Pilier DD
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4 | 2006
Vers une mise en résonance de questions en suspens autour du développement durable
Articles
Lionel Charles
p. 22-34
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Résumé | Index | Plan | Texte | Bibliographie | Notes | Citation | Cité par | Auteur
Résumés
FrançaisEnglish
La notion de développement durable, mise en avant par le rapport Bruntland en 1987, s’est
fortement installée au premier plan de l’espace public tant à l’échelle française qu’à l’échelle
mondiale. Constituée comme une extension de la notion d’environnement de façon à ce que
celui-ci n’apparaisse pas faire peser sur les pays en voie de développement des contraintes
trop importantes, elle associe celui-ci à deux dimensions qui en sont très proches, mais qu’il
ne prend pas explicitement en considération, l’économique et le social, et introduit la notion
clé d’équité intergénérationnelle. De par l’ampleur des champs qu’elle recouvre et des entrées
qu’elle offre, elle a ouvert l’approche environnementale à des prises en compte très larges, ce
qui lui a permis de diffuser dans de très nombreux secteurs de la vie collective publics ou
privés, et d’y introduire des démarches entièrement nouvelles. Mais, compte tenu de la
diversité des éléments, de l’ampleur des perspectives, des échelles spatio-temporelles qu’elle
est amenée à recouvrir, se trouve posée la question de savoir si elle ne menacerait pas au
final la pertinence de l’environnement. La question du réchauffement climatique en tant que
question environnementale majeure sert ici de référence pour mettre en parallèle les
exigences nées d’une interrogation que les années récentes ont fait apparaître comme de
plus en plus urgente, imposant des interventions rapides, face au développement durable. Elle
met globalement en évidence la portée fondamentale des interrogations environnementales
et les contraintes, en particulier temporelles, y compris en termes de coûts économiques, qui
y sont attachées, sans parler des synergies particulières que l’on peut y associer. Un tel
éclairage permet ainsi de relativiser le développement durable, de mieux en cerner l’apport et
de situer ainsi plus précisément la portée de la démarche environnementale, condition sine
qua non de la durabilité.
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Plan
La question du développement
Conclusion
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Texte intégral
PDF 176k
1Cela fait maintenant vingt ans que le développement durable a fait son apparition sur la
scène mondiale avec le rapport coordonné par G. O. Bruntland, Our common future (Notre
avenir à tous en français1). Restée relativement confidentielle jusque dans les années 90,
d’abord limitée au cadre de la recherche ou du mouvement environnemental, popularisée par
la conférence de Rio en 1992, la notion de sustainable development et son transposé
français.développement soutenable ou durable se sont ensuite progressivement imposés dans
l’espace public mondial comme un concept majeur face à l’extension croissante des
problématiques et des enjeux environnementaux et de leur relation à la question du
développement. En vingt ans, le développement soutenable a été l’objet de très nombreux
travaux dans une multitude de domaines, en particulier en économie, en sciences sociales et
en sciences politiques, pour en éclairer, en approfondir mais aussi en évaluer le sens, les
dimensions et les implications. Depuis quelques années, le succès de la notion et un certain
flou dans ce qu’elle recouvre font qu’elle a été largement reprise, de façon souvent abusive,
par un grand nombre d’instances décisionnelles publiques ou privées, ce qui en a
certainement affaibli la portée et suscité une réprobation, voire un refus marqué, en particulier
de la part de nombreux penseurs ou acteurs du mouvement environnemental2. Elle n’en
constitue pas moins une référence centrale dans ce que sont devenus la pensée et la
pratique, le champ de l’environnement, dans sa relation au développement.
La question du développement
5 Dans lesquels il faut inclure les deux guerres mondiales, fruit des rivalités des sociétés en
plein (...)
3La dynamique mondiale à laquelle nous faisons face aujourd’hui est avant tout marquée,
depuis la seconde moitié des années 90, par la mondialisation économique, une extension de
la circulation et des échanges des personnes, des marchandises et des capitaux sans
précédent en étroite relation avec le décollage économique de pays comme la Chine, l’Inde, le
Brésil, l’Afrique du Sud ou l’Égypte. Ceux-ci présentent des rythmes annuels mais aussi des
potentiels de croissance qui en feront, à l’échéance d’une ou deux décennies, de nouveaux
géants mondiaux. Le rythme et l’ampleur de la croissance économique mondiale se situent à
des niveaux sans précédent. Cette situation présente de nombreuses facettes sur lesquelles
il ne nous appartient pas de nous pencher ici. Mais on peut en retenir un trait qui porte sur la
notion même de développement, sur laquelle les évolutions récentes permettent de jeter un
regard et d’envisager des hypothèses nouvelles dans sa relation à l’environnement et à son
lien originel avec la nature. Ce que font apparaître les évolutions que connaissent aujourd’hui
des pays comme l’Inde et la Chine, c’est la rapidité et l’ampleur des processus à l’œuvre, leur
brutalité, leur irréversibilité dans la destruction des modes de vie, des cultures, des pratiques
traditionnelles, et leur remplacement à des échelles sans précédent par des structures et des
modes de fonctionnement entièrement nouveaux pour ces pays et leurs populations, qui
constituent par certains côtés un véritable traumatisme collectif. Cela est particulièrement
vrai d’un pays comme la Chine où l’on voit comment une évolution d’une extrême rapidité crée
des disparités d’une ampleur sans précédent. Ce que de telles évolutions rendent sensible,
c’est la vision rétrospectivement naïve que l’on pouvait avoir du développement quand on
prétendait l’associer à l’environnement, comme le proposait en particulier
l’écodéveloppement4. L’idée sous-jacente était celle de la possibilité d’un passage progressif,
graduel d’une société agricole, traditionnelle à une société plus avancée avec un meilleur
niveau de vie, une économie plus forte se technicisant peu à peu, des conditions de santé
améliorées à travers un recours à des technologies et la mise en place de modes de vie éco-
favorables. Le processus de développement industriel, c’est-à-dire le passage d’une socio-
économie rurale à une société techniquement avancée est un processus de transformation
beaucoup plus brutal et radical, non sans proximité avec la violence armée. On en mesure
d’autant moins l’ampleur qu’il s’est réalisé en Occident sur plusieurs siècles5, alors
qu’aujourd’hui, dans le contexte du monde contemporain, qui a déjà pour une part connu une
telle transformation, il peut se produire beaucoup plus rapidement, et donc beaucoup plus
brutalement encore pour les populations et les sociétés. Un tel processus apparaît d’une
puissance considérable et difficilement contrôlable, il est soumis à une logique interne
spécifique caractérisée par des contraintes très fortes, une certaine forme d’urgence,
d’oblitération et de destruction comme de renouvellement. Dans une telle logique, les
dimensions d’environnement et de développement apparaissent non pas tant
complémentaires, que mutuellement exclusives. Elles sembleraient devoir être envisagées
non pas simultanément mais successivement. Une phase de développement, dont il est
difficile de concevoir qu’elle ne se déroule autrement que brutalement, compte tenu de
l’ampleur des transformations sociales, culturelles associées aux mutations économiques et
technologiques à l’œuvre, possédant une logique propre dominée par des impératifs techno-
économiques, a des chances d’être suivie par une phase plus qualitative, dans laquelle
l’environnement vient au premier plan6. Dans cette seconde phase, la conscience mais aussi
les moyens économiques, technologiques, sociaux et culturels permettent, voire favorisent un
investissement plus important dans les dimensions qualitatives, qui ont d’abord trouvé une
première satisfaction à travers la dimension purement quantitative de croissance techno-
industrielle. Il y a là un schéma qui s’inscrit dans une contradiction assez nette avec la notion
de développement durable telle qu’elle a été imaginée par ses concepteurs. Une question très
importante de ce point de vue est celle des attachements individuels et collectifs à des
cadres d’expérience dont il est toujours délicat d’envisager l’évolution.
7 Cf. l’usage que fait Z. Bauman (2007) de la métaphore du liquide pour décrire la modernité
mondiali (...)
4Le développement des pays industrialisés du Nord a connu, au cours du XXe siècle, de
nombreuses ruptures. Les deux guerres mondiales peuvent être vues comme des crises
d’adaptation massives qui ont permis à l’humanité de cristalliser l’expérience collective de la
modernité industrielle et technicienne et favorisé l'émergence d’un nouvel univers symbolique
davantage compatible avec le développement des technologies. Celui-ci a rendu socialement
acceptable, collectivement possible, contrairement à l’expérience antérieure, en particulier
celle des années trente, la transformation du monde liée aux technologies. Ces ruptures
marquent probablement pour une part la fin de l’imperium inter-humain qui avait caractérisé
les sociétés jusque-là, et le transfert de cet imperium sur la technologie elle-même comme
moteur et vecteur de la transformation des sociétés. À travers la seconde guerre mondiale en
particulier, et son issue symbolique très forte de victoire sur les fascismes et donc sur la
perspective de l’inscription nécessaire des technologies dans un éthos préconstitué
s’opposant à leur extension effective, les sociétés humaines accèdent au renouvellement
considérable du potentiel que celles-ci représentent du point de vue du devenir humain. Celui-
ci passe par leur intégration, leur nécessaire hybridation avec l’humain, dans lequel
l’environnement joue un rôle majeur à travers la multiplication des interfaces, qui marque
aussi la fin de la coupure entre faits et valeurs (Putnam, 2004). Cela passe également par une
inflexion et une adaptation du capitalisme, sa déterritorialisation, sa mobilisation multiforme,
sa fluidification en quelque sorte7, qui caractérise sa dynamique depuis le début des années
80. Le mouvement culturel des années cinquante et soixante sur fond de guerre froide et de
menace de destruction réciproque des deux super-puissances a constitué un formidable
analyseur et en même temps un puissant résonateur de la réalité de la guerre, de cette
confrontation massive des sociétés à la violence interhumaine relayée par la technologie,
mouvement de captation et d’adaptation aux contextes nouveaux nés de l’évolution technique
à travers l’appropriation de tout un ensemble de médiations nouvelles, de nouveaux registres
émotionnels tributaires et moteurs de nouvelles façons de faire circuler du sens qui ont
permis de libérer l’expression technique de médiations psychologiques et morales trop
contraignantes, non sans risque de désarticuler les sociétés... Cette fin de l’ordre moral ne
signifie pas pour autant la fin de l’éthique, mais son redéploiement dans des perspectives, des
champs, à travers des liaisons, des configurations nouvelles, tant au plan individuel que
collectif, dans des perspectives exploratoires d’une échelle sans précédent.
8 On peut rappeler que celles-ci sont à l’origine de la croissance démographique globale, qui
partici (...)
6Ces éléments conduisent à une interrogation sur les relations entre environnement et
développement durable sur lesquelles il paraît important de se pencher pour en éclairer les
enjeux et tenter de cadrer les perspectives. Le concept de développement durable a été
proposé pour élargir la logique de l’environnement en moteur d’une stratégie multiforme
d’ajustement collectif face à l’ensemble des menaces et des contraintes que font peser sur la
biosphère les activités humaines décuplées par les ressources de la technologie et de
l’industrie alimentées par l’apport scientifique8 tout en prenant en compte les exigences de
développement des pays moins avancés. Le développement durable est le fruit d’une
rationalisation de la problématique environnementale et de son extension logique aux
champs anthropiques auxquelles elle est la plus directement liée, l’économique et le social,
référents majeurs du développement. Par là, on replace l’environnement dans une logique
plus spécifiquement anthropique, alors que la notion d’environnement a une portée beaucoup
plus large et concerne l’ensemble des organismes vivants et vise la biosphère. Elle renvoie à
une propriété fondamentale du vivant de n’exister précisément qu’en relation à un univers
extérieur auquel il emprunte en permanence des éléments matériels et/ou des informations
indispensables à sa survie. Dans ce processus, cet organisme transforme l’univers
environnant avec lequel il interagit, ce qui est susceptible de l’affecter en retour.
L’environnement qualifie une propriété générale du vivant. En en circonscrivant indirectement
le champ à la dimension anthropique, le développement durable en borne indirectement
l’horizon.
7Derrière son évidence apparente, la notion d’environnement s’est élaborée au fil d’une
acquisition complexe et de long terme, qui a d’abord pris son sens moderne dans le monde
anglo-saxon. C’est une notion fondamentalement dynamique et réflexive, qui est le fruit de
l’acquis scientifique du XVIIe siècle et de ses prolongements, en particulier en biologie et dans
les sciences de la Terre, conjoint à la reconnaissance de la réalité sensible comme support de
l’accès au monde de l’individu, affirmé par l’empirisme. L’émergence de l’environnement tel
que nous le connaissons est indirectement le fruit du bouleversement épistémologique
introduit par celui-ci, qui fait de la sensation le point de départ de la connaissance, à partir de
laquelle s’élaborent les facultés plus complexes de l’entendement9. C’est surtout la
dimension d’individuation liée à cette position épistémologique qui constitue le ressort
premier de l’environnement, situant chaque organisme face à la réalité propre de la relation
qu’il entretient avec le monde qui l’entoure. L’environnement ne relève d’aucune ontologie,
mais plutôt d’un accès au monde, à un monde tissé des relations que tout organisme
entretient avec l’univers physico-chimique, biologique ou social dans lequel il est amené à
exister. L’environnement résulte de l’émergence d’une subjectivité informée par la science à
travers laquelle s’élabore le cheminement individuel et collectif humain. Le mouvement
environnemental s’est constitué dans cette double perspective à la fois sensible, morale et
scientifique, d’examen des implications, pour la biosphère comme pour l’humanité, de sa
puissance cognitive et technique. C’est de la conjonction de ces deux composantes
hétéronomes qu’il tire sa dynamique particulière qui en a fait l’une des réalités collectives
majeures du XXe siècle, et plus nettement depuis les années 60. Qu’en est-il de sa relation au
développement durable ?
10C’est bien dans cette logique que se situe pour une part la soutenabilité, en cherchant
cependant à composer avec des registres très différents. Elle exprime la vulnérabilité de
l’ordre humain aux risques de l’environnement tout en prenant acte des disparités de
développement et de la nécessité de ne pas pénaliser les pays les moins avancés. Mais, en
mélangeant comme elle le fait des registres spécifiquement interhumains et
environnementaux, elle aboutit cependant à des formulations et des sens très différents,
selon les registres mis en avant. C’est là toute l’ambigüité du développement durable dans la
mesure où il ne propose aucune hiérarchie entre ses composantes environnement,
économique, social qu’il expose ainsi à un redoutable mélange. Il ne constitue plus un
opérateur spécifique comme l’environnement. En ce sens, il apparaît vain de voir dans le
développement durable un nouveau cadre paradigmatique susceptible d’éclairer et de guider
l’humanité autrement que dans des perspectives larges, de long terme et nécessairement
imprécises. De fait, il exigerait au minimum une prospective, dont on comprend qu’elle est
impossible à élaborer, tant les facteurs susceptibles d’intervenir peuvent jouer les uns avec
les autres. De ce point de vue, on mesure déjà toute l’audace du rapport Stern (Stern, 2006).
Au mieux, le développement durable contribue à situer un horizon, à indiquer une pertinence,
une orientation, un sens opératoire général, une limite potentielle, mais il ne permet en rien de
préjuger d’un avenir fondamentalement problématique dans ses multiples dimensions et par
rapport auquel il n’offre aucune garantie. Il apparaît très en retrait face à la radicalité de la
question environnementale telle que la manifeste le changement climatique, par exemple, de
ses effets et ses implications clairement identifiables et cependant si difficiles à intégrer
collectivement. Il se situe davantage du côté de la réponse collective que de l’interrogation
initiale sur une base à la fois rationnelle et morale, et semble ainsi apporter une contribution
limitée à une contradiction dont les termes sont irréductibles, mais dont il ne porte pas
entièrement la dynamique. La notion de soutenabilité tient à l’effort pour tempérer une
éventuelle normativité de l’environnement projetée sur les pays en voie de développement,
susceptible de remettre en question leur développement au nom d’exigences
environnementales trop strictes. Mais elle en affaiblit aussi les exigences sur un plan plus
général, en particulier dans les pays développés. En ce sens, on peut se demander si elle ne
témoigne pas d’une lecture trop restrictive, trop étroite de l’environnement, ne prenant pas
suffisamment en compte son caractère de modèle d’intelligibilité, de figure heuristique que
l’on peut extraire de la réalité et appliquer à des contextes très différents, permettant d’en
appréhender des dimensions fondamentales dans le cadre d’un référencement concret.
L’environnement ne relève pas d’une ontologie. L’environnement apporte une information qui
s’accompagne de la nécessité de lui apporter des réponses, mais il ne constitue pas pour
autant un cadre normatif. La notion d’environnement est à rattacher à un relativisme des
situations, des contextes, des occurrences, à une part d’empirisme, elle n’a aucun caractère
transcendant et emprunte plutôt sa pertinence à la distance que le regard scientifique est
capable d’induire face à la réalité et sa capacité à modéliser. Elle signifie simplement la
possibilité d’un positionnement extérieur, d’observation, d’une prise de distance sans
implication directe ou immédiate, c’est-à-dire une certaine forme d’objectivation à laquelle elle
associe la possibilité d’un engagement, dont elle exprime les conditions.
11 Une hypothèse que l’on pourrait avancer à ce propos est celle d’une rivalité entre l’État,
jaloux d (...)
12 H.-J. Scarwell, I. Roussel, Les démarches locales de développement durable à travers les
territoire (...)
12L’analyse qu’il est possible de formuler à travers l’exemple de la région Nord - Pas-de-Calais
montre l’importance du rôle joué par la notion de développement durable, qui a permis de
mettre sur le devant de la scène le tryptique associant environnement, économique et social,
permettant la prise en compte de l’environnement dans les critères de développement. Les
analyses de B. Zuindeau ont souligné l’importance que la notion de développement durable a
acquis dans cette région, en illustrant en creux la prise de conscience d’un développement
insoutenable dont la région avait maintenant à payer le prix. Cette notion a permis de remettre
les questions environnementales sur l’agenda politique. Le développement durable a servi en
quelque sorte de “cheval de Troie” pour l’environnement12, longtemps ignoré au nom de la
prévalence du social. Cette mutation culturelle des acteurs aussi bien politiques qu’industriels
a permis une mise en phase, une résonance avec les aspirations plus environnementales des
populations. C’est dans cette perspective que de nouvelles structures de caractère davantage
préventif se sont mises en place (mission du bassin minier, SPPPI, CLIS). Une recherche en
cours devrait permettre de préciser à travers l’exemple de la Région Nord - Pas de Calais
combien le développement durable a certes permis le retour des préoccupations
environnementales sur la scène politique, mais a aussi contribué à le rigidifier à travers un
processus d’institutionnalisation dont il convient d’évaluer à la fois les bénéfices et les
contraintes.
13Par delà le premier éclairage proposé précédemment, il n’est peut-être pas inutile de revenir
sur les soubassements de la notion de développement durable pour mettre en évidence en
quoi la complexité de ses logiques internes rendent quasiment inévitables ces dérives et en
affaiblissent la perspective. Nous avons souligné l’idée qu’au cœur de la notion de
développement durable, il y a celle d’un développement des générations présentes qui n’obère
pas celui des générations futures, donc une dimension de longue durée et d’équité
intergénérationnelle. Or cette équité n’apparaît pas acquise une fois pour toutes, elle est en
fait hautement problématique et procède d’une construction rationnelle implicite associée à
un soubassement éthique fort, qui peut paraître dissoudre l’environnement dans le registre de
l’interhumain. Elle soulève la question de la transmission et d’un caractère quasi-automatique
potentiellement accordé à la transmission. Or de fait, cette automaticité n’est qu’apparente et
n’a pu prendre ce caractère qu’avec la modernité technicienne et industrielle et l’hypothèse
d’un progrès garant de l’amélioration de la situation de chaque génération par rapport à la
précédente, aujourd’hui d’ailleurs parfois remise en question. En se plaçant dans l’hypothèse
où l’équité intergénérationnelle ne revient pas à affaiblir l’exigence de justice immédiate face
aux disparités de développement, quelle pertinence autre que purement théorique y a-t-il à
envisager les choses sous cet angle alors que les incertitudes apparaissent ici maximales ?
Au plan biologique, une telle notion n’a pas de sens ; toutes les générations sont équivalentes,
précisément confrontées à la simple exigence de se reproduire, moteur de l’évolution.
Introduire une telle notion relève d’une catégorisation qui a un sens d’exigence morale très net
et très particulier. Ne s’agit-il pas là de réintroduire dans le collectif un impératif moral
longtemps au cœur de la tradition occidentale, précisément autour de la transmission13 et
donc de se placer à nouveau dans un cadre kantien ? Cela suppose une trame rationnelle
universelle que la modernité a précisément fait voler en éclat, et que l’environnement est venu
interroger de façon radicale. Une telle démarche impose donc de bien en évaluer le cadre, d’en
apprécier les implications. Elle exige une prudence renouvelée, à la hauteur des incertitudes
de l’environnement. Or ce à quoi elle semble conduire est précisément l’inverse, à une
réaffirmation sans nuance, dans un contexte particulièrement aléatoire. L’exigence rationalo-
morale sous-jacente explique sans doute qu’elle ait fait couler tant d’encre dans le cadre
francophone, dans la mesure où elle renvoie implicitement à la notion d’une rationalité
collective, dont la tradition française a beaucoup de mal à se défaire. On se situe ici
exactement à l’opposé de la notion de société du risque avancée par U. Beck et de
confrontation collective massive à l’incertitude, dans un cadre au contraire où l’organisation
collective s’affirme précisément comme rempart à l’incertitude.
14 J.-P. Dupuy, Avions-nous oublié le mal ? Penser la politique après le 11 septembre, Paris,
Bayard, (...)
15On peut rappeler le double sens de l’invocation de la transmission qui est à la fois de
convoquer l’ordre symbolique et d’introduire simultanément sa remise en question, en
soulignant la dimension éventuellement parodique, fictionnelle de l’opération. En ce sens la
notion de développement soutenable/durable constitue une façon de réintroduire dans la
logique collective une dimension spécifiquement interhumaine, anthropique. Mais elle le fait
sans développer l’analyse de la contradiction dont elle est porteuse quant à l’extension de la
rationalisation qui la sous-tend. On se situe de fait dans le domaine du vraisemblable.
L’incertitude correspondante est d’une autre nature que celle que porte l’environnement.
L’environnement situe l’incertitude dans l’effectivité, dans l’extériorité à laquelle il renvoie, avec
la difficulté d’identifier la question et d’élaborer la réponse à lui apporter. Le développement
durable situe celle-ci dans le projet et sa conduite et donc dans l’en deçà, dans la logique des
ancrages symboliques, décisionnels, sociaux et moraux que l’environnement, plus
performatif, ne prend pas en compte en tant que tels. La philosophie sous-jacente au
développement durable manifeste une certaine proximité avec celle de J. Rawls et la
perspective de la justice développée par celle-ci. J.-P. Dupuy14 qui, plus qu’un autre, a
contribué à introduire en France l’œuvre de Rawls, s’en fait aujourd’hui un critique radical, lui
reprochant sa vision désincarnée de l’individu humain et l’ignorance de l’enracinement
subjectif de sa réalité morale. On perçoit ainsi la contradiction à laquelle conduit et que tente
d’articuler le développement soutenable en réinjectant une nouvelle forme de rationalisation
au cœur de l’appréhension de la réalité collective.
18La question qui est posée est aussi celle du caractère multiscalaire du développement
durable, et de l’articulation d’échelles qui en est au principe. Le développement durable
indique l’horizon à long terme de ce dont l’environnement donne un sens plus immédiat. Il
s’agit bien, comme sont venues récemment le rappeler les données du GIEC en matière de
réchauffement climatique, d’accepter la confrontation à l’altérité au cœur de l’environnement,
ce qui implique qu’il ne saurait y avoir d’autre stratégie qu’itérative, réactualisée au fil de
l’évolution des connaissances, des pratiques et de leur appréhension.
19L’alerte climatique s’inscrit bien dans la même perspective que celle concernant l’usage
massif des pesticides en agriculture et ses incidences sanitaires, la pollution de l’air liée au
chauffage domestique, à l’automobile ou à l’industrie, la hausse généralisée des niveaux
d’ozone troposphérique, la diffusion massive de produits chimiques toxiques, l’accès à une
eau non contaminée, la destruction de la biodiversité, d’interpellations très fortes des
sociétés et des fonctionnements collectifs, appelant des solutions et des réponses effectives.
Elle soulève la question des limites cognitives qui grèvent l’intentionnalité et l’action humaine,
de ce que celle-ci ne peut facilement circonscrire ses implications et est inévitablement
source de conséquences inattendues. Elle marque le caractère non clos de l’humain, de ce
que le rapport humain au monde est fondamentalement ouvert et débouche inévitablement
sur ce qui n’est pas lui, signant ainsi les limites de toute fondation normative. Dans cette
perspective, la question du réchauffement climatique fait éclater les cadres conceptuels du
développement durable, spatialement dans la perspective d’une alerte planétaire mais aussi
dans leur dimension temporelle puisque les effets sur le long terme imposent une dynamique
de l’action à la fois globale et immédiate dans un contexte
d’incertitude.
21Le récent rapport du GIEC (IPCC, 2007) a confirmé que le réchauffement du climat observé
est bien imputable à l’homme. Il met en évidence la part des émissions de gaz carbonique et
de méthane d’origine anthropique dans le réchauffement et vise ainsi le cœur même du
système technique sur lequel se fonde la modernité industrielle, la production énergétique,
reposant sur la combustion de ressources fossiles, charbon, pétrole et gaz, mais aussi les
productions agricoles. Parallèlement, tout le monde est d’accord pour souligner les avancées
limitées du protocole de Kyoto et le fait que celui-ci ne constitue qu’un premier pas qui
demandera à être suivi d’engagements beaucoup plus contraignants visant
approximativement une division par quatre des émissions des pays développés à l’échéance
de 2050 pour contenir le réchauffement dans un registre supportable. Sans vouloir préjuger
du futur, ces éléments font apparaître l’ampleur du défi que représente l’élaboration d’une
gouvernance déterminée face à cette question au niveau mondial et l’incertitude que celle-ci
fait peser quant aux possibilités d’une réponse ferme aux difficultés auxquelles nous sommes
et seront collectivement confrontés.
22Un aspect très important concernant le réchauffement du climat qui s’est concrétisé
récemment est la question de son calendrier et de ce que celui-ci tend à mettre en évidence
une certaine urgence. En effet, si le phénomène ne constitue pas pour le moment une menace
majeure immédiate, même si un certain nombre de phénomènes comme la canicule en
France et en Europe en 2003 ou le cyclone Katrina en 2005 ont montré l’ampleur considérable
des vulnérabilités, et même si l’extension de celles-ci est évidemment à attendre, le calendrier
de l’intervention face au réchauffement semble se resserrer. Il apparaît de plus en plus
clairement comme l’a souligné le rapport Stern à la suite d’autres travaux16 que le prix de
l’inaction risque d’être beaucoup plus élevé que celui de l’action, et qu’il est souhaitable d’agir
aussi tôt et aussi fortement que possible. Si donc le réchauffement ne constitue pas en lui-
même une menace massive à très court terme, il implique cependant la confrontation à une
urgence sur un autre plan, celui de l’action. En ce sens, la lutte contre le réchauffement
climatique pourrait faire l’objet d’une mobilisation massive susceptible de concerner des
secteurs très différents de la vie collective, soulevant, de par son ampleur, la question
d’actions pluri-sectorielles conjointes à double ou multiples dividendes. Cette contrainte
d’avoir à agir vite se heurte cependant à de multiples difficultés, elle maximise l’incertitude qui
tient au hiatus entre les conditions et les contextes mêmes de l’action et se concilie plus
difficilement avec une appréhension extensive des enjeux et des synergies éventuelles et
l’élaboration de stratégies largement intégrées. Avec la difficulté supplémentaire qu’il peut y
avoir à faire partager des choix dans ces conditions, alors que la confiance et la cohérence
sont des registres fondamentaux de l’action collective, et qu’il est donc très important
d’éclaircir les conditions de l’action de la façon la plus large possible. D’où la nécessité
d’engager également des procédures d’accompagnement, d’explicitation et d’évaluation de
l’action aussi fortes et pertinentes que possible.
17 Il existe un très grand nombre de travaux sur cette question. On peut citer l’ouvrage
fondateur de (...)
23Sur un plan relativement théorique, néanmoins fondamental dans la perspective de la
pensée de l’environnement, l’aspect le plus intéressant de la question du changement
climatique est l’expression de l’extension ainsi conférée à la notion d’environnement. C’est
bien la dimension d’interaction au fondement de l’environnement et son extension, y compris
à travers une certaine forme de coupure d’avec le monde naturel propre à l’espèce humaine,
capable comme aucune autre de constituer des univers spécifiques paraissant échapper
dans une large mesure aux registres naturels, qui est mise en exergue par le réchauffement
climatique. On peut saisir, dans l’ampleur de ces manifestations, toute la spécificité humaine,
mais aussi l’éveil croissant que manifeste le regard humain à cette réalité. Le réchauffement
climatique traduit à une échelle sans précédent le double sens de la relation de l’homme à
l’environnement, sa capacité massive à en modifier en profondeur les caractéristiques à son
avantage apparent et en même temps l’effet et les implications en retour imprévues, non
voulues, que peuvent avoir ces modifications, y compris sur sa propre réalité, à toutes les
échelles d’espace et de temps, à court mais aussi à long, voire à très long terme17 . Il
manifeste également au plus haut point, à une échelle insoupçonnée, le caractère ouvert, non
déterminé, non fini de cette relation, contrairement aux élaborations développées par les
cultures humaines le plus souvent polarisées sur le bornage que les sociétés humaines
semblent capables d’y apporter et dont l’idée d’une science mettant à jour les lois de la nature
peut être vue comme une expression privilégiée du monde occidental.
24Ce que vient opportunément rappeler l’alerte climatique après bien d’autres crises ou
tensions environnementales, mais à une échelle sans précédent, c’est la dimension à la fois
événementielle, réflexive et heuristique de l’environnement évoquée précédemment, et ce en
quoi elle s’inscrit en faux contre une rationalité généralisée dont elle met en question la
portée et les fondements, offrant des perspectives moins programmatiques, plus restreintes
mais également plus directement opératoires. Il faut souligner l’opérationalité empirique de
l’environnement, sa dimension expérientielle au plein sens du terme et son ouverture sans
régulation possible a priori. Une telle perspective est riche de sens et de conséquence par
rapport au paradigme fondateur de la modernité, élaboré par la philosophie des Lumières, de
constitution d’une rationalité générale susceptible d’assurer, quoi qu’il arrive, l’amélioration
globale de la condition humaine. Ce qu’introduit précisément l’environnement, c’est que
l’humanité n’échappe pas plus collectivement qu’individuellement à la temporalité, à
l’instabilité, au devenir, à l’événement, à l’histoire, au récit, à la transformation dans ce que
celle-ci peut présenter de non voulu, elle n’échappe pas à l’expression de sa propre altérité,
quels que soient les efforts déployés pour la contenir ou la masquer. Son cheminement ne
saurait se concevoir comme linéaire, facilement prévisible et encore moins envisageable une
fois pour toutes. D’où le caractère de crise fréquemment associé à l’environnement, et qui,
épistémologiquement, en constitue une composante incontournable, mettant en question
tout habitus humain qui se prétendrait établi de façon définitive. Les conséquences d’une telle
situation sont considérables mais également trop nouvelles pour que l’on puisse facilement
en mesurer toute la portée collective. Elles signifient, pour un univers mental hérité de la
philosophie du XVIIIe siècle, un véritable changement de réalité, de paradigme, et font
entrevoir l’émergence de cadres de pensée et d’intervention très nouveaux dans leurs
ancrages.
25On voit bien en tous cas que ce n’est pas le contexte du développement durable qui est
susceptible d’apporter une réponse à la question du réchauffement climatique, que celle-ci
est de plus en plus porteuse de ses propres contraintes, de son propre agenda, de ses
propres mécanismes d’intervention et d’action, comme le protocole de Kyoto et la suite qu’il
importe de lui trouver, de sa dynamique spécifique. Celle-ci ne s’oppose nullement au
développement durable, elle s’inscrit dans sa logique et en serait plutôt un moteur, répondant
cependant à des contraintes, une réalité spécifique, indépendante, à laquelle les logiques du
développement durable apparaissent mal armées pour faire face en tant que telles. En même
temps, l’articulation entre les questions soulevées par le réchauffement du climat et d’autres
champs de l’environnement est tout sauf évidente. Comment d’autres champs
problématiques peuvent-ils s’emparer en quelque sorte de la question du climat ? Il y aurait ici
tout un travail de couture, de maillage à réaliser, qui permettrait à travers un travail collectif
prospectif de grande ampleur, de tenter de dessiner les visages d’un futur davantage
compatible avec les exigences qui s’annoncent. L’environnement, fondamentalement ouvert
et athématique, en porte le principe
Conclusion
26La question qui est ici posée est bien celle du statut du développement durable par rapport
à l’environnement, particulièrement dans un contexte comme celui de la France où le
développement durable a été affiché au premier plan de l’action publique avec un manque de
préparation, mais aussi de réflexion et de précaution qui interrogent. L’environnement se
constitue comme évènementialité, il est phénoménal, visant et imposant la vérité et la réalité
des phénomènes. Il est projection dans la temporalité à travers les dynamiques du présent, il
est flux, échange, interaction actuelle, mais bien évidemment aussi passée et future.
Néanmoins la pensée de l’environnement telle qu’elle s’est développée jusque dans les
années 70 et 80 n’a pas su ou pu saisir et approfondir dans toute leur ampleur l’ensemble des
dimensions temporelles liées à l’environnement et leurs implications. Le développement
durable s’est constitué comme une extension née de ce déficit même en même temps qu’il
apportait un programme rassurant, tempérant les logiques plus brutales et apparemment
immédiatement contraignantes de l’environnement. Le développement durable, comme nous
l’avons indiqué s’inscrit dans une logique de transmission et d’interrogation quant à la
possibilité de maintenir la transmission, dans une continuité répondant à une dynamique plus
spécifiquement humaine. Moins dans l’urgence, la découverte et davantage peut-être dans
l’anticipation à long terme, la constitution et l’orchestration, l’infléchissement vers une
tentative non pour dompter le futur, mais pour le laisser advenir et en autoriser l’expression
propre, il présente aussi des aspects sociaux très intéressants de partages des compétences
et des responsabilités. Les registres temporels du développement durable sont ceux du long
terme, du passage, de l’échange entre les générations, dont il vise à réduire, sans la
méconnaître, la dimension brutale, violente. Le développement durable cherche à garantir en
quelque sorte la pérennité de l’environnement, mais l’environnement est et reste la question
du futur, d’un futur qui n’est jamais totalement assuré.
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Bibliographie
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STERN N., Stern Review on the Economics of Climate Change, Cambridge, Cambridge
University Press, 2006
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Notes
5 Dans lesquels il faut inclure les deux guerres mondiales, fruit des rivalités des sociétés en
plein développement industriel Angleterre, France, Allemagne, Japon, Etats-Unis, Russie...
7 Cf. l’usage que fait Z. Bauman (2007) de la métaphore du liquide pour décrire la modernité
mondialisée.
8 On peut rappeler que celles-ci sont à l’origine de la croissance démographique globale, qui
participe, à travers de multiples mécanismes, d’une pression accrue sur les écosystèmes de
l’ensemble des sociétés. Les sociétés développées apparaissent mieux armées
organisationnellement et techniquement pour faire face à ces problèmes, mais restent
tributaires d’un mode de développement massivement consommateur de ressources et
générateur de pollutions.
12 H.-J. Scarwell, I. Roussel, Les démarches locales de développement durable à travers les
territoires de l’eau et de l’air, Lille, Éditions Septentrion, 2006.
14 J.-P. Dupuy, Avions-nous oublié le mal ? Penser la politique après le 11 septembre, Paris,
Bayard, 2002.
17 Il existe un très grand nombre de travaux sur cette question. On peut citer l’ouvrage
fondateur de G. P. Marsh, Man and Nature or Geography as modified by human action,
Washington, University of Washington press, 2003 (première publication 1864). On peut citer
également Thomas William L., Sauer Carl. O., Bates Marston and Mumford Lewis (editors),
Man’s Role in Changing the Face of the Earth. 2 vol., Chicago and London, The University of
Chicago Press, 1956. Ou encore C. Glacken, Traces on the Rhodian shore : Nature and Culture
in Western Thought from Ancient Times to the End of the Eighteenth Century, University of
California Press, 1990 (reprint edition. Première édition, 1967).
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Référence papier
Référence électronique
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Barthel, Pierre-Arnaud. Clerc, Valérie. Philifert, Pascale. (2014) La « ville durable » précipitée
dans le monde arabe : essai d’analyse généalogique et critique. Environnement urbain, 7.
DOI: 10.7202/1027724ar
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Auteur
Lionel Charles
Philosophe
Chercheur en Sciences Sociales
FRACTAL
5 rue Guillaumot
75012 Paris
[Link]@[Link]
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Droits d’auteur
Le texte seul est utilisable sous licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers
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4 | 2006
Vers une mise en résonance de questions en suspens autour du développement durable
Articles
Environnement et développement durable, une interrogation
Lionel Charles
p. 22-34
[Link]
Résumé | Index | Plan | Texte | Bibliographie | Notes | Citation | Cité par | Auteur
Résumés
FrançaisEnglish
La notion de développement durable, mise en avant par le rapport Bruntland en 1987, s’est
fortement installée au premier plan de l’espace public tant à l’échelle française qu’à l’échelle
mondiale. Constituée comme une extension de la notion d’environnement de façon à ce que
celui-ci n’apparaisse pas faire peser sur les pays en voie de développement des contraintes
trop importantes, elle associe celui-ci à deux dimensions qui en sont très proches, mais qu’il
ne prend pas explicitement en considération, l’économique et le social, et introduit la notion
clé d’équité intergénérationnelle. De par l’ampleur des champs qu’elle recouvre et des entrées
qu’elle offre, elle a ouvert l’approche environnementale à des prises en compte très larges, ce
qui lui a permis de diffuser dans de très nombreux secteurs de la vie collective publics ou
privés, et d’y introduire des démarches entièrement nouvelles. Mais, compte tenu de la
diversité des éléments, de l’ampleur des perspectives, des échelles spatio-temporelles qu’elle
est amenée à recouvrir, se trouve posée la question de savoir si elle ne menacerait pas au
final la pertinence de l’environnement. La question du réchauffement climatique en tant que
question environnementale majeure sert ici de référence pour mettre en parallèle les
exigences nées d’une interrogation que les années récentes ont fait apparaître comme de
plus en plus urgente, imposant des interventions rapides, face au développement durable. Elle
met globalement en évidence la portée fondamentale des interrogations environnementales
et les contraintes, en particulier temporelles, y compris en termes de coûts économiques, qui
y sont attachées, sans parler des synergies particulières que l’on peut y associer. Un tel
éclairage permet ainsi de relativiser le développement durable, de mieux en cerner l’apport et
de situer ainsi plus précisément la portée de la démarche environnementale, condition sine
qua non de la durabilité.
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Plan
La question du développement
Conclusion
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Texte intégral
PDF 176k
1Cela fait maintenant vingt ans que le développement durable a fait son apparition sur la
scène mondiale avec le rapport coordonné par G. O. Bruntland, Our common future (Notre
avenir à tous en français1). Restée relativement confidentielle jusque dans les années 90,
d’abord limitée au cadre de la recherche ou du mouvement environnemental, popularisée par
la conférence de Rio en 1992, la notion de sustainable development et son transposé
français.développement soutenable ou durable se sont ensuite progressivement imposés dans
l’espace public mondial comme un concept majeur face à l’extension croissante des
problématiques et des enjeux environnementaux et de leur relation à la question du
développement. En vingt ans, le développement soutenable a été l’objet de très nombreux
travaux dans une multitude de domaines, en particulier en économie, en sciences sociales et
en sciences politiques, pour en éclairer, en approfondir mais aussi en évaluer le sens, les
dimensions et les implications. Depuis quelques années, le succès de la notion et un certain
flou dans ce qu’elle recouvre font qu’elle a été largement reprise, de façon souvent abusive,
par un grand nombre d’instances décisionnelles publiques ou privées, ce qui en a
certainement affaibli la portée et suscité une réprobation, voire un refus marqué, en particulier
de la part de nombreux penseurs ou acteurs du mouvement environnemental2. Elle n’en
constitue pas moins une référence centrale dans ce que sont devenus la pensée et la
pratique, le champ de l’environnement, dans sa relation au développement.
La question du développement
5 Dans lesquels il faut inclure les deux guerres mondiales, fruit des rivalités des sociétés en
plein (...)
3La dynamique mondiale à laquelle nous faisons face aujourd’hui est avant tout marquée,
depuis la seconde moitié des années 90, par la mondialisation économique, une extension de
la circulation et des échanges des personnes, des marchandises et des capitaux sans
précédent en étroite relation avec le décollage économique de pays comme la Chine, l’Inde, le
Brésil, l’Afrique du Sud ou l’Égypte. Ceux-ci présentent des rythmes annuels mais aussi des
potentiels de croissance qui en feront, à l’échéance d’une ou deux décennies, de nouveaux
géants mondiaux. Le rythme et l’ampleur de la croissance économique mondiale se situent à
des niveaux sans précédent. Cette situation présente de nombreuses facettes sur lesquelles
il ne nous appartient pas de nous pencher ici. Mais on peut en retenir un trait qui porte sur la
notion même de développement, sur laquelle les évolutions récentes permettent de jeter un
regard et d’envisager des hypothèses nouvelles dans sa relation à l’environnement et à son
lien originel avec la nature. Ce que font apparaître les évolutions que connaissent aujourd’hui
des pays comme l’Inde et la Chine, c’est la rapidité et l’ampleur des processus à l’œuvre, leur
brutalité, leur irréversibilité dans la destruction des modes de vie, des cultures, des pratiques
traditionnelles, et leur remplacement à des échelles sans précédent par des structures et des
modes de fonctionnement entièrement nouveaux pour ces pays et leurs populations, qui
constituent par certains côtés un véritable traumatisme collectif. Cela est particulièrement
vrai d’un pays comme la Chine où l’on voit comment une évolution d’une extrême rapidité crée
des disparités d’une ampleur sans précédent. Ce que de telles évolutions rendent sensible,
c’est la vision rétrospectivement naïve que l’on pouvait avoir du développement quand on
prétendait l’associer à l’environnement, comme le proposait en particulier
l’écodéveloppement4. L’idée sous-jacente était celle de la possibilité d’un passage progressif,
graduel d’une société agricole, traditionnelle à une société plus avancée avec un meilleur
niveau de vie, une économie plus forte se technicisant peu à peu, des conditions de santé
améliorées à travers un recours à des technologies et la mise en place de modes de vie éco-
favorables. Le processus de développement industriel, c’est-à-dire le passage d’une socio-
économie rurale à une société techniquement avancée est un processus de transformation
beaucoup plus brutal et radical, non sans proximité avec la violence armée. On en mesure
d’autant moins l’ampleur qu’il s’est réalisé en Occident sur plusieurs siècles5, alors
qu’aujourd’hui, dans le contexte du monde contemporain, qui a déjà pour une part connu une
telle transformation, il peut se produire beaucoup plus rapidement, et donc beaucoup plus
brutalement encore pour les populations et les sociétés. Un tel processus apparaît d’une
puissance considérable et difficilement contrôlable, il est soumis à une logique interne
spécifique caractérisée par des contraintes très fortes, une certaine forme d’urgence,
d’oblitération et de destruction comme de renouvellement. Dans une telle logique, les
dimensions d’environnement et de développement apparaissent non pas tant
complémentaires, que mutuellement exclusives. Elles sembleraient devoir être envisagées
non pas simultanément mais successivement. Une phase de développement, dont il est
difficile de concevoir qu’elle ne se déroule autrement que brutalement, compte tenu de
l’ampleur des transformations sociales, culturelles associées aux mutations économiques et
technologiques à l’œuvre, possédant une logique propre dominée par des impératifs techno-
économiques, a des chances d’être suivie par une phase plus qualitative, dans laquelle
l’environnement vient au premier plan6. Dans cette seconde phase, la conscience mais aussi
les moyens économiques, technologiques, sociaux et culturels permettent, voire favorisent un
investissement plus important dans les dimensions qualitatives, qui ont d’abord trouvé une
première satisfaction à travers la dimension purement quantitative de croissance techno-
industrielle. Il y a là un schéma qui s’inscrit dans une contradiction assez nette avec la notion
de développement durable telle qu’elle a été imaginée par ses concepteurs. Une question très
importante de ce point de vue est celle des attachements individuels et collectifs à des
cadres d’expérience dont il est toujours délicat d’envisager l’évolution.
7 Cf. l’usage que fait Z. Bauman (2007) de la métaphore du liquide pour décrire la modernité
mondiali (...)
4Le développement des pays industrialisés du Nord a connu, au cours du XXe siècle, de
nombreuses ruptures. Les deux guerres mondiales peuvent être vues comme des crises
d’adaptation massives qui ont permis à l’humanité de cristalliser l’expérience collective de la
modernité industrielle et technicienne et favorisé l'émergence d’un nouvel univers symbolique
davantage compatible avec le développement des technologies. Celui-ci a rendu socialement
acceptable, collectivement possible, contrairement à l’expérience antérieure, en particulier
celle des années trente, la transformation du monde liée aux technologies. Ces ruptures
marquent probablement pour une part la fin de l’imperium inter-humain qui avait caractérisé
les sociétés jusque-là, et le transfert de cet imperium sur la technologie elle-même comme
moteur et vecteur de la transformation des sociétés. À travers la seconde guerre mondiale en
particulier, et son issue symbolique très forte de victoire sur les fascismes et donc sur la
perspective de l’inscription nécessaire des technologies dans un éthos préconstitué
s’opposant à leur extension effective, les sociétés humaines accèdent au renouvellement
considérable du potentiel que celles-ci représentent du point de vue du devenir humain. Celui-
ci passe par leur intégration, leur nécessaire hybridation avec l’humain, dans lequel
l’environnement joue un rôle majeur à travers la multiplication des interfaces, qui marque
aussi la fin de la coupure entre faits et valeurs (Putnam, 2004). Cela passe également par une
inflexion et une adaptation du capitalisme, sa déterritorialisation, sa mobilisation multiforme,
sa fluidification en quelque sorte7, qui caractérise sa dynamique depuis le début des années
80. Le mouvement culturel des années cinquante et soixante sur fond de guerre froide et de
menace de destruction réciproque des deux super-puissances a constitué un formidable
analyseur et en même temps un puissant résonateur de la réalité de la guerre, de cette
confrontation massive des sociétés à la violence interhumaine relayée par la technologie,
mouvement de captation et d’adaptation aux contextes nouveaux nés de l’évolution technique
à travers l’appropriation de tout un ensemble de médiations nouvelles, de nouveaux registres
émotionnels tributaires et moteurs de nouvelles façons de faire circuler du sens qui ont
permis de libérer l’expression technique de médiations psychologiques et morales trop
contraignantes, non sans risque de désarticuler les sociétés... Cette fin de l’ordre moral ne
signifie pas pour autant la fin de l’éthique, mais son redéploiement dans des perspectives, des
champs, à travers des liaisons, des configurations nouvelles, tant au plan individuel que
collectif, dans des perspectives exploratoires d’une échelle sans précédent.
8 On peut rappeler que celles-ci sont à l’origine de la croissance démographique globale, qui
partici (...)
6Ces éléments conduisent à une interrogation sur les relations entre environnement et
développement durable sur lesquelles il paraît important de se pencher pour en éclairer les
enjeux et tenter de cadrer les perspectives. Le concept de développement durable a été
proposé pour élargir la logique de l’environnement en moteur d’une stratégie multiforme
d’ajustement collectif face à l’ensemble des menaces et des contraintes que font peser sur la
biosphère les activités humaines décuplées par les ressources de la technologie et de
l’industrie alimentées par l’apport scientifique8 tout en prenant en compte les exigences de
développement des pays moins avancés. Le développement durable est le fruit d’une
rationalisation de la problématique environnementale et de son extension logique aux
champs anthropiques auxquelles elle est la plus directement liée, l’économique et le social,
référents majeurs du développement. Par là, on replace l’environnement dans une logique
plus spécifiquement anthropique, alors que la notion d’environnement a une portée beaucoup
plus large et concerne l’ensemble des organismes vivants et vise la biosphère. Elle renvoie à
une propriété fondamentale du vivant de n’exister précisément qu’en relation à un univers
extérieur auquel il emprunte en permanence des éléments matériels et/ou des informations
indispensables à sa survie. Dans ce processus, cet organisme transforme l’univers
environnant avec lequel il interagit, ce qui est susceptible de l’affecter en retour.
L’environnement qualifie une propriété générale du vivant. En en circonscrivant indirectement
le champ à la dimension anthropique, le développement durable en borne indirectement
l’horizon.
7Derrière son évidence apparente, la notion d’environnement s’est élaborée au fil d’une
acquisition complexe et de long terme, qui a d’abord pris son sens moderne dans le monde
anglo-saxon. C’est une notion fondamentalement dynamique et réflexive, qui est le fruit de
l’acquis scientifique du XVIIe siècle et de ses prolongements, en particulier en biologie et dans
les sciences de la Terre, conjoint à la reconnaissance de la réalité sensible comme support de
l’accès au monde de l’individu, affirmé par l’empirisme. L’émergence de l’environnement tel
que nous le connaissons est indirectement le fruit du bouleversement épistémologique
introduit par celui-ci, qui fait de la sensation le point de départ de la connaissance, à partir de
laquelle s’élaborent les facultés plus complexes de l’entendement9. C’est surtout la
dimension d’individuation liée à cette position épistémologique qui constitue le ressort
premier de l’environnement, situant chaque organisme face à la réalité propre de la relation
qu’il entretient avec le monde qui l’entoure. L’environnement ne relève d’aucune ontologie,
mais plutôt d’un accès au monde, à un monde tissé des relations que tout organisme
entretient avec l’univers physico-chimique, biologique ou social dans lequel il est amené à
exister. L’environnement résulte de l’émergence d’une subjectivité informée par la science à
travers laquelle s’élabore le cheminement individuel et collectif humain. Le mouvement
environnemental s’est constitué dans cette double perspective à la fois sensible, morale et
scientifique, d’examen des implications, pour la biosphère comme pour l’humanité, de sa
puissance cognitive et technique. C’est de la conjonction de ces deux composantes
hétéronomes qu’il tire sa dynamique particulière qui en a fait l’une des réalités collectives
majeures du XXe siècle, et plus nettement depuis les années 60. Qu’en est-il de sa relation au
développement durable ?
8Comme l’ont bien vu les critiques de la notion de développement durable, celui-ci ne relève
pas du fait, mais bien plutôt de la valeur (Rist, 2001), dans une perspective générale qui reste
celle du développement, dont on ne peut sous-estimer la complexité10. Le développement
durable constitue une tentative d’ajustement, de systématisation et de rationalisation des
enjeux environnementaux reposant sur une double préoccupation d’équité, tant synchronique
que diachronique, visant à la fois les disparités actuelles du développement, mais aussi ses
disparités dans le temps et la préoccupation pour les générations futures, et en ce sens la
longue durée. Il s’inscrit ainsi en profondeur dans l’idéal de justice affiché par les sociétés
occidentales, en mettant cependant davantage l’accent sur le long terme et les générations
futures, l’intergénérationnel, plutôt que sur le présent, dont il entérine les disparités. En même
temps, il répond à une logique environnementale de menace, de crise potentielle ou de déficit
que les activités humaines sont susceptibles d’exercer sur le monde naturel et par contrecoup
sur l’humanité elle-même.
9L’univers de l’environnement est fondamentalement informel, aléatoire mais aussi
dynamique et opératoire, l’action y est première et antérieure au logos, à la connaissance ou à
la raison auxquelles elle donne précisément sens, et non l’inverse. Ainsi, le réchauffement
climatique est-il le fruit d’une connaissance scientifique, mais celle-ci n’est elle-même que la
reconnaissance progressive d’un fait de civilisation. La menace qu’il constitue a bien le sens
d’une inflexion de l’agir, d’une mise en œuvre nécessairement collective pour en limiter et à
terme en conjurer les effets perçus comme menaçants pour les sociétés et les individus
humains ou les écosystèmes. L’environnement relève d’une dynamique spécifique d’action.
10C’est bien dans cette logique que se situe pour une part la soutenabilité, en cherchant
cependant à composer avec des registres très différents. Elle exprime la vulnérabilité de
l’ordre humain aux risques de l’environnement tout en prenant acte des disparités de
développement et de la nécessité de ne pas pénaliser les pays les moins avancés. Mais, en
mélangeant comme elle le fait des registres spécifiquement interhumains et
environnementaux, elle aboutit cependant à des formulations et des sens très différents,
selon les registres mis en avant. C’est là toute l’ambigüité du développement durable dans la
mesure où il ne propose aucune hiérarchie entre ses composantes environnement,
économique, social qu’il expose ainsi à un redoutable mélange. Il ne constitue plus un
opérateur spécifique comme l’environnement. En ce sens, il apparaît vain de voir dans le
développement durable un nouveau cadre paradigmatique susceptible d’éclairer et de guider
l’humanité autrement que dans des perspectives larges, de long terme et nécessairement
imprécises. De fait, il exigerait au minimum une prospective, dont on comprend qu’elle est
impossible à élaborer, tant les facteurs susceptibles d’intervenir peuvent jouer les uns avec
les autres. De ce point de vue, on mesure déjà toute l’audace du rapport Stern (Stern, 2006).
Au mieux, le développement durable contribue à situer un horizon, à indiquer une pertinence,
une orientation, un sens opératoire général, une limite potentielle, mais il ne permet en rien de
préjuger d’un avenir fondamentalement problématique dans ses multiples dimensions et par
rapport auquel il n’offre aucune garantie. Il apparaît très en retrait face à la radicalité de la
question environnementale telle que la manifeste le changement climatique, par exemple, de
ses effets et ses implications clairement identifiables et cependant si difficiles à intégrer
collectivement. Il se situe davantage du côté de la réponse collective que de l’interrogation
initiale sur une base à la fois rationnelle et morale, et semble ainsi apporter une contribution
limitée à une contradiction dont les termes sont irréductibles, mais dont il ne porte pas
entièrement la dynamique. La notion de soutenabilité tient à l’effort pour tempérer une
éventuelle normativité de l’environnement projetée sur les pays en voie de développement,
susceptible de remettre en question leur développement au nom d’exigences
environnementales trop strictes. Mais elle en affaiblit aussi les exigences sur un plan plus
général, en particulier dans les pays développés. En ce sens, on peut se demander si elle ne
témoigne pas d’une lecture trop restrictive, trop étroite de l’environnement, ne prenant pas
suffisamment en compte son caractère de modèle d’intelligibilité, de figure heuristique que
l’on peut extraire de la réalité et appliquer à des contextes très différents, permettant d’en
appréhender des dimensions fondamentales dans le cadre d’un référencement concret.
L’environnement ne relève pas d’une ontologie. L’environnement apporte une information qui
s’accompagne de la nécessité de lui apporter des réponses, mais il ne constitue pas pour
autant un cadre normatif. La notion d’environnement est à rattacher à un relativisme des
situations, des contextes, des occurrences, à une part d’empirisme, elle n’a aucun caractère
transcendant et emprunte plutôt sa pertinence à la distance que le regard scientifique est
capable d’induire face à la réalité et sa capacité à modéliser. Elle signifie simplement la
possibilité d’un positionnement extérieur, d’observation, d’une prise de distance sans
implication directe ou immédiate, c’est-à-dire une certaine forme d’objectivation à laquelle elle
associe la possibilité d’un engagement, dont elle exprime les conditions.
11 Une hypothèse que l’on pourrait avancer à ce propos est celle d’une rivalité entre l’État,
jaloux d (...)
12 H.-J. Scarwell, I. Roussel, Les démarches locales de développement durable à travers les
territoire (...)
12L’analyse qu’il est possible de formuler à travers l’exemple de la région Nord - Pas-de-Calais
montre l’importance du rôle joué par la notion de développement durable, qui a permis de
mettre sur le devant de la scène le tryptique associant environnement, économique et social,
permettant la prise en compte de l’environnement dans les critères de développement. Les
analyses de B. Zuindeau ont souligné l’importance que la notion de développement durable a
acquis dans cette région, en illustrant en creux la prise de conscience d’un développement
insoutenable dont la région avait maintenant à payer le prix. Cette notion a permis de remettre
les questions environnementales sur l’agenda politique. Le développement durable a servi en
quelque sorte de “cheval de Troie” pour l’environnement12, longtemps ignoré au nom de la
prévalence du social. Cette mutation culturelle des acteurs aussi bien politiques qu’industriels
a permis une mise en phase, une résonance avec les aspirations plus environnementales des
populations. C’est dans cette perspective que de nouvelles structures de caractère davantage
préventif se sont mises en place (mission du bassin minier, SPPPI, CLIS). Une recherche en
cours devrait permettre de préciser à travers l’exemple de la Région Nord - Pas de Calais
combien le développement durable a certes permis le retour des préoccupations
environnementales sur la scène politique, mais a aussi contribué à le rigidifier à travers un
processus d’institutionnalisation dont il convient d’évaluer à la fois les bénéfices et les
contraintes.
14 J.-P. Dupuy, Avions-nous oublié le mal ? Penser la politique après le 11 septembre, Paris,
Bayard, (...)
15On peut rappeler le double sens de l’invocation de la transmission qui est à la fois de
convoquer l’ordre symbolique et d’introduire simultanément sa remise en question, en
soulignant la dimension éventuellement parodique, fictionnelle de l’opération. En ce sens la
notion de développement soutenable/durable constitue une façon de réintroduire dans la
logique collective une dimension spécifiquement interhumaine, anthropique. Mais elle le fait
sans développer l’analyse de la contradiction dont elle est porteuse quant à l’extension de la
rationalisation qui la sous-tend. On se situe de fait dans le domaine du vraisemblable.
L’incertitude correspondante est d’une autre nature que celle que porte l’environnement.
L’environnement situe l’incertitude dans l’effectivité, dans l’extériorité à laquelle il renvoie, avec
la difficulté d’identifier la question et d’élaborer la réponse à lui apporter. Le développement
durable situe celle-ci dans le projet et sa conduite et donc dans l’en deçà, dans la logique des
ancrages symboliques, décisionnels, sociaux et moraux que l’environnement, plus
performatif, ne prend pas en compte en tant que tels. La philosophie sous-jacente au
développement durable manifeste une certaine proximité avec celle de J. Rawls et la
perspective de la justice développée par celle-ci. J.-P. Dupuy14 qui, plus qu’un autre, a
contribué à introduire en France l’œuvre de Rawls, s’en fait aujourd’hui un critique radical, lui
reprochant sa vision désincarnée de l’individu humain et l’ignorance de l’enracinement
subjectif de sa réalité morale. On perçoit ainsi la contradiction à laquelle conduit et que tente
d’articuler le développement soutenable en réinjectant une nouvelle forme de rationalisation
au cœur de l’appréhension de la réalité collective.
18La question qui est posée est aussi celle du caractère multiscalaire du développement
durable, et de l’articulation d’échelles qui en est au principe. Le développement durable
indique l’horizon à long terme de ce dont l’environnement donne un sens plus immédiat. Il
s’agit bien, comme sont venues récemment le rappeler les données du GIEC en matière de
réchauffement climatique, d’accepter la confrontation à l’altérité au cœur de l’environnement,
ce qui implique qu’il ne saurait y avoir d’autre stratégie qu’itérative, réactualisée au fil de
l’évolution des connaissances, des pratiques et de leur appréhension.
19L’alerte climatique s’inscrit bien dans la même perspective que celle concernant l’usage
massif des pesticides en agriculture et ses incidences sanitaires, la pollution de l’air liée au
chauffage domestique, à l’automobile ou à l’industrie, la hausse généralisée des niveaux
d’ozone troposphérique, la diffusion massive de produits chimiques toxiques, l’accès à une
eau non contaminée, la destruction de la biodiversité, d’interpellations très fortes des
sociétés et des fonctionnements collectifs, appelant des solutions et des réponses effectives.
Elle soulève la question des limites cognitives qui grèvent l’intentionnalité et l’action humaine,
de ce que celle-ci ne peut facilement circonscrire ses implications et est inévitablement
source de conséquences inattendues. Elle marque le caractère non clos de l’humain, de ce
que le rapport humain au monde est fondamentalement ouvert et débouche inévitablement
sur ce qui n’est pas lui, signant ainsi les limites de toute fondation normative. Dans cette
perspective, la question du réchauffement climatique fait éclater les cadres conceptuels du
développement durable, spatialement dans la perspective d’une alerte planétaire mais aussi
dans leur dimension temporelle puisque les effets sur le long terme imposent une dynamique
de l’action à la fois globale et immédiate dans un contexte
d’incertitude.
20La question du réchauffement du climat apporte à la question qui nous préoccupe ici un
éclairage très utile. Elle a pris un relief majeur de par son ampleur, mais aussi de ce que la
recherche climatique a su en développer une lecture et une présentation synthétique globale,
qui, bien que difficile à appréhender dans son contenu et l’hétérogénéité qu’elle recouvre, a
progressivement réussi à frapper les imaginations et la conscience collective mondiale et à y
installer une notion de l’ampleur des évolutions en cours et à venir et des risques à l’œuvre.
21Le récent rapport du GIEC (IPCC, 2007) a confirmé que le réchauffement du climat observé
est bien imputable à l’homme. Il met en évidence la part des émissions de gaz carbonique et
de méthane d’origine anthropique dans le réchauffement et vise ainsi le cœur même du
système technique sur lequel se fonde la modernité industrielle, la production énergétique,
reposant sur la combustion de ressources fossiles, charbon, pétrole et gaz, mais aussi les
productions agricoles. Parallèlement, tout le monde est d’accord pour souligner les avancées
limitées du protocole de Kyoto et le fait que celui-ci ne constitue qu’un premier pas qui
demandera à être suivi d’engagements beaucoup plus contraignants visant
approximativement une division par quatre des émissions des pays développés à l’échéance
de 2050 pour contenir le réchauffement dans un registre supportable. Sans vouloir préjuger
du futur, ces éléments font apparaître l’ampleur du défi que représente l’élaboration d’une
gouvernance déterminée face à cette question au niveau mondial et l’incertitude que celle-ci
fait peser quant aux possibilités d’une réponse ferme aux difficultés auxquelles nous sommes
et seront collectivement confrontés.
22Un aspect très important concernant le réchauffement du climat qui s’est concrétisé
récemment est la question de son calendrier et de ce que celui-ci tend à mettre en évidence
une certaine urgence. En effet, si le phénomène ne constitue pas pour le moment une menace
majeure immédiate, même si un certain nombre de phénomènes comme la canicule en
France et en Europe en 2003 ou le cyclone Katrina en 2005 ont montré l’ampleur considérable
des vulnérabilités, et même si l’extension de celles-ci est évidemment à attendre, le calendrier
de l’intervention face au réchauffement semble se resserrer. Il apparaît de plus en plus
clairement comme l’a souligné le rapport Stern à la suite d’autres travaux16 que le prix de
l’inaction risque d’être beaucoup plus élevé que celui de l’action, et qu’il est souhaitable d’agir
aussi tôt et aussi fortement que possible. Si donc le réchauffement ne constitue pas en lui-
même une menace massive à très court terme, il implique cependant la confrontation à une
urgence sur un autre plan, celui de l’action. En ce sens, la lutte contre le réchauffement
climatique pourrait faire l’objet d’une mobilisation massive susceptible de concerner des
secteurs très différents de la vie collective, soulevant, de par son ampleur, la question
d’actions pluri-sectorielles conjointes à double ou multiples dividendes. Cette contrainte
d’avoir à agir vite se heurte cependant à de multiples difficultés, elle maximise l’incertitude qui
tient au hiatus entre les conditions et les contextes mêmes de l’action et se concilie plus
difficilement avec une appréhension extensive des enjeux et des synergies éventuelles et
l’élaboration de stratégies largement intégrées. Avec la difficulté supplémentaire qu’il peut y
avoir à faire partager des choix dans ces conditions, alors que la confiance et la cohérence
sont des registres fondamentaux de l’action collective, et qu’il est donc très important
d’éclaircir les conditions de l’action de la façon la plus large possible. D’où la nécessité
d’engager également des procédures d’accompagnement, d’explicitation et d’évaluation de
l’action aussi fortes et pertinentes que possible.
17 Il existe un très grand nombre de travaux sur cette question. On peut citer l’ouvrage
fondateur de (...)
24Ce que vient opportunément rappeler l’alerte climatique après bien d’autres crises ou
tensions environnementales, mais à une échelle sans précédent, c’est la dimension à la fois
événementielle, réflexive et heuristique de l’environnement évoquée précédemment, et ce en
quoi elle s’inscrit en faux contre une rationalité généralisée dont elle met en question la
portée et les fondements, offrant des perspectives moins programmatiques, plus restreintes
mais également plus directement opératoires. Il faut souligner l’opérationalité empirique de
l’environnement, sa dimension expérientielle au plein sens du terme et son ouverture sans
régulation possible a priori. Une telle perspective est riche de sens et de conséquence par
rapport au paradigme fondateur de la modernité, élaboré par la philosophie des Lumières, de
constitution d’une rationalité générale susceptible d’assurer, quoi qu’il arrive, l’amélioration
globale de la condition humaine. Ce qu’introduit précisément l’environnement, c’est que
l’humanité n’échappe pas plus collectivement qu’individuellement à la temporalité, à
l’instabilité, au devenir, à l’événement, à l’histoire, au récit, à la transformation dans ce que
celle-ci peut présenter de non voulu, elle n’échappe pas à l’expression de sa propre altérité,
quels que soient les efforts déployés pour la contenir ou la masquer. Son cheminement ne
saurait se concevoir comme linéaire, facilement prévisible et encore moins envisageable une
fois pour toutes. D’où le caractère de crise fréquemment associé à l’environnement, et qui,
épistémologiquement, en constitue une composante incontournable, mettant en question
tout habitus humain qui se prétendrait établi de façon définitive. Les conséquences d’une telle
situation sont considérables mais également trop nouvelles pour que l’on puisse facilement
en mesurer toute la portée collective. Elles signifient, pour un univers mental hérité de la
philosophie du XVIIIe siècle, un véritable changement de réalité, de paradigme, et font
entrevoir l’émergence de cadres de pensée et d’intervention très nouveaux dans leurs
ancrages.
25On voit bien en tous cas que ce n’est pas le contexte du développement durable qui est
susceptible d’apporter une réponse à la question du réchauffement climatique, que celle-ci
est de plus en plus porteuse de ses propres contraintes, de son propre agenda, de ses
propres mécanismes d’intervention et d’action, comme le protocole de Kyoto et la suite qu’il
importe de lui trouver, de sa dynamique spécifique. Celle-ci ne s’oppose nullement au
développement durable, elle s’inscrit dans sa logique et en serait plutôt un moteur, répondant
cependant à des contraintes, une réalité spécifique, indépendante, à laquelle les logiques du
développement durable apparaissent mal armées pour faire face en tant que telles. En même
temps, l’articulation entre les questions soulevées par le réchauffement du climat et d’autres
champs de l’environnement est tout sauf évidente. Comment d’autres champs
problématiques peuvent-ils s’emparer en quelque sorte de la question du climat ? Il y aurait ici
tout un travail de couture, de maillage à réaliser, qui permettrait à travers un travail collectif
prospectif de grande ampleur, de tenter de dessiner les visages d’un futur davantage
compatible avec les exigences qui s’annoncent. L’environnement, fondamentalement ouvert
et athématique, en porte le principe
Conclusion
26La question qui est ici posée est bien celle du statut du développement durable par rapport
à l’environnement, particulièrement dans un contexte comme celui de la France où le
développement durable a été affiché au premier plan de l’action publique avec un manque de
préparation, mais aussi de réflexion et de précaution qui interrogent. L’environnement se
constitue comme évènementialité, il est phénoménal, visant et imposant la vérité et la réalité
des phénomènes. Il est projection dans la temporalité à travers les dynamiques du présent, il
est flux, échange, interaction actuelle, mais bien évidemment aussi passée et future.
Néanmoins la pensée de l’environnement telle qu’elle s’est développée jusque dans les
années 70 et 80 n’a pas su ou pu saisir et approfondir dans toute leur ampleur l’ensemble des
dimensions temporelles liées à l’environnement et leurs implications. Le développement
durable s’est constitué comme une extension née de ce déficit même en même temps qu’il
apportait un programme rassurant, tempérant les logiques plus brutales et apparemment
immédiatement contraignantes de l’environnement. Le développement durable, comme nous
l’avons indiqué s’inscrit dans une logique de transmission et d’interrogation quant à la
possibilité de maintenir la transmission, dans une continuité répondant à une dynamique plus
spécifiquement humaine. Moins dans l’urgence, la découverte et davantage peut-être dans
l’anticipation à long terme, la constitution et l’orchestration, l’infléchissement vers une
tentative non pour dompter le futur, mais pour le laisser advenir et en autoriser l’expression
propre, il présente aussi des aspects sociaux très intéressants de partages des compétences
et des responsabilités. Les registres temporels du développement durable sont ceux du long
terme, du passage, de l’échange entre les générations, dont il vise à réduire, sans la
méconnaître, la dimension brutale, violente. Le développement durable cherche à garantir en
quelque sorte la pérennité de l’environnement, mais l’environnement est et reste la question
du futur, d’un futur qui n’est jamais totalement assuré.
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Notes
5 Dans lesquels il faut inclure les deux guerres mondiales, fruit des rivalités des sociétés en
plein développement industriel Angleterre, France, Allemagne, Japon, Etats-Unis, Russie...
7 Cf. l’usage que fait Z. Bauman (2007) de la métaphore du liquide pour décrire la modernité
mondialisée.
8 On peut rappeler que celles-ci sont à l’origine de la croissance démographique globale, qui
participe, à travers de multiples mécanismes, d’une pression accrue sur les écosystèmes de
l’ensemble des sociétés. Les sociétés développées apparaissent mieux armées
organisationnellement et techniquement pour faire face à ces problèmes, mais restent
tributaires d’un mode de développement massivement consommateur de ressources et
générateur de pollutions.
11 Une hypothèse que l’on pourrait avancer à ce propos est celle d’une rivalité entre l’État,
jaloux de ses prérogatives et de son rôle, et la société en matière d’environnement en France,
et le fait que celui-ci se doit d’afficher des concepts, des termes nouveaux faute d’éléments
plus précis pour réaffirmer son leadership et s’imposer.
12 H.-J. Scarwell, I. Roussel, Les démarches locales de développement durable à travers les
territoires de l’eau et de l’air, Lille, Éditions Septentrion, 2006.
14 J.-P. Dupuy, Avions-nous oublié le mal ? Penser la politique après le 11 septembre, Paris,
Bayard, 2002.
15 P. Radanne, “ Changement climatique et société(s) ”, Ecologie politique n°33, 2006.
17 Il existe un très grand nombre de travaux sur cette question. On peut citer l’ouvrage
fondateur de G. P. Marsh, Man and Nature or Geography as modified by human action,
Washington, University of Washington press, 2003 (première publication 1864). On peut citer
également Thomas William L., Sauer Carl. O., Bates Marston and Mumford Lewis (editors),
Man’s Role in Changing the Face of the Earth. 2 vol., Chicago and London, The University of
Chicago Press, 1956. Ou encore C. Glacken, Traces on the Rhodian shore : Nature and Culture
in Western Thought from Ancient Times to the End of the Eighteenth Century, University of
California Press, 1990 (reprint edition. Première édition, 1967).
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Barthel, Pierre-Arnaud. Clerc, Valérie. Philifert, Pascale. (2014) La « ville durable » précipitée
dans le monde arabe : essai d’analyse généalogique et critique. Environnement urbain, 7.
DOI: 10.7202/1027724ar
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Auteur
Lionel Charles
Philosophe
Chercheur en Sciences Sociales
FRACTAL
5 rue Guillaumot
75012 Paris
[Link]@[Link]
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