Science Disciplinée
Science Disciplinée
Jobard Fabien. Science disciplinée. Les mutations sociales et politiques de la science politique allemande contemporaine. In:
Politix, vol. 15, n°59, Troisième trimestre 2002. Sciences politiques allemandes. pp. 89-111;
doi : [Link]
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Zusammenfassung
Eine disziplinierte Politikwissenschaft. Aspekte der zeitgenössischen deutschen Politikwissenschaft
Fabien Jobard
Der Beitrag ist ein Versuch, die politische und soziale Lage der Politikwissenschaft im
zeitgenössischen Deutschland zu skizzieren. Dafür kommt er zurück zu einer gemeinsamen
Konfiguration, die zweimal die deutsche Politikwissenschaft ihr Gesicht geschafft hat : zu der «
Demokratiewissenschaft ». Erstmal unter dem Druck der Amerikaner, in Augen deren die
Politikwissenschaft nach dem zweiten Weltkrieg Waffe der Demokratie werden sollte. Dann wieder
unter dem Druck der etablierten wetdeutschen Professoren, die ihre Lehre und Methoden in die
ostdutschen Länder exportiert haben. Der Beitrag zeigt aber auch zugleich welche politische und
demographische Konfigurationen die « kritische Politikwissenschaft » der 60er und 70er hervorrief hat ;
eine Kritik, die so schnell eine Art praktisches Wissen zugunsten der public policies produziert. In dem
Kontext der extraparlamentarisschen Opposition rief der notwendige Abschied von den Gründervätern
nach einer norwendig marxschen Kritik der Demokratiewissenschaft. Jedoch mussten der politische
Wechsel (Brandt), die Planeuphorie und (aus Amerika neuentdeckt) die Importation von Max Weber
ihren besonderen Einfluss auf diese kritische Politikwissenschaft ausüben. Nämlich fuhrte diese
kritische Politikwissenschaft zu einer Wissenschaft der Staatlichkeit, die eine Art Pragmatik bzw. Praxis
der Staatshandlung schafft.
Résumé
Une science disciplinée. Les mutations sociales et politiques de la science politique allemande
contemporaine
Fabien Jobard
L'article essaie d'établir la situation politique et sociale de la science politique dans l'Allemagne
d'aujourd'hui. Pour ce faire, il insiste sur la configuration qui, par deux fois, lui donna naissance : le
souci civique, sous la pression des Américains, de fonder une « science de la démocratie » à l'issue de
la seconde guerre mondiale, et ce même souci civique, sous la pression cette fois des professeurs
établis d'Allemagne de l'Ouest, d'étendre leurs pratiques et leurs enseignements dans les Länder de
l'Est. L'article montre également quelles dynamiques politiques et démographiques ont donné
naissance à cette « science politique critique » des années 1960 et 1970, vite reconvertie dans
l'analyse des politiques. Il montre comment le détachement générationnel à l'égard des pères
fondateurs de 1945 passait, dans un contexte d'opposition extra-parlementaire, par une critique
marxiste de la science démocratique que les anciens avaient promu. Mais l'alternance sous W. Brandt,
l'euphorie planificatrice et, via les Etats-Unis, l'importation, par exemple, de Max Weber, ont conduit
cette critique radicale de l'Etat à se faire étude de son fonctionnement, science de l'action publique qui
domine, selon des modalités que l'article examine, le champ contemporain.
Science disciplinée
Fabien JOBARD
1. C'est sous les formes les plus orthodoxes de l'histoire des idées que l'autoréflexion de la
science politique allemande se développe avec constance depuis une bonne trentaine d'années.
L'ouvrage le plus récent, sur les évolutions des sciences du politique en Allemagne depuis le
XIIIe siècle, en est un exemple abouti : Bleek (W.), Geschichte der Politikwissenschaft in Deutschland,
Munich, C.H. Beck, 2001.
2. Cf. de ce point de vue les remarques lucides de H. Buchstein sur la validité de la notion
d'école en science politique dans « Wissenschaft von der Politik, Auslandswissenschaft, Political
Science, Politologie. Die Berliner Tradition der Politikwissenschaft von der Weimarer Republik
bis zur Bundesrepublik », in Bleek (W.), Lietzmann (H.), dir., Schulen der deutschen
Politikwissenschaft, Opladen, Leske &Budrich, 1999.
3. Pour reprendre la très juste remarque de M. Greven, il manque encore à la compréhension de
la science politique allemande ce qu'a été Homo Academicus en France : Greven (M.), « Was ist
aus dem Anspruch einer kritisch-emanzipatorischen Politikwissenschaft vom Ende der 60er
Jahre geworden ? Eine Skizze des Paradigmas und seines Scheiterns », in Göhler (G.), Zeuner
(B.), dir., Kontinuitäten und Brüche in der deutschen Politikwissenschaft, Baden-Baden, Nomos, 1991.
Bourdieu (P.), Homo academicus, Paris, Minuit, 1984, a été traduit à Francfort chez Suhrkamp en
1988 et réédité en 1998.
4. C'est pourquoi je suis particulièrement redevable ici des lectures semi-indigènes des collègues
du Centre Marc Bloch, notamment celles de M. Gravier, E. Klautke et Y. Sintomer. L'expérience
peut toutefois se substituer avec bonheur à l'appartenance, comme me l'ont montré les très
justes remarques de J. Leca, dont le texte présent, même si les défauts me restent imputables, lui
doit aussi beaucoup. Un grand merci également aux collègues de Politix, A. Collovald, P.
Laborier et D. Cardon.
Science disciplinée 91
à la fin des années I960, la science politique a encore été appelée au combat,
mais cette fois contre l'ordre institutionnel allemand. Ce moment fugitif, il
faudra en repérer les frontières dans le temps et l'espace, car la science
politique d'aujourd'hui, pourtant à mille lieux de celle d'il y a trente ans, est
toujours portée par ceux d'il y a trente ans. Première question : en quoi la
science politique allemande est-elle une éducation civique ? Seconde
question : pourquoi et comment la science critique, que ses efforts ont
soustraite à l'emprise de l'éducation civique, est ensuite devenue science
d'Etat ?
5. Cette datation est objet de conflits constants dans la discipline : cf. l'article de P. Laborier et D.
Trom dans ce numéro.
6. Accords internationaux de Potsdam, 2 août 1945, cité in Kuhn (H.-W.), Massing (P.), dir.,
Politische Bildung in Deutschland. Entwicklung, Stand, Perspektive, Opladen, 1990, p. 118.
7. Sur le « Juristenmonopol », cf. Charle (C), « Intellectuels, Bildungsbürgertum et professions
au XIXe siècle », Actes de la recherche en sciences sociales, 106-107, 1995 et Vincent (M.-B.), « Le rôle
92 Politix n° 59
de la faculté de droit de Berlin dans la formation des élites allemandes », Cahiers du Centre Marc
Bloch, 1, 2000. Le maintien du Juristenmonopol sur les postes de la haute fonction publique est
aujourd'hui encore tradition bien gardée (cf. l'administration fédérale du travail :
Politologe/Politologin, Nuremberg, Blätter zur Berufskunde, 1996).
8. La Politikwissenschaft devient une Demokratiewissenschaft « bunkérisée » dans son monopole
sur la politische Bildung : Lietzmann (H.), « Politikwissenschaft in der Bundesrepublik
Deutschland », in Lietzmann (H.), Bleek (W.), dir., Politikwissenschaft. Geschichte und Entwicklung
in Deutschland und Europa, Munich, Oldenbourg, 1996, p. 42.
9. On note pourtant dès cette époque des efforts nombreux de distanciation à l'égard de
l'inclinaison à l'autoritarisme des Staatswissenschaften. Deux figures de ce combat sont deux
professeurs proches du SPD, Arnold Bergstraesser et Eric Voegelin, cf. Noetzel (Th.), Rupp (K.-H.),
« Zur Generationenfolge in der westdeutschen Politikwissenschaft », in Lietzmann (H.), Bleek
(W.), dir., Politikwissenschaft, op. cit., p. 86. Chose établie toutefois : on peut faire carrière
universitaire en science politique dans les années 1950 tout en se revendiquant du SPD, ce qui
était bien plus rarement le cas par exemple en histoire.
10. Le premier manuel de science politique, le Politik im Grundriß de Grabowski, publié en 1951,
présente une histoire des idées suivie des types de régimes démocratiques et d'une critique non
marxiste de l'impérialisme ; celui de Eric Voegelin (Die neue Wissenschaft der Politik de 1959) est
traduit de l'anglais (The new science of politics, publié à l'université de Chicago en 1952) et seul
Science disciplinée 93
Mais à la fin des années 1950, des graffitis nazis commis par des enfants,
trop jeunes pour avoir connu le nazisme, amenèrent le gouvernement à
rendre l'éducation civique obligatoire dès le collège. D'un seul coup
s'accrurent les besoins en personnel compétent, ce qui entraîna une
augmentation d'inscriptions surproportionnelle à celle des autres
disciplines : 1 400 étudiants en 1965, pour 51 chaires, 8 079 en 1975, pour
133 chaires12. Réaffirmée comme science à usage civique, la science politique
attira des étudiants curieux de politique qui, sitôt diplômés, pouvaient à
faibles coûts rester dans l'université comme assistants puis Dozent. La crise
de la science politique, que nous analyserons plus tard, était en germe dans
ces changements démographiques. Mais pour l'heure, il faut examiner les
conditions sous lesquelles la science politique s'est exportée en 1990 vers les
universités de l'ancienne RDA, deuxième moment de manifestation de la
science politique, science civique.
celui de Flechtheim (Grundlegunug der Politikwissenschaft de 1958, lui aussi d'ailleurs traduit de
l'anglais) présente une table des matières qui, aux côtés d'un découpage ensuite classique de
l'objet (idées politiques, institutions politiques, relations internationales... et une partie relative
à l'ordre politique idéal, celui reposant sur un « humanisme dynamico-démocratique »),
présente une partie relative aux méthodes d'analyse (cf. aussi, dans la même perspective, le
manuel de C. J. Freidrich, publié à Freiburg en 1961, essentiellement centré sur les questions de
méthodes et d'instruments d'analyse). Il faut attendre 1961 et le manuel de Bergstraesser (A.),
Politik in Wissenschaft und Bildung, Freiburg, 1961, pour disposer à la fois d'un manifeste
scientifique (plaidoyer pour l'étude des fondements anthropologiques de l'ordre démocratique)
et politique (déclaration anti-marxiste d'adhésion à l'ordre libéral), pierre fondatrice de ladite
« école de Freiburg » : Ernst (J.), Politikwissenschaft in der BRD, op. cit., 1994.
11. On pense ici à E. Voegelin à Munich, E. Fraenkel à Berlin, E. Kogon à Darmstadt.
12. Mohr (A.), « Politikwissenschaft als Universitätsdisziplin in Deutschland », in Mohr (A.),
dir., Grundzüge der Politikwissenschaft, Munich, Oldenbourg, 1997.
13. Cf. pour l'histoire, Jarausch (K.), « "Destruction créatrice". Transformer le système
universitaire est-allemand », Sociétés contemporaines, 39, 2000.
14. Cf. pour la fonction publique Gravier (M.), Lozac'h (V.), « La persistance du modèle
administratif allemand dans les nouveaux Länder », Communisme, 64, 2000.
94 Politix n° 59
15. C'est ce qu'on lit dans le Petit dictionnaire politique, édition 1988, p. 157, cité par Walkenhaus
(R.), « Zäsur 1989 ? Die Situation der Politikwissenschaft seit der deutschen Vereinigung », in
Mertens (L.), dir., Politischer Systemumbruch als irreversibler Faktor von Modernisierung in der
Wissenschaft ?, Berlin, Duncker & Humblot, 2001.
16. Où l'on trouve donc, ouaté dans la parité idéologique des blocs, un article de K.-H. Rôder
sur la science politique en RDA. Rôder était alors représentant de la RDA à l'IPSA et auteur
d'un mimétique manuel de science politique (Le système politique de la RDA, en 1975, 3e édition
en 1987).
17. On s'appuiera pour ce qui suit sur Lehmbruch (G.), « Die Politikwissenschaft im Prozeß der
deutschen Vereinigung », in Lehmbruch (G.), dir., Einigung und Zerfall. Deutschland und Europa
nach dem Ende des Ost-West-Konflikts, Opladen, Westdeutscher Verlag, 1995. Les annexes
nombreuses permettent de bien saisir les passes d'arme entre les différents acteurs d'Est et
d'Ouest. . .
Science disciplinée 95
feu de tous bois pour sauver les meubles. Le marxisme scientifique devint
l'étude scientifique du marxisme humaniste ; le département de
Communisme scientifique de Leipzig se mua en Section de science politique
et de sociologie et le prestigieux Institut de marxisme-léninisme de la
Humboldt à Berlin se pluralisa en « Sciences politiques », pour accueillir un
Centre de recherche sur la paix et les conflits, fruit de la politique de dégel
des deux années précédentes et velléité mimétique à l'égard des peace studies
de Berlin Ouest18. Ces tentatives montrent à leur humble mesure ce que les
sciences politiques auraient pu être sous la RDA : sous la double tutelle de la
scientifisation des modes de gouvernement depuis Honecker (1970-1989) et
de la politique de paix et de détente, les politistes auraient pu jouer sur une
certaine duplicité avec ce qui commençait à faire succès à l'Ouest, les
politiques publiques et les peace studies19. Sans doute parce qu'ils ne
répondaient pas à des besoins sociaux immédiats, sans doute aussi parce ce
qu'une émancipation minime annonçait trop de dangers, les politologues
n'ont jamais profité des promesses modernistes de Honecker, à la différence
d'autres groupes professionnels20.
18. Durant cette courte période de débandade, repérable aux luttes (frénétiques et perdues
d'avance) en vue de la redéfinition de soi, il n'est pas jusqu'à l'école de formation des cadres du
SED qui ne tente un sauvetage en règle des apparences, se maquillant en « Ecole supérieure de
science politique »...
19. Cf. infra, ainsi que les bibliographies de P. Hagel et S. Raiser. Un bon argumentaire
rétrospectif, où les auteurs défendent ce qu'ils auraient pu (intellectuellement) faire si les
conditions (institutionnelles) avaient été là, est présenté in Berg (F.), Möller (B.), Reißig (R.),
« Pro und contra politikwissenschaftliche Forschung in der DDR », PVS, 33, 1992.
20. Cf. les succès, par exemple, des « ingénieurs » sous Honecker in Rowell (J.), La politique du
logement en RDA, Thèse de doctorat de science politique, Paris, EHESS, 2001.
21. Mayntz (R.), Aufbruch und Reform von oben. Ostdeutsche Universitäten im Transformationsprozeß,
Francfort s./ML, 1994.
22. Jarausch (K.) « Destruction créatrice », art. cité.
96 Politix n° 59
23. Ces chaires ont été jointes à celles des autres sciences sociales, au sein d'un Institut für
Sozialwissenschaften qui regroupe les professeurs de sciences sociales parmi les plus prestigieux
d'Allemagne (...de l'Ouest), comme C. Offe, H. Münkler, H.-P. Müller, K. Eder, H. Wiesenthal,
H. Wollman, publie sa propre revue (Berliner Journal für Soziologie) et bénéficie d'équipements
considérables, soutenus par les programmes fédéraux successifs de reconstruction de l'Est.
24. Lietzmann (H.), « Politikwissenschaft in der BRD. . . », art. cité.
25. Guittard (G.), Vilmar (F.), La face cachée de l'unification allemande. Paris, Editions de l'Atelier,
1999.
26. Lehmbruch (G.), « Die Politikwissenschaft... », art. cité.
Science disciplinée 97
31. Deux indicateurs : fondée en 1951, la DVPW, de loin la plus grande des trois associations
allemandes de science politique, vit ses membres inscrits passer de 203 en 1964 à 608 en 1974,
indices d'une augmentation qui ne cessera plus, alimentée dans les années 1990 par les
adhésions en provenance de l'Est (1989 : 915 membres, 2001 : 1 382, cf. Bulletin de la DVPW,
Osnabrück, Lit, 124, 2001). Par ailleurs, le nombre des étudiants est passé de 3 354 en 1970
(moins de 1 % de l'ensemble des étudiants de RFA), à 8 364 en 1980 et 13 483 en 1985 (on a
même relevé une augmentation de 540 % du nombre d'inscrits en 1975 !) ; le nombre de chaires
s'établissant à environ 250-300 peu avant l'Unification, cf. Lietzmann (H.), « Politikwissenschaft
in der BRD... », art. cité, p. 50 et Mohr (A.), «Politikwissenschaft als Universitätsdisziplin in
Deutschland », art. cité, p. 19. Sur une assise certes plus large, le nombre des étudiants de
sociologie ne parvenait pas à une telle progression (de 7 000 en 1972 à 19 000 en 1998,
cf. Allmendinger (J.), « Soziologie, Profession und Organisation », discours d'ouverture du
30e Congrès de l'Association allemande de sociologie, Cologne, octobre 2000.
32. Sur ces luttes en vue des appellations /stigmatisations légitimes, cf. Alemann (U. von),
Forndran (E.), Methodik der Politikwissenschaft. Eine Einführung in Arbeitstechnik und
Forschungspraxis, Stuttgart, Kohlhammer, 1995.
Science disciplinée 99
(1968), dont la classification binaire des régimes politiques (d'un côté les
régimes « libéraux », « socio-étatiques » et « fascistes » ; de l'autre le
« modèle communiste de domination politique ») marque une rupture, ainsi
revendiquée dans l'introduction de l'ouvrage : « Le but [de la science
politique] [est le] dépassement des rapports de domination, qui ne doivent
plus être tenus pour des nécessités ni anthropologiques, ni pratiques, et que
l'analyse des conditions socio-historiques de leur genèse dépouille de cette
apparence d'irréversible dont ils se parent33. » En 1973, les « politistes
critiques » dominent les débats. En 1977, le congrès est consacré à la
question « Science politique et pratique politique », et s'inquiète d'une
science politique réduite à un ensemble de préceptes pratiques en vue de
l'efficience de l'Etat. . . Un feu de paille que cette effervescence critique ? Une
illusion rétrospective ? Que s'est-il passé ?
L'effervescence critique
Pourquoi avoir subitement flanqué une ambition critique à la science
politique, et quelle en était exactement la nature ? Cette discipline si
intimement liée aux institutions parlementaires a été frappée de plein fouet
par l'opposition « extraparlementaire », liée à la forte présence américaine
en Allemagne, au rejet de la « grosse coalition » de 1966, et à l'arrivée à
l'université d'une génération qui ne rechignait pas à interroger la passivité
de la justice, de la politique et de l'administration à l'endroit des anciens
fonctionnaires nazis34. Cette opposition, nourrie des débats américains bien
plus que ne l'étaient les mouvements français, est toutefois plus isolée qu'en
France, à cause de l'absence d'un Parti communiste fort et de l'hostilité des
syndicats. Cet isolement n'est pas sans effet sur son radicalisme, ni sur la
célérité de sa dissipation, d'autant plus facilement encouragée par les offres
de reconversions internes à l'université que la critique restait pratiquée par
des gens dont l'engagement n'aura que peu quitté les Facultés.
La contestation au sein de la science politique s'organisait autour de trois
foyers : Marburg, Francfort et Berlin. C'est à Berlin que le marxisme était le
plus orthodoxe, le plus certain de la victoire des dominés, sinon de tous les
champs possibles, au moins du champ universitaire. A l'Institut Otto Suhr
de Berlin, en effet, l'autocélébration avant-gardiste pouvait s'instituer à
faible coût : afin d'enrayer l'exode démographique dû au Mur, le
gouvernement fédéral avait prévu une dérogation au régime général qui
permettait aux docteurs et habilités de l'Université libre de s'y faire ensuite
nommer, lorsque la règle générale interdisait partout ailleurs le recrutement
33. Abendroth (W.), Lenk (K.), dir., Einführung in die Politikwissenschaft, Munich, Francke, 1968
(réédité à six reprises, jusqu'en 1982). Sur l'influence considérable d' Abendroth dans les
mouvements contestataires des années 1960, cf. Kohser-Spohn (Ch.), Mouvement étudiant et
critique du fascisme en Allemagne dans les années 1960, Paris, L'Harmattan, 1999.
34. Greven (M.), « Was ist aus dem Anspruch... ? », art. cité.
100 Politix n° 59
35. Les microstratégies de présentation de soi de cette petite revue sont autant d'indicateurs des
modes universitaires d'euphémisation des ambitions politiques. Fondée en 1971, elle avait pour
sous-titre : « Revue d'économie politique et de politique socialiste », puis elle prit pour titre, en
1976, son acronyme Prokla (pour ainsi évincer le trop visible « Problèmes de la lutte des
classes »), et se résout bien plus tard, en 1992, à modifier son sous-titre, qui devient « Revue de
sciences sociales critiques ».
36. Blanke (J.), Jürgens (U.), Kastendiek (H.), Kritik der Politikwissenschaft, Francfort s. M.,
Suhrkamp, 1975.
37. Kastendiek (H.), Die Entwicklung der westdeutschen Politikwissenschaft, Francfort s. M.,
Suhrkamp, 1977.
38. Kress (G.), Senghaas (D.), dir., Politikwissenschaft, Francfort/ M, Europäischer Verlagsanstalt,
1969.
39. Cf. Hinrichs (K.), Kitschelt (H.), Wiesenthal (H.), dir., Kontingenz und Krise. Institutionenpolitik
in kapitalistischen und postsozialistischen Gesellschaften, Francfort s./M., Campus, 2000.
40. Lacroix (B.), « Pierre Bourdieu und die französische Politikwissenschaft », Cahiers du Centre
Marc Bloch, 4, 2001.
Science disciplinée 101
41. Ce serait la thèse de Mohr : « lorsque les critiques de cette discipline parlaient à l'époque, et
parlent encore, avec mépris, "d'américanisation" de la science politique allemande, c'est bien là
qu'il faut la chercher, bien plus que dans les tentatives des années fondatrices »
(« Politikwissenschaft als Universitätsdisziplin...», art. cité, p. 23).
42. Bourdieu (P.), Homo academicus, op. cit., p. 149-164.
43. Cf. aussi, pour la période précédente, l'article de Lietzmann dans ce même numéro.
44. Entretien de C. Cansino et Y. Sintomer avec Cl. Offe, M, oct. 1989, p. 54. La carrière de
N. Elias dessine une autre voie, plus douloureuse, de « retour chez soi » (cf. la contribution de
D. Linhardt infra).
102 Politix n° 59
45. Elève de Eugen Kogon à Darmstadt, nommé professeur à Hanovre en 1975 et interdit
d'exercer pour cause de Berufsverbot, finalement professeur à l'Otto Suhr Institut. Son triptyque
des types de science politique (« ontologico-normative », « déductive-empirique » et « historico-
dialectique ») a été la pierre fondatrice de tous les travaux réflexifs sur la science politique
jusque dans les années 1980 (Narr (W.-D.), Theoriebegriffe und Systemtheorie. Stuttgart,
Kohlhammer, 1971).
46. Dans une démarche analogue à celle de P. Birnbaum et F. Chazel en France, ce dernier
publie même une somme de textes américains sous le titre Political science. Amerikanische Beiträge
zur Politikwissenschaft, Tübingen, Mohr, 1966.
47. Narr (W.-D.), Die Bundesrepublik Deutschland. Entstehung, Entwicklung, Struktur, Königstein,
Athenäum, 1979.
48. Sous la forme de l'adaptation, à la fois scientifique et politique, des Peace Research
(« Friedensforschung »).
49. Ce sont d'ailleurs des débats sur les échanges entre l'Allemagne et les Etats-Unis qui ont
inauguré le lancement de la revue Zeitschrift für internationale Beziehungen (l, 1994).
50. Cf. sur Voegelin, Leca (J.), « La théorie politique », in Leca (J.), Grawitz (M.), dir., Traité de
science politique, Paris, PUF, 1985, tome 1.
51. Honolka (H.), « Reputation, Desintegration, theoretische Umorientierung », in Beyme
(K. von), dir., Politikwissenschaft in der Bundesrepublik Deutschland, op. cit., 1986.
Science disciplinée 103
saluée comme suit, en 1986, par Klaus von Beyme : « L'analyse sectorielle a
été la contribution la plus importante à l'interruption d'une évolution qui
avait eu pour effet une perte de sens croissante de la science politique.
L'analyse sectorielle a par là même conduit à une connaissance plus grande
des domaines pertinents de l'agir administratif chez les jeunes diplômés et
leur a ainsi ouvert de nombreux champs d'activité54. »
54. Beyme (K. von), « Neue Entwicklungstendenzen von Theorien der Politik », Aus Politik und
Zeitgeschichte, B, 38, 1984, p. 10.
55. Les données que l'on va lire sont, sauf indication contraire, tirées de la brochure déjà citée de
l'administration du travail de Nuremberg. Il faut toutefois être très attentif au fait que le titre de
docteur n'est pas le seul qui garantisse un statut : on peut soutenir une thèse de doctorat en
sociologie, mais d'habilitation en science politique. De même, l'épreuve principale est
accompagnée d'une ou deux épreuves de disciplines secondaires (Nebenfächer), ce qui autorise
des appartenances institutionnelles moins tranchées que ce que les titres (Dr. rer. pol., Dr. Pol.
Wiss. et autres) tendent à suggérer.
Science disciplinée 105
D'après Bundesanstalt für Arbeit, Politologe/Politologin, Nuremberg : Blätter zur Berufskunde, 1996,
p. 176 et 180.
Tableau 1. Activités salariées des diplômés de science politique des universités de Berlin,
Marburg et Hambourg (en pourcentages)
106 Politix n° 59
56. Favre (P.), Legavre (J.-P.), dir., Enseigner la science politique, Paris, L'Harmattan, 1996.
Cf. aussi Favre (P.), « La connaissance politique comme savoir légitime et comme savoir éclaté »,
Revue française de sociologie, 24, 1983.
57. On ne trouvera, bien entendu, en Allemagne fédérale nulle trace de CNRS (ni de Comité
national, ni de section 40), nulle espèce de CNU, nulle sorte de Fondation nationale de sciences
politiques ; mais à côté d'une Association puissante, certes, une pluralité, dans la tradition
encyclopédique allemande, de traités et de dictionnaires, un grand nombre de revues (PVS,
Leviathan, Zeitschrift für Parlamentsfragen, Blätter für deutsche und internationale Politik, Die politische
Meinung, Deutsche Zeitschrift für Politikwissenschaft, Neue politische Literatur, Zeitschrift für
internationale Beziehungen, etc.), ou des instituts de recherche autonomes comme le WZB de Berlin.
58. Cf. le numéro spécial de la revue Politische Vierteljahresschrift (PVS), revue de l'Association
allemande, dirigé par K. von Beyme, sur la science politique allemande (Politikwissenschaft in der
Bundesrepublik Deutschland, Politische Vierteljahresschrift, hors série 17, Opladen, Westdeutscher
Verlag, 1986).
Science disciplinée 107
Assistants
Thématiques Professeurs Total Rangs
et autres
Gouvernement et administration 276 171er
229(1/6) 47(1/6)
Théorie politique et histoire 2'/8e
160(1/8) 18(1/19) 176
des idées
Economie politique 89 (1/17) 116 373'
27(1/11)
Analyse des systèmes 4'/6e
83 (1/18) 23(1/13) 106
de gouvernement
Peace Research et analyse 672e
71 (1/20) 28(1/11) 99
des politiques militaires
Politique comparée et systèmes 975'
65 (1/21) 24(1/13) 89
politiques
Structure sociale 88 877e
66(1/21) 22(1/16)
Théorie générale et méthode 72 (1/20) 86 5711'
14(1/22)
Partis politiques et systèmes 6712'
71 (1/20) 12(1/26) 83
partisans
Histoire contemporaine 55 (1/22) 73 1078'
18(1/19)
Relations internationales 70 1174'
45(1/33) 25(1/14)
(générales)
Mouvements sociaux 13710e
40 (1/34) 15(1/23) 55
et participation politique
Culture politique 44(1/33) 5 (1/70) 49 12718'
Groupes d'intérêts 38 (1/35) 48 14'/14'
10(1/35)
Droit et politique (y. c. études 42 14719'
38(1/35) 4(1/78)
constitutionnelles)
Europe (systèmes politiques
européens, politique 38 19712'
26(1/45) 12(1/26)
européenne)
Politique étrangère RFA 30(1/34) 38 18715e
8(1/39)
Institutions internationales
23 (1/65) 35 21'/12e
(Organisations, droit, 12(1/26)
communauté européenne)
Education civique et didactique 31 (1/34) 34 16720'
3(1/117)
Politique étrangère des autres 34 16720e
31 (1/34) 3(1/117)
Etats
Sociologie électorale, 30 20716'
comportement électoral 24 (1/35) 6(1/58)
Changements des valeurs 23716'
18 (1/70) 6(1/58) 24
politiques
Science politique comme 22'/22'
20(1/68) 2(1/173) 22
discipline scientifique
Totaux 1365 347 1712
D'après Bohret, C, « Zum Stand und zur Orientierung... », op. cit., p. 216.
Que nous apprend cet état des lieux ? Que la science politique universitaire
s'attache en écrasante majorité, quel que soit l'âge du professeur, à l'étude
du système politique : les objets « gouvernement et administration »,
« analyse des systèmes de gouvernement », « droit et politique (y compris
droit constitutionnel) » rassemblent 424 des 1 712 objets d'activité recensés,
soit presque un quart d'entre eux. Le découpage des objets pratiqué ici
permet d'imaginer que l'étude du système politique est plus internationale,
moins centrée sur le droit constitutionnel, plus attachée aux transactions
intersectorielles que ne peut l'être l'objet « institutions politiques et droit
constitutionnel » dans sa version française ; mais il faudrait le vérifier par
une lecture plus attentive des programmes d'activité. Par ailleurs, au-delà
même de la seule situation du système politique, la science politique
allemande apparaît bien plus ouverte à l'international, en particulier à
l'Europe, que sa voisine française ; tendance qui se renforce
considérablement chez les jeunes. Pour en rester à une comparaison, certes
superficielle, avec ce que l'on sait de la situation universitaire française59,
deux des objets les plus consensuels en France sont secondaires en
Allemagne : les partis politiques, dont l'étude va jusqu'à décliner chez les
plus jeunes, et surtout le comportement électoral et le vote, dont le caractère
particulièrement marginal ne peut que surprendre l'observateur français.
Rappelons, enfin, les traits distinctifs entre les professeurs de la décennie
passée et leurs successeurs, bien plus ouverts à l'international, et moins
sensibles à la théorie et aux idées politiques. Parmi les objets émergents, on
notera les changements de valeurs et, à moindre titre, les mobilisations
politiques, signe de l'influence de la sociologie politique pratiquée au
Wissenschaftszentrum de Berlin, où officient alors Hans-Dieter Klingemann,
Ronald Inglehardt, Max Kaase, Wolfgang Zapf, un peu plus tard Ruud
Koopmans ou Dieter Rucht.
La diversification des méthodes, des objets et des ressources est donc
indéniable, ainsi que l'internationalisation. Les années 1980 manifestent
d'ailleurs l'apogée de la présence de la science politique allemande aux Etats-
Unis, ou, pour le dire plus justement, l'apogée de l'exploitation, par les
politologues allemands, des ressources américaines. Il suffit de prendre pour
témoin le fait que les Allemands sont, après les Canadiens, les plus représentés
parmi les 16 000 adhérents de l'IPSA (K. v. Beyme en a été, de 1982 à 1985, le
président) ou bien que l'édition contemporaine du New Handbook of Political
Science (1995) a été certes codirigée par H.-D. Klingemann, mais que
l'écrasante partie des références bibliographiques est américaine, les deux
seuls Allemands parfois cités étant F. Scharpf et J. Habermas. Les autres pays
sont absolument secondaires. Les manuels contemporains de science politique
59. Essentiellement Legavre (J.-P.), « Une discipline en chaire. L'initiation à la science politique
dans les cursus universitaires au milieu des années 1990 », in Favre (P.), Legavre (J.-P.), dir.,
Enseigner la science politique, op. cit., p. 52-53.
Science disciplinée 109
60. Surnage ainsi, dans la bibliographie générale d'une récente « introduction critique aux
œuvres standard et aux classiques contemporains », une seule référence en français, celle à
l'ouvrage sur les crises de M. Dobry (Berg-Schlösser (D.), Quenter (S.), dir., Literaturführer
Politikwissenschaft, Stuttgart, Kohlhammer, 1999).
61. Cf. la contribution de O. Giraud dans ce même numéro.
62. Cf. Legavre (J.-B.), « Une discipline en chaire», art. cité, p. 50-51.
63. Favre (P.), « La question de l'objet de la science politique a-t-elle un sens «, Mélanges Robert
Pelloux, Lyon, Hermès, 1980, Leca (J.), « La théorie politique » et Lacroix (B.), « Ordre politique
et ordre social », in Grawitz (M.), Leca (J.), Traité de science politique, op. cit., Favre (P.), « Retour à
la question de l'objet, ou faut-il disqualifier la notion de discipline ? », Politix, 29, 1995.
110 Politix n° 59
position dans les parties « Feuilleton » des grands quotidiens, ces cahiers de
quatre à seize pages qui, chaque jour, ouvrent une fenêtre vers les sciences
sociales et la philosophie. Portés par le bonheur des circonstances politiques,
les historiens y tiennent aujourd'hui le haut du pavé64, contre les politistes,
de surcroît condamnés pour n'avoir pas su, en dépit de la scientificité
autocélébrée de leur discipline, anticiper la chute de la RDA ni accompagner
le processus d'unification65. L'histoire réelle a donc renvoyé la science
politique à son infériorité historique à l'égard des historiens, ce qui conduit
l'autoréflexion sur la discipline à chercher refuge dans l'essence de la
discipline : le « politique » lui-même.
On ne peut s'expliquer autrement que par ces marchandages disciplinaires
l'intensité des discussions allemandes autour de l'objet propre de la science
politique, dont l'épicentre est donc moins l'académique « définition
préalable » qu'une recherche des manifestations concrètes du politique.
Mais la recherche par les politistes de « l'essence » de leur discipline a peu à
peu conduit à une double aphonie. Aphonie théorique, tout d'abord : les
enquêtes ont révélé que les politistes allemands désignent leur objet d'abord
par les termes66 de « conflit(s) », « d'intérêts » et de « pouvoir » (« Macht »).
Sans en soi surprendre, ce résultat place les politistes dans un voisinage
compliqué, où leur quête de l'essence du politique retrouve les définitions
schmittiennes de l'objet67. Or ce sont ces définitions que, autour de la
question allemande et du Historikerstreit, les nationalistes entendaient à la
même époque réhabiliter, et avec elles la nation68. Aphonie pratique,
64. Le signe en est dans la grande presse le recours aux explications nourries de récits
historiques sur les « ombres du passé » pour comprendre tous les phénomènes contemporains à
la va-vite rassemblés sous l'appellation de « néo-nazis ». L'hebdomadaire Spiegel en fait ses
choux gras à fréquence régulière.
65. C'est la raison pour laquelle la sociologie, qui souffre des mêmes difficultés conjoncturelles,
n'en ressent pas les effets avec la même intensité : Müller (H.-P.), « La sociologie en ermitage ?
Esquisse d'un état des lieux », Cahiers du Centre Marc Bloch, 6, 2001. Cf. le rapport
particulièrement sombre de P. Steinbach au dernier congrès de la DVPW à Halle (octobre 2000),
sur l'état de la discipline. Sur la RDA, c'est encore l'histoire qui tient le devant de la scène, servie
par l'efficacité dramatique des grands récits (la chute du Mur...) et l'histoire immédiate, plus
facilement intelligible qu'un présent toujours complexe (ce que l'on décrit sous le vocable de
« Ostalgie », au chevet de laquelle les historiens sont convoqués).
66. Ce sont les termes cités le plus souvent (293 occurrences) par les 256 politistes interrogés, qui
ont cité 639 notions différentes.
67. La référence à Schmitt domine aujourd'hui les débats. Ainsi Alemann (U. von), « Das
Politische an der Politik. Oder : Wider das Verschwinden des Politischen », in Hinrichs (K.) et al.,
dir., Kontingenz und Krise., op. cit., 2000, rappelle cette citation de la Théologie politique de C.
Schmitt : « Ce n'est pas parce qu'un peuple n'a plus la force de se maintenir dans la sphère du
politique que le politique disparaîtra de la surface du monde. Ce qui disparaîtra ne sera jamais
qu'un peuple faible ».
68. Ce mouvement peut emprunter toutes les figures schmittiennes de la critique de la politique
(anti-parlementarisme, anti-libéralisme etc.,) : « Cette ascension du provincialisme politique
[Bonn] est lui aussi le symptôme d'une certaine décadence du parlementarisme ouest-allemand,
et avec lui, en réalité, du politique même » (Bohrer (K.), « Provinzialismus», Merkur, 44, 1990).
Science disciplinée 111
69. H. Münkler notait ainsi que, dans un recueil récent sur la « Politikverdrossenheit », une seule
des vingt contributions émanait d'un politiste. De même, depuis 1990, on ne notait aucune
contribution sur ce thème dans Zeitschrift für Politikwissenschaft ou dans Leviathan, deux
seulement dans Zeitschrift für Parlamentsfragen et PVS (« Die Moral der Politik. Politik,
Politikwissenschaft und die sozio-moralische Dimension politischer Ordnungen », in Leggewie
(CL), dir., Wozu Politikwissenschaft ?, op. cit.).
70. Pour saisir l'ancrage social de cette activité sociale qu'est la science politique, on peut jeter
un simple coup d'œil sur son « public ». A la librairie universitaire de la Humboldt de Berlin, on
trouve douze rayonnages sur l'histoire, essentiellement sur l'histoire de l'Allemagne, quatre sur
la RDA, deux sur la sociologie, un sur la science politique ; et si la signalisation des rayons
« Soziologie » indique où se trouvent dix « grands auteurs » (U. Beck, P. Bourdieu, A. Giddens, E.
Goffman, J. Habermas, A. Honneth, etc.), elle n'en signale qu'un au rayon « Politikwissenschaft »,
C. Schmitt.