Comment lutter face au chômage ?
I. Comment appréhender le chômage ?
1. Définir et mesurer le chômage : une opération complexe
Appréhender le chômage est complexe. D’abord, il existe deux mesures qui ne se
recoupent pas forcément : celle de Pôle emploi et celle du BIT. Ensuite, la définition
du BIT – être sans emploi, disponible et rechercher activement un emploi –, retenue
pour les comparaisons internationales, ignore des situations aux frontières du
chômage qui sous-estiment son ampleur : halo du chômage et sous-emploi. Enfin,
il existe plusieurs « thermomètres » : si le taux de chômage reste l’indicateur
traditionnel pour mesurer son ampleur et son évolution, le taux de chômage de long
terme renseigne davantage sur la difficulté à trouver du travail tandis que le taux
d’emploi est un indicateur complémentaire.
Sous-emploi : ensemble des personnes qui travaillent involontairement moins que
la durée normale du travail et qui voudraient travailler plus.
Chômage : population active privée d’emploi
Taux de chômage : mesure la part des chômeurs dans la population active (en %).
On divise le nombre de chômeurs par le nombre de personnes actives (en emploi ou
au chômage).
Taux d’emploi : mesure la part des actifs occupés sur la population en âge de
travailler (en %). On divise le nombre d’actifs occupés par le nombre de personnes
âgées de 15-64 ans.
2. Panorama du chômage : des situations différenciées en France et au
niveau mondial
Le chômage touche de manière différenciée les catégories sociales en France. Il
frappe davantage les ouvriers et les employés, les moins qualifiés et les plus jeunes.
Le genre est moins source d’inégalités aujourd’hui. De même, on constate une
hétérogénéité des taux de chômage au sein de l’Europe et une situation contrastée
au sein de l’OCDE en termes d’évolution ou d’ampleur du chômage de long terme.
Ainsi, celui de la France est supérieur à celui de la moyenne de l’UE.
II. Quelles sont les causes du chômage ?
1. Un coût du travail trop élevé peut être à l’origine du chômage
Pour les néoclassiques, le chômage classique s’explique par un salaire réel
supérieur à celui qui égalise l’offre et la demande de travail si le marché
concurrentiel fonctionne librement. Cela aboutit à un excès d’offre qui correspond à
un chômage volontaire. Dans ce cadre, le salaire minimum est considéré comme
une institution qui a un effet négatif sur l’emploi. Plus largement, c’est le coût du
travail qui est jugé trop élevé aujourd’hui et désinciterait les entreprises à
embaucher en baissant leur compétitivité, leur profitabilité ou encore en favorisant
une substitution du capital au travail.
Mais le niveau excessif des salaires peut venir du comportement des employeurs
eux-mêmes, comme l’indiquent les théories du salaire d’efficience : dans un
contexte d’asymétrie d’informations, il est rationnel pour les employeurs de verser
des salaires élevés pour attirer les meilleurs travailleurs, les inciter à l’effort ou
baisser le taux de rotation. La source du chômage est bien un salaire trop élevé
mais le chômage est ici involontaire et s’explique par le comportement rationnel des
entreprises.
Chômage classique : chômage lié à un coût du travail jugé trop élevé.
Salaire minimum : salaire en dessous duquel un employeur ne peut rémunérer un
travailleur.
Coût du travail : ce que coûte un travailleur à son employeur en salaire, cotisations
et en formation.
Salaire d’efficience : salaire supérieur au salaire d’équilibre.
2. Le rôle de la protection de l’emploi dans le chômage structurel
Outre la rigidité des salaires, c’est la rigidité du marché du travail, liée à une trop
forte protection de l’emploi, qui est dénoncée par les libéraux. Faute de pouvoir
licencier librement ou embaucher avec des contrats plus souples, les entreprises
auraient peur d’embaucher, ce qui entretiendrait le chômage structurel. L’indicateur
de protection de l’emploi fourni par l’OCDE montrerait ainsi un fort niveau de rigidité
du marché du travail en France comparativement à d’autres pays. Toutefois, il n’est
pas possible d’établir statistiquement une corrélation entre niveau de protection de
l’emploi et créations ou pertes d’emploi.
Chômage structurel : partie du chômage qui est indépendante de la croissance
économique et des coûts du travail mais s’explique par les rigidités du marché du
travail et l’inadéquation entre l’offre et la demande.
Protection de l’emploi : ensemble des règles régissant le contrat de travail
(conditions d’embauche et de licenciement, en particulier) pour les contrats
permanents (CDI) mais aussi temporaires (CDD, intérim). Elle détermine le degré de
rigidité de l’emploi.
Rigidité du marché du travail : caractéristiques du marché du travail qui freinent
l’égalité entre l’offre et la demande. Elle est liée à l’existence d’institutions qui visent
à protéger l’emploi (salaire minimum, indemnisation chômage, règles encadrant les
licenciements…).
3. Les problèmes d’appariements, source de chômage structurel
Outre la rigidité du marché du travail, le chômage structurel trouve aussi sa source
dans des problèmes d’appariement (ou match). Il existe trois origines possibles à
ces problèmes : une inadéquation entre offre et demande de travail qui peut venir
des frictions liées au temps de prospection des chômeurs (job search) ; une
inadéquation des compétences ; et enfin une inadéquation spatiale entre les
demandeurs d’emploi et les employeurs.
Appariement (ou match) : adéquation entre l’offre et la demande de travail,
c’est-à-dire entre un travailleur et un emploi. Dans le cas contraire, on parle
d’inadéquation sur le marché du travail.
Friction : adéquation temporaire entre offre et demande de travail en raison de
l’activité de prospection des chômeurs.
Inadéquation des compétences : quand les compétences détenues par les
travailleurs ne correspondent pas à celles réclamées par les employeurs.
Inadéquation spatiale : quand le lieu d’habitation des travailleurs ne correspond
pas à la localisation des emplois.
4. Les fluctuations de l’activité économique, source de chômage
conjoncturel
Les fluctuations économiques expliquent le chômage conjoncturel. C’est J. M.
Keynes qui théorise cette idée. Pour lui, le chômage est involontaire et trouve sa
source dans l’insuffisance de la demande globale. Si les entreprises anticipent une
faible demande globale – en consommation ou en investissement –, elles fixent un
faible niveau de production, réduisant ainsi le niveau d’emploi, ce qui conduit au
chômage. Dans ce cadre, le salaire n’est pas l’ennemi de l’emploi. L’existence d’une
relation statistique entre évolutions du PIB et emplois en France va dans ce sens.
Fluctuations économiques : variation à la hausse ou à la baisse de la croissance à
court terme.
Chômage conjoncturel : chômage lié aux fluctuations de la croissance.
Demande globale : demande anticipée qui s’adresse aux entreprises. Elle se
décompose en demande de consommation et demande de biens de production
(investissement) en économie fermée.
III. Quelles politiques de l’emploi pour lutter contre le chômage ?
1. Lutter contre le chômage classique par des politiques
d’allègement du coût du travail
Selon l’analyse libérale, la baisse du chômage réclame une politique d’allègement
du coût du travail. Si certains pays ont opté pour une action sur les salaires
(absence ou faiblesse du salaire minimum), la France a privilégié la baisse des
cotisations sociales. Ainsi, depuis 1993, plusieurs mesures prévoient des réductions
de cotisations sociales patronales pour les emplois aux alentours du SMIC. Ces
politiques de l’emploi comportent toutefois des limites : baisse de ressources pour
l’État et smicardisation des travailleurs principalement.
Protection de l’emploi : ensemble des règles régissant le contrat de travail
(conditions d’embauche et de licenciement, en particulier) pour les contrats
permanents (CDI) mais aussi temporaires (CDD, intérim). Elle détermine le degré de
rigidité de l’emploi.
2. Lutter contre le chômage conjoncturel par des politiques
macroéconomiques de soutien de la demande
Pour J.M. Keynes, la lutte contre le chômage exige l’utilisation de politiques
macroéconomiques (de relance) pour soutenir la demande globale. Les pays
pourront opter alternativement ou conjointement pour des politiques budgétaires (via
la hausse des dépenses publiques ou la baisse de la fiscalité) ou des politiques
monétaires de relance (via la baisse des taux d’intérêt pour stimuler le crédit). Les
États-Unis fournissent un exemple récent de relance par la fiscalité, mais la hausse
du salaire minimum est aussi une arme mobilisée par les États. Par ailleurs, ces
politiques sont contraintes, en particulier par le niveau déjà élevé de déficit et de
dette publics.
Politiques macroéconomiques (de relance) : consistent à utiliser les politiques
budgétaire et /ou monétaire pour relancer la croissance et diminuer le chômage.
3. Lutter contre le chômage structurel par la flexibilité
Le chômage étant aussi de nature structurelle, il faut combattre la rigidité du marché
du travail par des politiques de flexibilité du marché du travail. Il s’agit alors
d’alléger la protection de l’emploi par des mesures favorisant une flexibilité
quantitative – des effectifs ou du nombre d’heures de travail – et/ou qualitative
(externalisation ou polyvalence des travailleurs). Mais ces politiques ont, là encore,
de nombreux effets pervers : précarisation et pauvreté, baisse de la productivité,
baisse de l’implication des travailleurs…
Flexibilité du marché du travail : ensemble des mesures prises pour baisser les
rigidités du marché du travail. Elle doit permettre aux entreprises de s’adapter
rapidement aux fluctuations économiques tant au niveau du volume de l’emploi que
des rémunérations. On distingue la flexibilité des salaires, la flexibilité quantitative et
qualitative.
4. Lutter contre le chômage structurel en améliorant les appariements : le
rôle positif des institutions
L’amélioration de la qualité des appariements fait l’objet d’une attention particulière
dans un contexte de transition numérique ces dernières années et prend plusieurs
voies. Les politiques de formation (initiale ou professionnelle) visent à améliorer
l’entrée sur le marché du travail des jeunes, l’employabilité des chômeurs ou encore
l’adaptabilité des travailleurs à de nouveaux postes, diminuant ainsi le risque de
chômage. Elles participent à l’amélioration de l’adéquation des compétences. On
peut aussi chercher à améliorer l’appariement spatial par des mesures comme la
création de zones franches urbaines. Enfin, l’État investit dans l’accompagnement
des chômeurs.
Toutefois, l’efficacité de ces politiques est remise en question. Ce ne sont pas ceux
qui ont le plus besoin de formation qui en bénéficient le plus, agir sur la mobilité des
Français reste difficile et les politiques d’accompagnement nécessitent des moyens
humains importants.
Politiques de formation : ensemble des dispositifs pour favoriser la formation
initiale délivrée jusqu’à l’université et la formation continue tout au long de la vie
professionnelle.