« Les femmes doivent conquérir leur liberté, personne ne peut le faire à leur place.
» dit Simone de
Beauvoir. Nous retrouvons cela dans l’œuvre d’Olympe de Gouges, la Déclaration des droits de la
femme et de la citoyenne, rédiger en 1791 en réponse à la Déclaration des droits de l’homme et du
citoyen, qui excluait les femmes. Cet extrait est tiré du postambule où Olympe de Gouges appelle les
femmes à se réveiller, s’unir et revendiquer leurs droits contre l’injustice et l’hypocrisie des hommes.
Comment ce postambule invite-t-il les femmes au combat ?
Afin de répondre à cette interrogation, ce texte peut être divisé en trois mouvements. Le premier
mouvement, de la ligne 1 à 8, met en lumière une révolution injuste envers les femmes. Le deuxième
mouvement, de la ligne 8 à 13, montre la mise à bas de l'ancien ordre. Enfin, le troisième mouvement,
de la ligne 13 à 22, qui constitue un appel aux armes.
Premier mouvement : Une révolution injuste envers les femmes
Impératif métaphorique : « Femme, réveille-toi » → Olympe de Gouges exhorte les femmes à prendre
conscience de leur oppression. La métaphore du réveil symbolise la nécessité d’agir et de briser
l’inaction imposée par l’Ancien Régime.
Métaphore : « le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers » → L’image du tocsin représente
l’urgence d’un changement. La raison, associée aux Lumières, doit guider les femmes vers leur
émancipation.
Impératif : « reconnais tes droits » → L’injonction appelle directement les femmes à prendre conscience
de leur propre valeur et à revendiquer leurs droits face à l’oppression masculine.
Champ lexical de l’obscurantisme : « préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges » → Ces
termes dénoncent l’ignorance et la manipulation maintenu par les femmes dans un état de soumission.
Olympe de Gouges s’oppose ici aux dogmes religieux et sociaux qui les emprisonnent.
Métaphore : « Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation » → La
vérité, figurée par un flambeau, s’oppose à l’obscurité de l’oppression. L’image de la lumière triomphant
l’obscurité illustre l’espoir d’une révolution éclairée.
Répétition : « Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne » → La répétition de « devenu »
met en évidence l’injustice : l’homme, une fois libéré, choisit d’exercer la même domination qu’il
dénonçait auparavant.
Question rhétorique : « Ô femmes ! femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? » → L’auteure
interpelle directement les femmes et insiste sur leur passivité. Elle les pousse à ouvrir les yeux et à se
révolter contre cette injustice.
Deuxième mouvement : L’ancien ordre mis à bas
Périphrase : « siècles de corruption » → Olympe de Gouges condamne l’histoire qui a exclu les femmes
du pouvoir. Cette expression insiste sur la durée de leur oppression et sur la nécessité d’un changement
radical.
Question rhétorique : « Que vous reste-t-il donc ? » → Cette question souligne l’exclusion des femmes
de la Révolution et leur absence de bénéfices malgré les transformations politiques.
Ironie : « qu’auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ? » → L’ironie critique le refus des
législateurs à reconnaître les droits des femmes, alors qu’ils prétendent défendre la liberté et l’égalité.
Périphrase : « législateur des noces de Cana » → En comparant les législateurs français à Jésus, Olympe
de Gouges dénonce leur hypocrisie. Ils se positionnent comme des figures d’autorité morale mais
exercent une injustice évidente.
Troisième mouvement : L’appel aux armes
Ironie : « Craignez-vous que nos législateurs français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée
aux branches de la politique, mais qui n’est plus de saison, ne vous répètent » → L'ironie critique
l'hypocrisie des législateurs, qui prétendent corriger la morale mais s'accrochent en réalité à des
privilèges dépassés. L’image des « branches de la politique » souligne leur attachement à un ordre
injuste.
Antithèse : « opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité » →
L’auteure présente deux forces opposées : celle de la réflexion et celle de la domination brutale. Elle
invite les femmes à utiliser leur intelligence pour lutter contre l’oppression.
Impératifs : « réunissez-vous sous les étendards de la philosophie ; déployez toute l’énergie de votre
caractère » → L’accumulation d’injonctions souligne l’urgence de l’action. Les femmes doivent s’unir,
mobiliser leur pensée et affirmer leur volonté.
Métaphore : « ces orgueilleux, nos serviles adorateurs rampants à vos pieds » → L’image dépeint les
hommes comme arrogants et hypocrites. Ils prétendent dominer mais sont en réalité dépendants des
femmes.
Périphrase : « mais fiers de partager avec vous les trésors de l’Être suprême » → Olympe de Gouges
utilise « l’Être suprême » pour parler de Dieu de manière solennelle. Elle suggère que l’égalité entre les
sexes est un principe universel et légitime, soutenu par une autorité supérieure.
En somme, ce postambule invite bien les femmes au combat en mettant en lumière la révolution injuste
envers les femmes, la mise à bas de l’ancien ordre et l’appel aux armes. Nous pouvons rapprocher ce
texte de l’œuvre de Simone de Beauvoir, « Le Deuxième Sexe », un essai fondateur du féminisme qui
dénoncent l’oppression des femmes et appellent à leur émancipation en les encourageant à revendiquer
leurs droits.