THEME : ROMAN OUSMANE SOCE KARIM
Introduction
Le roman d’Ousmane Socé, Karim est une œuvre à caractère social, et elle traduit les
réalités socioculturelles du Sénégal. Aussi peut-elle être rangée dans la catégorie des romans
de mœurs. Il met ainsi en relief les facettes de la culture africaine, particulièrement celles
des saints louisiens du Sénégal. Cette étude s’intéressera à l’auteur, au roman, et
spécifiquement il sera proposé un résumé, une étude de la structure et des thèmes
I. Présentation de l’auteur et l’œuvre
1. Biographie
Ousmane Socé Diop est né en 1911 à Rufisque du Sénégal. Il fit ses études secondaires au
lycée de Dakar puis fréquenta l’école William Ponty. Il entra à l’école vétérinaire d’Alfont en
1931. Il fut membre du groupe de l’Etudiant noir. Ousmane Socé exerça ensuite son métier à
Kayes, Sikasso, Mopti au Mali. Il se lança dans la politique dès 1948. Après les
indépendances, il fut ambassadeur du Sénégal à l’ONU puis à Washington. Après sa retraite
en 1968, il s’installa à Rufisque. Il est mort le 26 octobre 1973.
2. Bibliographie
Les écrits d’Ousmane Socé ne sont pas de quantité mais de qualité. En fait de roman il n’en
a écrit que deux : Karim qu’il publie en 1935 et Mirages de Paris en 1937. Il donnera aussi un
recueil de contes : Contes et légendes d'Afrique noire en 1975.
II. Résumé
Karim Gueye était un jeune homme de 22 ans, qui travaillait dans une maison de commerce
après avoir eu son certificat d’étude à l’école française. Il s’ennuyait au bureau jusqu’au jour
où il remarqua parmi un groupe de filles, Marième âgée de 18 ans, qu’il se décida de
fréquenter assidûment en vrai « samba-linguère », en compagnie de ses amis Moussa,
Alioune et Samba. Les dépenses de la jeune fille commençaient à les ruiner, car Karim
s’endettait pour être digne de sa noblesse. Cependant l’entrée en scène d’un cousin de
Marième, Badara, avec des dépenses que ne pouvaient soutenir Karim et son « état-major »,
acheva la défaite de ces derniers, après pourtant une courte victoire. Mais ce fut surtout la
mère de Marième qui en décida ainsi, alors que le cœur de sa fille battait pour Karim. Karim
en vrai « samba-linguère » donc, ne digéra pas la défaite, et décida d’aller à Dakar et
démissionna de son poste. Avec deux de ses amis, Assane et Ibrahima. Marième qui assistait
au départ sanglota. A Dakar, la capitale de l’Afrique de l’Ouest d’alors, Karim fut accueilli pas
son oncle Amadou, sa tante Rokhaya et ses cousins et cousines. Dès le lendemain, son oncle
réussit à lui trouver du travail à la Compagnie Sénégalaise. Au troisième mois, il reprit ses
habitudes et allait voir une certaine Aminata à Rufisque les week end. Fêtes et « lamb » se
succèdent, Karim qui épargnait au début, se ruina de nouveau, et il fallait un crédit de son
cousin instituteur Abdoulaye pour envoyer de l’argent à ses parents de qui il avait reçu une
lettre de reproches et de conseils. Il rompit avec Aminata et reprit difficilement une vie
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rangée. Mais, peu de temps après, il succomba sous le charme d'une catholique, Marie
Ndiaye. A cause de son amour propre, il démissionne de son travail suite à un remarque
insultante de son directeur, et essuie les reproches de son oncle qui, après
l’avoir laissé chercher en vain, lui trouva encore un travail temporaire de comptable à
l’Etablissement Costier. Il se refait une santé financière et visite les villes de la région
arachidière. Il apprend que Marie Ndiaye est enceinte de lui, et il reconnaît la paternité avec
honneur et lui propose le mariage.
Avortée par le biais des vieilles méthodes, ce mariage qu’il tentait de contracter se révélait
pourtant impossible par incompatibilités de religion, d’éducation et de mentalité. Un jour il
tombe malade de dysenterie, mais c’est surtout de nostalgie pour Ndar. Reconverti, il passe
son temps à lire le coran et les poèmes de El hadji Malick. Il décide de rentrer au bercail à la
suite d’une lettre de son ami, Babacar Ndiaye, qui lui annonçait la fête de la ville. A son
retour, il reconquit Marième qu’il épousa un vendredi et alla remercier le vénérable Serigne
Samba qui lui avait prodigué des prières. Le roman se termina par la nuit de noce qui
confirma la virginité de Marième.
III. Structure de l’oeuvre
La structure de Karim est étroitement liée au thème du voyage. C’est Ousmane Socé Diop
qui marque de façon significative le début de ses romans africains, composés sur le rythme
ternaire. L’action de Karim se fonde sur la technique du voyage. Trois épisodes sont
nettement délimités : le premier se passe à Saint-Louis, le second à Dakar et le troisième de
nouveau à Saint-Louis. A Saint Louis d’abord où le héros Karim s’épanouit dans un cadre
enchanteur traditionnel où tous ses rêves se réalisent jusqu’au jour où il connaît un échec
retentissant dans une joute amoureuse où les libéralités ostentatoires l’emportent sur la
sincérité des sentiments. Ensuite, la deuxième étape, celle des aventures du héros à Dakar,
et Karim découvre ce nouvel horizon et a de plus amples connaissances de la civilisation
européenne, et il gagne en expérience, surtout dans sa vie de jeune garçon. Enfin la
troisième phase montre le héros de retour au bercail à Saint-Louis, fort d’expériences,
réussir là où il avait échoué.
IV. Thèmes
Les thèmes sont nombreux, et il difficile de les étudier tous. On a l’amour et l’amour-propre,
l’amitié, le libertinage, le travail, l’économie, la colonisation, la parenté et le cousinage,
l’honneur, la religion, la ville, la sagesse, la fête. Autant de thèmes présents dans le roman
qu’on pourrait se proposer de développer. Voyons cependant quelques-uns.
1. La religion
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Il est tout à fait naturel que le roman soit traversé par diverses religions, et surtout celle
musulmane à laquelle appartient le héros. Mais il faut également considérer la religion
traditionnelle présente à travers les croyances, les superstitions, les gris-gris etc. On peut
noter ainsi l’importance de la fête de la tabaski, moment de ferveur et de réjouissances (
Chapitre III ).Toutefois, il n’empêche que les superstitions demeurent et c’est la raison pour
laquelle Karim et ses amis ont ajourné leur voyage du mardi, car leur dit sa mère « c’est un
jour néfaste pour les voyages lointains. Vous attendrez le vendredi » (p.63). La religion
chrétienne présente d’abord à Saint-Louis par l’église de Lourdes, devient plus présente à
Dakar avec l’entrée en scène de Marie Ndiaye dans la vie du héros. Celui-ci sera ainsi invité à
une fête de procession un dimanche à Gorée, l’occasion pour le narrateur de passer en
revue la religion catholique durant les Vêpres et l’office du prêtre. (pp.110 111)
2. Une sagesse sénégalaise
Les proverbes constituent des moyens d’expressions propres aux africains, et le roman
Karim ne fait pas exception à la règle, car cette sagesse est très présente tout au long du
récit. Dans la joute oratoire qui oppose Karim à son rival, Badara, celui-ci lui signifie qu’il est
un étranger chez sa cousine ainsi : « gane yomba na mougnal », traduisons par « il est facile
de supporter un hôte ». Et à Karim de dire à l’endroit de Marième cette sagesse de Kothie
Barma : « Aime la jeune femme, mais ne te fie pas à elle » (p.52). Quand Aminata, la copine
Karim de Rufisque lui écrit, elle lui dit : « pitieu ngui thi kow karab, wandé khélama nga thi
souf » (p.98). Karim, ne se prive pas de proverbe puisqu’il affirme « kou dem thi deuk bou
nieup di féthié bene tank, nga féthié ben tank » (103). Cette idée permet d’ailleurs à Karim
de se ressaisir et d’adopter un comportement conforme au milieu, signe donc de son
mûrissement.
3. La vie métropolitaine
Que ce soit à Saint-Louis ou à Dakar, la vie est caractérisée par un mélange de cultures
traditionnelles sénégalaises et occidentales. Toutefois la capitale est beaucoup plus
modernisée, avec ses rues à William Ponty, place Protêt ; les voitures de différentes
marques, françaises « Renault » et « Citroën », italienne « Fiat », américaine « Chrysler » et «
Ford ». Il faut y ajouter le mode de l’habillement à l’européen, les noirs en costumes
européens. La population y est cosmopolite ave des marseillais, new yorkais, anglais,
allemands, etc. Sur le plan moral, la société sénégalaise y est au plus mal, aussi le père de
Karim met-il en garde son fils contre les tentations de cette ville : « Dakar est une ville où
l’on se tourne facilement vers le mal » (64).
4. La fête
Le roman est du début à la fin rythmé par la fête. On a l’impression que chaque jour pour
Karim est une fête. L’omniprésence des « diali », ou griots, justifie cette idée. On y ajoute les
fêtes religieuse musulmane « la tabaski » et « la procession » catholique, la fête civile de
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l’indépendance française du 14 juillet, sans compter les fêtes profanes de combats de luttes,
de « tam-tam », et enfin la fête du mariage qui clôture l’histoire.
VI. Signification de l’œuvre
L’étude de la composition de cette œuvre peut permettre d’aboutir à la découverte de la
portée de celle-ci, en saisissant les dimensions essentielles de l’esthétique qui traverse le
récit. De plus datant de 1935, le roman Karim a été dans une large mesure une sorte de
révélation progressive du caractère et de l’évolution psychologique des personnages
importants. Cette évolution des personnages se fait aussi bien dans le temps que dans
l’espace. Ainsi à travers une société en mutation, il semble impérieux que les populations,
quoi que très ancrées dans leur tradition, doivent s’adapter aux changements causés par
l’Occident. Voilà pourquoi le roman se présente comme une évocation des souvenirs par la
célébration des valeurs culturelles de noblesse, d’honneur, d’amour et d’amour propre, et
de fierté. En réalité, le romancier a combiné des faits imaginés afin d’en dégager des règles
d’ordre psychologique : l’idée de l’observation à l’illustrer par un exemple avec n’importe
quel personnage. C’est alors que le roman étale naturellement des lieux, des gens et des
choses qui appartiennent à un passé défini, celui des sénégalais. Le personnage de Karim est
donc un moyen de faire revivre le passé.
Conclusion
En définitive, il apparaît évident qu’il y a eu dans l’esprit d’Ousmane Socé Diop, lorsqu’il a
conçu son texte, un souci incontestable de la composition. Ce romancier fut donc, sur ce
plan un précurseur. Au-delà de l’esthétique de composition, Karim rejoint l’éthique. La
structure initiatique n’est qu’une facette de l’apprentissage dans la culture africaine, et on le
retrouve le plus souvent dans les contes, domaine où l’auteur de Mirages de Paris excelle.
Par conséquent, on peut dire qu’Ousmane Socé avait des intentions à la fois didactiques et
ludiques, intentions qui caractérisent bon nombre d’écrits africains.