Aciers Résistant Au Fluage: Guy Murry
Aciers Résistant Au Fluage: Guy Murry
DOCUMENTATION
12/10/2008
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 329 − 1
D
D
1.1 Aspects macrographiques du fluage σ3 θ 3
σ2 θ 2
BC
Les évolutions macroscopiques de la déformation par fluage C
se font dans des conditions particulières (charge et température D
constantes) et de telle sorte que la vitesse de déformation (la vitesse C
dite de fluage) varie continûment dans le temps ; elles sont décrites A B σ1 θ 1
par la « courbe de fluage ». Cette courbe présente l’aspect schéma-
tisé sur la figure 1 que, conventionnellement, on décompose en plu- A B
sieurs phases qui se succèdent dans le temps : A θ 1< θ 2< θ 3
— la mise en charge à l’instant où, après stabilisation en tempé- σ1 < σ2 < σ 3
rature, la charge d’essai est appliquée. Elle engendre un allonge-
ment OA instantané qui peut être totalement élastique ou 0 Temps
partiellement élastique et partiellement plastique selon la tempéra-
ture et la charge ; Figure 1 – Schémas de courbes de fluage
— une période AB, dite « 1er stade du fluage », au cours de
laquelle se développe (sous une charge constante) une déformation
isotherme et répartie à une vitesse d’allongement continûment intergranulaire. C’est une des particularités fondamentale du fluage
décroissante. Ce fluage ralenti est appelé fluage primaire que l’existence de ce processus.
ou transitoire. Pour les aciers, il est généralement de faible ampli-
tude (son ampleur sur les schémas de courbes de fluage est généra- Nous allons examiner successivement les manifestations de ces
lement exagérée ; on peut estimer que, le plus souvent, il provoque deux modes de déformation.
un allongement relatif inférieur à 1 %) ;
— une période BC, dite « 2e stade du fluage », au cours de
laquelle de développerait (sous une charge constante) une déforma- 1.2.1 Déformation intragranulaire
tion isotherme à une vitesse d’allongement quasiment constante
(qui est dite « vitesse minimale de fluage » au cours de l’essai
considéré). Ce fluage est dit fluage secondaire. Pour les aciers, Comme à température ambiante, la déformation plastique intra-
comme pour de nombreux alliages métalliques, l’existence de ce granulaire à chaud peut mettre en jeu deux mécanismes :
2e stade du fluage est très contestée ; l’emploi d’extensomètres à — le glissement (par cisaillement) ;
très haute sensibilité montre que ce stade doit être réduit à un sim-
ple point d’inflexion (cette notion de fluage à vitesse constante ne — le maclage.
serait donc que la conséquence du manque de sensibilité des
Mais l’expérience montre qu’ici, le premier de ces processus est
moyens de mesure des très faibles vitesses d’allongement qui ne
largement prépondérant et que le maclage intervient peu.
permettraient pas de détecter de très petites variations de ces der-
nières). De nombreux résultats et principalement ceux de Glen [1], Le mécanisme du glissement au voisinage de la température
d’une part, et ceux de Lubhan et Felgar [2], d’autre part, ont ambiante est décrit dans l’article L’état métallique. Déformation
confirmé ce point de vue qui, par ailleurs, a été nettement justifié plastique [40] auquel le lecteur pourra se reporter. Au cours du
par Hart [3] et par Poirier [4] ; fluage, on constate toutefois :
— une période CD, dite « 3e stade du fluage », au cours de
laquelle se développe (sous une charge constante) une déformation — que le glissement peut intervenir aussi dans des plans qui ne
isotherme (plus ou moins localisée) à une vitesse d’allongement sont pas des plans de densité atomique maximale et selon des
continûment croissante. Ce fluage accéléré est appelé fluage directions qui ne sont pas toujours des directions de densité maxi-
tertiaire ; il couvre souvent la formation d’une striction et conduit à male. Il faut noter que si le glissement s’amorce généralement, au
la rupture de l’éprouvette. début de la déformation plastique, dans un plan de densité ato-
mique maximale, le phénomène de consolidation [41] a pour consé-
Lorsque la température, la nature de l’atmosphère et la composi- quence de permettre l’initiation du glissement dans des plans de
tion du métal le permettent, il y a réaction entre celui-ci et le gaz densité atomique moindre. Ainsi se produit le glissement multiple ;
ambiant avec formation en surface d’une couche de produits de
— que les glissements prennent une ampleur qui est due à l’inter-
combinaison (le plus souvent des oxydes) dont le comportement
vention de nombreuses dislocations qui se succèdent dans les
plastique est généralement différent de celui du métal de base. Ces
divers plans de glissement. Dans un même plan elles peuvent alors
faits conduisent souvent à des fissurations de cette couche et, par
interéagir [40] ;
voie de conséquence, à des anomalies dans l’évolution de la vitesse
de fluage. — qu’après blocage du glissement par un obstacle et constitution
d’un empilement de dislocations, l’apport supplémentaire d’énergie
nécessaire à la reprise du glissement et donc à la poursuite de la
déformation plastique est principalement le fait de l’agitation ther-
1.2 Aspects micrographiques du fluage mique de sorte que la température a une grande influence sur la
cinétique de la déformation par fluage ; ce phénomène est thermi-
quement activé.
Au cours du fluage on constate que :
En présence de nombreux trains de dislocations se déplaçant
— des déformations se produisent au cœur même de chaque dans des plans de glissement parallèles et situés à de faibles distan-
grain, elles sont dites alors intragranulaires ; ces (de l’ordre de quelques distances interatomiques) les uns des
— les grains se déplacent les uns par rapport aux autres : la autres et lorsque se constituent des empilements parallèles, il appa-
déformation se produit alors dans les joints des grains et on la dit raît un nouveau phénomène ; la polygonisation [40].
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
M 329 − 2 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 329 − 3
b) Réalisation d’un essai de fluage sous une charge unitaire cons- Il a été montré [6] et [7] que ces méthodes n’étaient valables que
tante en effectuant des brusques sauts de température entre deux dans la mesure où toutes les conditions d’essais ne provoquaient, à
niveaux T1 et T2 et en mesurant la vitesse de fluage ( d , ⁄ d t ) 1 avant aucun moment, un dépassement de la limite d’élasticité du métal à
et ( d , ⁄ d t ) 2 après chaque saut. Le formalisme proposé par Dorn la température considérée c’est-à-dire une déformation plastique
permet alors d’écrire, dans la mesure où on considère comme négli- instantanée qui s’ajouterait au fluage proprement dit.
geable l’allongement plastique provoqué par le fluage entre les Par contre, il a été montré [7] que le calcul des pentes des droites
moments où sont mesurées les vitesses d’allongement (ce qui représentant, à charge constante et en fonction de l’inverse de la
constitue une approximation discutable) : température thermodynamique, les variations du logarithme népé-
rien de la durée de fluage jusqu’à rupture conduisait à une estima-
( d , ⁄ d t ) 1 exp ( ∆H ⁄ RT 1 ) = ( d , ⁄ d t ) 2 exp ( ∆H ⁄ RT 2 ) tion correcte de l’énergie apparente d’activation du fluage même en
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
M 329 − 4 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 329 − 5
dislocations (qui ne peut se développer qu’à haute température) Par contre Garofalo [25] avait préféré conserver le schéma tradi-
susceptible de permettre la poursuite de la déformation. Weertman tionnel de classement des aspects théoriques en suivant le plan
[15] a traité le problème en considérant tout d’abord les joints des figurant à la table des matières de son livre :
grains comme les barrières principales qui bloquaient les mouve- — théories du fluage transitoire avec :
ments des dislocations puis, plus tard, en faisant intervenir les créa-
• théories de la saturation,
tions d’empilements et de dipôles. Weertman et Ansell [16] ont de
• théories faisant intervenir la consolidation,
surcroît accordé une certaine importance à l’annihilation des dislo-
cations de signes opposés se déplaçant dans des plans de glisse- • théories basées sur la multiplication et le blocage des
ment voisins. Mott a attribué beaucoup d’influence aux crans qui dislocations ;
freinent les mouvements des dislocations-vis traversant la forêt de — théories du fluage stationnaire avec :
dislocations. Li [17] fait intervenir des mouvements coopératifs des • théories du fluage visqueux,
atomes dans les nœuds des dislocations. McLean [18] et [19], en • théories du fluage mettant en jeu les dislocations ;
admettant que la diffusion était assez rapide, a établi une loi de la — théories du glissement intergranulaire ;
forme : — théories macroanalytiques du fluage.
ε = KT lg (ε0 h /r) + t r /h Ce denier titre appelle une citation du même auteur [25] :
« L’approche micromécanique permet de connaître les mécanis-
qui couvre à la fois le fluage transitoire et le fluage stationnaire mes du fluage et de mieux définir les propriétés des matériaux...
(ε0 est ici la vitesse initiale de fluage). Nabarro [20] a obtenu des L’approche macroanalytique fournit des relations fondamentales
résultats analogues en liant le fluage à la montée des arcs du réseau permettant d’améliorer les méthodes de calcul des structures. Si
de dislocations. cette méthode n’apporte rien à la connaissance des mécanismes de
base, l’approche micromécanique ne permet pas, quant à elle, de
formuler de relations générales concernant le fluage et les phéno-
1.4.3 Théories du fluage-diffusion mènes qui lui sont reliés ».
Ce texte montre à l’évidence que le traitement théorique global du
Un domaine particulier du fluage est celui du fluage-diffusion fluage n’est pas acquis. Ce fait est la conséquence de l’extrême
dans lequel on admet que les mouvements des dislocations n’inter- complexité de la déformation par fluage qui met en jeu un grand
viennent plus et que la déformation est essentiellement due à un nombre de mécanismes différents dans des conditions particulières.
transport de matière par diffusion d’une face à l’autre de chaque En effet, nous avons vu que, dans les conditions d’utilisation indus-
grain. Selon Nabarro [21], la concentration de lacunes à l’équilibre trielle des métaux, le glissement intragranulaire s’accompagnait de
devant être différente selon l’orientation de la surface d’un grain par glissements dans les joints, glissements susceptibles de provoquer
rapport à la contrainte imposée, un processus de diffusion doit inter- la rotation des grains et donc la réorientation des systèmes de glis-
venir entre les différentes faces du grain. Cette théorie a été déve- sement intragranulaire ; ainsi peut se produire une mise en séquen-
loppée par Herring [22] puis par Coble [23] qui a introduit la ces des processus fondamentaux qui vont successivement
diffusion (plus facile toutes choses égales par ailleurs) le long des intervenir, cesser pour faire place à d’autres, reprendre après arrêt
joints des grains et est parvenu à une formulation de la vitesse de de ces derniers. Cet aspect séquentiel ne se prête pas à un traite-
déformation qui s’écrit : ment quantitatif global de par la répartition aléatoire des orienta-
tions des grains. Par ailleurs, aucune de ces théories ne prend en
dε / dt = a Dj σ / T d3
compte le fluage tertiaire qui, en terme de déformation, est le plus
avec Dj coefficient de diffusion au joint, important. Comme l’a noté Goux [26], cette situation fait que l’on se
trouve en présence de nombreuses évaluations numériques mais
d diamètre moyen du grain. empiriques de la déformation par fluage.
À noter que ce fluage se fait : On peut noter, pour terminer, que de nombreux auteurs divisent
— à vitesse constante (dans le temps) ; le domaine de température, entre 0 K et Tf (température de fusion),
— à une vitesse proportionnelle à la contrainte ; en trois parties auxquelles ils affectent des mécanismes de fluage
— toujours à haute température. différents :
Par ailleurs, comme l’a montré Asbhy, ce processus de fluage — le domaine des basses températures (T < 0,3 Tf , soit au-des-
implique un glissement le long des joints des grains. sous de 250 °C environ pour les aciers) dans lequel la diffusion
n’intervient pas et la déformation par fluage n’est qu’un prolonge-
Il faut remarquer que le niveau de température et le transport de
ment différé de la déformation plastique banale. Le fluage serait
matière font craindre un développement de changements structu-
alors logarithmique. On peut d’ailleurs remarquer que, pratique-
raux au cours d’un tel fluage avec abaissement concomitant des
ment, ce fluage à basses températures n’apparaît qu’après l’applica-
performances de résistance mécanique.
tion d’efforts très élevés qui engendrent des contraintes largement
supérieures à la limite d’élasticité ;
— le domaine des températures que l’on pourrait qualifier de
1.5 Bilan des considérations théoriques moyennes (0,3 Tf < T < 0,8 Tf , soit de 250 à 1 100 °C environ pour les
aciers) dans lequel le fluage est la conséquence, d’une part, de l’acti-
vation thermique du mouvement des dislocations avec lequel inter-
Les fluages transitoire et stationnaire ont été décrits par de nom- fèrent deux phénomènes n’intervenant chacun, d’une manière
breux développements théoriques mais parcellaires qui ont conduit, prépondérante, que dans une partie du domaine :
par exemple François, Pineau et Zaoui [24], à tenter une synthèse en • la restauration aux plus basses températures,
distinguant : • la montée des dislocations aux plus hautes températures, et,
— le fluage-dislocations avec : d’autre part, du glissement dans les joints de grains (glissement
intergranulaire). Le fluage est parabolique en son début, puis
• le fluage-restauration, linéaire et enfin accéléré ;
• le fluage contrôlé par la montée des dislocations ; — le domaine des hautes températures (T > 0,8 Tf , soit au-dessus
— le fluage-diffusion avec : de 1 100 °C environ pour les aciers) dans lequel le fluage ne dépend
• le fluage de Herring-Nabarro, plus du mouvement des dislocations mais résulte d’un flux de lacu-
• le fluage de Coble ; nes et donc d’un transport de matière par diffusion. Ce fluage est
— le fluage aux joints. linéaire.
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
M 329 − 6 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques
2. Caractérisation de la tenue que des couples thermoélectriques dont la dérive doit être détermi-
née à la fin de l’essai et notée au procès-verbal d’essai (il faut noter
au fluage qu’à des températures supérieures à 500 °C, la dérive des couples
Chromel-Alumel peut atteindre plusieurs degrés sur une année ; il
est préférable d’utiliser des couples platine-platine rhodié avec des
équipements de mesure à grande sensibilité).
Pour analyser le développement du fluage on procède à des
« essais de fluage » au cours de chacun desquels l’éprouvette, main-
tenue à température constante, est soumise à une charge fixe. On
mesure les déformations qu’elle subit au cours du temps. Les résul- 2.2 Description quantitative
tats obtenus se présentent sous la forme de courbes de fluage du
métal (valables dans les conditions adoptées).
d’une courbe de fluage
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 329 − 7
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
M 329 − 8 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques
dispose surtout de résultats concernant cette influence sur la vitesse σ0 (N/mm2) contrainte initiale,
de fluage stationnaire ou vitesse minimale de fluage. ε0 allongement plastique instantané apparaissant lors de la mise
Une loi a été proposée qui s’appliquerait assez bien aux métaux et sous charge,
alliages soumis au fluage sous de faibles contraintes et qui s’écrit : n, a0 et v paramètres dépendant du matériau, de son état structu-
ral et de σ0,
[ d ε ⁄ d t ]u = A u σ 0n
u paramètre variant avec le matériau et son état structural,
avec [dε / dt ]u qui peut être soit la vitesse minimale de fluage, b paramètre dépendant du matériau et éventuellement indépen-
soit la vitesse initiale de fluage au début du dant de l’état structural.
premier stade, Les coordonnées du point d’inflexion des courbes de fluage sont
n variant de 1 à 7 selon Garofalo [25]. alors données par les relations suivantes :
Lorsque la contrainte est plus élevée, cette loi n’est plus vérifiée et
εm = [ (1 − b) / [a (n + 1) ] ]1/n
certains auteurs ont préféré, alors, lier la vitesse minimale de fluage
à la contrainte par une relation de la forme : tm = C [ (1 − b) / [a (bn + 1) ] ]1/n
[dε / dt ]m = A exp (bσ0 )
et la vitesse minimale de fluage est alors égale à :
Garofalo [25] a montré que les deux équations précédentes (dε / dt)m = εm (bn + 1) / [tm (n +1) ]
étaient des cas particuliers d’une forme plus générale qui, toujours
pour la vitesse minimale de fluage, s’écrirait : Dans le cas particulier où b = 0, l’équation correspondante :
Enfin, en s’appuyant sur des résultats de Dorn qui a montré qu’à donne :
contrainte initiale et allongement constants le paramètre :
εm = [1 / [a (n + 1) ] ]1/n
[dε / dt ] exp (∆H / RT )
tm = C x exp [− (n + 1) / n ]
prenait une valeur indépendante de la température, Sherby et ses
collaborateurs [32] ont vérifié que, sous de faibles contraintes ini- et (dε / dt)m = εm / [tm (n + 1) ]
tiales et à déformation identique, on avait : On peut noter ici que les deux cas ( b ≠ 0 et b = 0 ) ont été rencon-
trés lors des études du fluage de différents aciers :
[ d ε ⁄ d t ] exp ( ∆H ⁄ RT ) = Bσ n0 — b ≠ 0 pour un acier faiblement allié au chrome-molybdène et
un acier martensitique à haute teneur en chrome ;
alors que sous fortes contraints, il fallait écrire :
— b = 0 pour un acier non allié, un acier faiblement allié au
[dε / dt ] exp (∆H / RT ) = C exp (b x σ0 ) chrome-molybdène-vanadium et un acier austénitique au tungs-
tène-titane.
Ces deux équations, qui rendent compte de l’existence d’un point
2.3.3 Formule globale d’inflexion sur les courbes, peuvent s’écrire (avec t = durée d’essai
pour provoquer une certaine déformation) :
Il n’est pas possible de faire la synthèse de toutes les lois qui vien- — si b ≠ 0 :
nent d’être décrites pour expliciter totalement la relation :
ln (t) = [ [∆H0 + u exp (− 0,0085 σ0) ] / RT ] + v
ε = f (T , σ 0 , t )
+ (1 / bn) ln [εn / (b / aεn ) ]
et, ceci, probablement par suite de leur caractère empirique. En
effet, il ne faut pas oublier que leur formulation a été adoptée, a — si b = 0 :
priori, comme pouvant représenter des courbes expérimentales tra- ln (t) = [ [∆H0 + u exp (− 0,0085 σ0) ] / RT ] + v − 1/ anεn
cées dans certains domaines limités. Il en est ainsi pour le fluage pri-
maire qui a fait l’objet de très nombreuses études ou pour la vitesse Des essais complémentaires de rupture par fluage ont, d’autre
minimale de fluage à laquelle de nombreux auteurs ont attribué un part, montré que l’on pouvait écrire (avec tr = durée d’essai pour
caractère très particulier parfois aux dépens de considérations provoquer la rupture) :
structurales. Or il faut bien constater que, dans les domaines
d’emploi des aciers résistant au fluage, les conditions de service ln (tr) = [ [∆H0 + u exp (− 0,0085 σ0) ] / RT ] + vr
conduisent fréquemment à sortir du fluage primaire, tandis que le les paramètres H0 et u conservant les valeurs correspondant à la
fluage secondaire se réduit généralement, comme nous l’avons vu déformation par fluage tandis que vr est un paramètre variant avec
(§ 1.1) avant, à une simple transition. Dès lors, il devient nécessaire, le matériau, son état structural et avec la contrainte initiale.
pour faciliter l’utilisation des aciers, de tenter d’expliciter plus com-
plètement les termes de la relation générale. Ces relations rendent compte de l’activation thermique du fluage.
On constate que l’énergie d’activation apparente du fluage varie
L’analyse des variations des paramètres de l’équation générale avec la contrainte initiale σ0 ; voisine de l’énergie d’activation de
des courbes de fluage des aciers proposée plus avant (§ 2.2) [7] : l’autodiffusion pour les plus fortes valeurs de σ0, elle croît d’autant
plus, quand σ0 diminue, que la structure de l’acier est plus instable.
ε = [b / [ (C / t )bn − a] ]1/n
Ce résultat est en bon accord avec les considérations théoriques
a permis d’écrire : développées sur l’activitation thermique du glissement (§ 1.3.1).
a = a0 / [1 + (1500 σ0) ], Les équations établies permettent de justifier ou de proposer
divers moyens de calcul de l’énergie d’activation apparente du
C = exp [ [∆H0 + u exp (− 0,0085 σ0) ] / RT + v], fluage, mais elles définissent aussi dans quelles conditions précises
∆H0 (cal/mol) énergie d’activation apparente du fluage sous peuvent être entreprises ces déterminations.
contrainte initiale infinie (1 cal = 4,18 J), L’influence de la contrainte initiale s’est révélée être très com-
T = (K) température d’essai, plexe, ce qui explique les difficultés habituellement rencontrées lors
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 329 − 9
des tentatives d’analyse des résultats des essais de fluage en fonc- fournir des résultats assez nombreux pour permettre une extrapola-
tion de cette variable. On a vérifié qu’il était possible d’examiner tion valable.
l’influence de cette contrainte initiale à travers les variations de
grandeurs corrigées de l’effet de température :
(dε / dt) exp (∆H / RT ) 2.5 Exploitation et extrapolation
(dε / dt )min exp (∆H / RT ) des résultats d’essais de fluage
t exp (− ∆H / RT )
2.5.1 Généralités
avec, toujours :
∆H = ∆H 0 + u exp (− 0,0085 σ0) Les résultats obtenus au cours d’une telle étude peuvent être
exploités de deux façons différentes :
mais, on n’a pas pu confirmer que, d’une manière générale, à défor-
— pour chacune des coulées examinées, on peut tracer un dia-
mation constante, la grandeur :
gramme lg σ0 / lg t et obtenir ainsi, par extrapolation, la valeur carac-
dε / dt exp (∆H / RT ) téristique souhaitée. L’exploitation statistique de l’ensemble des
résultats obtenus par extrapolation permet alors de définir à cha-
soit proportionnelle à σm ou à exp (k σ0). cune des températures étudiées une valeur moyenne et une valeur
minimale pour la caractéristique recherchée ;
— pour l’ensemble des résultats, on peut aussi considérer le
nuage de points correspondant dans le système de coordonnées
2.4 Résultats utilisés pour caractériser lg σ0 / lg t ainsi que le montre la figure 4 qui rassemble les résultats
la résistance au fluage obtenus par plusieurs laboratoires sur des aciers de la même
nuance mais de provenances diverses. Le tracé de la courbe
moyenne et des courbes enveloppes de ce nuage permet de définir
Un essai de déformation par fluage donnera comme résultats une aussi les valeurs moyenne et minimale de la caractéristique étudiée.
courbe ou un ensemble de points définissant la relation qui, à la Ces méthodes graphiques d’extrapolation ont été utilisées notam-
température considérée et sous la charge appliquée, lie la déforma- ment lors de la préparation des recueils de résultats d’essais de
tion au temps. On pourra tenter de déterminer les paramètres de fluage publiés par les sidérurgistes allemands [42] et par les sidérur-
l’équation représentative de cette relation en choisissant la forme de gistes français [43]. Il a été admis que les résultats tirés de ces extra-
cette équation (voir § 2.2) de telle sorte qu’elle décrive au mieux les polations pouvaient être considérés comme sûrs à plus ou moins
résultats expérimentaux. 20 %.
Un essai de rupture par fluage permettra de déterminer quelle Ces processus d’exploitation par voie graphique peuvent ne pas
durée est nécessaire pour parvenir à la rupture de l’éprouvette sous être très objectifs. Aussi a-t-on proposé des méthodes moins subjec-
la charge adoptée et à la température considérée et après quelle tives qui soient susceptibles d’améliorer la validité des résultats
déformation (allongement et striction pour un essai de traction) se obtenus. Ce sont surtout les méthodes faisant appel à des formules
produit la rupture. paramétriques qui ont connu un grand développement et suscité
Les essais de fluage doivent fournir certains renseignements beaucoup d’intérêt.
nécessaires au calcul de la contrainte admissible dans des construc-
tions travaillant à haute température et au dimensionnement de ces
dernières. Les caractéristiques de fluage qu’il est alors nécessaire de 2.5.2 Principe des méthodes paramétriques
connaître sont généralement les suivantes : d’exploitation et d’extrapolation
— contrainte initiale σx provoquant un allongement x déterminé
(0,1 % pour 0,1 ; 0,5 % pour 0,5 ; 1 % pour 1), à température donnée, L’interpolation et l’extrapolation d’une série de résultats obtenus à
en un temps égal à 100, 1 000, 10 000, 100 000 ou 200 000 h. Cette la même température sous des charges différentes sont rendues
caractéristique correspond à une faible déformation maximale du délicates par le fait que la courbe :
métal ; elle peut donc être utilisée pour définir les conditions de tra-
ln (t) = f (ln σ0)
vail respectant des impératifs dimensionnels propres à des organes
mécaniques ; ne prend généralement pas une forme simple qui autoriserait une
— contrainte initiale σR entraînant la rupture de l’éprouvette en exploitation rigoureuse.
un temps égal à 100, 1 000, 10 000, 100 000 ou 200 000 h. Cette
caractéristique représente les conditions limites de sollicitation du Aussi, certains auteurs, Larson et Miller [33] d’une part, Dorn [34]
métal ; elle fait abstraction des déformations macroscopiques et ne d’autre part, ont-ils mis à profit le fait que le fluage soit un phéno-
devra intervenir dans le calcul qu’après avoir été affectée d’un coef- mène thermiquement activé (fait qui a été largement vérifié en ce
ficient de sécurité convenable. qui concerne les aciers), pour proposer des formules paramétriques
tirées de la relation :
La détermination de telles caractéristiques exigerait la réalisation
d’essais dont la durée serait très importante (100 000 h) correspon- dε / dt = A exp (− ∆H / RT ) avec σ0 = Cte
dent à plus de 11 ans et 200 000 h à presque 23 ans). Pour accélérer
D’autres ont préféré partir d’une relation arbitraire qui leur sem-
l’acquisition des données nécessaires au concepteur, il a été consi-
blait pouvoir décrire la liaison qui existait à charge constante, entre
déré comme indispensable de procéder à des extrapolations dans le
la température d’essai et la durée caractéristique prise en compte.
temps de résultats d’essais de plus courtes durées obtenus en exé-
C’est ainsi que :
cutant, à la température d’emploi, des essais sous des charges plus
élevées afin de mesurer des durées caractéristiques qui sont alors — Manson et Haferd [35] ont une première fois écrit :
plus courtes. Pour déterminer l’ensemble des caractéristiques relati- ln (t ) = A − B T avec σ0 = Cte
ves à un métal donné, défini par des fourchettes de composition chi-
mique, de traitement thermique et de propriétés mécaniques à — Manson et Ensign [36] ont ensuite adopté la forme suivante :
température ambiante, il est nécessaire d’effectuer plusieurs séries
d’essais portant sur différentes coulées. Les essais réalisés doivent lg (t ) + A f (T ) lg (t ) + f (T ) = G avec σ0 = Cte
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
M 329 − 10 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques
σ 0 (N /mm2)
300
200
150
520 °C
100
80
60
40
300
200
150
540 °C
100
80
60
40
300
200
150
550 °C
100
80
60
40
300
200
150
570 °C
100
80
60
40
300
200
150
100
80
600 °C
60
40
10 20 50 100 200 500 1 000 2 000 5 000 10 000 20 000 50 000 100 000
Temps (h) Figure 4 – Graphiques tracés lors de l’étude
Valeurs extrapolées maxi et mini
des caractéristiques de rupture par fluage
Valeur moyenne m
d’aciers du type 10CrMo9-10
Nous allons voir à quels résultats sont parvenus ces chercheurs. soit :
t (dε / dt ) = Cte
2.5.3 Formules de Dorn et de Larson et Miller et par voie de conséquence :
1 / t = B exp (− ∆H / RT )
Partant de la relation :
soit :
dε / dt = A exp (− ∆H / RT ) avec σ0 = Cte
ln (t ) = ∆H / RT − ln (B)
ces auteurs ont adopté successivement deux hypothèses. avec σ0 = Cte et ε = Cte
■ La première hypothèse, qui leur est commune, les a conduit à Nous avons pu vérifier que cette hypothèse semblait correcte
admettre qu’une durée caractéristique est inversement proportion- pour les aciers en ce qui concerne, d’une part, les durées jusqu’à
nelle à la vitesse de fluage et à écrire donc : rupture et, d’autre part, les durées nécessaires pour parvenir à des
allongements déterminés mais, dans ce dernier cas, seulement si,
t = k / (dε / dt ) lors de la mise en charge initiale, les éprouvettes n’ont pas subi de
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 329 − 11
déformation plastique instantanée (les charges unitaires appliquées dans laquelle on a fait :
devant donc être inférieures à la limite d’élasticité aux températures
considérées). F ’ (T ) = 1 + A f (T ) avec A = Cte
■ La deuxième hypothèse concerne les valeurs de ∆H et de B. En la Manson et Ensign ont montré qu’en partant de la formule de Lar-
posant, les différents auteurs ont tenté de simplifier l’équation de son et Miller écrite sous la forme :
départ.
P (σ0) = M T [lg (t) + C] + N
Pour ce faire, Larson et Miller ont admis :
∆H = f (σ0) et B = Cte et en posant :
P = f (σ0) / R = T [ln (t ) + ln (B) ] T0 étant une température quelconque, on parvenait à une relation :
était bien vérifiée pour des aciers de types aussi divers que :
2.5.4 Formule de Manson et Haferd — un acier au carbone non allié ;
— un acier faiblement allié au Cr-Mo ;
Partant de la relation empirique : — un acier faiblement allié au Cr-Mo-V ;
ln (t ) = A − B T avec σ0 = Cte — un acier inoxydable martensitique à 12 % Cr ;
— un acier inoxydable austénitique au W-Ti ;
Manson et Haferd ont admis que toutes les droites ainsi définies
et qui correspondaient aux différentes valeurs de la contrainte ini- lorsque la durée d’essai correspondait :
tiale convergeaient en un point particulier de coordonnées ta et Ta ce — soit à la rupture ;
qui permettait d’écrire : — soit à un allongement donné, mais seulement, alors, si les con-
ln (t ) = ln (ta ) − B (T − Ta) avec σ0 = Cte ditions d’essais étaient telles que les éprouvettes n’aient pas subi de
déformation plastique instantanée lors de la mise sous charge.
et de parvenir à la formule paramétrique :
On peut alors interpoler et extrapoler linéairement les résultats
P = f (σ0) = [ln (t ) − ln (ta) ] / (T − Ta) à contrainte initiale constante dans le système de coordonnées :
lg t / (1/ T ).
que, par la suite, Manson a fait évoluer en écrivant :
On peut aussi utiliser la formule paramétrique dont nous avons
P = f ( σ 0 ) = [ ln ( t ) ⁄ σ 0q Ð ln ( t a ) ] ⁄ ( T Ð T a ) r montré la validité pour les aciers :
P (σ0) = ln (t ) − [∆H0 + u exp (− 0,0085 σ0) ] / RT
formule qui est équivalente à la précédente si l’on fait q = 0 et r = 1,
mais qui redonne la formule de Larson et Miller quand on pose
et pour laquelle, à l’aide des résultats d’essais, on déterminera les
q = 0, r = − 1 et Ta = 0.
valeurs des deux paramètres :
Cette dernière formule exige la mise en œuvre d’un programme
— ∆H0 : valeur vers laquelle tend l’énergie d’activation apparente
de calcul complexe dont le détail a été publié par les auteurs.
du fluage lorsque la contrainte initiale tend vers l’infini ;
— u : constante pour un acier dans un état structural donné.
2.5.5 Formule de Manson et Ensign Pour l’application de cette formule, on peut admettre, par ailleurs,
que l’on a :
La formule arbitraire adoptée par ces deux auteurs :
P ( σ 0 ) = α + β σ 0 + γ σ 02 + δ σ 03
lg (t ) + A f (T ) lg (t ) + f (T ) = F [lg (σ0)] avec σ0 = Cte
est une forme simplifiée d’une équation plus générale : Le tableau 1 rassemble des valeurs de ces deux grandeurs déter-
minées à l’aide de résultats d’essais de déformation et de rupture
F ’ (T ) lg (t ) + F ’’ (T ) = F [lg (σ0) ] par fluage des cinq aciers.
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
M 329 − 12 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 329 − 13
σ 0 (N /mm2) σ0 (N /mm2)
200
300
180
160
200 140
5,0 %
120 2,0
100 1,0
0,5
80
100
60
40
70 20 0,1 % 0,2 %
Rupture 0
50 5,0 % 475 500 525 550 575 600
2,0 θ (°C)
40 1,0
0,5 a t = 30 000 h
30 σ0 (N /mm2)
20 0,2 160
140
120 5,0 %
2,0
0,1 % 100 1,0
10 0,5
3 t (h) 80
103 3 104 3 105 2,5
60
Acier 10 CD 9-10 40
Température d'essais : θ = 550 °C 20
0,1 % 0,2 %
σ 0 contrainte initiale 0
t durée d'essais 475 500 525 550 575 600 θ (°C)
Les valeurs affectées à chaque courbe sont les pourcentages b t = 100 000 h
d'allongement
Ts 1 536 °C 1 400 °C
0,3 Ts 270 °C 229 °C aciers austénitiques ont généralement une meilleure résistance au
fluage que les aciers dans lesquels le fer est à l’état alpha.
0,8 Ts 1 174 °C 1 065 °C
La tenue au fluage des aciers dépend des facteurs suivants.
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
M 329 − 14 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques
m2
2
2
/mm
/mm
N /m
3
N
0N
2
= 10
précipités.
=5
=2
=1
0
103
0
σ
σ
σ
5
3.2 Aciers résistant au fluage
3
2
Un acier résistant au fluage est généralement défini, dans un
102 document normatif, à travers :
1 1,1 1,2 1,3
1 — sa composition chimique ; on retrouve les classes habituelles :
(en 103 K–1)
T aciers non alliés, aciers faiblement alliés, aciers alliés (qui sont
généralement des aciers inoxydables) ;
650 600 550 500 — ses propriétés mécaniques à la température ambiante qui ser-
tr durée à rupture Température (°C) vent essentiellement à vérifier ce qu’est l’état de livraison ;
— sa limite d’élasticité à chaud qui constitue généralement une
Figure 8 – Exemple de graphique 1/T = f (t ) pour des charges σ 0
première base du calcul de résistance de la construction ;
constantes données
— ses caractéristiques de résistance au fluage exprimées en
niveaux de contrainte provoquant un allongement donné (générale-
ment 1 %) ou la rupture en des temps de 1 000, 10 000, 100 000 et
■ Durcissement par précipitation de composés (carbures ou parfois 200 000 h).
composés intermétalliques)
Nous allons répertorier ici, surtout, les aciers normalisés utilisés
Ces précipités gênent les mouvements des dislocations ; leur effi- pour réaliser des constructions devant résister au fluage.
cacité dépend donc :
— de leurs dimensions ;
— de leur cohérence avec la matrice ; Compte tenu des évolutions des normes françaises qui se font
dans le cadre de la mise en place de la normalisation euro-
— de leur dureté ;
péenne, le lecteur devra vérifier si le texte qui suit est toujours
— de leur répartition ; conforme aux normes en vigueur au moment de sa consultation
— de leur stabilité. (pour l’aider nous précisons, en documentation « Pour en savoir
En général, il est souhaitable que les précipités soient fins et nom- plus », la date d’homologation de la version en vigueur au
breux, durs, bien dispersés et si possible cohérents avec la matrice. moment de la rédaction du « Pour en savoir plus »).
Mais ces exigences ne sont pas toujours compatibles entre elles et
avec celle relative, notamment, à la stabilité structurale. Aussi lors-
que la tenue au fluage est souhaitée sur de longues durées, sacrifie- Ces aciers appartiennent à différentes classes correspondant aux
t-on parfois les avantages dus aux dimensions et à la cohérence des différentes possibilités qu’offre l’ensemble des alliages ferreux :
précipités au profit de cette stabilité. La précipitation peut aussi — aciers non alliés aux performances limitées en température et
apparaître dans les joints des grains. Elle gène alors le glissement sensibles aux agressions chimiques mais d’emplois économiques ;
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 329 − 15
— aciers faiblement alliés aux performances mécaniques plus — aciers 13CrMo4-05, 10CrMo9-10 et 11CrMo9-10, selon
intéressantes mais dont la résistance aux agressions chimiques l’épaisseur :
n’est guère meilleure (sauf pour certaines d’entre elles) ; • état normalisé et revenu,
— aciers alliés à forte teneur en chrome dont la résistance aux • état trempé à l’air,
agressions chimiques a été améliorée par de plus ou moins fortes • état trempé dans un liquide ;
additions de chrome (et éventuellement de silicium) et auxquels on — acier 15MnMoV4-05, selon l’épaisseur :
essaie de donner de bonnes performances mécaniques par addition
d’autres éléments d’alliage. • état normalisé et revenu,
• état trempé à l’air,
• état trempé dans un liquide et revenu.
3.2.1 Aciers non alliés résistant au fluage Il faut noter que les propriétés de ces aciers sont telles que leur
emploi à chaud est, pour certaines nuances (16Mo3, 13CrMo4-5 et
Ces aciers sont définis par la norme NF EN 10028-2 qui a remplacé 15MnMoV4-05) limité par le niveau de leur résistance au fluage et
la norme NF A 36-205 « Tôles pour chaudières et appareils à pres- pour d’autres (10CrMo9-10 et 11CrMo9-10), par les réactions suscep-
sion − Aciers au carbone et carbone-manganèse − Nuances et tibles d’intervenir avec l’atmosphère au contact de laquelle elles se
qualités ». trouveraient placées en service, à température supérieure à 600 °C
environ.
Cette norme définit quatre nuances d’aciers non alliés qui sont
classées comme aciers de qualité non alliés et désignées comme La mise en œuvre de ces aciers peut faire intervenir le soudage
suit : qui n’exige de précautions que pour les produits de très forte
épaisseur ; les deux nuances les plus alliées demandent toutefois
— P235GH et 1.0345 ; des précautions particulières.
— P265GH et 1.0425 ;
— P295GH et 1.0481 ; Dans cette classe d’aciers, il faut signaler des nuances Cr-Mo-V
— P355GH et 1.0473. non encore normalisées qui ont été mises au point pour parvenir à
des performances à chaud (résistance au fluage et résistance à
La désignation symbolique des nuances indique la valeur mini- l’hydrogène) plus élevées que celles des aciers CrMo9-10. deux
male de la limite d’élasticité en (N/mm2) garantie à 20 °C pour les nuances ont été développées et sont déjà utilisées :
produits dont l’épaisseur ne dépasse pas 16 mm.
— une nuance à 0,13 % C, 2,25 % Cr, 1 % Mo, 0,3 % V ;
Ces aciers, calmés, sont livrés à l’état normalisé ou à l’état brut de — une nuance à 0,13 % C, 3 % Cr, 1 % Mo, 0,25 % V.
laminage normalisant (laminage conduisant à un matériau de con-
dition équivalente à celle obtenue après normalisation) ; ils sont La détermination des caractéristiques de résistance au fluage de
donc à l’état ferrito-perlitique. Leurs propriétés sont telles que leur ces aciers n’est pas achevée mais les travaux déjà réalisés montrent
emploi à chaud est limité à des températures peu élevées qui, sauf que le gain obtenu peut être traduit approximativement par une
cas particulier, ne dépassent généralement pas 500 °C. augmentation, à contrainte initiale constante, de 8 à 10 % de la
valeur du paramètre de Larson et Miller calculée avec C = 20.
La mise en œuvre des produits réalisés en ces aciers est généra-
lement assez aisée et peut notamment faire intervenir le soudage. Une autre amélioration des performances des aciers CrMo9-10 a
Les nuances P295GH et P355GH demandent l’observation de pré- été obtenue par une addition d’aluminium qui, en augmentant la
cautions particulières pour cette opération lorsqu’elle est réalisée résistance à l’oxydation, permet l’emploi de ces nuances pendant de
sur des produits relativement épais. longues durées à plus haute température (jusqu’à 600 °C). La résis-
tance au fluage semble être aussi augmentée.
3.2.2 Aciers faiblement alliés résistant au fluage 3.2.2.2 Aciers faiblement alliés pour boulonnerie
de la norme NF A 35-558
Dans cette catégorie d’aciers, tous susceptibles de la transforma- La norme NF A 35-558 regroupe des aciers contenant moins de
tion α ↔ γ , on regroupe des aciers contenant des proportions varia- 4 % de chrome, moins de 1 % de molybdène et moins de 0,4 % de
bles mais relativement limitées de Mn et/ou Mo et/ou Cr et/ou V et/ vanadium ; elle définit les trois nuances :
ou éventuellement Ni. — 15 CD 4-05 ;
— 25 CD 4 ;
3.2.2.1 Aciers de la norme NF EN 10028-2 — 20 CDV 5-07.
La norme NF EN 10028-2 a remplacé la norme NF A 36-206 « Tôles Ces aciers calmés sont généralement utilisés à l’état trempé-
pour chaudières et appareils à pression − Aciers alliés au Mo, au Mn- revenu. Leur soudage demande des précautions particulières. Leurs
Mo et au Cr-Mo ». propriétés sont telles que leur emploi à chaud est limité à 550 °C
environ.
Cette norme définit quatre nuances d’aciers faiblement alliés au
molybdène, au molybdène-manganèse-vanadium et au chrome-
molybdène qui sont classées comme aciers spéciaux alliés et dési- 3.2.2.3 Aciers à teneur moyenne en chrome
gnées comme suit : Ces aciers, qui contiennent entre 4 et 10 % de chrome, de 0,5 à 2 %
— 16Mo3 et 1.5415 ; de molybdène, sont tous susceptibles de la transformation α ↔ γ .
— 13CrMo4-5 et 1.7335 ; La nuance Z 15 CD 5-05 est décrite par la norme NF A 35-558. Elle
— 10CrMo9-10 et 1.7380 ; est utilisée après un traitement thermique comportant un chauffage
— 11CrMo-9-10 et 1.7383. à 900 °C suivi d’un refroidissement lent.
Dans une annexe nationale française s’ajoute la nuance : Diverses nuances à 9 % de chrome sont principalement utilisées
— 15MnMoV4-05. pour la fabrication des tuyauteries de vapeur surchauffée (entre 540
La désignation symbolique des nuances fait référence à leur et 600 °C). Elles contiennent toutes du molybdène et leur résistance
composition chimique. au fluage est augmentée par diverses additions : V, Nb et, plus
récemment W. Ces nuances ne sont pas normalisées mais leur
Ces aciers calmés, peuvent être livrés dans différents états qui emploi est préconisé par des codes. Ces aciers sont employés à
sont répertoriés ci-après : l’état normalisé + revenu ou parfois à l’état recuit ; ils sont souda-
— acier 16Mo3 : état normalisé ou normalisé et revenu ; bles.
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
M 329 − 16 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques
3.2.3 Aciers à forte teneur en chrome d’autres figurent aussi dans la norme NF A 36-209. Une nuance pour
boulonnerie est définie par la norme NF A 35-558.
Dans cette catégorie se trouve l’ensemble des aciers inoxydables La norme NF A 35-578 définit les nuances suivantes :
dont la teneur en chrome est supérieure à 10 % ; nous les présente- — Z 5 NCTDV 26-15 B ;
rons donc en distinguant les différentes classes habituelles : — Z 6 CND 17-13 B ;
— aciers martensitiques dit « à 12 % de chrome » ; — Z 6 CNDT 17-12 ;
— aciers ferritiques ; — Z 6 CNDT 17-13 B ;
— aciers austénitiques ; — Z 6 CNNb 18-12 B ;
— aciers réfractaires. — Z 6 CNT 18-10 ;
— Z 6 CNT 187-10 B ;
— Z 8 CN 25-20 ;
3.2.3.1 Aciers martensitiques à teneur en chrome comprise
entre 10 et 13 % — Z 8 CNNb 18-10 ;
— Z 8 NC 33-21 ;
On trouve ici la classe d’aciers inoxydables martensitiques dits « à — Z 10 CNWT 17-13 B ;
12 % de chrome », teneur qui leur confère une bonne résistance à — Z 12 CN 26-21 ;
des milieux agressifs. En général, ils contiennent des additions — Z 15 CN 23-13 ;
diverses susceptibles d’améliorer leur résistance au fluage (Mo, V, — Z 15 CNS 25-20 ;
W, Nb). — Z 17 CNS 20-12.
La norme NF A 35-578 définit des nuances dont la teneur en car- La norme NF A 35-558 définit la nuance :
bone est globalement comprise entre 0,06 et 0,25 % et celle en nic- — Z 6 NCTDV 25-15.
kel entre 0,2 et 3 % et qui sont utilisées à l’état recuit :
La norme NF A 36-209 définit plusieurs classes d’aciers austéniti-
— Z 9 CKD 11 ; ques pour tôles ; celles qui sont préconisées pour des emplois à
— Z 12 CNDV 12-03 ; haute température sont les suivantes :
— Z 18 CWN 13 ;
— aciers austénitiques (6 nuances dont 2 sont utilisables jusqu’à
— Z 21 CDNbV 11 ; 550 °C) :
— Z 21 CDV 12.
• Z 4 CN 19-10,
La norme NF A 35-558 définit une nuance du même type qui est • Z 6 CN 18-09 ;
utilisée après trempe à l’air ou à l’huile et revenu : — aciers austénitiques stabilisés (2 nuances utilisables jusqu’à
— Z 20 CDNbV 11. 550 °C) :
Ces nuances sont réservées à la fabrication de pièces devant • Z 6 CNNb 18-10,
résister à la fois mécaniquement et chimiquement à températures • Z 6 CNT 18-10 HT ;
élevées, ceci aussi bien dans les centrales thermiques que dans les — aciers austénitiques au molybdène (7 nuances dont 3 sont uti-
industries chimiques, pétrolières et aéronautiques. On peut men- lisables jusqu’à 550 °C) :
tionner, tout particulièrement, leur utilisation pour la réalisation • Z 4 CND 18-12-03,
d’ailetages de turbine obtenus par usinage ou par estampage. • Z 6 CND 18-12-03,
• Z 7 CND 17-11-02 ;
3.2.3.2 Aciers ferritiques à teneur en chrome comprise — aciers austénitiques au molybdène stabilisés (2 nuances utili-
entre 15 et 20 % sables jusqu’à 550 °C) :
• Z 6 CNDNb 18-12,
Ces aciers dits inoxydables ferritiques à relativement faible teneur
• Z 6 CNDT 17-12 ;
en carbone (globalement moins de 0,03 à 0,08 %) ne sont pas sus-
— aciers réfractaires (6 nuances dont 5 sont utilisables jusqu’à
ceptibles de subir la transformation α ↔ γ ; leur structure reste fer-
800 °C) :
ritique. Ils peuvent contenir de 15 à 20 % de chrome ce qui leur
confère une grande résistance aux agressions chimiques (encore • Z 8 CN 25-20,
améliorée par des additions de silicium et d’aluminium). Mais leur • Z 10 NC 32-21,
comportement mécanique à chaud laisse parfois à désirer ; aussi • Z 15 CN 24-13,
leur incorpore-t-on diverses additions destinées à améliorer leur • Z 15 CNS 25-20,
résistance au fluage (Mo, V ...). • Z 17 CNS 20-12.
La norme NF A 35-578 définit les nuances suivantes : Ces aciers sont utilisés après un traitement thermique comportant
un chauffage à haute température suivi d’un refroidissement rapide.
— Z 3 CNbZr 17 ;
Leur soudage est aisé, mais il faut prendre les précautions nécessai-
— Z 3 CTNb 18 ; res pour éviter la fissuration à chaud.
— Z 8 C 17.
Ces aciers ne « prennent pas la trempe » et sont généralement uti-
lisés à l’état recuit. On les emploi chaque fois qu’une construction, 3.2.4 Remarque sur les caractéristiques
qui n’est pas soumise à des contraintes élevées, doit résister à des de résistance au fluage de certains
atmosphères agressives à haute température. aciers de fabrication française
3.2.3.3 Aciers austénitiques Dans le cadre de la révision de la section « calculs » du CODAP, le
Ces aciers ne sont pas susceptibles de subir la transformation comité « Matériaux » du SNCT a souhaité en 1988 que soit vérifiées
α ↔ γ , mais leur état d’équilibre est ici la structure austénitique. Ils et éventuellement actualisées les caractéristiques de résistance au
contiennent tous du chrome (13, 5 à 26 %) et du nickel (9 à 35 %) en fluage des aciers non alliés, des aciers au Mo et des aciers au Cr-Mo
des proportions ajustées pour leur permettre de conserver l’état qui figuraient dans les normes (les valeurs retenues avaient été
austénitique, mais leur teneur en carbone est toujours faible. On adoptées antérieurement à 1970).
leur ajoute des éléments carburigènes (Mo, Ti, Nb), ainsi que de Les travaux réalisés (qui ont fait l’objet d’une présentation aux
l’aluminium ou du silicium (certaines nuances réfractaires) pour 7e Journées d’étude sur les appareils à pression de l’AFIAP, en 1992)
améliorer leur résistance à l’oxydation et, éventuellement du bore. ont porté sur plus de 100 coulées d’aciers (dont 20 environ prove-
De nombreuses nuances sont décrites dans la norme NF A 35-578 ; naient de fournisseurs étrangers). L’analyse de plus de
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 329 − 17
1 000 résultats d’essais de fluage exécutés sur des tôles et des tubes
a permis de confirmer les données relatives aux aciers non alliées, Charge unitaire (N/mm2)
aux aciers au Mo, aux aciers à 0,5 % Cr et 0,5 % Mo, aux aciers à 1 %
Cr et 0,5 % Mo et aux aciers à 2,25 % Cr et 1 % Mo (de petites correc-
tions ont été proposées sur ces derniers).
250
Par ailleurs, le groupe de travail a attiré l’attention sur :
— l’amélioration de la tenue au fluage des aciers non alliés que
pouvaient apporter certains éléments résiduels et notamment le
molybdène (lorsque sa teneur passe de 0,005 % à 0,07 % ; 200
— le peu d’influence, sur la tenue au fluage des aciers au Mo, que Limite
pouvait avoir une addition de plus de 0,025 % d’aluminium (nocive d'élasticité Rp
0,2
par contre en ce qui concerne le risque de graphitisation).
D’autre part, le groupe de travail a confirmé que : 150
— que les valeurs indiquées sont des valeurs moyennes dont la
dispersion peut atteindre ± 20 % par rapport à ces moyennes ;
— que, sauf cas particulier, ces valeurs ne sont pas contrôlées
100
chez le producteur ;
— que les valeurs moyennes figurant dans les normes doivent Rupture
Fluage 1 % Rupture
en 105 h
être utilisées comme base pour la définition des contraints nomina- en 105 h en 102 h
les de calcul des matériels travaillant dans le domaine du fluage.
50
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
M 329 − 18 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques
Aciers non alliés 380 118 à 153 229 à 291 165 à 227
480 30 à 38 75 à 96 41 à 55
Acier au Mo (1) 450 167 298 239
530 36 102 53
Aciers au Mn-Mo-V (1) 425 314 421 343
525 54 132 69
Aciers au Cr-Mo 450 166 à 191 306 à 370 221 à 285
570 24 à 35 76 à 85 33 à 51
Aciers à 12 % de Cr 500 120 à 250 250 à 392 165 à 290
600 44 à 45 55 à 160 59 à 60
650 (1) ............................ 69 26
Aciers inoxydables ferritiques 500 60 (1) 140 à 660 120 à 500
600 20 à 100 45 à 265 30 à 195
700 ............................ 13 à 75
Aciers inoxydables 550 60 à 157 160 à 270 90 à 205
et réfractaires austénitiques
600 35 à 90 120 à 182 65 à 122
650 22 à 49 (2) 70 à 115 35 à 73
700 12 à 31 (2) 36 à 70 16 à 47
800 9 à 13 (3) 18 à 30 (2) 7,5 à 20 (2)
(1) Une seule nuance.
(2) Pour certains d’entre eux.
(3) À titre indicatif et pour certains d’entre eux.
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 329 − 19
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
M 329 − 20 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques