Impact Des Technologie Rapport
Impact Des Technologie Rapport
La finance islamique appartient à un concept plus large, l’économie islamique, une doctrine
économique, qui, comme toutes les autres doctrines (capitalisme, communisme, socialisme),
diffère par son propre système de valeurs. C’est ce système de valeurs, universelles à la fin, qui
fait la particularité de la finance islamique. En effet, outre la nécessité de répondre aux exigences
et aux contraintes réglementaires exigées par les lois en vigueur (lois bancaires, sécurité
financière, lois sur les sûretés…), les institutions financières islamiques sont tenues de se
conformer à des exigences et à des règles qui trouvent leurs origines dans la loi musulmane ou
charia. Ainsi, la finance islamique est, avant tout, une finance éthique, qui privilégie un système
de valeurs bâti sur la nécessité d’éviter ce qui est interdit, sur un équilibre entre l’intérêt
personnel et l’intérêt public, mais aussi sur les valeurs de l’équité, la transparence, la sincérité…
Ces valeurs sont d’une importance capitale et doivent se refléter obligatoirement dans les actes et
les transactions
La religion musulmane énonce et prescrit toutes les règles relatives au comportement des
hommes quel que soit leur domaine d’action. Donc l’Islam n’est pas seulement une religion, il est
également un système juridique dont les valeurs sont considérées comme les plus importantes
chez les musulmans. Elles ont un impact sur tous les domaines et elles constituent un véritable
mode de vie. Par conséquent, l’islam présente une législation parfaite pour régir tant les relations
individuelles que sociales. Dans ce sens les transactions financières ont aussi leur part dans cette
législation.
La finance islamique est une résurgence d’un ensemble de pratiques commerciales et financières
qui étaient utilisées par les marchands dans différent pays. La finance islamique est un concept
qui renvoie à une réalité visible matérialisée par l’existence d’un réseau financier dans de
nombreux pays. En réalité, l’expression de la finance islamique regroupe deux termes, en effet le
terme finance englobe toutes les institutions bancaires et financières, et les marchés financiers.
Tandis que, l’adjectif islamique évoque d’importantes différences entre la finance islamique et
son homologue conventionnel.
La scène financière islamique est animée par plusieurs intervenants, que se soient des marchés,
des institutions ou des instruments. En effet, tout comme dans la finance conventionnelle, il
existe un marché monétaire interbancaire et un marché financier dans la finance islamique. Pour
les institutions, celles-ci se regroupent en institutions institutionnelles (banques, compagnies
d’assurance et fonds d’investissement) et en institutions de gouvernance. Quant aux instruments,
ceux-ci se présentent en instruments dits de base (très souvent appelés « instruments bancaires » :
moucharaka, moudaraba, mourabaha, ijara, et autres), en instruments de gestions d’actifs, appelés
les sukuk (alternatives islamiques aux obligations), mais également en instruments d’assurance
(takaful).
Dans ce cadre, les techniques de financement islamique jouent un rôle de plus en plus important
sur les marchés financiers, en introduisant des mécanismes alternatifs de financement basés sur le
partage des risques et l’investissement productif. Ces techniques influencent non seulement la
structuration des produits financiers, mais aussi les comportements des investisseurs et la stabilité
des marchés. Elles permettent de mobiliser l’épargne selon des principes éthiques et de proposer
des instruments adaptés à une demande croissante pour des produits conformes à la charia. Il
devient ainsi pertinent d'étudier leur impact réel sur le fonctionnement et l’évolution des marchés
financiers contemporains.
Chapitre 1 : Les généralités de la finance islamique
Section 1 : L’histoire de la finance islamique
L’islam régit tous les aspects de la vie du musulman, allons de la vie humaine, la morale,
jusqu’aux sujets critiques comme le mariage et l’héritage, on passant par l’économie et le
commerce.
Les racines et principes de la Finance Islamique sont aussi vieux que la religion elle-même.
En effet, Fiqh Al Mouamalat donne depuis des siècles un cadre structuré des transactions
financières des musulmans mais ce n’est que vers la fin du XXe siècle que le système financier
islamique s’est assez développé pour être considéré comme un modèle distinct permettant aux
musulmans (et non musulmans) de mener des activités financières conformes aux percepts de
l’islam.
La finance islamique est relativement jeune, mais il s'agit d'un domaine de la finance qui
s’est rapidement développé ces derniers temps. L’industrie bancaire et l’investissement
conformes à la Shari’a telle qu'on la connaît aujourd'hui n’a réellement décollé que dans les
années soixante.
En réalité, et durant des siècles, il n’y pas eu de système financier islamique complet. Il n’y
eu que l’interdiction du riba mais sans la moindre proposition d’un mode de financement
alternatif.
Dans ce qui va suivre, les grandes dates de la finance islamique vont être traitées :
Le premier essai pour la création d’une finance islamique date des années 40, cet essai qui
a été un échec c’est déroulé en Malaisie. Une deuxième tentative a été procédée par le
Pakistan en 1950, ce deuxième essai a vu les mêmes résultats que son précédant.
Les premières expériences modernes dans le domaine de la finance islamique datent des
années 1960 avec l’expérience des caisses rurales Mit Gammar en Egypte crée par Dr
Ahmad Elnagar, et du « Piligrim’s Management Fund » (Tabung Hadjji) en Malaisie.
Le principal objectif de ces institutions était de réduire l’exclusion bancaire et de
promouvoir le développement des couches de population défavorisées.
Dans les années 1990, nombreux sont les pays islamique du Golfe et de l'Asie qui ont
suivi la vague (Arabie saoudite, l’Emirat, Indonésie, Malaisie...). En effet la Malaisie et
l’Indonésie sont deux pays précurseurs en la matière, en plus de la création
d’institutions bancaires islamiques, ils se sont dotés d’instruments de réguler et
d’assurer la pérennité de leur secteur financier.
Cette croissance se poursuit au cours des années 2000, et l’intérêt pour la Finance
Islamique dépasse les frontières géographiques du monde musulman pour atteindre l’Europe et
les Etats Unis, devenant ainsi un enjeu mondial.
Selon les estimations du FMI, il existe actuellement plus de 300 institutions islamiques
opérant dans plus de 75 pays. Selon les mêmes statistiques, l’industrie a connu une croissance
annuelle moyenne d’environ 15% pendant les dix dernières années. Leurs prévisions indiquent
que cette tendance devrait continuer à connaitre même une accélération durant les années à venir
en fonction des pratiques réglementaires qui seraient mises en place.
La finance islamique est également en croissance dans de nouveaux marchés tels que la
Syrie, le Liban, le Royaume-Uni, la Turquie et le Canada. A titre d’exemple, au Royaume-Uni,
plusieurs banques islamiques ont vu le jour, tels que la Islamic Bank Of Britain et la Européen
Islamic Investment Bank.
Cette évolution a généré un grand intérêt de la part des acteurs mondiaux de la finance
conventionnelle dans les économies développées qui ont essayé d’augmenter leurs participations
dans les marchés financiers islamiques. Avec la libéralisation accrue, le système financier
islamique est devenu plus diversifié et a gagné de plus en plus de profondeur. Par conséquent, la
finance islamique semble être actuellement un des segments les plus dynamiques de l’industrie
internationale des services financiers. D’autres pays majoritairement musulmans, commencent
aussi à s’intéresser à ce secteur, en particulier ceux de l’Afrique du Nord.
La très forte demande des produits islamiques et leur popularité croissante étaient
principalement poussées par une masse considérable de liquidité en provenance des pétrodollars
dans la région du Golfe persique ainsi que par les nouvelles configurations géopolitiques. Ce
mode de financement est devenu une partie intégrante du système financier mondial.
Le paysage financier islamique a été transformé de manière remarquable avec un nombre
d’acteurs élevé et une gamme étendue de produits et services. Plusieurs raisons pourraient
expliquer l’importante croissance des actifs islamiques.
La première raison est la date du 11 septembre 2001, qui a laissé une empreinte indélébile
sur l’ensemble du monde musulman, a marqué également un tournant important dans le
développement de la finance islamique. La croissance de celle-ci s’est fortement
accélérée au cours des dernières années sous l’impulsion de deux phénomènes :
La deuxième raison est le renouveau spirituel et religieux qui a crée un appétit croissant
pour des produits conformes à la Charia.
I. Définition
La compréhension de la finance islamique n’est pas aisée pour des personnes évoluant dans
des économies basées sur un modèle conventionnel
Plusieurs courants de pensée, issus des pays les plus divers et depuis bien longtemps, ont
soulignés que la recherche du profit ne devait pas négliger le respect de valeur. Cette vision des
choses a pris de l’importance ces dernières décennies au point que l’on a pu parler de finance
éthique, et d’économie socialement responsable. C’est dans ce courant que l’on peut placer la
finance islamique du fait du caractère fondamentalement moral des principes qu’elle impose au
droit, à l’économie et à la finance islamique.
En effet, la finance islamique est une composante de la finance éthique : c’est une finance
qui n’obéit pas à la seule loi du profit mais qui répond à des critères tels que le développement
durable, l’environnement et la gouvernance. Ce système est construit autour d’une subtile
conjugaison entre l’économie, l’éthique et la loi musulmane.
De manière général, les produits et instruments financiers comptables avec la Charia visent
à offrir une alternative éthique viable aux outils de financement traditionnels.
Pour la plupart des musulmans, l’islam, d’où la finance islamique tire ses racines, puise son
essence même dans l’esprit de justice, de solidarité, en un solidarité, en un mot dans l’équité qui
doit régner au sein de la communauté, entretenant, par là même, la bonne entente entre les
membres de celle-ci. Cela signifie que chacun doit gagner sa vie de manière morale et honnête.
Ainsi, une rémunération n’est juste que si elle est la contrepartie d’un véritable travail : elle
ne doit pas résulter par exemple de la monopolisation, de la thésaurisation, d’un revenu perçu en
absence d’activité, du hasard ou encore du temps qui passe. Sont ainsi prohibés notamment, les
manipulations, l’abus de position à l’encontre d’une contrepartie inexpérimentée, le
prélèvement sur les ressources de la communauté au détriment de ceux qui sont dans le besoin et
le système de l’intérêt qui conduit à l’usure et donc à l’exploitation du prochain. L’économie
musulmane est fondée sur l’équilibre, l’échange et donc sur la justice distributive chère à
Aristote : à chacun son dû selon son effort.
Selon la théorie économique islamique, d’où est issue la finance islamique, les grands
objectifs de l’activité économique sont les suivants :
L’augmentation de la richesse, définie comme l’accroissement du capital productif, le
moteur de cette croissance étant l’esprit d’entreprise ;
L’augmentation de l’emploi, celle-ci étant favorisée par la participation de tous les
intéressés à la mise en place et au bon fonctionnement des projets de production ;
La distribution équitable de la richesse et de revenus, celle-ci étant renforcée par la
pratique obligatoire de la zakat, ou aumône légale (selon le principe d’équité mentionné
précédemment)
L’absence du gaspillage sous la forme, par exemple, de la thésaurisation.
La finance, ou l’économie islamique en général est guidée par les valeurs de l’Islam. Dans
une économie islamique l’homme n’est pas dans une position de distribuer les ressources de la
façon qu’il veut. Il existe une limitation morale sérieuse imposée par le Saint coran et la Sunnah
sur les pouvoirs des individus imprégnés par les valeurs de l’islam.
Pour expliquer la dynamique de la loi islamique et son adaptabilité à tous les temps il est
essentiel de parler des sources et des bases de cette loi. Le droit musulman, Shari’a, est un
système de droit dont les principes et le contenu dérivent du Coran, parole de Dieu révélée à son
prophète Mohammed (paix et salut sur lui), des actions, conduite et paroles du prophète (la
Sunnah et les hadiths). Ces sources sont à leur tour développées par le consensus (ijmâ) et la
raison (Ijtihad). Le droit musulman se conçoit comme un système de conduite dans le domaine
rituel, social, économique et personnel.
A partir de là, on peut dire que les sources de la finance islamique se divisent en deux ; les
sources principales et les sources secondaires.
Le Coran fût transmis de génération en génération .Il fait preuve d’autorité légale, sa
transmission est authentique et aucun doute ne pèse sur sa légitimité.
Le Coran traite tout les aspects de la société, la vie humaine, la morale, l’économie, le
commerce, l’héritage, le mariage, la justice,… sont tous des sujets traités par le Coran.
2. La sunnah
La Sunnah est un recueil des traditions établies à partir du comportement et des paroles du
prophète Mohammed –paix et bénédictions d'Allah sur lui- et rapportées par ses compagnons.
La Sunnah vient immédiatement après le Coran en rang dans les sources de la législation.
Elle comporte l'explication de ce qui y est concis, l'élucidation de ce qui y est vague, la restriction
de ce qui y est absolu et traite ce qui n'y est pas évoqué.
La Sunnah est donc une source indépendante de la législation en ce sens qu'elle peut
comporter des préceptes et des règles qui ne sont pas évoqués dans le Coran.
La distinction entre la Sunnah et le hadith est que ce dernier est narratif, rapportant ce que
le prophète a dit, fait, approuvé ou désapprouvé. Alors que la Sunnah est la pratique du prophète -
paix et salut sur lui-, c’est les normes comportementales.
2. Les sources secondaires
Même si les solutions de tous les problèmes, qu’ils soient présent ou à venir, se trouvent
dans les deux sources fondamentales citées précédemment, il existe deux sources secondaires ;
l’ijmâ et l’ijtihad.
1. El Ijmâ
C’est l’unanimité des érudits de la religion, à une époque donnée à partir des compagnons
du prophète, sur une règle légale islamique précise. Ce consensus est la résultante de la
compréhension, de l’interprétation et de l’application du Coran et de la Sunnah. C’est un
mécanisme permettant d’entreprendre des législations collectives pour suivre les évolutions et les
changements. C’est la troisième source de législation se situant après la Sunnah. En pratique,
l'Ijmâ n’intervient que si aucun élément du Coran ou de la Sounna ne permet de trancher sur un
cas.
Même si, théoriquement, El Ijmâ représente une source moins importante que le Coran et la
Sunnah, sa valeur pratique reste élevée, car c’est dans les livres où sont exposées les solutions
consacrées par El Ijmâ que le juge va chercher les motifs de la décision qu’il va prendre.
2. El Ijtihad
« De l'étranger tu peux exiger un intérêt, mais de ton frère tu n'en exigeras point, afin que
l'Éternel ton Dieu te bénisse dans tout ce que tu entreprendras dans le pays où tu vas entrer pour
en prendre possession. »
« Si tu prêtes de l'argent à mon peuple, au pauvre qui est avec toi, tu ne te comporteras
point avec lui en usurier ; vous ne mettrez point sur lui d'usure. Moise »
Dans la Grèce Antique, il existe aussi des traces d’un mépris pour toute forme de
rémunération de l’argent prêté. En effet, Aristote évoque déjà dans ses Politiques :
«Il est tout à fait normal d’haïr le métier d’usurier du fait que son patrimoine lui vient de
son argent lui-même et que celui-ci n’a pas été inventé pour cela. Il a été fait pour l’échange,
alors que l’intérêt ne fait que le multiplier. Et c’est de là qu’il a pris son nom : les petits, en effet,
sont semblables à leurs parents, et l’intérêt est de l’argent né d’argent. Si bien que cette façon
d’acquérir est la plus contraire à la nature.»
La religion chrétienne, au travers du Nouveau Testament interdit aussi l’intérêt, mais cette
fois de manière implicite :
« Si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir, quel crédit est-ce cela pour vous ?
Même les pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu’ils puissent recevoir en retour un montant égal.
Mais aime tes ennemis, et fais le bien, et prête, sans ne désespérer personne… »
Ce n’est qu’en 1515 que la religion catholique autorise l’intérêt par le biais du Concil de
Latran V.
Par ailleurs, durant cette période, des réformateurs comme Calvin autorisent l’intérêt, sans
toutefois permettre l’usure. Calvin s’oppose au prêt aboutissant à un appauvrissement du
débiteur, mais il demeure favorable à l’enrichissement de ce dernier. Il défend le prêt à intérêt
non usuraire lorsqu’il est applique aux riches. Si dans la religion Chrétienne des réformateurs ont
favorise l’intégration de l’intérêt, ce n’est pas le cas de la religion musulmane comme nous le
verrons dans le prochain chapitre.
Prohibition de l’intérêt en Islam
La finance islamique se caractérise par son aspect contraignant par rapport à la finance
conventionnelle. En effet, un certain nombre de mesures prises par les institutions religieuses
islamiques visent à appliquer les principes de l’Islam à la finance contemporaine. L’une des
principales exigences est la prohibition de l’intérêt.
Le passage suivant est tire du Coran et est à la base de l’interprétation de l’interdiction de
l’intérêt dans la religion musulmane.
« Ceux qui se nourrissent de l'usure ne se dresseront au jour du jugement que comme se
dresse celui que le Démon a violemment frappé. Il en sera ainsi parce qu’ils disent : la vente est
semblable à l'usure. Mais Dieu a permis la vente et il a interdit l'usure. Celui qui renonce au
profit de l'usure, dès qu'une exhortation de son Seigneur lui parvient gardera ce qu'il a gagné.
Son cas relève de Dieu. Mais ceux qui retournent à l'usure seront les hôtes du Feu où ils
demeureront immortels. (...) Ô vous qui croyez! Craignez Dieu! Renoncez si vous êtes croyants à
ce qui vous reste des profits de l'usure. Si vous ne le faites pas attendez-vous à la guerre de la
part de Dieu et de son prophète ».
Cependant, il est important de préciser que dans la religion musulmane, l’intérêt et l’usure
sont conjointement associes sous le nom Riba, alors que conventionnellement, le premier terme
signifie la somme que l’on paie pour l’usage de l’argent et le second traduit un délit commis par
celui qui prête de l’argent a un taux excessif.
L’origine de l’interdiction de l’intérêt en Islam tient du fait qu’à l’époque les bailleurs de
fonds appliquaient des taux usuraires et profitaient donc de la misère des pauvres. Par ailleurs,
l’idée principale qui détermine la prohibition de l’intérêt par les musulmans est le fait que, selon
cette religion, l’argent n’est pas du capital. Il ne le deviendra qu’après transformation par le
travail et l’effort. D’après Iqbal et Mirakhor (2006), « l’argent n’est que du capital potentiel et il
ne deviendra réellement capital qu’après son association avec une autre ressource afin
d’entreprendre une activité productive ». L’argent n’a donc aucune utilité intrinsèque et n’est
qu’un moyen d’échange de biens non fongibles. Un dollar ici vaut un dollar ailleurs, de telle sorte
qu’il est impossible de réalisera un bénéfice sur son échange.
La religion musulmane interdit donc toute forme d’intérêt paye sur un prêt quelle que soit
la nature ou la grandeur. D’après les juristes et économistes musulmans, « la Chari’a interdit le
retrait par le prêteur d’un quelconque avantage de son prêt, sauf si cet avantage est librement
accordé par l’emprunteur après remboursement du prêt et sans en constituer une condition tacite
ou explicite (Saadallah, 1996, p.17) ».
Les jurisconsultes musulmans en donnent plusieurs explications. La première est le fait que
l’intérêt est une rémunération fixe et connu ex-ante. La deuxième dénote l’injustice entre les
risques que subissent le préteur et le débiteur. Selon leurs interprétations, l’emprunteur assume
une part majoritaire du risque du au fait que la rémunération qu’il devra céder au bailleur de fond
n’est pas fonction du résultat de l’actif finance.
Le créancier est donc assure d’un gain sur le prêt alors que le débiteur est assure du
remboursement du prêt. En d’autres termes, si A prête 1000 CHF a B pour développer son
activité et qu’A prélevé un intérêt de 10%. Si B obtient un rendement inferieur a 10% du prêt (en
l’occurrence 100 CHF), celui-ci payera plus d’intérêt qu’il n’a de profit d’ou l’injustice
mentionnée plus haut. A contrario si le rendement est supérieur à 10 % c’est A qui subit une
injustice car B se sera enrichi sur son dos.
2. Le principe de Partage des Pertes et Profits (PPP/3P) ou Profit & Loss Sharing
(PLS)
La notion de partage des pertes et profits est un des éléments clés dans le concept de
finance islamique car elle est le reflet des valeurs que l’Islam transmet à ses fideles, a savoir
justice, égalité sociale et fraternité. Ce système est défini par KHAN (1984) comme étant « un
mécanisme financier qui lie le capital financier à l’industrie et au commerce sans utiliser un
intérêt ».
Il s’agit donc d’un procède qui permet aux techniques de financements islamiques d’établir
des échanges commerciaux en empêchant l’intérêt et ceci dans les règles de la Chari’a. Cette
technique permet en outre le partage des risques entre entrepreneur et investisseur. Effectivement,
ce dernier est directement lie au bon déroulement des affaires lors de la transaction basée sur le
principe des 3P alors que lors d’un prêt à intérêt le risque est en partie transfère au demandeur de
fond.
Le principe de partage des pertes et profits est utilise dans plusieurs techniques de
financements islamiques tels que le Mudharaba ou la banque va financer entièrement le projet et
l’entrepreneur va fournir son travail afin de faire fructifier le montant investi. Les profits sont
partages tandis que les pertes sont entièrement assumées par la banque. Ou encore le Musharaka,
transaction qui permet a la banque et l’entrepreneur de s’associer pour un projet et partager les
pertes et profits. Ces méthodes de financement se rapprochent du capital risque ou l’investisseur
va financer la phase post-amorçage de l’entreprise. Elles favorisent le développement des
entreprises et donc de la croissance économique.
Nous comprenons rapidement que ce système suppose des risques supérieurs car,
contrairement aux banques conventionnelles, la rémunération d’un type de financement dépend
directement du rendement de l’opération et donc de la gestion du projet par l’entrepreneur. Le
financement islamique ne peut donc être viable qu’avec des clauses contractuelles strictes
permettant à la banque de s’assurer du bon fonctionnement des affaires. Sans quoi la direction de
l’entreprise partenaire pourrait maquiller ses résultats financiers afin de diminuer la rétribution a
la banque.
De plus, dans un tel système, les critères de sélection d’un projet par la banque ne sont plus
bases sur des questions de solvabilité mais plus sur la rentabilité anticipée, laquelle est très
difficilement estimable.
Dans le prochain sous-chapitre, nous traiterons d’une autre contrainte imposée par la
Chari’a, la thésaurisation.
3. La thésaurisation
La thésaurisation est un terme technique économique décrivant une accumulation de
monnaie soit pour en tirer un profit ou soit par absence de meilleur emploi, et non par principe
d'économie ou d'investissement productif
Il est important de faire la distinction entre épargne et thésaurisation. Cette dernière notion
induit l’idée de non-productivité du capital. Par exemple, un compte d’épargne ne générant pas
d’intérêt n’est pas une forme de thésaurisation car ce capital est utilise par la banque a des fins
productives (Gaillard et Tullier, 1965).
Le Coran prohibe la thésaurisation car dans l’Islam l’argent ne doit pas constituer une
source de puissance. De plus, si un croyant musulman thésaurise ses avoirs cela signifie, dans
cette religion, qu’il ne participe qu’à son enrichissement personnel et ne fait pas profiter
l’économie en général. Le passage du Coran ci-dessous condamne rigoureusement cet acte.
À ceux qui thésaurisent or et argent sans les dépenser dans la voie de Dieu, fais l’annonce
d’un supplice douloureux. Un jour, ces métaux rendus incandescents au feu de l’enfer, leur seront
appliqués sur le front, leurs flancs et leurs dos –et on leur dira-voici ce que vous amassiez, pour
vous-même, savourez donc ce que vous avez thésaurisé.
Il est évident que cette contrainte encourage l’investissement, cependant, elle oblige les IFI
à ne pas conserver trop de liquidités durant une longue période. Apres interprétation des
fouqahas et afin de satisfaire cette obligation, les banques islamiques tolèrent un ratio de cash
allant jusqu'a 49%.
La thésaurisation est souvent assimilée a de la spéculation, acte qui est également prohibe par
l’Islam. Dans le prochain sous-chapitre, nous traiterons plus en détail cette interdiction.
Le Prophète a interdit l’achat d’un animal non né dans la matrice de sa mère, la vente du
lait dans la mamelle sans mesure, l’achat du butin de guerre avant sa distribution, l’achat des
dons de charité avant leur réception, et l’achat de ce qu’a récolté un pêcheur avant sa pêche.
Afin de pallier ce problème, les principales banques conventionnelles ont créé des fenêtres
islamiques leur permettant de proposer des produits conformes a la Chari’a tout en gardant leurs
activités conventionnelles. Nous pouvons mentionner HSBC, UBS, Citibank, Goldman Sachs,
BNP et la Deutsche Bank par exemple.
Dernier principe fondamental qui met un cadre strict au système financier islamique est
celui de la Zakat (impôt religieux) que nous proposons d’expliquer dans la prochaine partie.
6. La Zakat
La Zakat est un impôt religieux annuel que chaque musulman a l’obligation de régler pour
autant qu’il en ait les moyens. Ce devoir fait partie des cinq piliers de l’Islam et est prélevé afin
d’aider les plus démunis, permettant d’équilibrer les richesses. Une banque islamique a donc la
nécessité de créer une caisse de la Zakat. Le montant à payer est connu et représente 2.5% des
actifs liquides (argent, titres etc.). Cet impôt est aussi prélève sur le bétail, les marchandises, les
minéraux extraits du sol et enfin les fruits et les céréales.
Afin de satisfaire cette exigence, les banques islamiques ont conçu des Comites de la Zakat
charges de prélever l’impôt ecclésiastique ainsi que de gérer des fonds conformément aux
principes de la Chari’a. De plus, ce Comite est rattache a la haute direction de l’entreprise.
L’existence des marchés financiers efficaces, que ça soit, primaires, secondaires ou monétaires
est indispensable à l’extension et au développement de la finance islamique. Cependant, se sont
les marchés qui veillent à l’acheminement des ressources disponibles vers les besoins de fonds
tout en assurant une bonne allocation de ressources. Ils présentent le seul moyen pour les banques
d’investir leur surplus de liquidité et de pouvoir offrir un support à la politique monétaire des
banques centrales islamiques en contrepartie de titres suivant les principes de la Sharia2 . A partir
de ce qui précède, on constate que les marchés financiers jouent un rôle prépondérant pour
l’injection des ressources financières nécessaires pour les deux secteurs privé et public afin de
financer leurs différents projets d’investissement. Cela ne pourra avoir que des conséquences
positives sur l’économie et la société. Toutefois, l’efficience de ces marchés sollicite une
disponibilité et une transparence des informations de qualité, afin de saisir les meilleures
occasions d’investissements, génératrices de plus de valeurs. Le système financier islamique
impose, néanmoins, plusieurs conditions d’admission sur les marchés financiers. Puisqu’ils ne
sont admis que les titres conformes à la Sharia qui sont en provenance des sociétés dites « licites
». Aussi les opérations doivent être effectuées par des investisseurs (qui placent leur argent en
contrepartie d’un profit stable et d’une plus-value en provenance de leurs titres) et non pas des
spéculateurs. D’un autre côté, l’investissement islamique doit respecter un certain nombre de
conditions à savoir que les titres doivent être souscris de manière réelle, le payement doit être
complet au moment de l’opération d’achat et de garder les titres pour une durée déterminée. Les
marchés financiers islamiques doivent veiller à ce que tous les contrats et les instruments utilisés
soient conformes à la Sharia. De plus, sur ces marchés, on exige le respect des normes et des
standards au moment de l’émission ou la négociation des instruments financiers islamiques. On
peut dire que les marchés financiers islamiques affrontent un grand défi, en raison de l’émergence
du marché et le manque d’instruments et de ressources financières échangées qui aident à animer
le marché d’émission et de diversifier son activité. De fait, et pour développer l’existence des
marchés financiers islamiques, il faut dans un premier temps commencer à préparer une bonne
infrastructure capable d’accueillir tous les acteurs de marchés dans des conditions adéquates en
s’inspirant de l’organisation des marchés traditionnels internationaux. Aussi de développer les
outils informatiques et de communication afin d’avoir des informations de qualité en temps réel
avec une transparence absolue. Prévoir aussi des assises, des colloques ainsi que des formations
en faveur de tous les intervenants sur les marchés en favorisant l’initiation aux nouvelles
techniques d’ingénierie financière et en favorisant l’utilisation de l’innovation dans les opérations
financières islamiques, pour mieux gérer les risques qui peuvent survenir. Tout cela doit baigner
dans un environnement consolidé par une bonne préparation de textes de lois et des mesures
juridiques qui permettront de mieux organiser les marchés en s’inspirant des textes sacrés, afin de
relever les différents défis, perspectives de développement de ces marchés tant attendus
Sur le marché financier islamique primaire, les entreprises ont l'opportunité de lever des fonds
pour financer leurs projets, en se basant sur le principe de la comparaison des attentes de
rendements des différents investisseurs. Ce marché constitue un espace où les entreprises
émettent des titres pour obtenir les ressources nécessaires, tandis que les offres de financement
proviennent des divers établissements financiers. Le rôle des investisseurs est crucial, car leur
capacité à évaluer les opportunités d’investissement influe directement sur le financement des
projets les plus prometteurs.
Dans le cadre de la finance islamique, l’émission de titres sur ce marché se réalise principalement
par le biais de contrats de Moudaraba. Ce contrat représente un partenariat entre deux parties :
l'une apportant le capital et l'autre, le savoir-faire nécessaire à la gestion du projet. Ce modèle
permet de mutualiser les risques et les profits, tout en assurant que les bénéfices générés sont
partagés de manière équitable, en fonction des contributions respectives de chaque partie. Dans
ce contexte, il est essentiel que le prospectus d’émission détaille précisément les modalités de
distribution des bénéfices et la période de négociation des titres, afin de réduire toute forme
d'incertitude pour les investisseurs.
Le marché primaire repose sur une information claire et précise relative aux entreprises
émettrices, ce qui permet aux investisseurs d’effectuer une sélection fondée sur la rentabilité
anticipée des projets. Ce processus favorise une allocation optimale des ressources, puisque les
fonds seront dirigés vers les initiatives les plus rentables, contribuant ainsi à la croissance des
secteurs réels de l’économie. Ce mécanisme d’allocation est d’autant plus efficace que la
rentabilité des placements est au cœur de la décision d’investissement, un principe fondamental
dans la finance islamique.
Le marché financier islamique secondaire est un élément crucial pour assurer la fluidité et la
liquidité des investissements dans le système financier islamique. Après l'émission des titres sur
le marché primaire, le marché secondaire permet aux investisseurs de négocier ces titres entre
eux, facilitant ainsi leur entrée et sortie des investissements. Ce marché joue un rôle de
stabilisation, car il offre une opportunité pour les détenteurs de titres de les vendre ou d’en
acheter en fonction de l'évolution de leurs besoins financiers. Cependant, contrairement aux
marchés traditionnels, le marché secondaire islamique doit respecter des principes stricts. Les
transactions doivent se faire dans le respect des normes éthiques islamiques, interdisant les
activités de spéculation et assurant que les négociations sont basées sur une véritable évaluation
des titres, sans manipulation des prix. La détermination des prix reste soumise à l'offre et à la
demande, mais il est impératif que les pratiques spéculatives, qui ne sont pas en ligne avec la
finance islamique, soient évitées. De ce fait, le marché secondaire islamique favorise la
transparence, la gestion des risques et le partage des bénéfices, tout en garantissant un équilibre
entre la liquidité et le respect des principes moraux de l’islam.
Les Sukuk constituent le produit phare sur le marché financier islamique et une innovation de
l’industrie financière islamique et leur développement est à l’origine de la croissance du marché
de capitaux islamique. Ils ont constitué des alternatives compatibles avec les valeurs islamiques
aux problèmes de financement de plusieurs agents économiques. Ces Sukuk sont caractérisés par
la flexibilité de leur émission ainsi que leur diversité selon l’origine de l’émission en respectant
les principes chariatiques. Ainsi, pour l’Etat comme solution de financement des dettes
souveraines ; et pour le privé comme alternative aux dettes corporate, que ça soit de grandes
entreprises cotées ou non, des assurances ou encore des banques. Ces agents expriment soit un
besoin de liquidité pour les uns ou soit une manière de diversification d’investissement à
caractère social tout en respectant les exigences éthiques pour les autres.
L’émission des Sukuk se base nécessairement sur plusieurs types de contrats islamiques. Le
plus grand nombre d’émissions se trouve principalement en Malaisie avec plus de 60% des
émissions à hauteur de 200 milliards de dollars, en plus des pays arabes et de quelques pays
européens intéressés par cette industrie . Différentes catégories des Sukuk se présentent, selon
que le contrat est de nature partage de profits et de pertes ou non, mais les plus répondues
sont notamment (selon la norme 17 : les Sukuk d’investissement) :
• Les Sukuk Moucharaka, se sont des titres de même valeur nominale émis afin de financer
une activité ou un projet sur la base de l’un des contrats de Moucharaka. Cependant, le projet
financé devient ainsi la propriété des porteurs des Sukuk jusqu’à concurrence de leur part. En
effet, l’émetteur et le Special Purpose Vehicule SVP8 s’accordent sur une durée allant jusqu'à
6ans, et ils déterminent les modes de répartition des bénéfices. Tandis que l’émetteur fournit
des biens au moucharak, il revient au SVP de procéder à l’émission des Sukuk.
• Les Sukuk Moudharaba, des titres de Moucharaka adossés à des activités à financer sur la
base de la Moudharab par un Moudharib qui peut être choisi parmi les associés.
• Les Sukuk Salam, il s’agit de titres de même valeur nominale émis pour encaisser la
rémunération de Salam dont l’actif qui fait l’objet de l’obligation devient la propriété du
porteur du sakk.
• Les Sukuk Istisna, des titres de même valeur, émis pour utiliser le produit de la souscription
pour la construction d’un ouvrage qui devient la propriété des porteurs des Sukuk.
• Les Sukuk ijara, sont des titres qui ont la forme de location pour une période déterminée.
L’usufruit est transféré du propriétaire à une entité qui se chargera de payer une rente.
Cependant, le bailleur a la charge veillé au bon entretien du bien placé sous tutelle du loueur.
• Les Sukuk Mourabaha, se sont des titres émis en vue d’acheter l’objet de la Mourabaha, et
donc l’objet devient la propriété des porteurs des Sukuk. Toutefois, ces contrats de Sukuk
présentent différents risques liés essentiellement à l’absence d’une base de standardisation de
l’interprétation de la sharia au niveau de la finance dite participative, aussi le cout d’émission
des Sukuk qui s’avère supérieur à celui des obligations classiques. Un autre risque important
qui doit être pris en charge par les autorités concernées est celui de la protection des droits et
des obligations des investisseurs sur le marché financier.
A partir du début du 21ème siècle, les Sukuk sont devenus des produits phare de la finance
islamique. Leur émission avait commencé dans des pays musulmans au sein des institutions
islamiques. Mais, aujourd’hui la plupart des émissions sont d’origines occidentales (80% des
émissions)9 , puisqu’ils sont devenus des produits financiers internationaux qui attirent la
majorité des investisseurs intéressés par ce mode de financement assez particulier. Cependant,
les Sukuk suivent le principe de l’efficacité financière dans l’utilisation des ressources, qui
consiste à, diminuer les charges prévisionnelles liées à l’investissement et d’augmenter par
conséquent la marge bénéficiaire. Leur importance économique apparait, d’une part, dans leur
capacité d’attirer les économies de la population musulmane afin d’éviter la pratique de la
thésaurisation et de pouvoir investir le surplus d’argent gelée et la rendre productive. Les
Sukuk sont les produits qui permettent aux institutions financières de collecter les ressources
non utilisées des ménages ;et d’autre part, d’encourager les investissements et l’entreprenariat
à travers des projets qui ont un impact important sur le développement économique et social.
De plus que les Sukuk sont considérés comme une bouée de sauvetage de la crise financière,
car ils permettent de dégager une liquidité capable d’absorber le besoin en fonds pour les
projets d’investissements sans faire appel aux emprunts extérieurs qui suivent le système
capitaliste, et qui sont à l’encontre des principes de la sharia islamique1
Chapitre 3 : L’impact des techniques de financement islamique sur les marchés financiers