard le colonel Kakole qui l’a de nouveau recruté: ‘On m’a
emmené au camp d’entraînement de Nyaleke. Là ils m’ont tondu la tête avec un morceau de verre cassé.
Sur le terrain d’entraînement ils tiraient à balles réelles pour nous apprendre à ne pas avoir peur. Parfois ils
me fouettaient. J’ai combattu sur le front à Bunia, Mambasa, Beni et Butembo, et j’ai tué des gens avec mon
fusil. Une fois, accrochée au fusil que j’avais, il y avait une grand chaîne de munitions. Il était si lourd que je
devais m’agenouiller pour m’en servir. Quand je me battais à Bunia, les combattants ennemis ont coupé la
tête de mon commandant juste devant moi. J’ai reçu une balle dans le bras alors que nous nous battions
contre les ‘effaceurs’ [les combattants du MLC]. J’ai pu me défendre et j’ai tiré contre le soldat qui m’avait
tiré dessus. Je l’ai touché au cou et il est mort. On ne m’a pas bien soigné et j’ai toujours mal à ma blessure.
L’armée n’a pas de temps pour les blessés. Je ne suis pas payé et il n’y a ni nourriture ni savon. Quand j’irai
mieux, je veux aller à l’école.’
*****************************

Jérôme est âgé de 13 ans. Il est au camp de Mangangu depuis 6 mois. Il s’est enrôlé de son plein
gré dans les unités maï maï après avoir entendu que le RCD-Goma avançait sur sa ville natale de Kasaphu.
Il s’est engagé avec 26 autres enfants. Au cours de leur formation, on leur a enseigné à démonter et
remonter un fusil. Ensuite Jérôme a été envoyé sur le front à Kanyabayonga: ‘Au cours de la bataille, j’ai tué
des Tutsis avec ma Kalachnikov. J’avais pris des substances pour me rendre fort et invincible. J’ai vu des
adultes se faire tuer, mais aucun kadogos. Je n’aimais pas l’armée parce que vous devez coucher dans la
brousse et il n’y a jamais assez à manger. Mais je n’ai aucun intérêt pour la vie civile. En cas d’attaque
ennemie, il faudrait fuir avec les autres civils. Je préfère être un soldat pour me défendre. Mes parents sont
quelque part à Beni, mais je ne me souviens plus d’eux.’
******************************

André, 12 ans, s’est engagé volontairement dans l’unité maï maï de chef Muduoho, au début de
2003: ‘Je n’ai jamais participé à des combats. Je suis venu à Mangangu peu de temps après mon
recrutement. J’y ai reçu une formation. J’aimerais bien quitter le camp pour étudier avant de redevenir un
soldat. Je ne me souviens pas de mes parents et je n’au aucune envie de les revoir.’
******************************

Matthieu, 12 ans, vient de l’Ituri. Il se trouve dans le camp de Mangangu depuis le début 2003. Il
s’est enrôlé dans l’unité maï maï de Vital Kitambala en 2002, après que les forces du MLC de Jean-Pierre
Bemba eurent tué ses parents: ‘J’étais à l’école à Mongbwalu quand la ville a été attaquée par les troupes
de Bemba. Ma mère et mon père ont été tués pendant les combats. J’ai joint un groupe de civils qui
s’enfuyaient vers Erengeti. Les ‘effaceurs’ [les forces du MLC] ont causé beaucoup de souffrances. A
Erengeti, j’ai rejoint les maï maï et nous avons pourchassé l’ennemi aussi loin que Mambasa. J’avais un
AK-47 et j’ai tué des ‘effaceurs’. J’aimerais quitter Mangangu pour étudier avant de redevenir un soldat.’
******************************

Bonou, 16 ans, est un ancien enfant soldat de Kalundu. Il a également pris part à l’offensive contre
Uvira, mais en 2003, il a entendu parler d’une rare initiative de démobilisation: ‘J’ai été recruté pour libérer
Uvira. Je n’ai pas reçu de formation. On m’a simplement donné une arme. J’étais à Uvira avant l’attaque
comme agent infiltré. A l’aube, les maï maï sont descendus. Le RCD-Goma a été pris par surprise et a fui la
ville. On est resté avec les habitants d’Uvira et il n’y a pas eu de problèmes. Il y a avait beaucoup d’enfants
comme moi. La plupart sont repartis dans les collines avec les Maï maï, mais moi, j’ai décidé de retourner à
Uvira en janvier 2003. J’avais entendu parler d’une ONG impliquée dans la démobilisation. J’y suis allé
pour être emmené à Bukavu. Ca a été une chance pour moi car je n'aime pas les combats.’
******************************

Gaston, ancien enfant soldat de l'AFDL,: ‘Ils nous ont rassemblés, nous les libérateurs et le
président [Laurent-Désiré] Kabila lui-même nous a dit: ‘Vous êtes mes enfants et je dois faire tout ce qu’il
faut pour vous. Nous étions des kadogos, nous étions trop petits, et nous ne savions rien. Même s’ils nous
mentaient, on ne pouvait pas s’en apercevoir. Il n’a rien fait. En tout cas pas pour moi personnellement, il
n’a rien fait.’
******************************

Jeanne, dont l’expérience en tant qu’enfant soldate au sein de l’AFDL est décrite au chapitre II, a
répondu: ‘Il y a un an j’aurais dit non. Mais aujourd’hui, je crains que depuis que je suis démobilisée, l’armée
me manque. Quand j’étais dans l’armée, j’étais logée et personne ne pouvait me jeter à la rue. Et j’étais
payée en plus. Mais maintenant, un an après ma démobilisation, je n’ai plus rien. Ils n’ont pas trouvé de
moyens pour me réinsérer dans ma région ou pour me permettre de reprendre mes études bien que nous
leur ayons dit que nous voulions reprendre nos études. Il n’y a rien. Il n’y a pas de différence entre nous et
les enfants des rues. C’est pour cela que je vous dit que l’armée me manque.’.
******************************

Jamani, âgé de 13 ans, mais qui fait plus jeune et qui éprouve beaucoup de difficultés à s’exprimer,
a déclaré à Amnesty International: ‘Jusqu’à 9 ans, je vivais à la maison dans la région de Masisi dans le
Nord-Kivu avec ma mère. Puis les interahamwe sont venus et m’ont forcé à aller dans la brousse avec eux.
Après un an dans la forêt, je me suis enfui, mais je n’ai pas pu retrouver ma famille. Alors j’ai rejoint la milice
maï maï. En avril 2002, j’ai été démobilisé et ramené à ma famille. Un jour les interahamwe sont revenus au
village et ils ont tué ma mère. Maintenant, je ne sais plus où aller.’

****************************************
Vous pouvez également contacter le service de presse d'Amnesty International, à Londres,
UK, on +44 20 7413 5566. Amnesty International, 1 Easton St., WC1X 0DW. web: http://www.amnesty.org

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