DOI : 10.1051/odf/2024017 Revue d’Orthopédie Dento-Faciale 2024 - Vol.
58-2// 141-142
Editorial
Article original © Revue d’O.D.F.
Avant-propos
Yves Soyer « Nulle part la nature n’est plus habituée à dévoiler ouvertement ses mystères secrets que
Françoise Flageul lorsqu’elle montre des traces de son travail en dehors des sentiers battus. Il n’y a pas non
plus de meilleur moyen de faire progresser la bonne pratique de la médecine et de consacrer
SQODF
notre esprit à la découverte de la loi habituelle de la nature par une enquête minutieuse sur
les cas de formes plus rares de maladies ». Ainsi s’exprimait si éloquemment William Harvey
(1578-1657), embryologiste de renom.
En 1820, l’anatomiste allemand Johan Friedrich Meckel le Jeune décrivait, à partir de son
analyse d’embryons humains, le cartilage qui portera son nom.
200 ans après cette découverte, le développement et la nature largement transitoire du
cartilage de Meckel chez le mammifère, ainsi que son rôle dans le développement de la
mandibule suscite encore l’intérêt. Chez les mammifères, sa partie antérieure relie les deux
bras de l’arcade dentaire au niveau de la symphyse tandis que la partie postérieure s’ossifie
pour former deux des trois osselets de l’oreille moyenne. Entre les deux le cartilage de Meckel
se transforme en ligament ou disparaît, englobé par la mandibule en cours de croissance.
Il est connu que plusieurs syndromes humains sont liés, directement ou indirectement à la
formation anormale du cartilage de Meckel, mais de nombreuses questions sur la croissance
cranio-faciale restent encore en suspens.
Étudier la croissance cranio-faciale suscite-t-il encore l’intérêt ?
C’est la question à laquelle tente de répondre la Revue d’Orthopédie-Dento-faciale en vous
proposant ce numéro.
Le premier article de cette revue, rédigé par Maxime Nakkache et Yves Soyer, fait le point
sur les différentes théories concernant la croissance cranio-faciale. Elles sont nombreuses,
parfois contradictoires étant donné la complexité du sujet. Croissance, développement,
maturation, sont étudiés en fonction des facteurs génétiques, épigénétiques et environne-
mentaux. Les changements anatomiques et physiologiques induits lors de la croissance
doivent être estimés afin de choisir le traitement orthodontique approprié et notamment
cerner les limites de l’orthopédie.
Roselyne Lalauze-Pol et Françoise Jouen, à partir de leurs connaissances en neurosciences
et à l’aide de la reconnaissance faciale obtenue par IA proposent, dans un premier article, une
étude de la croissance faciale chez l’enfant de moins de 7 ans, depuis des photographies de
face. Il en résulte un étalonnage du développement des différentes parties du visage suivant
Adresse
pour correspondance : le sexe, les dysmorphoses éventuelles ou les traitements (ostéopathiques, orthodontiques ou
[Link]@[Link] chirurgicaux). Dans un second article, Roselyne Lalauze-Pol s’intéresse à l’asymétrie faciale
[Link]@[Link] sévère d’origine non syndromique. Elle expose des cas cliniques infantiles et leur prise en
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Y. Soyer, F. Flageul
Editorial
charge ostéopathique pédiatrique dès les premières années, en association avec un orthodon-
tiste ensuite. Les mesures ont été réalisées avec le logiciel développé pour la première étude.
L’IA est de nouveau mise à contribution dans l’étude de la prévision de croissance mandibulaire
et des différentes théories qui s’y rapportent, pour Edouard Brouchet, François de Brondeau,
Marie-José Boileau et Masrour Makaremi. L’IA utilisée dans le domaine médical permet une
performance en constante augmentation dans le diagnostic, la thérapeutique, la prévention et
le suivi des patients. Et en orthodontie, même si des progrès sont encore attendus, la prédiction
de croissance personnalisée avec des options de traitement précises et fiables n’est désormais
plus une utopie !
Quant à Roland Benoît et Elisabeth Falque, après d’utiles rappels de morphogenèse, ils étudient
la croissance et le développement dento-cranio-facial à partir de cas de jumelles et jumeaux
homozygotes. Ils considèrent la responsabilité partagée de la génétique et des facteurs envi-
ronnementaux, qui peuvent conduire à un développement différent de ces homozygotes, tout
en signalant la nécessité de poursuivre une rechercha active dans ce domaine.
Appartenant à l’ensemble des maladies rares, le syndrome de Goldenhar, qui affecte la crois-
sance de la moitié de la face, est ensuite étudié par Ophélie Talvat et Friedrich Byloff.
Ils en décrivent l’étiologie, la pathogénicité, les symptômes, avant de présenter des cas cliniques
pour lesquels une association orthodontie-orthopédie-chirurgie particulière est nécessaire afin
de compenser le déficit de croissance initial.
Une autre illustration, par des cas cliniques, de l’importance d’une croissance équilibrée, est
donnée par Carine Ben Younes-Uzan dans son article sur la gestion précoce de l’hyperdiver-
gence squelettique. Celle-ci peut se normaliser à condition d’être prise en compte dès l’éruption
des premières dents, pour conduire à la fermeture des infraclusions, à la mise en fonction de
toute la denture et assurer ainsi la poursuite d’une croissance harmonieuse de la face.
Enfin, la revue de presse, rédigée par Françoise Kalifa, intéresse quatre articles de sujets variés,
le premier complétant le propos de ce numéro. L’article compare des modèles individualisés de
prévision de croissance faciale, notamment grâce à l’IA.
Nous vous invitons également à répondre à l'enquête à propos de la Connaissance et appréhen-
sion des orthodontistes en France du risque d’osteonécrose de la machoire liée aux traitements
antiresorptifs et antiangiogéniques p. 171, par l'intermédiaire du QR code.
Ainsi donc, véritable spécialité médicale, l’orthodontie a plus que jamais sa place au cœur d’un
ndlr : système de santé pluridisciplinaire en constante évolution.
Les opinions
émises n’engagent En préambule à la lecture de ce numéro nous voulons rendre hommage à Christine Boehm-
que leurs auteurs. Hurez. Une grande Dame de l'Orthodontie trop tôt disparue.
Instructions aux auteurs
T out auteur qui collabore à la revue s’engage à respecter les règles de rédaction de la revue,
lesquelles tendent à assurer une présentation homogène pour une publication qui doit
être conforme aux règles de rédaction de la presse médicale et biologique internationale.
Les travaux des auteurs étrangers sont soumis aux mêmes règles que ceux des auteurs
français. Retrouvez toutes les instructions depuis le QR code ci-contre.
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