Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique
Université de la Manouba
École Supérieure de Commerce de Tunis
THÉSE
Pour l’obtention du titre de
DOCTEUR EN SCIENCES ÉCONOMIQUES
Composantes des dépenses publiques, qualité
institutionnelle et croissance économique
Présentée et soutenue publiquement par :
Inoubli Fatma
COMPOSITION DU JURY
Mr. Maher GASSAB Professeur à l’ESC de Tunis Président
Mr. Khemais ZAGHDOUDI Professeur à la FSJEG de Jendouba Directeur de recherche
Mr. Salem KANOUN Professeur à l’ESC de Tunis Rapporteur
Mr. Hatem JEMMALI Professeur à l’ISCAE de Tunis Rapporteur
Mr. Hatem MHENNI Professeur à l’ESC de Tunis Membre
Année Universitaire : 2024-2025
RÉSUMÉ :
En Tunisie, la part du budget dans le PIB ne cesse d’augmenter d’une année à l’autre ; elle dépasse le tiers
sur toute la période d’étude 1996-2022. En contrepartie de cette forte intervention de l’Etat dans l’économie par
ses dépenses publiques, le taux de croissance économique n’a pas augmenté régulièrement. La thèse de doctorat
se fixe pour principal objectif de déceler les principaux facteurs explicatifs de cette évolution non
concomitante entre les dépenses publiques et la croissance économique en insistant sur le rôle des
institutions. Dans le cadre de cette thèse, nous avons essayé de répondre à la problématique suivante : Dans
quelle mesure l’interaction entre les dépenses publiques et les indicateurs institutionnels pourrait-elle
améliorer les effets des dépenses publiques et leurs composantes sur la croissance économique en Tunisie ?
Pour répondre à cette problématique, nous nous sommes référés à la modélisation ARDL développée par
Pesaran et al (2001), jugée la plus appropriée, vues que les variables retenues n’ont pas le même ordre
d’intégration. Pour approcher la qualité institutionnelle, nous avons recouru aux six indicateurs élaborés par
Daniel Kaufmann et Aart Kraay (2010), qui sont le contrôle de la corruption, l’efficacité gouvernementale, la
stabilité politique et l’absence de violence et terrorisme, la qualité réglementaire, les règles de lois, et les voix et
responsabilité. Pour déceler le rôle de ces indicateurs institutionnels dans les effets des dépenses publiques
agrégées sur la croissance économique, nous nous sommes basées sur l’approche de la multiplication, qui
consiste à multiplier les variables budgétaires et celles institutionnelles et les utiliser comme des variables
explicatives.
Les principaux résultats que nous avons trouvés montrent qu’à long terme, seul l’indicateur
institutionnel, qualité réglementaire, a réussi à améliorer légèrement les effets des dépenses publiques sur la
croissance économique. Cependant, ce rôle positif s’estompe lorsque nous résumons les six indicateurs
institutionnels dans un seul indicateur synthétique. Les institutions ont nui à ces effets, montrant à quel point les
institutions sont disparates et ne sont pas étroitement liées. A court terme, les résultats obtenus dévoilent que
seuls les deux indicateurs institutionnels (stabilité politique et absence de violence et terrorisme, efficacité du
gouvernement) sont parvenus à hausser considérablement les effets des dépenses publiques totales sur la
croissance économique. Cependant, ces effets positifs énormes disparaissent lorsque nous prenons en
considération la qualité de toutes les institutions, qui ont un impact neutre sur les dépenses publiques. Pour
approfondir les résultats empiriques trouvés, nous avons pris en considération les composantes des dépenses
publiques issues de la classification économique élaborée par le ministère des finances de la Tunisie.
Les résultats obtenus ont montré qu’aucun indicateur institutionnel n’a réussi à hausser les effets des
dépenses d’équipement sur la croissance économique aussi bien à court terme qu’à long terme. Les résultats
empiriques obtenus découvrent que, à long terme, trois indicateurs institutionnels (efficacité gouvernementale,
stabilité politique et absence de violence et terrorisme, qualité réglementaire) ont amélioré les effets des
dépenses de fonctionnement sur la croissance. Les trois autres indicateurs institutionnels (contrôle de la
corruption, règle de loi, voix et responsabilité) ont, au contraire, nui à ces effets. A court terme, seuls les deux
institutionnels (efficacité gouvernementale, stabilité politique et absence de violence et terrorisme) ont réussi à
promouvoir la croissance économique via le canal des dépenses de fonctionnement. A long terme, cinq
indicateurs institutionnels sur six (contrôle de la corruption, efficacité gouvernementale, stabilité politique et
absence de violence et terrorisme, qualité réglementaire, voix et responsabilité) ont élevé l’impact des services
de la dette publique sur la croissance, contre un seul indicateur (règle de loi), qui a une influence insignifiante.
Dans le court terme, le contrôle de la corruption a nui aux effets des services de la dette publique sur la
croissance économique. Les autres indicateurs institutionnels ont montré des effets non significatifs. Lorsque
nous avons pris un indice institutionnel synthétique, les résultats trouvés montrent que les institutions n’ont pas
haussé les effets des dépenses de fonctionnement et des dépenses d’équipement sur la croissance économique
en Tunisie, et ce, quel que soit l’horizon temporel. Les institutions ont légèrement amélioré l’impact des services
de la dette publique sur la croissance uniquement dans le long terme.
Ces résultats montrent que les institutions souffrent d’un certain niveau de coordination pour qu’elles
soient efficaces. Si nous ne réussissons pas à réformer profondément et convenablement les différentes
institutions, qui constituent un tout indissociable, les effets positifs de certains indicateurs institutionnels sur la
croissance économique, via les dépenses de fonctionnement et les services de la dette publique, vont s’estomper
dans le long terme.
Mots-clés: Dépenses publiques agrégées, Classification économique des dépenses publiques, Qualité institutionnelle,
Croissance économique, ARDL, Tunisie.