MP1 / MP2 Devoir surveillé 8 (Sujet original) 2024 – 2025
Calculatrices interdites.
Problème de Dirichlet
Si A est une partie d’un espace vectoriel de dimension finie sur R ou sur C, on note C (A) le
C-espace vectoriel des applications continues de A dans C. Les notations D, D̄ et T désignent
respectivement
— le disque ouvert D = {z ∈ C; |z| < 1}
— le disque fermé D̄ = {z ∈ C; |z| ⩽ 1}
— le cercle T = {z ∈ C; |z| = 1}.
À une fonction f ∈ C (T ) quelconque on associe
— les coefficients de Fourier
Z π
1
f eit e−int dt (∀n ∈ Z)
cn =
2π −π
— la fonction gf : D → C définie par la formule suivante, dont l’existence sera traitée dans
la question 1 ) :
X∞ X∞
n
gf (z) = c0 + cn z + c−n z̄ n
n=1 n=1
où z̄ désigne le complexe conjugué de z ;
— la fonction Gf : D̄ → C définie par
(
f (z) si z ∈ T
Gf (z) =
gf (z) si z ∈ D
Pour n ∈ N, on note pn et qn les fonctions de C (T ) définies par
pn (z) = z n
(∀z ∈ T )
qn (z) = z̄ n
Soit X une partie non vide de C et f une fonction bornée sur X on note
∥f ∥∞,X = Supz∈X |f (z)|
On admet le théorème de Weierstrass trigonométrique :
Théorème : Soit P(T ) le sous espace vectoriel de C (T ) engendré par {pn ; n ∈ N} ∪ {qn ; n ∈ N}.
Toute fonction de C (T ) est limite uniforme d’une suite d’éléments de P(T ).
Le but du problème est de caractériser de différentes manières le prolongement Gf de f à D̄.
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A - Prolongement harmonique
Si U est un ouvert de C on note Ũ = {(x, y) ∈ R2 ; x + iy ∈ U }. Pour toute fonction u : U → C,
on note ue:Ue → C la fonction définie par la formule ue(x, y) = u(x + iy). La fonction u est dite
de classe C si ũ est de classe C 2 au sens des fonctions de deux variables réelles. On note alors
2
∆u la fonction définie sur U par
∂ 2 ũ ∂ 2 ũ
∆u(x + iy) = (x, y) + (x, y)
∂x2 ∂y 2
Dans cette partie, on fixe une fonction f ∈ C (T ) et on se propose de montrer que Gf est
l’unique fonction G : D̄ → C qui vérifie les propriétés suivantes :
(a1) la restriction de G à T coı̈ncide avec f ;
(a2) G est continue sur D̄ ;
(a3) la restriction G à D est de classe C 2 et ∆G(z) = 0 pour tout z ∈ D.
On va d’abord montrer que Gf vérifie ces conditions. La condition (a1) est évidemment vérifiée.
1) Montrer que les deux séries qui entrent dans la définition de gf (z) sont convergentes pour
tout z ∈ D.
∞
an z n la somme d’une série entière de rayon de convergence R ⩾ 1
P
Soit S(z) =
n=0
2) Au moyen d’une dérivation terme à terme d’une série de fonctions de variable réelle,
justifier que l’application Se : De → C admet une dérivée partielle par rapport à x qui est
continue sur D,e et exprimer ∂ Se (x, y) sous la forme de la somme d’une série.
∂x
3) Montrer que S est de classe C 2 sur D et déterminer ∆S(z) pour tout z ∈ D.
4) En déduire que gf est de classe C 2 sur D et que ∆gf (z) = 0 pour tout z ∈ D.
it
On fixe z ∈ D, et on note Pz (t) = Re eeit +z
−z
pour tout t ∈ R.
5) En tenant compte de la définition des cn dans l’expression de gf (z), montrer que
Z π
1
f eit Pz (t)dt
gf (z) =
2π −π
6) Déterminer
Z π gf pour f = pn et f = qn , où n ∈ N. Donner la valeur de l’intégrale
1
2π
Pz (t)dt et étudier le signe de Pz (t) pour tout t ∈ R.
−π
7) Montrer que si (fn )n∈N est une suite d’éléments de C (T ) qui converge uniformément vers
f sur T , alors Gfn converge uniformément vers Gf sur D̄.
8) Montrer que Gf est continue sur D̄.
On pourra utiliser le théorème admis dans le préambule.
On se donne maintenant une fonction G vérifiant les conditions (a1), (a2) et (a3) et on se
propose de démontrer que G = Gf .
9) On suppose dans cette question que f est la fonction nulle et que G est à valeurs réelles.
Soit ε > 0 et u : D̄ → R définie par u(z) = G(z) + ε|z|2 . Montrer que ∆u(z) > 0 pour
tout z ∈ D. En déduire que u(z) ⩽ ε pour tout z ∈ D̄ (on pourra considérer, après en
avoir justifié l’existence, un point z0 ∈ D̄ où u atteint son maximum.)
10) Conclure dans le cas particulier de la question précédente, puis dans le cas général. (On
pourra d’abord étendre la conclusion au cas où f est nulle mais G est à valeurs complexes.)
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B. Deux applications
Première application. On considère la fonction G définie sur D̄ par G(x + iy) = ex cos y.
11) Montrer que G vérifie la condition (a3) et en déduire, pour tout n ∈ Z, la valeur de
l’intégrale Z π
1
ecos t cos(sin t) cos(nt)dt.
2π −π
Deuxième application. Soit u : U → C une application continue définie sur un ouvert U de C.
Si a ∈ C et R > 0, on note D(a, R) = {z ∈ C; |z − a| < R} et D̄(a, R) = {z ∈ C; |z − a| ⩽ R}.
12) Montrer que u est de classe C 2 et telle que ∆u = 0 sur U si et seulement si, pour tout
disque fermé D̄(a, R) contenu dans U et pour tout z ∈ D(a, R), on a
Z π
1
u a + [Link] P z−a (t)dt.
u(z) =
2π −π R
Pour n ∈ N, on note un : U → C une fonction de classe C 2 telle que ∆un = 0 sur U .
13) Déduire de la question précédente que si la suite (un )n∈N converge uniformément sur U
vers une fonction u, alors u est également de classe C 2 et telle que ∆u = 0 sur U .
C. Propriétés duales
Dans cette partie, on fixe z ∈ D et on considère l’application
φz : C (T ) −→ C
f 7−→ gf (z)
où C (T ) est muni de la norme ∥.∥∞,T définie en préambule.
Pour toute application φ : C (T ) → C, on considère les quatre propriétés suivantes :
(c1) φ est une forme C-linéaire et continue ;
(c2) ∀n ∈ N, φ (pn ) = z n ;
(c3) ∀n ∈ N, φ (qn ) = z̄ n ;
(c4) ∀f ∈ C (T ), |φ(f )| ⩽ ∥f ∥∞,T .
14) Montrer que φz vérifie ces quatre propriétés.
15) Montrer que si φ vérifie les conditions (c1), (c2) et (c3), alors φ = φz .
Dans la suite de cette partie, on se donne φ : C (T ) → C vérifiant les conditions (c1), (c2) et
(c4), et on se propose de démontrer que φ = φz .
Dans les deux questions suivantes, on se donne λ ∈ R et on considère une fonction f ∈ C (T ) à
valeurs réelles positives ou nulles. Soit h ∈ C (T ) définie par
h : z 7→ 2f (z) − ∥f ∥∞,T + iλ
16) Calculer ∥h∥2∞,T en fonction de ∥f ∥∞,T et de λ.
17) En étudiant |φ(h)|2 , montrer que φ(f ) ∈ R puis que φ(f ) ⩾ 0.
18) En déduire que φ(f¯) = φ(f ) pour tout f ∈ C (T ), et conclure.
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