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Le document présente une intégrale de Lebesgue, abordant des concepts fondamentaux tels que la cardinalité, la dénombrabilité, les tribus et les mesures. Il contient des définitions, des théorèmes et des propositions concernant les ensembles, les fonctions mesurables et les propriétés des mesures. Les chapitres sont organisés de manière à fournir une compréhension progressive des concepts mathématiques liés à l'intégration et à la théorie de la mesure.

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dernière édition : 9 décembre 2019 Notes prises par Téofil Adamski

INTÉGRALE DE LEBESGUE
(INTL)

Thibaut Deheuvels

1A maths 2019, ENS de Rennes

Chapitre 0 – Cardinaux, dénombrabilité 1 4.4 Théorème de convergence dominée et applications . 18


0.1 Cardinalité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 4.5 Lien entre les intégrales de Riemann et de Lebesgue 21
0.2 Dénombrabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 Chapitre 5 – Construction de mesures, unicité 23
Chapitre 1 – Tribus, tribu borélienne 2 5.1 Construction de mesures . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
1.1 Définitions et exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2 5.2 Unicité des mesures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
1.2 Tribu borélienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2 5.3 Tribu complétée, mesure complétée . . . . . . . . . . 27
1.3 Tribu image réciproque, tribu image . . . . . . . . . . 3
Chapitre 6 – Mesure produit 28
Chapitre 2 – Mesures 5 6.1 Tribu produit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
2.1 Définitions et exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 6.2 Mesure produit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
2.2 Propriétés des mesures . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 6.3 Théorèmes de Fubini . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
2.3 Mesure de Lebesgue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
Chapitre 7 – Changement de variable 33
2.4 Ensembles négligeables . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
7.1 Application C1 -difféomorphe et inversion globale . . 33
Chapitre 3 – Fonctions mesurables 8 7.2 Théorème de changement de variables, applications 33
3.1 Mesurabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
3.2 Montrer la mesurabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8 Chapitre 8 – Espaces Lp 36
3.3 Propriétés des fonctions mesurables . . . . . . . . . . 9 8.1 Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
3.4 Suites de fonctions mesurables à valeurs réelles . . . 9 8.2 Inégalités de Hölder et Minkowski . . . . . . . . . . 37
3.5 Approximation des fonctions étagées . . . . . . . . . . 10 8.3 Les espaces de Banach Lp . . . . . . . . . . . . . . . . 39
Chapitre 4 – Intégrale de Lebesgue 11 8.4 Densité de Cc (Rd ) dans Lp (Rd ) . . . . . . . . . . . . . 40
4.1 Intégration de fonctions . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11 Chapitre 9 – Convolution & applications 42
4.2 Théorème de Beppo Levi et conséquences . . . . . . 13 9.1 Opérateur de translation . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
4.3 Fonctions intégrables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16 9.2 Convolution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
Chapitre 0
Cardinaux, dénombrabilité
0.1 Cardinalité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 0.2 Dénombrabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1

0.1 Cardinalité
Définition 0.1. Deux ensembles E et F sont dits équipotents s’il existe une bijection de E dans F . On note
alors E ' F ou Card E = Card F .

. Exemple. Si E est un ensemble, alors P(E) ' {0, 1}E car la fonction A ⊂ E 7−→ 1A est une bijection.

Notation. Si E et F sont deux ensembles, on note Card E 6 Card F s’il existe une injection de E dans F . Si,
de plus, les ensembles E et F ne sont pas équipotents, on note Card E < Card F . De la même façon, on définit
les notations Card E > Card F et Card E > Card F .

 Remarque (axiome du choix [AC]). Soit E un ensemble non vide. Il existe une fonction choix f : P(E) → E
telle que, pour toute partie non vide A de E, on ait f (A) ∈ A. Une formulation équivalente est la suivante : si I
est un ensemble et (Ei )i∈I est une famille d’ensembles non vides, alors le produit i∈I Ei est non vide.
Q

Proposition 0.2. – Si Card E 6 Card F , alors Card F > Card E.


– Si Card E > Card F , alors Card F 6 Card E. ac

Théorème 0.3 (Cantor-Bernstein). Si Card E 6 Card F et Card F 6 Card E, alors Card E = Card F .

Proposition 0.4. Si E est non vide, alors Card E < Card P(E).

Preuve On a Card E 6 Card P(E) car la fonction x ∈ E 7−→ {x} ∈ P(E) est clairement injective. Par
l’absurde, supposons l’égalité. Alors il existe une fonction ϕ : E → P(E) bijective. On pose
A := {x ∈ E | x ∈
/ ϕ(x)}.
Comme ϕ est une bijection, il existe a ∈ E tel que ϕ(a) = A. Si a ∈ A, alors a ∈
/ ϕ(a) = A ce qui est absurde. Si
/ A, alors a ∈ ϕ(a) = A ce qui est également absurde. D’où le résultat.
a∈ 

0.2 Dénombrabilité
Définition 0.5. Un ensemble E est dit dénombrable si Card E 6 Card N.

 Remarque. De manière équivalente et sans avoir à recourir à l’axiome du choix, un ensemble E est dénombrable
si et seulement si Card N > Card E.

. Exemples. – Les ensembles Z et N2 sont dénombrables par les bijections


2n si n > 0, (n + m)(n + m + 1)
®
n ∈ Z 7−→ et (n, m) ∈ N2 7−→ + m.
−2n − 1 sinon, 2
– Par récurrence, on montre que Card Nk = Card N pour tout k ∈ N.
– Si E1 , . . ., Ek sont k ensembles dénombrables, alors ki=1 Ei est dénombrable.
Q

– L’ensemble Q est dénombrable.


– L’ensemble P(N) ne l’est pas car Card N < Card P(N), donc {0, 1}N ne l’est pas.

Proposition 0.6. Si (En )n∈N est une suite d’ensembles dénombrables, alors n∈N En est dénombrable.
S

Théorème 0.7. L’ensemble R n’est pas dénombrable.

Preuve La fonction X 2xn


(xn )n∈N ∈ {0, 1}N 7−→ ∈ [0, 1]
3n+1
n>0

est injective, donc Card N < Card{0, 1} 6 Card[0, 1] 6 Card R.


N


Tribus, tribu borélienne – Chapitre 0 1


Chapitre 1
Tribus, tribu borélienne
1.1 Définitions et exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2 1.3 Tribu image réciproque, tribu image . . . . . . . . . . . 3
1.2 Tribu borélienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2 1.3.1 Tribu image réciproque . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.2.1 Espaces topologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2 1.3.2 Tribu image . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.2.2 Tribu borélienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3 1.3.3 Lemme de transport . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4

1.1 Définitions et exemples


Soit E un ensemble. On appelle classe de parties de E tout sous-ensemble de P(E).

Définition 1.1. On appelle tribu (ou σ-algèbre) sur E toute classe de parties A de E telle que
– ∅∈A ;
– si A ∈ A , alors Ac ∈ A ; (stabilité par passage au complémentaire)
– si (An )n∈N est une suite de A , alors n∈N An ∈ A . (stabilité par union dénombrable)
S

On appelle alors (E, A ) un espace mesurable.

 Remarque. Un tribu est aussi stable par intersection dénombrable. En effet, si (An )n∈N est une suite de A,
alors n∈N An = ( n∈N Acn )c ∈ A .
T S

. Exemples. – La classe de parties {∅, E} est une tribu sur E appelée tribu grossière.
– La classe de parties P(E) en est une appelée tribu triviale.
– Si A ⊂ E, alors {∅, E, A, Ac } est une tribu.
– La classe de parties {A ⊂ E | A dénombrable ou Ac dénombrable} est une tribu.

 Remarque. Une intersection quelconque de tribus sur E est encore une tribu sur E.

Définition-proposition 1.2. Si C est une classe de partie de E, alors il existe une plus petite tribu (au sens
de l’inclusion) contenant C. On appelle cette tribu la tribu engendrée par C et on la note σ(C ). En d’autres
termes, si A est une tribu sur E telle que C ⊂ A , alors σ(C ) ⊂ A .

Preuve La plus petite tribu qui contient C est clairement


[
σ(C) = A. 
A tribu de E
C ⊂A

. Exemple. Si A ⊂ E, alors σ({A}) = {σ, A, Ac , E}.

Exercice 1.1. Quelle est la tribu engendrée par les singletons de E ?


Il arrive fréquemment, lorsqu’on est confronté à une tribu engendrée par une classe de parties C , qu’on veuille
démontrer qu’une propriété vérifiée par les éléments de C reste vraie pour σ(C ) tout entière. Pour montrer
une telle chose, on pourrait vouloir essayer de décrire un élément quelconque de σ(C ) à partir d’éléments de C .
Malheureusement, il n’y a pas de procédé général pour y parvenir : un élément de σ(C ) ne peut pas toujours être
décrit comme une union dénombrable d’ensembles de C , ni comme une intersection d’union de tels ensembles,
etc. La remarque suivante suggère un procédé de démonstration bien commode pour montrer que σ(C ) continue
de vérifier une propriété vraie pour C . Nous l’utiliserons à de nombreuses reprises dans ce cours.

 Remarque. Pour montrer que les éléments de σ(C ) vérifient une propriété (P), il suffit de montrer que
– les éléments de C vérifient (P),
– la classe de parties B := {B ∈ σ(C ) | B vérifie (P)} est une tribu.
En effet, on aura alors C ⊂ B, donc σ(C ) ⊂ B, donc B = σ(C ).

1.2 Tribu borélienne


1.2.1 Espaces topologiques

2 Tribus, tribu borélienne – Chapitre 1


1.3. TRIBU IMAGE RÉCIPROQUE, TRIBU IMAGE

Définition 1.3. Soit E un ensemble. On appelle topologie sur E toute classe de parties T sur E vérifiant
– ∅ ∈ T et E ∈ T ,
– si (Ωi )i∈I est une famille d’éléments de T , alors i∈I Ωi ∈ T ,
S

– si Ω1 , . . . , Ωn ∈ T , alors ni=1 Ωi ∈ T .
T

On appelle ouverts les éléments de T et on note O(E) l’ensemble des ouverts de E, on appelle fermés leurs
complémentaires. On appelle alors (E, T ) un espace topologique.

. Exemple. L’ensemble R (ou Rd ) muni de ses ouverts au sens usuel est un espace topologique.

 Remarque. Une intersection quelconque de topologies sur E est encore une topologie sur E. Si C ⊂ P(E),
alors il existe une plus petite topologie sur E contenant C . On l’appelle topologie engendrée par C .

1.2.2 Tribu borélienne


Définition 1.4. Soit (E, T ) un espace topologique. On appelle tribu borélienne sur E la tribu engendrée par
les ouverts de E. On la note B(E) := σ(T ). Les éléments de B(E) sont appelés les boréliens de E.

 Remarques. – La tribu borélienne B(E) est aussi engendrée par les fermés de E.
– En général, on n’a pas B(E) = P(E) : c’est le cas de R. En effet, on peut construire des parties de R non
boréliennes (avec ou sans axiome du choix). En fait, on peut montrer que Card B(R) = Card R.

Proposition 1.5 (boréliens de R). On a


B(R) = σ({]α, β[ | α, β ∈ Q}) = σ({]−∞, a[ | a ∈ Q}).
De même avec les autres types d’intervalles pour la seconde égalité.

Preuve • Première égalité. Si α, β ∈ Q, alors ]α, β[ ∈ O(R), donc σ({]α, β[ | α, β ∈ Q}) ⊂ σ(O(R)) = B(R).
Réciproquement, soit Ω ∈ O(R). Alors
[
Ω= ]α, β[ ∈ σ({]α, β[ | α, β ∈ Q}),
]α,β[⊂Ω
α,β∈Q

donc O(R) ⊂ σ({]α, β[ | α, β ∈ Q}), donc B(R) = σ(O(R)) = σ({]α, β[ | α, β ∈ Q}).


• Deuxième égalité. Comme ]−∞, a[ ⊂ O(R) pour tout a ∈ Q, on a σ({]−∞, a[ | a ∈ Q}) ⊂ σ(O(R)) = B(R).
Réciproquement, soient α, β ∈ Q. On a
\ ò 1
ï
]α, β[ = ]−∞, β[ \ ]−∞, α] = ]−∞, β[ \ −∞, α + ⊂ σ({]−∞, a[ | a ∈ Q}),

n
n∈N

donc B(R) = σ({]α, β[ | α, β ∈ Q}) ⊂ σ({]−∞, a[ | a ∈ Q}). D’où l’égalité. 

Proposition 1.6 (boréliens de Rd ). On a


B(R ) = σ({]a1 , b1 [ × · · · × ]αd , βd [ | α1 , β1 , . . . , αd , βd ∈ Q}).
d

Proposition 1.7. Si B ∈ B(Rd ) et a ∈ Rd , alors B + a ∈ B(Rd ).

Preuve Soit a ∈ Rd . On montre que la classe de parties A := {B ∈ B(Rd ) | B + a ∈ B(Rd )} contient O(Rd )
et que c’est une tribu sur Rd ce qui permet de conclure que A ⊃ σ(O(Rd )) = B(Rd ). 

Boréliens de R. On introduit deux éléments −∞ et +∞, puis on étend l’ordre totale et posant −∞ 6 x 6 +∞
pour tout x ∈ R avec R = R ∪ {−∞, +∞}. On munit R de la topologie engendrée par les ouverts de R, les
ensembles [−∞, a[ avec a ∈ R et les ensembles ]a, +∞] avec a ∈ R. On a alors B(R) = σ({[−∞, a[ | a ∈ Q}).

1.3 Tribu image réciproque, tribu image


1.3.1 Tribu image réciproque
Notation. Si C est une classe de parties de F , on note
f −1 (C ) = f −1 (C) C ∈ C .


Tribus, tribu borélienne – Chapitre 1 3


1.3. TRIBU IMAGE RÉCIPROQUE, TRIBU IMAGE

Définition-proposition 1.8. Si B est une tribu sur F , alors f −1 (B) est une tribu sur E. On l’appelle tribu
image réciproque

. Exemple. Soient B une tribu sur E et A ⊂ E. On note i : x ∈ A 7−→ x ∈ E. Alors i−1 (B) est une tribu sur A
appelée tribu trace.

1.3.2 Tribu image


Soient E et F deux ensembles et f : E → F . Si A est une tribu sur E, la classe de parties
f (A ) := {f (A) | A ⊂ A }
est-elle une tribu sur F ? Non, il suffit de prendre E = F = {0, 1} muni de A := P(E) et f : x ∈ E 7−→ 0. On a
alors f (P(E)) = {∅, {0}} qui n’est pas une tribu.

Proposition 1.9. Si A est une tribu sur E, alors {B ⊂ F | f −1 (B) ∈ A } est une tribu sur F appelée tribu
image de A par f .

1.3.3 Lemme de transport


Lemme 1.10 (de transport). Soit C une classe de parties de F . Alors σ(f −1 (C )) = f −1 (σ(C )).

Preuve On a C ⊂ σ(C ), donc f −1 (C ) ⊂ f −1 (σ(C )), donc σ(f −1 (C )) ⊂ f −1 (σ(C )).


Réciproquement, montrons que f (σ(C
−1
)) ⊂ σ(f −1 (C )), i. e. que f −1 (B) ⊂ σ(f −1 (C )) pour tout B ∈ σ(C ).
Or la classe de partie B := B ⊂ F f (B) ∈ σ(f −1 (C )) est une tribu sur F (la tribu image de σ(f −1 (C ))
−1

par f ). On a clairement C ⊂ B, donc σ(C ) ⊂ B ce qu’on souhaitait démontrer. 

4 Mesures – Chapitre 1
Chapitre 2
Mesures
2.1 Définitions et exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 2.3 Mesure de Lebesgue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2.2 Propriétés des mesures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 2.4 Ensembles négligeables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7

2.1 Définitions et exemples


Dans cette section, le couple (E, A ) désigne un espace mesurable.

Définition 2.1. On appelle mesure sur E toute application µ : A → R+ ∪ {+∞} vérifiant


– µ(∅) = 0,
– si (An )n∈N est une suite d’éléments de A deux à deux disjoints, alors µ( n∈N An ) = n∈N µ(An ).
F P

On appelle alors (E, A , µ) un espace mesuré.

. Exemples. – L’application µ : A ∈ A 7−→ 0 est une mesure sur (E, A ) appelée mesure nulle.
– La mesure grossière sur (E, A ) est l’application
0 si A = ∅,
®
µ : A ∈ A 7−→
+∞ sinon.
– La mesure de comptage sur (E, P(E)) est l’application
Card A si A est fini,
®
m : A ∈ A 7−→
+∞ sinon.
– La mesure de Dirac sur (E, A ) en x ∈ E est l’application δx définie par δx (A) = 1A (x) pour tout A ∈ A .

Définition 2.2. Soit µ une mesure sur (E, A ).


– On dit que µ est finie si µ(E) < +∞.
– On dit que µ est une mesure de probabilité ou probabilité et que (E, A , µ) est un espace probabilisé si µ(E) = 1.
– On dit que µ est σ-finie, s’il existe (En )n∈N ∈ A N telle que E = n∈N En et µ(En ) < +∞ pour tout n ∈ N.
S

. Exemple. La mesure de comptage sur (N, P(N)) est σ-finie en posant En = J0, nK pour tout n ∈ N.

 Remarques. – Si µ est une mesure sur (E, A ) et B ∈ A , alors l’application


A −→ R ∪ {+∞},
ν:
A 7−→ µ(A ∩ B)
est encore une mesure sur (E, A ).
– Si (µn )n∈N est une suite de mesure sur (E, A ), alors n∈N µn est encore une mesure sur (E, A ). En particulier,
P
si (xn )n∈N est une suite de E et (αn )n∈N est une suite de réels positifs, alors n∈N αn δxn est une mesure.
P

En particulier, soit X une variable aléatoire discrète dont


P les valeurs sont les xn avec n ∈ N. Pour n ∈ N, on
pose αn := P(X = xn ). Alors la loi PX de X s’écrit PX = n∈N αn δxn .

2.2 Propriétés des mesures


Dans toute la suite, le triplet (E, A , µ) désigne un espace mesuré.

Proposition 2.3 (croissance). Soient A, B ∈ A tel que A ⊂ B Alors µ(A) 6 µ(B). De plus, si µ(A) < +∞,
alors µ(B \ A) = µ(B) − µ(A).

Preuve On a µ(B) = µ(AtB \A) = µ(A)+µ(B \A) > µ(A). Si µ(A) < +∞, alors µ(B)−µ(A) = µ(B \A). 

Proposition 2.4 (σ-sous-additivité). Si (An )n∈N est une suite de A , alors


[  X
µ An 6 µ(An ).
n∈N n∈N

Mesures – Chapitre 2 5
2.3. MESURE DE LEBESGUE

Preuve On définit la suite de parties (Bn )n∈N par


n−1
[
B0 = A0 , et B n = An \ Ak
k=0
pour tout n ∈ N∗ . Alors
(i) la suite (Bn )n∈N est une suite de A ,
(ii) les parties Bn sont deux à deux disjointes,
(iii) on a n∈N Bn = n∈N An .
F S

Montrons (ii). Par l’absurde, supposons qu’il existe n, m ∈ N tels que n < m et Bn ∩ Bm 6= ∅. Soit x ∈ Bn ∩ Bm .
Alors x ∈ Am et x ∈ / An , donc x ∈
/ Bn ce qui est absurde
Montrons (iii) par double inclusion. L’inclusion directe est claire. Réciproquement, si x ∈ n∈N An , alors
S
x ∈ Bm où m := min {n | x ∈ An }.
Finalement, on a [  G  X X
µ An = µ Bn = µ(Bn ) 6 µ(An )
n∈N n∈N n∈N n∈N

car Bn ⊂ An pour tout n ∈ N. 

Proposition 2.5 (continuité). 1. Si (An )n∈N est une suite croissante de A , alors
[
An = lim µ(An ).

µ
n→+∞
n∈N

On dit alors que µ est continue à gauche.


2. Si (An )n∈N est une suite décroissante de A et il existe n0 ∈ N tel que µ(An0 ) < +∞, alors
\
An = lim µ(An ).

µ
n→+∞
n∈N

On dit alors que µ est continue à droite.

Preuve 1. S’il existe n0 ∈ N tel que µ(An0 ) = +∞, alors µ( n∈N An ) = +∞ et µ(An ) = +∞ à partir d’un
S
certain rang, d’où l’égalité. On suppose que µ(An ) < +∞ pour tout n ∈ N. On considère la même suite (Bn )n∈N
que dans la preuve précédente, i. e. telle que B0 = A0 et Bn = An \ An−1 pour tout n ∈ N∗ . Alors
[  G  X Xn Xn
µ An = µ Bn = µ(Bn ) = lim µ(Bk ) = lim [µ(Ak ) − µ(Ak−1 )] + µ(A0 )
n→+∞ n→+∞
n∈N n∈N n∈N k=0 k=1
= lim µ(An ). 
n→+∞

2. On peut supposer que n0 = 0 quitte à considérer la suite (An0 +n )n∈N . La suite (A0 \ An )n∈N est une suite
décroissante de A. Par continuité à gauche, on a alors
[   \  \ 
lim µ(A0 \ An ) = µ A0 \ An = µ A0 \ An = µ(A0 ) − µ An
n→+∞
n∈N n∈N n∈N

car µ(A0 ) < +∞, donc µ( n∈N An ) = limn→+∞ µ(An ).


T

 Remarque. La seconde hypothèse du point 2 est nécessaire. En effet, sur (N, P(N), m), un contre-exemple est
la suite (An := Jn, +∞J)n∈N car m( n∈N An ) = µ(∅) = 0 et m(An ) = +∞ pour tout n ∈ N.
S

2.3 Mesure de Lebesgue


But. On veut généraliser la longueur ` des intervalles de R, i. e. pour tout intervalle I,
b − a si I est un intervalle d’extrémité a, b ∈ R,
®
`(I) =
+∞ si I est un intervalle non bornée.
Également, on veut généraliser le volume des pavés dans Rd (les ensembles dk=1 Ik où les Ik sont des intervalles
Q
de R), i. e. pour tout pavé P ,
Yd Yd
V (P ) = `(Ik ) avec P = Ik
k=1 k=1

avec la convention V (P ) = 0 s’il existe k ∈ J1, dK tel que `(Ik ) = 0.

6 Mesures – Chapitre 2
2.4. ENSEMBLES NÉGLIGEABLES

Théorème 2.6. Soit d ∈ N∗ . Il existe une unique mesure λd sur (Rd , B(Rd )) telle que
– λd ([0, 1]d ) = 1,
– λd est invariante par translation, i. e. si B ∈ B(Rd ) et a ∈ Rd , alors λd (B + a) = λd (B).
Quand d = 1, on note cette mesure λ.

Preuve On l’admet pour l’instant. La mesure de Lebesgue sera construite pour d = 1 dans la section 5.1.2. 

Proposition 2.7. Si P est un pavé de Rd , alors λd (P ) = V (P ). En particulier, si x ∈ Rd , alors λd ({x}) = 0.

 Remarque. Si D est une partie dénombrable de Rd , alors λd (D) = 0. La réciproque est fausse : un contre-
exemple est l’exemple de Cantor définit comme suit. Pour tout n ∈ N, on pose
Kn Kn + 2
K0 = [0, 1] et Kn+1 = ∪ .
3 3
L’ensemble de Cantor est l’ensemble K = n∈N Kn . Alors λ(K) = 0 et l’ensemble K n’est pas dénombrable :
T
on peut montrer qu’il est en bijection avec {0, 2}N .

K0
K1
K2
K3
K4
K5

Figure 2.1 – Les premiers ensembles de la suite (Kn )n∈N

Lemme 2.8. Si B ∈ B(Rd ) et ε > 0, alors il existe un ouvert Ω et un fermé F tels que
– F ⊂ B ⊂ Ω,
– λd (Ω \ F ) < ε.

Théorème 2.9 (régularité de la mesure de Lebesgue). Si B ∈ B(Rd ), alors


λd (B) = inf {λd (Ω) | Ω ⊃ B, Ω ouvert} = sup {λd (K) | K ⊂ B, K compact}.

2.4 Ensembles négligeables


Définition 2.10. Soit N ⊂ E. On dit que N est µ-négligeable s’il existe A ∈ A tel que N ⊂ A et µ(A) = 0.
On dit qu’une propriété (P) sur E est vraie µ-presque partout si l’ensemble
{x ∈ E | x ne vérifie pas (P)}
est µ-négligeable.

. Exemples. 1. L’indicatrice 1Q est nulle λ-presque partout.


2. L’indicatrice 1R+ est continue λ-presque partout.
3. La suite (1[0,1/n] )n∈N∗ converge vers la fonction nulle λ-presque partout.

Définition 2.11. On dit que (E, A , µ) est complet si {N ⊂ E | N est µ-négligeable} ⊂ A .

Fonctions mesurables – Chapitre 2 7


Chapitre 3
Fonctions mesurables
3.1 Mesurabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8 3.4 Suites de fonctions mesurables à valeurs réelles . . . . 9
3.2 Montrer la mesurabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8 3.5 Approximation des fonctions étagées . . . . . . . . . . 10
3.3 Propriétés des fonctions mesurables . . . . . . . . . . . 9

Dans tous le chapitre, les couples (E, A ) et (F, B) désigneront deux espaces mesurables.

3.1 Mesurabilité
Définition 3.1. On dit que f : E → F est (A , B)-mesurable (ou simplement mesurable) si f −1 (B) ⊂ A , i. e.
∀B ∈ B, f −1 (B) ⊂ A .
Si E et F sont des espaces topologiques associés à leurs tribus boréliennes, on qualifiera de boréliennes les
fonctions (B(E), B(F ))-mesurables.

. Exemples. – Une fonction constante est mesurable. En effet, soit f : x ∈ E 7−→ y0 ∈ F . Si B ∈ B, alors
∅ si y0 ∈
®
/B
f (B) =
−1
∈A.
E si y0 ∈ B

– Soit A ⊂ E. Alors 1A est (R, B(R))-mesurable si et seulement si A ∈ A . En effet, si B ∈ B(R), alors


si 0∈B et 1 ∈ B,


 E
si 0∈ et 1 ∈ B,

A /B
1−1
A (B) =  c

 A si 0∈B et 1∈/ B,
∅ si 0∈ et 1∈

/B / B.

 Remarques. – Si A = P(E), alors toute fonction f : E → F est mesurable. Par exemple, dans (N, P(N)),
toute fonction de N dans R est mesurable, i. e. les suites réelles sont mesurables.
– Très souvent, on aura F ∈ {R, R+ , R, C} et, dans ce cas, il sera implicite que la tribu sur F est B(F ).

Mesure image
Définition 3.2 (mesure image). Soient µ une mesure sur (E, A ) et f : E → F une fonction mesurable. Alors
B −→ R ∪ {+∞},
µf :
B 7−→ µf (B) := µ(f −1 (B))
est une mesure sur (F, B) appelée mesure image par f .

 Remarque. Si X : (Ω, A ) → (R, B(R)) est une variable aléatoire (i. e. une fonction mesurable), alors on
appelle loi de X la mesure image de P par X où P est une probabilité sur (Ω, A ).

3.2 Montrer la mesurabilité


Proposition 3.3. On suppose que B = σ(C ) où C est une classe de parties de E. Alors f : E → F est
mesurable si et seulement si f −1 (C ) ⊂ A .

Preuve Le sens direct est évident car f −1 (C ) ⊂ f −1 (B). Réciproquement, si f −1 (C ) ⊂ A , alors σ(f −1 (C )) ⊂
A , donc f −1 (σ(C )) ⊂ A par le lemme de transport, donc f −1 (B) ∈ A . 

Application. Si f : R → R est monotone, alors elle est borélienne.

 Remarque. On suppose que (F, B) = (R, B(R)). Pour montrer que f : E → R est mesurable, il suffit de
montrer que f −1 (]−∞, a[) ⊂ A , noté {f < a}, pour tout a ∈ R. Idem sur R avec [−∞, a[.

8 Fonctions mesurables – Chapitre 3


3.3. PROPRIÉTÉS DES FONCTIONS MESURABLES

Continuité et mesurabilité
Soient (E, T ) et (F, S ) deux espaces topologiques.
Proposition 3.4. Si f : E → F est continue, alors f est borélienne.

Preuve Si Ω est un ouvert de F , alors f −1 (Ω) ∈ A ⊂ B(E). Donc f −1 (S ) ⊂ B(E). Comme B(F ) = σ(S ),
la fonction f est mesurable. 

Application. Donnons une deuxième démonstration du résultat : si B ∈ B(Rd ) et a ∈ Rd , alors B +a ∈ B(Rd ).


La fonction
Rd −→ Rd ,
f:
x 7−→ x − a
est continue, donc elle est mesurable, i. e. pour tout B ∈ B(Rd ), on a f −1 (B) = B + a ∈ B(Rd ).

Définition 3.5. Soient (E, A ) un espace topologique et f : E → R. On dit que f est semi-continue inférieure-
ment (resp. supérieurement) si, pour tout a ∈ R, l’ensemble {f 6 a} (resp. {f > a}) est fermé.

Proposition 3.6. Si f : E → R est semi-continue inférieurement ou supérieurement, alors f est borélienne.

Preuve Si f est semi-continue inférieurement, alors {f 6 a} est fermé pour tout a ∈ R, donc {f 6 a} ∈ B(E),
donc f est mesurable car B(R) = σ({]−∞, a] | a ∈ R}). 

3.3 Propriétés des fonctions mesurables


Proposition 3.7. Soient (E, A ), (F, B) et (G, C ) trois espaces mesurables, f : E → F mesurable et g : F → G
mesurables. Alors g ◦ f est mesurable.

Preuve Si C ∈ C , alors (g ◦ f )−1 (C) = f −1 (g −1 (C)) ∈ A car g −1 (C) ∈ B. Donc g ◦ f est mesurable. 

. Exemple. Si f : R → R mesurable, alors |f | est aussi mesurable car | | est continue, donc mesurable.

Lemme 3.8. Soit f : (E, A ) → (R2 , B(R2 ). On note f1 et f2 sont composantes. Alors f est mesurables si et
seulement si f1 et f2 sont mesurables.

Preuve On suppose que f est mesurable. Pour i ∈ {1, 2}, en notant πi : R2 → R la projection sur la i-ième
coordonnée, on a fi = πi ◦ f où f est mesurable et πi est continue, donc fi est mesurable.
Réciproquement, on suppose que f1 et f2 sont mesurables. Si I1 et I2 sont deux intervalles de R, alors f −1 (I1 ×
I2 ) = f1−1 (I1 ) ∩ f2−1 (I2 ) ∈ A car f1 et f2 sont mesurables. Comme B(R2 ) = σ({I1 × I2 | I1 , I2 intervalles}), la
fonction f est mesurable. 
Proposition 3.9. Soient f, g : E → R deux fonctions mesurables. On a
1. pour tout α ∈ R, la fonction αf + g est mesurable ;
2. la fonction f g est mesurable.

Preuve 1. On écrit αf + g = φ ◦ ψ où les fonctions


ψ : x ∈ E 7−→ (f (x), g(x)) ∈ R2 et φ : x ∈ R 7−→ αx + y ∈ R
sont mesurables, donc la fonction αf + g est mesurable.
2. Idem avec φ : (x, y) 7−→ xy. 

. Exemple. Si A1 , . . . , AN ∈ A et α1 , . . . , αN ∈ R, alors la fonction αi 1Ai est mesurable de E dans R.


PN
i=1
On appelle ces fonctions les fonctions étagées.
Proposition 3.10. Si f : E → C est mesurable, alors f est mesurable si et seulement si Re f et Im f le sont.
De plus, les points 1 et 2 de la proposition précédente restent vrais (avec α ∈ C).

3.4 Suites de fonctions mesurables à valeurs réelles


Rappel. Si (xn )n∈N est une suite de R, alors on note
lim xn := lim inf xk et lim xn := lim sup xk
n→+∞ n→+∞ k>n n→+∞ n→+∞ k>n

Fonctions mesurables – Chapitre 3 9


3.5. APPROXIMATION DES FONCTIONS ÉTAGÉES

resp. les limites inférieure et supérieure de la suite (xn )n∈N . On peut montrer que limn→+∞ xn 6 limn→+∞ xn .
S’il y a égalité, alors la suite (xn )n∈N converge vers limn→+∞ xn . La réciproque est également vraie.

Proposition 3.11. Soit (fn )n∈N une suite de fonctions de E dans R mesurables.
1. Alors les fonctions
E −→ R, E −→ R,
inf fn : et sup fn : x 7−→ sup fn (x)
n∈N x 7−→ inf fn (x) n∈N
n∈N n∈N

sont mesurables. De même pour les limites inférieure et supérieure.


2. Si la suite (fn )n∈N converge simplement vers f : E → R, alors f est mesurable.

Preuve 1. Soit a ∈ R. Comme les ensembles {fn < a} sont dans la tribu, on a
[
{ inf fn < a} = {fn < a} ∈ A .
n∈N
n∈N
Donc la fonction inf n∈N fn est mesurable. Par ailleurs, on a
\
{sup fn 6 a} = {fn 6 a} ∈ A .
n∈N
n∈N
Donc la fonction supn∈N fn est mesurable.
On a limn→+∞ fn = supn∈N gn avec gn := inf k>n fn pour tout n ∈ N. D’après ce qui précède, les fonctions gn
sont mesurables, donc leur borne supérieure limn→+∞ fn l’est. De la même manière, la fonction limn→+∞ fn =
inf n∈N supk>n fn est mesurable.
2. Si la suite (fn )n∈N converge simplement vers f , alors la fonction f vaut limn→+∞ fn qui est mesurable. .

3.5 Approximation des fonctions étagées à valeurs réelles


Définition 3.12. Une fonction f : E → F est appelée fonction étagée si elle est mesurable et elle ne passe que
par un nombre fini de valeurs.

 Remarque. Si f est étagée et x1 , . . ., xn sont ses valeurs distinctes, alors elle s’écrit
n
xn 1{f =xi } .
X
f=
i=1
Les fonctions étagées sont exactement les fonctions de la forme αi 1Ai où les parties Ai sont des éléments
Pn
i=1
de la tribu A .
Proposition 3.13. Soit f : E → R mesurable positive. Alors il existe une suite croissante (fn )n∈N de fonctions
étagées positives qui converge simplement vers f . De plus, si f est bornée, alors la convergence est uniforme.

Preuve Pour n ∈ N, on pose


n
n2 −1
k
1{k/2n 6f 6(k+1)/2n } + n1{f >n} .
X
fn =
2n
k=0
Alors les fonctions fn sont étagées positives car, comme f est mesurable, les ensembles {k/2n 6 f 6 (k + 1)/2n }
sont dans la tribu. Soit x ∈ E. Si f (x) = +∞, alors fn (x) = n pour tout n ∈ N, donc fn (x) → +∞ = f (x)
quand n → +∞. On suppose que f (x) < +∞. Pour n assez grand, i. e. pour n ∈ N vérifiant f (x) < n, il existe
k ∈ J0, n2n − 1K tel que
k+1 k 1
|f (x) − fn (x)| 6 − n = n,
2n 2 2
donc fn (x) → f (x) quand n → +∞. Donc la suite (fn )n∈N converge simplement vers f . Montrons que cette
suite est croissante. Soit x ∈ E.
– Si f (x) > n + 1, alors fn (x) 6 fn+1 (x).
– Si f (x) < n, alors f (x) ∈ k/2n , (k + 1)/2n+1 , donc fn+1 (x) > k/2n = fn (x).


– Si n 6 f (x) < n + 1, alors fn+1 (x) = k/2n+1 > n.


On suppose que f est bornée. Soit N > kf k∞ . Pour tous n > N et x ∈ E, on a |f (x) − fn (x)| 6 1/2n , donc
kf − fn k∞ 6 1/2n → 0 quand n → +∞, donc la suite (fn )n∈N converge uniformément vers f . 

 Remarque. Dans le cas où la fonction f est mesurable de signe quelconque, il existe une suite (fn )n∈N de
fonctions étagées qui converge simplement vers f . Si f est bornée, alors la convergence est uniforme.

10 Intégrale de Lebesgue – Chapitre 3


Chapitre 4
Intégrale de Lebesgue
4.1 Intégration de fonctions . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11 4.3.2 Propriétés de l’intégrale . . . . . . . . . . . . . . . 16
4.1.1 Intégration des fonctions étagées positives . . . . . 11 4.3.3 Formule de transfert . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
4.1.2 Intégration des fonctions mesurables positives . . 12 4.4 Théorème de convergence dominée et applications . . 18
4.2 Théorème de Beppo Levi et conséquences . . . . . . . 13 4.4.1 Théorème de convergence dominée . . . . . . . . . 18
4.2.1 Théorème et conséquences . . . . . . . . . . . . . . 13 4.4.2 Intégrales dépendant d’un paramètre . . . . . . . 19
4.2.2 Inégalité de Markov et conséquences . . . . . . . 14 4.5 Lien entre les intégrales de Riemann et de Lebesgue 21
4.2.3 Lemme de Fatou . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15 4.5.1 Intégrale de Riemann . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
4.3 Fonctions intégrables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16 4.5.2 Comparaison entre les deux intégrales . . . . . . . 21
4.3.1 L’espace L 1 (E, A , µ) . . . . . . . . . . . . . . . . . 16

4.1 Intégration de fonctions


4.1.1 Intégration des fonctions étagées positives
Rappel. Les fonctions étagées sont exactement les fonctions ϕ : E → R de la forme
N
αi 1Ai
X
ϕ=
i=1

où α1 , . . . , αN ∈ R et A1 , . . . , An ∈ A tels que E = Ai . Dans la suite, on supposera toujours que l’écriture


FN
i=1
ci-dessus implique que les parties Ai forment une partition de E.

Notation. On note E+ l’ensemble des fonctions étagées de E dans R+ .

Définition 4.1. Soit ϕ = αi 1Ai ∈ E+ . On définit l’intégrale de ϕ par rapport à la mesure µ comme
PN
i=1
ˆ N
ϕ dµ :=
X
αi µ(Ai )
E i=1

avec la convention : si µ(Ai ) = +∞ et αi = 0, alors αi µ(Ai ) = 0.

 Remarques. – La définition ne dépend pas de l’écriture ϕ = N i=1 αi 1A où E = Ni=1 Ai . En effet, si on note


P F
Fi N
ϕ = i=1 αi 1{ϕ=αi } où les αi sont distincts et ϕ = i=1 βi 1Bi où E = i=1 Bi , alors
PN PN

N
X N X
X N
X  G  XN
βj µ(Bj ) = βj µ(Bj ) = αi µ Bj = αi µ({ϕ = αi }).
j=1 i=1 βj =αi i=1 βj =αi i=1
´
– Si ϕ ∈ E+ , alors E
ϕ dµ > 0.

Notation. On note indifféremment


ˆ ˆ ˆ ˆ
ϕ dµ, ϕ dµ, ϕ(x) dµ(x), ϕ(x)µ(dx).
E E E

. Exemples. – • Mesure de Dirac. Soient x ∈ E et ϕ ∈ E+ . Notons δx la mesure de Dirac associée à x sur


l’espace (E, A ). Alors ˆ
ϕ dδx = ϕ(x).
E

En effet, on suppose que ϕ = N i=1 αi 1{ϕ=αi } où les αi sont distincts. Alors


P
ˆ XN
ϕ dδx = αi δx ({ϕ = αi }) = αi0 avec αi0 = ϕ(x).
E i=1

– • Mesure de comptage. Soit ϕ ∈ E+ . Notons m la mesure de comptage sur l’espace (N, P(N)). Alors
ˆ X
ϕ dm = ϕ(n).
N n∈N

En effet, si ϕ = i=1 αi 1{ϕ=αi } où les αi sont distincts, alors


PN

X N
X X N
X ˆ
ϕ(n) = ϕ(n) = αi m({ϕ = ai }) = ϕ dm.
n∈N i=1 ϕ(n)=αi i=1 N

Intégrale de Lebesgue – Chapitre 4 11


4.1. INTÉGRATION DE FONCTIONS

Proposition 4.2. 1. Si ϕ, ψ ∈ E+ et α > 0, alors αϕ + ψ ∈ E+ et


ˆ ˆ ˆ
(αϕ + ψ) dµ = α ϕ dµ + ψ dµ.

2. Si ϕ, ψ ∈ E+ vérifient ϕ 6 ψ, alors ˆ ˆ
ϕ dµ 6 ψ dµ.

1. On note ϕ = αi 1{ϕ=αi } et ψ = βj 1{ψ=βi } , alors


PN PM
Preuve i=1 j=1
N X
M N [
M
(ααi + βj )1Ai ∩Bj ∈ E+
X [
αϕ + ψ = et E = (Ai ∩ Bj ).
i=1 j=1 i=1 j=1

On a
ˆ N X
X M
(αϕ + ψ) dµ = (ααi + βj )µ(Ai ∩ Bj )
i=1 j=1
N
X M
X M
X M
X
=α αi µ(Ai ∩ Bj ) + βj µ(Ai ∩ Bj )
i=1 j=1 j=1 i=1
N
X N
G  XM M
G 
=α αi µ Ai ∩ B j + βj µ Ai ∩ B j
i=1 j=1 j=1 i=1
N
X M
X
=α αi µ(Ai ) + βj µ(Bj )
i=1 j=1
ˆ ˆ
=α ϕ dµ + ψ dµ.

2. On a ψ = ϕ + (ψ − ϕ) où les fonctions ϕ et ψ − ϕ sont dans E+ . D’après le point 1, on a


ˆ ˆ ˆ ˆ
ψ dµ = ϕ dµ + (ψ − ϕ) dµ > ϕ dµ. 

Notation. Pour ϕ ∈ E+ et A ∈ A , on note


ˆ ˆ
ϕ dµ := ϕ1A dµ.
A E

On a bien ϕ1A ∈ E+ car, si ϕ = αi 1Ai , alors ϕ1A = αi 1Ai ∩A .


PN PN
i=1 i=1

Lemme 4.3. Soient ϕ ∈ E+ et (En )n∈N une suite croissante de A telle que E = En . Alors
S
n∈N
ˆ ˆ
ϕ dµ −−−−−→ ϕ dµ.
En n→+∞ E

On note ϕ = Ni=1 αi 1Ai . Alors


P
Preuve
ˆ N
X N
X [  XN ˆ
ϕ dµ = αi µ(Ai ∩ En ) −−−−−→ αi µ [Ai ∩ En ] = αi µ(Ai ) = ϕ dµ
En n→+∞ E
i=1 i=1 n∈N i=1

car les suites (µ(Ai ∩ En ))n∈N sont croissantes et En = E.


S
n∈N 

4.1.2 Intégration des fonctions mesurables positives


Notation. On note M+ l’ensemble des fonctions mesurables de E dans R+ ∪ {+∞}.

Définition 4.4. Soit f ∈ M+ . On définit son intégrale par rapport à la mesure µ comme
ˆ ߈ ™
f dµ := sup ϕ dµ ϕ ∈ E+ , ϕ 6 f .
E E

 Remarques. – Par croissance de l’intégrale des fonctions de E+ , la définition précédente n’est pas ambiguë.
´
– Si f ∈ M+ , alors f dµ > 0.
´ ´
– Si f, g ∈ M+ vérifient f 6 g, alors f dµ 6 g dµ.

12 Intégrale de Lebesgue – Chapitre 4


4.2. THÉORÈME DE BEPPO LEVI ET CONSÉQUENCES

Notation. Pour ϕ ∈ E+ et A ∈ A , on a f 1A ∈ M+ et on note


ˆ ˆ
f dµ := f 1A dµ.
A A

. Exemples. – • Mesure de Dirac. Soient x ∈ E et f ∈ M+ . On montrera plus tard que


ˆ
f dδx = f (x).
E
– • Mesure de comptage. Soient m la mesure de comptage sur (N, P(N)) et f ∈ M+ . Alors
ˆ X
f dm = f (n).
N n∈N

4.2 Théorème de Beppo Levi et conséquences


4.2.1 Théorème et conséquences
Théorème 4.5 (Beppo Levi). Soit (fn )n∈N une suite croissante de fonctions de M+ . Alors
ˆ ˆ
lim fn dµ = lim fn dµ.
E n→+∞ n→+∞ E
´
Preuve Comme (fn )n∈N est croissante, la suite ( fn dµ)n∈N est croissante, donc elle admet une limite et
ˆ ˆ
∀n ∈ N, fn dµ 6 f dµ avec f := lim fn ,
E E n→+∞

donc ˆ ˆ
lim fn dµ 6 f dµ. (1)
n→+∞ E E
Montrons l’autre inégalité. Soit ϕ ∈ E+ telle
S que ϕ 6 f . Soit α ∈ ]0, 1[. Pour n ∈ N, posons En = {fn > αϕ} ∈ A .
La suite (En )n∈N est croissante et E = n∈N En car, si x ∈ E, il existe n ∈ N tel que fn (x) > αϕ(x). Par le
lemme précédent, on a alors ˆ ˆ
αϕ dµ −→ αϕ dµ.
En E
Comme αϕ1En 6 fn , la croissance de l’intégrale donne
ˆ ˆ ˆ ˆ
αϕ dµ 6 fn dµ, donc α ϕ dµ 6 lim fn dµ.
En E E n→+∞ E
Ceci est vrai pour tout α ∈ ]0, 1[. En laissant tendre α vers 1, on obtient
ˆ ˆ
ϕ dµ 6 lim fn dµ.
E n→+∞ E
On passe à la borne supérieure sur les fonctions ϕ ∈ E+ vérifiant ϕ 6 f et on obtient
ˆ ˆ
f dµ 6 lim fn dµ. (2)
E n→+∞ E
Les inégalités (1) et (2) montrent l’égalité voulue. 

 Remarque. Le résultat est faux pour les suites décroissantes. Par exemple, si fn = 1[n,+∞[ pour n ∈ N, alors
ˆ ˆ ˆ
∀n ∈ N, fn dλ = λ([n, +∞[) = +∞ et lim fn dλ = 0 dλ = 0.
R R n→+∞ R

Proposition 4.6. Soient f, g ∈ M+ et α > 0. Alors


ˆ ˆ ˆ
(αf + g) dµ = α f dµ + g dµ.
E E E

Preuve On sait qu’il existe deux suites (fn )n∈N et (gn )n∈N croissantes de E+ qui convergent simplement
respectivement vers f et g. Comme la suite (fn + gn )n∈N est croissante de E+ , le théorème de Beppo Levi donne
ˆ ˆ ˆ ˆ
α fn dµ + gn dµ = (αfn + gn ) dµ −→ (αf + g) dµ
et ˆ ˆ ˆ ˆ
α fn dµ + gn dµ −→ α f dµ + g dµ.

D’où l’égalité. 

Intégrale de Lebesgue – Chapitre 4 13


4.2. THÉORÈME DE BEPPO LEVI ET CONSÉQUENCES

Application. • Mesure de Dirac. Soient x ∈ E et f ∈ M+ . Il existe une suite (fn )n∈N croissante de E+ qui
converge simplement vers f . D’après le théorème de Beppo Levi, on a
ˆ ˆ
fn (x) = fn dδx −→ f dδx .
´
Or fn (x) → f (x), donc f dδx = f (x).
´
 Remarque. Si f, g ∈ M+ vérifient f 6 g et f dµ < +∞, alors
ˆ ˆ ˆ
(g − f ) dµ = g dµ − f dµ.

Proposition 4.7. Soit (fn )n∈N une suite de fonctions de M+ . Alors fn ∈ M+ et


P
n∈N
ˆ X Xˆ
fn dµ = fn dµ.
E n∈N n∈N E

Preuve La fonction n∈N fn étant une limite de fonctions mesurables positives, elle est elle-même mesurable
P

positive. De plus, la suite ( N


n=0 fn )N ∈N est croissante, donc on peut appliquer le théorème de Beppo Levi, i. e.
P

XN ˆ ˆ X N ˆ X
fn dµ = fn dµ −→ fn dµ.
n=0 n=0 n∈N
Or
N ˆ
X Xˆ
fn dµ −→ fn dµ. 
n=0 n∈N

Proposition 4.8 (mesure à densité). Soit g ∈ M+ . Pour A ∈ A , on pose


ˆ
ν(A) = g dµ.
A
Alors ν est une mesure sur (E, A ), appelée la mesure à densité g par rapport à µ. Par ailleurs, si f ∈ M+ , alors
ˆ ˆ
f dν = f g dµ.
E E

. Exemple. Cette notion a déjà été utilisée en probabilité. Si X : Ω → R est une variable aléatoire réelle sur un
espace probabilisé (Ω, A , P), on dit que X suit la loi normale N (µ, σ) si sa loi PX est la mesure à densité
1 (x − µ)2
Å ã
x 7−→ √ exp − ,
σ 2π 2σ 2
i. e. pour tout A ∈ B(R), on a
ˆ
1 (x − µ)2
Å ã
PX (A) = √ exp − dλ(x).
A σ 2π 2σ 2

4.2.2 Inégalité de Markov et conséquences


Lemme 4.9 (inégalité de Markov). Soient f ∈ M+ et a > 0. Alors
ˆ
1
µ({f > a}) 6 f dµ.
a E

Preuve On a a1{f >a} 6 f . Par croissance, on a


ˆ ˆ
aµ({f > a}) = a 1{f >a} dµ 6 f dµ.

D’où l’inégalité. 
´
Corollaire 4.10. Si f ∈ M+ vérifie f dµ < +∞, alors µ({f = +∞}) = 0.

Preuve Pour tout n ∈ N∗ , on a


ˆ
1
µ({f = +∞}) 6 µ({f > n}) 6 f dµ −→ 0,
n
donc µ({f = +∞}) = 0. 

14 Intégrale de Lebesgue – Chapitre 4


4.2. THÉORÈME DE BEPPO LEVI ET CONSÉQUENCES

´
Proposition 4.11. 1. Si f ∈ M+ , alors f dµ = 0 si et seulement si f = 0 µ-presque partout.
´ ´
2. Si f, g ∈ M+ vérifie f = g µ-presque partout, alors f dµ = g dµ.
´
 Remarque. Si f ∈ M+ et A ∈ A vérifie µ(A) = 0, alors A
f dµ = 0.

4.2.3 Lemme de Fatou


Lemme 4.12 (Fatou). Soit (fn )n∈N une suite de M+ . Alors
ˆ ˆ
lim fn dµ 6 lim fn dµ.
E n→+∞ n→+∞ E

Preuve Comme la suite (inf k>n fk )n∈N est une suite croissante de M+ , le théorème de Beppo Levi donne
ˆ ˆ ˆ
lim fn dµ = lim inf fk dµ = lim inf fk dµ.
n→+∞ n→+∞ k>n n→+∞ k>n

Soit m > n. On a inf k>n fn 6 fm . Par croissance de l’intégrale, on a


ˆ ˆ
inf fk dµ 6 fm dµ.
k>n

En passant à l’infimum pour m > n, on obtient que


ˆ ˆ
inf fk dµ 6 inf fm dµ.
k>n m>n

D’où le lemme. 

Application. Si (fn )n∈N est une suite de fonctions de M+ telle que


ˆ
sup fn dµ < +∞
n∈N
´
et qui converge simplement vers une fonction f , alors f dµ < +∞. En effet, par le lemme de Fatou, on a
ˆ ˆ ˆ ˆ
f dµ = lim fn dµ 6 lim fn dµ 6 sup fn dµ < +∞.
n→+∞ n→+∞ n∈N

 Remarque. – Il est essentiel que les fonctions soient positives. Un contre-exemple est le suivant. Pour n ∈ N∗ ,
on pose fn := 1[0,1] − 1[n,n+1] . On verra que
ˆ ˆ ˆ
fn dλ = 0 et lim fn dλ = 1[0,1] dλ = λ([0, 1]) = 1,
R R n→+∞ R
mais on a ˆ
lim fn dλ = 0.
n→+∞ R

– Les inégalités avec la limite supérieure ne sont pas vraies dans le cas général. En revanche, le résultat suivant
est vrai.
Lemme 4.13. Soit (fn )n∈N une suite de M+ telle qu’il existe g ∈ M+ vérifiant
ˆ
∀n ∈ N, fn 6 g et g dµ < +∞.

Alors ˆ ˆ
lim fn dµ > lim fn dµ.
E n→+∞ n→+∞ E

Preuve On applique le lemme de Fatou à la suite (g − fn )n∈N et on obtient


ˆ ˆ
lim (g − fn ) 6 lim (g − fn ) dµ.
n→+∞ n→+∞

Or ˆ ˆ ˆ ˆ
lim (g − fn ) = (g − lim fn ) dµ = g dµ − lim fn dµ
n→+∞ n→+∞ n→+∞

et ˆ ˆ ˆ
lim (g − fn ) dµ = g dµ − lim fn dµ.
n→+∞ n→+∞

D’où l’inégalité. 

Intégrale de Lebesgue – Chapitre 4 15


4.3. FONCTIONS INTÉGRABLES

4.3 Fonctions intégrables


4.3.1 L’espace L 1 (E, A , µ)
Dans la suite, on notera K = R ou C. Attention, le corps n’est pas le corps « rouc ».

Définition 4.14. On dit qu’une fonction f : (E, A ) → (K, B(K)) est µ-intégrable si elle est µ-mesurable et
ˆ
|f | dµ < +∞.
E

On note L (E, A , µ) (ou L (E, µ) ou encore L 1 (E)) l’ensemble des fonctions µ-mesurables de E dans K. On
1 1

étend cette définition aux fonctions à valeurs dans R ou dans un sous-ensemble de K.

Notation. Si f : (E, A ) → (R, B(R)) est mesurable, on note


f + := max(f, 0) = f 1{f >0} et f − := − min(f, 0) = −f 1{f 60} .
On remarque que ce sont des fonctions positives telles que f = f + − f − et |f | = f + + f − . Alors la fonction f
est mesurable si et seulement si les fonctions f + et f − le sont.

Proposition 4.15. Soit f : (E, A ) → (K, B(K)).


1. Si K = R, alors f est intégrable si et seulement si f + et f − sont intégrables.
2. Si K = C, alors f est intégrable si et seulement si Re f et Im f sont intégrables.

Preuve 1. D’après la remarque précédente, on sait déjà que f est mesurable si et seulement si f + et f − le sont.
D’autre part, on a f + 6 |f | = f + + f − et f − 6 |f | = f + + f − , donc
ˆ ˆ ˆ ˆ
f dµ 6 |f | dµ = f dµ + f − dµ.
± +

´ ´ ´
donc |f | dµ < +∞ si et seulement si f + dµ < +∞ et f − dµ < +∞.
2. L’équivalence est vraie pour la mesurabilité. On a |Re f | 6 |f | 6 |Re f |+|Im f | et |Im f | 6 |f | 6 |Re f |+|Im f |.
De même, on établit l’équivalence. 

Définition 4.16. Soit f : (E, A ) → (K, B(K)) une fonction µ-intégrable. Si K = R, on pose
ˆ ˆ ˆ
f dµ := f + dµ − f − dµ.
E E E
Si K = C, on pose ˆ ˆ ˆ
f dµ := Re f dµ + i Im f dµ.
E E E

Si A ∈ A , alors f 1A ∈ L 1 (E) et on pose


ˆ ˆ
f dµ := f 1A dµ.
A E

Proposition 4.17. Soient f, g : E → K mesurables


´ ´ tels que f = g µ-presque partout. Alors f ∈ L (E) si et
1

seulement si g ∈ L (E). Dans ce cas, on a f dµ = g dµ.


1

Preuve On suppose que K = R. On a {f + 6= g + } ⊂ {f 6= g} et {f − 6= g − } ⊂ {f 6= g}, donc f + = g + et


f − = g − µ-presque partout, donc f + , f − ∈ L 1 (E) si et seulement si g + , g − ∈ L 1 (E). Dans ce cas, on a
ˆ ˆ ˆ ˆ ˆ ˆ
f + dµ − f − dµ = g + dµ − g − dµ, donc f dµ = g dµ.

On suppose que K = C. On a {Re f 6= Re g} ⊂ {f 6= g} et {Im f f 6= Im g} ⊂ {f 6= g}, donc Re f = Re g et


Im f = Im g µ-presque partout, donc Re f, Im f ∈ L 1 (E) si et seulement si Re g, Im g ∈ L 1 (E). 

4.3.2 Propriétés de l’intégrale


Proposition 4.18 (linéarité). Soient f, g ∈ L 1 (E). Alors
1. on a f + g ∈ L 1 (E) et ˆ ˆ ˆ
(f + g) dµ = f dµ + g dµ ;

16 Intégrale de Lebesgue – Chapitre 4


4.3. FONCTIONS INTÉGRABLES

2. pour tout α ∈ K, on a αf ∈ L 1 (E) et


ˆ ˆ
αf dµ = α f dµ.

Preuve 1. On a ˆ ˆ ˆ
|f + g| dµ 6 |f | dµ + |g| dµ < +∞,

donc f + g ∈ L 1 (E). On suppose que K = R. On a f + g = f + − f − + g + − g − , donc


(f + g)+ + f − + g − = (f + g)− + f + + g + ,
donc ˆ ˆ ˆ ˆ ˆ ˆ
(f + g) dµ +
+
f dµ +

g dµ =

(f + g) dµ + −
f dµ +
+
g + dµ,

En réarrangeant les termes, on obtient l’égalité. On suppose que K = C. On a


ˆ ˆ ˆ
(f + g) dµ = (Re f + Re g) dµ + i (Im f + Im g) dµ
ˆ ˆ ˆ ˆ
= Re f dµ + Re g dµ + i Im f dµ + i Im g dµ
ˆ ˆ
= f dµ + g dµ.

2. Soit α ∈ K. On a ˆ ˆ ˆ
|αf | dµ 6 |a| |f | dµ 6 |α| |f | dµ < +∞,

donc αf ∈ L 1 (E). On suppose que K = R. Si a > 0, alors


ˆ ˆ ˆ ˆ ˆ
αf dµ = (αf )+ dµ − (αf )− dµ = αf + dµ − αf − dµ
ˆ ˆ ˆ
= α f + dµ − α f − dµ = α f dµ.

Si a < 0, alors
ˆ ˆ ˆ ˆ ˆ ˆ
αf dµ = (αf )+ dµ − (αf )− dµ = −αf − dµ − −αf + dµ = α f dµ.

Si K = C, on utilise la linéarité dans le cas K = R. 

Corollaire 4.19 (relation de Chasles). Soient f ∈ L 1 (E) et A, B ∈ A tels que A ∩ B = ∅. Alors


ˆ ˆ ˆ
f dµ = f dµ + f dµ.
A∪B A B

Preuve On utilise la linéarité et le fait que 1A∪B = 1A + 1B . 

Corollaire 4.20 (croissance). Soient f, g ∈ L 1 (E) tels que f 6 g sur E. Alors


ˆ ˆ
f dµ 6 g dµ.

´
Preuve La fonction g − f est mesurable et positive, donc (g − f ) dµ > 0, d’où l’inégalité par linéarité. 

 Remarque. Le résultat est également vraie si f 6 g µ-presque partout.

Proposition 4.21 (inégalité triangulaire). Soit f ∈ L 1 (E). Alors


ˆ ˆ
f dµ 6 |f | dµ.

Preuve On suppose que K = R. On a


ˆ ˆ ˆ ˆ ˆ ˆ
f dµ = f dµ − f dµ 6 f dµ + f dµ = |f | dµ.
+ − + −

´ ´
On suppose que K = C. Si f dµ = 0, l’inégalité est vraie. On suppose ainsi que f dµ 6= 0. On a
ˆ ˆ ´
f dµ
f dµ = αf dµ avec α := ´ .
f dµ

Intégrale de Lebesgue – Chapitre 4 17


4.4. THÉORÈME DE CONVERGENCE DOMINÉE ET APPLICATIONS

´
On remarque que |α| = 1. D’après l’inégalité triangulaire pour K = R et comme f dµ est un réel, on a
ˆ ˆ ˆ
f dµ = Re(αf ) dµ + i Im(αf ) dµ
ˆ
6 |Re(αf )| dµ
ˆ ˆ
6 |αf | dµ = |f | dµ. 

4.3.3 Formule de transfert


Rappel. Si une fonction ϕ : (E, A ) → (F, B) est mesurable et l’application µ est une mesure sur (E, A ), alors
B −→ R,
µϕ :
B 7−→ µ(ϕ−1 (B))
est une mesure appelée mesure image de µ par ϕ.

Proposition 4.22. Soient f : F → K mesurable. Alors la fonction f est µϕ intégrable si et seulement si la


fonction f ◦ ϕ est µ-intégrable. Dans ce cas, on a
ˆ ˆ
f dµϕ = f ◦ ϕ dµ.
F E

Preuve On adopte la méthode de la Standard Machine pour montre cette propriété. On suppose que f = 1B
avec B ∈ B. Alors
ˆ ˆ
f ◦ ϕ dµ = µ({ϕ ∈ B}) et f dµϕ = µϕ (B) = µ(ϕ−1 (B)) = µ({ϕ ∈ B}).
E F

Par linéarité, c’est vrai pour des fonctions f étagées. On suppose que f > 0. Il existe une suite (fn )n∈N de
fonctions mesurables positives qui converge simplement vers f . Alors
ˆ ˆ
∀n ∈ N, fn ◦ ϕ dµ = fn dµϕ .
E F

Comme les suites (fn )n∈N et (fn ◦ ϕ)n∈N sont croissantes, le théorème de Beppo Levi donne
ˆ ˆ ˆ ˆ
fn dµϕ −→ f dµϕ et fn ◦ ϕ dµ −→ f ◦ ϕ dµ.
F F E E
D’où l’égalité pour des fonctions f mesurables positives. Par linéarité, on montre que c’est vrai pour des fonctions
f mesurables. Enfin, on traire le même dans le cas des fonctions f à valeurs dans C. 

Application au calcul de l’espérance. Soit X : Ω → R une variable aléatoire réelle définie sur un espace
probabilisé (Ω, A , P). L’espérance de X vérifie
ˆ ˆ
E(X) := X dP = x dPX (x)
Ω R
en prenant ϕ = X et f = IdR .

4.4 Théorème de convergence dominée et applications


4.4.1 Théorème de convergence dominée
Théorème 4.23. Soient (fn )n∈N une suite de fonctions mesurables E dans K et f : E → K mesurable telles que
– pour µ-presque tout x ∈ E, la suite (fn (x))n∈N converge vers f (x) ;
– il existe g : E → K intégrable telle que, pour tout n ∈ N, on ait µ-presque partout |fn | 6 g.
Alors les fonctions fn et f sont intégrables et
ˆ
|f − fn | dµ −−−−−→ 0.
E n→+∞

En particulier, on a ˆ ˆ
fn dµ −−−−−→ f dµ.
E n→+∞ E

18 Intégrale de Lebesgue – Chapitre 4


4.4. THÉORÈME DE CONVERGENCE DOMINÉE ET APPLICATIONS

Preuve En notant {fn → f } := {x ∈ E | fn (x) → f (x)}, soit


A := {fn → f } ∩
\
{|fn | 6 g} ∈ A .
n∈N

Alors X
µ(Ac ) 6 µ({fn 9 f }) + µ({|fn | > g}) = 0.
n∈N

On applique le lemme 4.13 aux fonctions |f − fn | 1A ∈ M+ . En effet, on a


|f − fn | 1A 6 (|f | + |fn |)1A 6 2g
car, si x ∈ A, alors |fn (x)| 6 g(x) pour tout n et fn (x) → f (x), donc |f (x)| 6 g(x). Comme 2g ∈ L 1 (E), on a
ˆ ˆ
0= lim |f − fn | 1A dµ > lim |f − fn | 1A dµ,
E n→+∞ n→+∞ E
ce qui donne ˆ ˆ
0 6 lim |f − fn | dµ 6 lim |f − fn | dµ 6 0.
n→+∞ A n→+∞ A

Ainsi, les limites supérieures et inférieures sont égales, donc la limite en nulle. Comme Ac est un ensemble
négligeable, on en déduit que
ˆ ˆ
lim |f − fn | dµ = lim |f − fn | dµ = 0. 
n→+∞ E n→+∞ A

Corollaire 4.24. Soient (fn )n∈N une suite de fonctions mesurables de E dans K telle que

|fn | dµ < +∞.
n∈N E

Alors la fonction fn est définie µ-presque partout, intégrable et


P
n∈N
ˆ X Xˆ
fn dµ = fn dµ.
E n∈N n∈N E

Preuve Par le théorème de Beppo Levi, on a


ˆ X Xˆ
fn dµ = fn dµ < +∞,
E n∈N n∈N E

donc la fonction n∈N |fn | est finie µ-presque


P partout, donc la série fn (x) converge Pabsolument pour µ-presque
P P
tout x ∈ E. On définit donc la fonction n∈N f n µ-presque partout. Soit A := { n∈N |fn | < +∞} ∈ A . On
pose n∈N fn (x) = 0 pour x ∈ / A. Alors la fonction n∈N fn est mesurable et même intégrable car
P P
ˆ X ˆ X
fn dµ 6 |fn | dµ < +∞.
E n∈N E n∈N

On appliquePle théorème de convergence dominée à la suiteP( nk=0 fk )n∈N qui converge µ-presque partout vers
P
la fonction k∈N fk et dont chaque terme est dominé par k∈N fk . Ainsi
Xn ˆ ˆ Xn ˆ X
fk dµ = fk dµ −−−−−→ fk dµ. 
E E k=0 n→+∞ E k∈N
k=0

 Remarque. Lorsqu’une fonction est définie µ-presque partout et égale à une fonction intégrable µ-presque
partout, on s’autorisera à parler de son intégrale.

4.4.2 Intégrales dépendant d’un paramètre


(i) Limite et continuité sous l’intégrale
Soient (Y, d) un espace métrique et f : E × Y → K. On s’intéresse aux propriétés de la fonction
Y −→ K,
ˆ
F:
y 7−→ f (x, y) dµ(x)
E
lorsqu’elle est définie.

Intégrale de Lebesgue – Chapitre 4 19


4.4. THÉORÈME DE CONVERGENCE DOMINÉE ET APPLICATIONS

Théorème 4.25 (limite sous l’intégrale). Soient y ∈ Y et ` : E → K mesurable. On suppose que


(i) pour tout y ∈ Y , la fonction x 7−→ f (x, y) est mesurable ;
(ii) pour µ-presque tout x ∈ E, on a f (x, y) → `(x) quand y → y ;
(iii) il existe g ∈ L 1 (E) telle que, pour µ-presque tout x ∈ E, on ait |f (x, y)| 6 g(x) pour tout y ∈ Y .
Alors ` ∈ L 1 (E), la fonction F est bien définie sur tout Y et
ˆ ˆ
F (y) = f (x, y) dµ(x) −−−→ `(x) dµ(x).
E y→y E

Preuve Par (i) et (iii), la fonction F est définie sur tout Y . Soient (yn )n∈N une suite de Y telle que yn → y. On
considère la suite de fonctions (ϕn )n∈N définie par
E −→ K,
ϕn :
x 7−→ f (x, yn )
pour tout n ∈ N. Par (i), pour tout n ∈ N, la fonction ϕn est mesurable. Par (ii), pour µ-presque tout x ∈ E, on
a ϕn (x) → `(x). Par (iii), pour tout n ∈ N, on a µ-presque partout |ϕn | 6 g. Par le théorème de convergence
dominée, on a ` ∈ L 1 (E) et
ˆ ˆ
F (yn ) = f (x, yn ) dµ(x) −−−−−→ `(x) dµ(x). 
E n→+∞ E

Corollaire 4.26 (continuité sous l’intégrale). En remplaçant l’hypothèse (ii) du théorème précédent par
(ii ) pour µ-presque tout x ∈ E, la fonction y 7−→ f (x, y) est continue en y.
0

Alors la fonction F est définie sur Y et continue en y.

Preuve Idem que celle du théorème avec ` : x 7−→ f (x, y). 

(ii) Dérivation sous l’intégrale


Soient I un intervalle non vide de R et f : E × I → R. On pose toujours
I −→ K,
ˆ
F:
y 7−→ f (x, y) dµ(x)
E

Théorème 4.27 (dérivation sous l’intégrale). On suppose que


(i) pour tout y ∈ I, la fonction x 7−→ f (x, y) est intégrable ;
(ii) pour µ-presque tout x ∈ E, la fonction y 7−→ f (x, y) est dérivable sur I, de dérivée notée y 7−→ ∂y f (x, y) ;
(iii) il existe g ∈ L 1 (E) telle que, pour µ-presque tout x ∈ E, on ait |∂y f (x, y)| 6 g(x) pour tout y ∈ I.
Alors la fonction F est dérivable sur I et, pour tout y ∈ I, on a
ˆ
F (y) =
0
∂y f (x, y) dµ(x).
E

Preuve Soient y ∈ I et (yn )n∈N une suite de I \ {y} telle que yn → y. Pour n ∈ N, on pose
E −→ K,
ϕn : f (x, yn ) − f (x, y)
x 7−→ .
yn − y
Par (i), les fonctions ϕn sont mesurables. Par (ii), pour µ-presque tout x ∈ E, on a ϕn (x) → ∂y f (x, y). Enfin,
pour tout n ∈ N et pour µ-presque tout x ∈ E, le théorème des accroissements finis puis (iii) donnent
f (x, yn ) − f (x, y)
|ϕn (x)| 6 6 sup |∂y f (x, y)| 6 g
yn − y y∈[yn ,y]

Le théorème de convergence dominée affirme alors


ˆ ˆ
F (yn ) − F (y)
= ϕn (x) dµ(x) −−−−−→ ∂y f (x, y) dµ(x).
yn − y E n→+∞ E
Ceci est vrai pour tout y ∈ I, donc la fonction F est dérivable en y et cette dernière limite permet de conclure. 

 Remarque. Si on remplace « dérivable » par « de classe C1 » dans (ii), on obtient que´ la fonction F est de
classe C1 sur I. En effet, il suffit d’appliquer le théorème de continuité sous l’intégrale à E ∂y f (x, y) dµ(x).

20 Intégrale de Lebesgue – Chapitre 4


4.5. LIEN ENTRE LES INTÉGRALES DE RIEMANN ET DE LEBESGUE

4.5 Lien entre les intégrales de Riemann et de Lebesgue


4.5.1 Intégrale de Riemann
Définition 4.28. Soit [a, b] un segment de R. On dit qu’une fonction f : [a, b] → R est en escalier si elle est de
la forme
N
αi 1Ii
X
f=
i=1

où les ensembles I1 , . . ., In sont des intervalles de [a, b]. On note Esc l’ensemble des fonctions en escalier. Avec
ces mêmes notations, on note alors
ˆ b N
f (x) dx :=
X
αi `(Ii ).
a i=1

où la notation `(I) désigne la longueur d’un intervalle I.

 Remarque. Toute fonction en escalier est une fonction étagée. La réciproque est fausse.

Définition 4.29. Soit f : [a, b] → R bornée. On pose


®ˆ b ´ ®ˆ b
´
I− (f ) := sup ϕ(x) dx ϕ ∈ Esc, ϕ 6 f et I+ (f ) := inf ϕ(x) dx ϕ ∈ Esc, ϕ > f .
a a

Lorsque ces deux quantités sont égales, on dit que la fonction f est Riemann-intégrable.

. Exemple. L’indicatrice 1Q n’est pas Riemann-intégrable car I− (1Q ) = 0 et I+ (1Q ) = 1.


Théorème 4.30. Soit (fn )n∈N une suite de fonctions Riemann-intégrable qui converge uniformément vers une
fonction f . Alors la fonction f est Riemann-intégrable et
ˆ b ˆ b
f (x) dx = lim fn (x) dx.
a n→+∞ a

Définition 4.31. On dit qu’une fonction f : [a, b] → R bornée est réglée si elle est limite uniforme d’une suite
de fonctions en escalier.

 Remarque. Par le dernier théorème, toute fonction réglée est Riemann-intégrable. On peut montrer qu’une
fonction f est réglée si et seulement si elle admet en tout point une limite à gauche et une limite à droite et que,
si f est réglée, alors elle admet un nombre dénombrable de discontinuité.

. Exemple. Les fonctions continues, continues par morceaux et monotones sont réglées. On peut montrer le
théorème suivant.
Théorème 4.32 (critère de Lebesgue). Soit f : [a, b] → R bornée. Alors la fonction f est Riemann-intégrable
si et seulement si elle est continue λ-presque partout.

4.5.2 Comparaison entre les deux intégrales


Théorème 4.33. Soit f : [a, b] → R Riemann-intégrable. Alors il existe g : [a, b] → R intégrable telle que
ˆ b ˆ
f = g λ-presque partout et f (x) dx = g dλ.
a [a,b]

Preuve Par définition, il existe deux suites (ϕn )n∈N et (ψn )n∈N de fonctions en escalier telles que ϕn 6 f 6 ψn
pour tout n ∈ N et
ˆ b ˆ b ˆ b ˆ b
ϕn (x) dx −−−−−→ f (x) dx et ψn (x) dx −−−−−→ f (x) dx.
a n→+∞ a a n→+∞ a
On peut supposer la suite (ϕn )n∈N croissante quitte à remplacer ϕn par max(ϕ0 , . . . , ϕn ). De même, on peut
supposer la suite (ψn )n∈N décroissante. On pose alors g := limn→+∞ ϕn . Elle est mesurable comme limite de
fonctions mesurables. La suite (ϕn − ϕ0 )n∈N est une suite croissante de M+ . Le théorème de Beppo Levi donne
ˆ ˆ
(ϕn − ϕ0 ) dλ −−−−−→ (g − ϕ0 ) dλ.
[a,b] n→+∞ [a,b]

Intégrale de Lebesgue – Chapitre 4 21


4.5. LIEN ENTRE LES INTÉGRALES DE RIEMANN ET DE LEBESGUE

Or comme les fonctions ϕn sont en escaliers, on a


ˆ b ˆ ˆ
ϕn (x) dx = ϕn dλ −−−−−→ g dλ.
a [a,b] n→+∞ [a,b]

D’où ˆ ˆ b
g dλ = f (x) dx avec g 6 f.
[a,b] a

De même, en notant note h := limn→+∞ ψn , on a


ˆ ˆ b
h dλ = f (x) dx avec f 6 h.
[a,b] a

La fonction h − g est positive et d’intégrale nulle, donc g = h λ-presque partout. Comme {f 6= g} ⊂ {g 6= h}, on
en déduit l’égalité f = g λ-presque partout. 

 Remarque. Dans la suite, lorsque f est Riemann-intégrable et mesurable, on écrira indifféremment


ˆ b ˆ ˆ b
f (x) dx, f dλ et f dλ.
a [a,b] a

On peut montrer le théorème suivant.

Théorème 4.34. Si une fonction f : ]a, b[ → R est mesurable, localement Riemann-intégrable et d’intégrale de
Riemann absolument convergente, alors
ˆ ˆ b
f ∈ L 1λ ([a, b]) et f dλ = f (x) dx.
[a,b] a

Preuve On applique le théorème de convergence dominée à la suite f 1[an ,bn ] où les suites (an )n∈N et (bn )n∈N
sont respectivement décroissante et croissante et tendent respectivement vers a et b. 

22 Construction de mesures, unicité – Chapitre 4


Chapitre 5
Construction de mesures, unicité
5.1 Construction de mesures . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23 5.2.2 Théorème d’unicité des mesures . . . . . . . . . . 26
5.1.1 Mesures extérieures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23 5.2.3 Unicité de la mesure de Lebesgue . . . . . . . . . 26
5.1.2 Mesure de Lebesgue . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 5.3 Tribu complétée, mesure complétée . . . . . . . . . . . 27
5.2 Unicité des mesures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 5.3.1 Définition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
5.2.1 Lemme des classes monotones . . . . . . . . . . . . 25 5.3.2 Complétion de B(Rd ) . . . . . . . . . . . . . . . . . 27

5.1 Construction de mesures


Problématique. Par exemple, on peut facilement construire la mesure de Lebesgue sur les intervalles de R :
on associe un intervalle I à sa longueur, notée `(I). On souhaite prolonger ça aux boréliens de R.

5.1.1 Mesures extérieures


Dans toute la sous-section, la lettre E désignera un ensemble quelconque.

Définition 5.1. On appelle mesure extérieure sur E toute application µ∗ : P(E) → R ∪ {+∞} vérifiant
– µ (∅) = 0,

– si A et B sont deux parties de E telles que A ⊂ B, alors µ∗ (A) 6 µ∗ (B),


– si (An )n∈N est une suite de P(E), alors µ∗ ( n∈N An ) 6 n∈N µ∗ (An ).
S P

 Remarque. Toute mesure sur (E, P(E)) est en particulier une mesure extérieure.

Définition 5.2. Soit µ∗ un mesure extérieure sur E. On dit qu’une partie A de E est µ∗ -mesurable si, pour
toute partie B de E, on a µ∗ (B) = µ∗ (B ∩ A) + µ∗ (B \ A). On note Mµ∗ l’ensemble des parties µ∗ -mesurables.

Proposition 5.3. Soit µ∗ est mesure extérieure sur E. Alors


1. la classe de parties Mµ∗ est une tribu sur E ;
2. la mesure extérieure µ∗ définit une mesure sur l’espace mesurable (E, Mµ∗ ).

Preuve 1. On a bien ∅ ∈ Mµ∗ . Si A ∈ Mµ∗ , alors


∀B ⊂ E, µ∗ (B) = µ∗ (B ∩ A) + µ∗ (B \ A) = µ∗ (B \ Ac ) + µ∗ (B ∩ Ac ),
donc Ac ∈ Mµ∗ . Soit (An )n∈N une suite de Mµ∗ . Il suffit de montrer que
 [   [ 
∀B ⊂ E, µ∗ (B) > µ∗ B ∩ An + µ∗ B \ An .
n∈N n∈N

Soit B ⊂ E. Par récurrence, on montre que, pour tout N ∈ N, on a


N
X  n−1
[   N
[ 
µ∗ (B) = µ∗ B \ Ak ∩ An + µ∗ B \ An
n=0 k=1 n=0
N
X  n−1
[   [ 
> µ∗ B \ Ak ∩ An + µ∗ B \ An .
n=0 k=1 n∈N

En laissant tendre N vers +∞, on obtient


+∞
X  n−1
[   [ 
µ∗ (B) > µ∗ B \ Ak ∩ An + µ∗ B \ An
n=0 k=0 n∈N
[ n−1
[   [ 
> µ∗ B\ Ak ∩ An + µ∗ B \ An
n∈N k=0 n∈N
 [   [ 
>µ ∗
B∩ An + µ ∗
B\ An
n∈N n∈N

ce qui montre que l’union des An est dans Mµ∗ . Donc Mµ∗ est bien une tribu sur E.

Construction de mesures, unicité – Chapitre 5 23


5.1. CONSTRUCTION DE MESURES

2. On a bien µ∗ (∅) = 0. Soit (An )n∈N une suite d’éléments de Mµ∗ deux à deux disjoints. Montrons que
G  X
µ∗ An > µ∗ (An ).
n∈N n∈N

Pour tout N ∈ N, on a
G  N
G  −1
NG  N
X
µ ∗
An > µ ∗
An = µ (AN ) + µ
∗ ∗
An = · · · = µ∗ (An ).
n∈N n=0 n=0 n=0

En laissant tendre N vers +∞, on obtient bien l’inégalité voulue. 

5.1.2 Mesure de Lebesgue


On traite le cas d = 1. On note I l’ensemble des intervalles ouverts bornés de R. Pour A ⊂ R, on introduit
nX o
λ∗ (A) := inf
[
`(In ) A ⊂ In , (In )n∈N ∈ I N .
n∈N n∈N

Proposition 5.4. L’application λ∗ ainsi définie est une mesure extérieure sur (R, P(R)).

Preuve Comme ∅ ⊂ I pour S tout I ∈ I , on aSλ (∅) = ∅. Soient∗ A, B ⊂ ∗R telles que A ⊂ B. Si (In )n∈N est une

suite de I vérifiant B ⊂ n∈N In , alors A ⊂ n∈N In . Donc λ (B) > λ (A). Soit (Ak )k∈N une suite de P(R).
Montrons que
[  X
λ∗ Ak 6 λ∗ (Ak ).
k∈N k∈N

Soit ε > 0. Pour tout k ∈ N, il existe une suite (Ink )n∈N de I telle que
X ε [
`(Ink ) 6 λ∗ (Ak ) + k+1 et Ak ⊂ Ink .
2
n∈N n∈N

On a donc [ [ [ [  XX X
Ak ⊂ Ink et λ∗ Ak 6 `(Ink ) 6 λ∗ (Ak ) + ε.
k∈N k∈N n∈N k∈N k∈N n∈N k∈N

En laissant tendre ε vers 0, on obtient bien l’inégalité voulue. Donc λ est une mesure extérieure sur R.



Proposition 5.5. 1. On a λ∗ ([0, 1]) = 1.


2. La mesure extérieure λ∗ est invariante par translation.

Preuve 1. Montrons l’égalité par double inégalité. Pour ε > 0, on a [0, 1] ⊂ ]−ε, 1 + ε[, donc λ∗ ([0, 1]) 6 1 + 2ε
et, en laissant tendre ε vers 0+ , on obtient que λ∗ ([0, 1]) 6 1.
Montrons l’autre inégalité. Soient (ai )i∈N et (bi )i∈I Sndeux suites telles que [0, 1] ⊂ i∈N ]ai , bi [. Par la propriété
S
de Borel-Lebesgue, il existe n ∈ N tel que [0, 1] ⊂ i=0 ]ai , bi [. Soit i1 ∈ N tel que 0 ∈ ]ai1 , bi1 [. Si bi1 ∈ [0, 1], il
existe i2 ∈ N tel que bi2 ∈ ]ai1 , bi1 [. On répète ensuite l’opération pour créer des entiers ik vérifiant bik+1 ∈ ]aik , bik [
jusqu’à obtenir biN > 1. On a alors
X N
X N
X
(bi − ai ) > (bik − aik ) > (bik − bik−1 ) + bi1 − ai1 = biN − ai1 > 1.
i∈N k=1 k=2

En passant à la borne inférieure, on obtient que λ∗ ([0, 1]) > 1.


2. Soient A ⊂ R et x ∈ R. On a
nX [ o
λ∗ (A) = inf `(In ) A ⊂ In , (In )n∈N ∈ I N
n∈N n∈N
nX [ o
= inf `(Jn − x) A + x ⊂ In , (In )n∈N ∈ I N
n∈N n∈N
nX [ o
= inf `(Jn ) A + x ⊂ In , (In )n∈N ∈ I N = λ∗ (A + x). 
n∈N n∈N

Proposition 5.6. Les boréliens de R sont λ∗ -mesurables.

24 Construction de mesures, unicité – Chapitre 5


5.2. UNICITÉ DES MESURES

Preuve Il suffit de montrer que ]−∞, a] est λ∗ -mesurable pour tout a ∈ R. Soit I := ]−∞, a] avec a ∈ R. Il
suffit de montrer que,
S pour toute B ⊂ R, on a λ (B) > λ (B ∩ I) + λ (B \ I). Soit B ⊂ R. Si une suite (In )n∈N
∗ ∗ ∗

de I vérifie B ⊂ n∈N In , alors


[ [
B∩I ⊂ In ∩ I et B \ I ⊂ In \ I,
n∈N n∈N

donc X X X
λ∗ (B ∩ I) + λ∗ (B \ I) 6 `(In ∩ I) + `(In \ I) = `(In ).
n∈N n∈N n∈N

En passant à la borne inférieure sur les recouvrements (In )n∈N de B, on obtient l’inégalité. D’où la proposition. 

 Remarque. On vient de montrer que l’application λ∗ est une mesure sur l’espace mesurable (R, B(R)) vérifiant
(i) λ∗ ([0, 1]) = 1,
(ii) λ∗ est invariante par translation
ce qui montre l’existence de la mesure de Lebesgue sur (R, B(R)). Sur Rd , on définit de même la mesure
extérieure de Lebesgue d-dimensionnelle par
nX o
λ∗d (A) := inf
[
V (Pn ) A ⊂ Pn , (Pn )n∈N ∈ P N
n∈N n∈N

où P est l’ensemble des pavés ouverts bornées de R . De même que précédemment, on montre que λ∗d est une
d

mesure sur (Rd , B(Rd )) telle que


(i) λ∗d ([0, 1]d ) = 1,
(ii) λ∗d est invariante par translation
On retrouve alors la propriété de régularité 2.9 de la mesure de Lebesgue : pour tout A ∈ Mλ∗d , on a
λ∗d (A) = inf {λd (Ω) | Ω ⊃ A, Ω ouvert} et
λ∗d (A) = sup {λd (K) | K ⊂ A, K compact}.

5.2 Unicité des mesures


Problématique. Soit (E, A ) un espace mesure dont la tribu A est engendrée par une classe de parties C . Si
deux applications µ et ν sont deux mesures sur (E, A ) telles que µ = ν sur C , a-t-on µ = ν ? En général non !
Par exemple, on prend E := {0, 1} et A := P(E) = σ({0}). On prend deux mesures µ et ν vérifiant
A ∅ {0} {1} {0, 1}
µ(A) 0 0 0 0
ν(A) 0 0 1 1

5.2.1 Lemme des classes monotones


Définition 5.7. On appelle classe monotone sur E toute classe de parties M de E telle que
– E ∈ M,
– si A et B sont des éléments de M tels que A ⊂ B, alors B \ A ∈ M
– si (An )n∈N est une suite croissante de M , alors n∈N An ∈ M .
S

 Remarques. 1. Une tribu sur E est une classe monotone. La réciproque est fausse.
2. Une intersections quelconques de classes monotones est encore une classe monotone. Pour tout C ⊂ P(E), il
existe une plus petite classe monotone m(C ) contenant C . Elle vérifie
\
m(C ) = M.
M classe monotone de E
C ⊂M

Lemme 5.8. Si M est une classe monotone sur E stable par intersection finie, alors M est une tribu sur E.

Preuve On a ∅ = E \ E ∈ M et, si A ∈ M , alors Ac = E \ A ∈ M . Soit (An )n∈N une suite de M . Alors


[ [ [ n [\ n c
An = Ak = Ack ∈ M . 
n∈N n∈N k=0 n∈N k=0

Construction de mesures, unicité – Chapitre 5 25


5.2. UNICITÉ DES MESURES

Lemme 5.9 (des classes monotones). Si C est une classe de parties de E stable par intersection finie, alors on a
m(C ) = σ(C ).

Preuve La tribu σ(C ) est une classe monotone qui contient C , donc σ(C ) ⊃ m(C ). Montrons que m(C ) est
une tribu ce qui permettra de conclure. Il suffit de montrer que m(C ) est stable par intersection finis. Montrons
que, si A ∈ m(C ) et C ∈ C , alors A ∩ C ⊂ m(C ). On montre que la classe de parties
M1 := {A ∈ m(C ) | ∀C ∈ C , A ∩ C ∈ m(C )}
est une classe monotone contenant C , donc M1 ⊃ m(C ) et même M1 = m(C ). Montrons que, si A, B ∈ m(C ),
alors A ∩ B ∈ m(C ). De même, on montre que la classe de parties
M2 := {A ∈ m(C ) | ∀B ∈ m(C ), A ∩ B ∈ m(C )}
est une classe monotone contenant C par ce dernier point et on conclut identiquement que M2 = m(C ). On a
montré que m(C ) est stable par intersection finie. D’où le résultat. 

5.2.2 Théorème d’unicité des mesures


Théorème 5.10. Soient µ et ν deux mesures sur (E, A ) qui coïncident sur une classe de parties C telle que
– C stable par intersection finie,
– E ∈ C,
– A = σ(C ).
Alors
1. si µ et ν sont finies, alors µ = ν sur A ;
2. s’il existe une suite croissante (En )n∈N de C telle que
[
∀n ∈ N, µ(En ) = ν(En ) < +∞ et En = E,
n∈N

alors µ = ν sur A .

Preuve 1. On suppose que µ et ν sont finies. On considère la classe de parties


M := {A ∈ A | µ(A) = ν(A)}.
Montrons que M est une classe monotone sur E. On a E ∈ M car µ(E) = ν(E). Si A, B ∈ M sont telles que
A ⊂ B, alors µ(B \ A) = µ(B) − µ(A) = ν(B) − ν(A) = ν(B \ A) car les mesures sont finies, donc B \ A ∈ M .
Enfin, si (An )n∈N est une suite croissante de M , alors la continuité donne
[  [ 
µ An = lim µ(An ) = lim ν(An ) = ν An ,
n→+∞ n→+∞
n∈N n∈N
donc n∈N An ∈ M . Comme M est une classe monotone contenant C , on a M ⊃ m(C ). Par le lemme des
S
classes monotones, on obtient que m(C ) = σ(C ), donc M ⊃ A .
2. Pour n ∈ N et A ∈ A , on pose
µn (A) = µ(A ∩ En ) et νn (A) = ν(A ∩ En ).
Alors les applications µn et νn définissent des mesures finis sur (E, A ) et elles coïncident sur C , i. e. pour tous
n ∈ N et C ∈ C , on a µ(C ∩ En ) = ν(C ∩ En ). Finalement, si A ∈ A , on a
[ 
µ(A) = µ A ∩ En = lim µ(A ∩ En ) = lim ν(A ∩ An ) = ν(A). 
n→+∞ n→+∞
n∈N

5.2.3 Unicité de la mesure de Lebesgue


Rappel. Si µ est une mesure sur (R, B(R)), invariante par translation et telle que µ([0, 1]) = 1, alors µ(I) = `(I)
pour tout intervalle I de R.

Théorème 5.11 (unicité). Il existe une unique mesure λ sur (R, B(R)) invariante par translation telle que
λ([0, 1]) = 1.

Preuve D’après le rappel, si λ et λ0 sont deux telles mesures sur (R, B(R)), alors λ = λ0 sur C := I . Or C est
stable par intersection finie et on a R ∈ C . De plus, en posant En = [−n, n] ∈ C pour n ∈ N, on a
[
R= En et λ(En ) = 2n < +∞, ∀n ∈ N.
n∈N
Par le théorème d’unicité, on a λ = λ sur σ(C ) = B(R) ce qui montre l’unicité de la mesure de Lebesgue.
0


26 Construction de mesures, unicité – Chapitre 5


5.3. TRIBU COMPLÉTÉE, MESURE COMPLÉTÉE

 Remarque. On montre de la même façon l’unicité de la mesure de Lebesgue d-dimensionnelle λd sur l’espace
mesurable (Rd , B(Rd )) en considérant C := {P ⊂ Rd | P pavé}.

5.3 Tribu complétée, mesure complétée


5.3.1 Définition
Notation. Soit (E, A , µ) un espace mesuré. On note Nµ l’ensemble des parties de E qui sont µ-négligeables.
Si Nµ ⊂ A, on dit que (E, A , µ) est complet.

Définition 5.12. On appelle tribu complétée de A la classe de parties


A := {B ∪ N | B ∈ A , N ∈ Nµ }.
C’est une tribu sur E.

Preuve On a ∅ ∈ A . Si B ∪ N ∈ A , alors (B ∪ N )c = (B c \ A) ∪ (A \ N ∩ B c ) ⊂ A avec A ∈ A tel que N ⊂ A


et µ(A) = ∅. Enfin, si (Bn )n∈N et (Nn )n∈N sont des suites de A et Nµ , alors
[ [ [
[Bn ∪ Nn ] = Bn ∪ Nn ∈ A .
n∈N n∈N n∈N

Ce qui montre que A est une tribu sur E. 

Définition-proposition 5.13. Pour B ∪ N ∈ A , on pose


µ(B ∪ N ) := µ(B).
Alors l’application µ est une mesure sur (E, A ).

Preuve Montrons que la définition est cohérente. Si B ∪ N = B 0 ∪ N 0 , alors on peut écrire B ⊂ B ∪ N ⊂ B ∪ A


et B 0 ⊂ B 0 ∪ N 0 ⊂ B 0 ∪ A0 avec µ(A) = µ(A0 ) = 0, donc µ(B) 6 µ(B 0 ∪ A0 ) 6 µ(B 0 ) et de même µ(B 0 ) 6 µ(B),
d’où µ(B) = µ(B 0 ). On montre ensuite que c’est bien une mesure. 

Proposition 5.14. L’espace mesuré (E, A , µ) est complet.

Preuve Il faut montrer que Nµ ⊂ A . Si N ∈ Nµ , alors N ⊂ B ∪ N 0 avec µ(B ∪ N 0 ) = 0 où B ∈ A et N ∈ Nµ ,


donc N ⊂ B ∪ A0 avec µ(A0 ) = 0, donc B ∈ Nµ ⊂ A . 

5.3.2 Complétion de B(Rd )


Définition 5.15. On appelle tribu de Lebesgue sur Rd la tribu complétée de B(Rd ) et on la note
L (Rd ) := B(Rd ).
On définit aussi λd la mesure complétée de λd sur (Rd , L (Rd )). Généralement, on la note toujours λd .

Proposition 5.16. 1. On a L (Rd ) = Mλ∗d .


2. La mesure λd coïncide avec λ∗d sur L (Rd ).

Preuve 1. Montrons que L (Rd ) ⊂ Mλ∗d . Comme B(Rd ) ⊂ Mλ∗d , il suffit de montrer que Nλd ⊂ Mλ∗d . Soit
N ∈ Nλd . Il existe A ∈ A tel que N ⊂ A et λd (A) = 0. Soit B ⊂ Rd . Montrons que λ∗d (B) = λ∗d (B∩N )+λ∗d (B\N ).
Il suffit de montrer l’inégalité >. On a λ∗d (B ∩ N ) 6 λ∗d (N ) 6 λd (A) = 0, donc l’inégalité est vraie.
Réciproquement, montrons que Mλ∗d ⊂ L (Rd ). Soit A ∈ Mλ∗d . Par régularité de la mesure de Lebesgue, il
existe B, C ∈ B(Rd ) tels que B ⊂ A ⊂ C et λd (C \ B) = 0. On a alors A = B ∪ (A \ B) ∈ L (Rd ).
2. Soit B ∪ N ∈ L (Rd ). On note A ∈ Nλ tel que N ⊂ A. Alors λd (B ∪ N ) = λd (B) = λ∗d (B). Or
λ∗d (B) 6 λ∗d (B ∪ N ) 6 λ∗d (B ∪ A) = λ∗d (B).
On en déduit que
λ∗d (B ∪ N ) = λ∗d (B) = λd (B) = λd (B ∪ N ). 

Proposition 5.17. On a Card L (R) = Card P(R).

Preuve On note K l’ensemble de Cantor. On a montré en TD que K ∈ B(R), λ(K) = 0 et Card K = Card R.
On a donc Card P(R) = Card P(K) 6 Card Nλ 6 Card L (R) car P(K) ⊂ Nλ et Nλ ⊂ L (R). L’autre
inégalité est clairement vraie car L (R) ⊂ P(R). D’où l’égalité 

Mesure produit – Chapitre 5 27


Chapitre 6
Mesure produit
6.1 Tribu produit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28 6.2 Mesure produit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
6.1.1 Définition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28 6.3 Théorèmes de Fubini . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
6.1.2 Sections . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28

6.1 Tribu produit


6.1.1 Définition
Définition 6.1. Soient (E, A , µ) et (F, B, µ) deux espaces mesurés. On note
A × B := {A × B | A ∈ A , B ∈ B}.
On appelle tribu produit de A et B la tribu A ⊗ B := σ(A × B) sur E × F .

On étend la définition au cas d’un nombre fini d’espaces mesurables (Ei , Ai ) avec i ∈ J1, kK. On note
A1 ⊗ · · · ⊗ Ak = σ({A1 × · · · × Ak | Ai ∈ Ai , ∀i ∈ J1, kK}).

Proposition 6.2. Si (E, A ), (F, B) et (G, C ) sont trois espaces mesurables, alors
A ⊗ (B ⊗ C ) = (A ⊗ B) ⊗ C
qu’on note alors A ⊗ B ⊗ C .

Proposition 6.3. On définit les projections


E × F −→ E, E × F −→ E,
π1 : et π2 :
(x, y) 7−→ x (x, y) 7−→ y
les projections sur E et F . Alors
1. les projections π1 et π2 sont respectivement (A ⊗ B, A )-mesurable et (A ⊗ B, B)-mesurable ;
2. la tribu A ⊗ B est la plus petite tribu telle que π1 et π2 soient mesurables, i. e. si X est un tribu sur E × F
telle que les projections π1 et π2 soit mesurables, alors X ⊂ A ⊗ B

Preuve 1. Soit A ∈ A . Alors π1−1 (A) = A × F ∈ A × B ⊂ A ⊗ B. Donc π1 est mesurable. De même pour π2 .
2. Soit X un tribu comme dans l’énoncé. Soit A × B ⊂ A × B. Alors
A × B = A × F ∩ E × B = π1−1 (A) ∩ π2−1 (B) ∈ X ,
donc A ⊗ B ⊂ X . 
Proposition 6.4 (cas des boréliens de Rd ). On a
B(R ) = B(R) ⊗ · · · ⊗ B(R) .
d
| {z }
d fois

Preuve Si I1 , . . ., Id sont des intervalles de R, alors I1 × · · · × Id ∈ B(R) ⊗ · · · ⊗ B(R). D’où


B(Rd ) = σ({I1 × · · · × Id | Ii intervalle de R}) ⊂ B(R) ⊗ · · · ⊗ B(R).
Réciproquement, pour i ∈ J1, dK, la projection sur la i-ième composante est continue, donc elle est (B(Rd ), B(R))-
mesurables. D’où l’inclusion réciproquement. 

6.1.2 Sections
Définition 6.5. Soit C ⊂ E × F . Pour x ∈ E et y ∈ F , on pose
Cx = {y ∈ F | (x, y) ∈ C} et C y = {x ∈ E | (x, y) ∈ C}.

 Remarques. – Pour tout C ⊂ E × F et pour tout (x, y) ∈ E × F , on a 1C (x, y) = 1Cx (y) = 1C y (x).
– Pour tout C := A × B ⊂ E × F et (x, y) ∈ E × F , alors
B si x ∈ A, A si y ∈ B,
® ®
Cx = et Cy =
∅ sinon ∅ sinon

28 Mesure produit – Chapitre 6


6.2. MESURE PRODUIT

Proposition 6.6. Soit C ∈ A ⊗ B. Alors


1. pour tout x ∈ E, on a Cx ∈ B ;
2. pour tout y ∈ F , on a C y ∈ A ;

Preuve Soit x ∈ E. On pose


Xx := {C ∈ A ⊗ B | Cx ∈ B}.
Par la remarque précédente, on a A × B ⊂ Xx . Montrons que Xx est une tribu sur E × F . On a ∅x = ∅ ∈ B,
donc ∅ ∈ Xx . Si C ∈ Xx , alors
c
(C c )x = {y ∈ F | (x, y) ∈ C c } = {y ∈ F | (x, y) ∈ C} = (Cx )c ∈ Xx .
Si (Cn )n∈N est une suite de Xx , alors
[  [
Cn = (Cn )x ∈ B.
x
n∈N n∈N

Finalement, c’est une tribu contenant A ⊗ B, donc Xx = A ⊗ B ce qui conclut. De même pour le point 2. 

 Remarque. Pour tout C := A × B ∈ A × B et pour tout (x, y) ∈ E × F , on a


ν(Cx ) = ν(B)1A (x) et µ(C y ) = µ(A)1B (y).

Proposition 6.7. Soient (E, A ), (F, B) et (G, D) trois espaces mesurables et f : E × F → G. On suppose que
f est (A ⊗ B, D)-mesurable. Alors
1. pour tout x ∈ E, la fonction fx : y ∈ F 7−→ f (x, y) est (B, D)-mesurable ;
2. pour tout y ∈ E, la fonction f y : x ∈ E 7−→ f (x, y) est (A , D)-mesurable.

 Remarque. Attention : la réciproque est fausse.

Preuve Pour tout x ∈ E et pour tout D ∈ D, la proposition précédente donne fx−1 (D) = f −1 (D)x ∈ B car
f −1 (D) ∈ A × B. De même pour le point 2. 

Lemme 6.8. On suppose que µ et ν sont des mesures σ-finies. Alors pour tout C ∈ A ⊗ B, les fonctions
x ∈ E 7−→ ν(Cx ) et y ∈ F 7−→ µ(C y )
sont mesurables.

Preuve On suppose que µ et ν sont finies. On montre aisément que la classe de parties
M := {C ∈ A ⊗ B | x 7−→ ν(Cx ) est mesurable}
est une classe monotone. De plus, elle contient A × B. En effet, pour tous (A, B) ∈ A × B et x ∈ E, on a
ν((A × B)x ) = ν(B)1A (x),
donc la fonction x 7−→ ν((A × B)x ) est mesurable. Alors M ⊃ m(A ⊗ B). Mais comme A ⊗ B est stable par
intersection finie, le lemme des classes monotones donne m(A ⊗ B) = σ(A ⊗ B). Finalement, on montré que
M = σ(A ⊗ B).
On suppose que µ et ν sont σ-finies. Alors il existe une suite croissante (Fn )n∈N de B vérifiant F =
S
n∈N Fn
et ν(Fn ) < +∞ pour tout n ∈ N. Pour n ∈ N et B ∈ B, on pose alors
νn (B) := ν(B ∩ Fn ).
Alors pour tout B ∈ B, on a ν(B) = limn→+∞ νn (B), donc la fonction x 7−→ ν(Cx ) est mesurable comme limite
simple de fonctions mesurables. On raisonne de même pour montrer que x ∈ E 7−→ µ(C y ) est mesurable. 

6.2 Mesure produit


Théorème 6.9. Soient (E, A , µ) et (F, B, ν) deux espaces mesurés σ-finies. Il existe une unique mesure µ ⊗ ν
sur (E × F, A ⊗ B) telle que
µ ⊗ ν(A × B) = µ(A)ν(B), ∀(A, B) ∈ A ⊗ B.
De plus, la mesure µ ⊗ ν est σ-finie et, pour tout C ∈ A ⊗ B, on a
ˆ ˆ
µ ⊗ ν(C) = ν(Cx ) dµ(x) = µ(C y ) dν(y). (6.1)
E F

Mesure produit – Chapitre 6 29


6.3. THÉORÈMES DE FUBINI

Preuve Pour C ∈ A ⊗ B, on pose ˆ


µ ⊗ ν(C) := ν(Cx ) dµ(x).
E
Montrons que l’application µ ⊗ ν est bien une mesure de (E × F, A ⊗ B). On a
ˆ
µ ⊗ ν(∅) = ν(∅x ) dµx = 0.
E
Soient (Cn )n∈N une suite de A × B d’éléments deux à deux disjoints. Le théorème de Beppo Levi donne
G  ˆ  G  
µ⊗ν Cn = ν Cn dµ(x)
E x
n∈N n∈N
ˆ G 
= ν (Cn )x dµ(x)
E n∈N
ˆ X
= ν((Cn )x ) dµ(x)
E n∈N
Xˆ X
= ν((Cn )x ) dµ(x) = µ ⊗ ν(Cn ).
n∈N E n∈N

Donc c’est bien une mesure. Montrons qu’elle vérifie (6.1). Pour tous A ∈ A et B ∈ B, on a
ˆ ˆ
µ ⊗ ν(A × B) = ν((A × B)x ) dµ(x) = ν(B)1A dµ = ν(B)µ(A).
E E
Montrons l’unicité. Soit m une autre mesure sur (E × F, A ⊗ B) vérifiant (6.1). Alors µ ⊗ ν et m coïncident
sur A × B qui est stable par intersection finie et contient E × F . De plus, soient (En )n∈N et (Fn )n∈N deux suites
croissantes de A et B telle que
 [  [
E =
 En , F =
 Fn ,
n∈N et n∈N
∀n ∈ N, µ(E ) < +∞
 ∀n ∈ N, µ(F ) < +∞.

n n

Alors (En × Fn )n∈N est une suite croissante de A × B vérifiant


[
E×F = (En × Fn ) et ∀n ∈ N, µ ⊗ ν(En × Fn ) = µ(En )ν(Fn ) < +∞.
n∈N
Ainsi le théorème d’unicité des mesures affirme que m = µ ⊗ ν.
Enfin, pour C ∈ A ⊗ B, on pose ˆ
m(C) = µ(C y ) dν(y).
F
Alors m est une mesure sur (E ×F, A ⊗B) vérifiant (6.1). Par unicité, on a conclut également que m = µ⊗ν. 

 Remarque. Par le théorème d’unicité, si µ, ν et ξ sont des mesures sur (E, A ), (F, B) et (G, C ), alors
µ ⊗ (ν ⊗ ξ) = (µ ⊗ ν) ⊗ ξ = µ ⊗ ν ⊗ ξ
car les mesures coïncident sur A × B × C .

Proposition 6.10. Soit d ∈ N∗ . Alors λd = λ⊗d .

Preuve Procédons par récurrence sur d. C’est évident pour d = 1. Soit d > 2. Supposons que λd−1 = λ⊗(d−1) .
Soit P := dk=1 Ik un pavé de Rd . Alors
P

d−1
Y  d−1
Y d
Y
λ⊗d (P ) = λ⊗d−1 Ik λ(Id ) = λ(Ik )λ(Id ) = λ(Ik ) = λd (P ).
k=1 k=1 k=1

Les mesures coïncident sur les pavés. Par le théorème d’unicité, on en déduit que λ⊗d = λd . D’où la proposition. 

6.3 Théorèmes de Fubini


Théorème 6.11 (Fubini-Tonelli). Soient (E, A , µ) et (F, B, ν) deux espaces mesurés σ-finis et f : E×F → R+
une fonction (A ⊗ B, B(R))-mesurables. Alors les fonctions
ˆ ˆ
x 7−→ f (x, y) dν(y) et y 7−→ f (x, y) dµ(x)
F E

30 Mesure produit – Chapitre 6


6.3. THÉORÈMES DE FUBINI

sont mesurables et
ˆ ˆ ň ã ˆ ň ã
f dµ ⊗ ν = f (x, y) dν(y) dµ(x) = f (x, y) dµ(x) dν(y). (6.2)
E×F E F F E

Preuve Soit C ∈ A × B. Le résultat pour f := 1C a déjà été démontré (cf. lemme 6.8). Par linéarité, c’est
vrai si f ∈ E+ . On suppose que f ∈ M+ . Il existe une suite croissante (fn )n∈N de E+ qui converge simplement
vers f . On applique le théorème de Beppo Levi à la suite ((fn )x )n∈N avec x ∈ E. On obtient que
ˆ ˆ
∀x ∈ E, fn (x, y) dν(y) −→ f (x, y) dν(y).
F F
Donc la fonction ˆ
x 7−→ f (x, y) dν(y)
F
est mesurable comme limite simple de fonctions mesurables. De même ´ pour l’autre fonction. On applique
maintenant le théorème de Beppo Levi à la suite croissante (x 7−→ F fn (x, y) dν(y))n∈N et on obtient que
ˆ ň ã ˆ ň ã
fn (x, y) dν(y) dµ(x) −→ f (x, y) dν(y) dµ(x).
E F E F
De plus, par ce même théorème, on a
ˆ ň ã ˆ ˆ
fn (x, y) dν(y) dµ(x) = fn dµ ⊗ ν −→ f dµ ⊗ ν
E F E×F E×F
car les fonctions fn sont en escalier. Ce qui montre le première égalité de l’égalité (6.2). De même pour l’autre. 

 Remarque. L’hypothèse σ-finie est cruciale. On considère les espaces mesurés (R, B(R), λ) et (R, P(R), m).
On pose C := {(x, x) | x ∈ R}. On a
ˆ ň ã ˆ
1C (x, y) dλ(x) dm(y) = λ({y}) dm(y) = 0,
R R | {z } R
1{y} (x)
mais ˆ ň ã ˆ ˆ
1C (x, y) dm(y) dλ(x) = m({y}) dλ(x) = 1 dλ(x) = +∞.
R R R R
Or 1C est (B(R) ⊗ P(R), B(R))-mesurable car C ∈ B(R) ⊗ B(R) ⊂ B(R) ⊗ P(R).
. Exemple. Soient (E, A , µ) un espace mesuré et f : E → R+ mesurable. Alors
ˆ ˆ
f dµ = µ({f > t}) dt.
E R+

Preuve En effet, en justifiant plus tard l’interversion, il vient que


ˆ ˆ ň ã
µ({f > t}) dt = 1{f >t} (x) dµ(x) dt
R+ R+ E
ˆ Lj å
= 1{f >t} (x) dt dµ(x)
E R+
ˆ Lj å
= 1[0,f (x)[ (t) dt dµ(x)
E
ˆ
R+

= λ([0, f (x)[) dµ(x)


ˆE
= f dµ.
E
Justifions l’interversion. Si π1 : R+ × E → R+ et π2 : R+ × E → E sont les projections sur R+ et E, la fonction
(t, x) 7−→ 1{f >t} (x) = 1{(s,y)∈R+ ×E|f (y)>s} (t, x) = 1{f ◦π2 −π1 >0} (t, x)
est mesurable puisque les fonctions f , π1 et π2 le sont. On peut donc appliquer le théorème de Fubini. 

Théorème 6.12 (Fubini-Lebesgue). Soient (E, A , µ) et (F, B, ν) deux espaces mesurés σ-finis et f : E × F →
K une fonction µ ⊗ ν-intégrable. Alors
(i) la fonction fx est ν-intégrable pour µ-presque tout x ∈ E ;
(ii) la fonction f y est µ-intégrable pour ν-presque tout y ∈ E ;
´
(iii) la fonction x 7−→ F f (x, y) dν(y) est µ-intégrable ;

Mesure produit – Chapitre 6 31


6.3. THÉORÈMES DE FUBINI

´
(iv) la fonction y 7−→ F f (x, y) dµ(x) est ν-intégrable ;
(v) l’égalité (6.2) est vérifiée.

Preuve On peut appliquer le théorème de Fubini-Tonelli à la fonction |f | et on obtient que


ˆ ň ã ˆ
|f (x, y)| dν(y) dµ(x) = |f | dµ ⊗ ν < +∞,
E F E×F
´
donc la fonction x 7−→ F |f (x, y)| dν(y) est fini µ-presque partout ce qui veut dire que la fonction fx est
ν-intégrable pour µ-presque tout x ∈ E. De même, on a montre le point (ii). De plus, on a
ˆ ˆ ˆ ň ã
f (x, y) dν(y) dµ(x) 6 |f (x, y)| dν(y) dµ(x) < +∞,
E F E F
´
donc la fonction x 7−→ F f (x, y) dν(y) est µ-intégrable. De même, on montre le point (iv). Pour montrer le
point (v), si K = R, on écrit f = f + − f − , on applique le théorème de Fubini-Tonelli à f + et f − et on obtient
l’égalité (6.2) en soustrayant. Si K = C, on écrit f = Re f + i Im f et on applique le cas K = R. 

 Remarque. On peut avoir


ˆ ň ã ˆ ň ã
f (x, y) dν(y) dµ(x) < +∞ et f (x, y) dµ(x) dν(y) < +∞,
E F F E

sans pour avoir f ∈ L 1µ⊗ν (E). Par exemple, on a


ˆ 1 Lj 1 å ˆ 1
Lj 1
å
x2 − y 2 π x2 − y 2 π
dy dx = et dx dy = −
0 (x + y ) 4 (x + y ) 4
2 2 2 2 2 2
0 0 0

et, pour cause, la fonction n’est pas λ2 -intégrable, i. e.


ˆ
x2 − y 2
dλ2 (x, y) = +∞.
[0,1]2 (x + y )
2 2 2

32 Changement de variable – Chapitre 6


Chapitre 7
Changement de variable
7.1 Application C1 -difféomorphe et inversion globale . . . 33 7.2.2 Théorème . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
7.2 Théorème de changement de variables, applications . 33 7.2.3 Passage en coordonnées polaires . . . . . . . . . . 34
7.2.1 Cas particulier : changement de variables affine . 33 7.2.4 Passage en coordonnées sphériques . . . . . . . . . 35

Rappel. Soient (E, A ) et (F, B) deux espaces mesurables, µ une mesure sur (E, A ) et ϕ : E → F mesurable.
On note µϕ la mesure image par ϕ. Alors la formule de transfert donne, pour f : F → R+ mesurable,
ˆ ˆ
f dµϕ = f ◦ ϕ dµ.
F E

. Exemple. Soient f : Rd → R intégrable et a ∈ Rd . Alors


ˆ ˆ
f (x) dλd (x) = f (x + a) dλd (x).
Rd Rd

En effet, si on note ϕ : x ∈ R 7−→ x + a ∈ R , alors


d d

∀B ∈ B(Rd ), (λd )ϕ (B) = λd (ϕ−1 (B)) = λd (B − a) = λd (B).

7.1 Application C1 -difféomorphe et inversion globale


Soient U et V deux ouverts de Rd et ϕ : U → V . Si ϕ est différentiable sur U , on appelle jacobienne de ϕ en
un point x ∈ U la matrice de l’application linéaire dϕx dans la base canonique de Rd et on la note
Å ã
∂ϕ ∂ϕ
Jϕ (x) = (x) · · · (x) ∈ Md (R).
∂x1 ∂xd
Rappels.
– La fonction ϕ est classe C1 si et seulement si ses dérivées partielles existent et sont continues sur U .
– On dit que ϕ est un C1 -difféomorphisme si ϕ est classe C1 , bijective et de réciproque de classe C1 .
On rappel également le théorème d’inversion globale qui découle de sa version locale.

Théorème 7.1 (d’inversion globale). Soit ϕ : U → Rd . Alors ϕ est un C1 -difféomorphisme si et seulement si


– ϕ est classe C1 sur U ,
– ϕ est injective,
– pour tout x ∈ U , on a Jϕ (x) ∈ GLd (R), i. e. det Jϕ (x) 6= 0.

7.2 Théorème de changement de variables, applications


7.2.1 Cas particulier : changement de variables affine
Lemme 7.2. Soient A ∈ GLd (R) et b ∈ Rd . On pose ϕ : x ∈ Rd 7−→ Ax + b. Alors la mesure image de λd par ϕ
est le mesure
λd
(λd )ϕ = .
|det A|

Preuve Pour tout B ∈ B(Rd ), on a


(λd )ϕ (B) = λd (ϕ−1 (B)) = λd (A−1 B − A−1 b) = λd (A−1 B).
Sans perte de généralité, on peut donc supposer b = 0. La mesure (λd )ϕ est invariante par translation. En effet,
pour tous B ∈ B(Rd ) et a ∈ Rd , on a
(λd )ϕ (B) = λd (ϕ−1 (B + a)) = λd (A−1 B + A−1 a) = λd (A−1 B) = (λd )ϕ (B).
Par unicité de la mesure de Lebesgue, on a
(λd )ϕ
= λd .
(λd )ϕ ([0, 1])
Il existe donc γ > 0 tel que (λd )ϕ = γλd . Montrons que γ = 1/ |det A|.

Changement de variable – Chapitre 7 33


7.2. THÉORÈME DE CHANGEMENT DE VARIABLES, APPLICATIONS

• Cas particuliers. On suppose que A ∈ Od (R). On pose B := x ∈ Rd kxk 6 1 . Comme A−1 B = B, on



a (λd )ϕ (B) = λd (B), donc γ = 1 = 1/ det A.
On suppose que A ∈ S ++ d (R). Il existe P ∈ Od (R) et α1 , . . . , αd > 0 tels que

A = tP DP avec D := diag(α1 , . . . , αd ).
On pose B := P D[0, 1]d . Alors
t

(λd )ϕ = λd (A−1 B) = λd (tP D−1 P B) = λd (D−1 P B) = λd ([0, 1]d ) = 1


et
d
Y
λd (B) = λd (tP D[0, 1]d ) = λd (D[0, 1]d ) = αi = |det A| ,
i=1

donc
λd (B)
(λd )ϕ (B) = .
|det A|
• Cas général. Soit A ∈ GLd (R). Par décomposition polaire, on sait qu’il existe P ∈ Od (R) et S ∈ S ++
d (R)
telles que A = P S. Soit B ∈ B(Rd ). D’après les cas particuliers, on obtient que
λd (P −1 B) λd (B)
(λd )ϕ (B) = λd (A−1 B) = λd (S −1 P −1 B) = = .
det S det S
Or |det A| = det S, donc γ = 1/ |det A| 

Corollaire 7.3. Soit f ∈ L 1 (Rd ). Alors


ˆ ˆ
f (y) dy = f (Ax + b) |det A| dx.
Rd Rd

Preuve On applique la formule de transfert et le lemme précédent. 

7.2.2 Théorème
Théorème 7.4. Soient U et V deux ouverts de Rd et ϕ un C1 -difféomorphisme de U dans V .
1. Si f : V → R+ est mesurable, alors
ˆ ˆ
f (y) dy = f ◦ ϕ(x) |det Jϕ (x)| dx. (∗)
V U

2. Si f : V → K, alors f ∈ L 1 (V ) si et seulement si f ◦ ϕ |det Jϕ | ∈ L 1 (U ) et, dans ce cas, on a (∗).

 Remarques. – En d’autres termes, l’égalité (∗) exprime que λd est la mesure image par ϕ de la mesure qui a
pour densité |det Jϕ (·)| par rapport à λd .
– Si V est un ouvert de Rd s’écrivant V = ϕ(U ) où ϕ : U → V est un C1 -difféomorphisme, alors
ˆ
λd (V ) = |det Jϕ (x)| dλd (x).
U

7.2.3 Passage en coordonnées polaires


On pose
U := R∗+ × ]−π, π[ −→ V := R2 \ D,
ϕ:
(r, θ) 7−→ (r cos θ, r sin θ).
Ici, on a « perdu » la demi-droite D := R− × {0}, mais ce n’est pas très grave car celle-ci est de mesure nulle
dans R2 . L’application ϕ est de classe C1 et c’est une bijection de U dans V . Pour tout (r, θ) ∈ U , on a
cos θ −r sin θ
|det Jϕ (r, θ)| = = r 6= 0.
sin θ r cos θ
Finalement, c’est un C1 -difféomorphisme de U dans V . Par la formule de changement de variables puis le
théorème de Fubini, si f ∈ L 1 (R2 ), alors
ˆ ˆ
f (x, y) dλ2 (x, y) = f (x, y) dλ2 (x, y)
R2 R2 \D
ˆ
= f (r cos θ, r sin θ)r dλ2 (r, θ)
R∗
+ ×]−π,π[

34 Changement de variable – Chapitre 7


7.2. THÉORÈME DE CHANGEMENT DE VARIABLES, APPLICATIONS

ˆ +∞ ˆ π
= f (r cos θ, r sin θ)r dr dθ.
r=0 θ=−π

7.2.4 Passage en coordonnées sphériques


On pose
U := R∗+ × ]−π, π[ × ]0, π[ −→ V := R2 \ P,
Φ:
(r, θ, ϕ) 7−→ (r sin ϕ cos θ, r sin ϕ sin θ, r cos ϕ).
On a « perdu » le demi-plan P := R− × {0} × R− . L’application Φ est de classe C1 et c’est une bijection de U
dans V car, pour tout (r, θ, ϕ) ∈ U , on a
sin ϕ cos θ −r sin ϕ sin θ r cos ϕ cos θ
|det JΦ (r, θ, ϕ)| = sin ϕ sin θ r sin ϕ cos θ r cos ϕ sin θ
cos ϕ 0 −r sin ϕ
= −r2 sin2 ϕ cos2 θ − r2 sin3 ϕ sin2 θ − r2 cos ϕ(sin ϕ cos ϕ sin2 θ + sin ϕ cos ϕ cos2 θ)
= −r2 sin3 ϕ − r2 cos2 ϕ sin ϕ = r2 sin ϕ 6= 0.
Cela montre que Φ est un C1 -difféomorphisme de U dans V . Par la formule du changement de variables et le
théorème de Fubini, si f ∈ L 1 (R2 ), alors
ˆ ˆ
f dλ3 = f (r sin ϕ cos θ, r sin ϕ sin θ, r cos ϕ)r2 sin ϕ dλ3 (r, θ, ϕ)
R3 R∗
+ ×]−π,π[×]0,π[
ˆ +∞ ˆ π ˆ π
= f (r sin ϕ cos θ, r sin ϕ sin θ, r cos ϕ)r2 sin ϕ dr dθ dϕ.
r=0 θ=−π ϕ=0

Espaces Lp – Chapitre 7 35
Chapitre 8
Espaces Lp
8.1 Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36 8.3 Les espaces de Banach Lp . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
8.1.1 Espaces L p (E) et Lp (E) . . . . . . . . . . . . . . . 36 8.3.1 Théorème de Riesz-Fischer . . . . . . . . . . . . . 39
8.1.2 Norme p . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37 8.3.2 Lien entre convergences µ-presque partout et Lp 39
8.2 Inégalités de Hölder et Minkowski . . . . . . . . . . . 37 8.3.3 Théorème de convergence dominée Lp . . . . . . . 39
8.2.1 Inégalité de Hölder . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37 8.4 Densité de Cc (Rd ) dans Lp (Rd ) . . . . . . . . . . . . . . 40
8.2.2 Inégalité de Minkowski . . . . . . . . . . . . . . . 38

8.1 Définitions
On se place dans un espace mesuré (E, A , µ).

8.1.1 Espaces L p (E) et Lp (E)


Définition 8.1. Soit p ∈ ]0, +∞[. On note
ß ˆ ™
p
L p (E, A , µ) := f : E → K mesurable |f | dµ < +∞ .
E
On note également
L ∞ (E, A , µ) := {f : E → K mesurable | ∃C > 0, |f 6 C| µ-presque partout} .
On notera souvent L pµ (E) ou L p (E) ces ensembles quand le contexte est clair. Les fonctions de L ∞ (E) sont
appelées les fonctions essentiellement bornées. Si m est la mesure de comptage sur (N, P(N)), on note
`p := L p (N, P(N), m).

Proposition 8.2. Soit p ∈ ]0, +∞]. L’ensemble L p (E) est un sous-espace vectoriel de F (E, K).

Preuve On suppose que p < +∞. On a clairement 0 ∈ L p (E). Soient f, g ∈ L p (E). On a


p p p
|f + g| 6 (|f | + |g|)p 6 (2 max(|f | , |g|))p 6 2p (|f | + |g| ),
donc ˆ ň ˆ ã
p p p
|f + g| dµ 6 2p |f | dµ + |g| dµ < +∞
E

ce qui montre que f + g ∈ L p (E). De même, on montre que αf ∈ L p (E) pour α ∈ R. Cela montre que L p (E)
est un sous-espace vectoriel. De la même façon, on montre que L ∞ (E) est un sous-espace vectoriel. 

 Remarque. Soit p ∈ ]0, +∞]. L’ensemble {f ∈ L p (E) | f = 0 µ-presque partout} est un sous-espace vectoriel.

Définition 8.3. Soit p ∈ ]0, +∞]. On note


L (E, A , µ) := L p (E, A , µ)/{f ∈ L p (E, A , µ) | f = 0 µ-presque partout}.
p

On le notera souvent Lpµ (E) ou Lp (E).

 Remarque. De manière équivalente, on peut définir Lp (E) comme Lp (E) = L p (E)/∼ où la relation d’équiva-
lence ∼ est définie par f ∼ g si et seulement si f = g µ-presque partout.

À partir de maintenant, on fait l’abus d’identifier un élément de Lp (E), i. e. une classe d’équivalence, à l’un
de ses représentants. On s’autorisera à dire que f ∈ Lp (E) vérifie une propriété (P) si l’un de ses représentants
pour la relation ∼ la vérifie.

 Remarques. – L’ensemble Lp (E) possède une structure de K-espace vectoriel muni des lois définies, pour
toutes f, g ∈ Lp (E) et tous α ∈ K, par f + g = f + g et αf = αf .
– En toute généralité, si p < q, on a ni Lp (E) ⊂ Lq (E) ni Lq (E) ⊂ Lp (E). Par exemple, on a
1 1
Å ã Å ã
x ∈ R 7−→ √ 1]0,1] ∈ L1 (R) \ L2 (R) et x ∈ R 7−→ 1[1,+∞[ ∈ L2 (R) \ L1 (R)
x x

36 Espaces Lp – Chapitre 8
8.2. INÉGALITÉS DE HÖLDER ET MINKOWSKI

Proposition 8.4. Soit p, q ∈ ]0, +∞[ tels que p < q.


1. On suppose que µ(E) < +∞. Alors Lq (E) ⊂ Lp (E).
2. On a `p ⊂ `q .

Preuve 1. Soit f ∈ Lq (E). On a


ˆ ˆ ˆ
p p p
|f | dµ = |f | dµ + |f | dµ
E {|f |61} {|f |>1}
ˆ
q
6 µ(E) + |f | dµ < +∞

ce qui permet d’écrire f ∈ Lp (E).


2. Soit (un )n∈N ∈ `p . Il existe N ∈ N tel que
∀n > N, |un | 6 1.
Alors
N ∞
q q q
X X X
|un | = |un | + |un |
n∈N n=0 n=N +1
N ∞
q p
X X
6 |un | + |un |
n=0 n=N +1
N +∞
q q
X X
6 |un | + |un | < +∞. 
n=0 n=0

8.1.2 Norme p
Notation. Pour p ∈ ]0, +∞[ et f : E → K mesurable, on pose
ň ã1/p
p
kf kp := |f | dµ et kf k∞ = inf {C > 0 | |f | 6 C µ-presque partout}
E
avec la convention inf ∅ = +∞.

 Remarques. – Soient f, g : E → K mesurables. Si f = g µ-presque partout, alors kf kp = kgkp pour tout


p ∈ ]0, +∞]. C’est clair pour p < +∞. Si p = +∞, on remarque que µ({|f | > C}) = µ({|g| > C}) pour C > 0.
– Si f ∈ C(Rd , K), alors kf k∞ = supRd |f |.

Lemme 8.5. Soient f : E → K mesurable et p ∈ ]0, ∞[. Alors |f | 6 kf kp µ-presque partout.

Preuve On sait que, pour tout n ∈ N∗ , on a µ({f > kf k∞ + 1/n}) = 0. Or


[
{|f | > kf k∞ } = {|f | > kf k∞ + 1/n} ,
n∈N

donc la continuité de la mesurable donne


X
µ({|f | > kf k∞ }) 6 µ({|f | > kf k∞ + 1/n}) = 0.
n∈N

On en déduit que |f | 6 kf kp µ-presque partout. 

 Remarque. Soient f : E → K et p ∈ ]1, ∞]. Alors f ∈ Lp (E) si et seulement si kf kp < +∞.

Proposition 8.6. Soient p0 ∈ ]1, ∞[ et f ∈ Lp0 (E). Alors kf kp → kf k∞ quand p → +∞.

8.2 Inégalités de Hölder et Minkowski


8.2.1 Inégalité de Hölder
Définition 8.7. Soient p, q ∈ [1, ∞]. On dit que p et q sont conjugués si
1 1
+ =0
p q

Espaces Lp – Chapitre 8 37
8.2. INÉGALITÉS DE HÖLDER ET MINKOWSKI

avec la convention 1/∞ = 0.

Théorème 8.8 (inégalité de Hölder). Soient f, g ∈ E → K mesurables et p, q ∈ [1, ∞] conjugués.


1. Si f et g sont à valeurs dans R+ , alors
ˆ
f g dµ 6 kf kp kgkq .
E

2. Si f ∈ Lp (E) et g ∈ Lq (E), alors f g ∈ L1 (E) et kf gk1 6 kf kp kgkq .

Preuve 1. On suppose d’abord que p = 1 et donc q = ∞. On a g 6 kgk∞ µ-presque partout, donc


ˆ ˆ
f g dµ 6 kgk∞ f dµ = kf k1 kgk∞ .
E E

On suppose désormais que p et q ne valent pas ∞. Si kf kp = 0 ou kgkq = 0, alors f g = 0 µ-presque partout


et l’inégalité est triviale. Supposons alors que kf kp 6= 0 et kgkq 6= 0. Par concavité du logarithme, on montre que
u v
∀u, v > 0, u1/p v 1/q 6 + .
p q
p q
Pour x ∈ E, en appliquant cette inégalité à u = f p (x)/ kf kp et v = g q (x)/ kgkq , on obtient
f (x)g(x) 1 f p (x) 1 g q (x)
6 + .
kf kp kgkq p kf kpp q kgkqq
En intégrant, on obtient que ˆ
fg 1 1
dµ 6 + = 1.
E kf kp kgkq p q
En multipliant par kf kp kgkq , l’inégalité est démontrée.
2. On applique le point 1 à |f | et |g|. 

 Remarque (cas d’égalité). L’inégalité kf gk1 6 kf kp kgkq est une égalité si et seulement si g = 0 µ-presque
p p
partout ou il existe α ∈ R tel que |f | = α |g| µ-presque partout

8.2.2 Inégalité de Minkowski


Théorème 8.9 (inégalité de Minkowski). Soient p ∈ [1, ∞] et f, g ∈ Lp (E). Alors f + g ∈ Lp (E) et
kf + gkp 6 kf kp + kgkp .

Preuve On suppose que p = ∞. Alors |f + g| 6 |f | + |g| 6 kf kp + kgk∞ . On obtient l’inégalité triangulaire


en passant à la borne inférieure. On suppose désormais que p < ∞. Alors |f + g|p 6 (|f | + |g|)|f + g|p−1 , donc
l’inégalité de Hölder pour q = p/(p − 1) donne
ˆ ˆ ˆ
p p−1 p−1
|f + g| 6 |f | |f + g| dµ + |g| |f + g| dµ
E E E
ň ã1/p ň ã(p−1)/p ň ã1/p ň ã(p−1)/p
p p p p
6 |f | dµ |f + g| dµ + |g| dµ |f + g| dµ ,
E E E E
donc
p p−1 p−1
kf + gkp 6 kf kp kf + gkp + kgkp kf + gkp .
p−1
Si kf + gkp = 0, l’inégalité est triviale. Sinon, on divise par kf + gkp ce qui conclut. 

Corollaire 8.10 (inégalité de Minkowski généralisée). Soit (fn )n∈N une suite de fonctions mesurables
positives. Alors
X X
fn 6 kfn kp .
p
n∈N n∈N

Preuve La suite ( nk=0 fk )n∈N est une suite croissante de fonctions mesurables positives, donc l’inégalité de
P
Minkowski donne
Xn Xn +∞
X
fk 6 kfk kp −→ kfk kp
p
k=0 k=0 k=0

38 Espaces Lp – Chapitre 8
8.3. LES ESPACES DE BANACH LP

et le théorème de Beppo-Levi donne


Xn n
ň X p
ã1/p X
fk = fk dµ −→ fk
p p
k=0 k=0 n∈N

ce qui montre l’inégalité. 

Proposition 8.11. Soit p ∈ [1, ∞]. Alors le couple (Lp (E), k kp ) est un espace vectoriel normé.

Preuve Il suffit de montrer que l’application k kp est une norme sur Lp (E). On suppose que p < ∞. Si kf kp = 0,
alors f = 0 µ-presque partout, donc f = 0 dans Lp (E). L’inégalité de Minkowski donne l’inégalité triangulaire
et on a bien l’homogénéité. On montre également le cas p = ∞. 

8.3 Les espaces de Banach Lp


8.3.1 Théorème de Riesz-Fischer
Théorème 8.12 (Riesz-Fischer). Soit p ∈ [1, ∞]. L’espace Lp (E) muni de la norme k kp est complet.

Preuve On suppose que p < ∞. Soit (fn )n∈N un suite de Cauchy de Lp (E). Il existe une sous-suite (fϕ(n) )n∈N
telle que
∀n ∈ N, kfϕ(n+1) − fϕ(n) kp 6 1/2n .
En effet, on peut construire l’extraction ϕ : N → N par récurrence. Montrons que la série |fϕ(n+1) − fϕ(n) |
P
converge absolument µ-presque partout. En effet, l’inégalité de Minkowski généralisée donne
X X X 1
|fϕ(n+1) − fϕ(n) | 6 kfϕ(n+1) − fϕ(n) kp 6 < +∞. (∗)
p 2n
n∈N n∈N n∈N

On en déduit que
ˆ X p X
|fϕ(n+1) − fϕ(n) | dµ < +∞ et |fϕ(n+1) − fϕ(n) | < +∞.
E n∈N n∈N

On définit alors µ-presque partout


f :=
X
(fϕ(n+1) − fϕ(n) ) + fϕ(0) .
n∈N

Alors la suite (fϕ(n) )n∈N converge µ-presque partout vers f . L’inégalité (∗) nous donne que f ∈ Lp (E). De plus,
elle tend vers f pour la norme k kp puisque, pour tout n ∈ N, on a
+∞ +∞ +∞
X X X 1
kf − fϕ(n) kp = (fϕ(k+1) − fϕ(k) ) 6 kfϕ(k+1) − fϕ(k) kp 6 −→ 0.
p 2k
k=n k=n k=n

Donc la suite (fn )n∈N admet une sous-suite convergente dans Lp (E), donc elle converge dans Lp (E). D’où la
complétude de Lp (E).
On suppose que p = ∞. On se ramène à la complétude de l’ensemble F b (E, K) des fonctions bornées de E
dans K. Soit (fn )n∈N une suite de Cauchy de L∞ (E). On considère
A :=
\ \
{|fn | 6 kfn k∞ } ∩ {|fn − fm | 6 kfn − fm k∞ } .
n∈N m,n∈N

On remarque que µ(A ) = 0. De plus, la suite (fn 1A )n∈N est une suite de F b (E, K) qui est de Cauchy, donc
c

elle converge vers une fonction f ∈ F b (E, K). Alors


kfn − f k∞ = kfn 1A − f k∞ −→ 0

ce qui montre la complétude de L (E). 

8.3.2 Lien entre convergences µ-presque partout et Lp


Soit (fn )n∈N une suite de Lp (E). La convergence simple µ-presque partout de cette suite n’implique pas la
convergence Lp (E) : il suffit de considérer la suite (n1[0,1/n] )n∈N . Mais la réciproque est-elle vraie ? Encore une
fois, c’est faux : des fonctions créneaux qui se décalent de gauche à droite et qui rétrécissent. En revanche, on a
le résultat suivant.

Espaces Lp – Chapitre 8 39
8.4. DENSITÉ DE CC (RD ) DANS LP (RD )

Proposition 8.13. Soit (fn )n∈N une suite de Lp (E) convergeant dans Lp (E) vers f . Alors il existe une sous-suite
(fϕ(n) )n∈N convergeant µ-presque partout vers f .

Preuve Comme (fn )n∈N est convergente, elle est de Cauchy. On peut donc construire une sous-suite (fϕ(n) )n∈N
comme dans la preuve du théorème précédent qui converge µ-presque partout vers une fonction g ∈ Lp (E). La
sous-suite (fϕ(n) )n∈N converge a fortiori vers f dans Lp (E). Par unicité de la limite, on en déduit que f = g. 

8.3.3 Théorème de convergence dominée Lp


Théorème 8.14 (de convergence dominée Lp ). Soient (fn )n∈N une suite de Lp (E) et f : E → K mesurable
telles que
(i) la suite (fn )n∈N converge µ-presque partout vers f ,
(ii) il existe g ∈ Lp (E) telle que, pour tout n ∈ N, on ait µ-presque partout |fn | 6 g.
Alors kfn − f kp → 0.

Preuve On applique le théorème de convergence dominée à la suite (|fn − f |p )n∈N . D’après les hypothèse (i) et
(ii), on a kf k 6 g µ-presque partout, donc
ˆ ˆ
p
|f | dµ 6 g p dµ < +∞,
E
p
donc f ∈ L (E). De plus, on a |fn − f | → 0 et
p

p
|fn − f | 6 (|fn | + |f |)p 6 (2g)p µ-presque partout
avec (2g) ∈ L (E). Par le théorème de convergence dominée, on obtient que kfn − f kp → 0.
p 1


8.4 Densité des fonctions continues à support compact dans Lp (Rd )


Définition 8.15. On dit qu’une fonction f : Rd → K est à support compact si elle est nulle en dehors d’un
compact de Rd . On note Cc (Rd ) l’ensemble des fonctions continues à support compact de Rd dans K.

Théorème 8.16. Soit p ∈ [1, ∞[. Alors Cc (Rd ) est dense dans Lp (Rd ) pour la norme k kp . En d’autres termes,
si f ∈ Lp (Rd ) et ε > 0, alors il existe ϕ ∈ Cc (Rd ) telle que
kf − ϕkp < ε.

 Remarque. Le résultat est faux pour p = ∞. En fait, l’adhérence de Cc (Rd ) pour la norme k k∞ est l’ensemble
des fonctions continues f : Rd → K telle que f (x) → 0 quand kxk → +∞.

Lemme 8.17. On note E 1 (Rd ) l’ensemble des fonctions étagées intégrables sur Rd . Alors
k kp
E 1 (Rd ) = Lp (Rd ).

Preuve Soient f ∈ Lp (Rd ) et ε > 0. Si f est à valeurs dans R+ , alors il existe une suite croissante (ϕn )n∈N de
fonctions de E + qui converge simplement vers f . Or pour tout n ∈ N, on a ϕn 6 f ∈ Lp (Rd ). Le théorème de
convergence dominée Lp donne kf − ϕn kp → 0 ce qui conclut. Si f est à valeurs dans R, on conclut en écrivant
f = f + − f − et en utilisant l’inégalité de Minkowski. De même si f est à valeurs dans C. 
Preuve du théorème Il suffit de montrer que
k kp
Cc (Rd ) ⊃ E 1 (Rd ).
Le lemme donnera alors la conclusion. On se place dans le cas d = 1. Soit f ∈ Lp (Rd ).
D’abord, supposons que f = 1I où I est un intervalle de R. Alors I est borné. Pour n ∈ N, on pose
fn : x ∈ R 7−→ n max(0, 1 − d(x, I)).
Alors pour tout n ∈ N, on a
2
ň ã1/p Å ã1/p
p
kf − fn kp = |f − fn | dλ 6 −→ 0.
R n
Supposons que f = 1Ω ou Ω est un ouvert de R. Alors λ(Ω) < +∞. On peut écrire
G
Ω= Ik
k∈N

40 Espaces Lp – Chapitre 8
8.4. DENSITÉ DE CC (RD ) DANS LP (RD )

où les ensembles Ik sont des intervalles ouverts (bornés). Alors


1Ω = 1 Ik .
X

k∈N

donc la suite ( nk=0 1Ik )n∈N converge simplement vers 1Ω . De plus, pour tout n ∈ N, on a
P
n
1Ik 6 1Ω ∈ Lp (R).
X

k=0

Le théorème de convergence dominée donne alors


n
1Ω − 1 Ik
X
−→ 0.
p
k=0

Soient ε > 0 et n ∈ N tel que k1Ω − nk=0 1Ik kp < ε/2. D’après le cas précédent, pour k ∈ N, il existe ϕk ∈ Cc (R)
P
telle que k1Ik − ϕk kp < ε/2k+2 . Par l’inégalité de Minkowski, on obtient que
n n n
1Ω − 1Ω − 1 Ik (1Ik − ϕk )
X X X
ϕk 6 + <ε
p p p
k=0 k=0 k=0

ce qui conclut.
Supposons que f = 1B où B est un borélien de R. Alors λ(B) < +∞. Par la régularité de la mesure de
Lebesgue, il existe un ouvert Ω de R tel que
B⊂Ω et λ(Ω \ B) < (ε/2)p .
Soit ϕ ∈ Cc (R) telle que k1Ω − ϕk < ε/2. Alors
k1B − Ωkp 6 k1Ω − 1B kp + k1Ω − ϕkp
ň ã1/p
6 1Ω\B dλ + ε/2 < ε.
R

Supposons que f = αi 1Ai ∈ E (R). Pour i ∈ J1, N K, il existe ϕi ∈ Cc (R) telle que
Pn 1
i=1

k1Ai − ϕi kp < ε/n |αi | .


Alors
n n n
|αi | k1Ai − ϕi kp < ε avec
X X X
f− αi ϕi 6 αi ϕi ∈ Cc (R).
p
i=1 i=1 i=1

Cela termine la preuve dans le cas d = 1.


• Idée de la preuve pour d > 1. Tout fonctionne sauf le point suivant. Un ouvert Ω ⊂ Rd ne s’écrit pas, en
général, sous la forme d’une union disjointe dénombrable de pavés ouverts de Rd . Cependant, on peut écrire
[
Ω= Pk
k∈N

où les ensembles Pk sont des pavés ouverts et bornés. On peut réécrire cette réunion comme
G
Qk
k∈N

à un ensemble λd -négligeable près. Dans ce cas, on a


1Ω = 1Qk λd -presque partout.
X

k∈N

Convolution & applications – Chapitre 8 41


Chapitre 9
Convolution & applications
9.1 Opérateur de translation . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42 9.2.2 Cas général . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
9.2 Convolution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42 9.2.3 Approximation de l’unité . . . . . . . . . . . . . . . 45
9.2.1 Le cas mesurable positif . . . . . . . . . . . . . . . . 42 9.2.4 Régularisation par convolution . . . . . . . . . . . 46

9.1 Opérateur de translation


Définition 9.1. Soit a ∈ Rd . On définit l’opérateur
Lp (Rd ) −→ Lp (Rd ),
τa : Rd −→ Rd ,
f 7−→ τa f :
x 7−→ f (x − a).

 Remarque. Cet opérateur est bien définie puisque la mesure de Lebesgue est invariante par translation, i. e.
deux fonctions f et g égales λ-presque partout vérifient bien f (x − a) = g(x − a) pour λ-presque tout x ∈ Rd .
De plus, si f ∈ Lp (Rd ), alors un changement de variables affine donne τa f ∈ Lp (Rd ).

Proposition 9.2. Soient p ∈ [1, ∞] et a ∈ Rd . Alors l’opérateur τa est une isométrie, i. e.


∀f ∈ Lp (Rd ), kτa f kp = kf kp .

Preuve Si p < ∞, il suffit d’appliquer le changement de variables x 7−→ x − a. Si p = ∞, on remarque que,


pour tout C > 0, on a |f | 6 C presque partout si et seulement si |τa f | 6 C presque partout. 

Théorème 9.3. Soient p ∈ [1, ∞[ et f ∈ Lp (Rd ). Alors


kτa f − f kp −−−−→ 0.
kak→0

Preuve On suppose d’abord que f ∈ Cc (Rd ). Soit (an )n∈N une suite de Rd telle que kan k → 0. On souhaite
montrer que
ˆ
p
|f (x − an ) − f (x)| dx −→ 0.
Rd

À partir d’un certain rang N , on a |an | 6 1. Soit K un compact de Rd tel que f soit nulle sur K c . Si n > N ,
alors la fonction x 7−→ f (x − an ) − f (x) est nulle sur K1c où K1 := K + Bf (0, 1) est un compact. Comme f est
continue sur K 0 , elle y est uniformément continue. Soit ε > 0. Il existe alors η > 0 tel que
∀x, y ∈ Rd , kx − yk < η =⇒ |f (x) − f (y)| < ε.
Finalement, en reprenant les mêmes arguments, pour n assez grand, on peut écrire que
ˆ ˆ ˆ
p p ε
|f (x − an ) − f (x)| dx 6 |f (x − an ) − f (x)| dx < dx = ε
R d K 0 K 0 λd (K 0)

Revenons au cas général. Soient f ∈ Lp (Rd ) et ε > 0. Il existe ϕ ∈ Cc (Rd ) telle que kf − ϕkp < ε/3. D’après
le cas précédent, il existe δ > 0 tel que
∀a ∈ B(0, δ), kτa ϕ − ϕkp < ε/3.
Alors pour tout a ∈ B(0, δ), il vient que
kτa f − f kp 6 kτa (f − ϕ)kp + kτa ϕ − ϕkp + kϕ − f kp
6 2 kf − ϕkp + kτa ϕ − ϕkp < 2ε/3 + ε/3 = ε
ce qui montre la limite dans le cas général. 

 Remarque. Le théorème est faux pour p = ∞. Il suffit de prendre f = 1[0,1] et a > 0. On voit alors que
kτa f − f k∞ = 1[−a,1−a] − 1[0,1] ∞
= 1 −→
6 0.

42 Convolution & applications – Chapitre 9


9.2. CONVOLUTION

9.2 Convolution
9.2.1 Le cas mesurable positif
Définition 9.4. Soient f, g : Rd → K deux fonctions mesurables positives. On définit
Rd −→ Rd ,
ˆ
f ? g:
x 7−→ f (x − y)g(y) dy.
Rd

Proposition 9.5. Soient f, g ∈ M+ . Alors f ? g est mesurable positive et


ˆ ˆ ˆ
f ? g(x) dx = f (x) dx g(x) dx.
Rd Rd Rd

Preuve On note que les fonctions (x, y) 7−→ x − y et (x, y) 7−→ y sont continues, donc elles sont mesurables.
On en déduit que la fonction (x, y) 7−→ f (x − y)g(y) est mesurable. Le théorème de Fubini-Tonelli assure
alors que la fonction f ? g est mesurable. 

Proposition 9.6. Soient f, g, h ∈ M+ . Alors


1. on a f ? g = g ? f ;
2. on a (f ? g) ? h = f ? (g ? h) ;
3. on a {f ? g 6= 0} ⊂ {f 6= 0} + {g 6= 0}.

Preuve 1. Ce point résulte du changement de variables z = x − y dans l’intégrale.


2. Pour tout x ∈ Rd , le théorème de Fubini-Tonelli donne
ˆ
[(f ? g) ? h](x) = f ? g(x − y)h(y) dy
d
ˆR ň ã
= f (z)g(x − y − z) dz h(y) dy
d d
ˆR ňR ã
= g(x − z − y)h(y) dy f (z) dz
ˆR
d Rd

= g ? h(x − z)f (z) dz = [(g ? h) ? f ](x) = [f ? (g ? h)](x).


Rd

3. Soit x ∈ Rd . Supposons que x ∈/ {f 6= 0} + {g 6= 0}. Alors pour tout y ∈ {f 6= 0}, on a x − y ∈


/ {g 6= 0}.
Autrement dit, pour tout y ∈ Rd tel que f (y) 6= 0, on a g(x − y) = 0. On en déduit que
ˆ
f ? g(x) = f (y)g(x − y) dy = 0
Rd
et donc x ∈
/ {f ? g 6= 0}. La contraposée de ce qu’on vient de montrer donne l’inclusion voulue. 

. Exemple. Soit f := 1[−1/2,1/2] . Pour tout x ∈ R, on a


ˆ
f ? f (x) = 1[−1/2,1/2] (y)1[−1/2,1/2] (x − y) dy
ˆR
= 1[x−1/2,x+1/2] (y) dy
R
= λ([−1/2, 1/2] ∩ [x − 1/2, x + 1/2])
0 si x 6 −1,



λ([−1/2, x + 1/2]) = x + 1 si x ∈ [−1, 0],

=


 λ([x − 1/2, 1/2]) = 1 − x si x ∈ [0, 1],
0 si x > 1.

9.2.2 Cas général


 Remarque. Soient f, g : Rd → K mesurables. Alors la convolution f ? g existe en x ∈ Rd si et seulement si la
fonction y 7−→ f (x − y)g(y) est intégrable, i. e. |f | ? |g| (x) < +∞.

Convolution & applications – Chapitre 9 43


9.2. CONVOLUTION

−1 −1/2 1/2 1

Figure 9.1 – Graphe de la fonction f := 1[−1/2,1/2] (gras) et de sa convolution par elle-même f ? f (pointillé)

Théorème 9.7 (convolution Lp -Lq ). Soit p, q ∈ [1, ∞] des exposants conjugués. Soient f ∈ Lp (Rd ) et g ∈ Lq (Rd ).
Alors f ? g existe sur R, est uniformément continue et
∀x ∈ Rd , |f ? g(x)| 6 kf kp kgkq .

Preuve Soit x ∈ Rd . L’inégalité de Hölder donne


ˆ ň ã1/p ň ã1/q
p q
|f (x − y)g(y)| dy 6 |f (x − y)| dy |g(y)| dy = kf kp kgkq < +∞.
Rd Rd Rd
Montrons que f ? g est uniformément continue. Soient x, a ∈ R . On a d
ˆ
|f ? g(x + a) − f ? g(x)| = (f (x + a − y) − f (x − y))g(y) dy
d
ˆR
= (τ−a f − f )(x − y)g(y) dy
Rd
= |(τ−a f − f ) ? g(x)| .
Comme τa f − f ∈ L (R ) et g ∈ L (E). De ce qui précède, on obtient que
p d q

|f ? g(x + a) − f ? g(x)| 6 kτ−a f − f kp kgkq .


Quitte à échanger p et q, on peut supposer que p est fini. Alors
kτ−a f − f kp −−−−→ 0,
kak→0

donc
|f ? g(x + a) − f ? g(x)| −−−−→ 0
kak→0

et ceci indépendamment de x. Finalement, la fonction f ? g est uniformément continue. 

Théorème 9.8 (convolution Lp -L1 ). Soit p ∈ [1, ∞[. Soient f ∈ Lp (Rd ) et g ∈ L1 (Rd ). Alors f ? g existe presque
partout, appartient à Lp (Rd ) et
kf ? gkp 6 kf kp kgk1 .

Preuve Soit x ∈ Rd . On note q ∈ [1, ∞[ le conjugué de p. L’inégalité de Hölder donne


ˆ ˆ ň ã1/p ň ã1/q
p
|f (x − y)g 1/p (y)||g 1/q (y)| dx dy 6 |f (x − y)| |g(y)| dy |g(y)| dy .
Rd Rd Rd Rd
En utilisant le théorème de Fubini, on obtient alors
ˆ ň ãp ˆ ˆ
p p−1
|f (x − y)g(y)| dy dx 6 |f (x − y)| |g(y)| dy kgk1 dx
Rd Rd
ˆ ˆ
Rd Rd
p p−1 p p
= |f (x − y)| dx |g(y)| dy kgk1 = kf kp kgk1 < +∞.
Rd Rd
p
L’utilisation du théorème de Fubini-Tonelli est valide puisque la fonction (x, y) ∈ Rd ×Rd 7−→ |f (x − y)| |g(y)|
est mesurable. On en déduit que
ˆ
|f (x − y)g(y)| dy < +∞ pour presque tout x ∈ Rd .
Rd
p
De plus, la fonction (x, y) ∈ R × Rd 7−→ |f (x − y)| |g(y)| est intégrable par ce qui précède. Enfin, on a
d
ˆ ˆ
p p 1
|f ? g(x)| dx 6 (|f | ? |g|(x))p dx 6 kf kp kgkp
Rd Rd
ce qui montre l’inégalité. 

44 Convolution & applications – Chapitre 9


9.2. CONVOLUTION

Proposition 9.9. L’espace L1 (Rd ) muni de la loi de convolution ? possède une structure de K-algèbre
commutative qui n’a pas d’unité.

Preuve La commutativité se montre à l’aide du changement de variables z = x − y. La distributivité de ? par


rapport à + se déduit de la linéarité de l’intégrable. L’associativité découle du théorème de Fubini. Montrons
que cette algèbre ne possède pas d’unité. Par l’absurde, supposons qu’il existe ϕ ∈ L1 (Rd ) telle que
∀f ∈ L1 (Rd ), f ? ϕ = ϕ.
Pour n ∈ N, on pose
2
fn : x ∈ Rd 7−→ e−nkxk ∈ R.
Soit n ∈ N. Alors l’égalité fn ? ϕ = fn est vraie dans L1 (Rd ), i. e. ces fonctions sont égales presque partout.
Comme fn ∈ L∞ (Rd ) et ϕ ∈ L1 (Rd ), la fonction fn ? ϕ est continue. Alors fn ? ϕ(x) = fn (x) pour tout x ∈ Rd .
En particulier, on a fn ? ϕ(0) = fn (0) = 1. Cependant, comme fn (y) → 0 et |fn (y)| 6 |ϕ(y)| pour tout y ∈ Rd ,
le théorème de convergence dominée donne fn (0) → 0 ce qui est impossible. 

9.2.3 Approximation de l’unité


Définition 9.10. On appelle approximation de l’unité une suite (ϕn )n∈N de fonctions de L1 (Rd ) telle que
– pour tout n ∈ N, on ait ϕn > 0 presque partout ;
– pour tout n ∈ N, on ait ˆ
ϕn (x) dx = 1 ;
Rd

– pour tout δ > 0, on ait ˆ


ϕn (x) dx −−−−−→ 0.
B(0,δ)c n→+∞

´
 Remarque. Soit ϕ ∈ L1 (Rd ) presque partout
´ positive telle que Rd ϕ(x) dx < +∞. Quitte à diviser ϕ par son
intégrale sur Rd , on peut supposer que Rd ϕ(x) dx = 1. Pour n ∈ N, on pose
ϕn : x ∈ Rd −→ nd ϕ(nx).
Alors (ϕn )n∈N est une approximation de l’unité. En effet, pour n ∈ N∗ , le changement de variables y = nx donne
ˆ ˆ ˆ
ϕn (x) dx = ϕ(nx)n dx =
d
ϕ(y) dy = 1.
Rd Rd Rd
Soit δ > 0. Le même changement de variables et le théorème de convergence dominée affirment
ˆ ˆ
ϕn (x) dx = 1B(0,nδ)c (y)ϕ(y) dy −−−−−→ 0. n→+∞
B(0,δ)c Rd

Théorème 9.11. Soit p ∈ [1, ∞[. Soient f ∈ Lp (Rd ) et (ϕn )n∈N une approximation de l’unité. Alors
kf ? ϕn − f kp −−−−−→ 0.
n→+∞

Preuve On note q ∈ [1, ∞[ le conjugué de p. Soient n ∈ N et x ∈ Rd . L’inégalité de Hölder donne


ˆ
|f ? ϕn (x) − f (x)| = f (x − y)ϕn (y) dy − f (x)
ˆR
d

6 |f (x − y) − f (x)| ϕn (y) dy
ˆRd

6 |f (x − y) − f (x)| ϕ1/p
n (y)ϕn (y) dy
1/q
Rd
ň ã1/p
p
6 |f (x − y) − f (x)| ϕn (y) dy .
Rd
On en déduit, avec le théorème de Fubini-Tonelli, que
ˆ ˆ ˆ
p p
|f ? ϕn (x) − f (x)| dx 6 |f (x − y) − f (x)| ϕn (y) dy dx
Rd Rd Rd
ˆ ň ã
p
= |f (x − y) − f (x)| dx ϕn (y) dy
ˆR
d Rd
p
= kτy f − f kp ϕn (y) dy.
Rd

Convolution & applications – Chapitre 9 45


9.2. CONVOLUTION

Cassons l’intégrale en deux parties. Soit ε > 0. Par le théorème 9.3, on sait qu’il existe δ > 0 tel que
p
∀y ∈ B(0, δ), kτy f − f kp < ε/2.
Comme la suite (ϕn )n∈N est une approximation de l’unité, il existe N ∈ N tel que
ˆ
ε
∀n > N, ϕn (y) dy < .
B(0,δ)c (2 kf kp )p
Alors pour tout n > N , on obtient que
ˆ ˆ ˆ
p p p
|f ? ϕn (x) − f (x)| dx 6 kτy f − f kp ϕn (y) dy + kτy f − f kp ϕn (y) dy
Rd B(0,δ) B(0,δ)c
ˆ
ε
6 + (2 kf kp )p ϕn (y) dy < ε
2 B(0,δ)c

ce qui montre la convergence de la suite (f ? ϕn )n∈N vers la fonction f pour la norme k kp . 

Théorème 9.12. Soient f ∈ L∞ (Rd ) uniformément continue sur Rd et (ϕn )n∈N une approximation de l’unité.
Alors
kf ? ϕn − f k∞ −−−−−→ 0.
n→+∞

Preuve Soit x ∈ Rd . Comme précédemment, on a


ˆ
|f ? ϕn (x) − f (x)| 6 |f (x − y) − f (x)| ϕn (y) dy.
Rd
Soit ε > 0. Par l’uniforme continuité, on sait qu’il existe δ > 0 tel que
∀y ∈ B(0, δ), |f (x − y) − f (x)| < ε/2.
En utilisant le même découpage que précédemment, on montre que |f ? ϕn (x) − f (x)| < ε pour n ∈ N assez
grand. Cela montre que kf ? ϕn − f k −→ 0. 

9.2.4 Régularisation par convolution


Théorème 9.13. Soient f ∈ L1 (Rd ) et ϕ ∈ C1c (Rd ). Alors f ? ϕ est classe C1 et, pour tout i ∈ J1, dK, on a
∂xi (f ? ϕ)(x) = f ? (∂xi ϕ)(x)
pour tout x ∈ R . d

Preuve On applique le théorème de convergence dominée en utilisant le fait que k∂xi ϕk∞ < +∞. 

 Remarques. – Par récurrence immédiate, on montre que, pour toute fonction ϕ ∈ Ckc (Rd ), on montre que
|α| |α|
∂xα1 ···xαn (g ? ϕ) = f ? (∂xα1 ···xαn ϕ)
1 n 1 n

pour tout (α1 , . . . , αn ) ∈ N tel que |α| := α1 + · · · + αn 6 k.


n

– On peut prendre f appartenant à L1loc (Rd ), l’ensemble des fonctions intégrables sur tout compact de Rd .

Définition 9.14. On appelle suite régularisante une approximation de l’unité (ϕn )n∈N dont les termes sont des
éléments de C∞
c (R ).
d

. Exemple. On introduit la fonction


2
exp(−1/(1 − kxk )) si kxk < 1,
®
ψ : x ∈ Rd 7−→
0 sinon.
Alors on montre que ψ ∈ C∞ c (R ). En utilisant le procédé de la remarque page 45, on construit une suite
d

régularisante ce qui montre leur existence.

Théorème 9.15. Soit p ∈ [1, ∞[. Alors l’ensemble C∞


c (R ) est dense dans L (R )
d p d

Preuve Soit f ∈ Lp (Rd ). On suppose d’abord que f ∈ Cc (Rd ). Soit (ϕn )n∈N une suite régularisante. Alors pour
tout n ∈ N, on a f ? ϕn ∈ C∞ c (R ). Or kf ◦ ϕn − f kp −→ 0 où la suite (f ◦ ϕn )n∈N est une suite de Cc (R ).
d ∞ d

Revenons au cas général. Soit ε > 0. Il existe ϕ ∈ Cc (Rd ) telle que kf − ϕkp < ε/2. D’après le cas particulier,
il existe ψ ∈ C∞
c (R ) telle que kϕ − ψkp < ε/2. Finalement, on a kf − ψk < ε ce qui montre le résultat.
d


Application (lemme d’Urysohn). Soient K un compact de Rd et Ω un ouvert de Rd tels que K ⊂ Ω. Alors


il existe une fonction f ∈ C∞ (Rd ) telle que f = 1 sur K et f = 0 sur Ωc .

46 Convolution & applications – Chapitre 9

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