INTL
INTL
INTÉGRALE DE LEBESGUE
(INTL)
Thibaut Deheuvels
0.1 Cardinalité
Définition 0.1. Deux ensembles E et F sont dits équipotents s’il existe une bijection de E dans F . On note
alors E ' F ou Card E = Card F .
. Exemple. Si E est un ensemble, alors P(E) ' {0, 1}E car la fonction A ⊂ E 7−→ 1A est une bijection.
Notation. Si E et F sont deux ensembles, on note Card E 6 Card F s’il existe une injection de E dans F . Si,
de plus, les ensembles E et F ne sont pas équipotents, on note Card E < Card F . De la même façon, on définit
les notations Card E > Card F et Card E > Card F .
Remarque (axiome du choix [AC]). Soit E un ensemble non vide. Il existe une fonction choix f : P(E) → E
telle que, pour toute partie non vide A de E, on ait f (A) ∈ A. Une formulation équivalente est la suivante : si I
est un ensemble et (Ei )i∈I est une famille d’ensembles non vides, alors le produit i∈I Ei est non vide.
Q
Théorème 0.3 (Cantor-Bernstein). Si Card E 6 Card F et Card F 6 Card E, alors Card E = Card F .
Proposition 0.4. Si E est non vide, alors Card E < Card P(E).
Preuve On a Card E 6 Card P(E) car la fonction x ∈ E 7−→ {x} ∈ P(E) est clairement injective. Par
l’absurde, supposons l’égalité. Alors il existe une fonction ϕ : E → P(E) bijective. On pose
A := {x ∈ E | x ∈
/ ϕ(x)}.
Comme ϕ est une bijection, il existe a ∈ E tel que ϕ(a) = A. Si a ∈ A, alors a ∈
/ ϕ(a) = A ce qui est absurde. Si
/ A, alors a ∈ ϕ(a) = A ce qui est également absurde. D’où le résultat.
a∈
0.2 Dénombrabilité
Définition 0.5. Un ensemble E est dit dénombrable si Card E 6 Card N.
Remarque. De manière équivalente et sans avoir à recourir à l’axiome du choix, un ensemble E est dénombrable
si et seulement si Card N > Card E.
Proposition 0.6. Si (En )n∈N est une suite d’ensembles dénombrables, alors n∈N En est dénombrable.
S
Définition 1.1. On appelle tribu (ou σ-algèbre) sur E toute classe de parties A de E telle que
– ∅∈A ;
– si A ∈ A , alors Ac ∈ A ; (stabilité par passage au complémentaire)
– si (An )n∈N est une suite de A , alors n∈N An ∈ A . (stabilité par union dénombrable)
S
Remarque. Un tribu est aussi stable par intersection dénombrable. En effet, si (An )n∈N est une suite de A,
alors n∈N An = ( n∈N Acn )c ∈ A .
T S
. Exemples. – La classe de parties {∅, E} est une tribu sur E appelée tribu grossière.
– La classe de parties P(E) en est une appelée tribu triviale.
– Si A ⊂ E, alors {∅, E, A, Ac } est une tribu.
– La classe de parties {A ⊂ E | A dénombrable ou Ac dénombrable} est une tribu.
Remarque. Une intersection quelconque de tribus sur E est encore une tribu sur E.
Définition-proposition 1.2. Si C est une classe de partie de E, alors il existe une plus petite tribu (au sens
de l’inclusion) contenant C. On appelle cette tribu la tribu engendrée par C et on la note σ(C ). En d’autres
termes, si A est une tribu sur E telle que C ⊂ A , alors σ(C ) ⊂ A .
Remarque. Pour montrer que les éléments de σ(C ) vérifient une propriété (P), il suffit de montrer que
– les éléments de C vérifient (P),
– la classe de parties B := {B ∈ σ(C ) | B vérifie (P)} est une tribu.
En effet, on aura alors C ⊂ B, donc σ(C ) ⊂ B, donc B = σ(C ).
Définition 1.3. Soit E un ensemble. On appelle topologie sur E toute classe de parties T sur E vérifiant
– ∅ ∈ T et E ∈ T ,
– si (Ωi )i∈I est une famille d’éléments de T , alors i∈I Ωi ∈ T ,
S
– si Ω1 , . . . , Ωn ∈ T , alors ni=1 Ωi ∈ T .
T
On appelle ouverts les éléments de T et on note O(E) l’ensemble des ouverts de E, on appelle fermés leurs
complémentaires. On appelle alors (E, T ) un espace topologique.
. Exemple. L’ensemble R (ou Rd ) muni de ses ouverts au sens usuel est un espace topologique.
Remarque. Une intersection quelconque de topologies sur E est encore une topologie sur E. Si C ⊂ P(E),
alors il existe une plus petite topologie sur E contenant C . On l’appelle topologie engendrée par C .
Remarques. – La tribu borélienne B(E) est aussi engendrée par les fermés de E.
– En général, on n’a pas B(E) = P(E) : c’est le cas de R. En effet, on peut construire des parties de R non
boréliennes (avec ou sans axiome du choix). En fait, on peut montrer que Card B(R) = Card R.
Preuve • Première égalité. Si α, β ∈ Q, alors ]α, β[ ∈ O(R), donc σ({]α, β[ | α, β ∈ Q}) ⊂ σ(O(R)) = B(R).
Réciproquement, soit Ω ∈ O(R). Alors
[
Ω= ]α, β[ ∈ σ({]α, β[ | α, β ∈ Q}),
]α,β[⊂Ω
α,β∈Q
Preuve Soit a ∈ Rd . On montre que la classe de parties A := {B ∈ B(Rd ) | B + a ∈ B(Rd )} contient O(Rd )
et que c’est une tribu sur Rd ce qui permet de conclure que A ⊃ σ(O(Rd )) = B(Rd ).
Boréliens de R. On introduit deux éléments −∞ et +∞, puis on étend l’ordre totale et posant −∞ 6 x 6 +∞
pour tout x ∈ R avec R = R ∪ {−∞, +∞}. On munit R de la topologie engendrée par les ouverts de R, les
ensembles [−∞, a[ avec a ∈ R et les ensembles ]a, +∞] avec a ∈ R. On a alors B(R) = σ({[−∞, a[ | a ∈ Q}).
Définition-proposition 1.8. Si B est une tribu sur F , alors f −1 (B) est une tribu sur E. On l’appelle tribu
image réciproque
. Exemple. Soient B une tribu sur E et A ⊂ E. On note i : x ∈ A 7−→ x ∈ E. Alors i−1 (B) est une tribu sur A
appelée tribu trace.
Proposition 1.9. Si A est une tribu sur E, alors {B ⊂ F | f −1 (B) ∈ A } est une tribu sur F appelée tribu
image de A par f .
4 Mesures – Chapitre 1
Chapitre 2
Mesures
2.1 Définitions et exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 2.3 Mesure de Lebesgue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2.2 Propriétés des mesures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 2.4 Ensembles négligeables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
. Exemples. – L’application µ : A ∈ A 7−→ 0 est une mesure sur (E, A ) appelée mesure nulle.
– La mesure grossière sur (E, A ) est l’application
0 si A = ∅,
®
µ : A ∈ A 7−→
+∞ sinon.
– La mesure de comptage sur (E, P(E)) est l’application
Card A si A est fini,
®
m : A ∈ A 7−→
+∞ sinon.
– La mesure de Dirac sur (E, A ) en x ∈ E est l’application δx définie par δx (A) = 1A (x) pour tout A ∈ A .
. Exemple. La mesure de comptage sur (N, P(N)) est σ-finie en posant En = J0, nK pour tout n ∈ N.
Proposition 2.3 (croissance). Soient A, B ∈ A tel que A ⊂ B Alors µ(A) 6 µ(B). De plus, si µ(A) < +∞,
alors µ(B \ A) = µ(B) − µ(A).
Preuve On a µ(B) = µ(AtB \A) = µ(A)+µ(B \A) > µ(A). Si µ(A) < +∞, alors µ(B)−µ(A) = µ(B \A).
Mesures – Chapitre 2 5
2.3. MESURE DE LEBESGUE
Montrons (ii). Par l’absurde, supposons qu’il existe n, m ∈ N tels que n < m et Bn ∩ Bm 6= ∅. Soit x ∈ Bn ∩ Bm .
Alors x ∈ Am et x ∈ / An , donc x ∈
/ Bn ce qui est absurde
Montrons (iii) par double inclusion. L’inclusion directe est claire. Réciproquement, si x ∈ n∈N An , alors
S
x ∈ Bm où m := min {n | x ∈ An }.
Finalement, on a [ G X X
µ An = µ Bn = µ(Bn ) 6 µ(An )
n∈N n∈N n∈N n∈N
Proposition 2.5 (continuité). 1. Si (An )n∈N est une suite croissante de A , alors
[
An = lim µ(An ).
µ
n→+∞
n∈N
Preuve 1. S’il existe n0 ∈ N tel que µ(An0 ) = +∞, alors µ( n∈N An ) = +∞ et µ(An ) = +∞ à partir d’un
S
certain rang, d’où l’égalité. On suppose que µ(An ) < +∞ pour tout n ∈ N. On considère la même suite (Bn )n∈N
que dans la preuve précédente, i. e. telle que B0 = A0 et Bn = An \ An−1 pour tout n ∈ N∗ . Alors
[ G X Xn Xn
µ An = µ Bn = µ(Bn ) = lim µ(Bk ) = lim [µ(Ak ) − µ(Ak−1 )] + µ(A0 )
n→+∞ n→+∞
n∈N n∈N n∈N k=0 k=1
= lim µ(An ).
n→+∞
2. On peut supposer que n0 = 0 quitte à considérer la suite (An0 +n )n∈N . La suite (A0 \ An )n∈N est une suite
décroissante de A. Par continuité à gauche, on a alors
[ \ \
lim µ(A0 \ An ) = µ A0 \ An = µ A0 \ An = µ(A0 ) − µ An
n→+∞
n∈N n∈N n∈N
Remarque. La seconde hypothèse du point 2 est nécessaire. En effet, sur (N, P(N), m), un contre-exemple est
la suite (An := Jn, +∞J)n∈N car m( n∈N An ) = µ(∅) = 0 et m(An ) = +∞ pour tout n ∈ N.
S
6 Mesures – Chapitre 2
2.4. ENSEMBLES NÉGLIGEABLES
Théorème 2.6. Soit d ∈ N∗ . Il existe une unique mesure λd sur (Rd , B(Rd )) telle que
– λd ([0, 1]d ) = 1,
– λd est invariante par translation, i. e. si B ∈ B(Rd ) et a ∈ Rd , alors λd (B + a) = λd (B).
Quand d = 1, on note cette mesure λ.
Preuve On l’admet pour l’instant. La mesure de Lebesgue sera construite pour d = 1 dans la section 5.1.2.
Remarque. Si D est une partie dénombrable de Rd , alors λd (D) = 0. La réciproque est fausse : un contre-
exemple est l’exemple de Cantor définit comme suit. Pour tout n ∈ N, on pose
Kn Kn + 2
K0 = [0, 1] et Kn+1 = ∪ .
3 3
L’ensemble de Cantor est l’ensemble K = n∈N Kn . Alors λ(K) = 0 et l’ensemble K n’est pas dénombrable :
T
on peut montrer qu’il est en bijection avec {0, 2}N .
K0
K1
K2
K3
K4
K5
Lemme 2.8. Si B ∈ B(Rd ) et ε > 0, alors il existe un ouvert Ω et un fermé F tels que
– F ⊂ B ⊂ Ω,
– λd (Ω \ F ) < ε.
Dans tous le chapitre, les couples (E, A ) et (F, B) désigneront deux espaces mesurables.
3.1 Mesurabilité
Définition 3.1. On dit que f : E → F est (A , B)-mesurable (ou simplement mesurable) si f −1 (B) ⊂ A , i. e.
∀B ∈ B, f −1 (B) ⊂ A .
Si E et F sont des espaces topologiques associés à leurs tribus boréliennes, on qualifiera de boréliennes les
fonctions (B(E), B(F ))-mesurables.
. Exemples. – Une fonction constante est mesurable. En effet, soit f : x ∈ E 7−→ y0 ∈ F . Si B ∈ B, alors
∅ si y0 ∈
®
/B
f (B) =
−1
∈A.
E si y0 ∈ B
Remarques. – Si A = P(E), alors toute fonction f : E → F est mesurable. Par exemple, dans (N, P(N)),
toute fonction de N dans R est mesurable, i. e. les suites réelles sont mesurables.
– Très souvent, on aura F ∈ {R, R+ , R, C} et, dans ce cas, il sera implicite que la tribu sur F est B(F ).
Mesure image
Définition 3.2 (mesure image). Soient µ une mesure sur (E, A ) et f : E → F une fonction mesurable. Alors
B −→ R ∪ {+∞},
µf :
B 7−→ µf (B) := µ(f −1 (B))
est une mesure sur (F, B) appelée mesure image par f .
Remarque. Si X : (Ω, A ) → (R, B(R)) est une variable aléatoire (i. e. une fonction mesurable), alors on
appelle loi de X la mesure image de P par X où P est une probabilité sur (Ω, A ).
Preuve Le sens direct est évident car f −1 (C ) ⊂ f −1 (B). Réciproquement, si f −1 (C ) ⊂ A , alors σ(f −1 (C )) ⊂
A , donc f −1 (σ(C )) ⊂ A par le lemme de transport, donc f −1 (B) ∈ A .
Remarque. On suppose que (F, B) = (R, B(R)). Pour montrer que f : E → R est mesurable, il suffit de
montrer que f −1 (]−∞, a[) ⊂ A , noté {f < a}, pour tout a ∈ R. Idem sur R avec [−∞, a[.
Continuité et mesurabilité
Soient (E, T ) et (F, S ) deux espaces topologiques.
Proposition 3.4. Si f : E → F est continue, alors f est borélienne.
Preuve Si Ω est un ouvert de F , alors f −1 (Ω) ∈ A ⊂ B(E). Donc f −1 (S ) ⊂ B(E). Comme B(F ) = σ(S ),
la fonction f est mesurable.
Définition 3.5. Soient (E, A ) un espace topologique et f : E → R. On dit que f est semi-continue inférieure-
ment (resp. supérieurement) si, pour tout a ∈ R, l’ensemble {f 6 a} (resp. {f > a}) est fermé.
Preuve Si f est semi-continue inférieurement, alors {f 6 a} est fermé pour tout a ∈ R, donc {f 6 a} ∈ B(E),
donc f est mesurable car B(R) = σ({]−∞, a] | a ∈ R}).
Preuve Si C ∈ C , alors (g ◦ f )−1 (C) = f −1 (g −1 (C)) ∈ A car g −1 (C) ∈ B. Donc g ◦ f est mesurable.
. Exemple. Si f : R → R mesurable, alors |f | est aussi mesurable car | | est continue, donc mesurable.
Lemme 3.8. Soit f : (E, A ) → (R2 , B(R2 ). On note f1 et f2 sont composantes. Alors f est mesurables si et
seulement si f1 et f2 sont mesurables.
Preuve On suppose que f est mesurable. Pour i ∈ {1, 2}, en notant πi : R2 → R la projection sur la i-ième
coordonnée, on a fi = πi ◦ f où f est mesurable et πi est continue, donc fi est mesurable.
Réciproquement, on suppose que f1 et f2 sont mesurables. Si I1 et I2 sont deux intervalles de R, alors f −1 (I1 ×
I2 ) = f1−1 (I1 ) ∩ f2−1 (I2 ) ∈ A car f1 et f2 sont mesurables. Comme B(R2 ) = σ({I1 × I2 | I1 , I2 intervalles}), la
fonction f est mesurable.
Proposition 3.9. Soient f, g : E → R deux fonctions mesurables. On a
1. pour tout α ∈ R, la fonction αf + g est mesurable ;
2. la fonction f g est mesurable.
resp. les limites inférieure et supérieure de la suite (xn )n∈N . On peut montrer que limn→+∞ xn 6 limn→+∞ xn .
S’il y a égalité, alors la suite (xn )n∈N converge vers limn→+∞ xn . La réciproque est également vraie.
Proposition 3.11. Soit (fn )n∈N une suite de fonctions de E dans R mesurables.
1. Alors les fonctions
E −→ R, E −→ R,
inf fn : et sup fn : x 7−→ sup fn (x)
n∈N x 7−→ inf fn (x) n∈N
n∈N n∈N
Preuve 1. Soit a ∈ R. Comme les ensembles {fn < a} sont dans la tribu, on a
[
{ inf fn < a} = {fn < a} ∈ A .
n∈N
n∈N
Donc la fonction inf n∈N fn est mesurable. Par ailleurs, on a
\
{sup fn 6 a} = {fn 6 a} ∈ A .
n∈N
n∈N
Donc la fonction supn∈N fn est mesurable.
On a limn→+∞ fn = supn∈N gn avec gn := inf k>n fn pour tout n ∈ N. D’après ce qui précède, les fonctions gn
sont mesurables, donc leur borne supérieure limn→+∞ fn l’est. De la même manière, la fonction limn→+∞ fn =
inf n∈N supk>n fn est mesurable.
2. Si la suite (fn )n∈N converge simplement vers f , alors la fonction f vaut limn→+∞ fn qui est mesurable. .
Remarque. Si f est étagée et x1 , . . ., xn sont ses valeurs distinctes, alors elle s’écrit
n
xn 1{f =xi } .
X
f=
i=1
Les fonctions étagées sont exactement les fonctions de la forme αi 1Ai où les parties Ai sont des éléments
Pn
i=1
de la tribu A .
Proposition 3.13. Soit f : E → R mesurable positive. Alors il existe une suite croissante (fn )n∈N de fonctions
étagées positives qui converge simplement vers f . De plus, si f est bornée, alors la convergence est uniforme.
Remarque. Dans le cas où la fonction f est mesurable de signe quelconque, il existe une suite (fn )n∈N de
fonctions étagées qui converge simplement vers f . Si f est bornée, alors la convergence est uniforme.
Définition 4.1. Soit ϕ = αi 1Ai ∈ E+ . On définit l’intégrale de ϕ par rapport à la mesure µ comme
PN
i=1
ˆ N
ϕ dµ :=
X
αi µ(Ai )
E i=1
N
X N X
X N
X G XN
βj µ(Bj ) = βj µ(Bj ) = αi µ Bj = αi µ({ϕ = αi }).
j=1 i=1 βj =αi i=1 βj =αi i=1
´
– Si ϕ ∈ E+ , alors E
ϕ dµ > 0.
– • Mesure de comptage. Soit ϕ ∈ E+ . Notons m la mesure de comptage sur l’espace (N, P(N)). Alors
ˆ X
ϕ dm = ϕ(n).
N n∈N
X N
X X N
X ˆ
ϕ(n) = ϕ(n) = αi m({ϕ = ai }) = ϕ dm.
n∈N i=1 ϕ(n)=αi i=1 N
2. Si ϕ, ψ ∈ E+ vérifient ϕ 6 ψ, alors ˆ ˆ
ϕ dµ 6 ψ dµ.
On a
ˆ N X
X M
(αϕ + ψ) dµ = (ααi + βj )µ(Ai ∩ Bj )
i=1 j=1
N
X M
X M
X M
X
=α αi µ(Ai ∩ Bj ) + βj µ(Ai ∩ Bj )
i=1 j=1 j=1 i=1
N
X N
G XM M
G
=α αi µ Ai ∩ B j + βj µ Ai ∩ B j
i=1 j=1 j=1 i=1
N
X M
X
=α αi µ(Ai ) + βj µ(Bj )
i=1 j=1
ˆ ˆ
=α ϕ dµ + ψ dµ.
Lemme 4.3. Soient ϕ ∈ E+ et (En )n∈N une suite croissante de A telle que E = En . Alors
S
n∈N
ˆ ˆ
ϕ dµ −−−−−→ ϕ dµ.
En n→+∞ E
Définition 4.4. Soit f ∈ M+ . On définit son intégrale par rapport à la mesure µ comme
ˆ ߈ ™
f dµ := sup ϕ dµ ϕ ∈ E+ , ϕ 6 f .
E E
Remarques. – Par croissance de l’intégrale des fonctions de E+ , la définition précédente n’est pas ambiguë.
´
– Si f ∈ M+ , alors f dµ > 0.
´ ´
– Si f, g ∈ M+ vérifient f 6 g, alors f dµ 6 g dµ.
donc ˆ ˆ
lim fn dµ 6 f dµ. (1)
n→+∞ E E
Montrons l’autre inégalité. Soit ϕ ∈ E+ telle
S que ϕ 6 f . Soit α ∈ ]0, 1[. Pour n ∈ N, posons En = {fn > αϕ} ∈ A .
La suite (En )n∈N est croissante et E = n∈N En car, si x ∈ E, il existe n ∈ N tel que fn (x) > αϕ(x). Par le
lemme précédent, on a alors ˆ ˆ
αϕ dµ −→ αϕ dµ.
En E
Comme αϕ1En 6 fn , la croissance de l’intégrale donne
ˆ ˆ ˆ ˆ
αϕ dµ 6 fn dµ, donc α ϕ dµ 6 lim fn dµ.
En E E n→+∞ E
Ceci est vrai pour tout α ∈ ]0, 1[. En laissant tendre α vers 1, on obtient
ˆ ˆ
ϕ dµ 6 lim fn dµ.
E n→+∞ E
On passe à la borne supérieure sur les fonctions ϕ ∈ E+ vérifiant ϕ 6 f et on obtient
ˆ ˆ
f dµ 6 lim fn dµ. (2)
E n→+∞ E
Les inégalités (1) et (2) montrent l’égalité voulue.
Remarque. Le résultat est faux pour les suites décroissantes. Par exemple, si fn = 1[n,+∞[ pour n ∈ N, alors
ˆ ˆ ˆ
∀n ∈ N, fn dλ = λ([n, +∞[) = +∞ et lim fn dλ = 0 dλ = 0.
R R n→+∞ R
Preuve On sait qu’il existe deux suites (fn )n∈N et (gn )n∈N croissantes de E+ qui convergent simplement
respectivement vers f et g. Comme la suite (fn + gn )n∈N est croissante de E+ , le théorème de Beppo Levi donne
ˆ ˆ ˆ ˆ
α fn dµ + gn dµ = (αfn + gn ) dµ −→ (αf + g) dµ
et ˆ ˆ ˆ ˆ
α fn dµ + gn dµ −→ α f dµ + g dµ.
D’où l’égalité.
Application. • Mesure de Dirac. Soient x ∈ E et f ∈ M+ . Il existe une suite (fn )n∈N croissante de E+ qui
converge simplement vers f . D’après le théorème de Beppo Levi, on a
ˆ ˆ
fn (x) = fn dδx −→ f dδx .
´
Or fn (x) → f (x), donc f dδx = f (x).
´
Remarque. Si f, g ∈ M+ vérifient f 6 g et f dµ < +∞, alors
ˆ ˆ ˆ
(g − f ) dµ = g dµ − f dµ.
Preuve La fonction n∈N fn étant une limite de fonctions mesurables positives, elle est elle-même mesurable
P
XN ˆ ˆ X N ˆ X
fn dµ = fn dµ −→ fn dµ.
n=0 n=0 n∈N
Or
N ˆ
X Xˆ
fn dµ −→ fn dµ.
n=0 n∈N
. Exemple. Cette notion a déjà été utilisée en probabilité. Si X : Ω → R est une variable aléatoire réelle sur un
espace probabilisé (Ω, A , P), on dit que X suit la loi normale N (µ, σ) si sa loi PX est la mesure à densité
1 (x − µ)2
Å ã
x 7−→ √ exp − ,
σ 2π 2σ 2
i. e. pour tout A ∈ B(R), on a
ˆ
1 (x − µ)2
Å ã
PX (A) = √ exp − dλ(x).
A σ 2π 2σ 2
D’où l’inégalité.
´
Corollaire 4.10. Si f ∈ M+ vérifie f dµ < +∞, alors µ({f = +∞}) = 0.
´
Proposition 4.11. 1. Si f ∈ M+ , alors f dµ = 0 si et seulement si f = 0 µ-presque partout.
´ ´
2. Si f, g ∈ M+ vérifie f = g µ-presque partout, alors f dµ = g dµ.
´
Remarque. Si f ∈ M+ et A ∈ A vérifie µ(A) = 0, alors A
f dµ = 0.
Preuve Comme la suite (inf k>n fk )n∈N est une suite croissante de M+ , le théorème de Beppo Levi donne
ˆ ˆ ˆ
lim fn dµ = lim inf fk dµ = lim inf fk dµ.
n→+∞ n→+∞ k>n n→+∞ k>n
D’où le lemme.
Remarque. – Il est essentiel que les fonctions soient positives. Un contre-exemple est le suivant. Pour n ∈ N∗ ,
on pose fn := 1[0,1] − 1[n,n+1] . On verra que
ˆ ˆ ˆ
fn dλ = 0 et lim fn dλ = 1[0,1] dλ = λ([0, 1]) = 1,
R R n→+∞ R
mais on a ˆ
lim fn dλ = 0.
n→+∞ R
– Les inégalités avec la limite supérieure ne sont pas vraies dans le cas général. En revanche, le résultat suivant
est vrai.
Lemme 4.13. Soit (fn )n∈N une suite de M+ telle qu’il existe g ∈ M+ vérifiant
ˆ
∀n ∈ N, fn 6 g et g dµ < +∞.
Alors ˆ ˆ
lim fn dµ > lim fn dµ.
E n→+∞ n→+∞ E
Or ˆ ˆ ˆ ˆ
lim (g − fn ) = (g − lim fn ) dµ = g dµ − lim fn dµ
n→+∞ n→+∞ n→+∞
et ˆ ˆ ˆ
lim (g − fn ) dµ = g dµ − lim fn dµ.
n→+∞ n→+∞
D’où l’inégalité.
Définition 4.14. On dit qu’une fonction f : (E, A ) → (K, B(K)) est µ-intégrable si elle est µ-mesurable et
ˆ
|f | dµ < +∞.
E
On note L (E, A , µ) (ou L (E, µ) ou encore L 1 (E)) l’ensemble des fonctions µ-mesurables de E dans K. On
1 1
Preuve 1. D’après la remarque précédente, on sait déjà que f est mesurable si et seulement si f + et f − le sont.
D’autre part, on a f + 6 |f | = f + + f − et f − 6 |f | = f + + f − , donc
ˆ ˆ ˆ ˆ
f dµ 6 |f | dµ = f dµ + f − dµ.
± +
´ ´ ´
donc |f | dµ < +∞ si et seulement si f + dµ < +∞ et f − dµ < +∞.
2. L’équivalence est vraie pour la mesurabilité. On a |Re f | 6 |f | 6 |Re f |+|Im f | et |Im f | 6 |f | 6 |Re f |+|Im f |.
De même, on établit l’équivalence.
Définition 4.16. Soit f : (E, A ) → (K, B(K)) une fonction µ-intégrable. Si K = R, on pose
ˆ ˆ ˆ
f dµ := f + dµ − f − dµ.
E E E
Si K = C, on pose ˆ ˆ ˆ
f dµ := Re f dµ + i Im f dµ.
E E E
Preuve 1. On a ˆ ˆ ˆ
|f + g| dµ 6 |f | dµ + |g| dµ < +∞,
2. Soit α ∈ K. On a ˆ ˆ ˆ
|αf | dµ 6 |a| |f | dµ 6 |α| |f | dµ < +∞,
Si a < 0, alors
ˆ ˆ ˆ ˆ ˆ ˆ
αf dµ = (αf )+ dµ − (αf )− dµ = −αf − dµ − −αf + dµ = α f dµ.
´
Preuve La fonction g − f est mesurable et positive, donc (g − f ) dµ > 0, d’où l’inégalité par linéarité.
´ ´
On suppose que K = C. Si f dµ = 0, l’inégalité est vraie. On suppose ainsi que f dµ 6= 0. On a
ˆ ˆ ´
f dµ
f dµ = αf dµ avec α := ´ .
f dµ
´
On remarque que |α| = 1. D’après l’inégalité triangulaire pour K = R et comme f dµ est un réel, on a
ˆ ˆ ˆ
f dµ = Re(αf ) dµ + i Im(αf ) dµ
ˆ
6 |Re(αf )| dµ
ˆ ˆ
6 |αf | dµ = |f | dµ.
Preuve On adopte la méthode de la Standard Machine pour montre cette propriété. On suppose que f = 1B
avec B ∈ B. Alors
ˆ ˆ
f ◦ ϕ dµ = µ({ϕ ∈ B}) et f dµϕ = µϕ (B) = µ(ϕ−1 (B)) = µ({ϕ ∈ B}).
E F
Par linéarité, c’est vrai pour des fonctions f étagées. On suppose que f > 0. Il existe une suite (fn )n∈N de
fonctions mesurables positives qui converge simplement vers f . Alors
ˆ ˆ
∀n ∈ N, fn ◦ ϕ dµ = fn dµϕ .
E F
Comme les suites (fn )n∈N et (fn ◦ ϕ)n∈N sont croissantes, le théorème de Beppo Levi donne
ˆ ˆ ˆ ˆ
fn dµϕ −→ f dµϕ et fn ◦ ϕ dµ −→ f ◦ ϕ dµ.
F F E E
D’où l’égalité pour des fonctions f mesurables positives. Par linéarité, on montre que c’est vrai pour des fonctions
f mesurables. Enfin, on traire le même dans le cas des fonctions f à valeurs dans C.
Application au calcul de l’espérance. Soit X : Ω → R une variable aléatoire réelle définie sur un espace
probabilisé (Ω, A , P). L’espérance de X vérifie
ˆ ˆ
E(X) := X dP = x dPX (x)
Ω R
en prenant ϕ = X et f = IdR .
En particulier, on a ˆ ˆ
fn dµ −−−−−→ f dµ.
E n→+∞ E
Alors X
µ(Ac ) 6 µ({fn 9 f }) + µ({|fn | > g}) = 0.
n∈N
Ainsi, les limites supérieures et inférieures sont égales, donc la limite en nulle. Comme Ac est un ensemble
négligeable, on en déduit que
ˆ ˆ
lim |f − fn | dµ = lim |f − fn | dµ = 0.
n→+∞ E n→+∞ A
Corollaire 4.24. Soient (fn )n∈N une suite de fonctions mesurables de E dans K telle que
Xˆ
|fn | dµ < +∞.
n∈N E
On appliquePle théorème de convergence dominée à la suiteP( nk=0 fk )n∈N qui converge µ-presque partout vers
P
la fonction k∈N fk et dont chaque terme est dominé par k∈N fk . Ainsi
Xn ˆ ˆ Xn ˆ X
fk dµ = fk dµ −−−−−→ fk dµ.
E E k=0 n→+∞ E k∈N
k=0
Remarque. Lorsqu’une fonction est définie µ-presque partout et égale à une fonction intégrable µ-presque
partout, on s’autorisera à parler de son intégrale.
Preuve Par (i) et (iii), la fonction F est définie sur tout Y . Soient (yn )n∈N une suite de Y telle que yn → y. On
considère la suite de fonctions (ϕn )n∈N définie par
E −→ K,
ϕn :
x 7−→ f (x, yn )
pour tout n ∈ N. Par (i), pour tout n ∈ N, la fonction ϕn est mesurable. Par (ii), pour µ-presque tout x ∈ E, on
a ϕn (x) → `(x). Par (iii), pour tout n ∈ N, on a µ-presque partout |ϕn | 6 g. Par le théorème de convergence
dominée, on a ` ∈ L 1 (E) et
ˆ ˆ
F (yn ) = f (x, yn ) dµ(x) −−−−−→ `(x) dµ(x).
E n→+∞ E
Corollaire 4.26 (continuité sous l’intégrale). En remplaçant l’hypothèse (ii) du théorème précédent par
(ii ) pour µ-presque tout x ∈ E, la fonction y 7−→ f (x, y) est continue en y.
0
Preuve Soient y ∈ I et (yn )n∈N une suite de I \ {y} telle que yn → y. Pour n ∈ N, on pose
E −→ K,
ϕn : f (x, yn ) − f (x, y)
x 7−→ .
yn − y
Par (i), les fonctions ϕn sont mesurables. Par (ii), pour µ-presque tout x ∈ E, on a ϕn (x) → ∂y f (x, y). Enfin,
pour tout n ∈ N et pour µ-presque tout x ∈ E, le théorème des accroissements finis puis (iii) donnent
f (x, yn ) − f (x, y)
|ϕn (x)| 6 6 sup |∂y f (x, y)| 6 g
yn − y y∈[yn ,y]
Remarque. Si on remplace « dérivable » par « de classe C1 » dans (ii), on obtient que´ la fonction F est de
classe C1 sur I. En effet, il suffit d’appliquer le théorème de continuité sous l’intégrale à E ∂y f (x, y) dµ(x).
où les ensembles I1 , . . ., In sont des intervalles de [a, b]. On note Esc l’ensemble des fonctions en escalier. Avec
ces mêmes notations, on note alors
ˆ b N
f (x) dx :=
X
αi `(Ii ).
a i=1
Remarque. Toute fonction en escalier est une fonction étagée. La réciproque est fausse.
Lorsque ces deux quantités sont égales, on dit que la fonction f est Riemann-intégrable.
Définition 4.31. On dit qu’une fonction f : [a, b] → R bornée est réglée si elle est limite uniforme d’une suite
de fonctions en escalier.
Remarque. Par le dernier théorème, toute fonction réglée est Riemann-intégrable. On peut montrer qu’une
fonction f est réglée si et seulement si elle admet en tout point une limite à gauche et une limite à droite et que,
si f est réglée, alors elle admet un nombre dénombrable de discontinuité.
. Exemple. Les fonctions continues, continues par morceaux et monotones sont réglées. On peut montrer le
théorème suivant.
Théorème 4.32 (critère de Lebesgue). Soit f : [a, b] → R bornée. Alors la fonction f est Riemann-intégrable
si et seulement si elle est continue λ-presque partout.
Preuve Par définition, il existe deux suites (ϕn )n∈N et (ψn )n∈N de fonctions en escalier telles que ϕn 6 f 6 ψn
pour tout n ∈ N et
ˆ b ˆ b ˆ b ˆ b
ϕn (x) dx −−−−−→ f (x) dx et ψn (x) dx −−−−−→ f (x) dx.
a n→+∞ a a n→+∞ a
On peut supposer la suite (ϕn )n∈N croissante quitte à remplacer ϕn par max(ϕ0 , . . . , ϕn ). De même, on peut
supposer la suite (ψn )n∈N décroissante. On pose alors g := limn→+∞ ϕn . Elle est mesurable comme limite de
fonctions mesurables. La suite (ϕn − ϕ0 )n∈N est une suite croissante de M+ . Le théorème de Beppo Levi donne
ˆ ˆ
(ϕn − ϕ0 ) dλ −−−−−→ (g − ϕ0 ) dλ.
[a,b] n→+∞ [a,b]
D’où ˆ ˆ b
g dλ = f (x) dx avec g 6 f.
[a,b] a
La fonction h − g est positive et d’intégrale nulle, donc g = h λ-presque partout. Comme {f 6= g} ⊂ {g 6= h}, on
en déduit l’égalité f = g λ-presque partout.
Théorème 4.34. Si une fonction f : ]a, b[ → R est mesurable, localement Riemann-intégrable et d’intégrale de
Riemann absolument convergente, alors
ˆ ˆ b
f ∈ L 1λ ([a, b]) et f dλ = f (x) dx.
[a,b] a
Preuve On applique le théorème de convergence dominée à la suite f 1[an ,bn ] où les suites (an )n∈N et (bn )n∈N
sont respectivement décroissante et croissante et tendent respectivement vers a et b.
Définition 5.1. On appelle mesure extérieure sur E toute application µ∗ : P(E) → R ∪ {+∞} vérifiant
– µ (∅) = 0,
∗
Remarque. Toute mesure sur (E, P(E)) est en particulier une mesure extérieure.
Définition 5.2. Soit µ∗ un mesure extérieure sur E. On dit qu’une partie A de E est µ∗ -mesurable si, pour
toute partie B de E, on a µ∗ (B) = µ∗ (B ∩ A) + µ∗ (B \ A). On note Mµ∗ l’ensemble des parties µ∗ -mesurables.
ce qui montre que l’union des An est dans Mµ∗ . Donc Mµ∗ est bien une tribu sur E.
2. On a bien µ∗ (∅) = 0. Soit (An )n∈N une suite d’éléments de Mµ∗ deux à deux disjoints. Montrons que
G X
µ∗ An > µ∗ (An ).
n∈N n∈N
Pour tout N ∈ N, on a
G N
G −1
NG N
X
µ ∗
An > µ ∗
An = µ (AN ) + µ
∗ ∗
An = · · · = µ∗ (An ).
n∈N n=0 n=0 n=0
Proposition 5.4. L’application λ∗ ainsi définie est une mesure extérieure sur (R, P(R)).
Preuve Comme ∅ ⊂ I pour S tout I ∈ I , on aSλ (∅) = ∅. Soient∗ A, B ⊂ ∗R telles que A ⊂ B. Si (In )n∈N est une
∗
suite de I vérifiant B ⊂ n∈N In , alors A ⊂ n∈N In . Donc λ (B) > λ (A). Soit (Ak )k∈N une suite de P(R).
Montrons que
[ X
λ∗ Ak 6 λ∗ (Ak ).
k∈N k∈N
Soit ε > 0. Pour tout k ∈ N, il existe une suite (Ink )n∈N de I telle que
X ε [
`(Ink ) 6 λ∗ (Ak ) + k+1 et Ak ⊂ Ink .
2
n∈N n∈N
On a donc [ [ [ [ XX X
Ak ⊂ Ink et λ∗ Ak 6 `(Ink ) 6 λ∗ (Ak ) + ε.
k∈N k∈N n∈N k∈N k∈N n∈N k∈N
En laissant tendre ε vers 0, on obtient bien l’inégalité voulue. Donc λ est une mesure extérieure sur R.
∗
Preuve 1. Montrons l’égalité par double inégalité. Pour ε > 0, on a [0, 1] ⊂ ]−ε, 1 + ε[, donc λ∗ ([0, 1]) 6 1 + 2ε
et, en laissant tendre ε vers 0+ , on obtient que λ∗ ([0, 1]) 6 1.
Montrons l’autre inégalité. Soient (ai )i∈N et (bi )i∈I Sndeux suites telles que [0, 1] ⊂ i∈N ]ai , bi [. Par la propriété
S
de Borel-Lebesgue, il existe n ∈ N tel que [0, 1] ⊂ i=0 ]ai , bi [. Soit i1 ∈ N tel que 0 ∈ ]ai1 , bi1 [. Si bi1 ∈ [0, 1], il
existe i2 ∈ N tel que bi2 ∈ ]ai1 , bi1 [. On répète ensuite l’opération pour créer des entiers ik vérifiant bik+1 ∈ ]aik , bik [
jusqu’à obtenir biN > 1. On a alors
X N
X N
X
(bi − ai ) > (bik − aik ) > (bik − bik−1 ) + bi1 − ai1 = biN − ai1 > 1.
i∈N k=1 k=2
Preuve Il suffit de montrer que ]−∞, a] est λ∗ -mesurable pour tout a ∈ R. Soit I := ]−∞, a] avec a ∈ R. Il
suffit de montrer que,
S pour toute B ⊂ R, on a λ (B) > λ (B ∩ I) + λ (B \ I). Soit B ⊂ R. Si une suite (In )n∈N
∗ ∗ ∗
donc X X X
λ∗ (B ∩ I) + λ∗ (B \ I) 6 `(In ∩ I) + `(In \ I) = `(In ).
n∈N n∈N n∈N
En passant à la borne inférieure sur les recouvrements (In )n∈N de B, on obtient l’inégalité. D’où la proposition.
Remarque. On vient de montrer que l’application λ∗ est une mesure sur l’espace mesurable (R, B(R)) vérifiant
(i) λ∗ ([0, 1]) = 1,
(ii) λ∗ est invariante par translation
ce qui montre l’existence de la mesure de Lebesgue sur (R, B(R)). Sur Rd , on définit de même la mesure
extérieure de Lebesgue d-dimensionnelle par
nX o
λ∗d (A) := inf
[
V (Pn ) A ⊂ Pn , (Pn )n∈N ∈ P N
n∈N n∈N
où P est l’ensemble des pavés ouverts bornées de R . De même que précédemment, on montre que λ∗d est une
d
Remarques. 1. Une tribu sur E est une classe monotone. La réciproque est fausse.
2. Une intersections quelconques de classes monotones est encore une classe monotone. Pour tout C ⊂ P(E), il
existe une plus petite classe monotone m(C ) contenant C . Elle vérifie
\
m(C ) = M.
M classe monotone de E
C ⊂M
Lemme 5.8. Si M est une classe monotone sur E stable par intersection finie, alors M est une tribu sur E.
Lemme 5.9 (des classes monotones). Si C est une classe de parties de E stable par intersection finie, alors on a
m(C ) = σ(C ).
Preuve La tribu σ(C ) est une classe monotone qui contient C , donc σ(C ) ⊃ m(C ). Montrons que m(C ) est
une tribu ce qui permettra de conclure. Il suffit de montrer que m(C ) est stable par intersection finis. Montrons
que, si A ∈ m(C ) et C ∈ C , alors A ∩ C ⊂ m(C ). On montre que la classe de parties
M1 := {A ∈ m(C ) | ∀C ∈ C , A ∩ C ∈ m(C )}
est une classe monotone contenant C , donc M1 ⊃ m(C ) et même M1 = m(C ). Montrons que, si A, B ∈ m(C ),
alors A ∩ B ∈ m(C ). De même, on montre que la classe de parties
M2 := {A ∈ m(C ) | ∀B ∈ m(C ), A ∩ B ∈ m(C )}
est une classe monotone contenant C par ce dernier point et on conclut identiquement que M2 = m(C ). On a
montré que m(C ) est stable par intersection finie. D’où le résultat.
alors µ = ν sur A .
Théorème 5.11 (unicité). Il existe une unique mesure λ sur (R, B(R)) invariante par translation telle que
λ([0, 1]) = 1.
Preuve D’après le rappel, si λ et λ0 sont deux telles mesures sur (R, B(R)), alors λ = λ0 sur C := I . Or C est
stable par intersection finie et on a R ∈ C . De plus, en posant En = [−n, n] ∈ C pour n ∈ N, on a
[
R= En et λ(En ) = 2n < +∞, ∀n ∈ N.
n∈N
Par le théorème d’unicité, on a λ = λ sur σ(C ) = B(R) ce qui montre l’unicité de la mesure de Lebesgue.
0
Remarque. On montre de la même façon l’unicité de la mesure de Lebesgue d-dimensionnelle λd sur l’espace
mesurable (Rd , B(Rd )) en considérant C := {P ⊂ Rd | P pavé}.
Preuve 1. Montrons que L (Rd ) ⊂ Mλ∗d . Comme B(Rd ) ⊂ Mλ∗d , il suffit de montrer que Nλd ⊂ Mλ∗d . Soit
N ∈ Nλd . Il existe A ∈ A tel que N ⊂ A et λd (A) = 0. Soit B ⊂ Rd . Montrons que λ∗d (B) = λ∗d (B∩N )+λ∗d (B\N ).
Il suffit de montrer l’inégalité >. On a λ∗d (B ∩ N ) 6 λ∗d (N ) 6 λd (A) = 0, donc l’inégalité est vraie.
Réciproquement, montrons que Mλ∗d ⊂ L (Rd ). Soit A ∈ Mλ∗d . Par régularité de la mesure de Lebesgue, il
existe B, C ∈ B(Rd ) tels que B ⊂ A ⊂ C et λd (C \ B) = 0. On a alors A = B ∪ (A \ B) ∈ L (Rd ).
2. Soit B ∪ N ∈ L (Rd ). On note A ∈ Nλ tel que N ⊂ A. Alors λd (B ∪ N ) = λd (B) = λ∗d (B). Or
λ∗d (B) 6 λ∗d (B ∪ N ) 6 λ∗d (B ∪ A) = λ∗d (B).
On en déduit que
λ∗d (B ∪ N ) = λ∗d (B) = λd (B) = λd (B ∪ N ).
Preuve On note K l’ensemble de Cantor. On a montré en TD que K ∈ B(R), λ(K) = 0 et Card K = Card R.
On a donc Card P(R) = Card P(K) 6 Card Nλ 6 Card L (R) car P(K) ⊂ Nλ et Nλ ⊂ L (R). L’autre
inégalité est clairement vraie car L (R) ⊂ P(R). D’où l’égalité
On étend la définition au cas d’un nombre fini d’espaces mesurables (Ei , Ai ) avec i ∈ J1, kK. On note
A1 ⊗ · · · ⊗ Ak = σ({A1 × · · · × Ak | Ai ∈ Ai , ∀i ∈ J1, kK}).
Proposition 6.2. Si (E, A ), (F, B) et (G, C ) sont trois espaces mesurables, alors
A ⊗ (B ⊗ C ) = (A ⊗ B) ⊗ C
qu’on note alors A ⊗ B ⊗ C .
Preuve 1. Soit A ∈ A . Alors π1−1 (A) = A × F ∈ A × B ⊂ A ⊗ B. Donc π1 est mesurable. De même pour π2 .
2. Soit X un tribu comme dans l’énoncé. Soit A × B ⊂ A × B. Alors
A × B = A × F ∩ E × B = π1−1 (A) ∩ π2−1 (B) ∈ X ,
donc A ⊗ B ⊂ X .
Proposition 6.4 (cas des boréliens de Rd ). On a
B(R ) = B(R) ⊗ · · · ⊗ B(R) .
d
| {z }
d fois
6.1.2 Sections
Définition 6.5. Soit C ⊂ E × F . Pour x ∈ E et y ∈ F , on pose
Cx = {y ∈ F | (x, y) ∈ C} et C y = {x ∈ E | (x, y) ∈ C}.
Remarques. – Pour tout C ⊂ E × F et pour tout (x, y) ∈ E × F , on a 1C (x, y) = 1Cx (y) = 1C y (x).
– Pour tout C := A × B ⊂ E × F et (x, y) ∈ E × F , alors
B si x ∈ A, A si y ∈ B,
® ®
Cx = et Cy =
∅ sinon ∅ sinon
Finalement, c’est une tribu contenant A ⊗ B, donc Xx = A ⊗ B ce qui conclut. De même pour le point 2.
Proposition 6.7. Soient (E, A ), (F, B) et (G, D) trois espaces mesurables et f : E × F → G. On suppose que
f est (A ⊗ B, D)-mesurable. Alors
1. pour tout x ∈ E, la fonction fx : y ∈ F 7−→ f (x, y) est (B, D)-mesurable ;
2. pour tout y ∈ E, la fonction f y : x ∈ E 7−→ f (x, y) est (A , D)-mesurable.
Preuve Pour tout x ∈ E et pour tout D ∈ D, la proposition précédente donne fx−1 (D) = f −1 (D)x ∈ B car
f −1 (D) ∈ A × B. De même pour le point 2.
Lemme 6.8. On suppose que µ et ν sont des mesures σ-finies. Alors pour tout C ∈ A ⊗ B, les fonctions
x ∈ E 7−→ ν(Cx ) et y ∈ F 7−→ µ(C y )
sont mesurables.
Preuve On suppose que µ et ν sont finies. On montre aisément que la classe de parties
M := {C ∈ A ⊗ B | x 7−→ ν(Cx ) est mesurable}
est une classe monotone. De plus, elle contient A × B. En effet, pour tous (A, B) ∈ A × B et x ∈ E, on a
ν((A × B)x ) = ν(B)1A (x),
donc la fonction x 7−→ ν((A × B)x ) est mesurable. Alors M ⊃ m(A ⊗ B). Mais comme A ⊗ B est stable par
intersection finie, le lemme des classes monotones donne m(A ⊗ B) = σ(A ⊗ B). Finalement, on montré que
M = σ(A ⊗ B).
On suppose que µ et ν sont σ-finies. Alors il existe une suite croissante (Fn )n∈N de B vérifiant F =
S
n∈N Fn
et ν(Fn ) < +∞ pour tout n ∈ N. Pour n ∈ N et B ∈ B, on pose alors
νn (B) := ν(B ∩ Fn ).
Alors pour tout B ∈ B, on a ν(B) = limn→+∞ νn (B), donc la fonction x 7−→ ν(Cx ) est mesurable comme limite
simple de fonctions mesurables. On raisonne de même pour montrer que x ∈ E 7−→ µ(C y ) est mesurable.
Donc c’est bien une mesure. Montrons qu’elle vérifie (6.1). Pour tous A ∈ A et B ∈ B, on a
ˆ ˆ
µ ⊗ ν(A × B) = ν((A × B)x ) dµ(x) = ν(B)1A dµ = ν(B)µ(A).
E E
Montrons l’unicité. Soit m une autre mesure sur (E × F, A ⊗ B) vérifiant (6.1). Alors µ ⊗ ν et m coïncident
sur A × B qui est stable par intersection finie et contient E × F . De plus, soient (En )n∈N et (Fn )n∈N deux suites
croissantes de A et B telle que
[ [
E =
En , F =
Fn ,
n∈N et n∈N
∀n ∈ N, µ(E ) < +∞
∀n ∈ N, µ(F ) < +∞.
n n
Remarque. Par le théorème d’unicité, si µ, ν et ξ sont des mesures sur (E, A ), (F, B) et (G, C ), alors
µ ⊗ (ν ⊗ ξ) = (µ ⊗ ν) ⊗ ξ = µ ⊗ ν ⊗ ξ
car les mesures coïncident sur A × B × C .
Preuve Procédons par récurrence sur d. C’est évident pour d = 1. Soit d > 2. Supposons que λd−1 = λ⊗(d−1) .
Soit P := dk=1 Ik un pavé de Rd . Alors
P
d−1
Y d−1
Y d
Y
λ⊗d (P ) = λ⊗d−1 Ik λ(Id ) = λ(Ik )λ(Id ) = λ(Ik ) = λd (P ).
k=1 k=1 k=1
Les mesures coïncident sur les pavés. Par le théorème d’unicité, on en déduit que λ⊗d = λd . D’où la proposition.
sont mesurables et
ˆ ˆ ň ã ˆ ň ã
f dµ ⊗ ν = f (x, y) dν(y) dµ(x) = f (x, y) dµ(x) dν(y). (6.2)
E×F E F F E
Preuve Soit C ∈ A × B. Le résultat pour f := 1C a déjà été démontré (cf. lemme 6.8). Par linéarité, c’est
vrai si f ∈ E+ . On suppose que f ∈ M+ . Il existe une suite croissante (fn )n∈N de E+ qui converge simplement
vers f . On applique le théorème de Beppo Levi à la suite ((fn )x )n∈N avec x ∈ E. On obtient que
ˆ ˆ
∀x ∈ E, fn (x, y) dν(y) −→ f (x, y) dν(y).
F F
Donc la fonction ˆ
x 7−→ f (x, y) dν(y)
F
est mesurable comme limite simple de fonctions mesurables. De même ´ pour l’autre fonction. On applique
maintenant le théorème de Beppo Levi à la suite croissante (x 7−→ F fn (x, y) dν(y))n∈N et on obtient que
ˆ ň ã ˆ ň ã
fn (x, y) dν(y) dµ(x) −→ f (x, y) dν(y) dµ(x).
E F E F
De plus, par ce même théorème, on a
ˆ ň ã ˆ ˆ
fn (x, y) dν(y) dµ(x) = fn dµ ⊗ ν −→ f dµ ⊗ ν
E F E×F E×F
car les fonctions fn sont en escalier. Ce qui montre le première égalité de l’égalité (6.2). De même pour l’autre.
Remarque. L’hypothèse σ-finie est cruciale. On considère les espaces mesurés (R, B(R), λ) et (R, P(R), m).
On pose C := {(x, x) | x ∈ R}. On a
ˆ ň ã ˆ
1C (x, y) dλ(x) dm(y) = λ({y}) dm(y) = 0,
R R | {z } R
1{y} (x)
mais ˆ ň ã ˆ ˆ
1C (x, y) dm(y) dλ(x) = m({y}) dλ(x) = 1 dλ(x) = +∞.
R R R R
Or 1C est (B(R) ⊗ P(R), B(R))-mesurable car C ∈ B(R) ⊗ B(R) ⊂ B(R) ⊗ P(R).
. Exemple. Soient (E, A , µ) un espace mesuré et f : E → R+ mesurable. Alors
ˆ ˆ
f dµ = µ({f > t}) dt.
E R+
Théorème 6.12 (Fubini-Lebesgue). Soient (E, A , µ) et (F, B, ν) deux espaces mesurés σ-finis et f : E × F →
K une fonction µ ⊗ ν-intégrable. Alors
(i) la fonction fx est ν-intégrable pour µ-presque tout x ∈ E ;
(ii) la fonction f y est µ-intégrable pour ν-presque tout y ∈ E ;
´
(iii) la fonction x 7−→ F f (x, y) dν(y) est µ-intégrable ;
´
(iv) la fonction y 7−→ F f (x, y) dµ(x) est ν-intégrable ;
(v) l’égalité (6.2) est vérifiée.
Rappel. Soient (E, A ) et (F, B) deux espaces mesurables, µ une mesure sur (E, A ) et ϕ : E → F mesurable.
On note µϕ la mesure image par ϕ. Alors la formule de transfert donne, pour f : F → R+ mesurable,
ˆ ˆ
f dµϕ = f ◦ ϕ dµ.
F E
A = tP DP avec D := diag(α1 , . . . , αd ).
On pose B := P D[0, 1]d . Alors
t
donc
λd (B)
(λd )ϕ (B) = .
|det A|
• Cas général. Soit A ∈ GLd (R). Par décomposition polaire, on sait qu’il existe P ∈ Od (R) et S ∈ S ++
d (R)
telles que A = P S. Soit B ∈ B(Rd ). D’après les cas particuliers, on obtient que
λd (P −1 B) λd (B)
(λd )ϕ (B) = λd (A−1 B) = λd (S −1 P −1 B) = = .
det S det S
Or |det A| = det S, donc γ = 1/ |det A|
7.2.2 Théorème
Théorème 7.4. Soient U et V deux ouverts de Rd et ϕ un C1 -difféomorphisme de U dans V .
1. Si f : V → R+ est mesurable, alors
ˆ ˆ
f (y) dy = f ◦ ϕ(x) |det Jϕ (x)| dx. (∗)
V U
Remarques. – En d’autres termes, l’égalité (∗) exprime que λd est la mesure image par ϕ de la mesure qui a
pour densité |det Jϕ (·)| par rapport à λd .
– Si V est un ouvert de Rd s’écrivant V = ϕ(U ) où ϕ : U → V est un C1 -difféomorphisme, alors
ˆ
λd (V ) = |det Jϕ (x)| dλd (x).
U
ˆ +∞ ˆ π
= f (r cos θ, r sin θ)r dr dθ.
r=0 θ=−π
Espaces Lp – Chapitre 7 35
Chapitre 8
Espaces Lp
8.1 Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36 8.3 Les espaces de Banach Lp . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
8.1.1 Espaces L p (E) et Lp (E) . . . . . . . . . . . . . . . 36 8.3.1 Théorème de Riesz-Fischer . . . . . . . . . . . . . 39
8.1.2 Norme p . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37 8.3.2 Lien entre convergences µ-presque partout et Lp 39
8.2 Inégalités de Hölder et Minkowski . . . . . . . . . . . 37 8.3.3 Théorème de convergence dominée Lp . . . . . . . 39
8.2.1 Inégalité de Hölder . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37 8.4 Densité de Cc (Rd ) dans Lp (Rd ) . . . . . . . . . . . . . . 40
8.2.2 Inégalité de Minkowski . . . . . . . . . . . . . . . 38
8.1 Définitions
On se place dans un espace mesuré (E, A , µ).
Proposition 8.2. Soit p ∈ ]0, +∞]. L’ensemble L p (E) est un sous-espace vectoriel de F (E, K).
ce qui montre que f + g ∈ L p (E). De même, on montre que αf ∈ L p (E) pour α ∈ R. Cela montre que L p (E)
est un sous-espace vectoriel. De la même façon, on montre que L ∞ (E) est un sous-espace vectoriel.
Remarque. Soit p ∈ ]0, +∞]. L’ensemble {f ∈ L p (E) | f = 0 µ-presque partout} est un sous-espace vectoriel.
Remarque. De manière équivalente, on peut définir Lp (E) comme Lp (E) = L p (E)/∼ où la relation d’équiva-
lence ∼ est définie par f ∼ g si et seulement si f = g µ-presque partout.
À partir de maintenant, on fait l’abus d’identifier un élément de Lp (E), i. e. une classe d’équivalence, à l’un
de ses représentants. On s’autorisera à dire que f ∈ Lp (E) vérifie une propriété (P) si l’un de ses représentants
pour la relation ∼ la vérifie.
Remarques. – L’ensemble Lp (E) possède une structure de K-espace vectoriel muni des lois définies, pour
toutes f, g ∈ Lp (E) et tous α ∈ K, par f + g = f + g et αf = αf .
– En toute généralité, si p < q, on a ni Lp (E) ⊂ Lq (E) ni Lq (E) ⊂ Lp (E). Par exemple, on a
1 1
Å ã Å ã
x ∈ R 7−→ √ 1]0,1] ∈ L1 (R) \ L2 (R) et x ∈ R 7−→ 1[1,+∞[ ∈ L2 (R) \ L1 (R)
x x
36 Espaces Lp – Chapitre 8
8.2. INÉGALITÉS DE HÖLDER ET MINKOWSKI
8.1.2 Norme p
Notation. Pour p ∈ ]0, +∞[ et f : E → K mesurable, on pose
ň ã1/p
p
kf kp := |f | dµ et kf k∞ = inf {C > 0 | |f | 6 C µ-presque partout}
E
avec la convention inf ∅ = +∞.
Espaces Lp – Chapitre 8 37
8.2. INÉGALITÉS DE HÖLDER ET MINKOWSKI
Remarque (cas d’égalité). L’inégalité kf gk1 6 kf kp kgkq est une égalité si et seulement si g = 0 µ-presque
p p
partout ou il existe α ∈ R tel que |f | = α |g| µ-presque partout
Corollaire 8.10 (inégalité de Minkowski généralisée). Soit (fn )n∈N une suite de fonctions mesurables
positives. Alors
X X
fn 6 kfn kp .
p
n∈N n∈N
Preuve La suite ( nk=0 fk )n∈N est une suite croissante de fonctions mesurables positives, donc l’inégalité de
P
Minkowski donne
Xn Xn +∞
X
fk 6 kfk kp −→ kfk kp
p
k=0 k=0 k=0
38 Espaces Lp – Chapitre 8
8.3. LES ESPACES DE BANACH LP
Proposition 8.11. Soit p ∈ [1, ∞]. Alors le couple (Lp (E), k kp ) est un espace vectoriel normé.
Preuve Il suffit de montrer que l’application k kp est une norme sur Lp (E). On suppose que p < ∞. Si kf kp = 0,
alors f = 0 µ-presque partout, donc f = 0 dans Lp (E). L’inégalité de Minkowski donne l’inégalité triangulaire
et on a bien l’homogénéité. On montre également le cas p = ∞.
Preuve On suppose que p < ∞. Soit (fn )n∈N un suite de Cauchy de Lp (E). Il existe une sous-suite (fϕ(n) )n∈N
telle que
∀n ∈ N, kfϕ(n+1) − fϕ(n) kp 6 1/2n .
En effet, on peut construire l’extraction ϕ : N → N par récurrence. Montrons que la série |fϕ(n+1) − fϕ(n) |
P
converge absolument µ-presque partout. En effet, l’inégalité de Minkowski généralisée donne
X X X 1
|fϕ(n+1) − fϕ(n) | 6 kfϕ(n+1) − fϕ(n) kp 6 < +∞. (∗)
p 2n
n∈N n∈N n∈N
On en déduit que
ˆ X p X
|fϕ(n+1) − fϕ(n) | dµ < +∞ et |fϕ(n+1) − fϕ(n) | < +∞.
E n∈N n∈N
Alors la suite (fϕ(n) )n∈N converge µ-presque partout vers f . L’inégalité (∗) nous donne que f ∈ Lp (E). De plus,
elle tend vers f pour la norme k kp puisque, pour tout n ∈ N, on a
+∞ +∞ +∞
X X X 1
kf − fϕ(n) kp = (fϕ(k+1) − fϕ(k) ) 6 kfϕ(k+1) − fϕ(k) kp 6 −→ 0.
p 2k
k=n k=n k=n
Donc la suite (fn )n∈N admet une sous-suite convergente dans Lp (E), donc elle converge dans Lp (E). D’où la
complétude de Lp (E).
On suppose que p = ∞. On se ramène à la complétude de l’ensemble F b (E, K) des fonctions bornées de E
dans K. Soit (fn )n∈N une suite de Cauchy de L∞ (E). On considère
A :=
\ \
{|fn | 6 kfn k∞ } ∩ {|fn − fm | 6 kfn − fm k∞ } .
n∈N m,n∈N
On remarque que µ(A ) = 0. De plus, la suite (fn 1A )n∈N est une suite de F b (E, K) qui est de Cauchy, donc
c
Espaces Lp – Chapitre 8 39
8.4. DENSITÉ DE CC (RD ) DANS LP (RD )
Proposition 8.13. Soit (fn )n∈N une suite de Lp (E) convergeant dans Lp (E) vers f . Alors il existe une sous-suite
(fϕ(n) )n∈N convergeant µ-presque partout vers f .
Preuve Comme (fn )n∈N est convergente, elle est de Cauchy. On peut donc construire une sous-suite (fϕ(n) )n∈N
comme dans la preuve du théorème précédent qui converge µ-presque partout vers une fonction g ∈ Lp (E). La
sous-suite (fϕ(n) )n∈N converge a fortiori vers f dans Lp (E). Par unicité de la limite, on en déduit que f = g.
Preuve On applique le théorème de convergence dominée à la suite (|fn − f |p )n∈N . D’après les hypothèse (i) et
(ii), on a kf k 6 g µ-presque partout, donc
ˆ ˆ
p
|f | dµ 6 g p dµ < +∞,
E
p
donc f ∈ L (E). De plus, on a |fn − f | → 0 et
p
p
|fn − f | 6 (|fn | + |f |)p 6 (2g)p µ-presque partout
avec (2g) ∈ L (E). Par le théorème de convergence dominée, on obtient que kfn − f kp → 0.
p 1
Théorème 8.16. Soit p ∈ [1, ∞[. Alors Cc (Rd ) est dense dans Lp (Rd ) pour la norme k kp . En d’autres termes,
si f ∈ Lp (Rd ) et ε > 0, alors il existe ϕ ∈ Cc (Rd ) telle que
kf − ϕkp < ε.
Remarque. Le résultat est faux pour p = ∞. En fait, l’adhérence de Cc (Rd ) pour la norme k k∞ est l’ensemble
des fonctions continues f : Rd → K telle que f (x) → 0 quand kxk → +∞.
Lemme 8.17. On note E 1 (Rd ) l’ensemble des fonctions étagées intégrables sur Rd . Alors
k kp
E 1 (Rd ) = Lp (Rd ).
Preuve Soient f ∈ Lp (Rd ) et ε > 0. Si f est à valeurs dans R+ , alors il existe une suite croissante (ϕn )n∈N de
fonctions de E + qui converge simplement vers f . Or pour tout n ∈ N, on a ϕn 6 f ∈ Lp (Rd ). Le théorème de
convergence dominée Lp donne kf − ϕn kp → 0 ce qui conclut. Si f est à valeurs dans R, on conclut en écrivant
f = f + − f − et en utilisant l’inégalité de Minkowski. De même si f est à valeurs dans C.
Preuve du théorème Il suffit de montrer que
k kp
Cc (Rd ) ⊃ E 1 (Rd ).
Le lemme donnera alors la conclusion. On se place dans le cas d = 1. Soit f ∈ Lp (Rd ).
D’abord, supposons que f = 1I où I est un intervalle de R. Alors I est borné. Pour n ∈ N, on pose
fn : x ∈ R 7−→ n max(0, 1 − d(x, I)).
Alors pour tout n ∈ N, on a
2
ň ã1/p Å ã1/p
p
kf − fn kp = |f − fn | dλ 6 −→ 0.
R n
Supposons que f = 1Ω ou Ω est un ouvert de R. Alors λ(Ω) < +∞. On peut écrire
G
Ω= Ik
k∈N
40 Espaces Lp – Chapitre 8
8.4. DENSITÉ DE CC (RD ) DANS LP (RD )
k∈N
donc la suite ( nk=0 1Ik )n∈N converge simplement vers 1Ω . De plus, pour tout n ∈ N, on a
P
n
1Ik 6 1Ω ∈ Lp (R).
X
k=0
Soient ε > 0 et n ∈ N tel que k1Ω − nk=0 1Ik kp < ε/2. D’après le cas précédent, pour k ∈ N, il existe ϕk ∈ Cc (R)
P
telle que k1Ik − ϕk kp < ε/2k+2 . Par l’inégalité de Minkowski, on obtient que
n n n
1Ω − 1Ω − 1 Ik (1Ik − ϕk )
X X X
ϕk 6 + <ε
p p p
k=0 k=0 k=0
ce qui conclut.
Supposons que f = 1B où B est un borélien de R. Alors λ(B) < +∞. Par la régularité de la mesure de
Lebesgue, il existe un ouvert Ω de R tel que
B⊂Ω et λ(Ω \ B) < (ε/2)p .
Soit ϕ ∈ Cc (R) telle que k1Ω − ϕk < ε/2. Alors
k1B − Ωkp 6 k1Ω − 1B kp + k1Ω − ϕkp
ň ã1/p
6 1Ω\B dλ + ε/2 < ε.
R
Supposons que f = αi 1Ai ∈ E (R). Pour i ∈ J1, N K, il existe ϕi ∈ Cc (R) telle que
Pn 1
i=1
où les ensembles Pk sont des pavés ouverts et bornés. On peut réécrire cette réunion comme
G
Qk
k∈N
Remarque. Cet opérateur est bien définie puisque la mesure de Lebesgue est invariante par translation, i. e.
deux fonctions f et g égales λ-presque partout vérifient bien f (x − a) = g(x − a) pour λ-presque tout x ∈ Rd .
De plus, si f ∈ Lp (Rd ), alors un changement de variables affine donne τa f ∈ Lp (Rd ).
Preuve On suppose d’abord que f ∈ Cc (Rd ). Soit (an )n∈N une suite de Rd telle que kan k → 0. On souhaite
montrer que
ˆ
p
|f (x − an ) − f (x)| dx −→ 0.
Rd
À partir d’un certain rang N , on a |an | 6 1. Soit K un compact de Rd tel que f soit nulle sur K c . Si n > N ,
alors la fonction x 7−→ f (x − an ) − f (x) est nulle sur K1c où K1 := K + Bf (0, 1) est un compact. Comme f est
continue sur K 0 , elle y est uniformément continue. Soit ε > 0. Il existe alors η > 0 tel que
∀x, y ∈ Rd , kx − yk < η =⇒ |f (x) − f (y)| < ε.
Finalement, en reprenant les mêmes arguments, pour n assez grand, on peut écrire que
ˆ ˆ ˆ
p p ε
|f (x − an ) − f (x)| dx 6 |f (x − an ) − f (x)| dx < dx = ε
R d K 0 K 0 λd (K 0)
Revenons au cas général. Soient f ∈ Lp (Rd ) et ε > 0. Il existe ϕ ∈ Cc (Rd ) telle que kf − ϕkp < ε/3. D’après
le cas précédent, il existe δ > 0 tel que
∀a ∈ B(0, δ), kτa ϕ − ϕkp < ε/3.
Alors pour tout a ∈ B(0, δ), il vient que
kτa f − f kp 6 kτa (f − ϕ)kp + kτa ϕ − ϕkp + kϕ − f kp
6 2 kf − ϕkp + kτa ϕ − ϕkp < 2ε/3 + ε/3 = ε
ce qui montre la limite dans le cas général.
Remarque. Le théorème est faux pour p = ∞. Il suffit de prendre f = 1[0,1] et a > 0. On voit alors que
kτa f − f k∞ = 1[−a,1−a] − 1[0,1] ∞
= 1 −→
6 0.
9.2 Convolution
9.2.1 Le cas mesurable positif
Définition 9.4. Soient f, g : Rd → K deux fonctions mesurables positives. On définit
Rd −→ Rd ,
ˆ
f ? g:
x 7−→ f (x − y)g(y) dy.
Rd
Preuve On note que les fonctions (x, y) 7−→ x − y et (x, y) 7−→ y sont continues, donc elles sont mesurables.
On en déduit que la fonction (x, y) 7−→ f (x − y)g(y) est mesurable. Le théorème de Fubini-Tonelli assure
alors que la fonction f ? g est mesurable.
−1 −1/2 1/2 1
Figure 9.1 – Graphe de la fonction f := 1[−1/2,1/2] (gras) et de sa convolution par elle-même f ? f (pointillé)
Théorème 9.7 (convolution Lp -Lq ). Soit p, q ∈ [1, ∞] des exposants conjugués. Soient f ∈ Lp (Rd ) et g ∈ Lq (Rd ).
Alors f ? g existe sur R, est uniformément continue et
∀x ∈ Rd , |f ? g(x)| 6 kf kp kgkq .
donc
|f ? g(x + a) − f ? g(x)| −−−−→ 0
kak→0
Théorème 9.8 (convolution Lp -L1 ). Soit p ∈ [1, ∞[. Soient f ∈ Lp (Rd ) et g ∈ L1 (Rd ). Alors f ? g existe presque
partout, appartient à Lp (Rd ) et
kf ? gkp 6 kf kp kgk1 .
Proposition 9.9. L’espace L1 (Rd ) muni de la loi de convolution ? possède une structure de K-algèbre
commutative qui n’a pas d’unité.
´
Remarque. Soit ϕ ∈ L1 (Rd ) presque partout
´ positive telle que Rd ϕ(x) dx < +∞. Quitte à diviser ϕ par son
intégrale sur Rd , on peut supposer que Rd ϕ(x) dx = 1. Pour n ∈ N, on pose
ϕn : x ∈ Rd −→ nd ϕ(nx).
Alors (ϕn )n∈N est une approximation de l’unité. En effet, pour n ∈ N∗ , le changement de variables y = nx donne
ˆ ˆ ˆ
ϕn (x) dx = ϕ(nx)n dx =
d
ϕ(y) dy = 1.
Rd Rd Rd
Soit δ > 0. Le même changement de variables et le théorème de convergence dominée affirment
ˆ ˆ
ϕn (x) dx = 1B(0,nδ)c (y)ϕ(y) dy −−−−−→ 0. n→+∞
B(0,δ)c Rd
Théorème 9.11. Soit p ∈ [1, ∞[. Soient f ∈ Lp (Rd ) et (ϕn )n∈N une approximation de l’unité. Alors
kf ? ϕn − f kp −−−−−→ 0.
n→+∞
6 |f (x − y) − f (x)| ϕn (y) dy
ˆRd
6 |f (x − y) − f (x)| ϕ1/p
n (y)ϕn (y) dy
1/q
Rd
ň ã1/p
p
6 |f (x − y) − f (x)| ϕn (y) dy .
Rd
On en déduit, avec le théorème de Fubini-Tonelli, que
ˆ ˆ ˆ
p p
|f ? ϕn (x) − f (x)| dx 6 |f (x − y) − f (x)| ϕn (y) dy dx
Rd Rd Rd
ˆ ň ã
p
= |f (x − y) − f (x)| dx ϕn (y) dy
ˆR
d Rd
p
= kτy f − f kp ϕn (y) dy.
Rd
Cassons l’intégrale en deux parties. Soit ε > 0. Par le théorème 9.3, on sait qu’il existe δ > 0 tel que
p
∀y ∈ B(0, δ), kτy f − f kp < ε/2.
Comme la suite (ϕn )n∈N est une approximation de l’unité, il existe N ∈ N tel que
ˆ
ε
∀n > N, ϕn (y) dy < .
B(0,δ)c (2 kf kp )p
Alors pour tout n > N , on obtient que
ˆ ˆ ˆ
p p p
|f ? ϕn (x) − f (x)| dx 6 kτy f − f kp ϕn (y) dy + kτy f − f kp ϕn (y) dy
Rd B(0,δ) B(0,δ)c
ˆ
ε
6 + (2 kf kp )p ϕn (y) dy < ε
2 B(0,δ)c
Théorème 9.12. Soient f ∈ L∞ (Rd ) uniformément continue sur Rd et (ϕn )n∈N une approximation de l’unité.
Alors
kf ? ϕn − f k∞ −−−−−→ 0.
n→+∞
Preuve On applique le théorème de convergence dominée en utilisant le fait que k∂xi ϕk∞ < +∞.
Remarques. – Par récurrence immédiate, on montre que, pour toute fonction ϕ ∈ Ckc (Rd ), on montre que
|α| |α|
∂xα1 ···xαn (g ? ϕ) = f ? (∂xα1 ···xαn ϕ)
1 n 1 n
– On peut prendre f appartenant à L1loc (Rd ), l’ensemble des fonctions intégrables sur tout compact de Rd .
Définition 9.14. On appelle suite régularisante une approximation de l’unité (ϕn )n∈N dont les termes sont des
éléments de C∞
c (R ).
d
Preuve Soit f ∈ Lp (Rd ). On suppose d’abord que f ∈ Cc (Rd ). Soit (ϕn )n∈N une suite régularisante. Alors pour
tout n ∈ N, on a f ? ϕn ∈ C∞ c (R ). Or kf ◦ ϕn − f kp −→ 0 où la suite (f ◦ ϕn )n∈N est une suite de Cc (R ).
d ∞ d
Revenons au cas général. Soit ε > 0. Il existe ϕ ∈ Cc (Rd ) telle que kf − ϕkp < ε/2. D’après le cas particulier,
il existe ψ ∈ C∞
c (R ) telle que kϕ − ψkp < ε/2. Finalement, on a kf − ψk < ε ce qui montre le résultat.
d