La diglossie est un phénomène linguistique étudié par Joshua Fishman et Charles
Ferguson, mais chacun l’a abordé différemment.
Charles Ferguson (1959)
Ferguson est le premier à formuler le concept moderne de diglossie. Pour lui, la diglossie
concerne une situation où deux variétés d’une même langue coexistent dans une
communauté linguistique :
● La variété haute (H) : utilisée dans les contextes formels (éducation, administration,
médias, religion).
● La variété basse (L) : utilisée dans la communication quotidienne et informelle.
Il a décrit ce phénomène en prenant l’exemple de l’arabe, du grec, du créole haïtien
et du suisse allemand.
Joshua Fishman (1967)
Fishman a élargi le concept de diglossie en incluant des situations où les langues en contact
sont distinctes (et non seulement des variétés d’une même langue). Pour lui :
● La diglossie peut exister même quand deux langues complètement différentes
coexistent (par exemple, l’espagnol et le guarani au Paraguay).
● Il distingue diglossie et bilinguisme : la diglossie implique une répartition fonctionnelle
stable des langues selon les domaines d’usage, alors que le bilinguisme concerne
simplement la maîtrise de deux langues sans distinction d’usage rigide.
Ainsi, Ferguson propose une vision plus restreinte de la diglossie (variétés d’une même
langue), tandis que Fishman l’élargit aux relations entre langues distinctes dans une
société.La diglossie arabe au Maroc est un exemple typique du modèle de Charles
Ferguson. Deux variétés de l’arabe coexistent :
1. L’arabe classique/moderne standard (H - Haute)
○ Utilisé dans l’éducation, les médias officiels, l’administration, la religion et la
littérature.
○ Langue écrite et formelle, non parlée naturellement par les locuteurs natifs.
○ Apprise à l’école et non acquise comme langue maternelle.
2. L’arabe marocain (darija) (L - Basse)
○ Langue maternelle des Marocains, utilisée dans la vie quotidienne, les
discussions informelles, la publicité et de plus en plus dans certains médias.
○ Possède de nombreuses influences du berbère, du français et de l’espagnol.
○ Langue non standardisée avec des variations régionales.
Particularités de la diglossie marocaine
● Présence du berbère (amazigh) : langue maternelle pour une partie de la
population, avec un statut officiel depuis 2011.
● Influence du français : souvent utilisé dans l’administration, l’économie et
l’enseignement supérieur, ce qui crée une situation de triglossie (arabe standard –
darija – français).
● Évolution récente : la darija gagne du terrain dans les médias et la publicité, et
certains débats existent sur sa normalisation.
Cette diglossie est donc dynamique et en interaction avec d’autres langues, ce qui
complexifie le paysage linguistique du Maroc.
Différence entre diglossie et bilinguisme
1. Diglossie (définie par Ferguson et élargie par Fishman)
● Situation où deux variétés linguistiques (ou langues) coexistent dans une société
avec une répartition fonctionnelle stricte.
● Chaque variété/langue a un usage spécifique :
○ Variante haute (H) : utilisée dans les contextes formels (éducation,
administration, médias, religion).
○ Variante basse (L) : utilisée dans les interactions quotidiennes et informelles.
● Exemple : En Maroc, l’arabe standard (H) et la darija (L).
2. Bilinguisme
● Situation où un individu ou une société maîtrise et utilise deux langues sans
répartition rigide des fonctions.
● Une personne bilingue peut passer d’une langue à l’autre selon la situation, mais
aucune langue n’est forcément restreinte à un domaine spécifique.
● Exemple : Un Marocain parlant arabe et français au quotidien, en mélangeant
parfois les langues selon les besoins.
Résumé :
● Diglossie = organisation sociale des langues avec une séparation des
fonctions.
● Bilinguisme = compétence individuelle dans deux langues, sans
nécessairement une séparation des usages.
● Un individu bilingue peut vivre dans une société diglossique, mais la diglossie
concerne surtout la communauté linguistique et non l’individu.