0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
72 vues1 page

Histoire de Limamou de Yoff

Le document raconte l'histoire de Limamou de Yoff, une figure spirituelle vénérée par le peuple lébou, et décrit ses enseignements et miracles. Il évoque également les défis qu'il a rencontrés, y compris l'exil et la persécution, tout en soulignant son impact durable sur la communauté. La célébration annuelle de son appel est mentionnée, ainsi que des détails sur sa vie et sa mort.

Transféré par

a54418406
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
72 vues1 page

Histoire de Limamou de Yoff

Le document raconte l'histoire de Limamou de Yoff, une figure spirituelle vénérée par le peuple lébou, et décrit ses enseignements et miracles. Il évoque également les défis qu'il a rencontrés, y compris l'exil et la persécution, tout en soulignant son impact durable sur la communauté. La célébration annuelle de son appel est mentionnée, ainsi que des détails sur sa vie et sa mort.

Transféré par

a54418406
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

r Jeudi 23 Février 2023 o N°0372

8 IDÉES & DÉBATS m BÉS BI - LE JOUR m Quotidien d’informations générales du Groupe E-Media Invest

Et le soleil se leva à l’Ouest : La merveilleuse histoire de Limamou de Yoff


«Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur
nierez-vous ?» Coran S.55 (Ar Rahman) V.13
Les jeudi 30 avril et vendredi 1er mai 2015, en compagnie de Thomas Hart (chercheur et diplomate américain) et de
Bachir Laye (interprète, traducteur et chargé de mission du Groupement Central des Layennes, G.C.L), j’ai visité les sites
de la confrérie Layenne : la grotte de Ngor ou Khounta mi, la cuvette de Ndingala à la cité Fadia, la clairière de Nguédiaga
à Malika, les mausolées de Yoff et Cambérène… Subjugué par la solennité des lieux et la beauté de l’histoire qui m’a été
contée par les conservateurs, et confirmée par les livres d’El Hadj Malick Sarr et du Professeur Assane Sylla que j’ai
consultés par la suite, je porte ici ce témoignage en hommage à Seydina Limamou Laye qui est une fierté du peuple lébou
de la presqu’île du Cap Vert, ce flambeau lumineux dont on fête l’anniversaire de l’Appel tous les ans à Cambérène, Ngor
et Yoff. La cent-quarante-troisième édition est prévue les mardi 21 et mercredi 22 février 2023.

Dans les noires falaises de la sollicitude envers les étrangers formule «La ilaaha ila Lah» (il n’y re, les nommés Sam Penda et jour, il déclara, le regard tourné
côte occidentale du conti- ainsi que tous ceux qui avaient a de Dieu que Dieu) et se Sira Tall, guidés par la providen- du côté de l’actuel aéroport
nent africain, Finistère que bai- faim et soif. saluant et s’appelant «Laye, ce, leur apportèrent deux cale- Léopold Sedar Senghor : «Et
gnent les vagues de l’atlan- laye», diminutif de la «chaha- basses de lait. Le mercredi, troi- tous ces oiseaux en fer descen-
tique et qu’empourprent Cependant, dans le Cayor, da» (la profession de foi musul- sième jour d’exil, vers midi, le dant du ciel pour déposer des
chaque soir les obliques Massaer Ndiaye, qui avait pres- mane). La partie du village saint maître se rendit volontai- foules».
rayons du couchant vermeil, senti les événements à venir, qu’ils habitaient fut aussi bapti- rement à l’autorité coloniale.
se trouve une grotte qui a priait Dieu d’en être témoin ; sée Yoff Layenne ou Hélas ! les épreuves n’étaient
couvé plusieurs siècles durant dans le Sakal, Thierno Amath Diamalaye (la paix de Dieu). Il fut interné à l’île de Gorée pas encore terminées pour
un astre dont les échappées Kane prédisait que, dans six Une nouvelle confrérie venait ou Beer où il séjourna trois mois l’humble Limamou qui mar-
de lumière ont illuminé les années, l’apparition dans le de naître au Sénégal, qui (quatre-vingt-treize jours exac- chait pieds nus, ne chaussant
confins de l’univers attirant ciel d’une étoile trainant une reprenait les enseignements du tement) avec son fidèle disci- ses bottes que les jours de
multiple pèlerins, parmi les- sorte de queue «bideewu laar- Livre et recommandait de cir- ple, Tafsir Abdoulaye Diallo. Le Tabaski et de Korité ; qui renou-
quels le saint du Fouta, bi» précéderait d’une année concire les garçons au septiè- compte venait ainsi d’être velait ses ablutions à chacune
Cheikhou Oumar Foutiyou Tall. l’appel du «bien guidé». Dans me jour de leur naissance et de bouclé : «trois ans, trois jours, de ses prières qu’il accomplis-
Le soleil naquit, en cette pres- le Banjul, en Gambie, Kéba donner en mariage les filles le trois mois», avait dit le saint maî- sait toujours par terre, directe-
qu’île et ses quatre îles symbo- Mansali, qui avait vu une lumiè- jour de leur baptême, dans le tre. ment, sans tapis, parce que,
lisant les quatre lettres arabes re suivre Limamou partout, seul souci d’éviter la débauche disait-il, «j’ai contracté une
du nom Mouhamad, un lundi confiait à son compagnon de et la déperdition… De la fondation de «Kem alliance amicale avec l’eau et
de l’année 1843, de Mame pêche, Thierno Sarr, qu’il serait Medine» ou Cambérène la terre». Hélas ! le sobre
Alassane Thiaw et Mame chargé d’une mission Trois ans, trois jours, à la fin de la mission Limamou qui ne prenait
Coumba Ndoye, sous le nom divine, dans un mois dix jours … trois mois À sa libération, Limamou comme nourriture qu’un peu
de Limamou dit Libass. Ce Les prodiges de Limamou passa quelque temps à Dakar de poisson, ou un peu de
jour-là, et cela pendant trois En effet, comme annoncé attiraient les foules. Ses sermons chez son ami et talibé, Thierno manioc, ou un peu de melon,
jours, l’eau de la mer, à Yoff, par les augures, le dimanche atteignaient les cœurs et fasci- Ababacar Sylla, l’Imam-Juge ou un peu de lait était toujours
eut bon goût et, afin que s’ac- 24 mai de l’année 1883, trois naient les intelligences et, par qui avait préféré les honneurs la cible des flèches du destin
complisse la prophétie, les jours après le décès de Mame vague, se convertissaient les de l’au-delà à ceux d’ici-bas ; tombant en cascade sur sa
nouveau-nés baptisés du Coumba Ndoye, aux environs âmes. Sur sa prière, la mer recu- et qui, à l’occasion, lui offrit en brave poitrine. Hélas !... Les der-
même nom que lui décédè- de «yor-yor» (entre 10h et 12h), la, libérant des terres, pour mariage sa fille Amineta, dite nières années de sa vie, celui
rent avant l’âge adulte. Tout Limamou, qui venait de bou- accueillir pèlerins et disciples Mame Touty. Lorsqu’il rentra à qui guérissait les malades par
enfant déjà, il abhorrait impu- cler ses quarante ans, fit appe- venus vivre auprès du maître Yoff, ce fut le triomphe annon- simple apposition de la main
reté et souillure, et sa bouche ler sa tante paternelle, Adama qu’ils appelaient affectueuse- ciateur de la fondation, en droite, vécut l’épreuve de la
ignorait le mensonge, et ses Thiaw, et sa cousine, Ndiaye ment «Baye Laye» (le père des 1888, de «Kem Médine» (l’équi- cécité, à la grande joie des
rêves et visions étaient véri- Diaw, leur demanda trois Layennes). «Trois ans, trois jours, valent de Médine) ou méchants et des égarés. Mais
diques ; et sa sueur était sem- pagnes blancs, propres et sans trois mois», leur disait-il, énigma- Cambérène et son puits de la maladie n’emporta pas seu-
blable à du parfum. Les arb- souillure, pour s’en couvrir le tique. Ndingala, près du baobab, à lement sa vue, mais aussi toute
res, dit-on, à son passage, s’in- corps, comme font les pèlerins quelques kilomètres du village sa chair. Car, vers la fin, témoi-
clinaient. Les herbes des de la Mecque ; ensuite, il parla Et, lorsque l’appel eut trois natal. gne Cheikh Makhtar Lo, «il ne
champs accompagnaient ses à la chaste Fatima et à la ver- ans, la nouvelle confrérie était restait de son corps décharné,
chants de louanges à Dieu. tueuse Farma, ses épouses, les debout, tel un jeune baobab Il mena alors une vie paisible comme serait un bâton cou-
Partout le suivait un nuage. Les appelant à la patience, avant défiant la savane. L’autorité entre les deux villages, appro- vert de vêtements, que les os,
traces de ses pas, sur le basal- de descendre dans les rues du coloniale eut peur, à cause de fondissant son enseignement la peau et les nerfs».
te, paraissaient… Et, sous l’aile village en criant son appel… l’aura grandissante du maître. et faisant des prédictions. Un Cependant, il était resté
protectrice d’un ange, il gran- Des fronts se renfrognèrent. Des jour, il déclara à ses disciples stoïque et toujours «imposant
dissait… «Ajiibo daahiya Laahi» adversaires complotèrent. Des réunis à l’occasion d’un ser- avec un visage éclatant de
(venez répondre espions furent envoyés à Yoff mon : «J’ai appris que certains beauté et de lumière».
Son père décéda, il était à l’appel de Dieu) Layenne, suivis par des gendar- d’entre vous ont eu des querel-
encore enfant ; son oncle, Le soleil avait atteint son mes. On l’accusa de magnétis- les avec leurs compagnons qui À la fête de Korité de l’année
Gorgui Ndoye, frère de sa zénith. La phrase était dite. me et d’hypnotisme sur ses dis- sont des disciples de Cheikh 1909, la vingt-sixième année de
mère, lui apprit le métier de Reprise en chœur par une ciples. On l’accusa d’acheter Ahmadou Bamba, et avec l’appel, sentant l’imminence
pêcheur. Mais, lorsqu’il s’en foule d’enfants et de femmes et de cacher des armes en vue d’autres. Ceux-là et vous- de sa mort, Limamou de Yoff,
allait pêcher, il ne fournissait riant et s’esclaffant derrière «d’une marche sur Dakar». On mêmes êtes tous des musul- semblable à un soleil écarlate
aucun effort : les poissons se Limamou, l’accusant toujours l’accusa… Mais la foi de «Baye mans, et il ne doit exister entre au-dessus de l’horizon, déclara
laissaient prendre. Et les pauv- de démence, elle emplissait Laye» était plus forte que les vous que fraternité». À une à ses talibés réunis, selon tou-
res, les mendiants et autres sol- tout le village. légions du gouverneur… autre occasion, il leur déclara : jours son docte et pieux disci-
liciteurs guettaient son retour, «Si vous trouvez quelqu’un dont ple : «Si l’on disait qu’un mort
car il leur offrait tout le produit «Ceux qui suivront mes Et, pour ne pas exposer plus les conseils sont meilleurs que peut diriger la prière des
de sa pêche, rentrant chez lui recommandations boiront les longtemps le village, le géné- les miens, ou quelqu’un qui vivants, cela paraitrait éton-
les mains vides, en chantant la liqueurs divines dans les jardins reux maître choisit l’exil, imitant vous interdit les mauvaises cho- nant ; et pourtant, je le jure par
gloire de Dieu. On finit par l’ap- du paradis», disait l’illettré réci- en cela le prophète de l’Islam. ses autant que moi, abandon- Dieu, je suis un mort».
peler «le fou de Coumba tant et interprétant parfaite- Accompagné de ses disciples nez-moi et suivez-le». Il arrivait
Ndoye», à cause de sa folle ment le Saint Coran. Ainsi, tous Thierno Sarr Thiome, souvent, dit-on, qu’il martelât le Il rendit l’âme le treizième jour
générosité semblable à «un les jours, matin et soir, arpen- Abdoulaye Samb, Demba et sol de son pied droit déclarant qui suivit la Korité, un vendredi,
nuage déversant la pluie ou tant inlassablement les artères Ali Mbaye il trouva refuge, non que le jour n’est pas loin où tou- à l’âge de soixante-six ans. Et,
(à) un torrent d’eau». Mais ce du village lébou, il disait son loin de Malika, à l’endroit dit tes les ethnies du Sénégal et comme au jour de sa naissan-
trait de caractère n’étonnait message dans la langue loca- Nguédiaga, dans un buisson toutes les races viendront paît- ce, pendant trois jours, l’eau de
guère ceux qui savaient. Car, le, comme l’avait fait touffu qui semblait les attendre re sur les terres du Cap Vert. la mer, à Yoff, eut bon goût. Et,
Mame Coumba Ndoye, la Mouhamad, le sceau des pro- en haut d’un monticule de «Yaatal léen saxet yi, gan ñaa au troisième jour de son enter-
sainte mère de Limamou, dont phètes, un millénaire plus tôt. terre. Ils aménagèrent. À leur ngui niëw» (élargissez les palis- rement, à quelques mètres de
le prénom renvoie à la géné- côté, dit-on, deux signes, la sades, les visiteurs arrivent), son mausolée, situé en bordure
reuse disponibilité, était, elle- Vinrent les premiers disciples : colombe sur son nid et l’arai- ajoutait-il, alors. Il disait, par de mer, jaillit la source de
même, surnommée Coumba Momar Bineta Samb, Thierno gnée sur sa toile. On était ailleurs, annonçant les routes Diamalaye, une eau pure dont
Diagata, c’est-à-dire Sarr Thiome, Madiop Diop… dimanche 11 septembre 1887. goudronnées et les automobi- la saveur rappelle celle du
«Coumba la porteuse de nour- Puis les autres. On nomma Le lendemain, lundi, ils entamè- les : «Voyez-vous ce très long Zem-Zem.
riture», à cause de sa grande Layenne ces hommes et ces rent leur jeûne qui devait durer serpent noir portant des insec- Abdou Khadre GAYE
femmes chantant toujours la trois jours. À l’heure de la ruptu- tes marchant sur son dos». Un Écrivain, président de l’EMAD

www.emedia.sn

Vous aimerez peut-être aussi