Budget vert Sénégal 2025 : enjeux climatiques
Budget vert Sénégal 2025 : enjeux climatiques
BUDGET VERT
2025
« Pour une prise d'initiatives afin de répondre aux
défis urgents relatifs aux changements climatiques»
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PLAN
Introduction .................................................................................................................2
B. Constats .........................................................................................................6
A. Santé ........................................................................................................... 21
B. Agriculture .................................................................................................... 21
C. Elevage ........................................................................................................ 22
D. Energie ........................................................................................................ 22
E. Transport ..................................................................................................... 23
F. Pêche ........................................................................................................... 24
G. Biodiversité ................................................................................................... 24
H. Industrie ...................................................................................................... 25
Conclusion .................................................................................................................. 27
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INTRODUCTION
Les changements climatiques désignent les variations à long terme de la température et des
modèles météorologiques. Ils peuvent résulter des phénomènes naturels, tels que les
fluctuations du cycle solaire ou les éruptions volcaniques massives.
Cependant, depuis les années 1800, les activités humaines sont devenues la principale cause
des changements climatiques, en raison, essentiellement de l’utilisation des combustibles
fossiles tels que le charbon, le pétrole et le gaz.
La révolution industrielle, l’un des évènements les plus importants de la civilisation moderne,
a profondément transformé la société et la vie des hommes. Elle a conduit à une
industrialisation, corollaire de nombreuses modifications dans le domaine du travail et dans la
structure de la société. Toutefois, cette révolution qui a positivement impacté la vie sociale a
également entraîné des répercussions néfastes sur l’environnement.
La Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement, aussi connue sous
le nom de « Sommet Planète Terre » ou « Conférence de Rio » qui a réuni plus de 178 pays,
s’est tenue à Rio de Janeiro, au Brésil, en juin 1992 pour échanger sur l’effort massif à faire
pour réconcilier l'impact des activités socio-économiques humaines et l'environnement. La
déclaration, dite « Déclaration de Rio de Janeiro » sur l’environnement et le
développement durable, adoptée par cette conférence, constitue une avancée significative
dans la lutte contre ce fléau en cela qu’elle porte sur des engagements forts tels que la
réduction des émissions de gaz à effet de serre afin de minimiser l’impact humain sur le
changement climatique.
Sous ce rapport, l’Organisation des Nations unies (ONU) a également développé plusieurs
instruments dans le cadre de sa politique environnementale à travers différents accords
multilatéraux sur les changements climatiques. On peut citer, en particulier, la Convention
Cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), la Convention de Vienne,
le Protocole de Montréal et ses amendements sur la protection de la couche d’Ozone, le
Protocole de Kyoto et l’Accord de Paris sur le Climat.
Il convient de souligner que même si des avancées sont notées, des limites ont été observées
dans la mise en œuvre des outils rappelés supra. C’est ainsi que la conférence de Paris de
2015 ou COP21 a permis d’aboutir à un nouvel accord international sur le climat
communément appelé « l’Accord de Paris », applicable à tous les pays.
La mise en œuvre de cet accord a donné lieu à des orientations stratégiques visant à intégrer
le climat dans les politiques et programmes de développement, notamment en suivant les
efforts des gouvernements pour l’intégration de l’environnement dans l’allocation des
ressources financières.
Cependant, les mesures d’adaptation mises en place au niveau national sont encore
insuffisantes face aux aléas climatiques croissants. La situation est particulièrement
préoccupante au Sénégal, un pays côtier très vulnérable aux effets du réchauffement
climatique. C’est pourquoi le Sénégal a ratifié tous ces accords, dans le but de parvenir à un
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consensus mondial pour protéger les populations et leur cadre de vie, en promouvant un
développement durable.
C’est dans ce contexte que le Gouvernement a inscrit dans ses différents et récents
programmes avec les partenaires techniques et financiers, notamment le Fonds monétaire
international (FMI), un volet relatif au renforcement de la résilience aux changements
climatiques à intégrer dans le processus de préparation et d’exécution du budget.
Malgré la suspension du programme avec le FMI, les services techniques ont poursuivi les
diligences dans la mise œuvre des engagements sur la résilience climatique. C’est dans ce
cadre que le ministère a reçu un appui du FMI pour la quantification des risques budgétaires
par rapport à deux catastrophes naturelles : les inondations et la sécheresse. Les résultats de
cette mission alimentent la Déclaration sur les risques budgétaires en annexe au PLF.
Tenant compte de tous ces facteurs, le Gouvernement a mis en place des mécanismes internes
et développé des stratégies de politiques publiques sensibles au climat telles que la
budgétisation verte qui permet d’identifier et, éventuellement, d’évaluer les contributions
des dépenses et recettes budgétaires à la réalisation d’objectifs environnementaux.
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Enfin, il convient de souligner qu’au plan national, l’année 2024 a été un tournant décisif dans
l’histoire politique du Sénégal du fait qu’elle a consacré une nouvelle alternance démocratique
avec la mise en place d’un nouveau régime, à l’issue de l’élection présidentielle tenue le 24
mars 2024.
C’est dans ce contexte particulier que le nouveau référentiel de politique économique et social
– Agenda de transformation systémique – « Sénégal 2050 », a été adopté. La vision qui y est
déclinée, est celle d’un « Sénégal souverain, juste et prospère » à l’horizon 2050 pour une
gestion durable de l’environnement et du territoire.
Le présent document est structuré en trois (3) parties : (i) un rappel de l’état des lieux des
changements climatiques au Sénégal ; (ii) les initiatives macroéconomique et budgétaire et
(iii) les mesures et initiatives sectorielles d’adaptation et d’atténuation aux changements
climatiques.
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I. ETAT DES LIEUX DES CHANGEMENTS CLIMATIQUES AU SENEGAL
La vulnérabilité des populations et des écosystèmes s’accentue de plus en plus. Elle impacte
considérablement les domaines liés à l’accès à l’eau potable, l’alimentation, la santé, auxquels
il faut ajouter les inondations, les sécheresses et tempêtes.
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Centre d’Études et de Le centre assure le rôle d’entité nationale de transfert de technologie désignée.
Recherche sur les Énergies
Renouvelables
Entités accréditées (centre Ces entités accompagnent les porteurs de projets dans l’élaboration et la mobilisation des
de suivi écologique et La ressources financières auprès du fonds vert climat et du fonds d’adaptation.
Banque Agricole)
Cadre stratégique
Stratégie nationale de La SND est la stratégie quinquennale qui porte à moyen terme le nouveau référentiel de
Développement (SND) politique de développement économique et sociale durable, qui vise à construire un
2025-2029 « Sénégal souverain, juste et prospère », à partir des pôles territoriaux de développement.
Cette vision repose sur un agenda de transformation systémique à l’horizon 2020, et est
articulée autour de quatre (4) axes stratégiques :
Contribution déterminée au La CDN comporte un certain nombre d'objectifs sectoriels aux horizons 2025-2030. Ces
niveau national (CDN) objectifs représentent une réduction globale des émissions de gaz à effet de serre de 7 %
à 29,5 % par rapport aux émissions habituelles en 2030, l'extrémité inférieure représentant
l'objectif inconditionnel du Sénégal et l'extrémité supérieure l’objectif conditionnel au
soutien international et au financement climatique. Les secteurs couverts sont l'énergie,
l'agriculture, la foresterie et les autres utilisations des terres, les déchets et l'industrie.
La CDN vise aussi à renforcer la résilience des communautés, des infrastructures et des
écosystèmes face aux impacts actuels et prévus des changements et de la variabilité
climatiques. Les secteurs couverts par le volet adaptation portent sur l’agriculture,
l’élevage, la santé, la pêche, la biodiversité, la santé, les ressources en eau et les
inondations.
Lettres de politique Les LPSD des départements impliqués dans les actions d’atténuation et d’adaptation sont
sectorielle de les référentiels pour apprécier la prise en compte de la question climatique au niveau
développement (LPSD) sectoriel. Elles orientent les programmes des différents ministères concernés par l’action
climatique.
Les documents de Les collectivités territoriales constituent un levier important de l’action publique et sont
planification au niveau local incontournables pour répondre aux défis des changements climatiques.
(PDC, PDD, Plans climat
territoriaux)
B. Constats
A l’instar des autres pays africains, le Sénégal fait partie de ceux qui contribuent le moins aux
émissions mondiales de gaz à effet de serre. Les émissions nettes du pays (en GgECO2) sont
passées de 9 317,9 en 1994 à 13 298 en 2000, 13 084 en 2005 et 16 752 en 2010.
Toutefois, il continue de subir des impacts considérables néfastes découlant des changements
climatiques.
De nos jours, la frange côtière qui s’étire sur 720 kilomètres avec six (6) régions littorales
(Saint louis, Louga, Thiès, Dakar, Fatick et Ziguinchor) est la zone territoriale la plus affectée
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eu égard aux dégâts importants avec notamment, des pertes en vies et des effets sur la santé
humaine, la réduction de la croissance économique avec comme corollaire une diminution de
la production agricole et un impact sur le tourisme balnéaire, une perte de biodiversité et les
répercussions sur les habitations humaines et les infrastructures dans un contexte national
d’exploitation de gaz et de pétrole.
Ces phénomènes, qui perturbent l’organisation des sociétés, sont certes pris en compte par
les différents programmes et projets publics portés par les différents ministères sectoriels
(agriculture, élevage, hydraulique, pêche, tourisme, environnement, etc.), mais leurs impacts
ne sont pas très bien maitrisés ou les mesures de mitigation qui sont prises n’ont pas eu les
effets escomptés.
La recrudescence des phénomènes extrêmes se traduit par la fréquence des pluies de plus en
plus intenses et de courtes durées mais également par des inondations et des débordements
de fleuve notamment le fleuve Sénégal lors de la période d’hivernage.
Par ailleurs, en raison de l’augmentation du niveau de la mer, l’érosion côtière entraine des
pertes socio-économiques et environnementales sur le littoral où se trouvent des villes dont
les activités économiques contribuent à hauteur de 68% du PIB.
Il s’y ajoute, l’évolution des particules fines, en moyenne de 63,33 µg/m3/an, largement
au-dessus de la norme retenue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), laquelle se
situe à 5 µg/m3/an, causant des pollutions marines, atmosphériques ainsi que des impacts
sanitaires.
Concernant le milieu marin, les risques de pollution deviennent de plus en plus importants. En
effet, les activités d’exploitation du pétrole et le déversement clandestin de quantités
inconnues d’eaux, de ballast et d’huiles mortes affectent l’écosystème marin. À cela, s’ajoutent
les déchets industriels et plastiques, directement déversés en mer, avec des conséquences
désastreuses dans l’écosystème marin.
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C. Impacts sur les secteurs d’activités
❖ Agriculture et Elevage
Au Sénégal comme dans la plupart des pays du Sahel, on assiste à une baisse des rendements
notamment pour les variétés comme le maïs et le
blé, de l’ordre moyen de 5,8 % et 2,3 %, en raison
des changements climatiques. De façon spécifique,
ces impacts peuvent être appréciés au niveau du
secteur agricole à travers une baisse des
rendements et de productivité des pâturages, la
mauvaise répartition de la pluviométrie dans le
temps et l’espace, la perturbation des calendriers
culturaux, le ralentissement du développement
végétatif, le développement des maladies
phytosanitaires, la prolifération des attaques des cultures par des nuisibles, le retard dans la
germination de certaines cultures comme le maïs, le sorgho et l’arachide, l’accélération de la
salinisation des sols, le stress thermique direct sur les animaux, etc.
❖ Santé
Selon les études réalisées dans le cadre du projet d’appui sur le Plan national d’Adaptation
du Sénégal, les changements climatiques exercent une influence sur les déterminants sociaux
et environnementaux de la santé au Sénégal en termes de disponibilité d’eau potable, de
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nourriture en quantité suffisante, d’accès aux services sociaux de base, de santé, d’éducation,
d’air pur, d’accès au logement et de sécurité.
Selon les projections, le pays connaîtra une extension sensible de sa zone d’endémie de
plusieurs pathologies. Les principaux risques climatiques pour la santé des Sénégalais
aujourd’hui sont : l’irrégularité intra saisonnière de la pluviométrie voire la sécheresse, les
événements extrêmes tels que les inondations et les maladies à transmission vectorielle
comme le paludisme, les maladies diarrhéiques et dermatologiques, les maladies à
transmission hydrique, les vagues de chaleur, les tempêtes de poussière qui favorisent ou
aggravent les maladies telles que les pneumonies, les infections respiratoires aiguës,
l’asthme.
Les changements climatiques amplifient les inondations au Sénégal, qui se manifestent sous
diverses formes (pluviale, marine et fluviale). L’élévation
du niveau de la mer constitue une menace existentielle
pour les localités côtières de faible altitude et les îles. Les
inondations fluviales consécutives aux fortes précipitations
enregistrées au Sénégal ou en Guinée, constituent
aujourd’hui une menace sérieuse à considérer au regard
des pertes et dommages occasionnés cette année sur le
long de la vallée des fleuves Sénégal et Gambie et réseaux
hydrologiques affiliés.
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Les inondations des villes sont devenues
fréquentes, avec certains sites qui demeurent
en permanence dans les eaux toute l’année. En
plus des incommodités notées, cette situation
affecte la santé des populations, entraine des
perturbations dans le calendrier scolaire, les
moyens d’existence des communautés
sinistrées et pose de sérieux problèmes
d’insalubrité accentués par l’absence de
réseaux d’assainissement.
❖ Infrastructures routières
L’analyse de vulnérabilité des infrastructures
routières à la variabilité et aux changements
climatiques réalisée dans le cadre du PNA FEM a
permis de faire ressortir un certain nombre de
constats. Les routes les plus exposées aux effets de
la variabilité et aux changements climatiques sont
surtout les routes non revêtues. Globalement les
événements climatiques qui impactent davantage les infrastructures routières sont par ordre
d’importance, les inondations, les fortes précipitations et les fortes températures. Les autres
événements et risques climatiques notés sont les vents forts, la nappe phréatique (remontée
capillaire) et la salinisation. Parmi les facteurs les plus cités nous avons, le défaut d’entretien des
ouvrages d’art et d’assainissement mais aussi le sous-dimensionnement des ouvrages. Pour faire
face à ces risques, plusieurs options ont été signalées et d’autres ont été proposées pour prévoir
les évènements à venir.
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❖ Biodiversité
Les changements climatiques occasionnent des
modifications profondes dans la dynamique des
écosystèmes et des espèces. La raréfaction des
points d’eau de surface et la déforestation
constituent une menace réelle sur beaucoup
d’espèces de faune sauvage. Il s’y ajoute l’érosion
côtière qui entraine souvent des pertes de plages
et autres sites de nidification pour les tortues
marines et la faune aviaire le long de la côte
sénégalaise.
❖ Pêche
La pêche est un secteur primordial qui occupe plus de 100 000 pêcheurs qui travaillent
essentiellement sur des pirogues
traditionnelles. La biomasse globale
(ressources démersales) côtière estimée à
75 580 tonnes est en baisse par rapport à la
série historique disponible au Centre de
recherche océanographique de Dakar-
Thiaroye (CRODT). La même tendance est
observée pour les ressources pélagiques
côtières dont la biomasse globale des
espèces pélagiques estimée à 744 520 tonnes enregistre aussi une diminution concernant les
sardinelles. Les impacts actuels et attendus sur le secteur portent sur la diminution et/ou
migration de stocks halieutiques importants sur le plan social, économique et écologique
(exemple de la sardinelle travaux de USAID /COMFISH), la perte massive d’emplois,
effondrement de l’économie locale dans les grands centres de pêche (Saint-Louis, Cayar, Joal,
Mbour, Kafountine…), l’augmentation des conflits et risque de troubles sociaux,
l’augmentation des accidents en mer et fluviale et destruction d’équipements et
d’infrastructures liées à la pêche.
❖ Ressources en eau
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Les relations entre changements climatiques et cycle hydrologique sont étroites et l’eau
constitue un vecteur principal de l’impact de ces changements sur les sociétés et
l’environnement. Ces effets incluent la modification des régimes de précipitations, du
ruissellement, l’augmentation du niveau de la mer, la désertification, accroissement des
risques de catastrophes naturelles, etc.
Objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030 (volet atténuation) :
▪ 7% en option inconditionnelle et
▪ 29% en option conditionnelle.
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Tableau 4 : Projections des émissions par secteur jusqu’en 2030 (Gg CO2e)
Secteurs 2010 2015 2020 2025 2030
6 165 10 080 13 060 19 512 23 927
Énergie
Agriculture 7 354 8 323,9 9 110,7 9 903,4 10 600
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b. Les incitations fiscales visant à orienter les comportements en faveur de
l’environnement
Le dispositif fiscal prévoit aussi, l’instauration de mesures incitatives telles que des déductions
et des réductions d’impôt pour les entreprises qui investissent dans l’acquisition de biens anti-
polluants et la promotion de l’énergie éolienne. C’est ainsi que l’article 10 du CGI prévoit la
possibilité pour les entreprises de pratiquer un amortissement accéléré de leurs matériels et
outillages neufs remplissant, à la fois, la double condition :
Toutefois, la réduction accordée au titre de l'imposition d'une année déterminée, est limitée à
25 % du montant de l'impôt établi sur le revenu de l'année précédente. Si en raison de cette
limitation, il subsiste un reliquat déductible de l'imposition d'une année déterminée, ce reliquat
peut être reporté sur les années ultérieures.
Enfin, les entreprises qui reçoivent de l'État des subventions d'équipement destinées au
financement d'investissements dans le domaine de l'utilisation de l'énergie solaire ou éolienne,
ne peuvent pas bénéficier des avantages présentés ci-dessus.
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pollueur-payeur, les propriétaires des véhicules de grosses cylindrées qui exhalent des gaz
toxiques pour l’environnement.
DESIGNATIONS 2022 2023 2024
Nombre de véhicules 5 462 5 668 5 866
Montant total des taxes 383 472 404 519 495 000 302 183 333
Au-delà d’être une bonne pratique reconnue au niveau international et sous tendue par un
cadre juridique1 au niveau national, la gestion des risques budgétaires permet concrètement
à l’Etat d’identifier, d’évaluer et d’agir, de manière proactive, sur les différentes menaces qui
1 la loi n° 2012/ 22 du 27 décembre 2012 portant code de transparence dans la gestion des finances publiques et la
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pourraient avoir un impact négatif sur les prévisions macro budgétaires et les objectifs
sectoriels de développement.
Par ailleurs, dans le cadre des travaux relatifs à la meilleure connaissance et l’anticipation de
ces types de risques, une mission d’assistance technique du FMI a accompagné les services
de l’Etat, sur la période du 5 au 16 août 2024 pour une meilleure quantification des impacts
budgétaires provenant des catastrophes majeures pour le Sénégal.
Ainsi, il a été constaté que le Sénégal était principalement exposé à deux (2) principales
catastrophes hydrométéorologiques (la sécheresse et les inondations), qui présentent des
risques climatiques physiques c’est-à-dire des risques de dommages et pertes pouvant se
traduire par des risques budgétaires en raison notamment d'une exposition et d’une
vulnérabilité accrues des actifs aux catastrophes.
Pour ce premier exercice, l’accent a été mis sur l'impact budgétaire de ces catastrophes à
travers, d’une part, les coûts directs sur le budget (notamment les dépenses imprévues qui
ont dû être effectuées pour financer les interventions d’urgence et éventuellement la
reconstruction) et d’autre part, les coûts indirects (qui passent par des variables
macroéconomiques et macro budgétaires: sur les recettes publiques au regard du
ralentissement de l’activité économique, sur les exportations, et potentiellement sur l’inflation
eu égard à une possible flambée des prix suite à des mauvaises récoltes).
Ces travaux jettent les bases d’un vaste chantier de collecte et de maitrise des données sur
les risques dus aux changements climatiques qui constituent aujourd’hui l’un des défis majeurs
du Gouvernement qui prévoit, en relation avec les parties prenantes (ministères sectoriels, les
partenaires techniques et financiers et la société civile) de mettre en place un plan d’actions
pour y faire face.
D’ailleurs depuis deux ans, l’Etat produit une Déclaration sur les risques budgétaires (DRB)
annexée à la loi de finances qui est le principal instrument par lequel lesdites menaces sont
mises en lumière par plusieurs services de l’administration et des mesures d’atténuation ou
de mitigation sont proposées.
Relativement aux risques budgétaires liées aux catastrophes naturelles qui sont traités dans
le Document de Risques Budgétaires, il est à relever les inondations, l’érosion côtière, les
ravageurs de cultures agricoles, les feux de brousse et la sécheresse etc.
Sous ce rapport, pour une bonne politique financière et budgétaire pour l’année 2024, il a été
décidé de positionner des provisions, pour la première fois dans le budget, conformément à
l’arrêté n°008655 du 30 mars 2023 portant méthodologie de provision des risques budgétaires
dans la loi de finances. Ce texte détermine les critères d’éligibilité aux provisions et précise le
choix de l’instrument budgétaire à utiliser pour le provisionnement de chaque risque. Pour
contenir les impacts des catastrophes naturelles, l’option a été portée sur une réserve globale.
Le provisionnement est une étape de la gestion des risques qui intervient après déploiement
de toutes les mesures de mitigations pour prendre en charge notamment les risques résiduels
et ceux qui ne sont pas connus et qui pourraient survenir en cours de gestion. Il permet de
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couvrir ces types de risques tout en évitant de recourir à des opérations d’emprunt non
planifiées, à différer ou évincer certaines dépenses prioritaires, etc.
La dotation des provisions en 2024 était de 30 758 150 000 FCFA mais n’a pas été sollicitée
par les ministères techniques au cours de la gestion. Pour 2025, il est prévu un montant de
18 000 000 000 FCFA afin d’éviter que l’Etat ne soit contraint à des mesures budgétaires
d’urgence, en cas de matérialisation de risques liés aux changements climatiques, caractérisés
par leur niveau accru d’imprévisibilité et de degré de criticité.
Au plan budgétaire, des montants relativement importants sont inscrits pour le financement
des mesures en lien avec l’adaptation aux changements climatiques. A ce titre, on peut bien
citer le financement de la campagne agricole dont les inscriptions budgétaires ont évolué
comme suit : 80 milliards de FCFA en 2022, 100 milliards de FCFA en 2023 et 120
milliards de FCFA en 2024.
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Travaux de réhabilitation des six
1 500 000 000 1 500 000 000
vedettes (refonte)
Total général 4 650 000 000 3 050 000 000 5 300 000 000 13 000 000 000
Atténuation et
Projets Adaptation Atténuation Total général
adaptation
PROGRAMME NATIONAL DE
REHABILITATION DES PARCS ET RESERVES
DU SENEGAL(EX PROJET DE
700 000 000 7000 000
REHABILITATION DU PARC NATIONAL DE
NIOKOLOKOBA)
Projet agroforestier de lutte contre la 251 000 000 251 000 000
désertification et l'adaptation aux cc dans le
bassin arachidier au Sénégal
Projet d’amélioration de la résilience des 157 500 000 157 500 000
écosystèmes et des communautés dans le
tracé de la gmv (parec-cc)
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2 300 000 000 2 300 000 000
Projet de gestion des ressources naturelles
Total 7 779 156 927 4 422 300 717 2 708 500 000 14 909 957 644
Atténuation
et Total
Projets Adaptation Atténuation
Adaptation général
Programme de Développement
110 200 000 0 110 200 000
des Cultures fourragères (PDCF)
Projet de Développement durable
des Exploitations pastorales au 5 930 559 930 5 930 559 930
Sahel (PDEPS)
Projet régional d’Appui au
Pastoralisme au Sahel – Phase 2 2 000 000 000 313 047 833 2 313 047 833
(PRAPS 2)
Programme national de
Développement de la Filière des 50 000 000 50 000 000
Equidés (PRONADEFE)
Programme de Renforcement de
600 000 000 600 000 000
la Protection Zoosanitaire (PRPZ)
Programme national de
développement intégré de 5 155 246 293 5 155 246 293
l'élevage au Sénégal (pndies)
Total général 2 160 200 000 913 047 833 11 085 806 223 14 159 054 036
Atténuation
Adaptation
Projets Atténuation et Total général
Adaptation
Projet de promotion de
l'entreprena10riat durable et création
7 499 999 997 7 499 999 997
d'emplois décents dans le sine saloum
(agropole centre)
Programme de Modernisation et de
1 900 000 000 1 900 000 000
Gestion des Marchés
Total général 0 1 900 000 000 21 499 999 997 23 399 999 987
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e. Projets et programmes sensibles au climat dans le domaine des infrastructures
Atténuation
Projets ou programmes Adaptation Atténuation et Total général
Adaptation
Ligne pilote de Bus Rapid Transit (BRT) à
- 600 000 000 600 000 000
Dakar
Projet Extension Aérogare Passenger 200 000 000 200 000 000
Total général 800 000 000 18 507 301 255 52 380 733 091 71 688 024 346
Atténuation
Projets ou programmes Adaptation Atténuation et Total général
Adaptation
Énergie verte pour tous 1 000 000 000 1 000 000 000
Projet fonds vert climat kfw/ipex boad et aser 10 500 000 000
10 500 000 000
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III. LES MESURES ET INITIATIVES SECTORIELLES D’ADAPTATION ET
D’ATTENUATION AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES
Pour une utilisation rationnelle des ressources de l’Etat, il est essentiel que les plans
d’investissements sectoriels, tiennent compte des conséquences des changements
climatiques. Déjà, cette volonté politique a été affirmée avec force dans le décret relatif à
la gestion des investissements publics (GIP) cité supra. Au niveau des différents
secteurs, cela se décline comme suit :
A. Santé
Les effets des changements climatiques (CC) sur la santé humaine ainsi que l’impact
supplémentaire sur l’environnement et sur les économies des pays africains, sont susceptibles
d’entraver le développement. A l’instar des pays africains, le Sénégal, devra faire face aux
conséquences des changements climatiques sur la santé des populations. Cette vulnérabilité
est due en partie aux impacts de la pauvreté et à la situation géographique. L'objectif global
du Plan national d’adaptation de santé au Sénégal est de donner une orientation stratégique
pour mettre en place un système de santé résilient aux impacts néfastes des changements
climatiques afin de contribuer à la réduction de la vulnérabilité et à l’augmentation des
capacités adaptatives des communautés face aux risques sanitaires liés au climat.
De manière spécifique, il s’agira de : (i) réduire la vulnérabilité aux impacts des changements
climatiques en renforçant la capacité d'adaptation et la résilience du secteur de la santé, (ii)
faciliter l'intégration de l'adaptation aux changements climatiques, de manière cohérente,
dans les politiques, programmes et activités du secteur, (iii) guider les acteurs du système de
santé sur la nécessité de développer et de rendre opérationnel un système d'alerte précoce
sensible au climat pour la prévention et la gestion efficace des maladies climato-sensibles
dans les zones sujettes aux risques climatiques en renforçant la lutte anti vectorielle.
B. Agriculture
22
nutritionnelle…), la maitrise de l’eau (promotion de l’irrigation locale, développement de
bassins de rétention pour irrigation de complément).
C. Elevage
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propres dans les prochaines années, dont une bonne partie proviendra des installations de
Taïba Ndiaye. Ce projet qui devrait lui permettre d'éviter de produire 300 000 tonnes
d'émissions de carbone est le premier projet d'une telle envergure jamais mené par le pays.
E. Transport
Dans le domaine du transport, des études avaient été menées et ont abouti aux conclusions
suivantes :
• les embouteillages coutaient à l’économie
au moins 100 milliards FCFA rien que
dans la région de Dakar ;
• le nombre de déplacement des
personnes ne cesse d’augmenter avec
une croissance de 4,3% (plus important
que le croit démographique 2,5%) ;
• le nombre de déplacement motorisé
augmente de 4% ;
• l’augmentation du nombre de déplacement par transport en commun est de 4,6%.
Face à ces contraintes, les autorités ont mis en place des projets structurants tels que le Bus
Rapid Transit (BRT), le Train Express Régional (TER) et les bus électriques qui sont des modes
de transport de masse rapide, sécurisé, moderne offrant un maximum de confort, soucieux
du respect de l’environnement.
En effet, la première ligne BRT (ligne pilote), inscrite sur un axe radial au nord pour relier le
centre-ville de Dakar à Guédiawaye (banlieue), est conçue pour transporter jusqu’à 300 000
passagers par jour sur un tracé de 18 km desservant 23 stations dont trois (3) pôles
d’échanges multimodaux. Le projet est piloté par le CETUD, en partenariat avec les différents
services techniques de l’Etat et les collectivités territoriales traversées.
Relativement au TER, l’étude avait mis en évidence que son exploitation permet une économie
de coûts d’exploitation comparé aux autres modes de transport (cars, taxis, DDD). Ce sont
des économies de dépenses en carburant et la réduction de la circulation des véhicules
particulières.
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Cette étude avait pris une valeur de
référence de 16 FCFA par « coût
d’exploitation véhicule » et par km. Ce
coût monétarisé, donne des gains de 3 à
10 milliards FCFA/an, un gain sur
l’émission de CO2 avec un impact sur
l’environnement et la santé des
populations et un taux de rentabilité
interne (TRI) est évalué entre 12 et
14%.
La perte de la biodiversité est une crise écologique qui implique l'extinction d'espèces
(végétales ou animales) dans le monde entier ainsi que la réduction ou la perte locale
d'espèces dans un habitat donné et la disparition d'écosystème.Selon l’Annuaire du Centre de
Suivi Ecologique (CSE) sur l’Environnement et les Ressources naturelles du Sénégal (dans sa
4e édition en Août 2018), on est passé de 9 348 000 ha de forêts en 1990 à 8 898 000 ha en
2000 puis à 8 273 000 ha en 2015, soit 1 075 000 ha de perdues en 25 ans.
Face à ce constat, le Sénégal a pris des mesures idoines pour atténuer cette perte de la
biodiversité. A cet effet, les interventions et innovations retenues portent, entre autres, sur
des mesures de conservation, de lutte contre les feux de brousse, de coupe de bois,
d’aménagements concertés de forêts, de co-gestion des aires marines communautaires.
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Dans le même sillage, l’Agence Sénégalaise de la Reforestation et de la Grande Muraille verte
(ASERGMV) s’engage à restaurer les espaces dégradés, à augmenter la superficie des zones
reboisées et à lutter contre la perte de la biodiversité.
H. Industrie
Pour atteindre l’objectif de développement intégré durable des ressources en eau, l’Etat
du Sénégal s’est doté d’un plan d’actions de gestion intégrée des ressources en eau
(PAGIRE) adopté en 2007 et actualisé en 2018. En effet, le PAGIRE doit contribuer à la
mise en œuvre d’une gestion intégrée des ressources en eau, adaptée au contexte
national, conforme à la Vision Sénégal 2050 pour la réduction de la pauvreté, l’atteinte
des Objectifs de Développement Durable (ODD) tout en respectant les principes reconnus
au plan international en matière de gestion durable et écologiquement rationnelle des
ressources en eau.
Par ailleurs, pour assurer l’avenir des ressources en eau pour les différentes régions et
pour le développement socio-économique du Sénégal, cela nécessite une volonté politique
affirmée. C’est dans ce contexte qu’il faut saluer la signature du partenariat historique
entre le Fonds Souverain d’Investissements Stratégiques du Sénégal (FONSIS) et
l’entreprise SINOHYDRO, filiale du groupe Power-China marquant le lancement officiel du
Projet de Grand Transfert d’Eau (GTE) du Lac de Guiers vers Dakar, Mbour, Thiès et Touba.
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Cet accord, signé le jeudi 31 octobre 2024, constitue une pierre angulaire de la Vision de
Transformation Économique du Sénégal à l’horizon 2050. Le projet de transfert d’eau
permettra, dès sa mise en service, de répondre aux besoins en eau potable de près de 5
millions de personnes, avec une projection de desserte pour 11 millions de Sénégalais d’ici
2050. En plus de favoriser la souveraineté alimentaire et la croissance économique, le
projet devrait aussi contribuer à la création d’emplois et au développement territorial.
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CONCLUSION
Dans un contexte marqué par un réchauffement climatique sans précédent, le Sénégal doit,
à l’instar des autres pays du monde, faire face à de nombreux défis et enjeux liés aux
changements climatiques. Ces derniers se manifestent notamment à travers une plus grande
variabilité spatio-temporelle de la pluviométrie, une hausse des températures, une baisse de
la quantité et de la qualité des pâturages naturels, une baisse en qualité et quantité des
ressources en eau de surface, une réduction des nappes alluviales, une avancée de la mer
et un recul des zones humides entrainant une perte de la biodiversité et l’érosion côtière.
C’est dans cette dynamique que s’inscrit la prochaine loi de finances 2025 qui, à la faveur
d’une conjoncture internationale beaucoup plus résiliente, envisage de consolider l’activité
économique de poursuivre la mise en œuvre des projets structurants sensibles au climat
avec l’avènement du décret n° 2023-2142 du 31 octobre 2023 portant réglementation
du cadre général de la gestion des investissements publiques (GIP) au Sénégal.
A cet effet, l’année 2025 sera marquée par la poursuite des politiques de promotion de
l’équité sociale et territoriale, de renforcement de l’employabilité et d’insertion socio
professionnelle et de création d’emplois pour les jeunes et les femmes.
Ce choix politique fort et ambitieux vise à asseoir une croissance durable et inclusive, un
développement endogène, une souveraineté alimentaire et une réduction les disparités
géographiques porté par le secteur privé.
En définitive, dans la longue marche vers l’horizon 2050, l’année 2025 jette les bases d’une
transformation systémique de l’économie, avec des impacts environnementaux maîtrisés.
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