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Blanchiment de capitaux en Afrique de l'Ouest

Le blanchiment de capitaux dans l'espace CEDEAO est un phénomène complexe, alimenté par des facteurs économiques, sociaux et politiques, exacerbés par la corruption et l'informalité du secteur financier. Malgré des efforts législatifs et des initiatives régionales, les États membres font face à des défis structurels qui entravent l'efficacité des mesures mises en place. Une approche intégrée et harmonisée, impliquant la coopération régionale et l'innovation technologique, est essentielle pour lutter efficacement contre ce fléau.

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Blanchiment de capitaux en Afrique de l'Ouest

Le blanchiment de capitaux dans l'espace CEDEAO est un phénomène complexe, alimenté par des facteurs économiques, sociaux et politiques, exacerbés par la corruption et l'informalité du secteur financier. Malgré des efforts législatifs et des initiatives régionales, les États membres font face à des défis structurels qui entravent l'efficacité des mesures mises en place. Une approche intégrée et harmonisée, impliquant la coopération régionale et l'innovation technologique, est essentielle pour lutter efficacement contre ce fléau.

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INTRODUCTION

Le phénomène du blanchiment de capitaux trouve ses origines dans l’évolution des


sociétés occidentales, en particulier aux États-Unis et en Europe, où il a pris de
l’ampleur à partir du début du XXe siècle. Dès cette époque, les mafias et autres
réseaux criminels organisés ont commencé à chercher des moyens pour dissimuler
l’origine illégale de leurs fonds. En effet, avec l’apparition des réglementations
financières plus strictes et la montée de la surveillance, les criminels ont été
contraints d’adopter des stratégies plus sophistiquées pour préserver leurs activités
illégales tout en légitimant l’argent acquis.

Les premières formes de blanchiment de capitaux ont été observées aux États-Unis
durant la période de la Prohibition (1919-1933), lorsque la vente d’alcool était
interdite. Les groupes criminels se sont ainsi tournés vers des moyens comme les
laveries automatiques ou les casinos pour justifier l’argent qu’ils recevaient de leurs
activités illicites. Ces techniques de dissimulation ont marqué l’émergence du
blanchiment de capitaux tel qu’on le connaît aujourd’hui.

Au fil des décennies, avec la mondialisation et l’avènement des paradis fiscaux, les


techniques de blanchiment se sont diversifiées. Les réseaux criminels ont commencé
à utiliser des sociétés-écrans, des comptes bancaires offshore et des investissements
dans des actifs difficiles à tracer, tels que l’immobilier et les œuvres d’art. En réponse,
les autorités occidentales ont commencé à réagir. L’adoption de la loi sur la banque
secrète en 1970 aux États-Unis a constitué une première étape importante dans la
régulation des flux financiers. Cependant, ce n’est qu’à partir des années 1980 et avec
la création du Groupe d’action financière (GAFI) en 1989 que des mesures plus
strictes ont été mises en place à l’échelle mondiale. Le GAFI a joué un rôle majeur
dans l’harmonisation des législations et l’implémentation de normes internationales
contre le blanchiment de capitaux.

À partir des années 1990, l’Afrique est devenue un terrain propice à l’expansion du
blanchiment de capitaux, bien que ce phénomène ait été moins visible et davantage
camouflé dans la sphère informelle. Plusieurs facteurs ont contribué à cette
évolution. En premier lieu, la faiblesse des systèmes financiers, l’instabilité politique
et la corruption rampante dans de nombreux pays africains ont facilité l’entrée et
l’implantation de réseaux criminels internationaux.
En Afrique, le blanchiment de capitaux s’est souvent trouvé associé à des pratiques
de corruption, de détournement de fonds publics et de trafic de drogue. Les grandes
entreprises et les investissements étrangers dans des secteurs tels que l’exploitation
minière, le pétrole ou les matières premières ont souvent été utilisés pour masquer
des flux financiers illégaux. Les régions riches en ressources naturelles, comme
l’Afrique de l’Ouest, ont attiré particulièrement les investisseurs frauduleux,
notamment par la mise en place de sociétés fictives et de faux contrats pour
masquer l’origine de l’argent.

Le continent africain a rapidement pris conscience de l’importance de renforcer ses


dispositifs législatifs et institutionnels en réponse à cette montée du blanchiment. En
2003, l’Union africaine a adopté la Convention sur la prévention et la lutte contre la
corruption, et plusieurs pays ont mis en place des législations spécifiques contre le
blanchiment. Cependant, malgré ces avancées, la mise en œuvre effective de ces
réformes reste limitée par des faiblesses structurelles telles que le manque de
transparence, le secteur informel prédominant et la faiblesse des contrôles financiers.

L’espace de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a


joué un rôle essentiel dans la mise en place d’une réponse collective au blanchiment
de capitaux. Face à la criminalité transnationale et à la nécessité de renforcer la
coopération régionale, la CEDEAO a créé en 2000 le Groupe intergouvernemental
d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA). Cet organe vise
à renforcer la capacité des États membres à lutter contre le blanchiment de capitaux,
en harmonisant les législations nationales et en promouvant une coopération
efficace au sein de la région.

Le GIABA, en tant qu’organe spécialisé, a joué un rôle clé en soutenant l’adoption de


normes internationales en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux. Il a
accompagné les pays de la CEDEAO dans la mise en œuvre de mécanismes de
surveillance financière, dans l’élaboration de lois nationales contre le blanchiment et
dans la formation des acteurs publics et privés. L’un des défis majeurs reste
néanmoins la mise en pratique de ces initiatives dans des contextes économiques et
politiques parfois instables.

Le Sénégal, membre actif de la CEDEAO et un acteur important en Afrique de l’Ouest,


a adopté plusieurs réformes législatives pour lutter contre le blanchiment de
capitaux. L’une des premières grandes étapes a été l’adoption de la loi n°2004-09 du 6
février 2004 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux, complétée par des
réformes ultérieures pour s’adapter aux normes internationales.

Le Sénégal a également mis en place la Cellule nationale de traitement des


informations financières (CENTIF), qui a pour mission de recueillir, analyser et
transmettre des informations sur les transactions financières suspectes aux autorités
compétentes. Cependant, malgré ces efforts, le pays demeure confronté à des défis
tels que la prévalence du secteur informel et des faiblesses dans la mise en œuvre
des contrôles au niveau local et national.

Dans un contexte international où le financement du terrorisme et les réseaux


criminels transnationaux sont de plus en plus sophistiqués, le Sénégal doit redoubler
d’efforts pour adapter ses institutions et ses législations aux nouvelles dynamiques
de blanchiment de capitaux. La coopération régionale et internationale demeure
essentielle pour combattre efficacement ce phénomène. Alors que le blanchiment de
capitaux est de plus en plus intégré dans les stratégies de criminalité transnationale,
il convient de s’intéresser aux mécanismes juridiques mis en place dans l’espace
CEDEAO pour prévenir et lutter contre ce fléau. Si certains progrès ont été réalisés à
travers des initiatives communes, les lacunes persistent, notamment au niveau de
l’harmonisation des législations et de la mise en œuvre des régulations
internationales. D’où notre sujet d’étude sur « Le blanchiment de capitaux dans
l’espace CEDEAO » Ainsi, pour saisir pleinement les enjeux liés au blanchiment de
capitaux dans l’espace CEDEAO, il est nécessaire de comprendre d’abord les concepts
sous-jacents, à savoir le blanchiment de capitaux, les capitaux eux-mêmes, et le rôle
juridique de la CEDEAO dans la régulation de ces pratiques au sein de la région. Le
blanchiment de capitaux est l’ensemble des opérations financières ou autres actes
visant à dissimuler l’origine illicite de fonds ou de biens, afin de les rendre apparents
comme provenant d’activités légales. Il comprend généralement trois étapes : le
placement (introduction des fonds dans le système financier), la stratification
(dissimulation des traces de l’origine criminelle des fonds), et l’intégration (réinsertion
des fonds dans l’économie légale, souvent par l’achat d’actifs). Ce phénomène est
réprimé par la législation nationale et internationale, notamment par des conventions
comme celle des Nations Unies et les recommandations du GAFI.

Les capitaux désignent les ressources financières ou les biens qui sont utilisés pour
financer des activités économiques ou commerciales. D’un point de vue juridique, les
capitaux peuvent être constitués de biens matériels ou immatériels, tels que l’argent,
les actions, les investissements ou tout autre actif susceptible de générer des revenus
ou des profits. Les capitaux peuvent être propres (provenant des fonds propres d’un
individu ou d’une entreprise) ou étrangers (provenant de sources externes).

La CEDEAO est une organisation intergouvernementale créée par le Traité de Lagos


du 28 mai 1975, réunissant 15 États membres d’Afrique de l’Ouest. Son objectif
principal est l’intégration économique et la coopération régionale. La CEDEAO
dispose d’un cadre juridique qui régit les relations entre ses membres, et elle est dotée
d’institutions législatives, judiciaires et exécutives, notamment la Cour de Justice de
la CEDEAO, chargée de veiller au respect des normes et décisions de la communauté.
Elle met également en place des protocoles, des accords et des régulations en
matière de sécurité, de commerce, et de lutte contre le blanchiment de capitaux et
autres crimes transnationaux. Dans ce contexte il devient crucial de se poser la
question suivante : Quels sont les facteurs économiques, sociaux et politiques qui
facilitent le blanchiment de capitaux dans l'espace CDEAO, et comment les stratégies
mises en place par les États membres répondent-elles aux défis spécifiques de cette
région ?

En prenant en compte l’ensemble des théories proposées, telles que la théorie de


l’optimalité des régulations financières de Jean-Michel Pichard, la théorie de l’agence
de Michael Jensen et William Meckling, la théorie de la régulation économique de
Claude Ménard, et la théorie de l’intégration régionale de Ernst Haas, il devient
possible de mieux comprendre les dynamiques complexes du blanchiment de
capitaux dans l’espace CEDEAO et d’évaluer les approches efficaces pour y faire face.

La théorie de l’optimalité des régulations financières, formulée par Jean-Michel


Pichard, postule que l’efficacité des régulations financières dépend de leur capacité à
s’adapter aux spécificités des marchés locaux tout en étant harmonisées au niveau
régional et international. Selon cette théorie, une régulation optimale est celle qui
minimise les risques de fraude et de blanchiment tout en permettant un
fonctionnement fluide et sécurisé des marchés financiers. Pichard suggère que
l’intégration régionale des régulations, notamment dans des zones comme la
CEDEAO, est essentielle pour prévenir le blanchiment de capitaux, car elle permet de
créer un environnement où les législations des différents pays se complètent et se
renforcent mutuellement.

La théorie de l’agence, développée par Michael Jensen et William Meckling, explore la


relation entre les mandants (les actionnaires ou les autorités de régulation) et les
agents (les entreprises ou les institutions financières), caractérisée par un risque
d’asymétrie d’information et de divergence d’intérêts. Selon cette théorie, les agents
peuvent être tentés d’agir dans leur propre intérêt, parfois au détriment des mandants,
notamment en facilitant des activités illicites telles que le blanchiment de capitaux.
L’application de cette théorie dans le contexte de la CEDEAO implique la mise en
place de mécanismes de surveillance et de contrôle efficaces pour réduire les risques
d’abus dans les relations financières transfrontalières.

La théorie de la régulation économique, proposée par Claude Ménard, met l’accent


sur l’importance des institutions dans la gestion des régulations économiques pour
maintenir la stabilité et la compétitivité d’un marché. Dans le contexte du
blanchiment de capitaux, cette théorie suggère que la régulation doit être dynamique
et flexible, afin de répondre aux évolutions constantes des techniques de blanchiment
et des systèmes financiers mondiaux. Ménard insiste sur le rôle central des
régulateurs régionaux, comme la CEDEAO, qui peuvent coordonner les actions des
différents États membres pour prévenir les pratiques de blanchiment de capitaux à
travers l’harmonisation des lois et la mise en place de structures de surveillance
communes. La théorie de l’intégration régionale, conceptualisée par Ernst Haas,
soutient que les pays d’une même région peuvent bénéficier d’une coopération
économique et politique accrue pour surmonter des défis communs. Dans le contexte
de la CEDEAO, cette théorie souligne l’importance d’une intégration des systèmes
juridiques et des régulations économiques pour mieux combattre les menaces
transnationales comme le blanchiment de capitaux. L’intégration régionale
permettrait non seulement de coordonner les efforts des États membres, mais aussi
de créer une régulation plus robuste et plus cohérente face à un phénomène aussi
complexe et mobile que le blanchiment de capitaux.

Plonger au cœur du phénomène du blanchiment de capitaux dans l’espace CEDEAO,


c’est d’abord dévoiler les mécanismes invisibles qui le nourrissent, avant de
s’attaquer aux dispositifs déployés pour l’éradiquer, tout en mettant en lumière leurs
insuffisances. C’est ainsi que nous structurerons notre analyse, en explorant
successivement les facteurs favorisant ce fléau (Chapitre I), puis les stratégies de
lutte et leurs limites (Chapitre II). Cette approche nous permet non seulement de
comprendre les origines profondes du blanchiment de capitaux, mais aussi d’évaluer
l’efficacité des mesures prises à ce jour et d’en cerner les failles, dans l’espoir
d’envisager des solutions plus adéquates pour l’avenir.

CONCLUSION

À travers l’analyse approfondie des facteurs facilitant le blanchiment de capitaux


dans l’espace CEDEAO et des stratégies mises en œuvre par les États membres pour
lutter contre ce fléau, ce mémoire a permis de mettre en lumière les dynamiques
complexes et interdépendantes qui façonnent ce phénomène dans la région. Il
apparaît clairement que les causes sous-jacentes du blanchiment de capitaux dans
l’espace CEDEAO ne sont pas seulement économiques, mais également sociales,
politiques et institutionnelles. L’économie informelle, qui reste un vecteur majeur de
ces pratiques illégales, et les faiblesses du système financier, marquées par des
mécanismes de régulation trop souvent insuffisants, rendent difficile le contrôle des
flux financiers illicites. La corruption systémique et l’impunité, qui gangrènent
certaines structures publiques et privées, ne font qu’aggraver la situation, tout en
rendant encore plus difficile la tâche des autorités locales et des institutions
internationales.

Les réponses des États membres, bien que diverses et parfois ambitieuses, révèlent
des limites structurelles qui freinent leur efficacité. Les politiques de prévention mises
en place, notamment au niveau bancaire, et les efforts de sensibilisation à l’échelle
internationale montrent des avancées indéniables. Cependant, les divergences
politiques, l’absence de coordination régionale véritable et l’insuffisance de la
coopération judiciaire et policière continuent de représenter des obstacles majeurs à
une lutte concertée et efficace contre le blanchiment de capitaux. Il apparaît ainsi
nécessaire d’adopter une approche régionale plus intégrée, où l’harmonisation des
législations et l’optimisation des mécanismes de coopération entre les États
membres seraient au cœur des priorités.

Les recommandations formulées dans ce mémoire offrent des pistes de solutions


ambitieuses, en particulier à travers le renforcement du cadre juridique, la
modernisation des outils de détection et l’implication du secteur privé dans la lutte
contre ce phénomène. L’intégration des technologies innovantes, comme les
systèmes de traçabilité des transactions, et la création d’une coopération régionale
renforcée sont des leviers incontournables pour garantir l’efficacité de la lutte anti-
blanchiment dans l’espace CEDEAO. L’engagement des autorités locales et des
institutions financières, en synergie avec les acteurs internationaux, serait la clé pour
un véritable changement.

Au final, la lutte contre le blanchiment de capitaux dans l’espace CEDEAO ne peut se


résumer à des actions isolées, mais doit s’inscrire dans une dynamique régionale et
internationale globale, marquée par une volonté politique forte et une collaboration
sans faille. Le défi reste immense, mais il est loin d’être insurmontable. L’expérience
de la CEDEAO, ses réussites et ses échecs, pourront servir de modèle ou
d’avertissement aux autres régions du monde confrontées à des enjeux similaires.
Dans cette bataille essentielle pour la stabilité économique et la sécurité des nations,
chaque avancée, chaque réforme, chaque effort de coopération peut faire une
différence cruciale.

En définitive, la question du blanchiment de capitaux dans l’espace CEDEAO n’est pas


simplement une question juridique ou économique. C’est un défi moral et politique,
un combat pour l’intégrité des institutions, la transparence des marchés et la
confiance des citoyens. Seule une approche cohérente, audacieuse et unifiée
permettra à la région de sortir victorieuse de cette lutte.

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