Notes Main
Notes Main
Johan TAFLIN
2020-2021
2
Préface
Ce texte est destiné aux étudiants de troisième année de licence de mathématiques à l’univer-
sité de Bourgogne. Il s’agit d’une introduction à la topologie des espaces métriques. Ce texte se
base fortement sur des notes de Giuseppe Dito, qu’il en soit remercié. Cette version est susceptible
de contenir des coquilles et des erreurs. Tout commentaire est le bienvenu.
Méthodologie : L’assimilation d’un nouveau cours est difficile et exige un travail personnel assidu.
Il est important de s’approprier les notions, de trouver ses propres exemples et contre-exemples,
de connaître les définitions, de s’interroger sur les hypothèses des énoncés etc.
Chapitre 1
A ∈ 2E ⇔ A ⊂ E.
L’unique y ∈ F défini par la propriété précédente est noté f (x). On note l’application définie par
la partie Γ f par f : E −→ F. La partie Γ f s’appelle le graphe de l’application f et on a :
Une application à la fois injective et surjective est dite bijective. On utilise aussi les substantifs :
injection, surjection et bijection.
3
4 CHAPITRE 1. CALCUL ENSEMBLISTE ET DÉNOMBRABILITÉ
f |A : A → F et f |A (x) = f (x), ∀x ∈ A.
Remarque 1.1 Bien que la notation A{ ne l’indique pas, cet ensemble dépend de E. Par exemple,
si A =]0, 1[ alors A{ = {0, 1} si E = [0, 1] et A{ =]−∞, 0]∪[1, +∞[ si E = R. S’il y a une ambiguïté,
on pourra utiliser la notation {E A.
Notez que le même problème se pose pour plusieurs concepts de ce cours (en particulier :
ouvert, fermé, intérieur, adhérence) et qu’il est source de nombreuses confusions et d’erreurs.
La différence d’ensembles est notée A \ B, c’est l’ensemble des éléments de A qui n’appar-
tiennent pas à B. On a A \ B = A ∩ B{ . Si B ⊂ A, alors {A B = A \ B.
Lois de Morgan :
\ [ [ \
( Eµ ){ = Eµ{ , ( Eµ ){ = Eµ{ .
µ∈M µ∈M µ∈M µ∈M
Soient (Eµ )µ∈M et (Fν )ν∈N deux familles d’ensembles. On a les propriétés suivantes :
\ \ \
( Eµ ) ∪ ( Fν ) = Eµ ∪ Fν ,
µ∈M ν∈N (µ,ν)∈M×N
[ [ [
( Eµ ) ∩ ( Fν ) = Eµ ∩ Fν .
µ∈M ν∈N (µ,ν)∈M×N
1.2. ENSEMBLES DÉNOMBRABLES ET ÉQUIPOTENCE 5
Définition 1.2 Soient A un ensemble non vide et (Ea )a∈A une famille d’ensembles indexée par
Y x : A −→ a∈A Ea telles que ∀a ∈ A,
S
A. On appelle produit des Ea l’ensemble des applications
x(a) ∈ Ea . On note le produit de la famille (Ea )a∈A par Ea .
a∈A
Pour ∀i ∈ A, l’application πi : a∈A Ea −→ Ei définie par πi (x) = x(i) s’appelle la projection
Q
(canonique) sur Ei .
Si tous les Ea sont égaux au même ensemble F, alors a∈A Ea = a∈A F = F A . En partiulier,
Q Q
l’ensemble des fonctions définies sur R et à valeurs dans R est le produit x∈R R = RR .
Q
Remarque 1.3 On fait systématiquement l’abus de notation qui consiste à écrire f (A) pour f˜(A)
et f −1 (B) pour f˜−1 (B). Pire, lorsque A = {a} ou B = {b} sont des singletons, on écrit souvent
f (a) au lieu de f ({a}), alors que f ({a}) est le singleton { f (a)}, et f −1 (b) au lieu de f −1 ({b}),
l’ensemble f −1 ({b}) pouvant être vide ou contenir plus d’un élément.
Considérons une application f : E → F, deux parties A ⊂ E et B ⊂ F, ainsi que (Aµ )µ∈M une
famille de parties de E et (Bν )ν∈N une famille de parties de F. Les propriétés suivantes des images
directes et réciproques sont fondamentales :
f −1 ( f −1 (Bν ) f −1 ( f −1 (Bν )
\ \ [ [
Bν ) = Bν ) =
ν∈N ν∈N ν∈N ν∈N
\ \ [ [
f( Aµ ) ⊂ f (Aµ ) f( Aµ ) = f (Aµ )
µ∈M µ∈M µ∈M µ∈M
Si E est équipotent à F, on dit aussi que ces ensembles ont même cardinalité. On écrit |E| = |F|
ou card(E) = card(F) pour signifier que E est équipotent à F
Exemple 1.5 1. Deux intervalles ouverts bornés et non vides ]a, b[ et ]a0 , b0 [ sont équipotents
(t−a) 0
par la bijection f : ]a, b[→]a0 , b0 [, t 7→ a0 + (b−a) (b − a0 ).
2. La bijection arctan : R →] − π2 , π2 [ montre que R est équipotent à ] − π2 , π2 [ et donc à n’im-
porte quel intervalle ouvert non vide.
3. Pour un ensemble E, l’ensemble 2E est équipotent à {0, 1}E , car A 7→ χ A est une bijection
de 2E sur {0, 1}E .
Remarque 1.8 Étant donné un ensemble non vide E, il est naturel de s’autoriser à choisir un
élément x dans E. En répétant ce type de choix, si E1 , . . . , En est une famille finie d’ensembles non
vides, on obtient des éléments x1 , . . . , xn tels que pour tout 1 ≤ i ≤ n, xi ∈ Ei . En revanche, il est
peut-être moins naturel de faire de tels choix une infinité de fois. Pour s’autoriser à le faire, on
invoque l’axiome du choix qui stipule que si (Eµ )µ∈M est une famille quelconque d’ensembles
non vides, on peut choisir une famille (xµ )µ∈M telle que pour tout µ ∈ M, xµ ∈ Eµ . Dit autrement,
si pour chaque µ ∈ M, Eµ 6= ∅ alors µ∈M Eµ 6= ∅.
Q
(on avait déjà que A1 = f (A0 )). De A1 ⊂ B0 ⊂ A0 , on déduit que Bn+1 ⊂ An+1 ⊂ Bn ⊂ An .
On pose [
Cn = An \ Bn (n ≥ 0) et C = Cn .
n≥0
De plus, de Cn ⊂ An , on
S
L’application f est bijective, on a donc f (Cn ) = Cn+1 et f (C) = n≥1 Cn .
a que C ⊂ A0 .
Pour x ∈ A0 , on définit :
®
f (x) si x ∈ C,
g(x) =
x si x ∈
/ C.
Vérifions que, pour tout x ∈ A0 , g(x) est dans B0 . Si x ∈ C, on a g(x) = f (x) ∈ A1 , car f : A0 −→ A1 .
Mais A1 ⊂ B0 , donc g(x) ∈ B0 . Si x ∈ / C, alors x ∈/ C0 et donc x ∈ B0 , car C0 = A0 \ B0 . Donc si
x∈
/ C, g(x) = x ∈ B0 . On a ainsi défini une application g : A0 −→ B0 .
On va montrer que l’application g est bijective. Montrons d’abord l’injectivité. D’après la
définition de g, la restriction de g à C est injective (car f l’est) et g(C) = f (C) ⊂ C. La restriction
de g à A0 \C est IdA0 \C , donc injective. Les parties f (C) et A0 \C étant disjointes, on conclut que
g est injective.
Montrons maintenant la surjectivité. Soit y ∈ B0 .
- Si y ∈
/ C, alors g(y) = y, donc y est un antécédent de lui-même.
- Si y ∈ C, il existe un entier n ≥ 0 tel que y ∈ Cn . On a nécessairement n ≥ 1, car y ∈ B0 ne
peut pas appartenir à C0 = A0 \ B0 . Donc y ∈ n≥1 Cn = f (C) et il existe un x ∈ C tel que y = f (x).
S
Remarque 1.10 En utilisant les notations introduites après la Définition 1.4, la Proposition 1.9
signifie que si A1 ⊂ B0 ⊂ A0 et |A0 | = |A1 |, alors |A0 | = |B0 | = |A1 |.
Théorème 1.11 (Cantor-Bernstein) Soient E et F des ensembles. S’il existe une injection de E
dans F et une injection de F dans E, alors il existe une bijection de E sur F.
Preuve. Soient f : E −→ F et g : F −→ E des applications injectives. L’application composée
g ◦ f : E −→ E est injective et donc (g ◦ f )(E) est équipotent à E. On a (g ◦ f )(E) ⊂ g(F) ⊂ E.
En appliquant la Proposition 1.9 à A0 = E, B0 = g(F) et A1 = (g ◦ f )(E), on conclut qu’il
existe une bijection h : E −→ g(F). L’application g̃ : F −→ g(F) définie par g̃(y) = g(y), ∀y ∈ F,
est bijective et, donc, la composée g̃−1 ◦ h : E −→ F est bijective, ce qui démontre le théorème.
Définition 1.12 On dit qu’un ensemble E est dénombrable s’il existe une bijection de E sur l’en-
semble des entiers naturels N (c’est-à-dire, si E est équipotent à N). On dit que E est au plus
dénombrable s’il existe une bijection de E sur une partie de N.
Remarque 1.15 La proposition précédente reste valable si on remplace N par l’importe quel
ensemble dénombrable.
Proposition 1.16 1. S’il existe une injection d’un ensemble E dans N, alors E est au plus
dénombrable.
2. S’il existe une surjection de N sur un ensemble E, alors E est au plus dénombrable.
3. En particulier, si E est un ensemble infini et vérifie l’une des propriétés 1) ou 2), alors E
est dénombrable.
Preuve. 1) Soit f : E → N une application injective. Alors f réalise une bijection de E sur
f (E) ⊂ N. Donc E est au plus dénombrable. Si E est infini, il en est de même pour f (E) et,
d’après la Proposition 1.14, E est dénombrable.
2) Soit f : N → E une surjection. D’après la Proposition 1.7, il existe une application injective
g : E −→ N et, d’après 1), E est au plus dénombrable et, si E est infini, il est dénombrable.
On peut remplacer N par n’importe quel ensemble dénombrable dans la proposition précédente.
Proposition 1.17 Le produit cartésien d’un nombre fini d’ensembles dénombrables est dénom-
brable.
Preuve. Il suffit de considérer le produit de deux ensembles dénombrables E × F. La généra-
lisation à un nombre fini d’ensembles dénombrables est immédiate par récurrence. Remarquons
d’abord que E × F est équipotent à N × N. En effet, soient g : E → N et h : F → N deux bijections.
Alors l’application (a, b) 7→ (g(a), h(b)) est une bijection de E × F sur N × N.
Il nous suffit donc d’établir que N × N est dénombrable. Il est clair que cet ensemble est
infini (il contient tout les couples (n, n) avec n ∈ N). Par ailleurs, l’unicité de la décomposition en
1.2. ENSEMBLES DÉNOMBRABLES ET ÉQUIPOTENCE 9
nombres premiers implique que (m, n) 7→ 2m 3n est injective. La Proposition 1.16 implique alors
que N × N est dénombrable.
Exemple 1.18 L’ensemble Z×N∗ est dénombrable. L’ensemble des nombres rationels Q s’injecte
dans Z × N∗ par qp 7→ (p, q) où le rationel qp est écrit sous forme irréductible avec q ≥ 1. Donc Q
est aussi dénombrable.
rons l’application f : N × N → E définie par f (m, n) = φψ(m) (n). Elle est surjective. En effet, soit
x ∈ E, il existe un µ ∈ M tel que x ∈ Eµ . Soit m l’antécédent de µ par l’application ψ et soit n
l’antécédent de x par l’application φµ , alors x = φψ(m) (n). Donc, d’après la Proposition 1.7 2), E
est au plus dénombrable et, puisqu’il est infini, E est dénombrable.
On peut remplacer dénombrable par au plus dénombrable dans les Propositions 1.17 et 1.19.
Proposition 1.20 L’ensemble des nombres réels R est un ensemble infini non dénombrable.
Preuve. D’après la Proposition 1.14 et la remarque qui la suit, il suffit de montrer que la partie
]0, 1[ de R n’est pas dénombrable : en effet, si R était dénombrable, alors ]0, 1[ serait aussi dénom-
brable. On va montrer que toute application N −→]0, 1[ est nécessairement non surjective, ce qui
montrera que ]0, 1[ n’est pas dénombrable.
Soit φ : N −→]0, 1[ une application. Pour n ∈ N, on pose an = φ (n). Chaque an est un réel dans
]0, 1[ et soit an = 0, a1n a2n a3n · · · son développement décimal (propre). On construit un réel x ∈]0, 1[
en se donnant son développement décimal (propre) x = 0, x1 x2 x3 · · · de la manière suivante : on
choisit la ième décimale de x, i.e. xi , entre 1 et 8 de façcon à ce que xi soit différent de aii . Alors
pour tout n ∈ N, on a x 6= an = φ (n), car par définition de x, la nème décimale après la virgule de x
est différente de la nème décimale après la virgule de an . Par conséquent, x n’est pas dans l’image
de φ et donc φ ne peut pas être surjective.
injection de E dans F (ou de manière équivalente, s’il existe une surjection de F vers E). Avec
cette convention, le Théorème de Cantor-Bernstein peut se formuler comme suit : si |E| ≤ |F| et
|F| ≤ |E|, alors |E| = |F|. On écrit |E| < |F| lorsque |E| ≤ |F| et |E| 6= |F|.
La théorie des cardinaux permet aussi d’introduire une arithmétique des cardinaux : somme,
produit, puissance, etc. Par exemple, pour des ensembles E et F, le produit des cardinaux |E| |F|
est défini comme étant le cardinal du produit cartésien E × F, c’est-à-dire |E| |F| := |E × F|. La
puissance |E||F| est par définition égale à |E F |.
La cardinalité de N est traditionnellement notée ℵ0 (ℵ se lit aleph, elle est la première lettre
de l’alphabet hébraïque). La cardinalité de R est notée c, c’est celle du continu, et on a vu que
c > ℵ0 . L’arithmétique des cardinaux peut quelques fois sembler paradoxale. On sait que N × N
est équipotent à N et, en termes de cardinaux, cela se traduit par ℵ0 ℵ0 = ℵ0 (mais ℵ0 6= 1 !). Dit
autrement, on peut multiplier des cardinaux entre eux mais pas les diviser.
Chapitre 2
Espaces métriques
Les espaces vectoriels normés représentent une classe très importante d’espaces métriques.
Rappelons-en la définition.
Définition 2.2 Soit V un espace vectoriel sur K (K = R ou K = C). On appelle norme sur V toute
application k k : V ×V −→ R+ satisfaisant pour tout vecteurs u, v de V :
1. kuk = 0 ⇐⇒ u = 0 ;
2. kλ uk = |λ |kuk, ∀λ ∈ K;
3. ku + vk ≤ kuk + kvk.
On appelle espace vectoriel normé le couple (V, k k), i.e., l’espace vectoriel V muni d’une norme k k.
Exemple 2.3 A tout espace vectoriel normé (E, k k) est naturellement associé la métrique d(x, y) =
kx − yk. Sauf mention contraire, un espace vectoriel normé sera muni de la distance associée à sa
norme.
En particulier, sur Rn ou Cn , on a trois distances classiques :
X
d1 (x, y) = |xi − yi |;
1≤i≤n
Ä X ä1/2
d2 (x, y) = |xi − yi |2 ;
1≤i≤n
d∞ (x, y) = max (|xi − yi |).
1≤i≤n
11
12 CHAPITRE 2. ESPACES MÉTRIQUES
Exemple 2.4 Sur n’importe quel ensemble E, on définit la métrique discrète par
®
0 si x = y,
d(x, y) =
1 si x 6= y.
Définition 2.6 Soient (E, d) un espace métrique, un point x ∈ E et un nombre réel positif r.
1. On appelle boule ouverte centrée en x de rayon r > 0 la partie
B(x, r) := {y ∈ E ; d(x, y) < r} ;
2. On appelle boule fermée centrée en x de rayon r ≥ 0 la partie
B̃(x, r) := {y ∈ E ; d(x, y) ≤ r} ;
3. On appelle sphère centrée en x de rayon r ≥ 0 la partie
S(x, r) := {y ∈ E ; d(x, y) = r}.
Remarque 2.7 Ces ensembles dépendent de l’ensemble E et de la distance d. Par exemple, sur
(R, d) avec d(x, y) = |x − y| alors B(1, 2) =] − 1, 3[ alors que sur ([0, 3], d) on a B(1, 2) = [0, 3[.
On dit que A est un fermé (ou A est une partie fermée) de (E, d) si son complémentaire E \ A
est un ouvert de (E, d).
Remarque 2.9 La notion d’ouvert est un point clé de ce cours. L’ensemble de tous les ouverts de
(E, d) s’appelle la topologie de (E, d) et donne son nom à ce cours.
Preuve. 1. Si x est un élément de ] − ∞, 0[ alors la boule B(x, |x|/2) est incluse dans ] − ∞, 0[. En
effet, si y ∈ B(x, |x|/2) alors
où l’égalité vient du fait que x est négatif. L’intervalle ]0, 1[ est laissé aux lecteurs.
2. Le complémentaire de [1, +∞[ est ] − ∞, 1[. Or, en utilisant le même raisonnement que ci-dessus,
on obtient que ] − ∞, 1[ est ouvert donc [1, +∞[ est fermé.
3. Voir les Propositions 2.14 et 2.15.
4. [0, 1[ n’est pas ouvert dans R car pour tout r > 0, le point −r/2 appartient à B(0, r) =] − r, r[
mais pas à [0, 1[. Il n’est pas fermé non plus car son complémentaire est ] − ∞, 0[∪[1, +∞[ et pour
tout r > 0 le point x := max(1/2, 1 − r/2) appartient à B(1, r) mais pas à ] − ∞, 0[∪[1, +∞[.
Remarque 2.11 «Ouvert» et «fermé» ne sont pas des antonymes. Dire «A n’est pas un ouvert»
ne signifie pas «A est un fermé». On vient de voir dans l’Exemple 2.10 qu’il existe des ensembles
qui ne sont ni ouverts ni fermés alors que d’autres sont à la fois ouverts et fermés. En particulier,
E et ∅ sont toujours ouverts et fermés dans (E, d).
Remarque 2.12 De manière similaire à la Remarque 2.7, les notions d’ouvert et de fermé ne sont
pas absolues : elles dépendent de l’espace ambiant E et de la distance d. L’ensemble [0, 3[ n’est
ni ouvert ni fermé dans (R, | · |) mais il est ouvert et fermé dans ([0, 3[, | · |).
Proposition 2.13 1. Toute boule ouverte d’un espace métrique (E, d) est un ouvert.
2. Toute boule fermée d’un espace métrique (E, d) est un fermé. En particulier, un singleton
{x} = B̃(x, 0) est un fermé.
Preuve. En TD.
Attention
\ : Une intersection quelconque d’ouverts n’est pas nécessairement un ouvert. En effet,
] − 1/n, 1/n[= {0} n’est pas un ouvert de (R, | |).
n≥1
Attention
[ : Une union quelconque de fermés n’est pas nécessairement un fermé. En effet,
[1/n, 1 − 1/n] =]0, 1[ n’est pas un fermé de (R, | |).
n≥2
Remarque 2.17 La notion de voisinages est commode mais dans la pratique on pourra presque
toujours remplacer dans un raisonnement les voisinages de x par les boules B(x, r) centrées en x.
Définition 2.19 Soient (E, d) un espace métrique, A une partie de E et x un point de E. On dit que
x est adhérent à A si pour tout r > 0 la boule ouverte B(x, r) intersecte A. L’ensemble des points
adhérents à A s’appelle l’adhérence de A et est noté A.
Remarque 2.20 Il est possible (et facile) de montrer que les points adhérents à A peuvent être
classés en deux types différents :
1. On dit que x ∈ E est un point d’accumulation de A si pour tout r > 0, l’ensemble B(x, r)∩A
contient une infinité de point.
2. On dit que x est un point isolé de A si x ∈ A et x n’est pas un point d’accumulation de A.
Autrement dit, x est un point isolé s’il existe r > 0 tel que A ∩ B(x, r) = {x}.
Soit A une partie d’un espace métrique (E, d). Nous allons voir dans la prochaine proposition
que A est le plus petit fermé de E contenant A. Mais les termes «plus petit» méritent une expli-
cation. On dit que X est le plus petit sous-ensemble de E vérifiant une propriété P si X vérifie lui
même P et que pour tout Y ⊂ E vérifiant la propriété P on a X ⊂ Y. Si un tel X existe (ce qui n’est
pas toujours le cas) il est égale à l’intersection de tous les Y contenus dans E vérifiant P, ou écrit
autrement \
X= Y.
Y ⊂E, Y vérifie P
Mais de tels ensembles n’existent pas toujours. Par exemple, il n’y a pas de plus petit ouvert de
R contenant [0, 1] (car l’intersection de tous les ouverts de R contenant [0, 1] est égale à [0, 1] qui
n’est pas un ouvert). Par contre, grâce à la Proposition 2.15, il existe toujours un plus petit fermé
de E contenant A.
2.1. DÉFINITIONS ET RÉSULTATS FONDAMENTAUX 15
Proposition 2.21 L’adhérence de A ⊂ (E, d) est le plus petit fermé de E contenant A. En particu-
lier, A est fermé si et seulement si A = A.
Preuve. Soit A ⊂ E. Notons provisoirement par B le plus petit fermé de E contenant A. Le but est
de montrer que B = A.
Pour l’inclusion B ⊂ A, raisonnons par contraposée. Si x n’est pas dans A alors il existe r > 0
tel que B(x, r) ∩ A = ∅. Dit autrement, A est contenu dans E \ B(x, r). Or B(x, r) est ouvert donc
E \ B(x, r) est un fermé contenant A, ce qui entraîne par minimalité de B que B ⊂ E \ B(x, r). En
particulier, x n’est pas dans B.
Pour l’inclusion inverse, on raisonne aussi par contraposée. Si x n’est pas dans B alors le fait que B
soit fermé implique qu’il existe r > 0 tel que B ∩ B(x, r) = ∅. Or B contient A donc A ∩ B(x, r) = ∅
et donc x n’est pas dans A.
Attention : L’adhérence d’une boule ouverte B(x, r) n’est pas nécessairement la boule fermée
B̃(x, r). En général, on a B(x, r) ⊂ B̃(x, r). Par contre, si la métrique est celle associée à une norme
sur un espace vectoriel, alors on a B(x, r) = B̃(x, r) (cf. TD).
De manière similaire à ci-dessus, si A ⊂ E on peut considérer le plus grand ouvert de E contenu
dans A. D’après la Proposition 2.14, un tel ensemble existe toujours.
Définition 2.23 Soient (E, d) un espace métrique et A une partie de E. On appelle intérieur de A
le plus grand ouvert de E contenu dans A. L’intérieur de A est noté Å.
Remarque : L’intérieur de A est donc l’union de tous les ouverts contenus dans A.
Proposition 2.24 Soient (E, d) un espace métrique et A une partie de E. Les conditions suivantes
sont équivalentes.
1. A est un ouvert de E ;
2. A = Å.
˚
{ {
(Å) = (A{ ), {
(A) = (A ).
¯
16 CHAPITRE 2. ESPACES MÉTRIQUES
Définition 2.27 Soient (E, d) un espace métrique et A une partie de E. On appelle frontière de A
l’ensemble des points de E qui sont à la fois adhérents à A et A{ . La frontière de A est notée ∂ A.
Définition 2.29 Une partie A d’un espace métrique (E, d) est dite dense si A = E.
Exemple 2.30 Un exemple classique (savez-vous encore le démontrer ?) est que Q est dense dans
(R, | · |).
Définition 2.31 Un espace métrique est dit séparable s’il contient une partie dense au plus dé-
nombrable.
Exemple 2.32 1. Qn est dense dans (Rn , d2 ), Qn étant dénombrable, (Rn , d2 ) est séparable.
2. Soit E l’ensemble des suites de nombres réels x = (xn )n∈N∗ qui convergent vers 0. On munit
E de la distance définie par d(x, y) := supn∈N∗ |xn − yn |. L’ensemble des suites rationnelles
ayant au plus un nombre fini de termes non-nuls est dénombrable et dense dans (E, d).
Définition 2.33 Un espace métrique (E, d) est discret si tous ses points sont isolés.
Définition 2.35 Soient (E, d) un espace métrique et A une partie non vide de E. On appelle dia-
mètre de A :
diam(A) := sup{d(x, y) ; x, y ∈ A}.
Définition 2.36 Soient d et d 0 deux métriques sur un ensemble E. On dit que d et d 0 sont équiva-
lentes s’il existe des nombres réels α, β > 0 tels que
Définition 2.37 Si (E, d) et (E, d 0 ) ont les mêmes ouverts, on dit que les métriques d et d 0 sont to-
pologiquement équivalentes. On dit alors que ces métriques définissent la même topologie sur E.
d|A×A : A × A −→ R+
Définition 2.39 Soient (E, d) un espace métrique, A une partie non vide de E. La métrique d|A×A
s’appelle la métrique induite sur A. L’espace (A, d|A×A ) est alors lui même un espace métrique.
Attention. En général, les notions d’ouverts diffèrent dans (E, d) et dans (A, d|A×A ). Faites tou-
jours bien attention à dans quel espace métrique une partie est ouverte, fermée, ou pas. Par abus
de notation, on écrit souvent d au lieu de d|A×A .
Proposition 2.41 Soient (E, d) un espace métrique, A une partie non vide de E. La partie A est
munie de la métrique induite par celle de E.
1. Une partie U ⊂ A est ouverte dans A si, et seulement si, il existe un ouvert V de E tel que
U = V ∩ A.
2. Une partie F ⊂ A est fermée dans A si, et seulement si, il existe un fermé K de E tel que
F = K ∩ A.
Preuve. Nous allons prouver la première équivalence. La seconde s’en déduit en passant aux
complémentaires (car A \ (A ∩V ) = A ∩ (A \V )).
Supposons que U soit un ouvert de A. Alors pour tout x ∈ U il existe un rayon rx > 0 tel que
BA (x, rx ) ⊂ U. On pose alors
V = ∪x∈U B(x, rx ).
V est un ouvert de E car il est une union de boules ouvertes de E. De plus,
Définition 2.42 Soient (E, d) un espace métrique et ` un point de E. On dit qu’une suite (xn )n∈N
converge vers ` dans (E, d) (ou que ` est une limite de la suite (xn )), si
∀V ∈ V (`), ∃N ∈ N tel que ∀n ≥ N on a xn ∈ V.
Proposition 2.44 (Unicité de la limite) Dans un espace métrique (E, d), si ` et `0 sont limites
d’une suite (xn )n∈N , alors ` = `0 .
On note ` = lim xn . Si une suite admet une limite, on dit aussi qu’elle est convergente.
n−→∞
Proposition 2.45 Dans un espace métrique (E, d), une suite convergente (xn )n∈N est bornée.
C’est-à-dire, l’ensemble {xn ; n ∈ N} est une partie bornée de (E, d).
Définition 2.46 Soit x = (xn )n∈N une suite à valeurs dans l’espace métrique (E, d) (c’est-à-dire
x : N −→ E). Une sous-suite ou une suite extraite de (xn )n∈N est une suite x ◦ φ : N −→ E où
φ : N −→ N est strictement croissante.
Une suite extraite est souvent notée (xφ (k) )k∈N ou (xnk )k∈N .
Proposition 2.47 Toute sous-suite d’une suite convergente est convergente et admet la même li-
mite.
Définition 2.48 Soient (E, d) un espace métrique et (xn )n∈N dans E. On dit que a ∈ E est une
valeur d’adhérence de la suite (xn )n∈N . si
∀V ∈ V (a), ∀N ∈ N, ∃m ≥ N tel que xm ∈ V.
Remarque. Une valeur d’adhérence d’une suite (xn )n∈N de (E, d) est un point adhérent à la partie
{xn ; n ∈ N} ⊂ E, mais la réciproque est fausse.
Proposition 2.49 Soit (xn )n∈N une suite à valeurs dans l’espace métrique (E, d). Les conditions
suivantes sont équivalentes.
1. a est une valeur d’adhérence de la suite (xn )n∈N ;
2. Il existe une suite extraite (xφ (n) )n∈N de (xn )n∈N convergeant vers a ;
3. ∀ε > 0, l’ensemble {n ∈ N ; xn ∈ B(a, ε)} est infini ;
\
4. a ∈ {xk ; k ≥ n}.
n∈N
Proposition 2.50 Soient (E, d) un espace métrique et A une partie non vide de E, alors :
1. a ∈ A si et, seulement si, il existe une suite de A convergeant vers a.
2. A est un fermé de E si et, seulement si, toute suite convergente d’éléments de A converge
dans A.
2.4. CONTINUITÉ 19
2.4 Continuité
Définition 2.51 Soient (E, dE ) et (F, dF ) des espaces métriques et f : E −→ F une application.
On dit que f est continue au point a ∈ E, si
Cela se traduit de manière équivalente en utilisant le concept de limite : f est continue au point
a si et seulement si lim f (x) = f (a). En effet, par définition lim f (x) = ` signifie précisément
x−→a x−→a
∀V ∈ V (`), ∃U ∈ V (a) tel que f (U) ⊂ V ou écrit encore autrement
Proposition 2.52 Soit f : (E, dE ) −→ (F, dF ). Les conditions suivantes sont équivalentes.
1. f est continue au point a ;
2. ∀ε > 0, ∃δ > 0 tel que dE (x, a) < δ entraîne dF ( f (x), f (a)) < ε ;
3. Pour toute suite (xn ) de E convergeant vers a, la suite ( f (xn )) converge vers f (a).
Proposition 2.53 Soit f : (E, dE ) −→ (F, dF ). Les conditions suivantes sont équivalentes.
1. f est continue sur E ;
2. L’image réciproque par f de tout ouvert de F est un ouvert de E, c’est-à-dire : ∀V ⊂ F,
ouvert de F, f −1 (V ) est un ouvert de E ;
3. L’image réciproque par f de tout fermé de F est un fermé de E, c’est-à-dire : ∀B ⊂ F,
fermé de F, f −1 (B) est un fermé de E.
Preuve. Déjà, on remarque en passant aux complémentaires que les deux derniers points sont
équivalents. Maintenant, supposons que f soit continue au sens de la Définition 2.51 et fixons
un ouvert V de F. Si f −1 (V ) est vide, c’est un ouvert de E et il n’y a rien a montrer. Sinon,
fixons x ∈ f −1 (V ). Puisque f (x) appartient à l’ouvert V, il existe r > 0 tel que la boule ou-
verte de F de centre f (x) et de rayon r soit incluse dans V, BF ( f (x), r) ⊂ V. La continuité de
f en x implique qu’il existe δ > 0 tel que si y ∈ BE (x, δ ) alors f (y) ∈ BF ( f (x), r). Dit autrement
BE (x, δ ) ⊂ f −1 (BF ( f (x), r)) ⊂ f −1 (V ). f −1 (V ) est donc bien un ouvert de E.
Inversement, supposons que l’image réciproque par f d’un ouvert de F est toujours un ouvert
de E. Soit x ∈ E et ε > 0. L’hypothèse implique que f −1 (BF ( f (x), ε) est un ouvert de E et, de
plus, il contient x. Donc il existe δ > 0 tel que BE (x, δ ) ⊂ f −1 (BF ( f (x), ε)), ce qui implique que
pour tout y ∈ E tel que dE (x, y) < δ alors dF ( f (x), f (y)) < ε.
Proposition 2.55 Soient (E, dE ) et (F, dF ) des espaces métriques, A une partie dense de E, f : E −→
F et g : E −→ F des applications continues. Si f |A = g|A , alors f = g.
Définition 2.56 Soient (E, dE ) et (F, dF ) des espaces métriques et f : E −→ F une application.
On dit que f est un homéomorphisme si f est bijective et si, de plus, f et sa réciproque f −1 sont
continues. Deux espaces métriques sont dits homéomorphes s’il existe un homéomorphisme entre
eux.
Exemple 2.57 [0, ∞[ et R ne sont pas homéomorphes, car une fonction continue et injective
f : [0, ∞[−→ R ne peut pas être surjective.
Remarque 2.58 Bien qu’à peine effleurée dans ce cours, la notion d’homéomorphisme est cen-
trale en topologie. Il s’agit d’une des façons en mathématiques de comparer la “forme” de deux
objets. De manière très grossière, deux objets sont homéomorphes s’il est possible de déformer
l’un en l’autre sans le déchirer ou l’écraser (cette analogie est fausse mathématiquement mais
illustre assez bien ce qu’est intuitivement un homéomorphisme).
Définition 2.59 Soient (E, dE ) et (F, dF ) des espaces métriques et f : E −→ F une application.
On dit que f est uniformément continue si
∀ε > 0, ∃δ > 0 tel que dE (x, y) < δ entraîne dF ( f (x), f (y)) < ε.
Proposition 2.60 Une application uniformément continue entre deux espaces métriques est conti-
nue.
Remarque : Les fonctions continues f : E −→ F entre deux espaces métriques restent les mêmes
si on passe à des métriques topologiquement équivalentes sur E ou F. Il n’en va pas de même
pour les fonctions uniformément continues. Par exemple, sur [0, ∞[ considérons les deux distances
d(x, y) = |x − y| et d 0 (x, y) = |x2 − y2 |. L’application identité vue comme application de ([0, ∞[, d)
dans lui-même est uniformément continue, alors que comme application de ([0, ∞[, d) à valeurs
dans ([0, ∞[, d 0 ) elle n’est que continue, bien que les distances d et d 0 soient topologiquement
équivalentes.
Définition 2.61 Soient (E, dE ) et (F, dF ) des espaces métriques et f : E −→ F une application.
Soit k ∈ R+ . On dit que f est k-lipschitzienne ou lipschitzienne de rapport k, si
Proposition 2.62 Une application lipschitzienne entre deux espaces métriques est uniformément
continue.
Définition 2.63 Soient (E, dE ) et (F, dF ) des espaces métriques et f : E −→ F une application.
On dit que f est une isométrie, si
Proposition 2.64 Soit {(Ei , di )}1≤i≤n une famille d’espaces métrique. Soit E := E1 × · · · × En .
Les formules suivantes définissent des métriques sur E :
X
δ1 (x, y) = di (xi , yi );
1≤i≤n
Ä X ä1/2
δ2 (x, y) = (di (xi , yi ))2 ;
1≤i≤n
δ∞ (x, y) = max (di (xi , yi )).
1≤i≤n
Dans la suite, on parlera de métrique produit (ou de distance produit) pour l’une quelconque de
ces trois métriques.
Proposition 2.67 Pour 1 ≤ i ≤ n, soit Ui un ouvert de (Ei , di )). Le produit cartésien U1 × · · · ×Un
est alors un ouvert de (E, δa ), a = 1, 2, ∞.
Proposition 2.68 Soit (F, dF ) un espace métrique. Soit E = E1 × · · · × En muni d’une des dis-
tances δa , a = 1, 2, ∞. Une application f : F −→ E est continue si, et seulement si, chacune de ses
applications composantes fi : F −→ Ei est continue.
Proposition 2.69 Soit (F, dF ) un espace métrique. Soit E = E1 × · · · × En d’une des distances δa ,
a = 1, 2, ∞. Soit f : E −→ F une application continue.
Alors pour tout point a = (a1 , . . . , an ) ∈ E, les applications partielles φi : Ei −→ F définies par
Si a2 = 0, φ1 (x) = 0.
Donc la fonction partielle φ1 est continue. Il en est de même pour φ2 , mais f n’est pas continue en
(0, 0).
Proposition 2.71 Soit {(Ei , di )}i∈N∗ une famille dénombrable d’espaces métriques. Alors la for-
mule suivante :
X 1 di (x(i), y(i))
d(x, y) =
i∈N∗
2i 1 + di (x(i), y(i))
Y
définit une métrique sur E = Ei .
i∈N∗
De plus :
1. Les projections πi : E −→ Ei sont continues.
2. Une suite (x(k))k∈N de E converge si, et seulement si, pour tout i ∈ N∗ les suites (xi (k))k∈N
convergent dans Ei .
Proposition 2.72 Soit T : (E, k kE ) −→ (F, k kF ) une application linéaire entre deux espaces
vectoriels normés. Les conditions suivantes sont équivalentes.
1. L’application T est continue ;
2. L’application T est continue en 0 ∈ E ;
3. L’application T est bornée (comme application linéaire), c’est-à-dire :
∃M ≥ 0 tel que kT (v)kF ≤ MkvkE , ∀v ∈ E;
4. L’application T est lipschitzienne.
Remarque 2.73 En général, une application linéaire n’est pas nécessairement continue. Par exemple,
sur l’espace des fonctions continues sur le segment [0, 1], E = C([0, 1], R), considérons la norme
k f k = 01 | f (t)|dt. L’application linéaire F : E −→ R définie par L( f ) = f (1) n’est pas continue.
R
Proposition 2.74 1. L’ensemble des applications linéaires bornées de E dans F, noté Lc (E, F),
est un espace vectoriel sur K.
2. L’application k k : Lc (E, F) −→ R+ est une norme, appelée la norme-opérateur.
3. Si E = F et k kE = k kF , alors pour tout S, T ∈ Lc (E, E), on a kST k ≤ kSkkT k.
Proposition 2.76 Soient (E, k kE ) et (F, k kF ) deux espaces vectoriels normés. On suppose E de
dimension finie. Alors toute application linéaire T : E −→ F est bornée.
Nous étudierons d’autres propriétés des espaces vectoriels normés dans les chapitres suivants.
24 CHAPITRE 2. ESPACES MÉTRIQUES
Chapitre 3
Proposition 3.2 Soit (xn )n∈N une suite de Cauchy d’un espace métrique (E, d), alors (xn )n∈N est
bornée, c’est-à-dire la partie {xn ; n ∈ N} est bornée dans (E, d).
Proposition 3.3 Toute suite convergente d’un espace métrique est une suite de Cauchy.
Preuve. Soit (xn )n ∈ N une suite de (E, d) qui converge vers x ∈ E. Soit ε > 0. Vu que (xn )n∈N
converge, il existe N ∈ N tel que si n ≥ N alors
Donc si m, n ≥ N alors
d(xm , xn ) ≤ d(xm , x) + d(x, xn ) < ε.
Proposition 3.4 Si une suite de Cauchy admet une valeur d’adhérence a, alors elle est conver-
gente et sa limite est a.
Preuve. Supposons que (xn )n∈N soit une suite de Cauchy admettant a comme valeur d’adhérence.
Soit ε > 0. Il existe N ∈ N tel que si m, n ≥ N alors d(xm , xn ) < ε/2. De plus, vu que a est une
valeur d’adhérence, il existe M ≥ N tel que d(xM , a) < ε/2. Donc, si n ≥ N alors
Cette proposition implique donc qu’une suite de Cauchy ne peut avoir plus qu’une valeur adhé-
rence : ou bien une suite de Cauchy a une seule valeur d’adhérence, auquel cas elle convergente,
ou bien elle n’admet aucune valeur d’adhérence.
25
26 CHAPITRE 3. ESPACES MÉTRIQUES COMPLETS
Définition 3.5 Un espace métrique (E, d) est dit complet si toute suite de Cauchy de E est conver-
gente dans E.
Remarque 3.7 La propriété d’être complet pour un espace métrique est relative à la métrique
considérée. Si on change les distances par des distances équivalentes alors le fait d’être complet ou
non est préservé mais ce n’est pas forcement le cas pour des distance topologiquement équivalente.
Par exemple, sur R les deux métriques d(x, y) = |x − y| et d 0 (x − y) = | arctan(x) − arctan(y)| sont
topologiquement équivalentes (elles induisent la même topologie). (R, d) est complet, mais (R, d 0 )
ne l’est pas, car
π π
tan : ( ] − , [, d ) −→ (R, d 0 )
2 2
est une isométrie surjective et (] − π/2, π/2[, d) n’est pas complet.
Proposition 3.8 Un espace métrique (E, d) est complet si et seulement si la propriété suivante est
vérifiée :
Pour toute suite (Fn )n∈N décroissante (c-à-d pour tout n ∈ N, Fn+1 ⊂ Fn . On parle parfois de
“fermés emboîtés”) de fermés non vides telle que
lim diam(Fn ) = 0,
n−→∞
\
on a que Fn est un singleton.
n
Preuve. Soit (Fn )n∈N une suite de fermés comme dans l’énoncé. On pose F := ∩n∈N Fn . Déjà, on
peut remarquer que, sans hypothèse sur E, F contient au plus un point. En effet, si x et y sont dans
F alors pour chaque n ∈ N ils font partis de Fn et donc 0 ≤ d(x, y) ≤ diam(Fn ). Puisque le terme de
droite tend vers 0, cela implique que d(x, y) = 0 donc x = y. Le but maintenant est de montrer que
si (E, d) est complet alors F est non vide. Pour cela, en utilisant le fait que chaque Fn est non vide,
pour chaque n ∈ N on choisit xn ∈ Fn . On utilise maintenant l’hypothèse sur les diamètres et celle
sur la décroissance pour montrer que (xn )n∈N est de Cauchy. Soit ε > 0. Il existe N ∈ N tel que si
n ≥ N alors diam(Fn ) < ε. Si p, q ≥ N alors, par décroissance de la suite (Fn )n∈N , x p , xq ∈ FN et
donc d(x p , xq ) ≤ diam(Fn ) < ε. Ceci montre que la suite est de Cauchy. Donc si (E, d) est complet,
cette suite converge vers un certain x ∈ E. Si k ∈ N alors (xn )n≥k est une suite de Fk et puisque Fk
est fermé, on obtient que x ∈ Fk . Vu que ceci est valable pour tout k, x ∈ F et donc F est non vide.
Inversement, supposons que (E, d) vérifie cette propriété sur les fermés emboîtés. Soit (xn )n∈N
une suite de Cauchy de (E, d). Pour n ∈ N, on pose
Fn = {xk | k ≥ n}.
Par définition, chaque Fn est non-vide, est fermé, et la suite (Fn )n∈N est décroissante. De plus, le
diamètre de Fn tend vers 0. En effet, si ε > 0 alors, puisque (xn )n∈N est de Cauchy, il existe N tel
3.1. NOTIONS GÉNÉRALES 27
diam(A) = diam(A).
Preuve. Puisque A ⊂ A il est évident que diam(A) ≤ diam(A). Pour l’autre inégalité, fixons ε > 0
et prenons deux points arbitraires x, y de A. Par définition de A,
Donc, pour tout ε > 0, diam(A) ≤ diam(A) + ε. On en conclut que diam(A) ≤ diam(A).
Proposition 3.10 Soient (E, d) un espace métrique complet et X une partie fermée de E. Alors X
muni de la métrique induite est complet.
Preuve. Supposons (E, d) complet et X ⊂ E fermé. Soit (xn )n∈N une suite de Cauchy de X. Il
s’agit en particulier d’une suite de Cauchy de E donc elle converge dans E vers une certaine limite
x ∈ E. Or X est fermé donc x ∈ X et donc la suite (xn )n∈N converge dans X.
Proposition 3.11 Soient (E, d) un espace métrique et X une partie de E telle que (X, dX ) soit
complet (dX désigne la métrique induite). Alors X est une partie fermée de E.
Preuve. Soit (xn )n∈N une suite de X qui converge vers x ∈ E. Par la Proposition 3.3, cette suite
est de Cauchy, donc elle converge dans X car celui-ci est complet. On en déduit que x ∈ X et donc
que X est fermé.
Proposition 3.12 Soient (E, d) un espace métrique, (F, d 0 ) un espace métrique complet, A une
partie dense de E et f : A −→ F une application uniformément continue. Alors il existe une unique
application uniformément continue f˜ : E −→ F qui prolonge f , c’est-à-dire f˜|A = f .
Preuve. Soit x ∈ E. Le but est d’expliquer comment définir f˜(x) puis de montrer que cette
définition dépend continument de x (et de manière uniforme). Pour cela, on pose, pour n ∈ N∗ ,
Fn := f (B(x, 1/n) ∩ A)
et on va montrer qu’il s’agit d’une suite de fermés emboîtés non vides dont le diamètre tend vers
0.
Fixons n ∈ N∗ . Déjà, Fn est l’adhérence d’un ensemble donc il est fermé. De plus, B(x, 1/(n +
1)) ⊂ B(x, 1/n) donc Fn+1 ⊂ Fn . Fn est également non vide car, puisque A est supposé dense dans
E, A ∩ B(x, 1/n) 6= ∅ donc f (A ∩ B(x, 1/n)) 6= ∅ et donc Fn 6= ∅.
Il reste à montrer que la suite des diamètres tend vers 0. Ici, l’hypothèse d’uniforme continuité
de f va être cruciale. Soit ε > 0. Cette hypothèse sur f implique qu’il existe δ > 0 tel que si
28 CHAPITRE 3. ESPACES MÉTRIQUES COMPLETS
z, y ∈ A vérifient d(z, y) < δ alors d 0 ( f (z), f (y)) < ε. De plus, il existe N ∈ N∗ tel que 2/N < δ .
Donc si n ≥ N et y, z ∈ A ∩ B(x, 1/n) alors d(y, z) < 2/n ≤ 2/N < δ et donc d 0 ( f (y), f (z)) < ε.
Cela implique que diam(Fn ) ≤ ε. Remarquons pour plus tard que ce N est indépendant de x.
Puisque (F, d 0 ) est complet, la Proposition 3.8 sur les fermés emboîtés implique donc que
∩n≥1 Fn = ∩n≥1 f (B(x, 1/n) ∩ A) est un singleton dont on note f˜(x) l’unique élément.
Cela définit une application de E dans F qui est bien un prolongement de f car si x ∈ A alors,
pour tout n ∈ N∗ , f (x) ∈ f (B(x, 1/n) ∩ A) et donc f (x) ∈ ∩n≥1 f (B(x, 1/n) ∩ A), c-à-d f˜(x) = f (x).
Pour conclure, il faut montrer que x 7→ f˜(x) est uniformément continue. Pour cela, on fixe
ε > 0 et comme ci-dessus on note δ > 0 un constante telle que si y, z ∈ A vérifient d(y, z) < δ
alors d 0 ( f (y), f (z)) < ε. Soit a, b ∈ E tel que d(a, b) < δ3 et soit N ≥ 1 tel que 3/N < δ . On avait
remarqué ci-dessus qu’alors
Or d(a0 , b0 ) ≤ d(a0 , a) + d(a, b) + d(b, b0 ) < δ donc d 0 ( f (a0 ), f (b0 )) < ε. Et f (a0 ) et f˜(a) sont deux
points de f (B(a, 1/N) ∩ A) qui est de diamètre inférieur à ε, donc d 0 ( f˜(a), f (a0 )) ≤ ε. On obtient
de même que d 0 ( f (b0 ), f˜(b)) ≤ ε donc d 0 ( f˜(a), f˜(b)) ≤ 3ε.
Remarque 3.13 L’hypothèse que F soit complet dans la proposition précédente est nécessaire.
Par exemple si E = R avec la métrique usuelle, A = Q et F = Q avec la métrique usuelle. L’iden-
tité sur A = Q est une application uniformément continue de A dans F, mais n’admet pas de
prolongement par continuité à E = R.
Remarque 3.14 Que f soit supposée uniformément continue est aussi nécessaire. Par exemple,
f : Q −→ R définie par f (x) = 0 si x2 < 2 et f (x) = 1 si x2 > 2 est continue comme application
de Q dans R, mais n’est pas uniformément continue. Evidemment, f ne se prolonge pas en une
application (uniformément) continue définie sur R.
Or k est strictement inférieur à 1 donc d(a, b) = 0, c-à-d que f ne peut avoir plus d’un point fixe.
3.3. PRODUITS D’ESPACES MÉTRIQUES COMPLETS 29
Théorème 3.17 (Point fixe) Soient (E, d) un espace métrique complet et f : E −→ E une appli-
cation contractante, alors :
1. f admet un unique point fixe a ∈ E ;
2. Si x0 ∈ E et on définit xn+1 = f (xn ), alors la suite (xn ) converge vers a et d(xn , a) ≤
kn
1−k d(x1 , x0 ).
Preuve. Soit k ∈ [0, 1[ la constante de Lipschitz de f . Soit x0 ∈ E et définissons la suite (xn )n∈N
en posant pour tout n ∈ N, xn+1 = f (xn ). Finalement, posons C := d(x0 , x1 ). Si n ∈ N alors
d(xn , xn+1 ) ≤ Ckn . En effet, cette inégalité est vraie pour n = 0 et si elle est vraie pour un n ∈ N
alors
d(xn+1 , xn+2 ) = d( f (xn ), f (xn+1 )) ≤ kd(xn , xn+1 ) ≤ kCkn = Ckn+1 .
En utilisant l’inégalité triangulaire, on a alors que pour p, q ∈ N avec p < q
q−1 q−1
X X 1 − kq−p kp
d(x p , xq ) ≤ d(xn , xn+1 ) ≤ Ckn = Ck p ≤C . (3.1)
n=p n=p 1−k 1−k
Donc la suite (xn )n∈N est de Cauchy et donc elle converge car (E, d) est supposé complet. On note
a sa limite. Puisque f est continue, on obtient que
f (a) = f ( lim xn ) = lim f (xn ) = lim xn+1 = a,
n→+∞ n→+∞ n→+∞
Remarque 3.18 Les exemples suivants montrent que toutes les hypothèses du théorème sont né-
cessaires.
√
1. f : R −→ R définie par f (x) = 1 + x2 n’admet pas de point fixe. Cette fonction satisfait
| f (x) − f (y)| < |x − y|, ∀x, y ∈ R, mais n’est pas contractante.
2. f : ]0, 1] −→]0, 1] définie par f (x) = x/2 n’admet pas de point fixe. Cette fonction est
contractante, mais ]0, 1] n’est pas complet (pour la distance usuelle).
√
3. La fonction définie sur [0, 1] par f (x) = 1 + x2 satisfait | f (x) − f (y)| ≤ √12 |x − y|, ∀x, y ∈
[0, 1], mais n’admet pas de point fixe : f ([0, 1]) n’est pas inclus dans [0, 1].
Proposition 3.19 Soient {Ei , di }1≤i≤n une famille d’espaces métriques complets et E = E1 × · · · ×
En muni de la métrique δa (a = 1, 2, ∞). Alors l’espace métrique (E, δa ) est complet.
Si de plus X est un espace métrique avec métrique dX , on note Cb (X, E) ⊂ Fb (X, E) l’en-
semble des applications continues bornées de X dans E. L’espace Cb (X, E) est muni de la métrique
induite par δ .
Proposition 3.20 Soient (X, dX ) et (E, dE ) des espaces métriques. Si une suite ( fn )n de Cb (X, E)
converge vers f ∈ Fb (X, E) pour la métrique de la convergence uniforme δ , alors f ∈ Cb (X, E),
i.e. f est continue.
Preuve. Soit ( fn )n∈N une sur de Cb (X, E) qui converge vers f ∈ Fb (X, E). Soit ε > 0 et x ∈ X.
Il existe N ∈ N tel que δ ( fN , f ) ≤ ε/3. De plus, puisque fN est continue en x, il existe η > 0 tel
que si y ∈ X vérifie dX (x, y) ≤ η alors dE ( fN (x), fN (y)) ≤ ε/3. Donc si y ∈ X vérifie dX (x, y) ≤ η
alors
Cela implique que f est continue en x et donc que f est continue sur X car x était arbitraire.
Remarque 3.21 Cette Proposition signifie que Cb (X, E) est une partie fermée de l’espace mé-
trique (Fb (X, E), δ ).
Proposition 3.22 Soient X un ensemble et (E, dE ) un espace métrique complet. Alors l’espace
Fb (X, E) muni de la métrique de la convergence uniforme δ est un espace métrique complet.
Preuve. Soit ( fn )n∈N une suite de Cauchy de Fb (X, E) et supposons que (E, dE ) est complet. Si
x ∈ X et p, q ∈ N alors
Donc la suite ( fn (x))n∈N est une suite de Cauchy et donc, par hypothèse sur (E, dE ), elle converge
vers une limite qu’on note f (x) ∈ E.
Il reste a montrer que x 7→ f (x) appartient à Fb (X, E) et que δ ( fn , f ) tend vers 0. Soit ε > 0 et
soit N ∈ N tel que si p, q ≥ N alors δ ( f p , fq ) ≤ ε. Si z ∈ X, p ≥ N alors, puisque fq (z) tend vers f (z)
quand q tend vers +∞ et que dE ( f p (z), fq (z)) ≤ δ ( f p , fq ) ≤ 1, on obtient que dE ( f p (z), f (z)) ≤ ε
et donc que δ ( f p , f ) ≤ ε, c-à-d que δ ( fn , f ) tend vers 0 quand n tend vers +∞. De plus, en prenant
ε = 1 et x, y ∈ X on obtient
dE ( f (x), f (y)) ≤ dE ( f (x), fN (x)) + dE ( fN (x), fN (y)) + dE ( fN (y), f (y)) ≤ 1 + diam( fN (X)) + 1.
Corollaire 3.23 Soient (X, dX ) un espace métrique et (E, dE ) un espace métrique complet. Alors
l’espace Cb (X, E) muni de la métrique de la convergence uniforme δ est un espace métrique
complet.
Proposition 3.24 Soient (X, dX ) un espace métrique et (E, k kE ) un espace de Banach. Alors
Cb (X, E) et Fb (X, E) munis de la norme
k f k = sup k f (x)kE ,
x∈X
Proposition 3.25 Soit (E, k k) un espace vectoriel normé sur R ou C. Soit F un sous-espace
vectoriel de dimension finie de E. Alors (F, k k) est un espace de Banach.
En particulier, tout sous-espace vectoriel de dimension finie d’un espace vectoriel normé est
fermé.
32 CHAPITRE 3. ESPACES MÉTRIQUES COMPLETS
Chapitre 4
Définition 4.1 Soit (E, d) un espace métrique. Une famille (Ui )i∈I d’ouverts de E s’appelle un
recouvrement ouvert de E si E = ∪i∈I Ui .
Un sous-recouvrement extrait de (Ui )i∈I est un recouvrement (U j ) j∈J où J ⊂ I. On dit qu’un
sous-recouvrement (U j ) j∈J est fini si J est un ensemble fini.
Définition 4.2 Soit (E, d) un espace métrique. On dit que E est compact ou est un espace métrique
compact si de tout recouvrement ouvert de E on peut en extraire un sous-recouvrement fini.
Proposition 4.3 Un espace métrique (E, d) est compact si, et seulement si, pour toute famille de
fermés de E, (Fi )i∈I , telle que ∩i∈I Fi = ∅, il existe une partie finie J ⊂ I telle que ∩ j∈J Fj = ∅.
Définition 4.4 Soit A une partie d’un espace métrique (E, d). On dit que A est une partie compacte
de E si A muni de la métrique induite est un espace métrique compact.
Dire que A est une partie compacte de E équivaut à dire que pour toute famille (Ui )i∈I d’ouverts
de E telle que A ⊂ ∪i∈I Ui , il existe J ⊂ I fini tel que A ⊂ ∪ j∈JU j .
Théorème 4.5 (Heine-Borel-Lebesgue) Tout segment [a, b] ⊂ R est une partie compacte de R.
Une conséquence immédiate de cette proposition est que les parties compactes d’un espace
métrique compact ne sont autre que les partie fermées.
Proposition 4.7 Les parties compactes de R (muni de métrique usuelle) sont les parties fermées
bornées.
33
34 CHAPITRE 4. ESPACES MÉTRIQUES COMPACTS
Attention. En général, les parties fermées bornées d’un espace métrique ne sont pas compactes.
Par exemple, N muni de la métrique discrète est fermé et borné, mais n’est pas compact.
Proposition 4.8 Une union finie de parties compactes est une partie compacte. Une intersection
quelconque de parties compactes est une partie compacte.
Proposition 4.9 Soit (E, d) un espace métrique. Les conditions suivantes sont équivalentes.
1. E est un espace métrique compact.
2. Toute suite de E admet une valeur d’adhérence.
3. Toute suite de E a une suite extraite convergente.
Cette proposition admet une généralisation à un produit quelconque d’espaces compacts (Théo-
rème de Tikhonov).
Proposition 4.11 Les parties compactes de Rn (muni d’une métrique compatible avec la topologie
produit) sont les parties fermées bornées.
Proposition 4.12 Soient (E, dE ) et (F, dF ) des espaces métriques et f : E −→ F une application
continue. Si A est une partie compacte de E, alors f (A) est une partie compace de F.
Proposition 4.13 Soient (E, dE ) et (F, dF ) des espaces métriques et f : E −→ F une application
bijective et continue. Si E est compact, alors f est un homéomorphisme (c’est-à-dire l’application
réciproque f −1 est continue).
Proposition 4.14 Soient (E, d) un espace métrique compact et f : E −→ R une fonction continue.
Alors f est bornée et atteint ses bornes. Autrement dit, on a :
1. f (E) est une partie bornée de R.
2. Il existe un x0 ∈ E tel que f (x0 ) = infx∈E f (x).
3. Il existe un x00 ∈ E tel que f (x00 ) = supx∈E f (x).
Proposition 4.15 Soient (E, dE ) et (F, dF ) des espaces métriques et f : E −→ F une application
continue. Si E est compact, alors f est uniformément continue.
Proposition 4.16 Soit (E, d) un espace métrique. Les conditions suivantes sont équivalentes.
1. E est un espace métrique compact.
2. E est complet et ∀ε > 0 il existe un recouvrement fini de E par des boules ouvertes de
rayon ε.
Proposition 4.19 Soit E un espace vectoriel normé sur R ou C de dimension finie. Alors toutes
les normes définies sur E sont équivalentes.
Remarque. La proposition précédente est fausse si, par exemple, on considère des espaces vec-
toriels sur Q. Soit E = Q × Q. C’est un espace vectoriel de dimension √ 2 sur Q. Considérons les
deux normes suivantes sur E : k(a, b)k1 √ = |a| + |b| et √
k(a, b)k = |a + 2b|. Elles ne sont pas équi-
n
Ä effet, äpour n ∈ N on a (1 − 2) = an + 2bn où an et bn sont des entiers. On a donc
valentes. En
une suite (an , bn ) n de E. On vérifie que cette suite converge vers (0, 0) pour la norme k k, mais
diverge pour la norme k k1 .
Théorème 4.20 (Riesz) Un espace vectoriel normé (E, k k) sur R ou C est de dimension finie si,
et seulement si, la boule fermé B̃(0, 1) est compacte.
36 CHAPITRE 4. ESPACES MÉTRIQUES COMPACTS
Chapitre 5
Définition 5.1 Un espace métrique (E, d) est dit connexe s’il n’est pas l’union disjointe de deux
ouverts non vides. Une partie A de E est dite connexe si A muni de la métrique induite est un
espace métrique connexe.
Exemples. Tout singleton {a} d’un espace métrique est connexe. L’ensemble vide est connexe.
La partie [0, 1] ∪ [2, 3] de R n’est pas connexe. Q n’est pas connexe. Tout ensemble ayant plus de
2 éléments et muni de la métrique discrète n’est pas connexe.
Remarque. Une partie A de E est connexe si et seulement si pour tout ouverts de E disjoints V1 et
V2 tels que A ⊂ V1 ∪V2 , on A ⊂ V1 ou A ⊂ V2 .
Proposition 5.2 Soit (E, d) un espace métrique. Les conditions suivantes sont équivalentes.
1. E est un espace métrique connexe.
2. E n’est pas l’union disjointe de 2 fermés non vides.
3. Les seules parties à la fois ouvertes et fermées de E sont ∅ et E.
Proposition 5.3 Un espace métrique (E, d) est connexe si et seulement si toute application conti-
nue f : E −→ {0, 1} est constante. (L’ensemble à 2 éléments {0, 1} est muni de la métrique dis-
crète).
Proposition 5.5 Soient (E, dE ) et (F, dF ) des espaces métriques. Soit f : E −→ F une application
continue. Si A est une partie connexe de E, alors f (A) est une partie connexe de F.
Exemple. Le cercle unité S1 ⊂ R2 est l’image de l’intervalle [0, 2π] par l’application continue
t 7→ (cost, sint). Donc S1 est connexe.
Corollaire 5.6 Soient (E, d) un espace métrique connexe et f : E −→ R une application continue,
alors f (E) est un intervalle.
37
38 CHAPITRE 5. ESPACES MÉTRIQUES CONNEXES
Proposition 5.7 Soient (E, dE ) et (F, dF ) des espaces métriques. Soit f : E −→ F un homéomor-
phisme, alors E est connexe si et seulement si F est connexe.
Proposition 5.8 Soit (Ai )i∈I une famille de parties connexes d’un espace métrique. S’il existe
i0 ∈ I tel que Ai ∩ Ai0 6= ∅ pour tout i ∈ I, alors ∪i∈I Ai est connexe.
Corollaire 5.9 Soit (Ai )i∈I une famille de parties connexes d’un espace métrique. Si ∩i∈I Ai 6= ∅,
alors ∪i∈I Ai est connexe.
Remarque 5.10 En général, l’intersection de parties connexes n’est pas connexe. Par exemple,
dans R2 , l’intersection de S1 avec l’axe des x est l’ensemble à 2 points {(−1, 0), (1, 0)} qui n’est
pas connexe.
Proposition 5.11 Si A est une partie connexe d’un espace métrique et si B ⊂ E est telle que
A ⊂ B ⊂ A, alors B est connexe. En particulier, si A est connexe, alors A est connexe.
Proposition 5.12 Soient (E, dE ) et (F, dF ) des espaces métriques. Soit f : E −→ F une applica-
tion continue. Alors E est connexe si, et seulement si, le graphe de f est une partie connexe de
E × F.
Proposition 5.13 Soient (E, dE ) et (F, dF ) des espaces métriques non vides. L’espace métrique
produit E × F est connexe si et seulement si E et F sont connexes.
Définition 5.14 Un espace métrique (E, d) est dit connexe par arcs si pour tout couple de points
x et y de E peuvent être joints par un chemin.
Proposition 5.15 Si un espace métrique (E, d) est connexe par arcs, alors il est connexe.
Proposition 5.16 Soient (E, dE ) et (F, dF ) des espaces métriques. Soit f : E −→ F une applica-
tion continue. Si E est connexe par arcs, alors f (E) est connexe par arcs.
Proposition 5.17 Soit (Ai )i∈I une famille de parties connexes par arcs d’un espace métrique. Si
∩i∈I Ai 6= ∅, alors ∪i∈I Ai est connexe par arcs.
Composantes connexes
Soient (E, d) un espace métrique et x, y ∈ E. On dit que "x est connecté à y" s’il existe une
partie connexe de E qui contient x et y.
Proposition 5.18 Dans un espace métrique (E, d), la relation "x est connecté à y" est une relation
d’équivalence sur E.
39
Proposition 5.20 Pour tout élément x dans un espace métrique (E, d), on a :
1. Cx est l’union des parties connexes contenant x ;
2. Cx est une partie connexe de E ;
3. Cx est une partie fermée de E.
Proposition 5.21 Soit f : (E, dE ) −→ (F, dF ) une application continue. Alors pour tout x ∈ E on
a f (Cx ) ⊂ C f (x) .
Proposition 5.22 Soit f : (E, dE ) −→ (F, dF ) un homéomorphisme. Alors l’ensemble des compo-
santes connexes de E est en bijection avec l’ensemble des composantes connexes de F et, pour
tout x ∈ E, on a que f |Cx : Cx −→ C f (x) est un homéomorphisme.
Remarque 5.23 1. Une partie convexe d’un espace vectoriel normé est connexe par arcs,
donc connexe.
2. En particulier, tout espace vectoriel normé est connexe.
3. Toute boule d’un espace vectoriel normé est connexe.
Proposition 5.24 Soit E un espace vectoriel normé sur R ou C. Un ouvert de E est connexe si et
seulement si il est connexe par arcs.