J'ai vu, ces jours passés, une chose hideuse.
Il était à peine jour, et la prison était pleine de bruit. On entendait ouvrir et fermer les lourdes
portes, grincer les verrous et les cadenas de fer, carillonner les trousseaux de clefs entre-choqués à la
ceinture des geôliers, trembler les escaliers du haut en bas sous des pas précipités, et des voix s'appeler et
se répondre des deux bouts des longs corridors. Mes voisins de cachot, les forçats en punition, étaient plus
gais qu'à l'ordinaire. Tout Bicêtre semblait rire, chanter, courir danser.
Moi, seul muet dans ce vacarme, seul immobile dans ce tumulte, étonné et attentif, j'écoutais.
Un geôlier passa.
Je me hasardai à l'appeler et à lui demander si c'était fête dans la prison.
-Fête si l'on veut ! me répondit-il. C'est aujourd'hui qu'on ferre les forçats qui doivent partir
demain pour Toulon. Voulez-vous voir, cela vous amusera.
C'était en effet, pour un reclus solitaire, une bonne fortune qu'un spectacle, si odieux qu'il fût.
J'acceptai l'amusement.
Le guichetier prit les précautions d'usage pour s'assurer de moi, puis me conduisit dans une petite
cellule vide, et absolument démeublée, qui avait une fenêtre grillée, mais une véritable fenêtre à hauteur
d'appui, et à travers laquelle on apercevait réellement le ciel.
- Tenez, me dit-il, d'ici vous verrez et vous entendrez. Vous serez seul dans votre loge comme le
roi.
Puis il sortit et referma sur moi serrures, cadenas et verrous.
La fenêtre donnait sur une cour carrée assez vaste, et autour de laquelle s'élevait des quatre côtés,
comme une muraille, un grand bâtiment de pierre de taille à six étages. Rien de plus dégradé, de plus nu,
de plus misérable à l'œil que cette quadruple façade percée d'une multitude de fenêtres grillées auxquelles
se tenaient collés, du bas en haut, une foule de visages maigres et blêmes, pressés les uns au-dessus des
autres, comme les pierres d'un mur et tous pour ainsi dire encadrés dans les entre-croisements des
barreaux de fer. C'étaient les prisonniers, spectateurs de la cérémonie en attendant leur jour d'être acteurs.
On eût dit des âmes en peine aux soupiraux du purgatoire qui donnent sur l'enfer.
Questions :
I. Étude de texte : (10 points)
1) D’après votre lecture de l’œuvre dans son texte intégral, recopiez les deux propositions qui sont
vraies : (1 pt)
- Victor Hugo est un écrivain du XIXème siècle.
- Le Dernier jour d’un condamné est un roman autobiographique.
- Le narrateur est père d’une famille nombreuse.
- Le Dernier jour d’un condamné est un roman à thèse.
2) Parmi les personnages suivants, trois ne sont pas cités dans le roman. Lesquels ? (0, 75 pt)
- Le fils du condamné, - L’avocat, - Le bourreau, - Le complice, - Le geôlier, - Le prêtre, - Les
pompiers.
3) Parmi les noms des lieux suivants, trois sont cités dans le roman. Lesquels ? (0,75 pt)
- La bastille, - L’Hôtel de Ville, - Les Champs-Elysées, -La place de Grève, - Le musée du Louvre,
-La Conciergerie.
4) Relevez dans le texte quatre mots appartenant au champ lexical de l’incarcération. (1 pt)
5) a) Quelle « fête » prépare-t-on dans la prison ? (1 pt)
b) A quel moment de la journée se déroule-t-elle ? (0,5 pt)
6) Relevez dans le texte un mot qui montre que le narrateur n’apprécie pas cette « fête ». (0,5 pt)
7) La description du bâtiment dans le dernier paragraphe est :
- Neutre, - Valorisante, - Dévalorisante.
a) Recopiez la bonne proposition. (0,5 pt)
b) Relevez deux adjectifs pour justifier votre choix. (0,5
8) Recopiez le tableau suivant et complétez-le à partir de la liste proposée :
- Comparaison, - anaphore, -métonymie, - gradation, - euphémisme. (1,5 pt)
« Tout Bicêtre semblait rire. »
« … pressés les uns au-dessus des autres, comme les pierres d'un mur »
« il sortit et referma sur moi serrures, cadenas et verrous. »
9) Selon vous, l’événement raconté dans le texte est-il amusant ?
Dites pourquoi en une phrase. (2 pts)
II. Production écrite : (10 points)
Sujet :
La lecture du roman de Victor Hugo, Le Dernier jour d’un condamné, vous a-t-elle fait changer
d’avis sur la peine de mort ? Dites pourquoi sous forme d’un texte argumentatif.
Une heure vient de sonner. Je ne sais laquelle : j'entends mal le marteau de l'horloge. Il me semble
que j'ai un bruit d'orgue dans les oreilles ; ce sont mes dernières pensées qui bourdonnent.
À ce moment suprême où je me recueille dans mes souvenirs, j'y retrouve mon crime avec horreur
; mais je voudrais me repentir davantage encore. J'avais plus de remords avant ma condamnation ; depuis,
il semble qu'il n'y ait plus de place que pour les pensées de mort. Pourtant, je voudrais bien me repentir
beaucoup.
Quand j'ai rêvé une minute à ce qu'il y a de passé dans ma vie, et que j'en reviens au coup de
hache qui doit la terminer tout à l'heure, je frissonne comme d'une chose nouvelle. Ma belle enfance ! ma
belle jeunesse ! étoffe dorée dont l'extrémité est sanglante. Entre alors et à présent, il y a une rivière de
sang, le sang de l'autre et le mien.
Si on lit un jour mon histoire, après tant d'années d'innocence et de bonheur, on ne voudra pas croire à
cette année exécrable, qui s'ouvre par un crime et se clôt par un supplice ; elle aura l'air dépareillée.
Et pourtant, misérables lois et misérables hommes, je n'étais pas un méchant !
Oh ! mourir dans quelques heures, et penser qu'il y a un an, à pareil jour, j'étais libre et pur que je faisais
mes promenades d'automne, que j'errais sous les arbres, et que je marchais dans les feuilles !
I.Étude de texte : (10 points)Recopiez et complétez le tableau suivant :
Titre de l'œuvre Auteur Siècle Genre du roman
2. Situez le texte dans son œuvre.
3. Le narrateur est perturbé .Relevez au niveau du premier paragraphe une phrase qui le montre.
4. Le narrateur se souvient de son crime. Quels sentiments éprouve-t-il ? (se limiter à deux sentiments)
5. Combien de temps, d'après le texte, lui reste-t-il à vivre ?
6. a)- Le narrateur regrette sa vie passée ; comment était-elle ?
b)- Que craint-il dans sa vie présente ?
7. -« entre alors et à présent, il y a une rivière de sang ; le sang de l'autre et le mien»
a)- identifiez la figure de style employée dans cet énoncé.
b)- Quel en est l'effet recherché ?
8. a)- relevez dans le texte deux mots ou expressions se rapportant au champ lexical de la mort
b)- Quelle tonalité, registre ces mots donnent-ils au texte ?
9. Le narrateur sera mort au coup de hache; comment qualifiez-vous cette forme d'exécution ?
10. D'après le texte et d'après votre lecture de l'œuvre, quel message l’auteur, à travers le narrateur, veut-
il transmettre ?
II. Production écrite : (10 points)
Sujet : Pour régler leurs problèmes certaines personnes recourent à la violence.-Approuvez-vous
cette attitude ?-Rédigez un texte dans lequel vous justifiez votre point de vue à l'aide d'arguments
et d'exemples tirés de votre vécu. I.
robe qui lui va bien. Je l'ai prise, je l'ai enlevée dans mes bras, je l'ai assise sur mes genoux, je l'ai
baisée sur ses cheveux. Pourquoi pas avec sa mère ? - Sa mère est malade, sa grand mère aussi.
C'est bien. Elle me regardait d'un air étonné ; caressée, embrassée, dévorée de baisers et se laissant
faire mais jetant de temps en temps un coup d'œil inquiet sur sa bonne, qui pleurait dans le coin.
(…)Hélas ! n'aimer ardemment qu'un seul être au monde, l'aimer avec tout son amour, et l'avoir
devant soi, qui vous voit et vous regarde, vous parle et vous répond, et ne vous connaît pas ! Ne
vouloir de consolation que de lui, et qu'il soit le seul qui ne sache pas qu'il vous en faut parce que
vous allez mourir !
- Marie, ai-je repris, as-tu un papa ?
- Oui, monsieur, a dit l'enfant.
- Eh bien, où est-il ?
Elle a levé ses grands yeux étonnés.
- Ah ! vous ne savez donc pas ? il est mort.
Puis elle a crié ; j'avais failli la laisser tomber.
-Mort ! disais-je. Marie, sais-tu ce que c'est qu'être mort
- Oui, monsieur, a-t-elle répondu. Il est dans la terre et dans le ciel.
Elle a continué d'elle-même :
- Je prie le bon Dieu pour lui matin et soir sur les genoux de maman.
Je l'ai baisée au front.
- Marie, dis-moi ta prière.
- Je ne peux pas, monsieur. Une prière, cela ne se dit pas dans le jour Venez ce soir dans ma
maison ; je la dirai.
C'était assez de cela. Je l'ai interrompue.
- Marie, c'est moi qui suis ton papa.
- Ah ! m'a-t-elle dit.
J'ai ajouté :
- Veux-tu que je sois ton papa ? L'enfant s'est détournée.
- Non, mon papa était bien plus beau.
Je l'ai couverte de baisers et de larmes. Elle a cherché à se dégager de mes bras en criant :
- Vous me faites mal avec votre barbe.
Alors, je l'ai replacée sur mes genoux, en la couvant des yeux, et puis je l'ai questionnée.
- Marie, sais-tu lire ?
- Oui, a-t-elle répondu. Je sais bien lire. Maman me fait lire mes lettres.
-Voyons, lis un peu, lui ai-je dit en lui montrant un papier qu'elle tenait chiffonné dans une
de ses petites mains.Elle a hoché sa jolie tête.
- Ah bien ! je ne sais lire que des fables.
- Essaie toujours. Voyons, lis.
Elle a déployé le papier, et s'est mise à épeler avec son doigt :
- A, R, an R, E, T, rêt, ARRET...
Je lui ai arraché cela des mains. C'est ma sentence de mort qu'elle me lisait. Sa bonne avait
eu le papier pour un sou. Il me coûtait plus cher, à moi.
Il n'y a pas de paroles pour ce que j'éprouvais. Ma violence l'avait effrayée ; elle pleurait presque.
Tout à coup elle m'a dit :
- Rendez-moi donc mon papier, tiens ! c'est pour jouer Je l'ai remise à sa bonne.
- Emportez-la.
Et je suis retombé sur ma chaise, sombre, désert, désespéré. À présent ils devraient venir ; je
ne tiens plus à rien ; la dernière fibre de mon cœur est brisée.
Je suis bon pour ce qu'ils vont faire.
I. COMPRÉHENSION : (10 points)
1. En vous référant à l’œuvre dont le texte est extrait, recopiez et complétez le tableau suivant :
auteur :genre :siècle :autre :œuvre
2. Situez le passage par rapport à l’œuvre
3. Les informations suivantes sont-elles vraies ou fausses ? Justifiez chacune de vos réponses en citant
une phrase du texte : (2
a. Marie est accompagnée par une autre personne.
b. Marie veut bien que le narrateur soit son père.
c. Marie lit au narrateur une lettre de sa mère.
d. Le narrateur est satisfait de cette rencontre.
4. Pourquoi Marie ne reconnait-elle plus son père ? (1 pt)
5. Relevez deux mots appartenant au champ lexical de l’affection. (1 pt)
6. « Elle a cherché à se dégager de mes bras en criant :
- Vous me faites mal … »
Transposez cette phrase au discours indirect, sachant que le narrateur
rapporte ses propres paroles. (1
7. « Elle me regardait d'un air étonné ; caressée, embrassée, dévorée de baisers et se laissant faire mais
jetant de temps en temps un coup d'œil inquiet sur sa bonne, qui pleurait dans le coin. » (0,5 pt)
La figure de style employée dans l’ensemble des éléments soulignés est une gradation. Est-
elle ascendante oudescendante ?
8. Quel est le registre qui domine dans ce texte ? (0,5 pt)
9. Dans ce texte, le condamné est presque exécuté par sa propre fille avant même de l’être par le
bourreau. Approuvez-vous l’analyse exprimée dans cette phrase ? Justifiez votre réponse. (1 pt)
10. Peut-on considérer ce passage comme un réquisitoire contre la peine de mort ? Justifiez votre réponse.
(1 pt)