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Ce document traite des équations d'Euler pour un fluide incompressible, en se concentrant sur l'existence de solutions régulières sous des conditions aux limites périodiques. Il établit un cadre théorique basé sur le principe de moindre action et explore les implications en dimensions variées, notamment en dimension 2 où des résultats spécifiques sont fournis. Enfin, il introduit des concepts clés tels que le champ de vecteurs, la divergence nulle et la formulation faible des équations.

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Ce document traite des équations d'Euler pour un fluide incompressible, en se concentrant sur l'existence de solutions régulières sous des conditions aux limites périodiques. Il établit un cadre théorique basé sur le principe de moindre action et explore les implications en dimensions variées, notamment en dimension 2 où des résultats spécifiques sont fournis. Enfin, il introduit des concepts clés tels que le champ de vecteurs, la divergence nulle et la formulation faible des équations.

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ÉQUATIONS D’EULER

D’UN FLUIDE INCOMPRESSIBLE

par

Jean-Yves Chemin

1.1. Introduction
Dans ce tout texte, nous allons étudier l’existence de solutions assez
régulières pour les équations d’Euler d’un fluide incompressible dans
le cadre des conditions aux limites périodiques. Ce choix est motivé
par un souci de simplicité. En effet, tous les résultats que nous allons
démontrer dans ce texte sont transposables dans le cadre de l’espace
entier, au prix de quelques précautions à l’infini ou bien aux domaines
à bord suffisamment réguliers avec condition de non porosité (c’est-
à-dire que la vitesse du fluide au bord est supposée tangente au bord)
au prix là de complications techniques parfois importantes. Lorsque
déf
d > 2, on définit le tore d dimensionnel Td = Rd /(2πZ)d .
Le texte est organisé comme suit. Dans la section 1.2, nous établi-
rons le système d’Euler d’un fluide incompressible à partir du principe
de moindre action. Dans la section 1.3, nous montrerons pourquoi le
problème (E) de l’introduction est un problème « bien posé » lorsque
la donnée initiale v0 est suffisamment régulière. Dans la section 1.4,
nous établirons une condition nécessaire pour que le temps maximal
d’existence soit fini et nous observerons que cette condition n’est ja-
mais vérifiée en dimension 2 d’espace. Puis dans la section 1.5, nous
étudierons le cas de la dimension 2 d’espace où nous établirons que le
système d’Euler des fluides incompressibles bidimensionnel est globa-
lement bien posé sous la seule hypothèse que le rotationnel du champ
10 J.-Y. CHEMIN

de vecteurs initial est borné. Enfin, dans la section 1.6, nous exhibe-
rons un exemple d’un fluide parfait incompressible dont le flot est à
régularité hölderienne strictement décroissante.

1.2. Qu’est-ce-qu’un fluide parfait ?


On cherche à décrire l’évolution d’un fluide parfait incompressible
entre deux temps t0 et t1 . Une particule de fluide située au point x à
l’instant t0 sera située, à l’instant t1 , au point ψ1 (x). L’incompressibi-
lité du fluide se traduit par le fait que l’application ψ1 , supposée être
un difféomorphisme, conserve la mesure, c’est-à-dire que son jacobien
est de déterminant 1.
Nous allons maintenant préciser les espaces fonctionnels avec les-
quels nous allons modéliser un fluide parfait incompressible. Dans
toute cette section, on se donne un difféomorphisme ψ1 du tore Td
tel que l’ensemble L0 défini ci-dessous soit non vide.

Définition 1.2.1. Nous désignerons par L l’espace des fonctions conti-


nûment différentiables de [t0 , t1 ] × Td dans Td telles que ψ(t0 ) = Id et
ψ(t1 ) = ψ1 , telles qu’à chaque instant t, la fonction ψ(t) soit un dif-
féomorphisme de Td . Nous désignerons par L0 l’espace des fonctions
de L telles qu’à tout instant t, le difféomorphisme ψ(t) préserve la
mesure.

Une évolution, a priori possible, d’un fluide incompressible entre


l’état à l’instant t0 et l’état décrit à l’instant t1 par le difféomor-
phisme ψ1 , est modélisée par une fonction ψ de l’espace L0 .
Pour introduire un problème variationnel, il convient de définir une
fonctionnelle dont les extrémales seront la clef du problème. Nous
allons ici introduire l’action.

Définition 1.2.2. On appellera action l’application A définie de L


dans R+ par
1 t1
Z Z
A(ψ) = |∂t ψ(t, x)|2 dxdt.
2 t0 Rd

L’action est une forme quadratique. L’espace L est inclus dans un


espace affine. Le calcul de la différentielle de l’action A est des plus
EXPOSÉ No 1. ÉQUATIONS D’EULER D’UN FLUIDE INCOMPRESSIBLE 11

élémentaires. On a
Z t1 Z
(1.2.3) DAψ h = ∂t ψ(t, x) ∂t h(t, x) dt dx.
t0 Rd

L’idée est de définir un fluide parfait incompressible comme un


fluide incompressible évoluant suivant des extrémales de la fonction-
nelle action A restreinte à l’espace L0 . Il s’agit de l’analogue, en
dimension infinie, du problème des points extrémaux d’une fonction
restreinte à une hypersurface.
Soit f une fonction à valeurs réelles de classe C 1 sur un ouvert Ω
de Rd et S une sous-variété de Ω. Une condition nécessaire pour qu’un
point x0 de S soit un point extrémal de f restreinte à S est que, pour
toute courbe γ dérivable tracée sur S telle que γ(0) = x0 , on ait
d
f (γ(s))|s=0 = 0.
ds
Cela conduit à la définition suivante, basée sur le principe de
moindre action.

Définition 1.2.4. On dit qu’un fluide incompressible est parfait s’il


évolue entre le temps t0 et l’état ψ1 au temps t1 suivant un élément ψ
de L0 tel que, pour toute fonction Θ continûment différentiable de
[−a, a] dans L0 telle que Θ(0) = ψ, on ait
d
A(Θ(s))|s=0 = 0.
ds
Cette définition dit qu’un fluide parfait incompressible évolue le
long de point extrémaux de la fonctionnelle action, c’est-à-dire le long
de « géodésiques » du groupe des difféomorphismes qui préservent le
volume. Elle est basée sur une description lagrangienne d’un fluide,
c’est-à-dire sur la connaissance de l’évolution de la position de chaque
particule de fluide. Le théorème qui suit décrit un fluide parfait in-
compressible en termes eulériens, c’est-à-dire en termes de vitesse
d’une particule située au point x à l’instant t.

Théorème 1.2.5. Soient ψ un élément de L0 et v le champ de vecteurs


associé à ψ par

(1.2.6) v(t, x) = ∂t ψ(t, ψ −1 (t, x)).


12 J.-Y. CHEMIN

Le champ de vecteurs v est de divergence nulle, c’est-à-dire que


d
déf X
div v = ∂j v j = 0.
j=1

Le flot ψ sera le flot d’un fluide parfait incompressible si et seulement


si il existe une fonction p telle que, si l’on note v · ∇ l’opérateur
Pd j
j=1 v ∂j , on ait
∂t v + v · ∇v = −∇p.

Notons que ∇v représente la matrice (∂i v j )i,j . Pour démontrer ce


théorème, il suffit d’observer que, si Θ est une fonction de [−a, a]
dans L, telle que Θ(0, ·) = ψ, alors

Θ([−a, a]) ⊂ L0 ⇐⇒
 
div(∂s Θ)(s, t, Θ−1 (s, t, x)) = 0 et ∂s Θ(s, t0 , ·) = ∂s Θ(s, t1 , ·) = 0

En effet, posons
déf
φ(s, t, x) = (∂s Θ)(s, t, Θ−1 (s, t, x)).
Comme, pour tout s de [−a, a], Θ(s, t0 , x) = x et Θ(s, t1 , ψ1 (x)) =
ψ1 (x), on a
Θ(s, t0 , ·) = ∂s Θ(s, t1 , ·) = 0.
Enfin, pour la condition de divergence, il suffit d’observer que
∂s dét Dx Θ(s, t, x) = (div φ)(s, t, Θ(s, t, x)) dét Dx Θ(s, t, x).
De plus, d’après (1.2.3), on a
Z t1 Z
d
A(Θ(s))|s=0 = ∂t ψ(t, x) ∂t τ (0, t, ψ(t, x))) dt dx.
ds t0 Td

Comme φ(0, t0 , ·) = φ(t1 , ·) = 0, on a par intégration par parties et


par application du théorème de dérivation composée,
Z t1 Z
d
A(Θ(s))|s=0 = − (∂t v +v ·∇v)(t, ψ(t, x))·φ(t, ψ(t, x)) dt dx.
ds t0 Td

Comme pour tout t, ψ(t, ·) est un difféomorphisme qui préserve la


mesure, on a
Z t1 Z
d
A(Θ(s))|s=0 = − (∂t v + v · ∇v)(t, y) · φ(t, y) dt dy.
ds t0 Td
EXPOSÉ No 1. ÉQUATIONS D’EULER D’UN FLUIDE INCOMPRESSIBLE 13

Considérons maintenant un champ de vecteurs φ de divergence nulle,


dépendant du temps et tel que φ(t0 , ·) = φ(t1 , ·) = 0, et considérons Θ
défini par
(
∂s Θ(s, x) = φ(t, Θ(s, t, x))
Θ(0, t, x) = ψ(t, x).
On a bien que Θ est une courbe tracée sur L0 . Ainsi donc, ψ sera
le flot d’un fluide parfait incompressible si et seulement si, pour tout
champ de vecteurs φ de divergence nulle, dépendant du temps, on a
Z t1 Z
(∂t v + v · ∇v)(t, y) · φ(t, y) dt dy = 0.
t0 Td

En prenant φ(t, y) du type α(t)φ(y), on trouve que ceci est équi-


valent à
Z
(1.2.7) ∀ t ∈ [t0 , t1 ], (∂t v + v · ∇v)(t, y) · φ(y) dy = 0.
Td
Introduisons maintenant le rotationnel ou tourbillon (vorticity en
anglais) qui est une quantité clef de la mécanique des fluides. Rappe-
lons sa définition.

Définition 1.2.8. Si v est un champ de vecteurs, le rotationnel de v,


noté Ωv ou simplement Ω en l’absence d’ambiguité, est la partie anti-
symétrique de la matrice Dv, c’est-à-dire que
déf
Ωkj = ∂j v k − ∂k v j

Remarquons qu’en dimension 2 d’espace, il peut être représenté


par le scalaire noté ω qui vaut ∂1 v 2 − ∂2 v 1 et qu’en dimension 3 il
peut être représenté par le vecteur
   
∂1 v1
Ω =  ∂2  ∧  v 2  .
   

∂3 v3
Nous avons la formule très simple suivante
X
(1.2.9) ∆uj = ∂k Ωu kj + ∂j div u,
k

où l’opérateur laplacien ∆ est défini par


X
∆uj = ∂i2 uj .
i
14 J.-Y. CHEMIN

Le laplacien étant injectif sur les fonctions de moyenne nulle, on a,


pour un champ de vecteurs de divergence nulle v quelconque,
∂k ∆−1 Ωjk .
X
(1.2.10) vj =
k

On a noté ∆−1
l’opérateur inverse du laplacien. On peut par exemple
le définir en utilisant la transformée de Fourier : à toute fonction f
définie sur Td on associe sa transformé de Fourier
Z
déf
F(f )(ξ) = e−ix·ξ f (x)dx,
Rd
où ξ est un vecteur de Zd ; si f est de moyenne nulle alors F(f )(0) = 0
et
(1.2.11) F(∆−1 f )(ξ) = |ξ|−2 F(f )(ξ).
Il est maintenant facile de voir que, si u est un champ de vecteurs tel
que, pour tout champ de vecteurs de divergence nulle φ, on a
Z
u(x) · φ(x)dx = 0,
Td
alors, en prenant pour φ des champ de vecteurs dont la j-ième com-
posante est −∂k f , la k-ième ∂j f , on trouve que Ωu = 0. Le laplacien
étant inversible sur les fonctions de moyenne nulle, la formule (1.2.9)
assure que u est un gradient.
Dans toute la suite de ce texte, nous allons donc considérer le
problème suivant, où les inconnues sont le champ de vecteurs v et le
champ scalaire p définis sur [0, T ] × Td et vérifiant

 ∂t v + v · ∇v = −∇p

(E) div v = 0


v|t=0 = v0 .
Remarquons tout de suite que si (v, p) est une solution de classe C 1
de (E) et v est un vecteur constant de R3 , alors le couple défini par

v(t, x − vt) , p(t, x − vt)
est aussi solution du système(1) . Dans toute la suite, nous supposerons
donc toujours (sans le rappeler) que v et p sont de moyenne nulle.
Nous allons conclure cette section par une formulation, dite faible,
de (E), qui sera utile lorsque nous quitterons le cadre des solutions

(1)
C’est l’invariance galiléenne de la mécanique classique.
EXPOSÉ No 1. ÉQUATIONS D’EULER D’UN FLUIDE INCOMPRESSIBLE 15

classiques, c’est-à-dire C 1 (voir les sections 1.5 et 1.6). Ce type de


formulation sera aussi utilisée dans le texte suivant pour l’équation
de Navier-Stokes.

Définition 1.2.12. Soit v un champ de vecteurs de divergence nulle


dont les composantes appartiennent à L2loc ([0, T ] × Td ). On dit que v
est une solution faible de (E) associée à la donnée initiale v0 si, pour
tout champ de vecteurs φ dans C ∞ ([0, T ] × Td ) à support compact,
de divergence nulle, on a
Z
(1.2.13) v · φ(t, x) dx
Td
Z Z tZ
= v0 (x) · φ(0, x) dx + (v ⊗ v : ∇φ + v · ∂t φ) dx dt0 .
Td 0 Td

Pour deux vecteurs a et b, on a noté a ⊗ b la matrice


déf
(1.2.14) (a ⊗ b)ij = ai bj
et si A et B sont deux matrices alors
déf X
(1.2.15) A:B = Aij Bij .
i,j

Si v est un champ de vecteurs de divergence nulle de classe C 1 véri-


fiant (1.2.7), en appliquant cette formulation à un champ de vecteurs
de divergence nulle quelconque de classe C 1 et dépendant du temps,
on trouve, par une intégration en temps puis des intégrations par
parties et grâce au fait que v est de divergence nulle, que
Z tZ
0= (∂t v + v · ∇v)(t, y) · φ(t, y) dy dt
0 Td
Z Z
= v(t, y) · φ(t, y) dy − v(0, y) · φ(0, y) dy
Td Td
Z tZ
− (v ⊗ v : ∇φ + v · ∂t φ) dy dt0 .
0 Td

1.3. Résolution locale en temps pour des données


suffisamment régulières
Nous allons tout d’abord définir les espaces fonctionnels avec les-
quels nous allons travailler.
16 J.-Y. CHEMIN

Définition 1.3.1. Soit r un élément de R+ r N. L’espace C r des fonc-


tions höldériennes d’indice r est l’ensemble des fonction a de T3
dans R telles que
déf |∂ α a(x) − ∂ α a(y)|
kakC r = sup k∂ α akL∞ + sup < ∞.
|α|6[r] |α|=[r] |x − y|r−[r]
x6=y

On notera r
Cdiv
l’ensembles des champ de vecteurs de divergence nulle
3
de T dont les composantes appartiennent à C r .

Remarquons que la famille C r est une famille décroissante d’espace


et que, grâce au théorème d’Ascoli, les inclusions sont compactes.
Le résultat fondamental de cette section est le suivant.

Théorème 1.3.2. Soient r un réel strictement supérieur à 1 et v0


un champ de vecteurs appartenant à Cdiv r . Il existe alors un

unique T ? maximal, et un unique couple (v, p) appartenant à l’espace


L∞ ? r
loc ([0, T [; Cdiv × C
r+1 )) solution de (E). En d’autres termes, pour

tout T < T ∗ il existe une constante CT telle que pour tout t ∈ [0, T ]
kv(t, ·)kC r + kp(t, ·)kC r+1 6 CT
D’autre part il existe une constante C ne dépendant que de r telle
que
C
(1.3.2)(∗) T? > ·
kv0 kC r
Enfin, si le temps maximal d’existence T ? est fini, alors
Z T?
k∇v(t)kL∞ dt = ∞.
0

La première étape consiste à calculer la pression. En effet, consi-


dérons une solution (v, p) de classe C 1 × C 2 de (E). En appliquant
l’opérateur de divergence à (E), on trouve que la pression satisfait
X
(1.3.3) −∆p = ∂j v k ∂k v j .
j,k

Remarquons que le fait que le champ de vecteurs v soit de divergence


nulle assure que
X X
(1.3.4) −∆p = ∂j (v k ∂k v j ) = ∂j ∂k (v k v j ).
j,k j,k
EXPOSÉ No 1. ÉQUATIONS D’EULER D’UN FLUIDE INCOMPRESSIBLE 17

Comme nous sommes dans le cadre périodique et que p est de


moyenne nulle, la pression p est déterminée de manière unique par
(1.3.3). La démonstration du théorème repose essentiellement sur
le résultat suivant que nous admettrons, et dont la démonstration
n’est pas tout à fait immédiate. Notons simplement que le fait que
les champs de vecteurs v et w soient de divergence nulle est crucial
dans la preuve.

Proposition 1.3.5. Soient v et w deux champs de vecteurs. On définit


π(v, w)
déf
∆−1 ∂j ∂k (v k wj ).
X
π(v, w) = −
j,k
r × C r dans C r
Pour tout r > 1, l’opérateur bilinéaire ∇π envoie Cdiv div
et il existe une constante cr telle que, pour tout couple (v, w) de
r × C r , on ait
Cdiv div

k∇π(v, w)kC r 6 cr (kvkC r k∇wkL∞ + k∇vkL∞ kwkC r ).

Enfin, pour 0 < ρ < 1, il existe une constant cρ telle que, pour tous
champs de vecteurs v et w de divergence nulle lipschitziens, on ait

k∇π(v, w)kC ρ 6 cρ (kvkC ρ k∇wkL∞ + k∇vkL∞ kwkC ρ ).

Une fois cette proposition établie, on introduit un schéma itératif


en définissant la suite (vn )n∈N par v0 (t, x) = v0 (x) et
(
∂t vn+1 + vn · ∇vn+1 = ∇π(vn , vn )
vn+1 |t=0 = v0 .

La construction de la solution se fait en deux étapes qui sont générales


dans la construction de solutions de systèmes de type hyperbolique :
(1) la suite (vn )n∈N est bornée « en grandes normes » c’est-à-dire
ici dans L∞ ([0, T ]; C r ) pour T assez petit ;
(2) la suite (vn )n∈N est de Cauchy « en petites normes » c’est-à-dire
ici dans L∞ ([0, T ]; C r−1 pour T assez petit.
Pour ce faire, observons que si ∂t f + v · ∇f = g, alors, en intégrant le
long des lignes de flots de v, on peut démontrer que, pour ρ ∈ ]0, 1[,
18 J.-Y. CHEMIN

et pour λ > 1,
(1.3.6)
 Z t  Z t0 
kf (t)kC ρ 6 kf (0)kC ρ + kg(t0 )kC ρ exp −λ k∇v(t00 )kL∞ dt00
0 0
 Z t 
× exp λ k∇v(t0 )kL∞ dt0 .
0
En dérivant l’équation et en observant que, pour tout couple de fonc-
tions (a, b) de (C ρ )2 , on a
(1.3.7) kabkC ρ 6 kakL∞ kbkC ρ + kakC ρ kbkL∞ 6 kakC ρ kbkC ρ ,
on démontre que, pour 1 < r < 2, et pour tout λ > C (constante
dépendant de r),
 Z t  Z t0 
0 00 00
kf (t)kC r 6 kf (0)kC r + kg(t )kC r exp −λ kv(t )kC r dt
0 0
 Z t 
× exp λ kv(t0 )kC r dt0 .
0
En appliquant cette inégalité à v = vn , f = vn+1 et g = ∇π(v, v),
on démontre aisément par récurrence que, si T kv0 kC r est assez petit,
alors, pour tout n, on a kvn+1 kL∞ r 6 2kv0 kC r .
T (C )
Pour démontrer que la suite (vn )n∈N est de Cauchy dans l’espace
∞ déf
L ([0, T ); C r−1 ), écrivons que pour wn+1 = vn+1 − vn , et w0 = 0,
on a
∂t wn+1 + vn · ∇wn+1 = −wn · ∇vn + ∇π(wn , vn + vn−1 ).
La seconde inégalité de la proposition 1.3.5 ainsi que les inégalités
(1.3.6) et (1.3.7) assurent que, pour T kv0 kC r assez petit, la suite
(vn )n∈N est de Cauchy dans L∞ ([0, T ); C r−1 ) et donc converge vers v
dans L∞ ([0, T ]; C r−1 ). En utilisant la compacité de l’inclusion de
de C r1 dans C r2 lorsque r1 < r2 (c’est le théorème d’Ascoli), on
en déduit que v appartient à L∞ [0, T ]; C r ) et est solution de (E).
Enfin, en dérivant l’équation et en appliquant (1.3.6) avec f = ∂j v et
g = ∂j v · ∇v + ∂j ∇π puis en appliquant l’inégalité (1.3.7), on trouve
que
 Z t 
(1.3.8) kv(t)kC r 6 kv0 kr exp Cr k∇v(t0 )kL∞ dt0
0
ce qui permet de démontrer l’ensemble du théorème.
EXPOSÉ No 1. ÉQUATIONS D’EULER D’UN FLUIDE INCOMPRESSIBLE 19

1.4. Une condition nécessaire d’explosion portant


sur le tourbillon
Le résultat principal de cette section est une amélioration de la
condition d’explosion (1.3.2)(∗).
Théorème 1.4.1. Soient r un réel strictement supérieur à 1 et v0 un
champ de vecteurs de divergence nulle appartenant à Cdivr . Soit T ?

le temps maximal d’existence de la solution de (E) donnée par le


théorème 1.3.2. Si T ? est fini, alors
Z T?
kΩ(t)kL∞ dt = +∞.
0
Ce résultat a un corollaire très important en dimension 2 d’espace.
Un calcul très simple montre que, si (v, p) est solution de (E) alors
(cf. Définition 1.2.8)
(1.4.2) ∂t ω + v · ∇ω = 0.
Donc la norme L∞ du tourbillon est conservée et donc la condition
d’explosion du théorème 1.4.1 ci-dessus n’est jamais vérifiée ! On en
déduit alors le théorème suivant.
Théorème 1.4.3. Supposons d = 2. Soit v0 une donnée initiale dans
r avec r > 1. Il existe alors une unique solution globale (v, p) dans
Cdiv
∞ r × C r+1 ).
Lloc (R; Cdiv
La démonstration du théorème 1.4.1 repose sur la loi de Biot et Sa-
vard (1.2.10). Il s’agit maintenant de traduire cette formule en terme
d’estimations. Ceci se fait au travers du théorème suivant que nous
admettrons et qui contient des inégalités difficiles d’analyse harmo-
nique.
Théorème 1.4.4. Pour tout r ∈ R+ r N, il existe une constante C telle
r , on ait
que, pour tout v dans Cdiv
(1.4.5) k∇vkL∞ 6 CkΩkL∞ log(e + kvkC r ).
De plus, il existe une constante C telle que, pour tout p ∈ ]1, ∞[,
(1.4.6) k∇vkLp 6 CpkΩkLp .
Enfin, il existe une constante C telle que, pour tous x et y dans Td ,
(1.4.7) |v(x) − v(y)| 6 CkΩkL∞ |x − y|(1 − log(|x − y|)).
20 J.-Y. CHEMIN

Comme nous le verrons dans la section 1.6, il existe des exemples


explicites de tourbillon borné pour lequel le champ de vecteurs de
divergence nulle associé n’est pas lipschiztien.
Pour démontrer le théorème 1.4.1, on procède par contraposition.
Soit T un temps strictement positif et v une solution sur [0, T [, loca-
r ; on suppose que
lement bornée à valeurs Cdiv
Z T
(1.4.8) kΩ(t)kL∞ dt < ∞.
0
Appliquons l’inégalité (1.4.5) à chaque instant t < T . Il vient
k∇v(t)kL∞ 6 CkΩ(t)kL∞ log(e + log kv(t)kC r ).
L’inégalité (1.3.8) implique alors que
h  Z t i
k∇v(t)kL∞ 6 CkΩ(t)k L∞ log e+kv0 k Cr exp C k∇v(t0 )kL∞ dt0
Z 0t
6 C log(e + kv0 kC r )kΩ(t)kL∞ + CkΩ(t)kL∞ k∇v(t0 )kL∞ dt0 .
0
Le lemme de Gronwall permet d’affirmer que la fonction
Rt 0 0
0 k∇v(t )kL∞ dt reste bornée et donc que T n’est pas le temps
maximal d’existence.

1.5. Les solutions à tourbillon borné en dimension deux


Dans cette section, nous allons nous intéresser aux solutions de
l’équation d’Euler en dimension 2 d’espace associées à des données
initiales dont le tourbillon est seulement borné. Énonçons le théorème
principal de cette section, dû à Yudovich [2].
Théorème 1.5.1. Soit v0 un champ de vecteurs de divergence nulle tel
que son tourbillon ω0 soit borné. Il existe alors une unique solution
faible v de (E) telle que, pour tout temps t, et pour tout p de [1, ∞],
on ait
kω(t, ·)kLp 6 kω0 kLp .
De plus, ce champ de vecteurs v possède un flot. Plus précisément, il
existe une unique application ψ continue de R × T2 dans T2 telle que
Z t
ψ(t, x) = x + v(t0 , ψ(t0 , x))dt0 .
0
En outre, il existe une constante C telle que
ψ(t) ∈ C exp(−Ctkω0 kL∞ ∩Lp ) .
EXPOSÉ No 1. ÉQUATIONS D’EULER D’UN FLUIDE INCOMPRESSIBLE 21

La démonstration de la première partie du théorème repose essen-


tiellement sur le lemme suivant.

Lemme 1.5.2. Soient (v1 , p1 ) et (v2 , p2 ) deux solutions faibles à tour-


billon borné du système d’Euler incompressible (E) en dimension 2
d’espace. Il existe alors une constante C0 (ne dépendant que de
kω1 (0)kL2 et de kω2 (0)kL2 ) telle qu’on ait l’inégalité suivante :

kv1 (0) − v2 (0)k2L2 6 e− exp(2C0 kω0 kL∞ t)−1


−2 exp(C0 t) (1−2 exp(−C0 t))
=⇒ kv1 (t) − v2 (t)k2L2 6 kv1 (0) − v2 (0)kL2 e .

Remarquons tout d’abord que ce lemme implique immédiatement


l’unicité de la solution lorsque le tourbillon est borné.
Nous n’allons donner quelques éléments de la démonstration que
nous présentons que dans le cas où v1 et v2 sont régulières. En formant
déf
l’équation sur la différence w = u1 − u2 et en faisant une estimation
d’énergie, on trouve que
1d
kw(t)k2L2 6 (w · ∇v2 |w(t))L2 .
2 dt
Soit p > 1. On a, d’après l’inégalité de Hölder et les inégalité (1.4.6)
et (1.4.7),

(w·∇v2 |w(t))L2 6 Cpkω2 (0)kL∞ kw(t)k2L2p/(p−1)


2/(p−1) 2(1−1/(p−1))
6 Cpkω2 (0)kL∞ kw(t)kL∞ kw(t)kL2
2(1−1/(p−1))
6 Cp(kω1 kL∞ + kω2 (0)kL∞ )2/(p−1) kω2 (0)kL∞ kw(t)kL2 .

Supposons que kw(0)k2L2 < 1 et considérons un réel η tel que 0 < η <
déf
1 − kw(0)k2L2 . On pose alors Jη (t) = η + kw(t)k2L2 .
2(1−1/(p−1))
Jη0 (t) 6 Cp(kω1 kL∞ +kω2 (0)kL∞ )2/(p−1) kω2 (0)kL∞ kw(t)kL2 .
Si p > 2, on a
Jη0 (t) 6 C0 pJη (t)1−1/(p−1) .
Tant que Jη0 (t) 6 e−2 on peut prendre p = 1 − log Jη (t). D’où il vient
Jη (t) 6 C0 (1 − log Jη (t))Jη (t).
D’où le résultat par intégration et en faisant ensuite tendre η vers 0.
22 J.-Y. CHEMIN

Démontrons l’existence de solutions. Pour ce faire, considérons la


suite de données initiales définies par
Z
v0,n (x) = χ((n + 1)y)v0 (x − y)dy

où χ est une fonction indéfiniment différentiable à support dans


[−1/2, 1/2]2 d’intégrale 1. On a bien évidemment
kω0,n kL∞ 6 kω0 kL∞ et lim kv0,n − v0 kL2 = 0.
n→∞

Soit (vn )n∈N la suite de solutions globales régulières données par le


théorème 1.4.3. Le Lemme 1.5.2 permet d’affirmer que pour tout T ,
la suite (vn )n∈N est de Cauchy dans L∞ ([0, T ]; L2 ). On peut donc
passer à la limite dans la formulation faible (1.2.13) et la première
partie du théorème est ainsi démontrée.
La seconde partie du théorème est la conséquence, via l’inégalité
(1.4.7) du théorème 1.4.4, d’un théorème général sur les équations
différentielles ordinaires. Dans toute la suite, µ désignera une fonc-
tion de R+ dans lui-même, nulle en 0, strictement positive ailleurs,
croissante et continue.

Définition 1.5.3. Considérons deux espaces métriques (X, d) et (Y, δ).


Nous désignerons par Cµ (X, Y ) l’ensemble des fonctions u bornées
de X dans Y pour lequelles il existe C telle que, pour tout x ∈ X et
tout y ∈ X, on ait
δ(u(x), u(y)) 6 Cµ(d(x, y)).

Remarque. Si (Y, δ) est un espace de Banach (que l’on notera


(E, k·k)), l’espace Cµ (X, E) est un espace de Banach muni de la
norme
ku(x) − u(y)k
kukµ = kukL∞ + sup ·
(x,y)∈X×X, x6=y µ(d(x, y))
Le théorème ci-dessous décrit sous quelles hypothèses simples nous
avons existence et unicité des courbes intégrales pour une équation
différentielle ordinaire.

Théorème 1.5.4. Soient E un espace de Banach, Ω un ouvert de E,


I un intervalle ouvert de R et (t0 , x0 ) un élément de I × Ω. On consi-
dère alors une fonction F appartenant à l’espace L1loc (I; Cµ (Ω; E)).
EXPOSÉ No 1. ÉQUATIONS D’EULER D’UN FLUIDE INCOMPRESSIBLE 23

On suppose de plus que µ satisfait la condition dite d’Osgood, à savoir


que
Z 1
dr
(1.5.4)(∗) = +∞.
0 µ(r)
Alors, il existe un intervalle J tel que t0 ∈ J ⊂ I et tel que l’équation
Z t
(EDO) x(t) = x0 + F (s, x(s))ds
t0

admette une et une seule solution continue définie sur l’intervalle J.

Pour démontrer ce théorème, commençons donc par établir l’uni-


cité des trajectoires. Considérons x1 (t) et x2 (t) deux solutions de
(EDO) définies sur un voisinage Je de t0 avec la même donnée ini-
tiale x0 . On pose
ρ(t) = kx1 (t) − x2 (t)k.
On déduit immédiatement de l’appartenance de F à L1loc (I; Cµ (Ω, E))
que
Z t
(1.5.5) 0 6 ρ(t) 6 γ(s)µ(ρ(s))ds avec γ ∈ L1loc (I) et γ > 0.
t0

Le lemme clef est le suivant.

Lemme 1.5.6. Soient ρ une fonction mesurable et positive, γ une fonc-


tion positive localement intégrable et µ une fonction continue ainsi
que croissante. On suppose que, pour un réel positif a, la fonction ρ
vérifie
Z t
(1.5.6)(∗) ρ(t) 6 a + γ(s)µ(ρ(s))ds.
t0

Si a est non nul, alors on a


Z t Z 1
dr
(1.5.6)(∗∗) −M(ρ(t))+M(a) 6 γ(s)ds avec M(x) = ·
t0 x µ(r)
Si a est nul et si µ vérifie (1.5.4)(∗), alors la fonction ρ est identi-
quement nulle.

Pour démontrer ce lemme, posons tout d’abord


Z t
Ra (t) = a + γ(s)µ(ρ(s))ds.
t0
24 J.-Y. CHEMIN

La fonction Ra est une fonction continue et croissante. On a donc, au


sens des distributions,
Ṙa (t) = γ(t)µ(ρ(t)).
Il résulte alors de la croissance de µ que
(1.5.7) Ṙa (t) 6 γ(t)µ(Ra (t)).
Supposons que a soit strictement positif. La fonction Ra est alors
strictement positive. Comme la fonction M est continûment différen-
tiable sur l’ensemble des réels strictement positifs, il résulte de (1.5.7)
que
d Ṙa (t)
− M(Ra (t)) = 6 γ(t).
dt µ(Ra (t))
En intégrant cette inégalité, on obtient l’inégalité (1.5.6)(∗∗) en se
souvenant que la fonction −M est croissante et que ρ 6 Ra .
Supposons maintenant a nul et ρ non identiquement nulle près
de t0 . La croissance de µ autorise à remplacer ρ par la fonction (que
l’on persistera à noter ρ) sups∈[t0 ,t] ρ(s). Il existe alors un réel t1 , stric-
tement supérieur à t0 , tel que l’on ait ρ(t1 ) > 0. Vu que la fonction ρ
satisfait (1.5.6)(∗) pour a = 0, elle satisfait également cette inégalité
pour tout a0 strictement positif. Il vient alors de l’inégalité (1.5.6)(∗∗)
que
Z t1
M(a0 ) 6 γ(τ )dτ + M(ρ(t1 )),
t0
et ce, pour tout a0 strictement positif. Ceci est contradictoire avec
l’hypothèse faite sur la divergence en 0 de l’intégrale de l’inverse de µ ;
la démonstration du lemme alors achevée.
Grâce à l’inégalité (1.5.5), l’unicité des courbes intégrales passant
par un point donné est une conséquence immédiate du Lemme 1.5.6.
Démontrons l’existence. On considère le classique schéma de Picard
Z t
xk+1 (t) = x0 + F (τ, xk (τ ))dτ.
t0

Nous omettons la vérification du fait que, pour J assez petit, on


reste dans le domaine de définition de la fonction F et que la suite
(xk )k∈N est une suite bornée de L∞ (J). Nous allons démontrer que la
suite ainsi définie est une suite de Cauchy dans l’espace des fonctions
EXPOSÉ No 1. ÉQUATIONS D’EULER D’UN FLUIDE INCOMPRESSIBLE 25

continues de l’intervalle J (choisi suffisamment petit) dans E. Pour


cela, posons
ρk+1,n (t) = kxk+1+n (t) − xk+1 (t)k.
Il vient Z t
0 6 ρk+1,n (t) 6 γ(τ )µ(ρk,n (τ ))dτ
t0
En posant ρk (t) = supn kxk+1+n (t) − xk+1 (t)k, on déduit de la crois-
sance de µ que
Z t
0 6 ρk+1 (t) 6 γ(τ )µ(ρk (τ ))dτ.
t0
Grâce au lemme de Fatou et à la croissance de µ, on déduit de l’in-
égalité ci-dessus que
Z t
déf
ρe(t) = lim sup ρk (t) 6 γ(τ )µ(ρe(τ ))dτ.
k→+∞ t0

En appliquant à nouveau le Lemme 1.5.6, on trouve que ρe(t) est iden-


tiquement nulle au voisinage de t0 , ce qui conclut la démonstration
du théorème 1.5.4.
Pour démontrer l’intégralité du théorème de Yudovich, il suffit
maintenant d’étudier la régularité en la variable x du flot ψ. Pour
ce faire, considérons deux courbes intégrales de v, notées x1 (t) et
x2 (t), issues respectivement de deux points distincts x1 et x2 tels que
kx1 − x2 k < 1.
Les inégalités écrites ci-après sont valables seulement si
kx1 (t) − x2 (t)k < 1.
Par définition de l’espace Cµ , il vient
Z t
kx1 (t) − x2 (t)k 6 kx1 − x2 k + kv(τ, x1 (τ )) − v(τ, x2 (τ ))kdτ
0
Z t
6 kx1 − x2 k + kv(τ )kµ × µ(kx1 (τ ) − x2 (τ )k)dτ
0
Appliquons alors le Lemme 1.5.6 avec ρ(t) = kx1 (t) − x2 (t)k, a =
kx1 − x2 k et γ(t) = kv(t)kµ . Comme dans ce cas µ(r) = r(1 − log r),
il vient
Z t
− log(1 − log kx1 (t) − x2 (t)k) + log(1 − log kx1 − x2 k) 6 kv(τ )kµ dτ.
0
26 J.-Y. CHEMIN

En passant deux fois à l’exponentielle comme dans la précédente sec-


tion, il vient
Rt Rt
(1.5.8) kx1 (t)−x2 (t)k 6 kx1 −x2 kexp − 0
kv(s)kµ ds 1−exp −
e 0
kv(s)kµ ds
,
ceci ayant lieu tant que kx1 (t) − x2 (t)k < 1. La preuve du théorème
1.5.4 (et donc celle du théorème 1.5.1) est ainsi achevée.

1.6. Un exemple
Le but de cette section est d’exhiber une solution du système
d’Euler incompressible montrant le caractère optimal du théorème
de Yudovich. Pour des raisons de techniques de calcul, nous présen-
tons cet exemple dans R2 et non dans T2 . Nous allons construire une
solution vérifiant les propriétés suivantes :
– le tourbillon ω du champ de vecteurs v solution est, à chaque
instant t, borné et nul en dehors d’un ensemble compact,
– à chaque instant t, le flot ψ(t) de v n’appartient pas à la classe
de Hölder C exp −t .
Construisons tout d’abord la donnée initiale. Soit ω0 la fonction
sur le plan R2 nulle en dehors de [−1, 1] × [−1, 1], impaire en les deux
variables x1 et x2 et valant 2π sur [0, 1]×[0, 1]. On considère le champ
de vecteurs v0 défini par
1 x2 − y2
Z
− ω0 (y)dy
2π |x − y|2
v0 (x1 , x2 ) =
1 x1 − y1
Z
ω0 (y)dy.
2π |x − y|2
Nous allons démontrer le théorème ci-dessous.

Théorème 1.6.1. Soit v la solution de l’équation d’Euler associée à


la donnée initiale v0 définie ci-dessus. À l’instant t, le flot ψ(t) du
champ de vecteurs v n’appartient à C α pour aucun α > exp −t.

Pour démontrer ce théorème, le fait que le champ de vecteurs v0


présente des symétries va nous permettre de le décrire plus explicite-
ment. En effet, le champ de vecteurs v0 est symétrique par rapport
aux deux axes de coordonnées. Il en résulte que ce champ de vec-
teurs est tangent à ces deux axes et donc nul à l’origine. Nous allons
EXPOSÉ No 1. ÉQUATIONS D’EULER D’UN FLUIDE INCOMPRESSIBLE 27

démontrer la proposition suivante qui implique en particulier que le


champ de vecteurs v0 n’est pas lipschitzien.

Proposition 1.6.2. Il existe une constante C telle que, pour tout x1 tel
que 0 6 x1 6 C, on ait

v01 (x1 , 0) > −2x1 log x1 .

En effet, en posant ω e 0 (x1 ) = 2H(x1 ) − 1 (H désignant la fonction


de Heaviside), il vient
1 y2
Z
v01 (x1 , 0) = ω0 (y)dy
2π |x − y|2
Z 1 Z 1
2y2
= dy1 ω
e 0 (y1 ) dy2 .
−1 0 (x1 − y1 )2 + y22
Par un calcul immédiat, on en déduit que

v01 (x1 , 0) = ve01 (x1 , 0) + v 10 (x1 , 0) avec


Z 1 Z 1
ve01 (x1 , 0) = − log(x1 − y1 )2 dy1 + log(x1 + y1 )2 dy1 et
0 0
1 + (x1 − y1 )2
Z 1
v 10 (x1 , 0) = log dy1 .
0 1 + (x1 + y1 )2
Il est évident que la fonction x1 7→ v 10 (x1 , 0) est une fonction impaire
indéfiniment différentiable. De plus, un calcul d’intégrale des plus
élémentaires assure que, pour 0 6 x1 < 1, on a

ve01 (x1 , 0) = −4x1 log x1 + 2(1 + x1 ) log(1 + x1 ) − 2(1 − x1 ) log(1 − x1 ).

Donc, lorsque 0 6 x1 < 1, on a

v01 (x1 , 0) = −4x1 log x1 + f (x1 ),

où f désigne une fonction impaire indéfiniment différentiable sur


] − 1, 1[. Ceci assure la conclusion de la proposition.
Revenons maintenant à l’équation d’Euler et à sa solution v cor-
respondant à la donnée initiale v0 . D’après le théorème de Yudovitch
(le théorème 1.5.1), le flot du champ de vecteurs v est une fonction
continue de la variable (t, x). De plus, on sait qu’à chaque instant,
le champ de vecteurs v est symétrique par rapport aux deux axes de
coordonnées. Donc ces deux axes sont globalement invariants par le
28 J.-Y. CHEMIN

flot. L’origine, qui est leur point d’intersection, est donc stable par le
flot ψ du champ de vecteurs v. On a ainsi, pour tout t,
(1.6.3) ψ(t, 0) = 0, ψ 1 (t, 0, x2 ) = 0 et ψ 2 (t, x1 , 0) = 0.
Soit T un réel strictement positif arbitraire. Le tourbillon est conservé
le long des lignes de champ (voir l’égalité (1.4.2)). La relation (1.6.3)
ci-dessus assure donc l’existence d’un voisinage W de l’origine tel que
l’on ait, pour tout t ∈ [0, T ],
ω(t)|W = ω0 |W .
Le champ de vecteurs de divergence nulle ve(t) = v(t) − v0 est symé-
trique par rapport aux deux axes de coordonnées. Son tourbillon est
identiquement nul sur W . Donc, il existe une constante A telle que
l’on ait, pour tout t ∈ [0, T ],
|v(t, x) − v0 (x)| 6 A|x|.
De la proposition 1.6.2, il résulte l’existence d’une constante C 0 telle
que, pour tout couple (t, x1 ) de [0, T ] × [0, C 0 ], on ait
v(t, x1 , 0) > −x1 log x1 .
Soit maintenant x1 ∈ [0, 1[ tel que, pour tout t ∈ [0, T ], on ait
ψ 1 (t, x1 , 0) ∈ [0, C 0 ].
Il résulte de l’inégalité ci-dessus que l’on a
ψ 1 (t, x1 , 0) > x1 (t) avec ẋ1 (t) = −x1 (t) log x1 (t).
Il en résulte alors que
−t
ψ 1 (t, x1 , 0) > xexp
1 .
Vu que ψ(t, 0) = 0, le théorème 1.6.1 est démontré.

1.7. Le paradoxe de d’Alembert


L’équation d’Euler reste aujourd’hui encore un modèle central en
dynamique des fluides. Néanmoins, sa validité cesse dès que le frotte-
ment visqueux devient important. Une illustration frappante de cette
limite de validité est le fameux paradoxe de d’Alembert, décrit de
manière heuristique dans l’introduction. Plus rigoureusement, ce pa-
radoxe peut s’énoncer comme suit :
EXPOSÉ No 1. ÉQUATIONS D’EULER D’UN FLUIDE INCOMPRESSIBLE 29

Théorème 1.7.1 (Paradoxe de d’Alembert). Soit Λ un « obstacle »,


c’est-à-dire un domaine régulier et borné de R3 , homéomorphe à une
sphère. Soit u = u(x) un champ régulier sur R3 r Λ (à l’extérieur de
l’obstacle) tangent au bord et uniforme à l’infini.
Si u est de divergence nulle et irrotationnel, alors c’est une solution
stationnaire de l’équation d’Euler, et la force exercée sur l’obstacle par
l’écoulement associé est nulle :
Z
déf
F = − pndσ = 0.
∂Λ

L’absence de force prédite par ce théorème est bien sûr irréaliste.


En particulier, elle interdit aux oiseaux de voler ! En effet, l’air initia-
lement au repos est irrotationnel et cette irrotationnalité est préser-
vée par l’équation d’Euler. En régime permanent, c’est-à-dire pour
un oiseau volant à vitesse constante, on est donc dans le cadre du
théorème, ce qui prescrit toute portance.
La résolution du paradoxe réside bien sûr dans l’incorporation au
modèle d’Euler des mécanismes de frottement visqueux. Ces méca-
nismes, en générant un tourbillon, permettent de sortir du cadre du
théorème. Cela nous amènera à discuter dans les textes suivants des
équations de Navier-Stokes.
Nous concluons ce paragraphe par une esquisse de la preuve du
Théorème 1.7.1. Pour plus de détails, nous renvoyons à [1]. En pre-
mier lieu, le fait qu’un champ u irrotationnel et à divergence nulle
soit solution de l’équation d’Euler découle de l’identité algébrique :
1
u · ∇u = −u × rot u + ∇|u|2 ,
2
où rot désigne le rotationnel (voir la Définition 1.2.8). En particulier,
déf
la pression associée est p(x) = − 12 |u|2 . De plus, comme D = R3 r Λ
est simplement connexe, le champ u est potentiel : u = ∇φ avec
∂φ
∆φ = 0 dans D, = 0, ∇φ −→ u∞ pour x −→ +∞.
∂n ∂Ω
On écrit alors φ sous la forme
déf
φ = u∞ · x + η(x)
pour une fonction harmonique η qui tend vers 0 à l’infini.
30 J.-Y. CHEMIN

Par des arguments classiques sur les fonctions harmoniques, cf. [1],
on montre que η(x) = O(|x|−2 ) à l’infini, puis que
u = u∞ + O(|x|−3 ), p = p∞ + O(|x|−3 ).
Ces propriétés de décroissance permettent d’appliquer la formule de
Stokes dans le domaine non-borné D, et d’obtenir
Z Z Z
0= (u · ∇u + ∇p) = (u · n)u + p n,
D ∂D ∂D
où n désigne la normale sortante à D. Par la condition d’imperméa-
bilité u · n|∂D = 0, on en déduit le résultat.

Références
[1] C. Marchioro & M. Pulvirenti – Mathematical theory of incom-
pressible nonviscous fluids, Applied Mathematical Sciences, vol. 96,
Springer-Verlag, New York, 1994.
[2] V. Yudovich – « Non stationary flows of an ideal, incompressible
fluid », Zh. Vych. Mat. 3 (1963), p. 1032–1066.

J.-Y. Chemin, Laboratoire J.-L. Lions, UMR 7598, Université Pierre et Marie
Curie, 75230 Paris Cedex 05, France • E-mail : [email protected]

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