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Gestion de l'eau en milieu urbain

Paul-Joël Derian, directeur Sciences & Technologies du groupe SUEZ, aborde les enjeux de l'eau dans les villes face à une population mondiale croissante. Il décrit le cycle urbain de l'eau, qui inclut la production, la distribution, la collecte et l'assainissement de l'eau potable, ainsi que les défis techniques associés à ces processus. Le document souligne l'importance de la gestion de l'eau pour faire face aux stress hydriques croissants dans les zones urbaines.

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Gestion de l'eau en milieu urbain

Paul-Joël Derian, directeur Sciences & Technologies du groupe SUEZ, aborde les enjeux de l'eau dans les villes face à une population mondiale croissante. Il décrit le cycle urbain de l'eau, qui inclut la production, la distribution, la collecte et l'assainissement de l'eau potable, ainsi que les défis techniques associés à ces processus. Le document souligne l'importance de la gestion de l'eau pour faire face aux stress hydriques croissants dans les zones urbaines.

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Paul-Joël Derian

L’ eau et
la ville

Paul-Joël Derian est un ancien élève de l’École Normale


Supérieure. Après un doctorat de physique, il a travaillé vingt-
deux ans dans la recherche et le développement industriel
(Rhodia puis Solvay). Depuis cinq ans, il est directeur Sciences
& Technologies du groupe SUEZ1.

L’eau et la ville sont des sujets existent et qu’il suffit de les


tous deux particulièrement mettre en œuvre. Les seuls
importants quand on sait que problèmes auxquels il faut
la population mondiale en s’attaquer sont des questions
2050 sera de 9 à 10 milliards d’infrastructure.
d’habitants, c’est-à-dire que
nous aurons une croissance
de 2,5 milliards d’habitants
dans les trente prochaines
années et que l’essentiel de
1 Le cycle urbain
de l’eau
Tout le monde connait le grand
cette croissance (80-90 %)
cycle de l’eau qui fait que l’eau
sera localisée dans les villes.
s’évapore, qu’il pleut et que
Les villes pour l’essentiel l’on retrouve l’eau dans la
sont situées dans des zones nature.
côtières, et déjà aujourd’hui,
Le cycle urbain de l’eau peut,
40 % de ces villes sont expo-
quant à lui, être divisé en
sées à un stress hydrique,
quatre parties (Figure 1) : la
c’est-à-dire qu’elles sont
production d’eau potable, son
situées dans des zones où il
assainissement, sa collecte et
peut y avoir une pénurie d’eau
sa distribution.
ou des problèmes d’approvi-
sionnement en eau.
1.1. La production de l’eau
La dimension du problème est potable
donc importante mais nous
allons voir que des solutions La production d’eau potable
utilise les ressources dispo-
1. www.suez.com nibles : les ressources souter-
La chimie et les grandes villes

ASSAINISSEMENT
PRODUCTION 6 La station d’épuration • Élimination des pollutions
• Production eau potable Il existe 11 stations principales (DCO, NH3,
• Dessalement eau de mer
Le cycle urbain de l’eau sur le territoire du Grand Lyon
phosphates)
ou puits saumâtres Précipitations • Élimination des pollutions
450 millions de m3 par an
(50 000 à 1 million m3/j) nouvelles : micropolluants
Milieu naturel
(molécules
1 Le prélèvement Rejets
agrochimiques et
pharmaceutiques) –
Réseau pluvial
Captage Antibiorésistance
Nappes Déversoir d’orage
Réseau unitaire • ReUse : réutilisation
13 millions
de m3 par an 180 millions de l’eau pour applications
de m3 par an
diverses (y compris pour
2 La production d’eau potable
4 La distribution potabilisation)
100 millions
de m3 par an
Réservoir Industries COLLECTE
DISTRIBUTION
• Réseau de distribution • Réseaux collectes eaux
(~1 000-5 000 km) 5 L’assainissement usées et pluviales
• Qualité, énergie, (~1 000-5 000 km)
3 Le stockage Logements
disponible dans Assainissement • Captage, pollutions,
non collectif
l’ensemble du réseau stockages des eaux,
odeurs, inondations…

Figure 1
Le cycle urbain de l’eau.
DCO : demande chimique en oxygène.
Source : d’après Eau du grand Lyon

raines, les rivières, les lacs, d’énergie : car pomper de l’eau,


mais aussi, de plus en plus quand il s’agit de 1 million de
dans certaines régions du m3 par jour, consomme beau-
monde, les ressources issues coup d’énergie. De plus, il faut
du dessalement2 de l’eau de assurer la disponibilité de l’eau
mer ou de puits saumâtres. dans l’ensemble du réseau, y
Dans une ville, il faut capter compris dans les zones où
et produire 50 000 à 1 million, l’eau peut stagner, et on sait
voire quelques millions de m3 que l’eau stagnante est polluée.
d’eau par jour, ce sont donc
des quantités considérables 1.3. La collecte des eaux
qu’il faut ensuite distribuer usées
dans des réseaux qui font plu-
sieurs milliers de kilomètres Le réseau de collecte des eaux
à l’échelle d’une ville. usées, mais aussi des eaux
pluviales, est lui aussi très
important : il représente entre
1.2. La distribution de l’eau 1 000 et 5 000 kilomètres. Se
potable posent à ce niveau des pro-
Typiquement, un réseau de blèmes de captage, de pollu-
distribution d’eau potable re- tion, de stockage de ces eaux,
présente 1 000 à 5 000 kilo­ et aussi éventuellement des
mètres sur lesquels il faut as- problèmes liés aux odeurs et
surer la qualité de l’eau, mais aux inondations.
aussi résoudre des problèmes
1.4. L’assainissement
2. Dessalement : processus per- des eaux collectées
mettant de retirer une partie (ou
la totalité) des sels d’une eau pour Les eaux collectées doivent
120 la rendre potable. être assainies avant de les ré-
L’eau et la ville
injecter dans la nature. Il faut Aujourd’hui, la réutilisation de
éliminer les polluants connus l’eau usée pour des applica-
comme le carbone (la matière tions diverses dans la ville où
organique), les composés de elle a été produite est la ten-
l’azote et du phosphore, mais dance, surtout dans certaines
aussi les micropolluants 3, ces régions du monde soumises à
molécules agrochimiques ou un grand stress hydrique.
pharmaceutiques comme le
cachet d’aspirine qu’on prend
le matin et qu’on retrouve
ensuite dans les eaux usées. 2 Les grands procédés,
les technologies,
les défis
Certaines pollutions ne sont
pas vraiment des pollutions L’objec tif est de donner
en tant que telles mais elles quelques éclairages sur les
peuvent asphyxier le milieu domaines technique et scien-
naturel. tifique (notamment la chimie)
des différentes étapes du
3. Micropolluant : substance pol- cycle urbain de l’eau.
luante présente en très faible
concentration dans l’eau (de
l’ordre du microgramme ou du 2.1. La production d’eau
nanogramme par litre). Les rési- potable
dus médicamenteux, les pesticides
ou certains métaux lourds en sont La Figure 2 résume les diffé-
des exemples. rents procédés de production

Ressources Traitement de l’eau souterraine

Eau souterraine Ultrafiltration Nanofiltration


Traitement de l’eau de surface
Unités mobiles

GAC

Eau de surface
Dessalement de l’eau de mer

Ultrafiltration Osmose inverse


Eau de mer

Réutilisation d’eau usée

Ozonation UV + H2O2
Usine de traitement Ultrafiltration Osmose inverse + procédé d’oxydation
des eaux usées avancée

Figure 2
Techniques de traitement de l’eau en fonction des ressources, pour la production d’eau potable.
Source : Michel Hurtrez, Groupe SUEZ. 121
La chimie et les grandes villes

d’eau potable utilisés selon origine (Tableau 1). L’eau sou-


l’origine de la ressource : terraine est en général une
l’eau souterraine, l’eau de eau de bonne qualité, assez
rivière, l’eau de surface, l’eau facile à purifier, tandis que
de mer, et de plus en plus l’eau l’eau de surface est plus
usée. complexe à traiter, en parti-
Sans entrer dans les détails, culier lorsqu’elle contient des
examinons les traitements molécules organiques dis-
classiques. soutes. Certaines eaux sont
très compliquées à traiter, ce
2.1.1. Les traitements ne sont pas les eaux que l’on
classiques utilise dans les pays comme
Nous choisirons ici deux trai- la France, mais produire une
tements classiques : l’adsorp- eau potable au Bengladesh
tion sur charbon actif4 et l’oxy- est parfois aussi compliqué
dation par l’ozone (O 3) pour que de traiter une eau usée.
éliminer les molécules orga- Il faut assurer le traitement de
niques mais aussi pour élimi- l’eau de façon flexible 24h/24,
ner les virus et les bactéries, 365 j/an, il faut combiner les
donc pour assainir. technologies, utiliser des pro-
Le choix des procédés et cédés complexes mais aussi
des technologies dépend de robustes, qui permettent
la qualité de l’eau et de son d’assurer l’exploitabilité, la
fiabilité.
4. Adsorption : processus par Il faut régulièrement mettre à
lequel un composé est retenu sur jour les paramètres de fonc-
(ou dans) une autre substance tionnement des procédés
(appelée sorbant). existants. Pour l’ozonation et
Charbon actif : matériau carboné
l’adsorption sur charbon actif,
à la structure poreuse présentant
une grande surface spécifique. ces paramètres sont rappelés
C’est un sorbant très utilisé pour dans le Tableau 2. On retrouve
le traitement de l’eau et de l’air. des problèmes de chimie,

Tableau 1
Les traitements classiques : les critères de choix, au cas par cas.
Qualité de l’eau à traiter Évolutivité
– définition des taux de trai- – des molécules à traiter
tement : dose de CAP/ozone – des rendements d’élimi-
– influence de la matière or- nation
ganique
Type de micropolluants
Ouvrages existants
à traiter
– affinité avec les technolo- – intégration facilitée
gies disponibles
Objectif de traitement
– micropolluants Exploitabilité, fiabilité
– annexes : désinfection
122
L’eau et la ville
Tableau 2
Les paramètres de fonctionnement pour l’ozonation et l’adsorption sur charbon actif.

Adsorption
Ozonation
(charbon actif)

– temps de contact minimum de réaction – temps de contact minimum requis et d’un


(hydrodynamique) temps de résidence maîtrisés
– dose en fonction de la matière organique – dose en fonction de la matière organique
de l’eau de l’eau/type et structure de charbon
– conception de contacteur adéquate pour ga- – réacteur hydrauliquement performant pour
rantir un transfert d’ozone optimum (> 90 %) assurer l’adsorption et la rétention de CAP
Actions concomittantes
– Désinfection – Traitement de la matière organique
– Oxydation des nitrites, Fer, Mg… – Rétention des MES (selon les réacteurs)
– Couleur, odeurs – Odeurs
– Traitement de la matière organique

Source des images : SUEZ/William Daniels.

voire de génie chimique, de de contact, et ensuite détruire


temps de contact, des pro- l’ozone résiduel par des pro-
blèmes d’hydrodynamique, cédés thermo-catalytiques5.
de dose, et tout ce qui est lié L’adsorption sur charbon actif,
à la conception du réacteur facile à réaliser au labora-
pour mettre en contact ce toire, est plus compliquée à
gaz qu’est l’ozone avec l’eau, mettre en œuvre à très grande
et assurer que le traitement échelle dans des ouvrages
dans des temps de contact robustes dans la durée. La
raisonnables. Figure 4 présente le procédé
Encore une fois, il faut se PulsazurTM . C’est un équi-
rappeler qu’il faut traiter pement qui fait plusieurs
des dizaines de milliers à dizaines de mètres de haut et
des centaines de milliers de la subtilité du traitement est
m3 par jour, donc des débits d’assurer une pulsation dans
énormes, et cela, à un coût le lit de charbon pour éviter
acceptable. L’eau est tout de la formation de canaux préfé-
même, après l’air, le produit rentiels où l’eau passerait et
utilisé par l’homme le moins ne serait plus en contact avec
cher. L’ordre de grandeur le charbon actif.
étant de quelques € par m3, Le problème n’est pas très
c’est-à‑dire par tonne. compliqué mais il faut le mettre
en œuvre à très grande échelle,
La Figure 3 présente un
à des coûts acceptables et re-
exemple d’installation d’ozo-
productibles quel que soit le
nation. Il faut d’abord produire
niveau d’éducation des opéra-
l’ozone (O3) à partir du dioxy-
teurs qui vont l’utiliser.
gène (O2), puis l’envoyer dans
un réacteur (le contacteur), 5. Procédé thermo-catalytique :
dont il faut maîtriser le design procédé catalysé, accéléré, par la
pour assurer les bons temps température. 123
La chimie et les grandes villes

Générateur d’ozone
Prodution à partir de dioxygène
Évent ou
destruction
3 O2 → 2 O3

Contacteur : hydraulique
et réactions maîtrisées Entrée
Contre-courant gaz/liquide d’eau

Diffusion de l’ozone par diffuseurs poreux


ou diffuseur radial
Hauteur d’eau élevée

Injection du gaz Sortie


Collecte et destruction d’ozone ozoné avec les poreux d’eau
Par évent et destruction thermo-catalytique

Figure 3
Installation d’ozonation.
Source : Degrémont.

Figure 4
Le PulsazurTM met en œuvre
l’adsorption sur charbon actif en
poudre dans un réacteur à lit de
boues pulsé pour l’élimination des
matières organiques dissoutes et
des micropolluants.
Source : Degrémont.

Le charbon actif en poudre est 2.1.2. Les technologies


renouvelé en continu, la vitesse membranaires
de l’eau au travers du lit est de
8 à 12 m/h. Il faut prévoir un Parfois les technologies clas-
système de collecte et d’éva- siques ne suffisent pas et,
cuation des boues, un système selon la taille des polluants
de clarification de l’eau intégré à retenir, on utilise diverses
124 et d’évacuation de l’eau traitée. technologies membranaires
L’eau et la ville
(Figure 5), qui sont des tech- un procédé d’ultrafiltration à
nologies plus nouvelles et membranes spirales. Cette
aussi plus compactes, dans unité traite 100 000 m3 d’eau
la mise au point desquelles la par jour. Il faut que les mem-
chimie a joué un rôle impor- branes soient robustes et
tant. qu’elles puissent être net-
Selon les cas, on utilise donc toyées pour éviter le colma-
des membranes qui ont des tage. Aujourd’hui, on sait fa-
perméabilités variables, qui briquer des systèmes qui ont
peuvent retenir des objets de des durées de vie de plusieurs
plus en plus petits, partant de années voire de plusieurs di-
très gros objets pour la filtra- zaines d’années.
tion, qui seront des objets de La station d’ultrafiltration de
l’ordre du micron (μm), pour Vigneux (Figure 6), dans le sud
aller jusqu’à la nanofiltration de la région parisienne, est
qui retiendra même quelques une installation construite en
sels dissous, voire à l’osmose unités modulaires.
inverse, qui est une barrière Dans l’usine de traitement
absolue et élimine strictement d’Hummelston (États-Unis),
tous les composés, ne lais- au lieu d’avoir de l’eau qui res-
sant passer que les molécules sort de la membrane, c’est
d’eau pour produire effective- de l’eau qui entre dans des
ment de l’eau traitée. membranes immergées, fa-
L’installation de production briquées par General Electric
d’eau de Saint-Cloud utilise (Figure 7).

Figure 5
Les techniques membranaires de filtration varient selon la taille des polluants à éliminer.
Source : Michel Hurtrez, Groupe SUEZ. 125
La chimie et les grandes villes

Figure 6
La station de Vigneux utilise un système modulaire pour l’ultrafiltration afin d’obtenir des eaux clarifiées
(55 000 m3/jour), avec 8 blocs de 28 modules de 64 m².
Source : usine de vigneux (©SUEZ Eau France SAS) ; bloc membranes (©SUEZ/Thierry Duvivier).

Figure 7
L’usine d’Hummelston (États-Unis) immerge les membranes dans l’eau
pour le traitement (57 000 m3/jour), au lieu de faire passer l’eau à travers.
Source : removal©SUEZ.

2.1.3. Le dessalement de l’eau : réalisés ces dernières an-


des techniques au cœur nées. Aujourd’hui on ne doit
de l’innovation pas être loin des 100 millions
Le dessalement de l’eau est de m3 d’eau produite par jour
devenu une réalité indus- par dessalement, par prati-
trielle : on passe du traite- quement 15 000 installations
ment par filtration à l’élimina- dans le monde dans 150 pays.
tion de tous les sels de l’eau. La Figure 8 représente les uni-
126 D’énormes progrès ont été tés de SUEZ dans le monde ;
L’eau et la ville
Pionniers : 40 ans d’expérience dans le déssalement durable
Capacité installée
par pays
< 10 000 m3/j
> 10 000 m3/j
< 50 000 m3/j
> 50 000 m3/j
< 100 000 m3/j
> 100 000 m3/j
< 500 000 m3/j
> 500 000 m3/j

Figure 8
SUEZ est présent partout dans le monde, avec près de 15 000 installations, dont plus de 250 sont capables
de fournir au total 3 700 000 m3/jour.

ce sont de grosses unités qui Le dessalement a la réputation


produisent déjà 4 millions de d’être très coûteux en énergie,
m 3 d’eau dessalée par jour, il faut en effet théoriquement
dans 250 installations. environ 1 kW par m3 pour des-
L’usine de dessalement de saler de l’eau de mer. Mais si
Melbour ne en Austr alie on tient compte du fait que pour
(Figure 9) produit pratiquement 1 m3 d’eau de mer traité, 50 %
440 millions de litres d’eau seront effectivement dessalés,
dessalée par jour, ce qui cor- mais que 50 % seront rejetés
respond au pompage et au trai- plus salés, cela correspond
tement de 1 million de m3 d’eau thermodynamiquement à un
de mer par jour : 440 000 m3 coût énergétique plus élevé de
d’eau potable sont injectés 1,56 kW par m3.
dans le réseau, et 560 000 m3 Aujourd’hui en fait, une unité
d’eau plus concentrés en sels d’osmose inverse consomme
sont rejetés à nouveau en à peu près à 2 kW par m 3
mer. Cette très grosse usine d’eau dessalée, donc presque
est aussi très belle, localisée la limite thermodynamique :
au bord de la plage et parfai- le rendement énergétique du
tement intégrée dans le pay- traitement de l’eau de mer ne
sage grâce à un toit végétalisé peut donc pas être amélioré.
(Figure 9A). Elle utilise les mo- En fait, ce qui peut être amé-
dules d’osmose inverse sous lioré est le problème de l’im-
haute pression pour produire pact énergétique en termes de
l’eau dessalée (Figure 9B). Bien gaz à effet de serre. Dans cet
entendu, quand tout a été éli- objectif, SUEZ développe des
miné, il faut réalimenter en usines de dessalement éco-
sel cette eau dessalée pour énergétiques alimentés par
assurer sa potabilité. des énergies renouvelables, 127
La chimie et les grandes villes

A B

Figure 9
L’unité de dessalement de Melbourne (Australie) produit 450 000 m3 d’eau par jour.
A) Toit végétalisé couvrant l’installation. B) L’usine est située en bordure de plage. C) Modules de dessalement
par osmose inverse.
Sources : A) Thiess/Degrémont ; C) SUEZ/Degrémont.

que ce soit à Melbourne avec procédé d’osmose inverse, ce


des éoliennes ou à Masdar qui fait un bilan énergétique
(Encart : « SUEZ et la future global de 4 kW/m 3 . Pour la
ville de Masdar ») avec de production des centaines de
l’électricité photovoltaïque. millions de m 3 d’eau dessa-
Cet effort est justifié car en lée par jour, cela représente
fait il faut encore ajouter 2 kW beaucoup d’énergie consom-
par m 3 d’eau dessalée pour mée, donc un impact non né-
le pompage et pour le rejet gligeable en termes de gaz à
128 aux 2 kW mentionnés pour le effet de serre.
L’eau et la ville
SUEZ ET LA FUTURE VILLE DE MASDAR (Abou Dhabi)

– 2014 : lancement d’une étude pilote pour choisir l’usine de production d’eau potable de
la future cité verte de Masdar ;
– 2015 : inauguration du pilote éco-énergétique de SUEZ à Abou Dhabi (Figure 10) ;
– durée du test : 18 mois.
Caractéristiques
– Pilote de dessalement alimenté par des énergies renouvelables
– Production 100 m3/jour
– Technologies d’ultrafiltration et d’osmose inverse
– Consommation électrique inférieure à 3,6 kWh/m3
– Limite thermodynamique : 1,06 kWh/m3 et 1,56 kWh/m3 pour un taux de rejet de 50 %,
proche des ~2 kWh/m3 d’une unité d’osmose inverse industrielle.
Pompages, prétraitement, post-traitement et rejets.

Impact du dessalement sur les gaz à effet de serre : 1,6 kgCO2/m3 !

Figure 10
Une unité de dessalement
pilote fonctionnant à l’énergie
photovoltaïque a été inaugurée
en 2015 à Masdar.
Source : SUEZ.

2.1.4. La décarbonatation bone de la production d’eau.


de l’eau distribuée Une eau très dure entraîne
La décarbonatation6 centra- par exemple des problèmes
lisée de l’eau du robinet dans de canalisations, ou d’entar-
les régions où l’eau est dure trage de ballons d’eau chaude
peut être aussi une solution (Figure 11), et tous ces incon-
pour réduire l’impact car- vénients ont un coût chif-
frable : environ 150 € par
6. Décarbonatation : diminution de habitant en moyenne.
la quantité de carbonates de cal-
cium (CaCO3) dans l’eau (ici) par Distribuer une eau plus douce
dissolution de CaO dans l’eau, avec est technologiquement fai-
dégagement de CO2. sable soit par décantation à 129
La chimie et les grandes villes

Figure 11
Les eaux trop dures entartrent les
canalisations et ont un coût notable.
Source : SUEZ

la soude, soit par membrane 2.2. Des sites de production


de nanofiltration ou d’osmose aux foyers : la distribution
inverse. Plutôt que d’utili- de l’eau par un réseau
ser des adoucisseurs d’eau intelligent
chez soi, la décarbonatation
L’eau produite est distribuée à
pourrait être centralisée.
Des villes commencent à travers un réseau de quelques
s’y intéresser. Cela entraîne milliers de kilomètres
un léger renchérissement (Figure 12). Ces réseaux ont
du prix de l’eau, parce qu’il été installés il y a longtemps
faut bien payer l’équipement, et ils étaient à l’origine assez
mais le bénéfice est évident peu instrumentés.
car à l’échelle nationale, cela Aujourd’hui, ils deviennent
représenterait pratiquement beaucoup plus intelligents
un million de tonnes de CO2 parce qu’on les équipe de mul-
économisées par an. tiples capteurs de données en

Idroloc

Aquadvanced

Scanner Ciclope

Outils
Capteurs
Capteur à large diamètre
Débitmètre
Valve
Scanner
Valve à air
Vidange

Figure 12
SUEZ a développé un réseau de distribution intelligent, avec des informations accessibles sans avoir à se rendre
sur le site.
130 Source : Michel Hurtrez, Groupe SUEZ.
L’eau et la ville
temps réel : de pression, de
débit, de turbidité7, de sondes DES RÉSEAUX PLUS « INTELLIGENTS » (Figure 13)
multi-paramètres (Encart :
« Des réseaux plus “ intelli- Des données en temps réel du réseau, des capteurs et des
gents” »). compteurs connectés :

Ces capteurs communiquent Chaque jour...


en temps réel et doivent Plus de capteurs, plus de compteurs sur le réseau.
avoir une basse consom- Des nouveaux paramètres mesurés.
mation énergétique car ils Un flux de données croissant.
sont intégrés dans un réseau
enterré, qui ne dispose pas …apportant plus de possibilités
forcément d’alimentation Aide à la décision.
électrique. Les données col- Surveillance du réseau.
lectées sont transmises à des
Supervision optimisée (intelligence artificielle).
opérateurs, qui doivent dis-
poser de logiciels d’analyse Prédiction et optimisation : énergie, consommation, pro-
des informations capables de duction, renouvellement de l’eau dans la canalisation,…
décrire géographiquement le Prévention : fuites, casses, gestion patrimoniale, risque
comportement du réseau et terroriste.
d’être des outils d’aide à la
décision.
On peut ajouter à ces outils
les compteurs dit intelligents,
qui en fait n’ont rien d’intelli-
gents, mais qui donnent une
information permanente, et
permettent de savoir s’il y a
des pertes d’eau en ligne.
La Figure 14 résume les dif-
férents types d’outils connec-
tés développés pour aider à la
décision et à la surveillance
d’un réseau de 5 000 km. Les
opérateurs qui les utilisent
sont sur le réseau, dans la
ville, et donc captent les infor-
mations sur les tablettes, les
smartphones, etc., qui servent
à leur donner un tableau de Figure 13
bord, que ce soit effective-
ment la détection des fuites ou Les capteurs installés sur les installations permettent l’accès à de
tout autre problème qui peut nombreux indicateurs clés pour la gestion du réseau de distribution.
Source : SUEZ.
se produire dans le réseau.
D’autres problèmes peuvent
être liés à la détection de
bactéries en temps réel dans
l’eau (Figure 15). Dans cer-
tains États, les gens pensent à des risques terroristes, mais
il peut heureusement s’agir
simplement de ruptures de
7. Turbidité : teneur d’un fluide en canalisations, de problèmes
matières qui le troublent. de contamination du réseau… 131
La chimie et les grandes villes

Supervision
Système d’Information Géographique
Bases de données
Capteurs
Modèle hydraulique
Consommations télé-relevées
Données d’analyses laboratoire
Système de Gestion des Interventions
Système de Gestion Patrimoniale
Système de Gestion Clientèle

Figure 14
Des outils connectés ont été développés pour indiquer aux opérateurs où ils doivent se rendre pour identifier et
résoudre les problèmes.
Source : SUEZ.

continu discontinu
Non Compteurs de particules
Turbidimètres Méthodes de culture standard
spécifique
Figure 15 Surveillance réglementaire
Surveillance des
Les bactéries peuvent être bactéries Bacmon Biologie
moléculaire
Détection

détectées en temps réel en


GAP technologique
seulement quelques minutes.
Activité enzymatique
de fluorescence

Spécifique
10 s-1 min 5-10 min 3-8 h 1-3 j temps

La surveillance en temps réel On commence à installer


des bactéries dans l’eau est ces nouveaux types de cap-
un problème complexe résolu teurs, par exemple en région
dans le cadre d’un partena- parisienne, dans les Hauts-
riat, utilisant des technologies de-Seine, pour monitorer en
de microfluidique8, de micros- temps réel la qualité de l’eau
copie 3D d’analyse d’images du réseau, à terme jusqu’aux
en temps réel (Figure 16). points de distribution.
Cette surveillance permet, Comme pour les autres cap-
sans aller faire des analyses teurs, les millions de don-
très complexes, d’avoir une nées annuellement obtenues
vision de la qualité bactério- doivent être collectées, cen-
logique de l’eau dans un point tralisées, visualisées et ana-
du réseau. lysées, puis traitées en temps
réel par un nombre limité
d’opérateurs, et donner de
8. Microfluidique : science des
l’aide à la décision (Encart :
écoulements dont la dimension
caractéristique est de l’ordre du « Un exemple de déploiement
132 micromètre. opérationnel »).
L’eau et la ville
Bactérie Non-bactérie

Microscope numérique mobile


Numérisation 3D de particules
Informations 3D
par analyse d’image
Empilement
de photos
acquisition d’image
~1 000 images

Non-bactérie
(décompte/ml)
Rapport des résultats
Cellule d’écoulement
Unité d’échange
Source de lumière LED Bactérie
Volume de l’échantillon :
(décompte/ml)
600 µl

Figure 16
Ce type de système est installé traite 24 millions de m3 d’eau Les analyses microscopiques
dans le secteur de Versailles par an. En deux ans d’utilisa- d’images 3D donnent une vision de
(Figure 18), pour 22 000 muni- tion, des économies ont été la population bactérienne dans le
cipalités, 400 000 habitants, et réalisées grâce à la détec- réseau.

UN EXEMPLE DE DÉPLOIEMENT OPÉRATIONNEL (Figure 17)


37 millions données/an
Analyse des données
1 000 km de réseau de distribution Corrélation croisée
33 capteurs Alarmes
Qualité de l’eau KPI
7 paramètres Événement détection
Toutes les 5-15 min Placement optimal des capteurs
Visualisation sur une carte du réseau

Figure 17
Exemple du département des Hauts-de-Seine : des capteurs installés sur le réseau envoient directement
l’information aux stations.
Source : SUEZ.
133
La chimie et les grandes villes

Figure 18
En deux ans, 200 000 m3 d’eau ont
été économisés dans le secteur
de Versailles avec l’utilisation du
système AQUADVANCED®.

tion préventive de fuites qui a 2.3. Les eaux usées


permis de réparer le réseau et des eaux pluviales
aux bons endroits : dans ce
La collecte des eaux usées
réseau déjà de qualité, on a
et des eaux pluviales est un
ainsi réussi à économiser
200 000 m3, ce qui correspond problème complexe traité en
à la consommation d’une ville particulier en France dans des
de 4 000 habitants. On voit réseaux unitaires (Figure 19).
que l’apport des technologies Le problème devient compliqué
nouvelles, intégrées dans la quand il pleut violemment et
gestion d’un métier ancien, qu’il faut optimiser en temps
permet de réaliser d’énormes réel la capacité de stockage du
progrès. réseau, pour éviter les inonda-

Figure 19
Les eaux pluviales sont collectées sur le même réseau que les eaux
usées. Elles sont d’abord stockées et peuvent être relarguées si besoin
quelques heures après être entrées.
134 Source : SUEZ/Thomas Vieille.
L’eau et la ville
tions. Il faut disposer d’outils L’installation de ce type d’outil
modernes qui intègrent l’en- en région parisienne a permis
semble de l’information et qui d’économiser près de 400 mil-
permettent de gérer, voire de lions d’euros d’investissement
piloter, l’ensemble du réseau en ouvrages complémentaires
en temps réel (Figure 20), c’est- de collecte d’eau. Bordeaux
à-dire pomper, fermer des n’a maintenant plus d’inon-
vannes, rediriger des flux d’eau. dations malgré récemment
Cela permet non seulement encore des pluies torren-
d’éviter les inondations, mais tielles. Le contrôle de la qua-
aussi les pollutions car environ lité écologique de l’eau dans
90 % des pollutions issues de la le port de Marseille permettra
ville dans les milieux naturels bientôt de s’y baigner, et dans
se produisent à des épisodes des conditions comparables à
pluvieux, qui envoient pendant celle des calanques.
les premières heures de pluie Ce même outil est en cours de
toute la pollution cumulée dans mise en place à Singapour afin
la ville pendant les épisodes d’éviter des inondations dans
secs. Au bout de 2h, on peut en certains endroits de la ville, en
général relarguer l’eau pluviale. particulier Marina Bay.

Figure 20
AQUADVANCED® Assainissement est un logiciel de gestion et de pilotage
d’un réseau de collecte (égouts, eaux pluviales) visant à optimiser les
opérations de collecte et de gestion des eaux usées, optimiser les
équipements existants, prévenir des débordements et des inondations et
protéger le milieu naturel.
Source : SUEZ. 135
La chimie et les grandes villes

2.4. Le traitement des eaux énergétiques potentielles,


usées des ressources en micro-
nutriments10 , et même des
Pour contrôler la qualité des
ressources en eau. Conçues
eaux usées, il faut les traiter.
il y a vingt ou trente ans, en
La technologie classique des
dehors de la ville, elles oc-
boues activées9 (Figure 21) est
cupent de grandes surfaces
une vieille technologie, qui a
(une trentaine d’hectares). De
pour objectif d’éliminer le car-
plus, la ville a grandi, et ces
bone, le phosphore et l’azote.
grandes surfaces sont main-
Les boues issues de ce trai-
tenant en milieu urbain, ce
tement sont récupérées pour
qui représente un coût impor-
en faire du biogaz, valorisé
tant. Cependant, reconstruire
énergétiquement.
plus loin ce type de station
Ces unités classiques d’as- coûterait aussi très cher. Il
sainissement occupent des faut donc concevoir une ré-
surfaces importantes et em- novation de ces équipements
ploient un grand nombre de sous forme de systèmes plus
personnes (Encart : « L’usine compacts et plus efficaces,
d’assainissement de demain »). peut-être les imaginer comme
Ces stations d’épuration re- des raffineries des eaux usées
présentent des ressources conçues pour réutiliser l’eau,

9. Boues activées : procédé d’épu- 10. Micronutriment : anglicisme


ration pour le traitement des eaux de micro-élément. Les micro-élé-
usées. Il utilise l’épuration bio­ ments du corps humain sont (entre
logique (principalement bactério- autres) le brome, l’iode, le fer ou
logique) pour traiter l’eau. encore le zinc.

Traitement primaire Traitement biologique Traitement tertiaire


Éliminatin solide Élimination C & N & P Élimination micropolluants

H2O, C, N, P Filière de traitement des eaux usées


UV Ozonation

H2O
Boues activées

Ultrafiltration

Filière de traitement des boues Traitements


des boues

Digesteur anaérobie

Figure 21
Les unités d’assainissement classiques traitent les eaux en trois temps : un premier traitement élimine les plus
gros solides (1er étage), un traitement biologique (boues activées) élimine le carbone, l’azote et le phosphore, puis
un dernier traitement élimine les micropolluants (2e étage).
136 Source : Michel Hurtrez, Groupe SUEZ.
L’eau et la ville
L’USINE D’ASSAINISSEMENT DE DEMAIN
CE QU’ELLE DEVRA TRAITER

1 million de personnes produisent chaque année :


– déchets organiques 100 000 t/a, dont un contenu minéral
de 10 000 t/a ;
– potentiel énergétique : 150 GWh/a ;
– azote 5 500 t/a ; phosphore : 1 500 t/a ;
– eau traitée : 55 000 000 m3/a ;
– surface utilisée : 6 à 30 hectares.

pour mieux produire du biogaz d’espace, utilise un procédé


et des nutriments (Figure 22). classique de traitement de
Les choix d’évolution doivent boues activées ; elle occupe une
être économiquement effi- surface de pratiquement 1 km2.
caces et tenir compte des L’autre, en région parisienne
dépenses d’investissement (Figure 23B), où les contraintes
(CAPE X) et d’exploitation d’espace sont importantes,
(OPEX). utilise des procédés membra-
La Figure 23 montre deux naires de traitement, des bio-
exemples de stations d’épu- filtrations. C’est un ensemble
ration, ayant à peu près les de traitements beaucoup plus
mêmes capacités de traite- compacts, plus capitalistiques
ment, mais l’une, à la Farfana en investissement, mais qui
(Figure 23A) à Santiago de Chile, permet effectivement d’avoir
où il n’y a pas de contrainte la même efficacité.

Figure 22
Les unités de traitement des eaux usées se transforment en véritable
raffinerie d’eaux usées.
Source : SUEZ/P. Coppé/CAPA Pictures. 137
La chimie et les grandes villes

A B

Figure 23
A) Le procédé classique de traitement des boues est mis en place à la Farfana (Santiago de Chile), où l’espace
n’est pas restreint ; B) en région parisienne (Colombes), la technologie membranaire est mise en place pour
réduire la surface de la station de traitement, à cause des contraintes d’espace.
Sources : A) Constance Covillard, SUEZ ; B) www.siaap.fr.

2.4.1. Les nouveaux gradation du carbone soluble


traitements des eaux usées en CO 2 est efficace du point
Nouvelles approches utilisant de vue dépollution, c’est une
de nouvelles bactéries perte en termes de ressource
de biomasse.
Dans le traitement classique
des eaux usées, la fraction Des nouveaux traitements
organique solide est récupé- (Figure 24B) sont en cours de
rée et la fraction organique développement dans lesquels
dissoute est oxydée, puis on on maximise la capture du car-
élimine l’azote et le phosphore bone sous la forme de boues,
(Figure 24A). Mais si la dé- avec cette fois l’objectif d’éviter

Figure 24 A
A) Les traitements biologiques
conventionnels consomment O2
et émettent N2 et CO2 ; B) dans la
nouvelle approche, du méthane
CH4 serait émis ainsi que N2. Le
méthane pourrait être valorisé par
la production d’énergie.

138 B
L’eau et la ville
la dégradation de la matière Figure 25
organique en CO2, pour l’utili-
ser comme matière première Les bactéries Anammox réduisent
les demandes du traitement en
pour faire du biogaz. Ensuite,
oxygène, en carbone, ainsi que la
on éliminera les composés de production de biomasse.
l’azote et du phosphore. Source : SUEZ.
Des nouvelles bac tér ies
Anammox11 (Figure 25) sont
utilisées pour traiter les com-
posés de l’azote, elles per-
mettent de faire une dismu-
tation12 entre les deux états
d’oxydation de l’azote, et de
produire de l’azote N2 à partir
de NO2 et NH4.

2.4.2. Les micropolluants


et leurs traitements
Les micropolluants produits
dans notre activité au quo-
tidien (Figure 26) sont une
préoccupation grandissante, micropolluants
car ils ont un impact avéré
sur le milieu naturel (sexe des
poissons par exemple), et les pesticides métaux
métalloïdes
effets potentiels sur la santé
humaine (effets cocktail), perturbateur
ainsi que le lien de causalité, endocrinien
bioaccumulatif
sont encore mal connus13. Les Persistant
stations actuelles n’éliminent cancérigène

qu’une partie des micropol-
résidus plastifiants,
luants qui se retrouvent dans médicamenteux détergents…
les boues d’épuration.
La station d’épuration de
Sophia Antipolis (Figure 27)
est la première station in-
dustrielle en France dédiée
au traitement des micropol- Figure 26
Les micropolluants ont diverses origines et ont des effets potentiels
11. Anammox : abréviation pour encore mal connus sur la santé humaine.
« oxydation anaérobie de l’ammo-
nium (NH4+) ». C’est une voie méta-
bolique microbienne du cycle de
l’azote, réalisée par des bactéries.
luants ; elle est située 20 km
12. Dismutation : réaction d’un
même élément chimique présent en amont de l’unité de produc-
sous deux états (ou degrés) d’oxy- tion d’eau potable d’Antibes
dation différents. (50 000 équivalent habitants).
13. Voir aussi Chimie et expertise, La Suisse, avec ses nombreux
santé et environnement , Chapitres
de J.- F. Lloret et P. Hubert, coor-
lacs qui sont des zones fer-
donné par M.-T. Dinh-Audouin, mées, met en place ce type de
D. Olivier et P. Rigny, EDP Sciences, solutions, c’est le cas dans la
2015. station de traitement des eaux 139
La chimie et les grandes villes

Figure 27
La station de Sophia Antipolis Sophia Antipolis
rejette ses eaux 20 km en amont de
l’usine de production d’eau potable
d’Antibes.
Source : Michel Hurtrez,
Groupe SUEZ. Usine de production La Bouillide
d’eau potable
Antibes

Antibes

à Lausanne. Comme on peut de l’atrazine, interdite d’utili-


le voir dans l’Encart « Quelle sation depuis des années, que
stratégie de réduction des mi- l’on retrouve en quantités im-
cropolluants ? », la réduction portantes dans les eaux sou-
des micropolluants à la source terraines et les eaux de sur-
est nécessaire mais pas suf- face. Il faut donc absolument
fisante. On le voit avec le cas traiter ces micropolluants, que

QUELLE STRATÉGIE DE RÉDUCTION DES MICROPOLLUANTS ?

La réduction à la source, nécessaire mais pas suffisante ?


– 100 000 molécules chimiques répertoriées en Europe.
– des pollutions souvent diffuses (ex : les médicaments et hormones).
– l’inertie (ex : l’atrazine).
Pourquoi des traitements complémentaires sur les stations ?
– la STEP, point stratégique de collecte centralisé, et dernier point de passage avant le
milieu naturel.
– des technologies de traitement disponibles à coût raisonné (2 à 3 €/EH.an).
– des bénéfices induits potentiels : reuse.
– un impact favorable démontré sur la vie aquatique du milieu naturel → réduction de
l’écotoxicité et élimination des effets perturbateurs endocriniens.
→ pertinence d’une approche combinée « préventive » et « curative ».
140
L’eau et la ville
ce soit dans les eaux usées ou La Figure 29 résume les diffé-
les eaux de surface. rentes étapes de la production
du biométhane sur les stations
2.4.3. La méthanisation d’épuration et sa valorisation.
digestion En France et à l’international,
La méthanisation et la digestion le groupe SUEZ est pionnier
(Figure 28) offrent la possibi- du développement du biomé-
lité de valoriser les boues rési- thane issu du traitement des
duelles du traitement des eaux. eaux usées (Figure 30).

Figure 28
Valorisation de l’énergie
La méthanisation et la digestion
Boues résiduelles offrent des possibilités pour
Valorisation
énergétique valoriser les co-produits/déchets
Effluents industriels
du biogaz issus du traitement des eaux.
Source : Michel Hurtrez,
Groupe SUEZ.
Prétraitement Méthanisation et
et conditionnement post-méthanisation
Biodéchets
Digestat

Résidus agricoles

Valorisation des fertilisants

Figure 29
Une unité de production de biométhane, dans une station d’épuration qui traite les boues de 100 000 habitants,
peut produire jusqu’à 3 GWh d’énergie, soit la consommation annuelle de 20 bus ou 100 véhicules légers.
Source : SUEZ/Jérôme Meyer-Bisch. 141
La chimie et les grandes villes

Figure 30
Exemples d’unités du groupe SUEZ de production de biométhane issu du traitement des eaux usées.

2.4.4. Les traitements de processus physiques,


biomimétiques chimiques et biologiques, qui
On peut aussi intégrer des permettent la régulation hy-
technologies douces dans le draulique, la sédimentation,
traitement des eaux, et utili- la filtration mécanique, la
ser les eaux humides pour fi- transformation de la matière,
nir, polir le traitement, et faire et par conséquent un affinage
une sorte d’interface avec le de l’épuration de l’eau. De
milieu naturel (Figure 31). plus, elles rendent de nom-
Les Zones humides14 natu- breux services aux popula-
relles ou les zones de service tions comme espace de loisir
écosystémiques sont le siège et de pédagogie, patrimoine
naturel ou aménagement
14. Pour en savoir plus, voir
paysager.
La chimie et la nature, chapitre
d’É. Blin, coordiné par M.-T. Dinh- 2.4.5. Eaux usées : de
Audouin, D .Olivier et P. Rigny, EDP nouvelles ressources en eau ?
Sciences, 2012. Dans des zones de stress
hydrique, les eaux usées
peuvent devenir une nouvelle
ressource en eau (Figure 32)
quand elles ont été purifiées
au maximum.
Aujourd’hui à Singapour, 30 %
de l’eau usée sert à refaire
de l’eau potable. Dans le sud
de Los Angeles, une unité de
SUEZ réutilise depuis dix ans
les eaux usées pour en faire
de l’eau agricole, de l’arro-
sage et des eaux industrielles
(Figure 33).

Figure 31 2.4.6. Les nouvelles


technologies
La Zone humide est une interface entre le traitement des eaux et le milieu
naturel. Aujourd’hui, toutes les tech-
142 Source : Michel Hurtrez, Groupe SUEZ. nologies de microbiologie
L’eau et la ville
Retour au milieu naturel
Figure 32
Les eaux issues des stations de
Station de traitement
des eaux usées traitement d’eaux usées peuvent
être rejetées dans le milieu
naturel, ou traitées une nouvelle
fois pour être valorisées et
réutilisées.
Sources : A) décantation : SUEZ/
Valorisation ABACA PRESS/Laurent PASCAL ;
et réutilisation B) milieu naturel : SUEZ/
William DANIELS ; C) traitement
supplémentaire : SUEZ/Thierry
Traitements Duvivier/Trilogi’c.
supplémentaires

Figure 33
Ces eaux retraitées servent pour des usages industriels, agricoles, de type loisir,
jusqu’à la potabilisation.
Sources : réalimentation : SUEZ/William DANIELS ; recharge : SUEZ/William DANIELS ;
potabilisation : SUEZ / William DANIELS.

avancée permettent de mieux les digesteurs, et de dévelop-


comprendre ce qui se passe per des solutions beaucoup
dans l’ensemble de ces pro- plus efficaces de traitement
cédés, qui étaient un peu des de l’eau, grâce à des commu-
boites noires (Figure 34). nautés bactériennes adaptées
Les progrès de la biologie mo- (Figure 35).
léculaire permettent de com- Dans ce métier de traitement
prendre ce qui se passe dans de l’eau, qui paraît ancien, 143
La chimie et les grandes villes

Figure 34
Les avancées en microbiologie
permettent de mieux comprendre
les procédés utilisés et de les
optimiser.

Figure 35
La connaissance des bactéries
permet d’en optimiser l’utilisation.

l’utilisation conjointe des chimique et la chimie per-


technologies de l’informa- mettent de mieux résoudre
tion, des technologies de mi- les nouveaux problèmes de
crobiologie avancée, le génie l’eau dans la ville.

Le traitement des eaux,


avenir pour la ville
L’eau dans la ville, c’est à la fois une photo de
Paris sous les inondations (Figure 36A), ou des
images de loisirs (Figure 36B). Si on n’apporte
pas l’eau dans la ville, on n’a plus de ville :
l’eau est indispensable à la vie, mais c’est aussi
indispensable à la ville.
Il faudra de plus en plus prendre en compte : la
144 protection des milieux naturels, la croissance
L’eau et la ville
A B

Figure 36
A) La ville de Paris a connu des inondations ; B) l’eau traitée sert largement pour le loisir de tous.

démographique, l’urbanisation et le développe-


ment des mégalopoles, et cela dans le cadre
d’une raréfaction des ressources, du change-
ment climatique et d’une population de plus en
plus connectée.
On peut donc prévoir
– une augmentation de la demande pour une
gestion contrôlée du cycle de l’eau ;
– le besoin d’accès à de nouvelles ressources
et à une gestion optimisée.
– l’émergence d’une économie circulaire et le
développement du recyclage.

145

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