Cours L1
Cours L1
de la France
2024 – 2025
Pr Stéphane Bouissou
[email protected]
Objectifs
3) Commenter un paysage
1)Définitions de la ruralité
Définitions de la ruralité
Définition Géoconfluences
La ruralité désigne, au sens premier, le caractère de ce qui est rural. Dans une acception plus étroite, on peut retenir que le
mot « fait référence à l’ensemble des représentations collectives associées à la vie dans les espaces ruraux. Proche de l’idée
de mode de vie, le mot est apparu à la fin des années 1990 pour désigner un lien, dans sa dimension anthropologique, aux
différents contenus de l’espace rural (de moins en moins agricole mais plus tourné sur l’environnement, le patrimoine et les
paysages). Devenue une notion globalisante pour désigner un mode d’habiter (Mathieu, 1996) qui permet d’atténuer une
opposition franche entre la ville et la campagne devenue obsolète. On notera cependant qu’une dimension politique tend
aujourd’hui à rattraper le terme, et impose d’y apporter un regard critique, tant le monde politique et la presse l’utilise de
plus en plus fréquemment (« assises de la ruralité », « hyper-ruralité », défense de la ruralité…). » (Bouron et Georges, 2015).
Sources
Bouron Jean-Benoît et Georges Pierre-Marie, Les territoires ruraux en France. Une géographie des ruralités contemporaines,
Ellipses,2015 [réed. 2019], p. 63.
Mathieu Nicole (1996), « Rural et urbain : unité et diversité dans les évolutions des modes d'habiter », in Jollivet, M., Eizner,
N. (dir.), L'Europe et ses campagnes, Presses FNSP, p. 187-216.
France par unité urbaine
Au moins 50% pop vit zones de densité sup à 1500 hab / km2
Au moins 50% pop vit zones de densité comprises entre 300 à 1500 hab / km2
Au moins 50% pop vit zones de densité comprises entre 25 à 300 hab / km2
Au moins 50% pop vit zones de densité inf. à 25 hab / km2
Espaces à faible et forte densité
En résumé…
(dossier Insee 2015)
https://www.insee.fr/fr/statistiques/1372992?sommaire=1373022
Chapitre 2
• Années 1980: Typologie en quatre grands types d’espaces ruraux caractérisés par le
gradient de relation à l’urbain (Kayser 1990)
METHODOLOGIE
1) Choix de descripteurs: densité de population, niveau
de formation, ….
* Rural / # Urbain
Attention !!
Sous l'influence de l'Église les limites du finage tendaient progressivement à coïncider avec celles de la paroisse, la plus petite
circonscription ecclésiastique. Le village, en habitat groupé, ou le bourg, en habitat dispersé, tendent à se situer au milieu du finage
qui s'est déployé autour de l'habitat afin d'exploiter au mieux la complémentarité des terroirs.
Aujourd'hui, on parle souvent de finage pour désigner le territoire d'une commune, représenté sur les cartes topographiques par
un trait pointillé noir, bien que les agriculteurs exploitent presque toujours des terres situées sur plusieurs territoires communaux,
et que la notion de communauté villageoise n'ait plus de sens en France, en tout cas dans une dimension agraire. Le finage peut
également désigner, en géographie rurale, le territoire d'une exploitation agricole.
Caractériser les types et lieu de peuplement …
Commentaires
Sur cet extrait, on note de nombreux écarts (bâtis isolés, visibles par les petits rectangles noirs ; par exemple le Champ Martin,
le Bois Morin au sud-est de St-Michel-de-Plélan). On voit également de nombreux hameaux (par exemple la Hautière,
Peignebel dans le finage de St-Michel-de-Plélan).
Trois villages sont clairement visibles : St-Michel-de-Plélan, St-Méloir-des-Bois, St-Maudez. Ils sont également chef-lieu de
commune. Au nord-est de l’extrait, coupé, un lieu de peuplement paraît plus important et pourrait être un bourg.
Les villages sont de tailles réduites, on voit de nombreux hameaux : il s’agit d’un peuplement dispersé.
Chapitre 3
Politique foncière
et agricole
Intrants
Le système alimentaire est la manière dont les hommes Déchets
Agricoles
s’organisent, dans l’espace et dans le temps, pour obtenir
et consommer leur nourriture »
Louis Malassis (1918-2007), spécialiste en économie
rurale Production Consommation
Transformation Distribution
Principaux systèmes de production
agricole
Agriculture intensive: C’ est un système de production agricole caractérisé par l'usage important d'intrants, et cherchant à
maximiser la production par rapport aux facteurs de production, qu'il s'agisse de la main d'œuvre, du sol ou des autres
moyens de production (matériel, intrants divers).
Elle est parfois également appelée agriculture productiviste. Elle repose sur l'usage optimum d'engrais chimiques, de
traitements herbicides, de fongicides, d'insecticides, de régulateurs de croissance, de pesticides...
Agriculture extensive: C’est, par opposition à l'agriculture intensive, un système de production agricole qui consomme
moins de facteurs de production par unité de surface. Elle utilise ainsi peu d'intrants, est moins mécanisée que
l'agriculture intensive à surface équivalente, et se caractérise par des rendements relativement faibles. Le terme recouvre
dans les faits une grande diversité de pratiques et d'objectifs.
Agriculture raisonnée: C’est un système de production agricole dont l’objectif premier est d’optimiser le résultat
économique en maitrisant les quantités d’intrants, et notamment les substances chimiques utilisées (pesticides, engrais)
dans le but de limiter leur impact sur l’environnement.
Elle a pour objectif d'adapter les apports en éléments fertilisants aux besoins réels des cultures en tenant compte des
éléments présents dans le sol et du rendement potentiel de la plante.
Agriculture biologique: C’est un système de production agricole qui obéit à un cahier des charges très précis et dont les
objectifs premiers sont le respect de l’environnement, la biodiversité et du bien-être animal. Elle repose sur le respect des
équilibres naturels, elle exclut ainsi l’usage des produits chimiques de synthèse, des OGM et limite l’emploi d’intrants.
Principaux systèmes de production
agricole
Agriculture agroécologique: L’agroécologie est une façon de concevoir des systèmes de production qui s’appuient sur les
fonctionnalités offertes par les écosystèmes. Elle les amplifie tout en visant à diminuer les pressions sur l’environnement
(ex : réduire les émissions de gaz à effet de serre, limiter le recours aux produits phytosanitaires) et à préserver les
ressources naturelles. Il s’agit d’utiliser au maximum la nature comme facteur de production en maintenant ses capacités
de renouvellement.
Elle implique le recours à un ensemble de techniques qui considèrent l’exploitation agricole dans son ensemble. C’est
grâce à cette approche systémique que les résultats techniques et économiques peuvent être maintenus ou améliorés
tout en améliorant les performances environnementales.
L’agroécologie réintroduit de la diversité dans les systèmes de production agricole et restaure une mosaïque paysagère
diversifiée (ex : diversification des cultures et allongement des rotations, implantation d’infrastructures
agroécologiques...) et le rôle de la biodiversité comme facteur de production est renforcé, voire restauré.
Evolution depuis l’après-guerre…
• Organisation de la production en
• Révolution agricole
filière (création de syndicats, • Politique agricole commune
(PAC) => garantie des prix et des • Premier cahier • Instauration du régime
coopératives, crédit agricole, ….) des charges AB des quotas laitiers
• Intensification de la production débouchés
agricole, • Début de la période de • Taille moyenne • Fin période de
• Simplification et remembrement intensif exploitation = 19 remembrement intensif
homogénéisation des paysages • Paysan => Agriculteur ha • Création de ZNIEFF
agraires. • Création du Label Rouge
https://remonterletemps.ign.fr
Espaces agricoles où la
production ne s’est pas
intensifiée
Il s’agit de zones de montagne (Massif central, Vosges,
Jura et Corse), aux sols peu profonds, pentus, avec un
climat froid et humide. Ces espaces concernent près de
118 municipalités, pour une surface de 6 989 millions
d’hectares, maintenus par 26 % des exploitations
françaises. Ces zones abritent des systèmes herbivores
(63 %) ou de polyculture-élevage (29 %). La commune
de Cordon (973 habitants), dans les Alpes du Nord
(Haute-Savoie), est typique du maintien de paysages,
avec présence importante de végétation semi-naturelle
(prairies permanentes), liée à une activité d’élevage
(laitier principalement, valorisé sous signes de qualité
et d’origine ou en vente directe). On remarque aussi
que la végétation ripisylve, qui assure un corridor
écologique le long de l’Arve, est maintenue. En
revanche, le long des routes, la densité d’habitations
est beaucoup plus importante, témoignant de
l’importance de l’économie résidentielle dans cette
région marquée par le tourisme alpin.
Espaces agricoles à production très
intensifiée avant 1970
Il s’agit des zones agricoles sur sols très profonds, des
formations limoneuses des bassins d’Artois, de Picardie,
parisien et aquitain, ainsi que des sols profonds des grands
massifs cristallins anciens (Massif armoricain et Champagne).
Dans ces régions, l’évolution du paysage agricole consiste
surtout en l’évolution du parcellaire – agrandissement de la
taille des parcelles, disparition des infrastructures agro-
écologiques de bord de champ –, qui est pointé comme l’un
des enjeux majeurs de la déconnexion entre agriculture et
biodiversité. La comparaison entre 1957 et 2015 d’un
paysage d’openfield, situé sur la commune Oost-Cappel (478
habitants), au sud de Dunkerque (Hauts de France), rend
compte de ces variations. Si la structure paysagère
d’ensemble reste inchangée, la simplification du parcellaire
agricole illustre le phénomène d’homogénéisation. Rares et
ténues, les figures végétales de la plaine rythment l’étendue
des cultures et constituent un maillage agro-écologique
résiduel. À l’arrière-plan, la silhouette urbaine du village
d’Oost-Cappel, avec habitat regroupé et extension
pavillonnaire limitée.
OTEX:
Orientation
technico-
économique
RA 2020
Prédominance du système agricole industriel et
intensif
Depuis 1950-60,
Bernard Ronot
Depuis 2-3 générations (sur 400 => 10 000 ans):
Fondateur association
Graines de Noé
Ø Séparation des lieux de production et de
consommation (Rieutort, 2009; Poulot, 2014). https://www.youtube.co
m/watch?v=D6UbyifmYZk
Ø Artificialisation des terres agricoles autour des
villes (Terre de Liens, 2022).
En 2019:
0,9 milliard de sous-alimentés chroniques (Charvet, 2018)
1,5-2 milliards avec des carences nutritionnelles
2 milliards en surpoids / obèses.
Sur 7 milliards !
L'impact de notre système alimentaire (dominant)
sur la santé
Analyse sur 4 pays: USA, UK, Brésil & Chine en 2007 et 2009
(Lairon, 2020) Environ 1/3 dans les pays développés (and 1/4 pays en
développement) des cancers pourraient être évités grâce à la
prévention nutritionnelle.
Développement de
l’agriculture Biologique
« Le plus simple et le plus banal des paysages est à la fois social et naturel, subjectif et objectif, spatial et temporel,
production matérielle et culturelle, réel et symbolique. Le paysage est un système qui chevauche le naturel et le social. Il est
une interprétation sociale de la nature. » Georges Bertrand
« Le paysage est l'expression observable par les sens à la surface de la Terre de la combinaison entre la nature, les
techniques et la culture des hommes. Il est essentiellement changeant et ne peut être appréhendé que dans sa dynamique,
c'est-à-dire dans le cadre de l'Histoire qui lui restitue sa quatrième dimension. Le paysage est acte de liberté. » Jean-Robert
Pitte
Paysages ruraux
Openfield
L’openfield désigne un paysage agraire dans lequel les champs sont
ouverts, les grandes cultures (céréales, betterave sucrière ou fourragère,
pomme de terre…) dominent, et l’habitat est groupé. En France, il est
caractéristique du Bassin parisien et, plus localement des grandes plaines
céréalières (Alsace, Limagne, Plaine de Caen…). Ce paysage ouvert est
l’héritage d’un système agraire qui s’est répandu en Europe de l’Ouest et
centrale au XIe et au XIIe siècle, principalement dans les régions de plaines
et de bas plateaux aux terrains argileux ou calcaires, et qui perdure
aujourd’hui dans sa version mécanisée et motorisée, voire industrialisée.
Selon les régions, le parcellaire cultural ou cadastral peut prendre des
formes variées, certaines étant facilement identifiables comme
l’openfield « en lames de parquet ».
l’openfield se distingue par la rareté de l’arbre. Les arbres subsistent
surtout de façon résiduelle, autour des habitations (comme pare-vent),
sous forme de boisement en timbre-poste, ou encore sur les pentes,
notamment les talus des plateaux et les versants de vallée. Dans certains
cas, des paysages d’openfield sont le résultat du remembrement de
paysages bocagers avec arrachage des haies. S’il est aujourd’hui associé à
la céréaliculture, l’openfield a pu être un système de
complémentarité agriculture/élevage : jusqu’au XIXe siècle, la Beauce et la
Brie furent ainsi des régions d’élevage ovin, avec rotation du pâturage et
des cultures.
• Des champs cultivés occupent la majeure partie de cet espace de
plaine ou de plateau. Une route et des chemins d’exploitation sont
Openfield
visibles, qui mènent à un écart (habitat isolé) qui doit être un corps
de ferme. On voit également des alignements d’éoliennes. Le
végétal domine le paysage, marqué par l’activité agricole, le bâti
très épars laisse deviner de faibles densités : ces trois éléments
permettent de qualifier ce paysage de rural.
Le territoire rural alsacien se structure autour de trois ensembles, organisés selon un axe nord—sud aisément
reconnaissables par leur unité paysagère. À l’ouest, les paysages de chaume (pâturage extensif) dominent les vallées
vosgiennes. Au centre, sur les collines sous-vosgiennes, la vigne domine. À l’est, la plaine d’Alsace offre un paysage
d’openfield support d’une polyculture précoce.
L’ensemble de ces territoires reste, bien plus que dans d’autres régions françaises, sous influence urbaine. La densité de
population (228 hab./km2) y est plus importante que la moyenne, de même que la proximité et l’influence des villes
moyennes – Mulhouse, Colmar, Sélestat, Haguenau ou de la métropole européenne strasbourgeoise.
Le massif vosgien, né de l’effondrement rhénan, se divise entre un sud cristallin plus élevé en altitude et un nord
gréseux. L’ensemble reste entrecoupé de multiples cours d’eau qui incisent le relief en formant des vallées-couloirs,
orientées est/ouest, et dominées par les hautes chaumes. Les vallées alsaciennes présentent des caractéristiques
communes : des versants abrupts et boisés – forêts mixtes de hêtres et de sapins –, un encaissement important, des
rivières au contact de l’urbanisation, des constructions qui remontent dans les vallons confluents s’apparentant à du
mitage, enfin une urbanisation dense, mêlant industrie et habitat le long des axes de communication. Ces territoires
ruraux sont avant tout l’expression du système agro-sylvo-pastoral, caractéristique des espaces montagnards, qui trouve
sa représentation et son identité dans le paysage de hautes chaumes autour de la route des crêtes. Il repose sur un
équilibre : les pâturages d’altitude apportent le fourrage qui nourrit les bêtes, les bovins fournissent des produits
alimentaires, enfin le traitement du bois permet le chauffage et la construction.
Organisation et enjeux paysagers des territoires ruraux alsaciens
- Le Parc naturel régional des ballons des Vosges, et d’autres acteurs locaux, défendent le maintien de l’agro-pastoralisme autour du label
Munster AOP et des vaches de race vosgienne. Les Vosgiennes se reconnaissent à une robe mouchetée noire ou rouge, une bande blanche le
long du dos et des cornes courtes. Elles s’adaptent aux changements de température et s’accommodent des reliefs difficiles. Il s’agit d’une race
bovine mixte valorisée à la fois pour sa viande (saucisse dans la choucroute) et pour son lait (munster). La sauvegarde de cet élevage extensif
d’altitude permet la préservation des paysages de hautes chaumes. Il s’agit d’un enjeu environnemental mais également économique pour la
région puisque nombreux sont les touristes , notamment allemands et hollandais, à sillonner la route des crêtes sur les sommets du massif
vosgien. Les hautes chaumes constituent ainsi un « haut lieu » de l’élevage alsacien.
- Le petit vignoble d’environ 15 500 hectares, soit 5 % de la surface agricole utile alsacienne, bénéficie d’une situation géographique favorable.
Les vignes se concentrent sur les pentes plus ou moins douces du piémont, fin liseré méridien sur les collines sous-vosgiennes, d’environ 130
kilomètres de long et de quelques kilomètres de large, et concentré autour de la route des vins d’Alsace. À l’ouest le massif montagneux des
Vosges protège le vignoble de l’influence océanique. La faible quantité moyenne de précipitations et le bon ensoleillement donnent naissance
à des microclimats propices à la culture de la vigne. L’implantation des vignes sur le piémont oriental des Vosges favorise un ensoleillement
matinal qui limite les gelées printanières. Enfin le climat semi-continental du fossé rhénan, caractérisé par des étés chauds et orageux,
participe à la bonne maturation du raisin.
- La plaine d’Alsace est encadrée à l’ouest par les contreforts des Vosges, à l’est par les divagations du Rhin, au sud par le bassin potassique et
au nord par les collines du Kochersberg. La plaine offre une mosaïque de vastes étendues plates de grandes cultures et de cours d’eau aux
longs méandres, bordés par les rieds, ces zones humides qui sont tantôt des prés inondables et tantôt des ripisylves, le tout parsemé d’un
chapelet de villages-rues le long des routes. Deux grands types de paysage, étroitement entremêlés, caractérisent cet ensemble : l’openfield,
un paysage de grandes cultures vaste et ouvert, accentué par le remembrement, et un paysage de rieds où alternent clairières cultivées,
prairies, boisements et ripisylves qui accompagnent les multiples affluents de l’Ill. L’imbrication de ces ensembles constitue un élément clé de
l’identité paysagère de la plaine, « une dualité subtile » comme le souligne le paysagiste François Bonneaud (DREAL, 2015). L’eau, présente en
abondance, joue un rôle central dans l’organisation de ce paysage. Sinueuse ou canalisée, la ressource irrigue l’ensemble de la plaine et du
sous-sol où se trouve la plus grande nappe phréatique d’Europe.
Analyser les paysages à l’échelle locale : l’exemple de la vallée de Munster
Ces trois systèmes, reconnaissables par leur paysage agraire connaissent des mutations paysagères qui s’inscrivent dans le temps long.
L’objectif n’est pas ici d’en dresser une liste exhaustive mais d’en proposer quelques exemples en lien avec des enjeux contemporains. Dans les
Vosges et plus précisément dans la vallée de Munster, la réflexion des acteurs institutionnels porte principalement sur deux aspects : le
maintien des paysages ouverts de chaume et l’aménagement des friches industrielles.
- L’abandon partiel du pâturage d’altitude, lié à la diminution du nombre d’éleveurs, entraîne une prolifération des broussailles, une extension
des hêtraies-sapinières et, à terme, la fermeture des paysages et des fonds de vallée. Même si les fermes-auberges prospèrent, l’entretien des
prairies a beaucoup décliné, faisant naître des espaces enfrichés se multiplient. On tend localement à retrouver dans le paysage des axes de
dynamique forestière proches de ceux constatés à l’époque moderne après des décennies d’abandon de prairies. L’instauration du PNR des
Ballons des Vosges, en 1989, vise notamment à maintenir ce paysage de chaume à travers des mesures incitatives dans le recrutement et
l’installation de jeunes agriculteurs. L’enjeu est multiple : environnemental par la conservation d’une faune et d’une flore spécifiques ; social à
travers le maintien d’une activité et d’une population sur place ; économique grâce à la mise en valeur esthétique qui attire les
touristes (Husson, 2017).
- L’autre enjeu concerne la reconversion des friches industrielles. Une industrie précoce, liée aux propriétés du sol et aux ressources de la
montagne (bois, eau), se développe à l’époque moderne (1492-1789) et accroît l’anthropisation de ces espaces (Parmentier, 2019). Certains
de ces héritages se retrouvent encore aujourd’hui dans le paysage et dans la toponymie : verrerie du groupe Lalique dans les Vosges du Nord
à Wingen-sur-Moder, bâtiments à sheds (ou à redans) symboles de l’industrie textile dans les fonds de vallée, papeteries et scieries le long des
rivières, « Val d’Argent » qui rappelle le passé minier de la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines. La vallée de Munster reste très marquée par les
vestiges du patrimoine industriel liés à la désindustrialisation: ancienne papeterie Schwindenhammer à Turckheim, usine à sheds au lieu-dit La
Forge, manufactures textiles Hartmann du XIXe siècle à Walbach, Munster et Muhlbach-sur-Munster. La reconversion de ces friches, aux
proportions démesurées – entre 5 et 6 hectares –, pose souvent problème. Les projets d’aménagement nécessitent un savoir-faire, du temps
et un budget conséquent lié à la dépollution, à la destruction puis au nouveau projet. Faute de moyens, ces friches jalonnent l’espace rural
alsacien, principalement dans les vallées vosgiennes ou dans le bassin potassique au nord de Mulhouse. Elles façonnent le paysage et
témoignent du passé industriel de la région.
Une urbanisation croissante qui reconfigure les dynamiques de territoires ruraux attractifs
Le visage des territoires ruraux et périurbains se transforme depuis plusieurs décennies en raison de l’accroissement démographique et de la
hausse de l’urbanisation. En 1990, la région comptait 1,6 million d’habitants contre 1,9 million en 2018, soit une augmentation de 18,5 % en
presque trente ans (INSEE, 2018). Cette croissance soutenue, mise en comparaison avec celles observées dans les régions voisines de l’Alsace,
fait figure d’exception dans une partie de la France démographiquement peu dynamique au cours de la même période. L’augmentation
importante de la population, à la fois par excédent naturel et par excédent migratoire, entraîne une densité de population moyenne bien
supérieure à la moyenne nationale : 228 habitants/km2 contre 118 habitants/km2. Plus du tiers (36,1 %) des communes alsaciennes ont vu
leur population augmenter constamment depuis 1990. La hausse de la population va de pair avec une augmentation de la surface urbanisée
via le processus d’étalement urbain. Il opère de deux manières distinctes : en tache d’huile autour des trois principales agglomérations
(Strasbourg, Mulhouse, Colmar) et des villes moyennes (Haguenau, Molsheim, Obernai, Sélestat, Saverne, Guebwiller, Saint-Louis).
L’urbanisation des campagnes pose un certain nombre de problèmes socio-économiques et environnementaux : artificialisation des sols,
transformation paysagère et architecturale, menaces sur les écosystèmes, multiplication des conflits d’usage et d’aménagement. Avec
l’étalement urbain et la périurbanisation croissante, l’artificialisation des sols augmente. Ce phénomène consiste à « transformer un sol
naturel, agricole ou forestier, par des opérations d’aménagement pouvant entraîner une imperméabilisation partielle ou totale, afin de les
affecter notamment à des fonctions urbaines ou de transport.
Plusieurs conflits, d’inégales importances, cristallisent aujourd’hui les tensions dans ces milieux ruraux et périurbains. Le cas le plus
emblématique demeure celui de la construction du grand contournement ouest de Strasbourg (GCO) entre Innenheim au sud et Vendenheim
au nord (Vergne, 2017). L’objectif du projet est de délester d’une partie du trafic la traversée strasbourgeoise de l’A35, l’un des axes les plus
fréquentés de France, notamment par les poids lourds qui transitent vers l’Allemagne et l’Europe du Nord. Le projet autoroutier fait l’objet,
dès l’enquête publique de 2007, d’un rejet d’une partie des acteurs locaux. La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles
(FNSEA) dénonce la perte et la pollution de 280 hectares de terres cultivables, les écologistes s’insurgent contre la menace qui plane sur
l’habitat naturel du grand hamster d’Alsace, les habitants des communes périurbaines s’agacent du tracé qui « dénature » leur environnement
proche. L’attitude de ces derniers relèvent du nimbisme, expression tirée de l’acronyme anglais « Not in My Backyard » qui caractérise
l’opposition à un projet d’aménagement motivée, non par des considérations générales, mais par l’emplacement de ce projet qui porte
atteinte à son cadre de vie et à la valeur de son patrimoine.
La cigogne et les colombages : quand la symbolique rurale participe à l’identité régionale
« L’image touristique de l’Alsace est très puissante, très traditionnelle. L’Alsace donne envie à travers ses valeurs » (L’Alsace, 8 avril 2018).
Cette imagerie, à laquelle fait référence Dominique Hummel, directeur du Futuroscope de Poitiers, repose sur des symboles forts de la
région, le plus souvent issus du monde rural : cigognes blanches sur le toit des clochers, villages fortifiés, maisons à colombages, vins blancs,
choucroute et tartes flambées, ou encore l’Alsacienne en tenue traditionnelle avec la fameuse coiffe (Schlupfkappe). Aujourd’hui ces
représentations sont largement reprises par les différents acteurs du marketing territorial – offices du tourisme, acteurs économiques,
acteurs institutionnels – et contribuent à la valorisation de la marque Alsace. Elles renforcent l’image d’un rural traditionnel, conservateur,
préservé des influences extérieures – de la France et de l’Allemagne notamment – et tourné autour d’une identité forte.
De ces représentations découle un régionalisme bien ancré dans une partie des territoires ruraux alsaciens. Il se manifeste de différentes
manières : par le maintien de l’alsacien, deuxième langue régionale la plus parlée après l’occitan, avec environ 800 000 locuteurs, par la
présence de pôles publics et privés d’enseignement bilingue, par des croyances et des fêtes populaires – fêtes du vin, bals –, par la défense
du droit local, par le refus de l’adhésion à la région Grand Est, ainsi que par des pratiques électorales conservatrices, autonomistes ou
extrémistes (Schwengler, 2003).
FIN.