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Ma Bohême, Explication Linéaire

Le sonnet « Ma Bohême » d'Arthur Rimbaud, dernier du recueil des Cahiers de Douai, évoque une vie libre et marginale à travers le portrait d'un poète-vagabond en communion avec la nature. Rimbaud joue avec les conventions poétiques, mêlant ironie et fantaisie, tout en soulignant l'importance de l'expérience sensorielle dans la création poétique. Ce poème illustre un voyage initiatique qui remet en question les règles de la poésie traditionnelle.

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Ma Bohême, Explication Linéaire

Le sonnet « Ma Bohême » d'Arthur Rimbaud, dernier du recueil des Cahiers de Douai, évoque une vie libre et marginale à travers le portrait d'un poète-vagabond en communion avec la nature. Rimbaud joue avec les conventions poétiques, mêlant ironie et fantaisie, tout en soulignant l'importance de l'expérience sensorielle dans la création poétique. Ce poème illustre un voyage initiatique qui remet en question les règles de la poésie traditionnelle.

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Notes sur le texte 11 : « Ma Bohême » (Fantaisie), A.

Rimbaud

Ce sonnet d’inspiration autobiographique est le dernier du recueil des Cahiers de Douai. Il clôture le
« cycle belge » des poèmes écrits par Rimbaud lors de sa deuxième fugue vers Douai en octobre 1870. Le
titre « Ma Bohême » évoque une vie libre et marginale, une errance que Rimbaud place d’emblée sous le
signe de l’imaginaire : « Fantaisie ». Loin de sa ville natale, Rimbaud savoure ce vagabondage en pleine
nature et montre comment le sentiment de liberté qu’il éprouve nourrit sa création poétique.

Quel portrait du poète nous donne ce sonnet ?

Nous analyserons successivement chacune des quatre strophes, qui évoquent tour à tour : le portrait du
poète-vagabond, l’image du petit-poucet, la communion avec la nature et la création poétique.

Premier quatrain : un poète-vagabond

 Le jeune poète se met en scène dès le 1 er vers avec le pronom personnel « je ». Il évoque au moyen des
verbes de mouvement une errance sans destination précise (« Je m’en allais », v. 1 ; « J’allais sous le ciel
», v. 3). L’imparfait exprime des actions en cours de déroulement. La langue et la versification irrégulière
rendent compte de cette flânerie. Les alexandrins sont disloqués, la césure à l’hémistiche est rarement
respectée (ex. vers 1). Au vers 4, une suite de monosyllabes désarticule le mètre (« Oh ! là ! là ! »). Le
découpage rythmique se fait chaotique, à l’image de l’avancée du jeune homme sur les sentiers.

 Le poète est habillé pauvrement : ses poches sont « crevées » (v. 1), c’est-à-dire trouées ; son manteau
devenait « idéal » (v. 2), presque immatériel à force d’usure. Il y a jeu de mots sur l’adjectif « idéal »
puisque le mot évoque également une perfection : l’adolescent s’amuse de cette pauvreté. Il se moque
des conventions sociales et s’affranchit symboliquement des codes d’une société bourgeoise qui
l’oppresse. Les poings serrés dans ses poches expriment cette attitude de défi.

 Au vers 3, le poète place son vagabondage sous le patronage de la « Muse », mise en valeur par sa place à
la césure. Conformément à la tradition romantique, la Muse est apostrophée et personnifiée comme une
divinité qui guide le poète et règne sur son inspiration. Mais si l’image précieuse du vassal (« féal ») puise
dans un imaginaire courtois de déférence et de soumission, le poète s’amuse en réalité des exaltations
lyriques auxquelles il a pu céder par le passé. Les nombreuses exclamatives du vers 4 censées témoigner
de l’enthousiasme du poète (« oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées ! ») sont empreintes
d’ironie. Le contraste entre la trivialité des monosyllabes et le langage précieux des « amours » (pluriel)
est une facétie. Avec humour, Rimbaud tourne en dérision la grandiloquence de la poésie lyrique des
Romantiques.

Second quatrain : un Petit-Poucet rêveur

 Le second quatrain poursuit le récit de cette fugue en pleine nature. Le dénuement du poète est exprimé
de nouveau au vers 5, de façon très irrévérencieuse : « unique culotte », « large trou » !

 De façon plus poétique, l’adolescent s’identifie ensuite à la figure du Petit-Poucet, qui relève du registre
merveilleux des contes. Mais au lieu de semer des cailloux sur son chemin, le poète sème des « rimes »,
comme le soulignent avec force le rejet au début du vers 7 ainsi que l’allitération en « r ». La figure du
Petit-Poucet ouvre la voie à un univers fantastique et magique.

 Le vagabondage prend alors une dimension cosmique : le poète dort à la belle étoile (« Mon auberge était
à la Grande-Ourse », v. 7), les étoiles s’animent et émettent de légers bruits (« frou-frou », v. 8) que seul
le poète sensible aux synesthésies peut percevoir (correspondances entre la vision du scintillement des
étoiles et la perception de sons feutrés), d’où l’usage du déterminant possessif « mes ». On voit
s’exprimer à nouveau la fantaisie de Rimbaud avec l’emploi de l’onomatopée « frou-frou », proscrite chez
les poètes romantiques et parnassiens qui privilégient le langage soutenu, mais délibérément employée
ici pour sa sonorité enfantine et naïve.

Premier tercet : la communion avec la nature

Le premier tercet prolonge la strophe précédente en raison de l’enjambement audacieux qui relie ces
deux strophes. Ainsi, le tercet poursuit l’évocation de la communion du poète-vagabond avec la nature
dans laquelle il trouve refuge.

 L’exaltation du poète se nourrit des multiples sensations éprouvées dans la nature. La Nature,
bienveillante et protectrice, le comble en aiguisant ses sens. Comme il l’avait suggéré au vers 8, le poète
ne regarde pas les étoiles, il les écoute (« je les écoutais, assis au bord des routes », v. 9). De même, la
rosée provoque de multiples sensations (couleur, parfum, goût). Le poète est celui qui saisit les
correspondances entre ces sensations (synesthésies).

 On peut remarquer la position du poète fugueur, « assis au bord des routes » (et non au milieu) : c’est
précisément sa marginalité qui lui permet de rentrer en contact avec la nature, alors que les bourgeois
n’osent mettre un pied en dehors de chez eux de peur d’attraper un rhume (cf. « Monsieur Prudhomme »
de Verlaine).

 La Nature enfin procure au poète une nourriture spirituelle : les « bons soirs de septembre » (v. 10)
évoquent le mois des vendanges quand les fruits arrivent à maturation, comme les rimes du poète,
« égrenées » précédemment. Les « gouttes de rosée » sont comparées à « un vin de vigueur » (v. 11), une
« eau-de-vie ». Comme un alcool fort, la Nature favorise l’ivresse des sens, elle communique un élan vital
et un sentiment d’exaltation au jeune adolescent.

Second tercet : la communion avec la nature

 Le second tercet traite du bonheur de la création poétique qui était déjà en germe dans le premier
quatrain. Sous l’effet de l’inspiration, la nature est progressivement transfigurée. Elle devient
mystérieuse, à la fois menaçante et irréelle, comme le souligne l’expression « ombres fantastiques ».

 Rimbaud tourne en dérision ses propres émois poétiques. Les souliers du poète se transforment en « lyres
» et ses lacets prennent la forme de cordes. La lyre, instrument noble du poète depuis l’Antiquité et la
figure d’Orphée, est ainsi associée aux « élastiques », objet trivial. La rime des vers 12 et 13
(« fantastiques/élastiques ») paraît également bien insolite et peu appropriée pour un sonnet. Rimbaud
se moque ainsi ouvertement du lyrisme traditionnel.

 Le dernier hémistiche rapproche de façon facétieuse le « pied » et le « cœur ». Le poète joue sur le
double sens du mot « pied », qui renvoie à la chaussure du poète marcheur, mais également à la mesure
du vers latin (qui n’est pas la syllabe, mais le « pied »). Rimbaud joue du contraste entre le caractère
prosaïque des pieds qui touchent le sol et le cœur, organe symbolique de l’amour, tournant ainsi en
dérision les clichés de la poésie lyrique. La métonymie « souliers blessés » désigne les pieds blessés par les
heures de marche du poète vagabond. Par contagion, le cœur semble aussi « blessé » que le pied, en
raison du chemin de la création poétique elle-même semée d’embûches et d’« ombres ».

Conclusion : Le poème « Ma Bohème » évoque avec force les liens entre le vagabondage, la liberté, la
Nature et de la création poétique. Les fugues de l’adolescent sont également un voyage initiatique hors
des règles de la poésie traditionnelle, illustrant parfaitement le parcours « émancipations créatrices ».
Ces mêmes liens se retrouveront dans le poème « Aube » extrait du recueil des Illuminations.

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