Chapitre V : L’ANALYSE ET LA GESTION DES
RISQUES DE MOUVEMENT DE TERRAIN
I. LES MOUVEMENTS DE TERRAIN
1. Définition du mouvement de terrain
C’est un déplacement d’une masse de matériaux meubles ou rocheux, suivant une ou plusieurs
surfaces de rupture. Ce déplacement entraîne généralement une déformation plus ou moins prononcée
des terrains de surface. Il apparait suite à des activités anthropiques ou par des phénomènes naturels
qu’ils soient climatiques, géologiques ou encore géomorphologiques.
Les déplacements sont de type gravitaire et se produisent donc selon la ligne de plus grande pente. Sur
un même glissement, on pourra observer des vitesses de déplacement variables en fonction de la pente
locale du terrain, créant des mouvements différentiels.En général, plutôt lents, quelques millimètres ou
mètres annuels, les déplacements des matériaux rocheux peuvent atteindre la vitesse de quelques
mètres par seconde au moment du déclenchement du glissement. Leur composition influe sur leur
gravité, ils sont destructeurs lorsque composés d’eau (à au moins 30 %), ils forment alors des coulées
torrentielles. Certains matériaux réagissent particulièrement aux glissements de terrain, comme les
argiles, les marnes, les gypses ou les formations superficielles d’altérites.
2. Typologie de mouvements de terrain
a. Les glissements de terrain
C’est un phénomène progressif qui concerne une grande masse qui se détache et glisse sur le massif en
place le long d’une courbe de glissement. Ce mouvement peut avoir une origine interne :
modification dans le régime d’infiltration de l’eau,
dégradation des caractéristiques mécaniques du sol et du sous-sol souvent à la suite des travaux
par l’homme et troublant un équilibre préexistant (ouverture tranchée, …).
a. Les coulées boueuses
Le déclanchement des coulées boueuses est souvent associé à :des pics d’intensité de pluie, d’orages,
de fonte brutale de neige ou à des vidanges de lacs glaciaires. Ce phénomène est encore mal connu et
imprévisible. Toutefois, on peut le considérercomme étant le résultat de sous-pressions ayant mis le
sol en charge.
b. Le fluage
Le fluagecorrespond à un écoulement de type visco-plastique. Ce phénomène est difficilement
prévisible et ne relève pas des méthodes usuelles d’évaluation de la stabilité d’un massif.
c. Les éboulements et les chutes de pierres et des blocs
L’éboulementconcerne les massifs de roches dures, son déclanchement peut être dû à :
la présence de diaclases ou fissures préalables (discontinuités physiques de la roche, les plus
importantes étant les multiples fractures qui découpent les falaises et les affleurements rocheux)
une desquamation (exfoliation) superficielle de la roche, résultat d’une altération chimique par les
eaux météoriques,
une action mécanique telle que renversement d’arbres ou des ébranlements d’origine naturelle tels
que les secousses tectoniques donnant lieu à desséismes, ou artificielle tels que les ébranlements
ou les vibrations liés aux activités humaines (circulationd’automobile, minage,…)
ou à des ruptures provoquées par diverses raisons (tassement différentiel, des processus
thermiques tels que l’action du gel et du dégel, d’hydratation ou de déshydratation de joints inter-
bancs…),
En général, l’éboulement est un phénomène brutal. Les blocs de roches qui se détachent un à un
roulent sur la pente. Les gros blocs s’accumulent souvent plus bas que les petits pour former les
éboulis. Par ailleurs, l'érosion permanent qui ne concerne qu'une pierre qui se détache, une surface qui
se polit, peut conduire à une rupture d'équilibre et à un risque d'éboulement permanent.
Les chutes de pierres et de blocs se rapportent à des éléments rocheux tombant brusquement sur la
surface topographique (mouvements de terrain rapides). Ces éléments rocheux proviennent en général
de zones rocheuses escarpées et fracturées ou de zones d’éboulis instables résultant de l'action de la
pesanteur.Les diverses instabilités rocheuses font l’objet d’une typologie et d’une classification
mentionnées dans le tableau ci-après :
Les talus rocheux routiers de plus ou moins grande hauteur peuvent devenir, par suite de
décaissement, des zones émettrices, particulièrement lors des épisodes pluvieux. Le risque de chutes
de blocs concerne aussi quelques secteurs dominés par des ressauts rocheux. On recommande un
renforcement des façades exposées aux chutes de blocs
d. Le retrait gonflement des sols argileux
Les sols argileux peuvent gonfler ou se tasser selon qu’ils sont en phase humide ou en phase
sèche.L’amplitude du mouvement vertical de ces sols peut atteindre quelques décimètres et la pression
exercée sur les fondations peut provoquer des fissures, voir des ruptures.
II. Gestion du risque de mouvements de terrain
L’identification des glissements potentiels, leur suivi et leur prévention reposent sur nombre de
données, connaissances et moyens.
1. L’identification des zones à risque de glissement potentiel
La reconnaissance des zones susceptibles d’être affectées par un mouvement de terrain.nécessite une
analyse précise qui pourra révéler leur présence. L’utilisation descartes déjà établies est déterminante,
de même que l’étude d’anciens glissements. Par ailleurs, les Systèmes d’Information Géographique
(SIG) permettent un traitement efficace de l’information sur un support numérique.
3. Identification des facteurs de risques potentiels
Conforter un glissement nécessite de connaître non seulement ses dimensions mais aussi son origine
(chargement, écoulement d’eau, altération des sols).Il existe une très grande variété de facteurs
déclenchant un mouvement de terrain tel que les précipitations locales, le degré de la pente, etc. Une
fois identifiés,ces facteurs doivent être superposer pour en déduire un niveau de risque global,
agrégeant un maximum de facteurs et capable d’indiquer exactement le niveau de danger. A couté de
l’étude fine des sols d’une région, il est souvent nécessaire de s’en remettre à un historique des
glissements passésaidant les géologues à repérer les zones à risques.
4. La protection contre le risque potentiel mouvement de terrain
En matière de mouvements de terrain, des moyensde protection peuvent être utilisépour arrêter
l’avancée du mouvement ou réduire son impact lors de son déclenchement. Cependant, ces
contremesures ne sont réellement efficaces que contre un événement d’intensité limitée. En effet, le
traitement de l’aléa par des travaux (filet pare-blocs, merlons, murs de soutènement par exemple) ne
supprime pas totalement le danger.
Il est aussi possible d’agir sur la réduction de la vulnérabilité des enjeux (renforcement des façades
exposées aux chutes de blocs par exemple), c’est-à-dire sur la limitation des éventuels dommages
causés par les mouvements de terrain : on parle de mitigation.
La diversité des mouvements de terrain implique que des mesures spécifiques soient appliquées au cas
par cas lors de la construction ou de l’adaptation d’un bien. Afin de définir ces mesures, il est
vivement recommandé de faire réaliser une étude géotechnique dans les zones à risques.
Dans des situations extrêmes, lorsqu’il n’est pas techniquement ou financièrement possible de protéger
un bien gravement menacé par un mouvement de terrain, il est parfois nécessaire de l’abandonner.
5. Les solutions pour le problème de stabilité des terres
Il n’est pas possible de maîtriser les conséquences des glissements de terrain majeurs vu les grandes
quantités de matériaux mises en jeu. Il existe néanmoins des techniques de protection pour les
glissements de terrain plus modestes.
La protection contre le risque de glissement de terrain passe obligatoirement par l’étude du phénomène
(essentiellement lithologie, les facteurs déclenchants, la vitesse de déplacement et volume déplacé) qui
aboutit à la exécution des travaux de stabilisation qui sont:
les terrassements ;
les dispositifs de drainage ;
l’introduction d’éléments résistants.
a. Les terrassements
Ces techniques consistent à modifier la topographie du glissement afin de retrouver une situation
d’équilibre.Les travaux de terrassement qui consistent à déplacer des quantités importantes de
matériaux (sols, roches, sous-produits, etc.)sont basés sur trois actions principales :l'extraction, le
transport, la mise en œuvre. Il peut exister des travaux de grandes ampleurs (travaux routiers,
aménagements de plateformes, travaux ferroviaires ou fluviaux, etc.) ou légers (tranchées de réseaux
enterrés, aménagements de maisons individuelles, drains, etc.).Le remaniement des terrains naturels
entraîne une modification généralement définitive de la topographie et du paysage, en créant des
ouvrages en terre soit en remblai (c’est rapporter des terres, afin de relever le niveau du terrain) soit en
déblai (consiste à abaisser le niveau du terrain par enlèvement des terres).
Systèmes de terrassement Remblai de pied :
Le chargement en pied du glissement contrebalance les forces motrices du volume en mouvement.
L’allègement en tête de glissement
Terrasser la tête du glissement allège la masse du volume en mouvement, et donc diminue les forces
motrices.Il est également possible d’augmenter la stabilité d’un terrain en réduisant sa pente. Cette
solution est adaptée pour des talus non naturels ou de faible extension, mais généralement difficile à
mettre en œuvre sur les versants naturels.
La purge totale
Cela consiste à supprimer les matériaux glissés. C’est une solution seulement applicable aux
glissements de taille modeste, de faible profondeur.
La substitution partielle
Lorsque la purge totale n’est pas possible, la substitution se limite à: des bêches, des contreforts, des
masques ou des éperons qui, s’ils sont bien dimensionnés, peuvent suffire à la stabilisation.
Le chargement en pied
Il consiste à construire un ouvrage de butée en pied de glissement afin d’équilibrer les forces motrices
et de contenir les déplacements de la masse instable. Il est en général associé à du drainage.
e. Les dispositifs de drainage
L’eau a fréquemment un rôle moteur dans les glissements de terrain, l’objectif du drainage estde
contrôler la teneur en eau du sol et de réduire les pressions interstitielles au niveau de la surface de
rupture. Le drainage peut évacuer l’eau de la zone ou encore éviter l’alimentation en eau de la zone par
collecte et canalisation des eaux de surface.Il y a des dispositifs de drainage superficiel ou profond.
Drainage superficiel
Pour le drainage superficiel, on réalisedes tranchées drainantes ou des drains subhorizontaux.
Les tranchées drainantes
Ce sont des ouvrages qui permettent de rabattre le niveau des nappes phréatiques diminuant ainsi les
pressions interstitielles au niveau de la surface de rupture.
Les drains subhorizontaux
La technique consiste à réaliser de nombreux forages quasi horizontaux dans le glissement et pour y
placer des drains (tubes en PVC ou en acier) ainsi qu’un dispositif de captage des eaux. C’est la
technique utilisée lorsque les contraintes d’accessibilité du site ou de profondeur de la nappe
interdisent la réalisation de tranchées.
Drainage profond
Pour le drainage profond, il s’agit de collecter et d’évacuer les eaux à l’intérieur du massif et dans la
masse instable. Cela permet de :diminuer les pressions d’eau dans le massif, d’éviter les mises en
charge brutales dans les discontinuités et d’abaisser le niveau de la nappe. Il s’agit de drains
subhorizontaux, drains siphons, de galerie drainante ou de drains ou puits verticaux.
f. L’introduction d’éléments résistants
La mise en place d’éléments résistants n’influe pas directement sur la cause du mouvement mais sur
ses conséquences.
Les éléments résistants (type ouvrages de soutènement, tirants, ancrages, rangées de pieux…) visent à
réduire ou arrêter les déformations. Ces techniques sont intéressantes dans le cas où les techniques de
stabilisation type terrassement ou drainage ne peuvent être techniquement ou économiquement mises
en œuvre.
Le soutènement : c’est un écran rigide ou souple qui bloque le volume en mouvement. Rigide, les
efforts mis en jeu sont importants et peuvent amener à la rupture.
Éperons drainants et enrochement en pied de glissement pour contrer l’avancée des matériaux sur la
chaussée
Mur de gabions : (casiers remplis de pierre en grillage métallique) disposé en pied de glissement pour
stopper son évolution vers la route.
Ouvrage rigide : sa partie supérieure est souple et constituée d’un mur de pierres emboîtées, alors que
sa partie inférieureest rigide et formée d’un mur en béton (pied du glissement) avec ancrages (masqués
par le béton).
Nappe de géotextile biodégradable et écran en rondins de bois entrecroisés
Protection du talus à l’aide d’une nappe de géosynthétique en partie amont fixée par des
câbles et des ancrages destiné à bloquer le mouvement du sol. Elle favorise la revégétalisation
des versant, qui permet de réduire la quantité de matériaux mobilisables et donc l’intensité du
phénomène dans le cas des coulées boueuses. En partie inférieure écran réalisé en rondins de
bois entrecroisés et remplissage de petits blocs ou un mur de soutènement empêche la
progression des terrains sur la chaussée.
Mur de soutènement
Pour les Ouvrages de soutènements: se sont des structures qui aident le sol pour rester à sa
place.
6. La protection contre les éboulements et chutes de pierres et de blocs
Différentes méthodes de protection contre les éboulements et chutes de pierres et de blocs
existent. La protection vise à empêcher les blocs et les pierres de se détacher des falaises.
Plusieurs techniques sont possibles :
a. La protection active
- la pose de filets ou de grillage plaqué permet d’amarrer les blocs à la paroi ;
- le confortement des parois par massif bétonné ou par béton projeté empêche le
décrochement de blocs ;
- le clouage des parois limite le départ d’éléments rocheux par des ancrages reprenant une
partie des efforts de cisaillement et de traction, ou des tirants qui introduisent un effort de
compression sur le massif rocheux. Des méthodes de protection à court terme existent,
comme la purge des parois : réalisée manuellement ou par minage, elle nécessite une
maîtrise poussée des opérations pour éviter de déstabiliser davantage les blocs de la paroi
traitée.
g. La protection passive
Elle consiste essentiellement à interposer un écran entre le
massif rocheux et les enjeux. Il peut s’agir :
• d’un merlon pouvant arrêter des blocs volumineux ;
• d’écrans interceptant des blocs dans la pente ;
• de déviateurs, comme des grillages pendus guidant les blocs en pied de falaise ;
• de boisements capables de freiner, voire d’arrêter, des blocs.
résoudre les affaissements et les effondrements
Pour les habitations, des dispositions constructives peuvent être prises comme le renforcement
de la façade exposée ou du toit, mais il reste préférable d’éviter toute construction dans les
zones exposées.
7. La protection contre résoudre les affaissements et les effondrements
a. La règlementation
Généralement, l’exploitation minière dans le milieu urbain repose sur des règles très
rigoureuses gérées par la loi. Par exemple, on impose :
- la cartographie et la publication des cartes des zones minière exploitées et les mettre au
service des peuples et des nations ;
- la consultation des plans des carrières et des cartes géologiques peut être d’un grand
secours ;
- la surveillance et la protection des a sites miniers abandonnés ;
interdit toutes constructions sur les terrains karstiques.
De même, l’extraction de l’huile ou du gaz sous les zones urbaines conduit à une forme de
subsidence pouvant causer de légers tremblements de terre (slight earthquakes). Il faut avertir
et sensibiliser la population à ce sinistre.
h. Le renforcement de l’ouvrage
Afin de protéger les constructions menacées par les affaissements et les effondrements, il est
possible de supprimer les risques liés à une cavité en la comblant totalement, mais cette
solution est très coûteuse. D’autres solutions consistent à soutenir et à consolider les cavités
accessibles par la mise en place de piliers en maçonnerie ou l’injection de coulis (mélange de
béton et