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Science Disciplinée

L'article de Fabien Jobard examine l'évolution de la science politique en Allemagne, mettant en lumière son développement en tant que discipline académique influencée par des ambitions civiques et des pressions externes, notamment américaines, après la Seconde Guerre mondiale. Il souligne la transition d'une 'science politique critique' des années 60 et 70 vers une approche analytique centrée sur l'action publique, en lien avec des dynamiques politiques et démographiques spécifiques. Le texte aborde également les tensions entre les générations et les influences historiques qui ont façonné la discipline.

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Science Disciplinée

L'article de Fabien Jobard examine l'évolution de la science politique en Allemagne, mettant en lumière son développement en tant que discipline académique influencée par des ambitions civiques et des pressions externes, notamment américaines, après la Seconde Guerre mondiale. Il souligne la transition d'une 'science politique critique' des années 60 et 70 vers une approche analytique centrée sur l'action publique, en lien avec des dynamiques politiques et démographiques spécifiques. Le texte aborde également les tensions entre les générations et les influences historiques qui ont façonné la discipline.

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Politix

Science disciplinée. Les mutations sociales et politiques de la


science politique allemande contemporaine
Fabien Jobard

Citer ce document / Cite this document :

Jobard Fabien. Science disciplinée. Les mutations sociales et politiques de la science politique allemande contemporaine. In:
Politix, vol. 15, n°59, Troisième trimestre 2002. Sciences politiques allemandes. pp. 89-111;

doi : [Link]

[Link]

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Abstract
A disciplined political science. About some aspects of today's German political science
Fabien Jobard
The article tries to dry a picture of the social and political situation of political science in the Germany of
today. Its efforts are centered on the configuration which gave rise to political science as an
academical discipline twice : On the one hand the civic ambition, strongly supported by the Americans,
to create a « science of democracy » after the second world war. On the other hand the civic ambition,
this time under strong pressure of the established West-German professors, to establish their own
social uses of the political science and their own teachings in the former GDR. The paper points as well
to the very specific political and demographical dynamics which generated in the 60s and 70s a short
but not insignificant « critical political science », which very quickly reconverted itself into the analysis
of public policies. It insists on the generational detachment toward the Founding Fathers of 1945, which
was intimately connected with a marxist critic of the « science of democracy » which had been
supported by the former generation. But the political alternation leaded by W. Brandt, the euphorical
planification of all kind of policies, and, « imported » from the United States, the rediscovery (for
instance) of Max Weber, suddenly transformed this radical critical approach of the State to an
analytical approach of its fonctionning, which became then this science of public action which
dominates today the field of political science. This is the topic of the last part of the article.

Zusammenfassung
Eine disziplinierte Politikwissenschaft. Aspekte der zeitgenössischen deutschen Politikwissenschaft
Fabien Jobard
Der Beitrag ist ein Versuch, die politische und soziale Lage der Politikwissenschaft im
zeitgenössischen Deutschland zu skizzieren. Dafür kommt er zurück zu einer gemeinsamen
Konfiguration, die zweimal die deutsche Politikwissenschaft ihr Gesicht geschafft hat : zu der «
Demokratiewissenschaft ». Erstmal unter dem Druck der Amerikaner, in Augen deren die
Politikwissenschaft nach dem zweiten Weltkrieg Waffe der Demokratie werden sollte. Dann wieder
unter dem Druck der etablierten wetdeutschen Professoren, die ihre Lehre und Methoden in die
ostdutschen Länder exportiert haben. Der Beitrag zeigt aber auch zugleich welche politische und
demographische Konfigurationen die « kritische Politikwissenschaft » der 60er und 70er hervorrief hat ;
eine Kritik, die so schnell eine Art praktisches Wissen zugunsten der public policies produziert. In dem
Kontext der extraparlamentarisschen Opposition rief der notwendige Abschied von den Gründervätern
nach einer norwendig marxschen Kritik der Demokratiewissenschaft. Jedoch mussten der politische
Wechsel (Brandt), die Planeuphorie und (aus Amerika neuentdeckt) die Importation von Max Weber
ihren besonderen Einfluss auf diese kritische Politikwissenschaft ausüben. Nämlich fuhrte diese
kritische Politikwissenschaft zu einer Wissenschaft der Staatlichkeit, die eine Art Pragmatik bzw. Praxis
der Staatshandlung schafft.

Résumé
Une science disciplinée. Les mutations sociales et politiques de la science politique allemande
contemporaine
Fabien Jobard
L'article essaie d'établir la situation politique et sociale de la science politique dans l'Allemagne
d'aujourd'hui. Pour ce faire, il insiste sur la configuration qui, par deux fois, lui donna naissance : le
souci civique, sous la pression des Américains, de fonder une « science de la démocratie » à l'issue de
la seconde guerre mondiale, et ce même souci civique, sous la pression cette fois des professeurs
établis d'Allemagne de l'Ouest, d'étendre leurs pratiques et leurs enseignements dans les Länder de
l'Est. L'article montre également quelles dynamiques politiques et démographiques ont donné
naissance à cette « science politique critique » des années 1960 et 1970, vite reconvertie dans
l'analyse des politiques. Il montre comment le détachement générationnel à l'égard des pères
fondateurs de 1945 passait, dans un contexte d'opposition extra-parlementaire, par une critique
marxiste de la science démocratique que les anciens avaient promu. Mais l'alternance sous W. Brandt,
l'euphorie planificatrice et, via les Etats-Unis, l'importation, par exemple, de Max Weber, ont conduit
cette critique radicale de l'Etat à se faire étude de son fonctionnement, science de l'action publique qui
domine, selon des modalités que l'article examine, le champ contemporain.
Science disciplinée

Les mutations sociales et politiques de la science


politique allemande contemporaine

Fabien JOBARD

La science politique, en Allemagne, est une science de combat ; du


moins à ses moments fondateurs. Sous la République de Weimar, elle
engageait son savoir à la défense de la Constitution et de son idéal
social. Après la guerre, imposée dans l'université par les « émigrés » et les
Américains, elle voulait transformer les élites, les convertir aux vertus de la
démocratie parlementaire. A la fin des années 1950, devant des
manifestations de résurgences pro-nazies, elle fut rendue obligatoire à
l'école. Dix ans après, critiques et marxistes s'en emparèrent, pour la faire
arme théorique du combat, en vue de l'abolition des rapports de
domination. Aussi, comprendre ce qu'est la science politique allemande
exige de repérer sa position : qui la pratique, en vue de quelles luttes, aux
prises à quelles situations ? Les dynamiques historiques qui l'ont saisie
obligent à interroger l'engagement en science politique. Voulue science
engagée, et ce à chaque étape de son développement, la science politique doit
se dérober aux formes convenues de l'histoire des disciplines universitaires,
où doctrines, idées et théories enseignées à l'université et consignées dans
les manuels déposeraient l'objet sur la table du chercheur.

Politix. Volume 15 - n° 59/2002, pages 89 à 111


90 Politix n° 59

Malheureusement, on ne dispose pas aujourd'hui encore d'enquête


sociologique sur la profession1. Faute de prosopographies, on dresse des
biographies et des portraits, en grand nombre ; faute d'analyses des réseaux
entre les politistes et les acteurs des autres champs, on établit quelques
histoires des idées sur les diverses « écoles », souvent autoproclamées2 ;
faute d'analyses quantitatives sur les causes structurelles des engagements
intellectuels et sociaux des politistes, on superpose les vicissitudes de la vie
politique et les secousses du champ universitaire3. Pour toutes ces raisons, la
présente contribution ne pourra être qu'une collection de vues aériennes.
Dépourvue d'enquête, elle est en situation obligée de hauteur, et ne donne à
voir que les reliefs les mieux découpés, pour laisser dans l'ombre les
longues plaines de la routine académique. L'essentiel de la science politique,
comme en France, est d'abord formé des cours de premiers semestres sur les
institutions et systèmes politiques, ainsi que sur les idées politiques. Cette
activité fait peu parler d'elle. Les débats internes à la discipline, ces sommets
que l'on voit d'en haut, sont modelés par les sommités, qui pour se grandir
de leurs petites différences ont bien sûr fini par grandir outre mesure leurs
différences. Les débats rapportés ici reflètent les luttes entre les tenants,
laissant dans l'ombre la science politique sans relief du quotidien, que seules
la familiarité et l'appartenance indigène auraient pu dessiner4.
Science de combat, la science politique fut à deux reprises portée à la
défense de la démocratie parlementaire : lors de son implantation dans
l'Université en 1945 et à l'école en 1960, puis lors de son exportation dans les
Lander issus de l'ancienne RDA en 1990. A un autre moment de son histoire,

1. C'est sous les formes les plus orthodoxes de l'histoire des idées que l'autoréflexion de la
science politique allemande se développe avec constance depuis une bonne trentaine d'années.
L'ouvrage le plus récent, sur les évolutions des sciences du politique en Allemagne depuis le
XIIIe siècle, en est un exemple abouti : Bleek (W.), Geschichte der Politikwissenschaft in Deutschland,
Munich, C.H. Beck, 2001.
2. Cf. de ce point de vue les remarques lucides de H. Buchstein sur la validité de la notion
d'école en science politique dans « Wissenschaft von der Politik, Auslandswissenschaft, Political
Science, Politologie. Die Berliner Tradition der Politikwissenschaft von der Weimarer Republik
bis zur Bundesrepublik », in Bleek (W.), Lietzmann (H.), dir., Schulen der deutschen
Politikwissenschaft, Opladen, Leske &Budrich, 1999.
3. Pour reprendre la très juste remarque de M. Greven, il manque encore à la compréhension de
la science politique allemande ce qu'a été Homo Academicus en France : Greven (M.), « Was ist
aus dem Anspruch einer kritisch-emanzipatorischen Politikwissenschaft vom Ende der 60er
Jahre geworden ? Eine Skizze des Paradigmas und seines Scheiterns », in Göhler (G.), Zeuner
(B.), dir., Kontinuitäten und Brüche in der deutschen Politikwissenschaft, Baden-Baden, Nomos, 1991.
Bourdieu (P.), Homo academicus, Paris, Minuit, 1984, a été traduit à Francfort chez Suhrkamp en
1988 et réédité en 1998.
4. C'est pourquoi je suis particulièrement redevable ici des lectures semi-indigènes des collègues
du Centre Marc Bloch, notamment celles de M. Gravier, E. Klautke et Y. Sintomer. L'expérience
peut toutefois se substituer avec bonheur à l'appartenance, comme me l'ont montré les très
justes remarques de J. Leca, dont le texte présent, même si les défauts me restent imputables, lui
doit aussi beaucoup. Un grand merci également aux collègues de Politix, A. Collovald, P.
Laborier et D. Cardon.
Science disciplinée 91

à la fin des années I960, la science politique a encore été appelée au combat,
mais cette fois contre l'ordre institutionnel allemand. Ce moment fugitif, il
faudra en repérer les frontières dans le temps et l'espace, car la science
politique d'aujourd'hui, pourtant à mille lieux de celle d'il y a trente ans, est
toujours portée par ceux d'il y a trente ans. Première question : en quoi la
science politique allemande est-elle une éducation civique ? Seconde
question : pourquoi et comment la science critique, que ses efforts ont
soustraite à l'emprise de l'éducation civique, est ensuite devenue science
d'Etat ?

Science politique, science civique

A deux moments particuliers de son histoire, la science politique s'est vue


promue science de la civilité politique, en vue de l'affermissement ou de la
naissance d'un esprit public « démocratique » (favorable à la démocratie
représentative, au parlementarisme et au fédéralisme) : en 1945 en
République fédérale et en 1990 dans les nouveaux Bundesländer issus de
l'ancienne République démocratique. Ces deux épisodes instituants offrent
deux moments de cristallisation des concurrences idéologique et sociale
dont la science politique est l'objet en Allemagne.

1945-1960 : naissance et isolement

La science politique allemande présente un fort paradoxe, celui de sa


généalogie. Malgré Hegel, Marx, malgré les Staatswissenschaften, puis les
sociologies les plus novatrices (de Simmel à Weber, en passant par
Oppenheimer), on peut d'une certaine manière enregistrer la naissance de la
science politique comme discipline en 19455. Les Staatswissenschaften, même
les moins conservatrices, ne pouvaient survivre que dans la mesure où elles
répondaient à ce cahier des charges : « L'instruction publique en Allemagne
doit être surveillée de manière à ce que les enseignants nazis et militaristes
en soient totalement éloignés, et que les idées démocratiques soient
propagées de manière efficace6. » Amputée de ses traditions, la jeune
discipline se vit en outre imposer une défaite inaugurale face aux facultés de
droit, productrices de leurs propres Staatswissenschaften. Car ni la guerre, ni
l'après-guerre n'ont modifié le fameux monopole des juristes
{Juristenmonopol) sur la formation des élites politiques et administratives7, et

5. Cette datation est objet de conflits constants dans la discipline : cf. l'article de P. Laborier et D.
Trom dans ce numéro.
6. Accords internationaux de Potsdam, 2 août 1945, cité in Kuhn (H.-W.), Massing (P.), dir.,
Politische Bildung in Deutschland. Entwicklung, Stand, Perspektive, Opladen, 1990, p. 118.
7. Sur le « Juristenmonopol », cf. Charle (C), « Intellectuels, Bildungsbürgertum et professions
au XIXe siècle », Actes de la recherche en sciences sociales, 106-107, 1995 et Vincent (M.-B.), « Le rôle
92 Politix n° 59

la science politique se vit ainsi cantonnée à la formation des enseignants


d'éducation civique (« politische Bildung8 »). Rejetée par les intellectuels « du
pouvoir », elle ne put non plus trouver refuge chez les intellectuels
« fondamentalistes » : les sociologues des départements de sociologie
avaient en effet renoué par l'Institut des sciences sociales de Francfort avec
l'héritage des années 1920-1930, et regardaient d'un œil méfiant
(« critique ») une science politique jugée trop conciliante avec le pouvoir, et
trop redevable aux Staatswissenschaften wilhelmiennes9.
Autrement dit, c'est d'abord sur le mode de la rupture, et non de la
tradition, que doit être pensée l'activité intellectuelle politologique lors de sa
création en discipline universitaire. Cette rupture n'est pas due, comme on
peut être porté à le croire, à l'implant d'une « science politique américaine »
qui aurait vidé les Staatswissenschaften de leur substance au profit d'un froid
empirisme behavioraliste. La science politique, alors une science appliquée
(à l'édification morale et citoyenne), ne proposait de toute façon pas de
recherche fondamentale. La rupture avec les sciences de l'Etat des décennies
d'avant-guerre est repérable à l'autonomie de la discipline, qu'elle payait de
son isolement et de sa précarité.
Dans les années 1950, la science politique ne disposait que de deux instituts
autonomes, celui de Berlin et un autre à Wilhelmshafen. Elle ne comptait que
quelques centaines d'étudiants et de 24 chaires réparties dans les quelques
facultés de droit ou de sciences sociales qui autorisaient un peu de science
politique en leurs murs. Les professeurs, formés dans les facultés de droit de
Weimar, revenaient de l'émigration, militaient pour la Demokratiewissenschaft,
étaient des chroniqueurs écoutés de la presse écrite et radiophonique, où ils
poursuivaient leur instruction civique. L'enseignement ne reposait alors que
sur un mince patrimoine commun, pourvu de très peu de méthodologie10 et

de la faculté de droit de Berlin dans la formation des élites allemandes », Cahiers du Centre Marc
Bloch, 1, 2000. Le maintien du Juristenmonopol sur les postes de la haute fonction publique est
aujourd'hui encore tradition bien gardée (cf. l'administration fédérale du travail :
Politologe/Politologin, Nuremberg, Blätter zur Berufskunde, 1996).
8. La Politikwissenschaft devient une Demokratiewissenschaft « bunkérisée » dans son monopole
sur la politische Bildung : Lietzmann (H.), « Politikwissenschaft in der Bundesrepublik
Deutschland », in Lietzmann (H.), Bleek (W.), dir., Politikwissenschaft. Geschichte und Entwicklung
in Deutschland und Europa, Munich, Oldenbourg, 1996, p. 42.
9. On note pourtant dès cette époque des efforts nombreux de distanciation à l'égard de
l'inclinaison à l'autoritarisme des Staatswissenschaften. Deux figures de ce combat sont deux
professeurs proches du SPD, Arnold Bergstraesser et Eric Voegelin, cf. Noetzel (Th.), Rupp (K.-H.),
« Zur Generationenfolge in der westdeutschen Politikwissenschaft », in Lietzmann (H.), Bleek
(W.), dir., Politikwissenschaft, op. cit., p. 86. Chose établie toutefois : on peut faire carrière
universitaire en science politique dans les années 1950 tout en se revendiquant du SPD, ce qui
était bien plus rarement le cas par exemple en histoire.
10. Le premier manuel de science politique, le Politik im Grundriß de Grabowski, publié en 1951,
présente une histoire des idées suivie des types de régimes démocratiques et d'une critique non
marxiste de l'impérialisme ; celui de Eric Voegelin (Die neue Wissenschaft der Politik de 1959) est
traduit de l'anglais (The new science of politics, publié à l'université de Chicago en 1952) et seul
Science disciplinée 93

de rares œuvres fondatrices, hormis en théorie politique ou en droit


constitutionnel1 ^ .

Mais à la fin des années 1950, des graffitis nazis commis par des enfants,
trop jeunes pour avoir connu le nazisme, amenèrent le gouvernement à
rendre l'éducation civique obligatoire dès le collège. D'un seul coup
s'accrurent les besoins en personnel compétent, ce qui entraîna une
augmentation d'inscriptions surproportionnelle à celle des autres
disciplines : 1 400 étudiants en 1965, pour 51 chaires, 8 079 en 1975, pour
133 chaires12. Réaffirmée comme science à usage civique, la science politique
attira des étudiants curieux de politique qui, sitôt diplômés, pouvaient à
faibles coûts rester dans l'université comme assistants puis Dozent. La crise
de la science politique, que nous analyserons plus tard, était en germe dans
ces changements démographiques. Mais pour l'heure, il faut examiner les
conditions sous lesquelles la science politique s'est exportée en 1990 vers les
universités de l'ancienne RDA, deuxième moment de manifestation de la
science politique, science civique.

1990 : conquête et perpétuation

Comme en droit ou en sciences sociales13, comme aussi dans des secteurs


parfaitement étrangers à l'enseignement14, c'est par pur et simple transfert
des personnels d'encadrement (les professeurs) et des principes
fondamentaux (organisation des études, financement de la recherche,
programmes enseignés) que la sortie du régime est-allemand s'est jouée. En
1945, l'enjeu consistait en l'importation d'une discipline nouvelle vers des
populations à (ré-)éduquer, opération qui s'est traduite par la création d'une
discipline scolaire et universitaire. En 1990, le défi posé était également celui

celui de Flechtheim (Grundlegunug der Politikwissenschaft de 1958, lui aussi d'ailleurs traduit de
l'anglais) présente une table des matières qui, aux côtés d'un découpage ensuite classique de
l'objet (idées politiques, institutions politiques, relations internationales... et une partie relative
à l'ordre politique idéal, celui reposant sur un « humanisme dynamico-démocratique »),
présente une partie relative aux méthodes d'analyse (cf. aussi, dans la même perspective, le
manuel de C. J. Freidrich, publié à Freiburg en 1961, essentiellement centré sur les questions de
méthodes et d'instruments d'analyse). Il faut attendre 1961 et le manuel de Bergstraesser (A.),
Politik in Wissenschaft und Bildung, Freiburg, 1961, pour disposer à la fois d'un manifeste
scientifique (plaidoyer pour l'étude des fondements anthropologiques de l'ordre démocratique)
et politique (déclaration anti-marxiste d'adhésion à l'ordre libéral), pierre fondatrice de ladite
« école de Freiburg » : Ernst (J.), Politikwissenschaft in der BRD, op. cit., 1994.
11. On pense ici à E. Voegelin à Munich, E. Fraenkel à Berlin, E. Kogon à Darmstadt.
12. Mohr (A.), « Politikwissenschaft als Universitätsdisziplin in Deutschland », in Mohr (A.),
dir., Grundzüge der Politikwissenschaft, Munich, Oldenbourg, 1997.
13. Cf. pour l'histoire, Jarausch (K.), « "Destruction créatrice". Transformer le système
universitaire est-allemand », Sociétés contemporaines, 39, 2000.
14. Cf. pour la fonction publique Gravier (M.), Lozac'h (V.), « La persistance du modèle
administratif allemand dans les nouveaux Länder », Communisme, 64, 2000.
94 Politix n° 59

de la greffe institutionnelle et culturelle, portée depuis la RFA sur les


universités et les écoles de l'ancienne RDA. Il faut donc ici mesurer ce
qu'était la science politique sous le régime est-allemand, comment les
politiques de transferts des personnels et des programmes ont été menées et
finalement ce que l'on attendait de la science politique à l'Est. Allait-elle
rester une science du politique, professionnalisée et autoréférencée, ou
allait-elle renouer avec l'ancienne science civique ?

Y avait-il une science politique en RDA ?


La premier visage de la science politique est-allemande réelle-socialiste était
celui du déni : la « politologie bourgeoise », en effet, n'est qu'une des « bases
décisives de l'argumentaire pseudo-scientifique au service de
l'anticommunisme15 ». Malgré tout, la poursuite de la reconnaissance
internationale encourageait l'intégration aux institutions internationales (en
1974, l'Association internationale de science politique, à la fin des années 1980,
le International Handbook of Political Science de William Andrews16), dès lors
que la RDA fut admise à l'UNESCO (1972) et à l'ONU (1973). Toutes ces
démonstrations de conformité diplomatique cachaient cependant avec peine
l'allégeance de la science politique au Parti ou, en termes indigènes, l'unité
nécessaire de la théorie (politologique) et de la pratique (partisane). L'essentiel
de la science politique était abrité dans l'Académie des sciences sociales du
comité central du SED : la section « Communisme scientifique », à l'université
de Leipzig, ne faisait qu'exception à la règle. Ce sont les instituts
politologiques du SED qui ont été employés aux rares contacts avec l'étranger,
notamment lors des échanges entre le SED et le SPD de l'Ouest17. Instrument
en vue de la légitimation et de la rationalisation du régime, matière
optionnelle, aux côtés de l'imposante discipline « Marxisme-léninisme », la
science politique n'avait pas pour elle l'autonomie à l'égard du Parti que
pouvaient revendiquer les sciences dures ou même la sociologie.
L'Unification fera vite le ménage. On vit toutefois quelques résistances à
l'inéluctable : sous les gouvernements de Egon Krenz (octobre-novembre
1989) et de Hans Modrow (novembre 1989 - mars 1990), quelques-uns firent

15. C'est ce qu'on lit dans le Petit dictionnaire politique, édition 1988, p. 157, cité par Walkenhaus
(R.), « Zäsur 1989 ? Die Situation der Politikwissenschaft seit der deutschen Vereinigung », in
Mertens (L.), dir., Politischer Systemumbruch als irreversibler Faktor von Modernisierung in der
Wissenschaft ?, Berlin, Duncker & Humblot, 2001.
16. Où l'on trouve donc, ouaté dans la parité idéologique des blocs, un article de K.-H. Rôder
sur la science politique en RDA. Rôder était alors représentant de la RDA à l'IPSA et auteur
d'un mimétique manuel de science politique (Le système politique de la RDA, en 1975, 3e édition
en 1987).
17. On s'appuiera pour ce qui suit sur Lehmbruch (G.), « Die Politikwissenschaft im Prozeß der
deutschen Vereinigung », in Lehmbruch (G.), dir., Einigung und Zerfall. Deutschland und Europa
nach dem Ende des Ost-West-Konflikts, Opladen, Westdeutscher Verlag, 1995. Les annexes
nombreuses permettent de bien saisir les passes d'arme entre les différents acteurs d'Est et
d'Ouest. . .
Science disciplinée 95

feu de tous bois pour sauver les meubles. Le marxisme scientifique devint
l'étude scientifique du marxisme humaniste ; le département de
Communisme scientifique de Leipzig se mua en Section de science politique
et de sociologie et le prestigieux Institut de marxisme-léninisme de la
Humboldt à Berlin se pluralisa en « Sciences politiques », pour accueillir un
Centre de recherche sur la paix et les conflits, fruit de la politique de dégel
des deux années précédentes et velléité mimétique à l'égard des peace studies
de Berlin Ouest18. Ces tentatives montrent à leur humble mesure ce que les
sciences politiques auraient pu être sous la RDA : sous la double tutelle de la
scientifisation des modes de gouvernement depuis Honecker (1970-1989) et
de la politique de paix et de détente, les politistes auraient pu jouer sur une
certaine duplicité avec ce qui commençait à faire succès à l'Ouest, les
politiques publiques et les peace studies19. Sans doute parce qu'ils ne
répondaient pas à des besoins sociaux immédiats, sans doute aussi parce ce
qu'une émancipation minime annonçait trop de dangers, les politologues
n'ont jamais profité des promesses modernistes de Honecker, à la différence
d'autres groupes professionnels20.

La prise en main universitaire


Tout s'est donc passé très vite : « Les recommandations du Wissenschaftsrat
allaient être prises pour des [...] directives à force obligatoires21. » On ne
peut ajouter beaucoup plus sur le phénomène de « transition » en matière
universitaire à l'Est. Le ministère fédéral de l'Education et de la Recherche
posait par le Traité d'unification signé en 1990 entre les deux Etats les règles
générales de la fonction publique (autonomie universitaire, indépendance
professorale et liberté de l'enseignement), mais a laissé au Wissenschaftsrat,
gremium fédéral de 32 membres nommés, le soin d'organiser le transfert
institutionnel, après qu'il eut constaté le désert en matière de science
politique à l'Est. Ni le ministère fédéral, ni la Conférence des recteurs, ni les
universités, très vite reprises en main par des professeurs de l'Ouest, ne sont
intervenus22. C'est en réalité l'Association allemande de science politique, la
DVPW, qui a été l'instance majeure de consultation du Wissenschaftsrat en

18. Durant cette courte période de débandade, repérable aux luttes (frénétiques et perdues
d'avance) en vue de la redéfinition de soi, il n'est pas jusqu'à l'école de formation des cadres du
SED qui ne tente un sauvetage en règle des apparences, se maquillant en « Ecole supérieure de
science politique »...
19. Cf. infra, ainsi que les bibliographies de P. Hagel et S. Raiser. Un bon argumentaire
rétrospectif, où les auteurs défendent ce qu'ils auraient pu (intellectuellement) faire si les
conditions (institutionnelles) avaient été là, est présenté in Berg (F.), Möller (B.), Reißig (R.),
« Pro und contra politikwissenschaftliche Forschung in der DDR », PVS, 33, 1992.
20. Cf. les succès, par exemple, des « ingénieurs » sous Honecker in Rowell (J.), La politique du
logement en RDA, Thèse de doctorat de science politique, Paris, EHESS, 2001.
21. Mayntz (R.), Aufbruch und Reform von oben. Ostdeutsche Universitäten im Transformationsprozeß,
Francfort s./ML, 1994.
22. Jarausch (K.) « Destruction créatrice », art. cité.
96 Politix n° 59

matière de science politique, notamment par un groupe interne de suivi et


par les missions entreprises à l'Est sous son égide par le professeur
hambourgeois Hartwitch.
Décidée à toute vitesse, l'Unification imposait de faire au plus simple. En
science politique, cinq grandes options ont été posées comme
indispensables : théorie politique et philosophie, système politique de la
RFA, politique comparée, relations internationales, méthodes de la science
politique ; quatre chaires devaient être créées au sein de chaque université.
Mais ces chaires ont vu leur existence dépendre des relations de forces
internes à chaque université et des équilibres avec les juristes locaux, ainsi
que des capacités de financement des Länder. Au final, la Humbolt de
Berlin-Est a accueilli huit chaires de science politique23, ce qui la place
aujourd'hui en concurrence redoutable avec l'Otto Suhr Institut de Berlin
(Ouest), le plus ancien institut de science politique en Allemagne, Leipzig
sept, Dresde quatre, Greifswald trois, etc. Au total, ce sont 54 chaires de
science politique qui ont été créées de 1989 à 1996 : douze en politique
comparée, dix en relations internationales, huit en système politique, cinq en
didactique, deux en politique économique, en science administrative et en
sociologie politique, une en politique sociale et en système politique du
Japon et de l'Europe de l'Est24. Destinées à des professeurs en poste à
l'Ouest qui, après des séjours financés par le DAAD à l'Est, ont été désireux
de rester dans les nouveaux Länder du fait des substantiels avantages
financiers, ces chaires ont été le plus souvent offertes aux Privatdozent de
l'Ouest en recherche de poste.
Que l'on préfère la métaphore gauchiste de la colonisation25 ou la
métaphore nationaliste-schmitienne de la Landnahme26, il reste que
l'Unification allemande aura vu la simple extension vers l'Est de la science
politique telle qu'on la trouvait à la fin des années 1980 à l'Ouest. Mais elle a
également été l'occasion d'un encouragement de son ancienne vocation aux
usages civiques.

Un second souffle de la science politique à usage civique ?


« La mise à disposition de l'instruction civique comme possibilité et
infrastructure doit désormais [1995] être considérée comme une composante

23. Ces chaires ont été jointes à celles des autres sciences sociales, au sein d'un Institut für
Sozialwissenschaften qui regroupe les professeurs de sciences sociales parmi les plus prestigieux
d'Allemagne (...de l'Ouest), comme C. Offe, H. Münkler, H.-P. Müller, K. Eder, H. Wiesenthal,
H. Wollman, publie sa propre revue (Berliner Journal für Soziologie) et bénéficie d'équipements
considérables, soutenus par les programmes fédéraux successifs de reconstruction de l'Est.
24. Lietzmann (H.), « Politikwissenschaft in der BRD. . . », art. cité.
25. Guittard (G.), Vilmar (F.), La face cachée de l'unification allemande. Paris, Editions de l'Atelier,
1999.
26. Lehmbruch (G.), « Die Politikwissenschaft... », art. cité.
Science disciplinée 97

nullement marginale ou secondaire du processus de réunification, mais


comme élément majeur d'une transformation réussie de notre système
[politique] » : voici parfaitement résumé l'enjeu politique pour la science
politique lors de l'Unification27. Elle se voyait appelée, au premier rang de
toutes les sciences sociales, sous les drapeaux de l'édification citoyenne des
plus jeunes. Elle était invitée, du même coup, à convertir ses recherches à
une ambition « didactique », afin de contribuer à la compréhension des
inclinations à l'autoritarisme, et de les combattre. C'est que les
manifestations d'extrême droite à l'Est, et la mesure continue de
« préférences » envers des formes politiques autoritaires, inquiétaient les
élites politiques et intellectuelles allemandes28.
L'heure fut donc à la redécouverte de la « responsabilité éthique », au
décloisonnement des recherches autoréférencées et stériles, à la rencontre
des « théoriciens » et des « praticiens », ou des « universitaires » et des
« scolaires », voire, comme le défendait Ulrich Beck, à une « science
politique libérée de ses fers », « libre d'une scientificité artificielle » au profit
d'une science politique citoyenne29. Il fallait tirer les politistes de « leur
travail pour des cercles élitaires, voire de leur affection pour le secret, qui à
la lisière du pouvoir administratif recherchent bien plus la proximité des
dominants que le contact avec le public30. » Dominés dans le champ scolaire
(où leur rôle apparaît mineur au regard des disciplines comme les
mathématiques ou l'histoire), mis à l'écart d'un champ universitaire tenu
par ceux auprès desquels ils ont étudié et appelés en 1990 à intervenir dans
une école marquée par de lourdes carences en équipements, les « scolaires »
tentaient alors de redonner à la Demokratiewissenschaft un peu de sa gloire
passée et de renverser le cours d'une science politique universitaire devenue
parfaitement autonome, professionnalisée, autoréférencée.
Mais les rapports de domination symbolique forgés depuis les années 1960 à
l'Ouest resteront inchangés ; au point que la coupure historique dans le
développement de la science politique n'est pas, vue d'aujourd'hui, 1989.
L'Unification aurait pu faire rupture si les rapports de force autour de la
définition de la science politique avaient été renversés par la valeur
conjoncturelle acquise par la science civique. Cela n'a pas été le cas. La
coupure historique est sans doute bien plus 1975, lorsque les problématiques,
les méthodes, les modes d'organisation se définissaient en des modalités qui

27. Claußen (B.), « Politik-Bewältigung im vereinigten Deutschland », in Claußen (B.), Wellie


(B.), dir., Bewältigung-Politik und politische Bildung im vereinigten Deutschland, Hambourg,
Krämer, 1995, p. 145.
28. Cf. en français Minkenberg (M.), « La nouvelle droite radicale, ses électeurs et ses milieux
partisans », in Perrineau (P.), dir., Les croisés de la société fermée. L'Europe et ses extrêmes droites, La
Tour d'Aiguës, Editions de l'Aube, 2001.
29. Beck (U.), « Die Renaissance des Politischen », Gewerkschaftliche Monatshefte, 43, 1992, p. 601,
cité in Claußen (B.), « Politik-Bewältigung... », art. cité.
30. Claußen (B.), « Politik-Bewältigung im vereinigten Deutschland », art. cité, p. 151.
98 Politix n° 59

sont encore celles d'aujourd'hui, et lorsque la jeune génération produisit des


titulaires, qui sont ceux encore en poste aujourd'hui. Pour comprendre ce
tournant, il faut examiner le développement intra-universitaire de la science
politique en Allemagne de l'Ouest, lorsque celle-ci attirait à elle, au début
des années 1960, des étudiants épris de politique, et empreint de scepticisme
à l'égard du catéchisme démocratique d'alors.

D'une science critique à une science d'Etat ?

L'extension de la science politique ouest-allemande en Allemagne de l'Est ne


s'est accompagnée d'aucune transformation de la science politique
universitaire, au contraire de ce qu'a produit l'inflation démographique des
années 1960. A cette époque, la science politique, tout comme la sociologie,
avait été l'enjeu de luttes visant à en faire un instrument de combat non plus
en faveur de la démocratie représentative mais contre elle, en vue du
renversement des rapports de domination. De Demokratiewissenschaft ou
Legitimationswissenschaft, la science politique en pleine expansion31 résonnait
subitement de mille voix qui la voulaient kritische Wissenschaft, voire kritisch-
emanzipatorische Wissenschaft, bref : Oppositionswissenschaft32. Aujourd'hui
pourtant, elle serait redevenue une science appliquée ; non plus à
l'édification des masses, mais à l'efficience du système politique, et à sa
consolidation. Science normalisée, science désenchantée, cette science
politique est-elle devenue une science d'Etat ?

Une critique bien pensée

En 1973, le Congrès de Hambourg de la DVPW marque l'apogée d'un


moment « critique » de la science politique, dont on peut repérer l'une des
premières manifestations visibles dans le manuel de « l'école de Marburg »

31. Deux indicateurs : fondée en 1951, la DVPW, de loin la plus grande des trois associations
allemandes de science politique, vit ses membres inscrits passer de 203 en 1964 à 608 en 1974,
indices d'une augmentation qui ne cessera plus, alimentée dans les années 1990 par les
adhésions en provenance de l'Est (1989 : 915 membres, 2001 : 1 382, cf. Bulletin de la DVPW,
Osnabrück, Lit, 124, 2001). Par ailleurs, le nombre des étudiants est passé de 3 354 en 1970
(moins de 1 % de l'ensemble des étudiants de RFA), à 8 364 en 1980 et 13 483 en 1985 (on a
même relevé une augmentation de 540 % du nombre d'inscrits en 1975 !) ; le nombre de chaires
s'établissant à environ 250-300 peu avant l'Unification, cf. Lietzmann (H.), « Politikwissenschaft
in der BRD... », art. cité, p. 50 et Mohr (A.), «Politikwissenschaft als Universitätsdisziplin in
Deutschland », art. cité, p. 19. Sur une assise certes plus large, le nombre des étudiants de
sociologie ne parvenait pas à une telle progression (de 7 000 en 1972 à 19 000 en 1998,
cf. Allmendinger (J.), « Soziologie, Profession und Organisation », discours d'ouverture du
30e Congrès de l'Association allemande de sociologie, Cologne, octobre 2000.
32. Sur ces luttes en vue des appellations /stigmatisations légitimes, cf. Alemann (U. von),
Forndran (E.), Methodik der Politikwissenschaft. Eine Einführung in Arbeitstechnik und
Forschungspraxis, Stuttgart, Kohlhammer, 1995.
Science disciplinée 99

(1968), dont la classification binaire des régimes politiques (d'un côté les
régimes « libéraux », « socio-étatiques » et « fascistes » ; de l'autre le
« modèle communiste de domination politique ») marque une rupture, ainsi
revendiquée dans l'introduction de l'ouvrage : « Le but [de la science
politique] [est le] dépassement des rapports de domination, qui ne doivent
plus être tenus pour des nécessités ni anthropologiques, ni pratiques, et que
l'analyse des conditions socio-historiques de leur genèse dépouille de cette
apparence d'irréversible dont ils se parent33. » En 1973, les « politistes
critiques » dominent les débats. En 1977, le congrès est consacré à la
question « Science politique et pratique politique », et s'inquiète d'une
science politique réduite à un ensemble de préceptes pratiques en vue de
l'efficience de l'Etat. . . Un feu de paille que cette effervescence critique ? Une
illusion rétrospective ? Que s'est-il passé ?

L'effervescence critique
Pourquoi avoir subitement flanqué une ambition critique à la science
politique, et quelle en était exactement la nature ? Cette discipline si
intimement liée aux institutions parlementaires a été frappée de plein fouet
par l'opposition « extraparlementaire », liée à la forte présence américaine
en Allemagne, au rejet de la « grosse coalition » de 1966, et à l'arrivée à
l'université d'une génération qui ne rechignait pas à interroger la passivité
de la justice, de la politique et de l'administration à l'endroit des anciens
fonctionnaires nazis34. Cette opposition, nourrie des débats américains bien
plus que ne l'étaient les mouvements français, est toutefois plus isolée qu'en
France, à cause de l'absence d'un Parti communiste fort et de l'hostilité des
syndicats. Cet isolement n'est pas sans effet sur son radicalisme, ni sur la
célérité de sa dissipation, d'autant plus facilement encouragée par les offres
de reconversions internes à l'université que la critique restait pratiquée par
des gens dont l'engagement n'aura que peu quitté les Facultés.
La contestation au sein de la science politique s'organisait autour de trois
foyers : Marburg, Francfort et Berlin. C'est à Berlin que le marxisme était le
plus orthodoxe, le plus certain de la victoire des dominés, sinon de tous les
champs possibles, au moins du champ universitaire. A l'Institut Otto Suhr
de Berlin, en effet, l'autocélébration avant-gardiste pouvait s'instituer à
faible coût : afin d'enrayer l'exode démographique dû au Mur, le
gouvernement fédéral avait prévu une dérogation au régime général qui
permettait aux docteurs et habilités de l'Université libre de s'y faire ensuite
nommer, lorsque la règle générale interdisait partout ailleurs le recrutement

33. Abendroth (W.), Lenk (K.), dir., Einführung in die Politikwissenschaft, Munich, Francke, 1968
(réédité à six reprises, jusqu'en 1982). Sur l'influence considérable d' Abendroth dans les
mouvements contestataires des années 1960, cf. Kohser-Spohn (Ch.), Mouvement étudiant et
critique du fascisme en Allemagne dans les années 1960, Paris, L'Harmattan, 1999.
34. Greven (M.), « Was ist aus dem Anspruch... ? », art. cité.
100 Politix n° 59

local. Protégés dans leur enclave, les jeunes assistants, doctorants et


habilitants pouvaient se permettre un radicalisme sans risque, transformant
les cours sur le système politique en cours de politique économique,
introduisant au rang des matières obligatoires le matérialisme historique,
fondant et diffusant leur propre revue35 (Probleme des Klassenkampfes), leur
manuel36, et leur propre historiographie (critique) de la science politique
allemande, la première du genre37.
A Francfort, foyer le plus large de la contestation universitaire, une telle
orthodoxie n'était pas de mise. Le manuel local, dirigé par Gisela Kress et
Dieter Senghaas, a sans doute été le plus lu de la science politique critique38.
Il rassemble les contributions d'auteurs importants, nourris des apports de
la sociologie de Francfort : Claus Offe, Joachim Hirsch, Otwin Massing, tous
ces auteurs qui, formulant les questions dans les termes (critiques) de leur
époque (domination sociale, rapports capital /travail, etc.), sortaient des
carcans économicistes pour étudier les formes politiques autonomes,
productrices de leur propre rationalité et de leur propre histoire, comme
l'Etat. A ce titre, la contribution de C. Offe, « Domination politique et
structures de classes », inaugurait un modèle d'analyse des contradictions
libéré des rapports de classe, centré sur les tensions structurelles des
rapports intersectoriels au sein des systèmes complexes39. C'est dans ce
creuset que se forgea ce qui deviendra, très vite, la science politique
dominante depuis les années 1970 jusqu'à nos jours.

Sous les brûlots, l'Amérique ; sous l'Amérique, l'Allemagne


Le plus surprenant, dans cette affaire, est l'importation massive des modèles
fonctionnalistes. Portée par les jeunes enseignants non habilités, ou les
jeunes habilités sans poste (ce que l'on appelle « l'étage intermédiaire »,
« akademischer Mittelbau »), dans une logique semblable à celle de l'université
française40, cette science politique critique a en effet été favorisée par les

35. Les microstratégies de présentation de soi de cette petite revue sont autant d'indicateurs des
modes universitaires d'euphémisation des ambitions politiques. Fondée en 1971, elle avait pour
sous-titre : « Revue d'économie politique et de politique socialiste », puis elle prit pour titre, en
1976, son acronyme Prokla (pour ainsi évincer le trop visible « Problèmes de la lutte des
classes »), et se résout bien plus tard, en 1992, à modifier son sous-titre, qui devient « Revue de
sciences sociales critiques ».
36. Blanke (J.), Jürgens (U.), Kastendiek (H.), Kritik der Politikwissenschaft, Francfort s. M.,
Suhrkamp, 1975.
37. Kastendiek (H.), Die Entwicklung der westdeutschen Politikwissenschaft, Francfort s. M.,
Suhrkamp, 1977.
38. Kress (G.), Senghaas (D.), dir., Politikwissenschaft, Francfort/ M, Europäischer Verlagsanstalt,
1969.
39. Cf. Hinrichs (K.), Kitschelt (H.), Wiesenthal (H.), dir., Kontingenz und Krise. Institutionenpolitik
in kapitalistischen und postsozialistischen Gesellschaften, Francfort s./M., Campus, 2000.
40. Lacroix (B.), « Pierre Bourdieu und die französische Politikwissenschaft », Cahiers du Centre
Marc Bloch, 4, 2001.
Science disciplinée 101

politiques d'échanges universitaires avec les Etats-Unis. Très nombreux sont


ceux qui ont séjourné dans les universités américaines, et qui se sont frottés
au fonctionnarisme et au behaviorisme, à l'époque en vogue aux Etats-Unis.
Revenus au pays, encourageant une science scientifique du politique, pour
rompre avec le commentaire mondain qui caractérisait à leurs yeux leur
discipline, ils ont contribué à un double mouvement d'internationalisation
et de professionnalisation de leur discipline.
Américanisation, sous couvert de « science critique41 » ? Américanisation
bien curieuse, car ce fonctionnarisme qu'ils avaient appris de leurs
professeurs américains, ces derniers le tenaient de Max Weber (via par
exemple Talcott Parsons, collègue de Carl J. Friedrich à Harvard). Et l'on vit
tout naturellement Max Weber prendre dans les années 1970 la place de Karl
Marx dans les travaux sur la domination sociale, qui se convertissent à
l'examen de la domination politique et à la théorie de l'Etat. En France, dans
les années 1960, les jeunes indisciplinés des Facultés avaient promu les
découvertes hérétiques comme le structuralisme en instrument de conquête
de postes universitaires, dans ces niches d'innovation scientifique42
qu'étaient alors les « nouvelles écoles » (6e section de l'Ecole pratique,
Sorbonne nouvelle, etc.). En Allemagne, c'est la politique américaine
d'échanges universitaires qui a été le refuge, social et intellectuel, des jeunes
en attente ; et ce sont les sociologies exotiques, non pas hérétiques, qui ont
porté leurs projets. Un exotisme de famille, en quelque sorte, qui ramenait
quelques enfants prodiges au pays. Pour comprendre ces aller-retour43, il
faut bien saisir ce qu'était cette Allemagne à peine tirée de l'hébétude
adenaurienne : « Je me rappelle très bien combien il était difficile, en milieu
des années 1950, de se procurer Sigmund Freud, Bertolt Brecht [...]. Nous
commençâmes à l'époque à jouer occasionnellement des pièces de Brecht,
mais sur un ton très défensif . Même la sociologie classique allemande fut
réimportée à travers les Etats-Unis. Nous étions complètement déformés à
tel point que nous ne lisions pas Max Weber, qui n'était pas disponible [...].
Nous lisions Reinhard Bendix sur Max Weber, ou Talcott Parsons sur Max
Weber44. »

41. Ce serait la thèse de Mohr : « lorsque les critiques de cette discipline parlaient à l'époque, et
parlent encore, avec mépris, "d'américanisation" de la science politique allemande, c'est bien là
qu'il faut la chercher, bien plus que dans les tentatives des années fondatrices »
(« Politikwissenschaft als Universitätsdisziplin...», art. cité, p. 23).
42. Bourdieu (P.), Homo academicus, op. cit., p. 149-164.
43. Cf. aussi, pour la période précédente, l'article de Lietzmann dans ce même numéro.
44. Entretien de C. Cansino et Y. Sintomer avec Cl. Offe, M, oct. 1989, p. 54. La carrière de
N. Elias dessine une autre voie, plus douloureuse, de « retour chez soi » (cf. la contribution de
D. Linhardt infra).
102 Politix n° 59

On retiendra donc moins de deux « représentants » les plus radicaux et les


plus influents de cette époque, Wolf-Dieter Narr45 et Ekkerhart
Krippendorf46, qu'ils ont été, de retour des Etats-Unis, « importateurs » du
fonctionnalisme dans les études sur les institutions politiques47 ou les
relations internationales48. La vigueur des sciences politiques allemandes
dans le domaine des relations internationales ou des area studies a toutes les
allures d'un retour d'une tradition intellectuelle autrefois émigrée, puis
étouffée, après la guerre, sous le poids de la culpabilité49. Cette dynamique
n'a d'ailleurs pas faibli : l'un des derniers élèves de Karl Deutsch, Peter
Katzenstein, est aujourd'hui directeur de l'influente revue Foreign Affairs. La
force d'analyse de la science politique allemande sur l'Europe est fille
légitime de cette histoire, favorisée par la familiarité allemande avec les
formes fédérales ou proto-fédérales de gouvernement. Cette sociologie
« germano-américano-allemande » a d'ailleurs conduit à un certain
engourdissement. Il aura ainsi fallu attendre les années 1990 pour voir la
science politique engager une critique de fond du behaviorisme.
Remarquable, à cet égard, est de constater que l'un des auteurs, avec Leo
Strauss, les plus en pointe de la critique antibehavioriste, Eric Voegelin, était
entre-temps reparti enseigner aux Etats-Unis, pour y produire ses ouvrages
les plus commentés50.
Que faut-il retenir de la rébellion d'institution ? D'intensité proportionnelle
à sa brièveté, elle n'aura en tant que telle laissé que peu de traces
apparentes : une enquête de 1984 auprès des « politologues en activité »
montrait que 4 % seulement d'entre eux se déclaraient marxistes, et pas plus
de 8 % fidèles à la « théorie critique » ou « théorie néo-marxiste51 ». Mais,
par l'introduction des études wéberiennes centrées sur les modes de
domination politique par l'Etat, elle aura offert une solide base

45. Elève de Eugen Kogon à Darmstadt, nommé professeur à Hanovre en 1975 et interdit
d'exercer pour cause de Berufsverbot, finalement professeur à l'Otto Suhr Institut. Son triptyque
des types de science politique (« ontologico-normative », « déductive-empirique » et « historico-
dialectique ») a été la pierre fondatrice de tous les travaux réflexifs sur la science politique
jusque dans les années 1980 (Narr (W.-D.), Theoriebegriffe und Systemtheorie. Stuttgart,
Kohlhammer, 1971).
46. Dans une démarche analogue à celle de P. Birnbaum et F. Chazel en France, ce dernier
publie même une somme de textes américains sous le titre Political science. Amerikanische Beiträge
zur Politikwissenschaft, Tübingen, Mohr, 1966.
47. Narr (W.-D.), Die Bundesrepublik Deutschland. Entstehung, Entwicklung, Struktur, Königstein,
Athenäum, 1979.
48. Sous la forme de l'adaptation, à la fois scientifique et politique, des Peace Research
(« Friedensforschung »).
49. Ce sont d'ailleurs des débats sur les échanges entre l'Allemagne et les Etats-Unis qui ont
inauguré le lancement de la revue Zeitschrift für internationale Beziehungen (l, 1994).
50. Cf. sur Voegelin, Leca (J.), « La théorie politique », in Leca (J.), Grawitz (M.), dir., Traité de
science politique, Paris, PUF, 1985, tome 1.
51. Honolka (H.), « Reputation, Desintegration, theoretische Umorientierung », in Beyme
(K. von), dir., Politikwissenschaft in der Bundesrepublik Deutschland, op. cit., 1986.
Science disciplinée 103

méthodologique et théorique à toutes les activités recouvertes par le


vacarme critique ambiant, mais ô combien encouragées par les
circonstances : l'étude des politiques publiques.

Le Bad Godesberg de la science politique allemande


Certes, on a évoqué quelques obstacles politiques à l'expansion de la science
politique critique. Mais c'est surtout la politique fédérale qui a favorisé le
retour à l'ordre. La crise de l'Etat-providence et l'arrivée au pouvoir en 1969,
pour treize ans, des sociaux-démocrates, offraient aux politistes les moins
radicaux la chance de renouer avec la démocratie représentative, en la
prenant pour lieu et pour objet de leur activité. Déjà sous la grande coalition
de Kiesinger (1966-1969), les sociaux-démocrates avaient mis en place un
comité fédéral de réforme de l'Etat et de l'administration, dans lequel, aux
côtés de politistes sociaux-démocrates (Frieder Naschhold et Carl Bohret), se
trouvaient les deux grandes figures de l'analyse des politiques publiques,
Renate Mayntz et Fritz Scharpf52. Ce comité posera les bases de la grande loi
fédérale de rénovation universitaire (1969) et poursuivra ses travaux sous
Willy Brandt (1969-1974), devenant l'un des moteurs des conversions aux
politiques publiques (étude de l'optimisation - « Planungseuphorie », puis
des dysfonctionnements, de l'action étatique), intellectuellement préparées
par l'importation de M. Weber.
D'abord inaperçus, quelques manuels de science politique prennent alors le
devant de la scène, notamment celui de G. Lehmbruch et F. Naschhold,
Einführung in die Politikwissenschaft (Stuttgart, 1967), qui à rebours des autres
manuels de l'époque, proposaient une étonnante pluralité d'approches
théoriques, refusant la triadisation établie par W.-D. Narr (qui distinguait,
selon un modèle devenu dominant, théorie normative-ontologique, théorie
empirique-analytique et théorie critique-dialectique), pour retenir théories
descriptives, systémiques, déductives, génétiques et fonctionnelles. A sa
suite, les manuels déclaraient un agnosticisme théorique militant et
exposaient l'éventail des méthodes disponibles : on pense ici notamment
aux quatre manuels des éditions Kohlhammer, manuels de méthode (von
Alemann et Forndran), de théorie (1974, de Schlangen), d'institutions
politiques (1975, Günther) et de relations internationales (1976, Hütter),
fortement influencés par un pluralisme à la Karl Popper, de plus en plus
cité. C'est aussi l'époque de floraison des groupes fédéraux
interdisciplinaires de recherche visant à accompagner les réformes de l'Etat,
notamment celui de R. Mayntz en 1976, « Implementation des programmes
politiques53 ». A la fin des années 1970, l'étude des politiques publiques est
devenue le domaine dominant des sciences politiques, dont l'hégémonie est

52. Ernst (J.), Politikwissenschaft in der BRD, op. cit.


53. Mayntz (R.), dir., Implementation politischer Programme. Empirische Forschungberichte,
Königstein, Athenäum, 1980.
104 Politix n° 59

saluée comme suit, en 1986, par Klaus von Beyme : « L'analyse sectorielle a
été la contribution la plus importante à l'interruption d'une évolution qui
avait eu pour effet une perte de sens croissante de la science politique.
L'analyse sectorielle a par là même conduit à une connaissance plus grande
des domaines pertinents de l'agir administratif chez les jeunes diplômés et
leur a ainsi ouvert de nombreux champs d'activité54. »

Une science bien pensante ?

Vingt ans après, la situation a peu changé, mais l'enthousiasme qui


accompagnait ses débuts s'est estompé. Que sont donc devenus les politistes
et la science politique ?

Ce que la science politique a fait d'eux : situation sociale des politistes

Que deviennent les diplômés de science politique qui ne se destinent ni à


l'enseignement dans le secondaire, ni au doctorat ? On dénombre, en 1992,
1805 diplômes soutenus en science politique, bien moins qu'en pédagogie
(environ quinze fois plus nombreux), qu'en psychologie (treize fois) ou
qu'en sociologie55 (huit fois). Sur le marché du travail, on comptait en 1990
environ 42 000 politistes, titulaires ou à la recherche d'une activité salariée
(taux de chômage : 5 % des politistes).

On ne dispose pour instruments quantitatifs de repérage du marché des


politistes que des questionnaires administrés aux étudiants des trois plus
grosses facultés de science politique (Berlin, Marburg, Hambourg), l'OSI de
Berlin accueillant plus de la moitié des étudiants de cette discipline en
Allemagne (tableau 1). Les marchés sont fortement déterminés par leurs
propriétés locales : 27 % des diplômés hambourgeois travaillent dans le
secteur médiatique, très important dans la ville hanséatique {Der Spiegel, Die
Zeit, les informations télévisées Tagesthemen et Tagesschau). La situation
berlinoise risque de ce point de vue de subir de profondes transformations,
à cause du déménagement des institutions fédérales, mais aussi de la crise
budgétaire de la ville (réduction drastique du nombre de places de titulaires

54. Beyme (K. von), « Neue Entwicklungstendenzen von Theorien der Politik », Aus Politik und
Zeitgeschichte, B, 38, 1984, p. 10.
55. Les données que l'on va lire sont, sauf indication contraire, tirées de la brochure déjà citée de
l'administration du travail de Nuremberg. Il faut toutefois être très attentif au fait que le titre de
docteur n'est pas le seul qui garantisse un statut : on peut soutenir une thèse de doctorat en
sociologie, mais d'habilitation en science politique. De même, l'épreuve principale est
accompagnée d'une ou deux épreuves de disciplines secondaires (Nebenfächer), ce qui autorise
des appartenances institutionnelles moins tranchées que ce que les titres (Dr. rer. pol., Dr. Pol.
Wiss. et autres) tendent à suggérer.
Science disciplinée 105

à l'OSI). De manière générale, après la récession qui a touché les deux


secteurs de la consultation et de la prévision politiques, florissants dans les
années 1970, la situation des politistes sur le marché du travail est devenue
plus favorable en termes d'activité ou de garantie du contrat de travail
(deux tiers employés à plein temps ; un tiers à durée indéterminée) ; sauf
pour les femmes (sous-représentation au sein du groupe des titulaires de
CDI ; salaire brut moyen d'un tiers inférieur à celui des hommes). Enfin, il
est bien entendu extrêmement difficile de déterminer quelle relation unit ce
qui a été enseigné à l'université et ce qui sera pratiqué au travail. En ce qui
concerne les diplômés de l'OSI (1987-1992), 71 % des salariés interrogés
disent exercer une activité « en rapport avec les sciences sociales », soit 10 %
de plus que la cohorte précédente (1986-1992) ; la situation étant de ce point
encore plus favorable par exemple à Marburg (74 %).

Berlin Marburg Hambourg


Secteur d'activité 1979-1986 1987-1992 1987-1992 1975-1991
(N=410) (N=448) (N=133) (N=273)
Université / Recherche 16 22 19 20
Fonction publique 22 19 20 13
Politique
- Groupes d'intérêts 8 6,7 18 3
- Fondations 3,2 1
- Syndicats 2 2
- Partis, Parlements 2,4 5,6 5,3 6
- Organisations internationales 6,9 0,8 1
Médias 13,9 16 11 27
Secteur privé
- services 13,4 16,5 5,3 15
- industrie 4,6 1,3 9,8 1
- commerce 2,4 2,2 5
- Verarb. Gewerbe 1,5 0,7 1
Loisirs 1,3
Eglises 1,5 1
Edition 1,5 1,1 3
Plusieurs secteurs 2,2
Autres 2,4 0,9 1
Pas de réponse 1,2

D'après Bundesanstalt für Arbeit, Politologe/Politologin, Nuremberg : Blätter zur Berufskunde, 1996,
p. 176 et 180.

Tableau 1. Activités salariées des diplômés de science politique des universités de Berlin,
Marburg et Hambourg (en pourcentages)
106 Politix n° 59

Un certain optimisme règne aujourd'hui parmi les diplômés de science politique,


malgré la durée non négligeable d'obtention du premier emploi stable. En
revanche, une certaine morosité semble s'être saisie du corps des titulaires de
fonctions universitaires ; morosité toutefois moins sociale que morale.

Ce qu'ils ont fait de la science politique : situation morale des politistes

Pierre Favre et Jean-Baptiste Legavre soulignent ces propriétés de


rinstitutionnalisation de la science politique universitaire française de la fin des
années 1970 au milieu des années 199056 : diversification des objets, des
méthodes, des ressources intellectuelles ; ancrage de la science politique au sein
des sciences sociales ; abandon quasi unilatéral de certaines options théoriques
autrefois hégémoniques (systémisme, fonctionnalisme, culturalisme) ; et à
partir de Mattei Doggan et Daniel Gaxie, utilisation croissante de la sociologie
des professions politiques et de l'histoire sociale. Que dire de l'évolution, dans
la même période, de la science politique allemande ? Il est difficile d'avoir une
vue synthétique de ce qui se fait à l'université aujourd'hui : les travaux de
synthèse souffrent de l'autonomie très forte des universités57, et à l'intérieur
même des universités, de la liberté du titulaire de chaire, et enfin de la pratique
plus favorable aux séminaires qu'aux cours magistraux.

La dernière grande enquête relative aux enseignements de science politique


remonte au milieu des années 1980, au moment où, passée l'époque de la
stylisation figée dans la triadisation de W.-D. Narr, les anciens assistants,
devenus professeurs, se demandaient ce que leur champ devenait58.
L'enquête de Bohret montre ce que les professeurs établis et leurs assistants
déclarent poursuivre comme travaux depuis une dizaine d'années ; il faut la
lire en gardant en mémoire les orientations incitatives définies au milieu des
années 1970 concernant les enseignements de science politique. On sera
particulièrement attentif, dans le tableau synoptique suivant, aux différences
éventuelles entre les deux générations d'enseignants.

56. Favre (P.), Legavre (J.-P.), dir., Enseigner la science politique, Paris, L'Harmattan, 1996.
Cf. aussi Favre (P.), « La connaissance politique comme savoir légitime et comme savoir éclaté »,
Revue française de sociologie, 24, 1983.
57. On ne trouvera, bien entendu, en Allemagne fédérale nulle trace de CNRS (ni de Comité
national, ni de section 40), nulle espèce de CNU, nulle sorte de Fondation nationale de sciences
politiques ; mais à côté d'une Association puissante, certes, une pluralité, dans la tradition
encyclopédique allemande, de traités et de dictionnaires, un grand nombre de revues (PVS,
Leviathan, Zeitschrift für Parlamentsfragen, Blätter für deutsche und internationale Politik, Die politische
Meinung, Deutsche Zeitschrift für Politikwissenschaft, Neue politische Literatur, Zeitschrift für
internationale Beziehungen, etc.), ou des instituts de recherche autonomes comme le WZB de Berlin.
58. Cf. le numéro spécial de la revue Politische Vierteljahresschrift (PVS), revue de l'Association
allemande, dirigé par K. von Beyme, sur la science politique allemande (Politikwissenschaft in der
Bundesrepublik Deutschland, Politische Vierteljahresschrift, hors série 17, Opladen, Westdeutscher
Verlag, 1986).
Science disciplinée 107

Assistants
Thématiques Professeurs Total Rangs
et autres
Gouvernement et administration 276 171er
229(1/6) 47(1/6)
Théorie politique et histoire 2'/8e
160(1/8) 18(1/19) 176
des idées
Economie politique 89 (1/17) 116 373'
27(1/11)
Analyse des systèmes 4'/6e
83 (1/18) 23(1/13) 106
de gouvernement
Peace Research et analyse 672e
71 (1/20) 28(1/11) 99
des politiques militaires
Politique comparée et systèmes 975'
65 (1/21) 24(1/13) 89
politiques
Structure sociale 88 877e
66(1/21) 22(1/16)
Théorie générale et méthode 72 (1/20) 86 5711'
14(1/22)
Partis politiques et systèmes 6712'
71 (1/20) 12(1/26) 83
partisans
Histoire contemporaine 55 (1/22) 73 1078'
18(1/19)
Relations internationales 70 1174'
45(1/33) 25(1/14)
(générales)
Mouvements sociaux 13710e
40 (1/34) 15(1/23) 55
et participation politique
Culture politique 44(1/33) 5 (1/70) 49 12718'
Groupes d'intérêts 38 (1/35) 48 14'/14'
10(1/35)
Droit et politique (y. c. études 42 14719'
38(1/35) 4(1/78)
constitutionnelles)
Europe (systèmes politiques
européens, politique 38 19712'
26(1/45) 12(1/26)
européenne)
Politique étrangère RFA 30(1/34) 38 18715e
8(1/39)
Institutions internationales
23 (1/65) 35 21'/12e
(Organisations, droit, 12(1/26)
communauté européenne)
Education civique et didactique 31 (1/34) 34 16720'
3(1/117)
Politique étrangère des autres 34 16720e
31 (1/34) 3(1/117)
Etats
Sociologie électorale, 30 20716'
comportement électoral 24 (1/35) 6(1/58)
Changements des valeurs 23716'
18 (1/70) 6(1/58) 24
politiques
Science politique comme 22'/22'
20(1/68) 2(1/173) 22
discipline scientifique
Totaux 1365 347 1712

D'après Bohret, C, « Zum Stand und zur Orientierung... », op. cit., p. 216.

Tableau 2. Thèmes des recherches déclarées par 254 politistes universitaires


(début des années 1980)
108 Politix n° 59

Que nous apprend cet état des lieux ? Que la science politique universitaire
s'attache en écrasante majorité, quel que soit l'âge du professeur, à l'étude
du système politique : les objets « gouvernement et administration »,
« analyse des systèmes de gouvernement », « droit et politique (y compris
droit constitutionnel) » rassemblent 424 des 1 712 objets d'activité recensés,
soit presque un quart d'entre eux. Le découpage des objets pratiqué ici
permet d'imaginer que l'étude du système politique est plus internationale,
moins centrée sur le droit constitutionnel, plus attachée aux transactions
intersectorielles que ne peut l'être l'objet « institutions politiques et droit
constitutionnel » dans sa version française ; mais il faudrait le vérifier par
une lecture plus attentive des programmes d'activité. Par ailleurs, au-delà
même de la seule situation du système politique, la science politique
allemande apparaît bien plus ouverte à l'international, en particulier à
l'Europe, que sa voisine française ; tendance qui se renforce
considérablement chez les jeunes. Pour en rester à une comparaison, certes
superficielle, avec ce que l'on sait de la situation universitaire française59,
deux des objets les plus consensuels en France sont secondaires en
Allemagne : les partis politiques, dont l'étude va jusqu'à décliner chez les
plus jeunes, et surtout le comportement électoral et le vote, dont le caractère
particulièrement marginal ne peut que surprendre l'observateur français.
Rappelons, enfin, les traits distinctifs entre les professeurs de la décennie
passée et leurs successeurs, bien plus ouverts à l'international, et moins
sensibles à la théorie et aux idées politiques. Parmi les objets émergents, on
notera les changements de valeurs et, à moindre titre, les mobilisations
politiques, signe de l'influence de la sociologie politique pratiquée au
Wissenschaftszentrum de Berlin, où officient alors Hans-Dieter Klingemann,
Ronald Inglehardt, Max Kaase, Wolfgang Zapf, un peu plus tard Ruud
Koopmans ou Dieter Rucht.
La diversification des méthodes, des objets et des ressources est donc
indéniable, ainsi que l'internationalisation. Les années 1980 manifestent
d'ailleurs l'apogée de la présence de la science politique allemande aux Etats-
Unis, ou, pour le dire plus justement, l'apogée de l'exploitation, par les
politologues allemands, des ressources américaines. Il suffit de prendre pour
témoin le fait que les Allemands sont, après les Canadiens, les plus représentés
parmi les 16 000 adhérents de l'IPSA (K. v. Beyme en a été, de 1982 à 1985, le
président) ou bien que l'édition contemporaine du New Handbook of Political
Science (1995) a été certes codirigée par H.-D. Klingemann, mais que
l'écrasante partie des références bibliographiques est américaine, les deux
seuls Allemands parfois cités étant F. Scharpf et J. Habermas. Les autres pays
sont absolument secondaires. Les manuels contemporains de science politique

59. Essentiellement Legavre (J.-P.), « Une discipline en chaire. L'initiation à la science politique
dans les cursus universitaires au milieu des années 1990 », in Favre (P.), Legavre (J.-P.), dir.,
Enseigner la science politique, op. cit., p. 52-53.
Science disciplinée 109

ne mentionnent en effet que des ouvrages en anglais, quelques traductions du


français (Duverger, Bourdieu, Foucault) et presque aucune référence qui ne
soit en allemand ou en anglais60.
La mesure de la situation théorique de la science politique allemande
contemporaine est plus difficile. Il faut tenir compte, d'abord, de
l'hégémonie de certaines problématiques : on s'attache à savoir qui obtient
quoi, quand, et comment ?, dans une perspective essentiellement
descriptive, adossée à une revendication de pluralisme théorique. Mais s'il
fallait désigner des courants dominants, il faudrait indiquer la situation
privilégiée des analyses de politiques publiques centrées autour des notions
de gouvernance (« Steuerung ») et des approches de l'action publique en
termes d'équilibres institutionnels intersectoriels61. A rebours de la France,
la « professionnalisation » de la science politique allemande ne s'est pas faite
par une sociologie politique centrée sur les dynamiques socio-historiques de
production de professionnels de la politique et des croyances qu'ils
suscitent62.
Enfin, dernier point de comparaison avec la situation française : la fameuse
question (préalable...) de l'objet. On sait qu'en France cette question de
l'objet a été le lieu de rencontre majeur des discussions disciplinaires63. Il
n'en a pas été autrement en Allemagne, mais pour des raisons différentes.
Ce conflit autour de l'objet est révélateur de l'état non plus de la discipline,
mais de ses tenants ; de leur situation morale, par laquelle il faut à présent
conclure.

Science politique entre science apolitique et science du politique ?

L'histoire réelle a aujourd'hui de nouveau pénétré le champ politologique,


sous le visage cette fois du « retour de l'histoire » : retour de l'Allemagne à
sa nature historique supposée (la « Ré »-unification, la « République
berlinoise», la «normalisation»...), et avec elle retour des historiens
appelés à faire le portrait moral de la RFA d'aujourd'hui. Or, l'un des
capitaux nécessaires à la prétention aux titres non seulement d'intellectuel,
mais aussi d'universitaire, est en Allemagne la publication de prises de

60. Surnage ainsi, dans la bibliographie générale d'une récente « introduction critique aux
œuvres standard et aux classiques contemporains », une seule référence en français, celle à
l'ouvrage sur les crises de M. Dobry (Berg-Schlösser (D.), Quenter (S.), dir., Literaturführer
Politikwissenschaft, Stuttgart, Kohlhammer, 1999).
61. Cf. la contribution de O. Giraud dans ce même numéro.
62. Cf. Legavre (J.-B.), « Une discipline en chaire», art. cité, p. 50-51.
63. Favre (P.), « La question de l'objet de la science politique a-t-elle un sens «, Mélanges Robert
Pelloux, Lyon, Hermès, 1980, Leca (J.), « La théorie politique » et Lacroix (B.), « Ordre politique
et ordre social », in Grawitz (M.), Leca (J.), Traité de science politique, op. cit., Favre (P.), « Retour à
la question de l'objet, ou faut-il disqualifier la notion de discipline ? », Politix, 29, 1995.
110 Politix n° 59

position dans les parties « Feuilleton » des grands quotidiens, ces cahiers de
quatre à seize pages qui, chaque jour, ouvrent une fenêtre vers les sciences
sociales et la philosophie. Portés par le bonheur des circonstances politiques,
les historiens y tiennent aujourd'hui le haut du pavé64, contre les politistes,
de surcroît condamnés pour n'avoir pas su, en dépit de la scientificité
autocélébrée de leur discipline, anticiper la chute de la RDA ni accompagner
le processus d'unification65. L'histoire réelle a donc renvoyé la science
politique à son infériorité historique à l'égard des historiens, ce qui conduit
l'autoréflexion sur la discipline à chercher refuge dans l'essence de la
discipline : le « politique » lui-même.
On ne peut s'expliquer autrement que par ces marchandages disciplinaires
l'intensité des discussions allemandes autour de l'objet propre de la science
politique, dont l'épicentre est donc moins l'académique « définition
préalable » qu'une recherche des manifestations concrètes du politique.
Mais la recherche par les politistes de « l'essence » de leur discipline a peu à
peu conduit à une double aphonie. Aphonie théorique, tout d'abord : les
enquêtes ont révélé que les politistes allemands désignent leur objet d'abord
par les termes66 de « conflit(s) », « d'intérêts » et de « pouvoir » (« Macht »).
Sans en soi surprendre, ce résultat place les politistes dans un voisinage
compliqué, où leur quête de l'essence du politique retrouve les définitions
schmittiennes de l'objet67. Or ce sont ces définitions que, autour de la
question allemande et du Historikerstreit, les nationalistes entendaient à la
même époque réhabiliter, et avec elles la nation68. Aphonie pratique,

64. Le signe en est dans la grande presse le recours aux explications nourries de récits
historiques sur les « ombres du passé » pour comprendre tous les phénomènes contemporains à
la va-vite rassemblés sous l'appellation de « néo-nazis ». L'hebdomadaire Spiegel en fait ses
choux gras à fréquence régulière.
65. C'est la raison pour laquelle la sociologie, qui souffre des mêmes difficultés conjoncturelles,
n'en ressent pas les effets avec la même intensité : Müller (H.-P.), « La sociologie en ermitage ?
Esquisse d'un état des lieux », Cahiers du Centre Marc Bloch, 6, 2001. Cf. le rapport
particulièrement sombre de P. Steinbach au dernier congrès de la DVPW à Halle (octobre 2000),
sur l'état de la discipline. Sur la RDA, c'est encore l'histoire qui tient le devant de la scène, servie
par l'efficacité dramatique des grands récits (la chute du Mur...) et l'histoire immédiate, plus
facilement intelligible qu'un présent toujours complexe (ce que l'on décrit sous le vocable de
« Ostalgie », au chevet de laquelle les historiens sont convoqués).
66. Ce sont les termes cités le plus souvent (293 occurrences) par les 256 politistes interrogés, qui
ont cité 639 notions différentes.
67. La référence à Schmitt domine aujourd'hui les débats. Ainsi Alemann (U. von), « Das
Politische an der Politik. Oder : Wider das Verschwinden des Politischen », in Hinrichs (K.) et al.,
dir., Kontingenz und Krise., op. cit., 2000, rappelle cette citation de la Théologie politique de C.
Schmitt : « Ce n'est pas parce qu'un peuple n'a plus la force de se maintenir dans la sphère du
politique que le politique disparaîtra de la surface du monde. Ce qui disparaîtra ne sera jamais
qu'un peuple faible ».
68. Ce mouvement peut emprunter toutes les figures schmittiennes de la critique de la politique
(anti-parlementarisme, anti-libéralisme etc.,) : « Cette ascension du provincialisme politique
[Bonn] est lui aussi le symptôme d'une certaine décadence du parlementarisme ouest-allemand,
et avec lui, en réalité, du politique même » (Bohrer (K.), « Provinzialismus», Merkur, 44, 1990).
Science disciplinée 111

ensuite : peu sociologique, et enfermée dans des ultra-spécialisations peu


favorables au traitement d'un phénomène multiforme, la science politique
ne se donne pas les moyens d'enquêter en profondeur sur ce qu'elle identifie
comme les manifestations pratiques du politique en Allemagne, qui prennent la
forme de la « Politikverdrossenheit », cette distance dédaigneuse à l'égard de
la politique à laquelle Thomas Mann offrit quelques lettres de noblesse69.
Pour le formuler très vite, le terrain de la politique est devenu l'objet des
historiens, ou des sociologues et des philosophes (J. Habermas, A. Honneth,
H. Joas...)/ les politistes gardant jalousement l'enclos de leurs études sur les
manières de conduire des programmes politiques70.

69. H. Münkler notait ainsi que, dans un recueil récent sur la « Politikverdrossenheit », une seule
des vingt contributions émanait d'un politiste. De même, depuis 1990, on ne notait aucune
contribution sur ce thème dans Zeitschrift für Politikwissenschaft ou dans Leviathan, deux
seulement dans Zeitschrift für Parlamentsfragen et PVS (« Die Moral der Politik. Politik,
Politikwissenschaft und die sozio-moralische Dimension politischer Ordnungen », in Leggewie
(CL), dir., Wozu Politikwissenschaft ?, op. cit.).
70. Pour saisir l'ancrage social de cette activité sociale qu'est la science politique, on peut jeter
un simple coup d'œil sur son « public ». A la librairie universitaire de la Humboldt de Berlin, on
trouve douze rayonnages sur l'histoire, essentiellement sur l'histoire de l'Allemagne, quatre sur
la RDA, deux sur la sociologie, un sur la science politique ; et si la signalisation des rayons
« Soziologie » indique où se trouvent dix « grands auteurs » (U. Beck, P. Bourdieu, A. Giddens, E.
Goffman, J. Habermas, A. Honneth, etc.), elle n'en signale qu'un au rayon « Politikwissenschaft »,
C. Schmitt.

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