Les figures de style
Une figure de style est un effet de signification produit par une construction particulière de la langue qui s'écarte de l'usage le plus
courant. Les figures de style peuvent ainsi modifier le sens des mots, modifier l'ordre des mots de la phrase etc.
Analogie n. f.
Mise en relation de deux objets, deux phénomènes, deux situations qui appartiennent à des domaines différents mais font pense r l'un à
l'autre parce que leur déroulement, leur aspect, présentent des similitudes. La métaphore et la comparaison sont des exemples
d'analogie.
Comparaison n. f.
Figure de style qui consiste à rapprocher un comparé et un comparant, par l'intermédiaire d'un outil de comparaison. Ce procédé
établit un parallèle entre deux réalités.
Métaphore n. f.
Figure de style qui rapproche un comparé et un comparant, sans outil de comparaison (contrairement à une comparaison).
On distingue deux sortes de métaphores : dans la métaphore annoncée, le comparé est présent :
(La métaphore annoncée est assez proche de la comparaison ; mais contrairement à ce qu'on trouve
dans une comparaison, l'outil de comparaison («comme») n'est pas exprimé explicitement)
Lorsque le comparé est absent et qu'il ne reste plus que le comparant, la métaphore peut se
transformer en une sorte de devinette ou en énigme. On parle alors de métaphore directe :
Comparaison ou Métaphore filée n. f.
Il s'agit d'une comparaison ou d’une métaphore qui se prolonge, qui est développée (par ex. dans tout un paragraphe) et qui s'appuie le
plus souvent sur des mots qui relèvent d'un même champ lexical.
Champs lexical n. m.
On appelle « champ lexical » l’ensemble des mots qui se rapportent à une même réalité. Les mots qui forment un champ lexical peuvent
avoir comme points communs d’être synonymes ou d’appartenir à la même famille, au même domaine, ou encore à la même notion.
Exemple : Le champ lexical de la guerre : synonymes : guerre, conflit, combat, même famille : guerre, guerrier, guerroyer, même domaine :
soldat, arme, troupe, capitaine, même notion : blessure, violence, hostilité.
Souvent, plusieurs champs lexicaux s’associent dans un même texte. Observer et relever les mots d’un texte ou d’une œuvre pour
constituer les champs lexicaux dominants permet de saisir la cohésion lexicale de l’œuvre et d’en dégager le thème ou les thèmes
importants.
Certains champs lexicaux, parce qu’ils sont fondamentaux, apparaissent fréquemment : les cinq sens : vue, ouïe, goût, odorat, toucher,
les quatre éléments : eau, terre, air, feu, l’appréciation : le positif et le négatif, le déplacement : mouvement et immobilité.
Métonymie n. f.
Elle remplace un terme par un autre qui est lié au premier par un rapport logique, par exemple : le contenant pour le contenu (boire un
verre), le symbole pour la chose (les lauriers, pour la gloire), l'écrivain pour son œuvre (lire un Zola).
Synecdoque n. f.
C'est un cas particulier de métonymie dans lequel on prend le tout pour la partie ou la partie pour le tout : le tout pour la partie : Metz a
gagné la finale (pour «les joueurs de l'équipe de foot de Metz»...), la partie pour le tout: les voiles prennent le départ (pour «les bateaux
à voiles»).
Allégorie n. f.
Il s'agit d'une figure de style qui consiste à représenter de façon imagée, en la matérialisant, une idée abstraite. On fait donc appel au(x)
symbole(s). Un ensemble d'indices renvoie à une idée comme la justice, le temps, la mort etc. Elle peut faire appel à la personnification.
Ex: «Le Temps mange la vie» (Baudelaire, Les Fleurs du Mal, «L'Horloge»). Ici le temps est matérialisé par l'image d'un monstre qui
dévore la vie de l'homme.
Lorsqu'elle se met à parler, il s'agit d'une prosopopée
Personnification n. f.
Cette figure de style consiste à évoquer un objet, une idée ou une abstraction sous les traits d'un être humain. Ex:
« L'habitude venait me prendre dans ses bras, comme un petit enfant. » (Proust, Du côté de chez Swann)
Prosopopée n. f.
Cette figure de style consiste à imaginer le discours d'une personne morte ou absente, ou même d'une chose personnifiée
(personnification).
Anacoluthe n. f.
L'anacoluthe est une rupture de construction sur le plan de la syntaxe, c'est-à-dire une transformation, au milieu de la phrase, de la
construction grammaticale que le début de la phrase laissait attendre. Il peut s'agir d'une faute involontaire à l'écrit:
Ex: Déçue par son comportement, Jules présenta ses excuses à Julie. Ici «déçue» se rapporte à «Julie» donc le sujet du verbe
principal devrait être «Julie»
L'anacoluthe, sous la plume de grands écrivains peut devenir figure de style et renforcer l'énoncé, mettre en valeur en créant un effet de
surprise:« Exilé sur le sol au milieu des huées / Ses ailes de géant l'empêchent de marcher» (Baudelaire, Les Fleurs du Mal,
« L'Albatros »).
Anaphore n. f.
Figure de style caractérisée par la répétition d'un terme en tête de vers, de groupes de mots, de propositions ou de phrases qui se
suivent et qui permet d'insister sur une idée. Ex: « Rome, l'unique objet de mon ressentiment ! / Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon
amant ! / Rome qui t'a vu naître, et que ton cœur adore ! / Rome enfin que je hais parce qu'elle t'honore ! » Corneille, Horace .
L’anaphore comporte aussi fréquemment un parallélisme de construction.
Parallélisme de construction n. m.
Dans une phrase, il y a parallélisme de construction lorsqu'une construction identique est répétée plusieurs fois. Ex: Partir pour tout
laisser / Quitter pour tout abandonner / Revenir pour tout recommencer. Dans ce cas précis, la construction qui se répète est: Infinitif
+ "pour tout" + infinitif.
Chiasme n. m.
Dans un chiasme, contrairement au parallélisme de construction les éléments de groupes parallèles sont inversés. Autrement dit, dans
cette figure de style, des termes (identiques, qui s'opposent ou qui peuvent être mis en relation) sont disposés en sens inverse dans
deux segments de phrase.
Ex : « Vivre simplement pour que d'autres puissent simplement vivre. » (Gandhi) « La neige fait au nord ce qu'au sud fait le sable. »
(Victor Hugo) « Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger. » (Molière)
Antiphrase n. f.
Cette figure de style consiste à dire le contraire de ce qu'on pense, tout en montrant qu'on pense le contraire de ce qu'on dit. Ce
procédé est le support essentiel de l'ironie. Pour bien comprendre cette figure de style, le contexte est important, puisqu'il permet de
découvrir si une phrase est ironique ou non.
Antithèse n. f.
Figure de style qui met en parallèle des mots qui désignent des réalités opposées. Elle est souvent renforcée par un parallélisme de
construction. Ex: Certains aiment la nuit comme d'autres vénèrent le jour.
Antonomase n. f.
Figure de style dans laquelle un nom propre est utilisé comme nom commun, ou inversement, quand un nom commun est employé pour
signifier un nom propre. Ex : « un don Juan », « un harpagon », « un bordeaux », « le roquefort », « un gavroche », « le Malin ».
Apostrophe n. f.
Figure de style qui consiste à interpeller une personne vivante ou morte, présente ou absente, ou encore une notion abstraite. Dans
l'apostrophe, on s'adresse directement à quelqu'un ou à quelque chose. Elle peut être associée à la personnification si l'apostrophe
s'adresse à une chose.
Ex: « Ô lac ! rochers muets ! Grottes ! forêt obscure ! / Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir, / Gardez de cette nuit,
gardez, belle nature, / Au moins le souvenir ! » (Alphonse de Lamartine, Méditations poétiques, « Le Lac »).
Asyndète n. f.
Figure de style qui consiste en l'absence volontaire de liaison entre deux termes ou groupes de termes en rapport étroit. (Ex: « Je le vis,
je rougis, je pâlis à sa vue » Racine, Phèdre). On l'utilise pour souligner une relation logique, produire un effet de contraste,
d'accumulation, de désordre, etc.
Enumération n. f.
Figure de style qui consiste à dénombrer des divers éléments dont se composent un concept générique ou une idée d'ensemble. Ex :
«Que la terre, le ciel, que toute la nature du monde » (Racine, Phèdre), « Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère, haine, frissons,
horreur, labeur dur et forcé » (Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, « Chant d'automne »).
Euphémisme n. m.
Figure de style qui consiste à remplacer une expression qui risquerait de choquer, par une expression atténuée. Ex: «Demandeur
d'emploi» est un euphémisme pour désigner un chômeur. Le procédé inverse est l'hyperbole.
Hyperbole n. f.
Cette figure de style consiste à amplifier une idée pour la mettre en relief. Il s'agit d'une exagération. C'est souvent le contexte qui
permet de dire s'il y a hyperbole ou non. Elle peut comporter une indication de nombre comme mille, trente-six, cent etc. Ex: briller de
mille feux, mourir de soif, avoir trois tonnes de boulot, se faire tuer par sa mère en rentrant...
Gradation n. f.
Cette figure de style se caractérise par l'emploi de termes de plus en plus forts. L'énoncé comporte des termes de force croissante.
Ex: «Va, cours, vole, et nous venge.» (Corneille, Le Cid). La gradation utilise souvent d'autres procédés, comme c'est la cas dans cette
phrase, dans laquelle on trouve aussi des hyperboles et des métaphores.
Hypallage n. f.
Figure de style consistant à attribuer à certains mots d'une phrase ce qui se rapporte à d'autres mots. Ex: «le chevalier leva une main
vengeresse» (c'est le chevalier qui se venge, non la main). « Les habitants de l'orgueilleuse Rome » (Racine) (au lieu des habitants
orgueilleux de Rome).
Litote n. f.
Figure de style qui consiste à dire peu pour suggérer beaucoup. Le verbe est en général à la forme négative. Comme l'euphémisme, la
litote peut servir l'ironie...
Ex: On fait une litote si on dit : «Ce joueur de tennis n'est pas très doué»... (pour dire « il est franchement nul ! »). La litote la plus
célèbre est celle utilisée par Chimène dans Le Cid de Corneille lorsqu'elle dit à Rodrigue : « Va, je ne te hais point » (pour lui dire
qu'elle l'aime)
Oxymore n. m. (aussi appelé oxymoron)
Figure de style qui consiste à placer l'un à côté de l'autre deux mots opposés. Ce procédé permet de créer un paradoxe ou une image
surprenante. Ex : «Cette obscure clarté» (Corneille, Le Cid), un « silence éloquent », un « mort-vivant »...
Paradoxe n. m.
Un paradoxe, d'après l'étymologie (du grec paradoxos : « contraire à l'opinion commune », de para : « contre », et doxa : « opinion »),
désigne une idée ou une proposition à première vue surprenante ou choquante, c'est-à-dire allant contre le sens commun.
Ex : « Les crimes engendrent d'immenses bienfaits et les plus grandes vertus développent des conséquences funestes. » (Paul Valéry),
« Paris est tout petit, c'est là sa vraie grandeur. » (Jacques Prévert).
Paronomase n. f.
Il s'agit d'une figure de style qui consiste à rapprocher, dans un énoncé, des paronymes (=des mots qui comportent des sonorités
semblables)
Ex: « Qui vole un œuf vole un bœuf ». «Œuf» et «bœuf» sont des paronymes. « Qui se ressemblent, s’assemblent ».
Palindrome n. m. et adj.
On désigne ainsi un énoncé qui peut être lu indifféremment de gauche à droite, ou de droite à gauche en conservant le même sens.
Ex: « Tu l'as trop écrasé, César, ce Port-Salut... » (Victor Hugo), « Elu par cette crapule. » (Marcel Duchamp), « Esope reste ici et
se repose. », « La mariée ira mal. »
Périphrase n. f.
Une périphrase consiste à dire en plusieurs mots ce qu’on pourrait dire en utilisant un seul terme.
Les précieux et les précieuses du XVIIème siècle, qui souhaitaient se distinguer, entre autres, par leur langage, étaient des virtuoses de
la périphrase : avec eux, un simple balai devenait un « instrument de la propreté », le miroir était le « conseiller des grâces », et les
fauteuils, les « commodités de la conversation » ; quant au verre d'eau, il était de bon ton de l'appeler plutôt un « bain intérieur ».
Prétérition n. f.
Cette figure de style consiste à parler de quelque chose en commençant par annoncer qu'on ne va pas en parler. Ex: « Je n'ai pas
besoin de vous redire l'importance de la ponctualité dans une entreprise et... ».
Répétition n. f.
Figure de style qui consiste à reprendre volontairement plusieurs fois un mot ou un groupe de mots dans un énoncé, afin de créer un
effet de style. Ex : « La terre était grise, le blé était gris, le ciel était gris » (Giono).
Zeugma n. m. (aussi appelé zeugme ou attelage)
Figure de style qui consiste à lier par la syntaxe deux mots ou groupes de mots dont un seul se rapproche logiquement au verbe. Les
deux mots liés syntaxiquement peuvent être incompatibles parce que l'un est abstrait et l'autre concret («Un livre plein de charme et de
dessins»; «il a posé une question et son chapeau») ou parce qu'ils font appel à des sens différents du verbe : «Retenez cette date et une
place dans le train».L'exemple le plus connu est donné par Victor Hugo : « Vêtu de probité candide et de lin blanc. »