Méthodes Physiques D'analyse en Métallurgie: Michel MONCEL
Méthodes Physiques D'analyse en Métallurgie: Michel MONCEL
DOCUMENTATION
12/10/2008
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 260 − 1
Pour chaque méthode, le lecteur se reportera utilement aux articles spécialisés du traité
Analyse et Caractérisation.
(0)
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
M 260 − 2 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques
Dans la mesure du possible, il a été en plus tenté d’adjoindre à de 100 pA). Les domaines ont été centrés sur un appareillage de
cet appareillage des dispositifs permettant de faire balayer le bonnes performances, mais, pour le minimum, il a été tenu compte,
faisceau incident sur une surface plus importante de l’échantillon, dans la mesure du possible, des meilleures performances réalisables
ce qui conduit à une image qui, traitée par les techniques actuelles actuellement.
d’analyse d’images, fournit beaucoup plus de renseignements qu’un Il a également été tenu compte des possibilités de variation des
dosage ponctuel ou même qu’un ou des profils de concentrations. vitesses d’érosion (cas SIMS, SDL), ce qui peut élargir le domaine
Devant la diversité des modes d’excitation et des signaux émis, dans le sens de l’axe des profondeurs.
il convient d’abord de bien définir le volume intéressé. Enfin, point très important, cette figure est donnée pour un
faisceau primaire fixe, éventuellement défocalisé jusqu’à la taille
maximale possible, mais elle ne prend pas en compte un éventuel
1.1 Volume intéressé balayage du faisceau par un dispositif adéquat. Le meilleur exemple
que l’on puisse donner est celui de la microscopie à balayage pour
Le volume intéressé est défini par la taille de la surface analysée laquelle, la profondeur de pénétration restant inchangée, le diamètre
(exprimée en diamètre) et par la profondeur de l’information du faisceau d’électrons primaires fixe est de l’ordre de 0,05 à
analytique recueillie. quelques micromètres (cas de la figure 2), tandis que l’on peut
obtenir, en balayage, des images de surface de l’ordre du centimètre
Le premier facteur, pour des conditions expérimentales données, carré. Ne sont donc pas prises en compte sur la figure 2 des
dépend uniquement du diamètre minimal du faisceau primaire que techniques telles que le SAM ou le mode image de SIMS.
l’on sait réaliser pour la radiation excitatrice utilisée.
Le second est plus complexe puisqu’il dépend à la fois de la
profondeur de pénétration dans la matière du faisceau primaire, mais
également de la profondeur limite de sortie du signal utilisé.
Le schéma de la figure 1 montre qu’en microscopie électronique
à balayage MEB, si l’enveloppe des trajectoires des électrons
primaires (E0 = 15 à 25 keV) dans l’échantillon est relativement
importante, la zone d’émission des électrons secondaires
(Es < 50 eV) que l’on peut collecter hors de l’échantillon reste très
limitée à la surface (profondeur < 1 nm pour une pénétration
primaire de l’ordre du µm). Ces paramètres étant bien définis, on
peut maintenant examiner la figure 2 qui donne, pour diverses
méthodes physiques et pour des conditions moyennes d’utilisation,
le diamètre de la surface analysée en fonction de la profondeur de
l’information analytique recueillie.
Avant de tirer des conclusions, il faut cependant bien préciser les
conditions dans lesquelles cette figure a été établie : les conditions
expérimentales ont été choisies de façon à ce qu’elles se trouvent
dans la moyenne des conditions possibles (il est évident qu’en
Figure 1 – Zone d’émission des électrons secondaires
microanalyse on ne peut comparer la taille du faisceau d’électrons
en microscopie électronique à balayage
pour un courant sonde de 150 nA à celle qui correspond à un courant
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 260 − 3
Le lecteur non familier avec tous ces sigles trouvera leur signifi- — Les méthodes centrées en profondeur, surface sur 1 µm -
cation dans le tableau situé en tête de l’article. profondeur 1 µm, qui intéressent donc un microvolume : EDS,
De cette seconde figure, il ressort, compte tenu des échelles WDS, MEB, MEB + SEAM, macroanalyse.
logarithmiques, qu’il est fortement déconseillé de comparer les — Les méthodes qui arrivent presque à 1 nm - 1 nm : MET,
résultats obtenus par deux méthodes qui intéressent des volumes STEM, EELS, pour lesquelles on pourrait parler de nanovolume.
trop différents, par exemple SDL et microanalyse par sonde électro- — Les méthodes centrées sur 1 nm en profondeur, qui intéressent
nique (figure 3), ce que le profane a tendance à faire trop facilement. des surfaces plus importantes jusqu’à des diamètres supérieurs à
D’après la figure 2, il est possible d’établir une première 10 mm : ce sont des méthodes de surface : AES, XPS, SIMS, SDL.
classification. Si les choses sont relativement claires en ce qui concerne les
deux premières catégories, il faut, pour expliquer la variation du
facteur surface de la troisième catégorie de 1 à 107, avoir recours
à une autre classification.
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
M 260 − 4 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques
On voit immédiatement que les deux premières catégories de la a été effectué pour des raisons particulières : soit la facilité de mise
classification précédente ont en commun un mode d’excitation par en œuvre – c’est le cas de la SDL qui a été mise au point pour utiliser
faisceau d’électrons que l’on sait très bien focaliser à l’heure actuelle. des spectromètres d’émission existants – soit surtout la recherche
La seule différence, microvolume – nanovolume, résulte d’un choix d’une performance spécifique qui ne pouvait être atteinte par
entre deux paramètres antagonistes : la finesse de la sonde électro- d’autres moyens. Il est évident qu’il est moins aisé de focaliser un
nique et l’intensité transportée par le faisceau. Ce choix est effectué faisceau d’ions qu’un faisceau d’électrons, mais ce mode d’excita-
en fonction du problème à traiter (tableau 2). Si l’on désire une forte tion, qui engendre en outre une autre émission : des ions
intensité X émise, il faut choisir une forte intensité transportée par secondaires, apporte des éléments nouveaux :
le faisceau électronique, ce qui se traduit par un diamètre de sonde — une érosion possible de la surface, ce qui permet de tracer
plus important. des profils de concentration en profondeur ;
Par contre, la dernière catégorie de méthodes, qui s’étale sur l’axe — une sensibilité nettement meilleure par l’utilisation de la
des surfaces analysées, est caractérisée par des modes d’excitation spectrométrie de masse : ≈ 10–9 au lieu de 10 ppm ;
très différents : AES : électrons, XPS : photons X, SIMS : faisceau — une possibilité d’atteindre beaucoup plus facilement les
d’ions et SDL : lampe à décharge. Le choix de ce mode d’excitation éléments légers. (0)
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 260 − 5
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
M 260 − 6 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques
Malgré ces limites importantes, on n’insistera jamais assez sur le Les électrons secondaires vrais ont une très faible énergie
fait qu’un bon examen au microscope optique permet bien souvent (< 50 eV) et leurs trajectoires sont courbées par la tension de polari-
de résoudre un problème ou de bien le poser, ce qui est absolument sation de la grille du détecteur (200 à 250 V) : tout se passe donc
essentiel pour l’orientation des examens ultérieurs. comme si l’on éclairait l’objet à partir du canon, puisque des parties
masquées de l’échantillon peuvent être vues par le détecteur (partie
gauche de la figure 5).
2.1.2 Microscopie électronique à balayage Le contraste obtenu est topographique par suite des orientations
différentes de la surface de l’échantillon par rapport au faisceau
La microscopie électronique à balayage (MEB ou SEM pour les incident. En réalité, le signal secondaire recueilli est toujours
Anglo-Saxons) constitue un excellent prolongement de la micro- constitué d’une partie d’électrons secondaires vrais augmentée d’un
scopie optique. Elle possède en effet sur cette dernière deux certain nombre d’électrons rétrodiffusés qui entrent directement
avantages importants : dans le détecteur d’électrons secondaires. Les constructeurs
— l’obtention possible de forts grandissements, jusqu’à 150 000 indiquent, en principe, le pourcentage minimal garanti d’électrons
en format photo, ce qui peut correspondre à 600 000 sur un écran, secondaires vrais, mais ce pourcentage varie de façon importante
mais également le recoupement avec la microscopie optique avec les conditions opératoires, si bien que l’on retrouve toujours
puisque les grandissements minimaux sont de l’ordre de 10 à 15 ; un petit effet de numéro atomique superposé à l’information
— une profondeur de champ très importante : environ cent fois topographique.
celle de la microscopie optique à même grandissement, ce qui Dans le cas des électrons rétrodiffusés dont l’énergie cinétique est
autorise la réalisation d’images sur des échantillons non plans. grande ( E primaire ), les détecteurs ne peuvent dévier les trajec-
Mais on obtient une vision bidimensionnelle d’un objet tridimen- toires et tout se passe comme si l’on éclairait l’objet depuis le
sionnel que l’œil de l’opérateur interprète. La figure 4 représente le détecteur, ce qui se traduit par un contraste topographique si, par
« tripoutre » de R. Penrose ; c’est un objet impossible car l’œil de suite du relief, certaines parties de l’échantillon sont masquées. Mais,
l’observateur essaie d’interpréter en trois dimensions un dessin en le coefficient de rétrodiffusion dépendant fortement du numéro
deux dimensions. atomique de la cible, on obtient en plus avec ce type d’émission un
contraste chimique très important.
Pour comprendre et interpréter une image MEB, l’opérateur doit
donc maîtriser les signaux qu’il utilise et connaître parfaitement La figure 5 (partie droite) montre comment les détecteurs
leur origine : cela requiert de sa part une connaissance suffisante d’électrons rétrodiffusés actuels permettent de séparer ces divers
des processus physiques mis en jeu et une grande expérience de signaux ou de les mixer au gré de l’opérateur.
leur utilisation et des mixages possibles. Cela peut paraître assez compliqué mais donne d’immenses possi-
Du point de vue choix du canon, deux solutions principales sont bilités adaptables à tous les problèmes posés par un échantillon.
actuellement offertes pour les canons thermoélectroniques : W ou La partie inférieure de la figure 5 montre qu’il est également
LaB6 . Pour les applications classiques, un filament de tungstène possible de faire des mixages pondérés de plusieurs signaux (SE
suffit (résolution 5 mm). Si l’on désire travailler en haute résolution, et BSE par exemple).
il vaut mieux utiliser la pointe monocristalline en hexaborure de
Les microscopes haut de gamme actuels possèdent en plus tout
lanthane (résolution 3,5 mm), mais les contraintes sont alors plus
un lot de possibilités supplémentaires : numérisation de l’image,
importantes : vide plus poussé dans le canon [< 10 –7 Torr
amélioration par élimination du bruit aléatoire, stockage, traitement
(1 Torr = 133,3 Pa)] qui nécessite une pompe ionique complémen-
en niveaux de gris, traitement fausses couleurs, etc. La figure 6
taire, centrage beaucoup plus délicat. Le coût est donc nettement
donne un exemple de représentation en niveaux de gris d’une image
plus élevé. Tous les microscopes haut de gamme peuvent être
électrons rétrodiffusés de microparticules métalliques.
équipés en option d’une pointe LaB6 . Les canons à effet de champ,
d’un coût encore plus élevé, mais dont les performances sont nette- Il apparaît donc immédiatement que le microscope à balayage
ment supérieures (cross-over d’environ 50 nm, soit 100 fois moins n’est pas un gros microscope optique et que son emploi, pour tirer
que pour LaB6 ) sont encore peu proposés par les constructeurs de le maximum de renseignements d’un échantillon, nécessite un
MEB et sont surtout utilisés en STEM. certain nombre de connaissances physiques sur les caractéristiques
des signaux émis et une certaine habitude pour les utiliser correcte-
Les deux principaux signaux utilisés en MEB sont les électrons
ment. Cela semblerait donc condamner les pratiques de libre service
secondaires (SE) et les électrons rétrodiffusés (BSE). Le courant
qui tendent à se développer actuellement dans certains laboratoires,
échantillon, qui est approximativement le complément des rétro-
sans tenir compte bien sûr des risques que cela fait courir à
diffusés, est maintenant moins employé par suite des possibilités
l’appareillage.
des nouveaux détecteurs d’électrons rétrodiffusés. Dans le cas plus
rare d’échantillons minces, les électrons transmis peuvent égale- Un autre signal peut être émis par l’échantillon sous l’impact des
ment être un signal utilisable. électrons primaires : c’est l’apparition d’un spectre de longueurs
d’onde dans le domaine visible appelé cathodoluminescence. Ce
phénomène se manifeste sur certains oxydes, en particulier sur
certaines inclusions dans l’acier. La figure 7 montre l’aspect d’une
inclusion vue au microscope optique sous l’impact d’un faisceau
électronique défocalisé jusqu’à la taille de l’inclusion.
Ce phénomène, très utilisé dans l’industrie des semiconducteurs,
est peu employé, à notre connaissance, par les métallurgistes. Il
pourrait peut-être, dans certains cas, donner des renseignements sur
l’origine d’inclusions : en effet, une inclusion d’Al2O3 peut être vue
rouge, violette ou même jaune, la coloration étant déterminée par
la présence de certains éléments à l’état de traces, indosables par
les méthodes classiques. Cependant, cela nécessiterait la
constitution, longue et difficile, de bibliothèques de spectres qui
n’existent pas à l’heure actuelle.
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 260 − 7
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
M 260 − 8 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques
Figure 7 – Phénomène
de cathodoluminescence
sur une inclusion dans l’acier
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 260 − 9
Figure 8 – « Le ciel et la mer » Gravure de M.C. Escher 2.1.4 Microscopie électronique en transmission
L’analyseur d’images devient le point central d’un ensemble Si l’on veut obtenir de meilleures résolutions que celles qui sont
complexe : données par la microscopie à balayage, il faut passer à l’utilisation
— il est relié à l’informatique centrale ; des électrons transmis, ce qui amène à la microscopie électronique
— il reçoit des images d’un banc macrographique, des images en transmission (MET ou TEM pour les Anglo-Saxons).
numérisées de la micro ou macrosonde ; Les conditions expérimentales sont alors nettement différentes :
— il reçoit également des images d’un microscope optique dont les tensions sont beaucoup plus importantes qu’en MEB ( 100,
il peut piloter la platine motorisée et le grandissement ; jusqu’à 300 kV couramment, en passant par 500 kV pour arriver à
— il reçoit des images prétraitées dans l’ensemble MEB numérisé 3 MV pour le microscope du laboratoire d’optique électronique du
– diode Si-Li –, dont il peut piloter complètement : CNRS à Toulouse), les courants beaucoup plus faibles, ce qui se
• la platine motorisée, traduit par une sonde beaucoup plus fine (quelques nm en mode
• la colonne (grandissement, courant, tension...), nanosonde). La résolution devient alors de l’ordre de grandeur des
• le faisceau. dimensions des atomes (0,2 nm point par point et même un peu
moins pour les meilleurs), ce qui correspond à des grandissements
Les applications métallurgiques d’un tel ensemble sont très maximaux de plus d’un million.
importantes : elles couvrent par ordre de complexité :
Ces excellentes performances sont cependant acquises au prix
— l’amélioration d’images brutes par moyennage, filtrage... ;
de contraintes importantes au niveau de la préparation de
— le traitement de ces images pour la mesure quantitative de
l’échantillon : lames minces, répliques... Cette préparation est en
paramètres tels que : taille, pourcentages, forme, dispersion,
effet longue et délicate : découpage à la microtronçonneuse ou au
anisotropie... ;
microtome, polissage mécanique éventuel, polissage électrolytique
— le pilotage d’analyses automatiques par masques.
jusqu’à la formation d’un trou dont les bords seront examinés, la
Le tableau 5 donne un aperçu non exhaustif de la diversité des bonne épaisseur se situant de quelques angströms (10–1 nm) à
problèmes qui peuvent être ainsi traités. (0) quelques micromètres suivant la tension utilisée.
Il apparaît clairement que les traitements d’images concernent On arrive ainsi à une notion importante : c’est que l’on peut passer
maintenant directement tous les domaines de la métallurgie. L’avan- pratiquement au microscope à balayage n’importe quel échantillon
tage essentiel de ces techniques est la quantification de paramètres et examiner exactement une zone qui a été repérée à l’avance, par
auparavant purement qualitatifs ou difficilement approchés de façon exemple en microscopie optique.
précise.
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
M 260 − 10 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques
Mis à part le cas où l’on observe des répliques, cette façon de faire On trouve en effet d’une part des techniques que l’on pourrait
n’est plus possible en transmission : l’échantillon doit être pensé qualifier de volumiques, qui permettent d’observer une plus grande
pour être examiné au MET, la zone observée ne peut la plupart du profondeur d’un échantillon : la microscopie acoustique, la micro-
temps être une zone repérée à l’avance, le recoupement avec la scopie acoustique par balayage électronique (SEAM) et la microto-
microscopie optique ou même le MEB n’existe plus. Cela implique mographie X (XRM), et d’autre part des techniques qui permettent
une façon de penser un peu différente et montre que les examens des observations à l’échelle atomique : la sonde atomique, la micro-
MET sont réservés à des problèmes fondamentaux, ce qui exclut scopie à effet tunnel, l’Atomic Force Microscopy (AFM).
certains domaines de la métallurgie comme celui de l’étude des
défauts. ■ Le principe de la microscopie acoustique consiste à envoyer dans
un échantillon une onde ultrasonore à haute fréquence (50 à
La microscopie en transmission connaît également de nombreux 100 MHz). Celle-ci est modulée par les variations locales des
prolongements : propriétés physiques de l’échantillon. Des dispositifs divers (cristal
■ la plaque photographique peut être remplacée par une caméra piézoélectrique, faisceau laser...) sont utilisés pour traduire les vibra-
vidéo qui permet une numérisation de l’image et ensuite tous les tions produites en surface de l’échantillon en une image qui révèle
traitements d’images désirés ; les hétérogénéités de propriétés en profondeur.
■ une variante est constituée par la microscopie à balayage en ■ Une variante, la microscopie acoustique par balayage électro-
transmission (MEBT ou STEM). Dans ce cas, l’image est acquise par nique (SEAM), peut être mise en œuvre dans un MEB en utilisant un
balayage du faisceau électronique, le détecteur étant un détecteur faisceau d’électrons modulé en intensité (quelques centaines de kHz
classique d’électrons (scintillateur + photomultiplicateur). L’image à quelques MHz) pour générer les ondes acoustiques. Ces ondes
obtenue peut également être facilement numérisée. Les STEM permettent de visualiser des zones de propriétés thermiques locales
peuvent aussi être munis de 1 ou 2 détecteurs EDS, ce qui autorise différentes. La résolution est régie par la longueur de diffusion
l’analyse et l’imagerie X ; thermique ; cette longueur serait pour l’acier de l’ordre de 3 à 10 µm,
ce qui permettrait de voir jusqu’à 3 à 10 µ m à l’intérieur de
■ le microscope peut être équipé d’un spectromètre de pertes l’échantillon.
d’énergie des électrons dont il sera question au paragraphe 2.3.2. À
noter qu’en STEM ce dispositif peut aussi être utilisé pour faire de ■ La tomographie X est bien connue. Actuellement, les chercheurs
l’imagerie élémentaire grâce à un traitement fausses couleurs des travaillent à la mise au point de microtomographes dont la résolution
signaux recueillis ; 2D devrait atteindre le micromètre.
Le tableau 6 montre la résolution 2D et la profondeur que peuvent
■ enfin, il ne faut pas oublier les possibilités de diffraction : diffrac- atteindre ces trois dernières méthodes.
tion classique des électrons, faisceau convergent et nanodiffraction
(§ 2.4). ■ La sonde atomique (abréviation pour atomic résolution field-ion
En conclusion, la microscopie électronique en transmission avec microscope : FIM ) est en fait un microscope ionique muni d’un
toutes ses techniques annexes constitue un monde très complexe, spectromètre sensible à une particule. Les atomes de l’échantillon
mais ses possibilités sont immenses. Malgré les contraintes impor- évaporés par effet de champ sont identifiés individuellement par
tantes concernant les échantillons, elle constitue une technique spectrométrie de masse à temps de vol. Ce champ électrique est
irremplaçable en métallurgie, étant donné les résolutions qu’elle obtenu au prix d’une contrainte : l’échantillon doit être aminci sous
permet d’atteindre. forme d’une pointe dont le rayon de courbure est de quelques
dizaines de nanomètres.
La résolution latérale à la surface varie de quelques angströms
2.1.5 Autres méthodes utilisables à quelques nanomètres. La résolution en profondeur de l’analyse
peut atteindre strictement un plan atomique. Des applications métal-
Il existe un certain nombre d’autres méthodes qui ne sont pas lurgiques concernant les transformations de phases (précipitations
encore très utilisées par les métallurgistes, mais qui peuvent rendre de NiAl) dans des aciers inoxydables ferritiques, ainsi qu’une étude
de grands services dans certains cas. Elles constituent en quelque de vieillissement d’aciers inoxydables austéno-férritique, ont été
sorte des prolongements des méthodes classiques vers des plus publiées (article Blavette (D.) et Menand (A.) dans [Doc. M 260]). La
grandes ou des plus petites échelles. figure 10 représente une image obtenue en microscopie ionique sur
un alliage Fe-Ti refroidi à 30 K.
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 260 − 11
■ La microscopie à balayage à effet tunnel (STM Scanning Tunnel- Les méthodes utilisées font essentiellement appel à la spectro-
ling Microscopy ) utilise une pointe qui est avancée vers l’échantillon métrie : spectrométrie d’émission, spectrométrie X, spectrométrie
jusqu’à ce que leurs nuages électroniques respectifs se recouvrent. de masse.
On applique alors une différence de potentiel entre la sonde et
l’échantillon, ce qui déclenche l’écoulement des électrons dans un
étroit canal à l’intérieur des nuages électroniques. Comme la densité 2.2.1 Spectroscopie à décharge luminescente
des nuages électroniques décroît exponentiellement lorsque la
distance entre les électrodes augmente, l’intensité du courant tunnel C’est Grimm qui le premier a eu l’idée d’utiliser pour l’analyse
est extrêmement sensible à la variation de la distance entre la pointe élémentaire la lumière émise par le plasma d’un tube à décharge :
et l’échantillon. À mesure que la pointe balaie la surface, un une tension continue de l’ordre de 1 000 V est appliquée entre la
mécanisme asservi mesure le courant tunnel et maintient la pointe cathode constituée par l’échantillon et une anode tubulaire entre
à distance constante des atomes de la surface : on obtient une image lesquelles est maintenue une pression d’argon de quelques torrs
à trois dimensions des atomes de la surface ; les grandissements (1 Torr = 133,3 Pa). Sous l’effet de cette tension s’établit une
peuvent atteindre 100 millions. La figure 11 représente une image de décharge et l’échantillon subit un bombardement ionique qui
la surface du silicium obtenue en microscopie à balayage à effet conduit à la formation d’un plasma lumineux dont le spectre d’émis-
tunnel. sion est caractéristique de la composition de la cathode.
■ La microscopie à force atomique (Atomic Force Microscopy AFM)
est une variante qui permet l’imagerie sur des matériaux isolants.
Nota : le lecteur intéressé par ces méthodes peut se reporter à la bibliographie par
méthodes en [Doc. M 260].
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
M 260 − 12 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques
Le bombardement par les ions argon du plasma conduit à une Cependant attention, cette facilité apparente cache un très grand
érosion continue de la surface de l’échantillon. Cette érosion se nombre de causes d’erreurs et d’artefacts qu’il faut bien connaître.
produit à une vitesse relativement faible : quelques µm/min pour le En analyse qualitative tout d’abord, les superpositions de pics sont
fer, si bien que l’émission instantanée correspond à une couche très fréquentes : raies Ti K et Ba L, Mo L et S K, Pb M et S K (tableau 7)...
mince de matière et que l’on peut tracer l’évolution en profondeur pour n’en citer que quelques unes. Par ailleurs, il existe un certain
des concentrations des divers éléments présents dans l’échantillon. nombre de pics parasites :
Le pouvoir de résolution en profondeur est estimé à quelques
— un petit pic du silicium est parfois observé sans que cet élément
nanomètres : il s’agit donc d’une méthode d’analyse de surface.
ne soit présent ;
Cependant, bien que la relation concentration-intensité soit — pour tous les pics principaux, un petit pic apparaît à une énergie
approximativement linéaire, la méthode n’est pas quantitative et inférieure de 1,74 keV (énergie du silicium) : ce sont les pics de fuite
l’axe des concentrations doit être gradué en unités arbitraires. En ou d’échappement ;
outre, on peut se poser des questions sur la validité de la mesure — il peut apparaître des pics d’empilement (figure 12) dont
dans les tout premiers nanomètres par suite du phénomène de mise l’énergie est égale à la somme des énergies de deux pics :
en régime, enfin la cratérisation qui se produit n’est pas absolument Si Kα + Ca Kα par exemple équivaut à Cr Kα, ce qui peut fausser
régulière, ce qui peut fausser les résultats à partir de cratérisations l’identification.
profondes (> quelques dizaines de µm).
De plus, on peut quelquefois remarquer un élargissement de la
Mis à part ces quelques restrictions, la spectrométrie à décharge base des pics côté basse énergie, une distorsion du bruit de fond...
luminescente est une méthode analytique de grande sensibilité La figure 12, résume l’ensemble de ces anomalies. Il est par
(10 à 20 ppm masse), permettant rapidement et dans des conditions conséquent difficile, lorsque le nombre de pics est important, de dire
relativement simples de mise en œuvre d’obtenir des profils de si tel ou tel élément est présent après une acquisition rapide et un
concentration en profondeur. simple examen visuel. Il vaut mieux dans ce cas utiliser les
Cette technique est très employée en métallurgie, surtout lorsqu’il programmes du calculateur, qui en principe permettent d’éliminer
s’agit d’échantillons plans qui sont pratiquement directement ces artefacts et d’effectuer des déconvolutions.
utilisables. L’analyse d’échantillons non plans est possible mais elle L’analyse quantitative nécessite beaucoup de précautions :
nécessite la confection de porte-échantillons plus compliqués et qui — les échantillons doivent être polis : aucune analyse quantitative
restent spécifiques à une forme et une dimension données. ne peut être effectuée sur échantillon non poli ;
La SDL constitue donc une excellente méthode pour attaquer un — les paramètres géométriques de la chambre qui fixent en
problème d’analyse de surface, en tout cas la première à mettre en particulier l’angle d’émergence des rayons X doivent être connus
œuvre avant de passer éventuellement à d’autres méthodes plus avec précision ;
sophistiquées. — le courant sonde doit être stable. (0)
2.2.2 Microanalyse par sonde électronique Tableau 7 – Énergie en keV des raies
pouvant causer des superpositions de pics
C’est probablement la méthode la plus utilisée en métallurgie : elle
correspond d’abord au besoin de connaître l’analyse de quelque Ba Lα ............................... 4,466 Ti Kα .............................. 4,511
chose qui a été observé soit en optique, soit au MEB, mais les applica- Mo Lα ................................. 2,293 S Kα.................................. 2,308
tions de l’analyse ponctuelle sont encore plus étendues : quantifi- Pb M ................................ 2,343 S Kα.................................. 2,308
cation de ségrégation, étude de couples de diffusion (soudage)...
La méthode comporte deux techniques qui ne sont pas concur-
rentes mais plutôt complémentaires : la spectrométrie X à sélection
d’énergie (EDS) et la spectrométrie X en dispersion de longueurs
d’onde (WDS).
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 260 − 13
Elle peut être effectuée sans témoins, avec témoins cachés ou que possède la WDS par rapport à l’EDS, on peut en développer
avec témoins. deux : l’analyse des éléments présents dans l’acier à de très faibles
Dans le cas de l’analyse sans témoins, les résultats bouclent auto- concentrations et l’analyse des éléments légers.
matiquement à 100 % des éléments vus, ce qui masque complète- Le tableau 9 donne pour quelques éléments les quantités mini-
ment les erreurs possibles (les éléments légers n’apparaissent pas) males qui peuvent être détectées en WDS. Les conditions d’analyse
et rend l’interprétation souvent difficile. ne sont pas les conditions classiques et les temps de comptage ont
Pour ce qui est des analyses avec témoins cachés (témoins en dû être allongés jusqu’à 9 × 30 secondes alors qu’habituellement
bibliothèque) ou avec témoins, il faut toujours s’assurer que les 10 secondes de comptage sur le pic et 10 secondes sur le fond
déterminations sur les témoins et les échantillons ont été effectuées continu suffisent pour obtenir une bonne précision. Ce tableau
dans des conditions rigoureusement identiques de tilt (inclinaison montre que dans le cas du phosphore par exemple la quantité mini-
de l’échantillon), tension d’accélération... L’analyse des éléments male détectable est de l’ordre de 0,004 à 0,007 % suivant les
légers (B, C, N, O, F) pose également un certain nombre de conditions opératoires, ce qui dans un volume de quelques micro-
problèmes ; en effet, les fenêtres classiques en béryllium absorbent mètres cubes est quand même tout à fait remarquable.
complètement tous ces rayonnements. Il faut alors utiliser des diodes L’analyse des éléments légers est délicate pour de nombreuses
particulières appelées diodes sans fenêtre ou à fenêtre ultra-mince, raisons physiques :
ce qui introduit des contraintes supplémentaires : sécurité de vide, — les longueurs d’onde sont très grandes (C Kα : 4,4 nm), ce qui
vanne d’isolation du canon... sans résoudre le problème de façon oblige à utiliser des pseudo-cristaux : le stéarate de plomb (ODPb
totalement satisfaisante : une fenêtre ultra-mince qui transmet 60 % octodécylate de plomb) ou comme nous le verrons plus loin des
de l’intensité de la raie du carbone peut ne transmettre que 10 % cristaux multicouches ;
de celle de l’azote. Toutes ces considérations ajoutées à la complexité — les potentiels d’excitation de raies sont faibles (C : 0,28 kV), d’où
du calcul de correction dans le cas des éléments légers font que l’on des conditions inhabituelles de tension d’excitation (C : 10 kV) ;
ne peut espérer par cette méthode analyser quantitativement les — les raies sont très étalées sur l’axe des longueurs d’onde d’où
éléments légers, tout au moins les quatre premiers : B, C, N, et O. des difficultés de calage sur le pic ;
En conclusion, on peut dire que la spectrométrie à sélection — le pic se décale sur l’axe des longueurs d’onde en fonction de
d’énergie constitue un excellent prolongement analytique quantitatif la nature de la liaison chimique ;
d’un microscope à balayage quand on sait ce qu’on peut lui — les coefficients d’absorption sont très élevés (10 à 100 fois
demander. La facilité de sortie d’une analyse cache en effet beaucoup ceux des autres éléments) ;
de pièges pas toujours très apparents. Il est fortement recommandé, — les raies sont entourées de très nombreuses raies d’ordres
pour être sûr que les analyses sont correctes, de faire des étalon- multiples : Fe, Mn, Ni, Cr..., ce qui pose des problèmes pour la
nages périodiques avec des échantillons connus ou de participer aux détermination du bruit de fond.
circulations d’échantillons tests interlaboratoires. L’utilisation de cristaux multicouches à la place des pseudo-
cristaux déjà non classiques (ODPb) permet d’une part d’obtenir des
[Link] Spectrométrie X en dispersion taux de comptage nettement plus importants (tableau 10) et de
de longueurs d’onde (WDS) supprimer dans le spectre les raies d’ordres multiples, ce qui facilite
la mesure de façon importante et permet d’obtenir une meilleure
C’est la méthode classique de microanalyse dont les bases ont
précision.
été fondées en 1951 par la thèse à Paris de R. Castaing. La microsonde
est un matériel plus lourd qu’un microscope à balayage équipé d’une Pour les éléments légers, le calcul de correction ZAF, mal adapté,
diode, mais elle permet une analyse quantitative, y compris des a été remplacé par des programmes spécifiques et en particulier le
éléments légers, par comparaison avec des témoins purs ou PAP [Pouchoux and Pichoir (ONERA)].
composés. Les résultats ont une meilleure précision, la reproducti- La spectrométrie en dispersion de longueurs d’onde constitue une
bilité est excellente, surtout depuis l’automatisation par calculateur excellente méthode de microanalyse et peut même être considérée
des appareillages, laquelle automatisation a par ailleurs fait gagner comme une méthode de référence. Elle a cependant deux
un coefficient 10 sur le temps d’analyse. Le tableau 8 permet la inconvénients : d’une part le coût élevé de l’appareillage et d’autre
comparaison des deux méthodes EDS-WDS. Parmi les points forts part sa complexité qui nécessite pour son utilisation des opérateurs
particulièrement compétents et expérimentés. (0)
(0) (0)
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
M 260 − 14 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 260 − 15
électrons et des ions positifs ou négatifs. Ce sont des ions qui sont ■ Le mode mesure en profondeur : le bombardement ionique de
analysés ; ils sont caractéristiques de la composition de la cible au l’échantillon érode la surface, on peut donc obtenir l’analyse ponc-
point d’impact (article Émission ionique secondaire SIMS. Principes tuelle ou l’image d’une certaine plage en fonction de la profondeur.
et appareillages [P 2 618] dans le traité Analyse et Caractérisation). Seule l’observation en image permet de donner une bonne inter-
Il existe trois modes de fonctionnement : prétation des profils de concentration en profondeur. La résolution
en profondeur dépend de la vitesse d’érosion. Elle est de quelques
■ Le mode par analyse ponctuelle : la zone analysée a un diamètre nanomètres à quelques dizaines de nanomètres.
d’environ 10 µm. C’est une analyse qualitative, qui peut être quantita- Cette technique de microanalyse élémentaire est donc très poly-
tive moyennant certaines précautions (conditions identiques à celles valente, à la fois par ses domaines d’application, ses possibilités de
utilisées pour le témoin). L’analyse ionique détecte tous les éléments détection localisée de teneurs même extrêmement faibles, sa
même à l’état de traces. sensibilité à tous les éléments, surtout les éléments légers. Mais c’est
■ Le mode image : pour former des images, on peut soit travailler surtout par son pouvoir de résolution en profondeur que l’analyse
comme en microscopie à balayage, c’est-à-dire en focalisant le ionique est très supérieure à l’analyse par sonde électronique : on
faisceau primaire en une sonde aussi petite que possible et en peut donc étudier des phénomènes de surface ou tracer des courbes
balayant l’échantillon (zone observée 200 à 800 µm), soit défocaliser de diffusion sur de très faibles profondeurs en érodant, couche après
le faisceau primaire et utiliser des optiques de transfert qui couche, la surface de l’échantillon.
conservent intégralement la géométrie de l’émission (zone Comme dans le cas de la méthode LAMMA, la méthode SIMS
observée : diamètre ≈ 200 µm). La résolution latérale dans ce dernier permet des mesures de rapports isotopiques (études et migration
cas est meilleure que le demi-micromètre. Dans le premier cas, il y d’oxygène par exemple).
a des problèmes de redéposition des ions émis. Les images montrent Cependant, l’interprétation des spectres n’est pas toujours simple :
la répartition des éléments dont les masses ont été sélectionnées la masse 56 par exemple peut correspondre au fer ou à CaO ou à
successivement. Le mode image est très sensible mais les images ne deux fois la masse du silicium. La haute résolution des appareillages
réalisent qu’une analyse semi-quantitative, en ce sens que l’émission modernes permet généralement d’arriver à séparer ces pics. Ce qui
d’ions secondaires n’est pas toujours proportionnelle à la concentra- nous amène à un autre inconvénient : le coût extrêmement élevé
tion de l’élément recherché par suite d’un effet de liaison chimique. de ce type de matériel.
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
M 260 − 16 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques
2.2.5 Microsonde nucléaire On étudie ici l’émission d’électrons sous l’impact d’un faisceau de
particules primaires qui sont des électrons en spectrométrie Auger,
La microsonde nucléaire est une autre technique d’analyse des rayons X en XPS et des photons UV en UPS (articles Spectro-
élémentaire complémentaire des autres méthodes déjà citées. métrie des électrons Auger [P 2 620] et Analyse de surface par ESCA.
Principe et instrumentation [P 2 625] dans le traité Analyse et
On s’intéresse ici aux principales interactions nucléaires ou Caractérisation).
atomiques engendrées par des particules chargées : l’échantillon est
bombardé par un faisceau constitué de protons ou de neutrons ou Si l’atome de la cible perd un électron d’une couche profonde, il
d’autres particules issues d’un accélérateur de type Van de Graaff, peut se désexciter par le passage d’un électron d’une couche supé-
où ils ont acquis une énergie de l’ordre de 2 à 3 MeV. Le faisceau rieure dans le trou créé.
est focalisé sur l’échantillon par un système de lentilles quadri- L’énergie libérée peut être émise sous forme de photons X (micro-
polaires, l’impact est de l’ordre du micromètre comme en sonde analyse par sonde électronique) ou peut aussi servir à éjecter un
électronique. La résolution spatiale n’est que de quelques micro- électron d’une sous-couche supérieure (électron Auger), ce
mètres (article Microsonde nucléaire [P 2 563] dans le traité Analyse processus pouvant se poursuivre en cascade jusqu’à ce que le trou
et Caractérisation). chaque fois créé parvienne à la bande de valence.
On détecte pendant l’irradiation les photons ou les particules En XPS, on mesure l’énergie cinétique des électrons éjectés
chargées (p, α...) émis lors des réactions nucléaires ou les radiations directement des couches profondes : cette énergie est caracté-
X provenant de l’excitation directe des noyaux (PIXE Particule ristique des atomes de la cible. On conçoit bien que tous ces phéno-
Induced X-Ray Emission ). On peut travailler soit en ponctuel soit en mènes d’émission existent simultanément mais que chaque
balayage sur une plage et donc donner des images de la répartition technique en étudie un en particulier.
des éléments détectés. La méthode peut être quantitative en utilisant Les liaisons chimiques affectent essentiellement les électrons
des courbes de calibration. périphériques de l’atome mais il en résulte, du fait de la variation
Cette technique est très bien adaptée pour détecter les éléments du potentiel électronique de l’atome ionisé par rapport à l’atome
à l’état de traces, soit en observant les réactions nucléaires pour neutre, une légère variation des énergies de liaison des niveaux
les éléments légers (Z < 15), soit pour les éléments plus lourds en internes. Ces déplacements chimiques sont de l’ordre de quelques
analysant l’émission X induite. La sensibilité est meilleure qu’en eV (< 10 eV). Ils sont facilement mesurables en XPS, surtout avec
sonde électronique, compte tenu de la masse plus importante des les appareils ayant un faisceau primaire strictement monochroma-
particules incidentes, le bruit de fond est plus faible. tique qui ont une résolution de 0,5 eV.
La profondeur atteinte par les réactions nucléaires est de l’ordre En spectroscopie Auger, ces effets sont également observables
de quelques micromètres, les teneurs minimales dosables sont mais on les a moins étudiés du fait de la moins bonne résolution
selon l’élément et le matériau considérés de l’ordre de 1 à 10 ppm énergétique des appareils et surtout de la complexité du processus
masse. Auger faisant intervenir trois niveaux atomiques. Toutefois, les
Les applications en métallurgie concernent essentiellement transitions faisant intervenir la bande de conduction et/ou la bande
l’analyse des éléments légers : C, N, B et même l’hydrogène. de valence sont très sensibles.
Certes, cette technique est essentiellement une méthode de Dans leur principe, les spectromètres Auger et ESCA sont simples,
laboratoire à une échelle nationale, mais sa sensibilité et sa spécifi- mais ils nécessitent un vide très poussé, ce qui est une contrainte
cité ne doivent pas nous laisser l’ignorer. non négligeable.
La spectroscopie Auger correspond à une microanalyse (impact
du faisceau de l’ordre du micromètre), tandis qu’en XPS la surface
analysée est de l’ordre de 150 × 150 µm.
2.3 Étude des liaisons chimiques Le faisceau d’électrons, en spectrométrie Auger, peut également
balayer une certaine plage de l’échantillon comme en microscopie
électronique à balayage. Pour cette microscopie Auger à balayage
Toutes les méthodes décrites précédemment ne renseignent pas,
(SAM) on utilise des canons à électrons focalisés par des lentilles
ou indirectement, sur la manière dont sont liées les différentes
électromagnétiques permettant d’avoir une taille de sonde de l’ordre
espèces atomiques mises en évidence. En métallurgie on a souvent
de 30 nm et une résolution latérale d’environ 0,5 µm.
besoin d’approfondir la simple analyse élémentaire. Un certain
nombre de méthodes physiques d’analyses a été développé dans Comme les électrons de faible énergie (< 1 000 eV) sont des
le but de connaître les liaisons chimiques. Contrairement aux particules rapidement absorbées par la matière, les électrons
techniques des paragraphes précédents qui sont très répandues, détectés et en particulier les électrons Auger proviennent des
celles-ci ne sont encore guère utilisées que dans les laboratoires de couches superficielles du solide. L’épaisseur concernée par l’analyse
recherche. est de l’ordre de 2 nm soit quelques couches atomiques. Ces
techniques sont donc des outils de choix pour toutes les études de
Il s’agit principalement des spectroscopies d’électrons Auger
surface : pollution, corrosion, ségrégation superficielle...
(AES), XPS (X-Ray Photoelectrons Spectroscopy ) autrefois appelée
ESCA (Electron Spectroscopy for Chemical Analysis ) et UPS (Ultra- Les éléments légers B, C, N, O sont détectés avec une sensibilité
violet Photoelectron Spectroscopy ) qui sont des méthodes pure- qui peut être meilleure que celle de la spectrométrie par émission X.
ment de surface et de la spectroscopie par perte d’énergie des Ces techniques commencent à être quantitatives mais elles
électrons (EELS) en microscopie électronique en transmission. Un nécessitent de très bons étalonnages des appareils.
mot sera également dit de la spectroscopie Raman.
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 260 − 17
Les spectres par pertes d’énergie des électrons transmis Cette technique est non destructive, l’analyse est quantitative,
(figure 14) présentent en effet plusieurs motifs d’intérêt : mais il faut disposer d’une bibliothèque de spectres pour pouvoir
— ils permettent l’analyse chimique qualitative de phases à identifier les constituants.
l’échelle submicroscopique jusqu’à des volumes de l’ordre de La méthode est néanmoins très peu utilisée par les métallurgistes.
quelques nanomètres cubes : (zone B sur la figure 14, ce qui a fait
qualifier cette technique de nanoanalyse ;
— les images filtrées, c’est-à-dire les images obtenues à l’aide
d’électrons ayant subi une perte d’énergie donnée contenue dans 2.4 Étude de la structure cristalline
une fenêtre centrée sur une perte d’énergie caractéristique d’un
élément donné, permettent une cartographie de cet élément avec Les méthodes dont il est question dans ce paragraphe apportent
une résolution spatiale de l’analyse qui est celle du microscope ; des renseignements un peu différents de ceux des précédentes tech-
— de plus, la zone du spectre correspondant aux faibles pertes niques traitées. La diffraction de rayonnements électromagnétiques
d’énergies (zone A sur la figure 14) qui s’étend sur quelques dizaines (rayons X) ou d’ondes associées à des particules élémentaires
d’eV après le pic sans pertes, correspond à l’excitation des plasmons (électrons, neutrons) permet de reconstituer la structure cristalline
de volume et donne des indications sur les liaisons des éléments de la matière et la géométrie caractéristique du cristal. Il devient donc
présents ; possible de déceler des modifications très petites dans la position
— la méthode peut également être quantitative moyennant des atomes ou des constituants du réseau ainsi que les effets de
certaines précautions. la dimension du grain, d’une déformation ou d’une contrainte.
Cette technique, qui reste malgré tout extrêmement délicate, est Ce paragraphe sera traité plus succinctement que les précédents,
à l’heure actuelle en pleine évolution. Elle commence à être utilisée le lecteur intéressé peut se reporter à l’article Métallographie par
par les métallurgistes notamment pour la détermination des diffraction des rayons X, des électrons et des neutrons [M 100] dans
éléments légers (surtout bore et azote) dans les microprécipités ce traité.
(carbonitrures de titane, nitrures de bore, borocarbures de fer...).
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
M 260 − 18 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 260 − 19
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
M 260 − 20 © Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques
Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite.
© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 260 − 21
P
O
U
Méthodes physiques d’analyse R
en métallurgie
E
par Michel MONCEL
Docteur ès Sciences Physiques
N
Responsable Microscopie électronique
Microanalyse. UNIMÉTAL Recherche
Bibliographie
S
Ouvrages de base
Microanalyse et Microscopie à balayage. École d’Été
Diffraction des électrons
THOMAS (B.J.). – Techniques et applications de la
l’analyse superficielle des aciers. Rev. de Met. CIT,
no 12, p. 2679 (1977).
A
de St-Martin d’Hères. Les Éditions de Physique
(11-16 sept. 1978).
microdiffraction en microscopie électronique.
Rapport IRSID RE 885, 67 réf., fév. 1982.
BERNERON (R.) et MOREAU (J.P.). – Application de
la source à la décharge luminescente. Rev. de
V
Pratique du Microscope électronique à balayage. Met. CIT, no 12, p. 2249 (1978).
Association Nationale de la Recherche Technique,
Paris (1985).
EDS
BENOIT (D.). – Microanalyse avec un détecteur Si-Li.
Problèmes, limites, automatisation des analyses
SEAM O
BRESSE (J.F.) et PAPADOPOULOS (A.C.). – J. Appl.
Microanalyse par sonde électronique : Spectro-
métrie de rayons X. Association Nationale de la
Recherche Technique, Paris (1987).
rapport IRSID RFP 339, avril 1982.
EELS
Phys. C4, 1, 98, (1988).
Voir aussi BRESSE (J.F.), 12e ICXOM, Cracovie.
I
Microanalyse par sonde électronique : Aspects
quantitatifs. Association Nationale de la
Recherche Technique, Paris (1989).
TREBBIA (P.). – EMAS Anvers et 12e ICXOM Cracovie
(1989).
Sonde atomique
BRENNER (S.S.) et MILLER (M.K.). – Atomic Scale
R
EFFET TUNNEL Analysis with the Atom probe, analyse à
Analyse d’images. Traitements d’images en micro-
Atomic Force Microscopy, Microscopie acoustique l’échelle de l’atome avec la sonde atomique J.
scopie à balayage et en microanalyse par sonde
Euromat 89 (Symposium E : Innovative Analysis Metals, p. 4, mars 1983.
électronique. Association Nationale de la
Recherche Technique, Paris (1990).
COSTER (M.) et CHERMANT (J.L.). – Précis d’analyse
Methods ).
LAMMA
BLAVETTE (D.) et MENAND (A.). – La sonde atomique
et la microscopie ionique à émission de champ
en sciences des matériaux. Annales de Chimie, 11,
P
d’images, Éditions du CNRS (1990).
AMMOU (M.). – Microcaractérisation des solides.
Méthodes d’observation et d’analyse, Diffusion :
KRIER (G.) et MULLER (J.F.). – La technique LAMMA,
MEB
Mem. et Et. Sci. Rev. de Met, p. 275 mai 1987.
p. 321-384 (1986).
Spectroscopie Raman
L
CRAM – LPSES – CNRS, Sophia Antipolis (1989).
Méthodes et techniques nouvelles d’observation en
métallurgie physique, École d’été de
Symposium SFME-ANRT. – Le microscope électro-
nique à balayage, derniers développements.
SATO (K.). – Laser Raman Microprobe technique : A
new Analytical Tool in the Study of Iron and
Steel. La technique Raman laser : un nouvel outil
U
Grenoble Saint-Martin d’Hères, 7-12 juil. 1989 ;
Perros-Guirec 5 au 17 sept. 1969, édité par
B. JOUFFREY, SFME (1972).
J. Microsc. Spectrosc. Electron., vol. 14,
p. 229-300, (1989).
analytique dans l’étude des aciers. Trans. ISIJ,
vol. 21, p. 370 (1981). S
LORETTO (M.H.). – Electron Beam analysis of Utilisation des neutrons
Materials, Chapman and Hall London (1984). Microsonde nucléaire
Les neutrons en métallurgie, numéro spécial de
ENGELMANN (C.). – Principe, possibilités et
WILLIAMS (D.B.). – Pratical Analytical Electron
exemples d’applications métallurgiques de la Mem. et Et. Sci. rev. de Met. no 11, p. 683-749
Microscopy in Material Science (USA). Philips (1989).
Electronic Instruments Inc. (1984). microsonde nucléaire. Mem. et Et. Sci. Rev. de
Met, p. 639 déc. 1981. XPS-UPS
Bibliographie par méthodes PERTOSA (P.). – La spectroscopie de photoélectrons
Microtomographie X
AUGER CAZAUX (J.), THOMAS (X.) et MOUZE (D.). – et l’étude des états localisés et délocalisés dans
Réunion du groupe « Microsonde, Microscopie à Microscopie et Microtomographie X de labora- les solides. J. Microsc. Spectrosc. Electron.,
balayage » de l’association Nationale de la toire. J. Microsc. Spectrosc. Electron., vol. 14, vol. 9, p. 389 (1984).
R e c h e r c h e Te c h n i q u e M a r s e i l l e - L u m i n y, p. 263-276 (1989). Revue spécialisée
9-10 juin 1988 ; J. Microsc. Spectrosc. Electron.,
SDL « Journal de Microscopie et de Spectroscopie
vol. 13, p. 314-394 (1988).
1 - 1991
BERNERON (R.) et MANENC (J.). – Application de la Électroniques » qui paraît maintenant sous le nom
spectrométrie à décharge luminescente à Microscopy, Microanalysis, Microstructures ;
bimestriel. Edit. C. COLLIEX, publié par la SFME Les
Éditions de Physique.
Congrès internationaux
Doc. M 260
ICXOM (International Congress on X-Ray optics and Microanalysis) • 12e ICXOM Cracovie Int. Cong. on X Ray Optics and Microanalysis vol 1 et
• 10e ICXOM Toulouse, France, 5-9 sept. 1983 2 Ed. S. Jasienska. Acad of Mining and Metallurgy Al. Mickiewieza, Pologne,
28 août-1er sept. 1989.
Les Éditions de Physique et J. Phys. t., 45, Colloque C2, supplément au no 2,
fév. 1984. 1er European Workshop on Modern Developments and applications in
Microbeam analysis Anvers, Belgique, 8-10 mars 1989 organisé par
• 11e ICXOM London, Int. Conf. on X Ray Optics and Microanalysis European Microbeam Analysis Society (EMAS) et l’Université d’Anvers.
J.D. Brown and R.M. Packwookd Ed. London, Canada 1986.
European conference on advanced materials and processes EUROMAT 89,
22-24 nov. 1989, Aix-la-Chapelle RFA organisé par la Deutsche Gesellschaft
für Material Kunde.