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Catalogue

Le Concours National de la Résistance et de la Déportation 2024-2025 a pour thème 'Libérer et refonder la France (1943-1945)' et vise à engager les élèves dans un projet pédagogique commémoratif. Les modalités de participation varient selon les catégories d'établissements et incluent des travaux individuels et collectifs, avec des résultats célébrés lors de cérémonies officielles. La brochure pédagogique, coordonnée par la Fondation de la France Libre et la Fondation Charles de Gaulle, fournit des ressources pour aider les enseignants et les élèves dans leur préparation.

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Le Concours National de la Résistance et de la Déportation 2024-2025 a pour thème 'Libérer et refonder la France (1943-1945)' et vise à engager les élèves dans un projet pédagogique commémoratif. Les modalités de participation varient selon les catégories d'établissements et incluent des travaux individuels et collectifs, avec des résultats célébrés lors de cérémonies officielles. La brochure pédagogique, coordonnée par la Fondation de la France Libre et la Fondation Charles de Gaulle, fournit des ressources pour aider les enseignants et les élèves dans leur préparation.

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CONCOURS NATIONAL DE LA RÉSISTANCE ET DE LA DÉPORTATION 2024-2025

Libérer et refonder
la France
(1943-1945)
Dossier pédagogique préparatoire

Brochure coordonnée
par la Fondation
de la France Libre
et la Fondation
Charles de Gaulle
Renseignements utiles
Concours national de la Résistance et de la Déportation 2023-2024

Dans cette rubrique figurent les informations essentielles pour participer à ce concours. Nous vous conseillons de vous repor-
ter, pour plus de détails, aux informations officielles du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, mises en ligne sur
le site éduscol : eduscol.education.fr/cnrd. Pour toute demande relative au concours, vous pouvez vous rapprocher du référent
« mémoire et citoyenneté » de votre académie.

Thème : « Libérer et refonder la France (1943-1945) »


INSCRIPTIONS
Q Pour les élèves des établissements publics et privés sous contrat dépendant des ministères chargés de l’éducation nationale, de
l’agriculture, des armées et de la mer : les enseignants sont invités à inscrire les candidats sur l’application ADAGE via l’intranet académique.
Q Pour les élèves des établissements français à l’étranger : se référer aux instructions données par l’AEFE.
Q Pour les élèves scolarisés au CNED : se référer aux instructions données par le CNED.
Q Pour les élèves des autres établissements n’ayant pas accès à ADAGE (ex : CFA, IME, EPIDE, établissements de Wallis-et-Futuna…) :
se référer aux instructions données par le recteur (ou le vice-recteur) de leur académie.

PARTICIPATION AU CONCOURS
Catégories de participation Modalités de participation
Q 1ère catégorie – Classes de tous les lycées Réalisation d’un devoir individuel en classe, sous surveillance, sans documents personnels.
(à l’exception des formations post-baccalauréat) Durée : 3 heures.

Q 2e catégorie – Classes de tous les lycées Réalisation d’un travail collectif pouvant prendre différentes formes. Pour la taille et le poids des travaux ainsi
(à l’exception des formations post-baccalauréat) que la durée des travaux audiovisuels et sonores, se reporter au règlement annuel du concours.

Q 3e catégorie – Collèges Réalisation d’un devoir individuel en classe, sous surveillance, sans documents personnels.
(classes de 3e uniquement) Durée : 2 heures.

Q 4e catégorie – Collèges Réalisation d’un travail collectif pouvant prendre différentes formes. Pour la taille et le poids des travaux ainsi
(classes de 3e uniquement) que la durée des travaux audiovisuels et sonores, se reporter au règlement annuel du concours.

TRANSMISSION DES PRODUCTIONS RÉALISÉES


Les copies individuelles et les travaux collectifs sont à transmettre par l’établissement scolaire :
Q pour les établissements situés sur le territoire métropolitain : au service de l’Éducation nationale compétent (généralement la DSDEN mais par sécurité,
se référer aux instructions données par le recteur de l’académie)) ;
Q pour les établissements des DROM-COM : au rectorat ou vice-rectorat selon instructions reçues lors de l’inscription ;

Q pour les établissements français à l’étranger : à l’AEFE, selon les instructions reçues lors de l’inscription.

RÉSULTATS ET REMISES DES PRIX


Les lauréats académiques recevront leur prix lors d’une cérémonie organisée, si possible, à une date symbolique et dans un lieu lui conférant un caractère solennel.
Les meilleurs travaux de chaque catégorie seront sélectionnés à l’échelle académique pour être présentés au jury national. Les lauréats nationaux seront récompensés
à l'occasion d’une cérémonie officielle à Paris.

Concours de la meilleure photographie d’un lieu de Mémoire


Les Fondations Charles de Gaulle, pour la Les photographies doivent être envoyées à
Mémoire de la Déportation et de la Résistance l’adresse suivante avant le 14 juillet 2025 :
organisent chaque année, après les résultats
La Fondation Charles de Gaulle,
du Concours national de la Résistance et de pour les fondations pour la Mémoire
la Déportation, le concours de la meilleure de la Déportation et de la Résistance
photographie d’un lieu de Mémoire.
Photo Gabriel Pierre

Concours de la meilleure photographie


Ce concours offre aux élèves la possibilité d’un lieu de Mémoire
d’exprimer leur sensibilité aux aspects 5, rue de Solférino
artistiques et architecturaux des lieux de 75007 PARIS
Mémoire grâce à la technique photographique.
Les trois meilleures photographies seront diffusées Photomontage intitulé « Vivant par la
Avant toute participation, nous vous invitons sur les sites de la Fondation Charles de Gaulle Mémoire » réalisé à partir de clichés pris à
à lire le règlement du concours à l'adresse (www.charles-de-gaulle.org), de la Fondation pour la Maison d’Izieu (Ain) par Gabriel PIERRE,
suivante : la Mémoire de la Déportation (www.fondation élève du lycée Alain Fournier à Bourges
www.charles-de-gaulle.org/concours- memoiredeportation.com) et de la Fondation de la (Cher) qui a obtenu le premier prix en
meilleure-photographie-lieu-de-memoire/ Résistance (www.fondationresistance.org). 2022-2023.

2 – C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025


Sommaire Préface
La revue de la Fondation de la France Libre, « Libérer et refonder
n° 92 – septembre 2024 la France, 1943-1945 ».
Le thème tombe à
« Libérer et refonder la France propos pour tous les
(1943-1945) » professeurs désireux
d’engager leurs élèves
Lettre de cadrage dans un projet péda-
gogique dédié aux commémorations du 80e anniversaire
des débarquements et de la Libération.
4 Lettre de cadrage de Vincent Duclert, Depuis 1942, la « France Libre », née de l’appel du
inspecteur général de l’Éducation, du Sport 18 juin 1940, s’est, par la volonté de son chef, le général
et de la Recherche (IGÉSR), président du Collège de Gaulle, dissoute dans la « France combattante » pour
des correcteurs du CNRD affirmer l’union des résistances intérieure et extérieure.
Grâce à son obstination, les unités françaises participent
Partie 1 aux opérations de débarquement durant l’été 1944,
en Normandie et surtout en Provence. De manière
La Libération, un enjeu militaire ou politique ? symbolique, elles libèrent les principales métropoles
6 Le primat du politique sur le militaire : françaises, appuyées par la contribution active des Forces
de Gaulle plutôt que Giraud françaises de l’intérieur (FFI).
Moment de fête et de soulagement, l’atmosphère de
10 La préparation au combat
liesse de la Libération ne doit toutefois pas masquer le
13 Des débarquements distincts, mais complémentaires
lot des souffrances qui accompagnèrent les combats, le
14 Fiches ressources : plus souvent très âpres, pour refouler l’armée allemande.
Retracer le parcours de familles dans la guerre, Les tensions entre Français eux-mêmes sont aussi
les exemples des Torrès et des Lundy palpables. Le retour au pays des Français Libres n’est pas
Retracer le parcours d’une unité militaire : toujours facile. Le contact avec la réalité contraste avec
l'exemple de la 3e DIA la représentation d’un peuple qu’ils avaient eu tendance
Étudier un film de propagande américain à idéaliser, mais qui rallie l’armée à la marge seulement
pour achever la lutte.
Partie 2 Malgré tout, c’est un immense mouvement
d’espérance qui soutint les combats de celles et ceux
qui ne doutèrent pas que, de l’abaissement où elle était
Refaire la France : les projets tombée, la France renaîtrait sur des fondations nouvelles.
des combattants pour l’après-guerre Pour le général de Gaulle, les Français Libres et tous les
18 Le Conseil national de la Résistance, laboratoire résistants, l’objectif essentiel est de refaire la France, d’en
de la reconstruction en lien avec l’Assemblée d’Alger refaire une puissance qui compte, à l’appui d’une société
21 Le travail préparatoire du Comité régénérée. Les enjeux militaires et politiques sont donc
français de Libération nationale en permanence intriqués.
24 Fiche ressource : C’est ce que cette brochure souhaite mettre en
Savoir lire et comprendre un texte évidence. Elle doit beaucoup au travail des équipes
juridique, l’exemple de l’ordonnance du 9 août 1944 de la Fondation de la France Libre et de la Fondation
Charles de Gaulle, mais aussi aux contributions de tous
Partie 3 les partenaires, nombreux, qui se mobilisent chaque
année pour faire de cette brochure un outil utile aux
professeurs et à leurs élèves. Qu’ils en soient tous
Restaurer l’État dans une France chaleureusement remerciés.
à reconstruire
26 Libérer et restaurer l’autorité de l’État : Général Robert Bresse
ordres publics différenciés et combats de la Libération Président de la Fondation de la France Libre
29 Fiche ressource :
Lire une photographie, l’exemple
Hervé Gaymard
Président de la Fondation Charles de Gaulle
des photographies de la Libération
30 Revenir et reconstruire
32 Penser l'avenir
R EMARQUES
Un code de couleur et des pictogrammes permettent
Conclusion de se repérer dans la brochure : les mots orange
renvoient au glossaire situé page 34, ceux en bleu
34 Mémoire et mémoires de la Libération : et les pictogrammes à des ressources
complémentaires dans la version numérique de la
quels enjeux politiques d’hier à aujourd’hui ?
brochure.

34 Glossaire
Couverture : Descente des Champs-Elysées, le 26 août 1944,
35 Ressources numériques – Partenaires par les troupes de la 2e division blindée. © Library of Congress
36 Remerciements

C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025 – 3


LETTRE DE CADRAGE
L’intégralité de la lettre de cadrage ainsi que des éclairages de spécialistes sont à retrouver sur le site Éduscol
https://www.education.gouv.fr/le-concours-national-de-la-resistance-et-de-la-deportation-4295

Refonder la France commence par Riom en 1943, l’ancien ministre Jean Zay Ces réformes de structure décidant
la défense d’un esprit de liberté qui imagine le visage de « la France de d’une importante modernisation des
traverse « La Libération » et l’oblige demain ». Depuis Londres à la même finances publiques, de l’économie et
à concevoir comme à accomplir une date, la philosophe Simone Weil rédige de la société ne vont pas sans débat ni
refondation démocratique. Né de la à la demande du général de Gaulle un enjeux comme l’illustre la démission
Résistance et par la Résistance, avec « prélude à une déclaration des devoirs de Pierre Mendès France du ministère
toutes les formes civiles, militaires, envers l’être humain ». Et dans une lettre de l’Économie nationale le 6 avril
littéraires, morales…. et en tout lieu à son oncle du 6 mai 1943, la résistante 1945. Elles se réalisent aussi dans le
dont l’école et la déportation comme Geneviève de Gaulle rappelle au chef de cadre d’un retour à la souveraineté
le rappellent les thèmes du CNRD des la France combattante que « les femmes populaire et à l’extension du suffrage
sessions 2022-2023 et 2023-2024, cet ont prouvé, je pense, qu’elles pouvaient universel. La question du vote des
esprit de liberté n’en possède que plus aussi servir. » femmes est posée en mars 1944 à Alger,
de légitimité et de visibilité, à l’image notamment par le délégué communiste
du poème de Paul Éluard, Liberté j’écris Libérer la France ne va pas sans la Fernand Grenier se référant aux
ton nom, composé en 1942, réédité refonder, et sa refondation commence déclarations du général de Gaulle du
à la Libération et dont le succès est avant même la libération complète 23 juin 1942. L’ordonnance du Comité
immédiat. du territoire nationale ni même celle français de Libération nationale (CFLN)
des deux millions de Françaises et du 21 avril 1944 est confirmée par
L’unité de la libération et de la Français détenus par le IIIe Reich sous une ordonnance du Gouvernement
refondation de la France est affirmée dès des statuts différents (prisonniers de provisoire de la République française
la défaite de 1940, dans la certitude qu’en guerre, service du travail obligatoire (GPRF) du 5 octobre 1944, toutes
se défendant, la République renaîtra et (STO), déportés dits politiques, déportés d e u x s i g n é e s p a r s o n P ré s i d e n t ,
qu’elle saura assumer sa part dans la dits raciaux). La découverte du centre de octroyant officiellement aux femmes
confrontation définitive entre les États mise à mort d’Auschwitz-Birkenau par majeures, sans restriction, le droit
démocratiques et les États totalitaires les forces soviétiques n’intervient que d’être élues et électrices. Elles votent
selon la lecture de Raymond Aron le 27 janvier 1945. Les rares survivants pour la première fois aux élections
en juin 1939 – lecture succédant au de la « Solution finale » et des camps municipales des 29 avril et 13 mai
constat de « l’ère des tyrannies » du nazis rejoignent Paris à partir du mois 1945, puis aux élections constituantes
philosophe et historien Élie Halévy en de mars, où ils sont accueillis à l’hôtel du 21 octobre 1945.
novembre 1936. Si le second décède Lutétia réquisitionné par le ministère
en 1937, le premier anime la réflexion des Prisonniers de guerre, Déportés et Ces dernières élections sont associées
sur la « France de demain », appelant Réfugiés. à un référendum comme en a décidé
dans les colonnes de La France Libre à l’ordonnance du 21 avril 1944, par lequel
une « politique de raison créatrice et Sans commune mesure avec le sort les électrices et électeurs choisissent
non de passion déchaînée ». Il ajoute en des rescapés, la situation de la population ou non d’accorder à l’assemblée
cette année 1943 : « Nous ne sommes f r a n ç a i s e e s t d i f f i c i l e . U n s évè re issue de leur suffrage une vocation
encore qu’à pied d’œuvre. Mais déjà rationnement est institué, seulement constituante. Ils se prononcent presque
nous avons le droit de nous réjouir que 500 grammes de sucre par mois et unanimement (96 %) pour une nouvelle
les fondations aient été posées et qu’on 160 grammes de viande par semaine. constitution et chargent la nouvelle
ait planté le seul drapeau autour duquel La mortalité infantile atteint des seuils assemblée d’élaborer les nouvelles
les Français puissent se rassembler : critiques dans les régions les plus institutions dans un délai de sept mois.
celui de la France et de la République ». pauvres. Conformément aux vœux du La nouvelle constitution sera soumise
Conseil national de la Résistance (CNR), elle-même à référendum. Débute
En se renforçant décisivement à des réformes économiques et sociales un temps d’intenses débats et réflexions
partir de 1943, l’unité de la libération d’envergure sont aussitôt engagées par politiques alimentés par l’avènement de
et de la refondation de la France voie d’ordonnances : nationalisations nouveaux partis politiques aux côtés
définit le temps de la victoire et en des Houillères du Nord et du Pas-de- des anciens hérités de la IIIe République.
exige beaucoup. Comme en attestent Calais en décembre 1944, suivies de L’ A s s e m b l é e c o n s t i t u a n t e é l u e
de nombreux messages adressés au celle des usines Renault le 16 janvier contrôle le Gouvernement et détient
général de Gaulle et à la France Libre 1945 et des transports aériens avec le pouvoir législatif. Elle confirme le
« en attendant la victoire », comme la naissance d’Air France le 26 juin général de Gaulle dans ses fonctions
en témoignent maintes initiatives nées 1945. Les comités d’entreprise sont de Président du GPRF. Toutefois les
dans la clandestinité, la refondation créés le 22 février 1945, la Sécurité re l a t i o n s s e t e n d e n t r ap i d e m e n t
démocratique, par la liberté retrouvée sociale les 4 et 19 octobre 1945, le avec l’ancien chef de la France Libre,
et réinventée, est déjà en marche, en crédit est nationalisé par la loi du jusqu’à sa démission de son poste le
pensée et en acte. De sa prison de 2 décembre 1945. 20 janvier 1946.

4 – C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025


Cette période dénommée « La Libé- à l’Intérieur. La tâche d’émancipation chrétienne tente de s’affirmer dans un
ration », ouver te symboliquement des esprits est attendue quant à elle pays qui n’en a guère la tradition, tandis
dans Paris libéré, constitue un temps d’une école elle aussi réformée, ou que le gaullisme naissant doit faire face
d’espoir et de passion pour l’avenir devant l’être. Dès la Libération sont au « régime exclusif des partis » que
comme en témoigne l’activité ardente l a n c é e s l e s b a s e s d ’ u n e ré f o r m e réprouve le général de Gaulle, entraînant
des journaux passés de la clandestinité de l’enseignement et du système sa démission en janvier 1946.
au grand jour. Ceux d’avant-guerre, qui éducatif suivant le programme du L’intensité des mois de la Libération,
n’ont pas collaboré, renaissent dans la CNR. Cette réforme doit reposer l e s i m a g i n a i re s d e l i b e r t é q u i s ’ y
mémoire des combats et le souvenir de sur les travaux d’une « Commission ré vè l e n t , l a vo l o n t é d ’ u n m o n d e
l’oppression, à l’instar du Populaire des ministérielle d’études pour la réforme nouveau de justice sociale et d’horizon
socialistes de la Section française de de l’enseignement » qu’institue , le moral sont réels. La ferveur qu’inspire
l'Internationale ouvrière (SFIO) qui porte 8 n ove m b re 1 9 4 4 , l e m i n i s t re d e la victoire sur le nazisme n’engendre
sur sa manchette : « directeur politique, l’Éducation nationale René Capitant. pas encore la « mémoire courte »
Léon Blum, déporté en Allemagne ». Elle est présidée par Paul Langevin puis dont s’inquiète Jean Cassou quelques
Le quotidien Le Monde naît sur les par Henri Wallon. De là, le nom de Plan années plus tard. Le souvenir de tous
ruines du Temps condamné à disparaître, Langevin-Wallon remis trop tardivement, les êtres, souvent jeunes, tombés
tandis que Le Figaro survit de justesse. en juin 1947 pour être réellement dans le combat ou exterminés dans
Des résistants journalistes comme appliquée, de surcroît dans un contexte les camps, demeure. Et leur exemple
Albert Camus (Combat), Philippe Viannay d’entrée dans la guerre froide. est glorifié, parfois pour faire oublier
(Défense de la France), Emmanuel les lâchetés et compromissions des
d’Astier de la Vigerie (Libération) La libération des esprits se veut une vivants. Des nombreuses associations
expriment dans leurs éditoriaux refondation de la société française voient le jour, preuve d’une vitalité
des attentes fortes pour le monde d é s o r m a i s d av a n t a g e o u ve r t e s u r démocratique retrouvée, mais aussi du
nouveau qui doit mener les sociétés le monde, à qui sont promis de nouveaux besoin de mémoire en attendant l’histoire
à la démocratisation, assumer l’enfer horizons, de nouvelles institutions pour et peut-être la justice . Les traces
concentrationnaire comme l’entrée dans une connaissance plus exacte, plus et expressions de la « Libération »,
l’âge atomique, penser le nouvel ordre critique et mieux partagée. Les essais, avec ses rêves et ses désillusions,
mondial, entendre les aspirations à la la littérature, les arts se font l’expression s’expriment dans de multiples sources
liberté des peuples soumis. des espoirs de la Libération, afin que la que les professeurs d’aujourd’hui, aidés
victoire sur le nazisme et la libération des grandes fondations de la mémoire,
L’appel à une action administrative et de la France n’aboutissent à une simple des associations qui ont perduré, des
une décision politique mieux éclairées restauration d’un temps ancien largement institutions muséales, documentaires,
par les savoirs et la connaissance responsable du désastre national. archivistiques qui ont grandi, pourront
s e c o n c ré t i s e ave c l ’ o r g a n i s a t i o n Le thème de la révolution dépasse communiquer à leurs élèves préparant
d’un service dirigé vers la diffusion de les formations de la gauche marxiste le Concours. À moins que ceux-ci,
l’information publique et d’un autre que dominent les communistes français. révélant des trésors familiaux ou des
chargé de la publication officielle Ceux-ci capitalisent sur une mystique héritages transmis, décident par eux-
des textes législatifs et règlementaires. de la Résistance propre au « parti mêmes de les exploiter.
Le premier voit le jour le 19 octobre 1945, des soixante-quinze mille fusillés »
Vincent Duclert,
avec la Direction de la documentation et et sur les nombreux intellectuels
historien, inspecteur général,
de la diffusion dont le premier inspirateur « compagnons de route » solidaire
président du collège national
est un jeune résistant de Londres, du PCF. Le socialisme recherche, avec
des correcteurs du Concours national
Jean-Louis Crémieux-Brilhac, qui en Léon Blum à la tête de la SFIO, une
de la Résistance et de la Déportation
a dessiné l’ébauche au Commissariat « échelle humaine ». La démocratie

C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025 – 5


LA LIBÉRATION,
UN ENJEU MILITAIRE
1re partie

OU POLITIQUE ? Débarquement de Provence, août 1944


© Navy – US Department of Defense

L’année 1943 est un tournant pour la France Libre et la Résistance intérieure. À la suite du débar-
quement en Afrique du Nord, les évènements s’accélèrent afin de préparer l’échéance future, à
savoir la libération de la France métropolitaine. Cette préparation doit se réaliser non seulement
d’un point de vue militaire, mais aussi politique. Les Alliés aident les Français à reconstruire
une nouvelle armée, tandis que le Conseil national de la Résistance (CNR) et le Comité français
de Libération nationale (CFLN) sont créés au printemps 1943 afin de se concentrer, essentielle-
ment, sur les affaires politiques. Ainsi, en 1944, les troupes françaises et les Forces françaises
de l’intérieur (FFI) font partie intégrante du dispositif allié dans la libération du territoire, per-
mettant le rétablissement de la légitimité républicaine.

R ESSOURCES Une chronologie interactive et une vidéo, accessibles depuis l'espace pédagogique du site internet
NUMÉRIQUES
de la Fondation Charles de Gaulle, permettent d’aborder les thèmes développés dans cette partie.

Le primat du politique sur le militaire :


de Gaulle plutôt que Giraud
Depuis le choix du gouvernement Pétain termes des échanges tenus fin juin entre îles de Wallis-et-Futuna en mai 1942.
de conclure un armistice avec l’Allemagne de Gaulle et René Cassin, juriste chargé de Un « statu quo » au sein de l’Empire
et l’Italie le 22 juin 1940, deux entités rédiger le premier statut de cette poignée satisfait alors les Alliés, particulièrement
prétendent représenter la France : le de volontaires qui refusent la défaite. les Américains, très méfiants à l’encontre
gouvernement, dit de Vichy, et la France Le ralliement, parfois au prix de combats du mouvement gaulliste. Créée en tant
Libre du général de Gaulle. fratricides, d’une partie de l’Empire colonial que représentant d’une France en exil, la
L e go u ve r n e m e n t , q u i s ’ i n s t a l l e avec la France Libre, permet à celle-ci France Libre prend, le 13 juillet 1942, le
à Vichy, dispose alors de l’essentiel de de jeter les premières bases d’un État nom de France Combattante, montrant
l’Empire colonial, de la flotte de guerre, régalien avec la création du Conseil de ainsi qu’elle entend représenter aussi les
presque intacte, et d’une reconnaissance Défense de l’Empire en octobre 1940, mouvements de la Résistance intérieure
internationale avec la présence des à Brazzaville. Ce conseil est remplacé qui se sont développés, de manière
ambassadeurs des États-Unis et de l’URSS. par un embryon de gouvernement en autonome, dans la France occupée comme
Ce gouvernement abolit la République, septembre 1941 : le Comité national dans la France de Vichy. Ces échanges
met en place un régime autoritaire, français (CNF). La France Libre, qui entre les Résistances, symbolisés par
antisémite, xénophobe et mène une poursuit la guerre aux cotés des Alliés, ne la « déclaration aux mouvements de
politique de collaboration avec l’Allemagne contrôle en novembre 1942 qu’une faible Résistance » remise en avril 1942 par
nazie, qui occupe alors la moitié du partie de l’Empire colonial, essentiellement l’intermédiaire de Christian Pineau,
territoire métropolitain. en Afrique Équatoriale et dans le Pacifique. démontrent la volonté de la France Libre
Face à ce gouvernement, le mouvement Depuis les combats de Syrie de 1941, de s’appuyer sur la Résistance intérieure
du général de Gaulle se veut dès l’origine les gains territoriaux se limitent à Saint- pour conforter sa position vis-à-vis
« être la France » pour reprendre les Pierre-et-Miquelon à Noël 1941, et aux des Alliés.

6 – C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025


La Libération,
un enjeu militaire ou politique ? 1re

Le débarquement anglo-américain dite libre occupée, le 11 novembre 1942. à son rempla cement par le général
du 8 novembre 1942, au Maroc et La présence à Alger de l’amiral Darlan, Giraud. C’est le début d’une rivalité
en Algérie, se déroule sans que de Gaulle succes seur désigné de Pétain, conduit à la fois politique et militaire entre
en soit informé. Il marque le déclin défi- les Américains à passer un accord deux généraux, de Gaulle et Giraud, pour
nitif du gouvernement de Vichy, qui perd avec lui, ce qui choque une partie de s’imposer comme le chef légitime des
son Empire, sa flotte, qui se saborde à l’opinion publique américaine. L’assassinat armées françaises dans le combat pour la
Toulon le 27 novembre, et voit sa zone de Darlan, le 24 décembre 1942, conduit libération de la France. ■

© Revue Les Chemins de la mémoire n°281 – Ministère des Armées


La France Libre à un tournant : l’opération Torch
Dans la nuit du 7 au 8 novembre 1942, une imposante flotte venue de Grande-
Bretagne et des États-Unis débarque 107 000 hommes sur les plages de Safi, Casablanca
et Mehdia au Maroc, ainsi qu’à Arzew, Oran, Sidi Ferruch et Zéralda en Algérie, actant le
début de l’opération Torch. Concomitamment, plusieurs groupes de résistants tentent
d’empêcher la riposte de l’armée d’Afrique vichyste. Si l’opération menée par le groupe
de résistance dirigé par José Aboulker et Henri d’Astier de la Vigerie parvient à paralyser
pendant plusieurs heures la chaîne de commandement à Alger, elle échoue à Rabat où
le résident général vichyste Charles Noguès ordonne d’ouvrir le feu sur les troupes
du général américain George Patton. Cependant, après trois jours de combats ayant
coûté la vie à 1 346 Français, 574 Américains et 526 Britanniques, un cessez-le-feu est
© Musée de l’Ordre de la Libération

signé entre les belligérants. Il s’ensuit trois journées de négociations entre le général
Mark Clark, l’amiral François Darlan et le général Henri Giraud. Après de nombreuses
hésitations, l’amiral Darlan se rallie aux Anglais et aux Américains. Le 17 novembre 1942,
l’armée d’Afrique ouvre les hostilités contre les troupes allemandes en Tunisie, inaugurant
une campagne militaire qui s’achève en mai 1943 par la prise de Tunis. Premier
débarquement d’envergure des Alliés pour assurer le contrôle de la Méditerranée,
l’opération Torch a aussi été vécue par les populations locales comme la première fracture
de l’ordre colonial français en Afrique du Nord. ■ José Aboulker (1920-2009)

C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025 – 7


1re PARTIE •

Darlan et Giraud,
continuité ou rupture avec Vichy ?
Dans la nuit du 7 au 8 novembre 1942, l’opération Torch
met brusquement sur le devant de la scène politico-militaire
nord-africaine deux figures aux intérêts divergents : l’amiral
François Darlan et le général d’armée Henri Giraud.
Le premier, longtemps n° 2 du maréchal Pétain et fidèle
du régime de Vichy, est présent par hasard au moment du
débarquement au chevet de son fils atteint de poliomyélite.
Le second a pris contact avec les Américains à la suite de son
évasion de la forteresse de Königstein le 17 avril 1942, avec
pour objectif de permettre à l’armée d’Afrique vichyste de
reprendre le combat aux côtés des Alliés.
Dans la matinée du 8 novembre 1942, Darlan est
brièvement arrêté par la résistance algéroise à la villa
des Oliviers. Libéré au bout de quelques heures, il tente
d’organiser la riposte alors que les Américains s’approchent
d’Alger et que la Résistance tient plusieurs points de la
ville. Un cessez-le-feu est signé à 17 h 30 avec l’accord
de Darlan. Le 9 novembre 1942, le général Giraud arrive
par avion de Gibraltar et atterrit à Blida. Cette arrivée est
© ECPAD/TERRE 3-29

jugée inopportune par Darlan et les généraux de l’armée


d’Afrique, en particulier par le général d’armée Alphonse Juin
qui se charge de lui rappeler qu’il est « dépourvu d’autorité »
et que « Darlan refuse de traiter avec lui ».
Tout est désormais en place pour quatre jours de
négociations rocambolesques entre le général américain Cérémonie franco-anglo-américaine, le 2 décembre 1942, à Alger
Mark Wayne Clark accompagné par l’ambassadeur De gauche à droite : l'amiral Darlan, le général Eisenhower,
Robert Murphy d’une part, et l’amiral François Darlan, qui l'amiral Cunningham, le général Giraud et le général Noguès.
prétend encore être sous les ordres du maréchal Pétain, ainsi
que Giraud d'autre part. Du fait des multiples tergiversations troupes de Tunisie, d’ouvrir le feu sur les Allemands. Si la
de Darlan, mais aussi de l’arrivée à Alger du résident général campagne de Tunisie débute et que le président américain
au Maroc, Charles Noguès, qui prétend être mandaté par le Roosevelt qualifie le pouvoir attribué à Darlan « d’expédient
maréchal Pétain, le général Clark hausse le ton et menace temporaire », le régime de Vichy se perpétue en Algérie et
d’emprisonner les officiers généraux français. Dès lors, au Maroc puisque les lois antisémites sont maintenues et
Giraud propose de créer un « corps franc d’Afrique » les résistants emprisonnés. L’assassinat de l’amiral Darlan
constitué de volontaires pour se battre en Tunisie face par Fernand Bonnier de la Chapelle, le 24 décembre 1942,
aux Allemands qui ont débarqué à l’aéroport de Tunis le change la donne politique au profit exclusif de Giraud.
9 novembre 1942. Un compromis est finalement trouvé le Ce dernier devient « commandant en chef civil et militaire »
13 novembre 1942. Un partage du pouvoir est effectué : avec l’aval des Américains. La conférence d’Anfa organisée
l’amiral Darlan devient le haut-commissaire pour la France en janvier 1943, réunissant Churchill, Roosevelt, Giraud et
en Afrique du Nord au nom « du Maréchal empêché », tandis de Gaulle, ouvre une séquence de cinq mois de négociations
que Giraud prend le commandement des forces françaises qui aboutissent à la formation d’un proto-gouvernement le
en Afrique du Nord. Le 18 novembre 1942, Giraud ordonne 3 juin 1943 : le Comité français de Libération nationale
au général Georges Barré, commandant supérieur des (CFLN) coprésidé par de Gaulle et Giraud. ■

La conférence d’Anfa : deux visions de la France face aux Alliés

Du 14 au 24 janvier 1943, se tient la conférence inter-alliée des puissances de l’Axe. Les affaires franco-françaises sont aussi
de Casablanca, aussi appelée conférence d’Anfa. Celle-ci réunit à l’ordre du jour. L’opinion publique britannique et américaine
le président américain Franklin D. Roosevelt et le Premier ministre voyant d’un mauvais œil la mise à l’écart du général de Gaulle,
britannique Winston Churchill. La bataille de Stalingrad faisant rage Churchill et Roosevelt décident d’organiser une rencontre entre
sur le front de l’Est, Staline décida de rester en URSS. Au cours les généraux de Gaulle et Giraud. Après un premier refus de la
de la conférence, les Alliés y discutent des principaux axes à suivre part du chef de la France Libre, ce dernier accepte de se rendre
pour l’année 1943, notamment d’un prochain débarquement au Maroc, poussé par le CNF. Tout sépare les deux généraux
en Sicile, de l’unification du commandement militaire en Afrique français. Charles de Gaulle, général de brigade, à la tête de la
du Nord sous l’autorité du général Eisenhower et, point France Libre depuis juin 1940, se veut le garant de la souveraineté
important, de l’assurance de réclamer une reddition sans conditions française et du rétablissement de la démocratie. Henri Giraud,

8 – C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2023-2024


La Libération,
un enjeu militaire ou politique ? 1re

La France Libre

Le 18 juin 1940, le général


de Gaulle lance à la BBC un
appel à continuer la lutte,
destiné aux militaires français et
aux spécialistes de l’armement.
Si l’Appel est peu entendu,
une poignée de volontaires
(7 000 fin juillet 1940), souvent

© Musée de l’Armée – G. Spourdos


très jeunes et animés par
des motivations diverses,
affrontent bien des périls pour
combattre sous l’uniforme au
sein des Forces françaises
libres (FFL). Les engagements
sont individuels, sauf pour
les tirailleurs africains qui Le ralliement des territoires à la France Libre
doivent obéir à leurs chefs,
et touchent toutes les couches de la en septembre 1940, Saint-Pierre-et- Japonais. En juillet 1940, la France Libre se
population française, avec une sous- Miquelon en décembre 1941. dote aussi de services secrets, le Bureau
représentation des classes populaires S’affirmant, contre Vichy, comme le central de renseignements et d’action
et une surreprésentation des élites. seul représentant légitime de la France (BCRA), dirigé par André Dewavrin alias
Du 18 juin 1940 au 31 juillet 1943, date en guerre, la France Libre se dote Passy.
de la fin des engagements dans la France progressivement de tous les attributs Si en 1940, la politique fait figure de
Libre au moment où se réalise l’unification d’un État, malgré un manque de personnel tabou au sein de la France Libre, une action
des armées, 65 000 à 70 000 volontaires formé : un gouvernement, une capitale diplomatique se dessine au fil des mois.
se sont engagés dans les FFL, dont (Brazzaville), une armée, une diplomatie, Pour de Gaulle, la participation des FFL
environ 30 000 coloniaux : un tiers a une monnaie, une radio, des sociétés aux combats doit nourrir une aspiration
moins de 21 ans, 3 000 sont étrangers d’éditions, des timbres… Cet État en politique. Même s’il est écarté des
(60 nationalités), près de 1 200 sont des formation obtient l’adhésion de Français de principales décisions stratégiques alliées,
femmes. l’étranger qui créent 56 comités répartis le Général compte tout de même se faire
Dès le 28 juin 1940, Churchill, Premier sur tous les continents, véritables relais entendre. En septembre 1941, la création
ministre britannique, reconnaît de Gaulle de la France Libre à l’étranger. du CNF est une étape supplémentaire
« chef de tous les Français libres ». La nécessité de représenter la France à sur la voie de la constitution hors de
Le 7 août, les deux hommes signent l’échelle mondiale passe tout d’abord par France d’un gouvernement. En avril 1942,
l’accord des Chequers qui fait de la France l’action militaire. Des unités combattantes de Gaulle adresse un manifeste aux
Libre les prémices d’un gouvernement sont créées comme des bataillons de mouvements de résistance où il donne
régulier. marche, la 1 re compagnie autonome des gages de son engagement démo-
La France Libre peut aussi s’appuyer de chars de combat, les Forces navales cratique et se positionne comme un
sur le ralliement de territoires : françaises libres (FNFL), les Forces prétendant au pouvoir après la Libération
les Nouvelles-Hébrides le 22 juillet, aériennes françaises libres (FAFL), un en présentant un programme de réformes.
le Tchad le 26 août, sous l’impulsion bataillon des Antilles ou bien encore le En juillet 1942, la France Libre devient la
de Félix Éboué, puis le Cameroun, le Corps des Volontaires françaises (CVF). France Combattante pour regrouper
Moyen-Congo, l’Oubangui-Chari et Tahiti Les Français Libres sont engagés sur tous les forces métropolitaines et extra-
à la fin août, la Nouvelle-Calédonie les fronts de la guerre, sauf contre les métropolitaines en vue de la Libération. ■

général d’armée, à la tête de l’armée d’Afrique, n’a pas la fibre


© Service Historique de la Défense, Vincennes, 4580

politique et gère les affaires d’Afrique française du Nord en


maintenant la législation de Vichy. Du 22 au 24 janvier 1943,
de Gaulle et Giraud discutent et signent une déclaration commune
pour la poursuite de leur dialogue et l’établissement de missions
entre Londres et Alger. Mais si dialogue il y a, la mésentente règne.
Les Alliés confirment tout de même aux Français leur volonté de
les réarmer et demandent aux deux généraux de se serrer la main
devant les objectifs des photographes, le 24 janvier. Ce n’est que
le début d’un long duel qui dure tout au long de l’année 1943. ■ Henri Giraud, Franklin D. Roosevelt, Charles de Gaulle
et Winston Churchill, à Casablanca, en janvier 1943

C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025 – 9


1re PARTIE •

Alger, théâtre du duel Giraud-De Gaulle La préparation


au combat

© Service Historique de la Défense, Vincennes, 12574


Le 30 mai 1943, trois jours
après la mise en place du Conseil La synthèse politique :
national de la Résistance (CNR),
de Gaulle atterrit à l’aéroport
le CNR, atout décisif
de Boufarik, à Alger, accueilli par dans la lutte au sein
le général Giraud. La tension est du CFLN
forte : à Giraud la nombreuse
armée d’Afrique et un projet de À de Gaulle, les Américains préfèrent
libération avant tout militaire, à d’abord Darlan, ancien dauphin de Pétain,
de Gaulle un projet politique, puis Giraud, général de rang supérieur
en lien avec la Résistance, la à de Gaulle et auréolé de sa récente
légitimité construite sur les Le 30 mai 1943, le général Giraud, à gauche, évasion de la forteresse de Königstein.
champs de bataille, et les grands serre la main du général de Gaulle, à droite, qui Devenu commandant en chef civil et
subordonnés, Catroux et Leclerc. vient d’arriver à l’aéroport de Boufarik (Alger). militaire de l’Afrique du Nord, Giraud
Au sein du CFLN, Giraud tente fait le choix d’y maintenir la législation
d’imposer sa tutelle politique et militaire à laquelle de Gaulle s’oppose. Pendant de Vichy. Pour tenter d’apaiser les tensions,
l’été 1943, Alger devient le théâtre de cet affrontement : alors que les Américains Churchill contraint les deux hommes à se
occupent la vieille ville, Giraud est au Palais d’été, Catroux à la Villa Granger, et rencontrer lors de la conférence d’Anfa
de Gaulle à la Villa des Glycines. Les commissaires siègent au lycée Fromentin, et en janvier 1943 organisée par les Alliés
à compter du 3 novembre 1943, l’Assemblée consultative provisoire (ACP) dans pour élaborer une stratégie commune.
le Palais des délégations financières. Dans cette géographie algéroise périlleuse, La poignée de main finale cache mal les
l’assassinat de Darlan ayant créé un précédent, ce n’est qu’à l’automne que de Gaulle, dissensions qui perdurent. De Gaulle a
une fois Giraud mis à l’écart, évoque un air « âpre et salubre ». ■ un atout considérable : son antériorité
dans la lutte, et le soutien de la Résistance
intérieure. La création du CFLN le
3 juin 1943, coprésidé par Giraud et
de Gaulle, permet à ce dernier de revenir
La question du décret Crémieux dans le jeu. Évinçant progressivement
son rival, de Gaulle devient le seul chef
Le décret Crémieux du 24 octobre la population doit être mobilisé. La du CFLN en novembre.
1870 accorde la pleine citoyenneté nomination comme Gouverneur Dès l’été 1943, des préparatifs
française aux Juifs autochtones des général de Marcel Peyrouton, qui s’engagent en vue de la Libération, d’abord
départements algériens (mesure qui avait abrogé le décret avant de passer sur le plan militaire. Ils témoignent de
n’est alors élargie qu’aux musulmans aux Alliés, plaide en ce sens. Le 14 la volonté de De Gaulle de contrôler
renonçant au droit coutumier). mars 1943, Giraud annonce abolir la l’ensemble de la Résistance : création
Ce droit se heurte rapidement au législation de Vichy, mais maintenir par le BCRA de délégués militaires
fort antisémitisme existant dans les l’abrogation du décret, le qualifiant de zone et régionaux en France, fusion
départements algériens. Le décret d’inégalitaire, dans une formule qui des FFL et de l’armée d’Afrique en
est abrogé le 7 octobre 1940, comme sème la confusion. août 1943. Cette préparation est militaire,
conséquence du premier statut des Au contraire, pour René Cassin et mais aussi politique. Le CFLN, devenu à
Juifs du 3 octobre, par le ministre de de Gaulle, le rétablissement du décret partir du 3 juin 1944, le Gouvernement
l’Intérieur de Vichy, Marcel Peyrouton. participe du plein rétablissement de provisoire de la République française
D’autres mesures complètent le l’ordre républicain dans un territoire (GPRF) adopte 400 ordonnances sur la
dispositif, mises en œuvre avec une conduite de la guerre et l’organisation des
désormais libéré. Des pressions sur
rigueur particulière par l’administration pouvoirs publics dans les territoires libérés,
place et aux États-Unis entraînent
locale : recensement, exclusion de dont l’ordonnance du 14 mars 1944
a l o r s d e s p re m i è re s m e s u re s :
cer taines professions, numerus sur « l’exercice des pouvoirs civils et
libération d’internés politiques et de
clausus dans les universités et mise militaires sur le territoire métropolitain
à l’écart dans les écoles, spoliations, travailleurs étrangers, dont des Juifs. au cours de la Libération ». L’objectif
et même début de mise en place Dès la fin février 1943, le Congrès est d’éviter une administration militaire
d’une signalisation personnelle juif mondial appelle à la fin de cet état américaine (AMGOT). Du côté de la
(brassard). d’exception. Mais il faut attendre le Résistance intérieure militaire, les Forces
Avec le débarquement allié en 21 octobre 1943, alors que de Gaulle françaises de l’intérieur (FFI), créées le
Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, a définitivement pris le pas sur Giraud 1er février 1944, regroupent ses diverses
deux écoles s’opposent sur l’attitude et obtenu l’élimination des anciens formations paramilitaires. En avril 1944, le
à adopter sur ce décret. Pour Darlan, vichystes, pour voir le CFLN annuler « bloc planning » du BCRA travaille avec la
puis Giraud, qui convainquent dans un l’abrogation du décret. Dans la foulée Résistance intérieure aux actions à mettre
premier temps les Américains, le statu sont progressivement suspendues en œuvre au moment du débarquement
quo est souhaitable, ne serait-ce que les mesures d’aryanisation et mises allié. Cette collaboration n’est pas exempte
pour éviter de réveiller des tensions en place les restitutions des biens de tensions. Des structures concurrentes
en Algérie alors que l’ensemble de spoliés. ■ de celles créées par le CFLN sont par
exemple mises en place par le CNR pour

10 – C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025


La Libération,
un enjeu militaire ou politique ? 1re

contrôler les FFI, comme le Comité d’Action janvier 1943. Roosevelt décide de la création des femmes. Malgré une application en
(COMAC) rival du Comité d’Action en de huit divisions d’infanterie motorisée et de demi-teinte, 3 000 femmes sont tout de
France (COMIDAC) créé le 21 avril 1944 trois divisions blindées, soit 300 000 hommes, même recrutées en Afrique du Nord.
par de Gaulle à Alger. couverts par 1 000 avions. La nouvelle armée Afin de gagner en homogénéité, un travail
française est moderne, organisée et équipée d’amalgame au sein des unités se met en
La synthèse militaire : sur le modèle américain. En septembre 1943, place.
la naissance d’une 500 000 tonnes de matériel ont déjà L’arrivée du général de Gaulle à Alger,
été livrées, dont des chars Sherman, des le 30 mai 1943, se traduit par une épuration
nouvelle armée française pistolets-mitrailleurs Thompson ou encore de l’armée restée, pour l’essentiel, sous le
Au premier semestre 1943 , l’armée des Jeep. giron vichyste depuis 1940. Des généraux
française est divisée et réduite à peu Afin d’augmenter les effectifs, des (Noguès, Mendigal, Prioux) sont écartés.
d’éléments. D’un côté, une armée d’Afrique t ro u p e s s o n t l e vé e s e n A f r i q u e : Se produit aussi un « blanchiment »
constituée de 150 000 hommes, auxquels 176 500 hommes européens (« pieds- de certaines unités, à l’instar de la 2e DB
s’ajoutent 80 000 soldats en Afrique- noirs ») sont appelés sous les drapeaux. qui voit le départ de ses tirailleurs vers
Occidentale française (AOF) et, de l’autre, On recrute aussi 233 000 soldats d’autres unités ou leurs pays d’origine.
70 000 FFL dont 15 000 sont présents en dits « indigènes », 42 320 hommes La fusion des troupes françaises est
Afrique. Cela pèse peu face aux autres sont mobilisés en AOF et 43 320 en entérinée le 31 juillet 1943, marquant la
armées alliées. Si la France veut participer Afrique-Équatoriale française (AEF), naissance officielle d’une nouvelle armée
aux prochaines échéances de la Libération, et 10 000 Français dans le reste de française. Cette armée, pour de Gaulle,
et avoir une chance d’être à la table des l’Empire. Composée pour plus de la n’est envisagée que comme un outil de
vainqueurs, son armée doit gagner en effectifs, moitié de soldats de l’Empire, l’armée puissance soumis au pouvoir politique
être unie et réarmée. Un programme de de la Libération est donc, dès le début, (CFLN puis GPRF), mais jusqu’en 1945,
réarmement, sous l’égide des Américains, dotée d’une forte identité coloniale. elle demeure dans une subordination
est mis en place et entériné au cours de Le 11 janvier 1944, un décret instaure à la militaire, matérielle et opérationnelle par
la conférence d’Anfa (« Plan d’Anfa »), en demande des Américains la mobilisation rapport aux Alliés. ■

La 2e DB : une unité née de la nouvelle armée

© Marcel Dinand/Musée de la Libération de Paris – musée du général Leclerc – musée Jean Moulin/Paris Musées
En juillet 1940, le capitaine Philippe
de Hauteclocque est l’un des premiers
à rallier le général de Gaulle sous le
pseudonyme de « Leclerc ». En Libye, à
la tête de la « colonne Leclerc », formée
de Français Libres et de soldats africains,
Leclerc prend l’oasis de Koufra des mains
italiennes en mars 1941. À cette occasion,
il fait avec ses hommes le serment « de
ne déposer les armes que lorsque nos
couleurs, nos belles couleurs flotteront à
nouveau sur la cathédrale de Strasbourg »
le 2 mars 1941. En 1942, Leclerc, devenu
général, et ses hommes mènent divers
raids sur les oasis italiennes du Fezzan
(Libye) et conquièrent Uigh-el-Kébir.
Pour la campagne de Tunisie, qui débute
au début de l’année 1943, la « colonne »
e s t t r a n s fo r m é e e n « Fo rc e L »
(L pour Leclerc) et est alors constituée
de 2 500 hommes et 350 véhicules.
Le lieutenant Yves Ciampi et le sous-lieutenant Anne-Marie Davion-Branet
Sous commandement britannique ,
devant une ambulance de la 2e DB, en 1945
les hommes de Leclerc combattent
les troupes allemandes, jusqu’à la prise
de Tunis en mai 1943. Ce même mois, la 2 e DB. Leclerc doit doubler ses de troupes africaines, versées pour une
l’unité est transformée en division effectifs afin d’arriver aux standards partie vers la 1re division française libre
(2e division française libre). Dans le cadre de l’armée américaine, à savoir environ (1 re DFL). Basée à Temara (Maroc),
du réarmement de l’armée française et 15 000 soldats. Il recrute des volontaires la 2 e DB s’entraîne avec son nouveau
dans l’optique de participer à la libération (22 nationalités dans la 2 e DB), des matériel américain, tandis que Leclerc
de la France, le général Leclerc a pour Français Libres, des évadés de France par organise et amalgame les différentes
objectif de transformer sa division en l’Espagne, des femmes (Rochambelles), unités qui viennent de divers horizons.
division blindée, armée par les Américains. des Quakers… mais aussi des éléments En avril 1944, les Alliés transfèrent la
Le 24 août 1943, la 2e division française venus de troupes vichystes. L’unité subit division en Angleterre afin que celle-ci
libre (2 e DFL) devient officiellement un « blanchissement » avec le départ participe à la libération de la France. ■

C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025 – 11


1re PARTIE •

Le Corps expéditionnaire français en Italie, dernière campagne avant la France


En novembre 1943, le Corps expé- la Corse qui vient alors
ditionnaire français (CEF) commandé d’être libérée. À l’hiver
par le général Juin débarque à Naples 1943-1944, dans des condi-
a f i n d ’ ap p u ye r l e s A m é r i c a i n s e t t i o n s m é t é o ro l o g i q u e s
les Britanniques déjà engagés contre difficiles, le CEF s’illustre
les Allemands dans la péninsule italienne. en perçant la ligne Gustav,
La décision d’envoyer sur ce front des puissant système défensif
Français et des « indigènes » est motivée allemand visant à freiner

© Collection Fondation de la France Libre, fonds 1re DFL


par la volonté du général de Gaulle de voir la remontée alliée vers le
la France retrouver sa place de grande nord de l’Italie. La célèbre
puissance parmi les Alliés en participant bataille de Monte Cassino,
militairement à ce premier pas vers suivie de celle du Garigliano,
la libération du continent européen. ouvre la voie à la libération
Le CEF compte jusqu’à 112 000 hommes, de Rome, le 4 juin 1944.
dont 60 % de combattants algériens, Bien formés au combat en
marocains et tunisiens encadrés par des montagne, les Maghrébins
gradés giraudistes de l’armée d’Afrique. font preuve d’une combativité
À ces tirailleurs, spahis, goumiers permettant d’enfoncer un 17 juin 1944, les tirailleurs marocains
s’ajoutent, plus tard, des unités de l’armée front où les Anglo-américains défilent sur la place de Venise à Rome
coloniale, généralement acquises au s’étaient embourbés, même si
gaullisme. Parmi les soldats d’origine leur action est entachée d’exactions sur la vention du CEF dans cette campagne
européenne, on trouve des volontaires population civile italienne. d’Italie participe à la reconnaissance par les
comme les évadés de France mais Néanmoins, grâce à l’apport des Alliés de la France combattante. Un geste
aussi mobilisés comme les Français « indigènes » des troupes de l’armée politique fort à la veille de la libération de
installés au Maghreb et ceux venues de d’Afrique et des unités coloniales, l’inter- l’hexagone. ■

Le maquis des Glières La libération de la Corse


ou la marginalisation de Giraud
Alors que les perspectives du débarquement se rapprochent, (9 septembre – 4 octobre 1943)
Churchill décide en janvier 1944 d’intensifier les parachutages à
destination des maquis. Cela ne passe pas inaperçu, et la réponse
allemande s’organise. Berlin renforce à partir de février 1944 la

© Service historique de la Défense, Vincennes


« lutte contre les bandes » en engageant des unités militaires
de la Wehrmacht contre les maquis. C’est dans ce contexte
qu’a lieu la répression du maquis des Glières en Haute-Savoie.
Le plateau des Glières est choisi fin janvier 1944 comme site pour
réceptionner les parachutages promis par Churchill. Des unités
de l’Armée secrète, mais aussi des Républicains espagnols, des
Francs-tireurs et partisans (FTP), montent sur le plateau.
Le lieutenant Tom Morel transforme le maquis en un véritable
bataillon militaire, amalgamant des troupes d’origines diverses,
ce qui préfigure les Forces françaises de l’intérieur (FFI) créées
Des résistants corses traversent le maquis.
quelques semaines plus tard. Les Allemands décident d’intervenir à
la mi-mars, mobilisant 1 500 hommes de la 157e division de réserve. À l’annonce de la signature d'un armistice entre
Après plusieurs bombardements, des patrouilles allemandes, mais l’Italie et les Alliés qui déclenche l'occupation de l'île
aussi des membres de la Milice, mènent le 26 mars des opérations par les troupes allemandes, les patriotes corses se
de reconnaissance en direction du plateau. Pressentant un assaut soulèvent, le 9 septembre 1943. L’île devient alors un
général, le capitaine Anjot, qui a succédé à Tom Morel tué le 9 mars champ de bataille entre la Résistance, qui bénéficie de
à Entremont, décide d’un repli. Les maquisards, traqués sans relâche la neutralité ou du soutien d’une grande partie des
par les Allemands et la Milice, tentent de rejoindre les vallées. troupes italiennes présentes sur l’île, et les Allemands,
Le bilan total des victimes s’élève à 120 maquisards et 20 civils qui replient leurs troupes basées en Sardaigne.
tués. Après l’opération « Corporal » en février contre les maquis Pour soutenir les Résistants, le général Giraud
de l’Ain, l’intervention contre les Glières est la deuxième grande décide l’envoi de renforts sur l’île. C’est l’opération
opération militaire allemande contre un maquis. Elle témoigne d’une « Vésuve ». Commandos de choc et soldats marocains
radicalisation de la répression décidée à Berlin qui se confirme viennent en aide aux insurgés. Le 4 octobre, la Corse
en avril avec la colonne Brehmer en Limousin, puis avec les grandes est libérée.
opérations militaires allemandes menées en juin-juillet 1944 Si l’opération militaire est un succès, son engagement
contre les principaux maquis (Mont-Mouchet, Saint-Marcel, par le général Giraud sans en référer au pouvoir civil,
Vercors). ■ le CFLN, conduit à sa marginalisation politique.

12 – C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025


La Libération,
un enjeu militaire ou politique ? 1re

Outre cette décision prise individuellement, accueil enthousiaste qui préfigure le libéré, la Corse devient donc le labo-
le général Giraud se voit aussi reprocher soutien populaire qu’il reçoit ensuite ratoire du rétablissement de la légalité
l’importance prise sur l’île par le Parti durant l’été 1944. Il profite de ce voyage républicaine et du pluralisme, sous
communiste au sein de la Résistance. pour installer des hauts fonctionnaires l’autorité d’un pouvoir strictement
Le général de Gaulle se rend sur l’île appelés à exercer l’action de l’État. politique et sans administration militaire
libérée du 5 au 8 octobre et reçoit un Premier département métropolitain des Alliés. ■

Des débarquements distincts, mais complémentaires


Le débarquement
et la bataille de Normandie
(6 juin – 21 août 1944)

À partir du 1 er juin 1944, la BBC, radio


britannique, intensifie les messages d’alertes.
Tout indique que le Jour J se précise .
Espéré depuis 1943, l’événement tant
attendu a finalement lieu le 6 juin 1944.
Le débarquement de Normandie est la plus
grande opération amphibie de l’histoire. Plus de
7 000 navires à bord desquels ont pris place
150 000 hommes se lancent à l’assaut des plages
normandes à l’aube du 6 juin, après plusieurs
jours de bombardements intenses des côtes.
Si la résistance allemande se révèle plus forte
que prévue, notamment dans le secteur
d’Omaha Beach, une tête de pont est constituée
le soir même du débarquement. Concernant
les Français, le général de Gaulle n’a été mis au
courant du débarquement, par Churchill, que

© Collection Fondation de la France Libre


le 4 juin. Cela n’empêche pas la participation
de plus de 3 000 Français lors de l’opération
Neptune : 177 commandos (commando
Kieffer) débarquent sur Sword Beach , La libération de la France
une trentaine de SAS sont parachutés
au-dessus de la Bretagne, le Groupe Lorraine
(FAFL) fait partie de la composante aérienne
et les marins des FNFL sont au cœur
de l’armada alliée. Dès le 14 juin, le général
de Gaulle effectue depuis l’Angleterre un aller-
retour en Normandie, à Bayeux, pour installer
les nouvelles autorités françaises locales (préfet
et commissaire de la République) représentant
le GPRF. Après plusieurs semaines de combats
difficiles (« bataille de Normandie »),
les Alliés remportent une victoire décisive
fin juillet avec la percée d’Avranches, ouvrant
la voie vers la Bretagne, la Loire et la région
© Collection Fondation de la France Libre

parisienne. Début août, une nouvelle unité


française, la 2e DB, débarque à Utah Beach.
Après avoir libérée Alençon le 12 août, la
division du général Leclerc participe à la
fermeture de la Poche de Falaise. La bataille
de Normandie prend fin le 21 août. Les Alliés
ont subi 200 000 pertes (dont 37 000 tués),
les Allemands comptent 200 000 tués
et blessés, et 20 000 civils normands
Parachutistes français du Special Air Service (SAS) en Bretagne
ont péri. ■
De gauche à droite : Jacques Mouhot, Marcel Pinoncely et André Gabaudan du 4th SAS.

C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025 – 13


1re PARTIE •

La libération de Paris : un enjeu militaire ou politique ? F ICHE RESSOURCE

« Paris depuis plus de quatre années Comme toute source historique,


était le remord du monde libre. Soudain les dossiers d’homologation
il en devient l’aimant » : le général doivent être soumis à une analyse
de Gaulle revient dans ses Mémoires de critique, et ce d’autant plus qu’ils

© US Gov-Military-Army
guerre sur un événement extraordinaire. constituent une source biaisée bien
En ce mois d’août 1944, Eisenhower, que fondamentale. Ces dossiers,
général en chef du Supreme Headquarters conservés au Service Historique
Allied Expeditionary Force (SHAEF), de la Défense à Vincennes, furent
ne prévoit pas de libérer Paris, ce qui constitués après-guerre dans
ralentirait son avancée sans apporter de Le général Leclerc dans sa jeep, près de son PC une logique administrative dont
gain stratégique. Or, les témoignages qui de Rambouillet, en août 1944 l’objectif était l’obtention de
lui parviennent indiquent une situation pensions et/ou de décorations
insurrectionnelle et un risque majeur de accepte d’envoyer des forces alliées pour pour les survivants ou leurs ayants
représailles allemandes dans la capitale, libérer Paris – et pas n’importe laquelle : droit. Le cadre juridique choisi
ce que lui confirme le général de Gaulle la 4e division d’infanterie américaine et la alors imposait dans un premier
le 20 août. L’effervescence parisienne qui 2e DB du général Leclerc. Ses premiers t e m p s l a re c o n n a i s s a n c e d e
va grandissant, l’occupation de bâtiments éléments, menés par le capitaine l’organisation résistante selon des
administratifs, les 600 barricades érigées Raymond Dronne, entrent dans la capitale critères définis, et dans un second
et les échauffourées ne peuvent venir le 24 août au soir au son des cloches des celui de la demande individuelle.
seuls à bout des troupes allemandes. églises. Le lendemain, après des combats Or, ce cadre finit par aboutir à
En fait, les communistes n’ont pas les dans la ville, Leclerc obtient la capitulation une reconstruction approximative
forces ni le poids politique pour mener de von Choltitz. Paris est libéré, un de la réalité historique. D’une part,
une insurrection révolutionnaire, et le symbole d’espoir qui résonne jusque dans l’officier-liquidateur, désigné par
commandant du Grand Paris, le général les camps de concentration du IIIe Reich. les rescapés de son organisation
von Choltitz, sait ce qui peut lui en coûter Le 26 août, le général de Gaulle peut résistante, dessina seul son archi-
de faire de Paris un champ de ruines. descendre les Champs-Élysées devant tecture en y rattachant ou non
Mais la menace est telle qu’Eisenhower des millions de Parisiens. ■ telle ou telle personne, ce qui pose
non seulement la question de sa
connaissance de l’ensemble de
sa structure et de son évolution,
La 1re armée française, de la Provence à l’Alsace mais aussi de la tendance à la sur-
structuration pour « rentrer »
Si les Alliés ont tenu la France plus de 15 jours après le débarquement de dans le cadre normatif requis.
combattante à l’écart du débarquement Provence là où l’état-major allié estimait D’autre par t, toute demande
de Normandie, les unités françaises que plusieurs mois seraient nécessaires individuelle devait être traitée
constituent en revanche des forces pour atteindre la ville. Le 12 septembre, par la dernière organisation
importantes parmi celles mobilisées l’armée de De Lattre rejoint la 2 e DB d’appartenance, ce qui conduit à
pour le débarquement en Provence dans la région de Nod-sur-Seine en Côte éclipser les parcours faits d’affi-
(opération Dragoon) le 15 août 1944 : d’Or, réalisant ainsi sa jonction avec les liations successives, typiques
260 000 combattants de l’armée B (future armées débarquées quelques mois plus tôt notamment des engagés de la
1re armée française) du général de Lattre en Normandie. La mise en place courant première heure ayant multiplié les
de Tassigny débarquent dans le sud septembre de l’amalgame avec l’intégration groupes dans leur lutte clandestine.
de la France. Si l’écrasante majorité de des FFI au sein de l’armée B permet de De plus, bien des résistants ou
ces soldats sont d’anciens éléments de transformer celle-ci en 1re armée française leur famille n’ont pas formulé
l’Armée d’Afrique, une minorité (autour et d’incarner la renaissance militaire de de demande d’homologation,
de 10 %) se compose d’anciens Français la France après le traumatisme créé par soit qu’ils n’aient pas souhaité se
Libres. Commandant en chef de l’opération la défaite de 1940. En octobre 1944, les manifester soit que les démarches
Dragoon, le général Patch a donné pour troupes de De Lattre sont engagées dans administratives leur parurent
mission à l’armée B de libérer Marseille la bataille des Vosges, puis en novembre trop complexes ou le vocabulaire
et Toulon. À Marseille, alors que les FFI dans la bataille d’Alsace. Après trop martial pour s’y reconnaître.
ont déclenché l’insurrection le 20 août, les avoir participé à la réduction de la De là, des résistants non reconnus
troupes françaises dirigées par le général poche de Colmar en janvier 1945, elles officiellement, et d’autres dont
de Goislard de Montsabert entrent dans franchissent le Rhin et la ligne Siegfried le processus d’homologation a
la ville le 23 août. Le général Schaeffer, qui fin mars pour pénétrer en Allemagne. simplifié et asséché le parcours
commande la garnison allemande, capitule le En avril, la 1re armée française participe chaotique, ce qui fausse la
28 août. À la date du 29 août, l’ensemble du à la prise de Karlsruhe puis d’Ulm sur pers pective historique. Si ces
littoral est sous le contrôle des Alliés. Alors le Danube. Ces victoires lui valent le surnom dossiers constituent un corpus
qu’Hitler a donné le 17 août un ordre de « Rhin et Danube ». Le général de Lattre incontournable et riche, il convient
retraite aux unités allemandes basées dans représente la France lors de la cérémonie de de les aborder avec une certaine
le Sud de la France, l’armée B de De Lattre capitulation du IIIe Reich organisée à Berlin vigilance.
remonte ensuite la vallée du Rhône. Lyon le 8 mai 1945. ■
est libérée le 2 septembre 1944, à peine

14 – C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025


La Libération,
un enjeu militaire ou politique ? 1re

RETRACER LE PARCOURS DE FAMILLES DANS LA GUERRE


Comme bien des parcours, ceux des membres des familles Torrès • dossiers de déportation (les archives Arolsen, le lieu de
et Lundy peuvent être retracés notamment grâce à la recherche de : mémoire ou le musée ou bien encore l’amicale correspondant
• notices biographiques : au lieu de déportation identifié peuvent apporter des
- le Maitron recense l’itinéraire de personnes liées au éléments) ;
mouvement ouvrier, comme le fut Henry Torrès, membre du • témoignages (Tereska Torrès a entretenu un journal intime
PCF puis de la SFIO, publié sous le titre Les Années anglaises. Journal intime de
- le musée de l’Ordre de la Libération regroupe celui des guerre (1939-1945), Suzanne Torrès a mené un entretien à
médaillés de la Résistance, comme le furent Yvette, Berthe, la Fondation Charles de Gaulle, Yvette Lundy a écrit Le fil
Georges et Lucien Lundy, et des Compagnons de la Libération, de l’araignée-Itinéraire d'une résistante déportée marnaise
- le musée de la Résistance en ligne et la Fondation de la et a beaucoup témoigné dans les établissements scolaires
France Libre proposent des notices individuelles ; dont certains ont pu garder une trace des entretiens), et de
• dossiers d’homologation (les références sont à trouver sur le documents sur un mouvement ou un réseau de résistance
site Mémoire des hommes, puis la réservation ou la demande (archives du Comité d’histoire de la Deuxième Guerre
d’une copie à faire auprès du Service Historique de la Défense) ; mondiale).

Une carte interactive, accessible depuis l'espace pédagogique du site internet de la


R ESSOURCES Fondation Charles de Gaulle, recense les différents lieux de ressources dans lesquels mener
NUMÉRIQUES
des recherches (archives nationales, départementales, fondations…).

Les Torrès ou comment retracer le parcours de Français libres

L’engagement est parfois une affaire de (le BRAL remplace le BCRA à partir la demande de femmes d’intégrer les FFL.
famille. Chez les Torrès, la volonté de servir de fin 1943) et enfin dans la 2e DB le Tereska signe, le 20 novembre 1940,
prend des formes variées qui illustrent des 1er juin 1944, il meurt au combat dans les un engagement pour la durée de la guerre
manières de rallier la France Libre. Vosges le 9 octobre 1944. Membre du plus trois mois, porte l’uniforme, est
Georges Torrès s’engage dans les FFL régiment de marche du Tchad, régiment encasernée, reçoit un grade et une solde,
le 10 mars 1943 à l’âge de 18 ans, puis d’infanterie de la 2e DB, il participait alors comme les hommes. Elle rencontre Georges
intègre deux jours après l’École des à la campagne d’Alsace-Lorraine. fin 1943 à Londres et s’y marie en mai 1944.
Cadets de la France Libre. Voulue par Son épouse, Tereska Torrès, née Swarzc, Elle rejoint la Mission Militaire de Liaison
le général de Gaulle, celle-ci assure la fait partie des tous premiers membres du Administrative le 13 mars 1944, puis la France
formation des officiers français en Grande- Corps féminin. Créée le 4 octobre 1940, métropolitaine le 14 novembre 1944. Elle
Bretagne lors de la Seconde Guerre institutionnalisée le 16 décembre 1941 et apprend le décès de son époux par sa
mondiale. Affecté dans l’infanterie de l’air renommée le Corps des Volontaires belle-mère, Suzanne Torrès, née Rosamberg,
le 8 novembre 1943, puis au Bureau de françaises (CVF), cette unité militaire qui est la deuxième épouse du père
renseignements et d’action de Londres féminine est mise en place pour satisfaire de Georges. © Collection Fondation Charles de Gaulle
© Collection Fondation Charles de Gaulle

Georges et Tereska Torrès, 1944 Georges et Suzanne Torrès,


front des Vosges, automne 1944

C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025 – 15


1re PARTIE •

F ICHE RESSOURCE

Engagée dans les FFL le 25 juillet 1942 la libération de Paris et à la campagne action à l’étranger. De là, la mise en
à New-York, Suzanne participe à la Mission d’Alsace-Lorraine. Suzanne, qui prend le place d’environ 400 comités de la
Militaire Française. Puis, forte de son commandement du groupe Rochambeau France Libre sur plusieurs continents.
expérience dans les Sections Sanitaires en septembre 1944, témoigne de Par la publication de journaux, la vente
Automobiles (SSA) au début du conflit, l’intégration difficile de cette section d’objets patriotiques, l’organisation
elle intègre le groupe Rochambeau, féminine dans la 2 e DB à cause de la d’expositions, de conférences et de
créé en 1943 par Florence Conrad, une réticence que ces femmes suscitent, soirées de gala, ils lèvent des fonds pour
riche Américaine. Avec une poignée malgré un emploi traditionnellement la France Libre et la font connaître. C’est
de femmes, elle se rend à Casablanca féminin – elles sont ambulancières et cette voie que choisit Henry Torrès,
pour rallier la 2 e DB stationnée dans infirmières –. Finalement, ce n’est pas tant père de Georges et premier époux
la région en septembre 1943. Séduit la nature du métier qui pose problème de Suzanne. Avocat juif mis à l’index
par les dix-neuf ambulances qu’elles que le fait qu’elles pénètrent la sphère par le régime de Vichy, il fait partie
possèdent, le général Leclerc finit par masculine du feu. des Français expatriés à New-York.
les accepter. Le groupe intervient en Rallier la France Libre n’implique pas De 1941 à 1945, il est le vice-président
Afrique du Nord, puis suit une formation nécessairement de rejoindre l’Angleterre ou de France Forever, comité de la
pour se perfectionner en Angleterre, les territoires acquis au général de Gaulle France Libre aux États-Unis, et dirige
avant de débarquer à Utah Beach et de ni même de signer un engagement militaire. le journal gaulliste France-Amérique
participer à la bataille de Normandie, à Il peut aussi s’agir de faire connaître son avec Émile Buré.

Les Lundy ou comment retracer le parcours de résistants

La Résistance est un choix familial


partagé au sein de la fratrie Lundy.
Issus d’une famille d’agriculteurs de
Beine-Nauroy, commune rurale située à
l’est de Reims, les sept frères et sœurs
s’engagent dans la Résistance. Quatre
d’entre eux – Yvette, Berthe, Georges

© Droits réservés, archives familiales


et Lucien – sont arrêtés par la Gestapo
et emprisonnés, dont trois sont déportés
et rapatriés – seul Georges meurt
en déportation –, et médaillés de la
Résistance aux lendemains de la guerre.
Ils ont entre 24 et 43 ans en 1940, sont
célibataires sans enfants (trois d’entre eux)
ou mariés avec enfants (quatre d’entre Famille Lundy, 1931. De gauche à droite : Berthe, femme inconnue, homme inconnu, Jules (père), Georges,
eux), et exercent des professions variées : Lucien, Yvette, Yvonne (épouse de René), René, Madame Lussier (mère de Yvonne), Marguerite, André ; enfants
Berthe, qui est couturière, aide Georges à devant : Lucienne et Jean (enfants de Lucien et Suzanne).
maintenir la ferme familiale transmise par
leur père décédé en octobre 1940, Lucien totalement dans la clandestinité (P2).Ainsi, 1944 au 4 mars 1945, Lucien subit la
est cafetier-épicier, André technicien- Georges et Yvette rejoignent les réseaux déportation dans les camps de Natzweiler,
électricien et René tient un commerce Évasion-Action et Possum, réseau franco- Dachau, Auschwitz, Gross-Rosen et
de bonneterie . Comme beaucoup belge en lien avec le réseau Comète qui Mauthausen. Georges meurt le 13 mars
d’institutrices, Yvette, la benjamine, est assure l’exfiltration de pilotes alliés tombés 1945 à Schurtzingen. Quant à Yvette, après
aussi secrétaire de mairie dans son village en territoire occupé, où agit aussi Lucien avoir connu l’horreur de Neue Bremm,
de Gionges, ce qui lui permet de réaliser en tant que P1 puis P2 à partir de mai Ravensbrück et Buchenwald du 18 juillet
des faux-papiers. 1942, quand Georges devient P2 en juin 1944 au 17 mai 1945, elle est rapatriée le
Leurs parcours illustrent la porosité et 1942. Ce dernier prend également part à 18 juin 1945. Alors que Berthe est internée
la multiplicité des formes d’engagement : des actions de sabotages, notamment dans pour propagande gaulliste durant 20 mois,
certains se lancent d’abord dans une le cadre du Plan Vert, et aux convoyages du 8 décembre 1942 au 30 juillet 1944, et
résistance a-organisationnelle , en d’armes. Lucien et Berthe travaillent pour aperçoit ses frères en prison quand elle en
hébergeant des prisonniers évadés, des le réseau de la Confrérie Notre-Dame. sort, elle reprend ses activités. Elle parvient
aviateurs alliés, des réfractaires au Service L’été 1944 marque un coup d’arrêt des notamment à faire prisonnier un soldat
du Travail Obligatoire (STO), puis entrent actions de bien des membres de la fratrie. allemand le 28 août 1944.
dans un réseau en tant qu’agents de liaison Georges et Lucien sont arrêtés et internés le Des actions d’intendance aux coups
ou passent d’un réseau à un autre. D’agents 18 juillet 1944, date à laquelle Yvette, arrêtée d’éclat, leurs actes contribuent à résister
occasionnels (P0), certains deviennent un mois plus tôt, est déportée. Là commence à l’occupant et au régime de Vichy, et
agents permanents (P1) voire entrent l’enfer concentrationnaire. Du 19 août participent à la libération de la France.

16 – C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025


La Libération,
un enjeu militaire ou politique ? 1re

F ICHES RESSOURCES

RETRACER LE PARCOURS D’UNE UNITÉ MILITAIRE :


L'EXEMPLE DE LA 3 DIA
E

Créée le 1er mai 1943 par transformation entame la libération de la France en conservées au Service
de la division de marche de Constantine, la débarquant dans la baie de Cavalaire. Après Historique de la Défense.
3e division d’infanterie algérienne (3e DIA), avoir libéré Marseille et Toulon, la 3e DIA Celles-ci permettent de
aussi appelée Division des Trois Croissants, remonte le Rhône. Ayant comme nouveau retracer au jour le jour la
a pour ossature trois régiments de tirailleurs : commandant le général Guillaume, la participation de la division
le 3e régiment de tirailleurs algériens (3e RTA), division participe à la campagne des Vosges à la libération de la France :
le 4e régiment de tirailleurs tunisiens (4e RTT) durant l’automne 1944, puis à la campagne « Journal des marches et
et le 7e RTA. Commandée par le général d’Alsace dans des conditions très difficiles opérations » (GR 11 Insigne de la
de Goislard de Montsabert, la 3e DIA (neige, froid...). Ayant défendu la ville de P 50) ; « Campagne de 3e DIA où est
est rattachée au CEF, commandé par le Strasbourg en janvier 1945 face à la contre- France-Allemagne » représentée la
général Juin, afin de participer à la campagne offensive allemande, la 3e DIA fait partie des (GR 11 P 70) ; « Notes statuette de la
d’Italie où elle débarque en décembre premières unités françaises à franchir le concernant les compa- « Victoire de
1943. À ce moment-là, la division est Rhin fin mars 1945. Au cours des semaines gnies muletières »(GR 11 Cirta »
constituée de près de 17 000 hommes, dont qui suivent, plusieurs milliers de prisonniers P 75)... L’ECPAD est aussi
60 % de Maghrébins et 40 % d’Européens. allemands sont faits par la division. Citée une structure incontour-
Fin janvier 1944, le 4e RTT subit de lourdes quatre fois à l’ordre de l’armée durant la nable afin de retrouver des photographies
pertes, dont son chef, le colonel Roux, en guerre, les pertes de la 3e DIA sont estimées à et reportages de la 3e DIA consultable
attaquant la position du Belvédère, au nord environ 3 000 morts, dont 2 000 Maghrébins sur son site Internet. Enfin, les sources
du Monte Cassino. Le chemin de la 3e DIA et 1 000 Européens. La division est ensuite littéraires et scientifiques permettent
continue jusqu’à Rome, libérée le 4 juin 1944. dissoute en 1946. d’approfondir et de contextualiser la place
Le 16 août 1944, au sein de l’Armée B du Afin de retracer le parcours de la 3e DIA, de la 3e DIA et des tirailleurs au cours de
général de Lattre de Tassigny, la division il est possible de consulter ses archives la Libération.

ÉTUDIER UN FILM DE PROPAGANDE AMÉRICAIN


« Ne manquez pas les premières images of War Information), quand d’autres le sont pas. Ainsi, aucune de ces images ne donne à
de l’Invasion alliée de la France dans les aux militaires (en particulier l’Army-Navy voir de morts à la suite des combats. L’analyse
actualités filmées à partir de ce dimanche 18 Screen Magazine). Si la provenance précise des images doit être combinée à une analyse
juin au cinéma Bradley. » Cette annonce fait des images est généralement inconnue, toute de ce qui est écrit et dit – ou passé sous
la une du Putnam Patriot le 15 juin 1944. indication mérite d’être interrogée. Ainsi, silence. Le plan qui montre le soldat blessé
Elle reflète avec quel intérêt ces images, « First Pictures – Invasion of France », le film est aussi un rappel visuel de son sacrifice, alors
utilisées comme un argument publicitaire, projeté à Putnam le 18 juin 1944, s’ouvre sur que les civils sont exhortés à « achete[r] des
sont attendues par les 90 millions de un carton qui précise le caractère « officiel » obligations de guerre ».
spectateurs qui fréquentent les salles – et donc authentique – des images ainsi que Les films d’actualité ne sont pas le medium
obscures américaines chaque semaine au la coopération qui a permis leur récolte. par lequel les Américains apprennent les
cours du conflit. Outre les newsreels des L’approfondissement de l’analyse du film nouvelles : le 6 juin 1944, les projections
grandes sociétés de production, ils peuvent y permet de confirmer la centralité de ces sont interrompues afin de diffuser des
voir des magazines d’actualité ou des combat deux thèmes. Cette analyse doit porter sur les bulletins radiophoniques dans les salles
reports produits par les différentes armes et images elles-mêmes : qu’y voit-on et comment de cinéma. Ces films apportent un récit
diffusés avant les longs métrages. est-ce montré ? Dans « First Pictures », les « cohérent » et intelligible d’évènements
Étudier les films non-fictionnels américains contributions des trois armes sont saisies complexes et lointains. Les analyser permet
qui donnent à voir la libération et la depuis différents points de vue, permettant de décentrer le regard sur la libération et la
refondation de la France, c’est envisager cette au spectateur d’avoir une impression refondation de la France tout en replaçant
page de l’histoire à travers un filtre dont il d’ensemble, mais aussi de vivre l’évènement ce moment historique dans un récit mondial.
s’agit de comprendre les logiques. Quel récit à hauteur d’homme. Un ensemble d’acteurs Plus largement, cette démarche permet de
de ces évènements les films proposent- sont ensuite mis en avant, le dernier étant un s’interroger sur la façon dont cette histoire
ils et dans quel but ? Pour répondre à ces soldat américain blessé mais souriant, évacué s’est écrite dès le temps de la guerre et
questions, il faut d’abord se demander quel par ses camarades. Il s’agit ici de rassurer les d’étudier la guerre des images, jusque dans
public est visé : certains films sont destinés spectateurs dans un effort qui passe par des ses effets lorsque les sources – notamment
à un public international (notamment les choix qu’il faut garder à l’esprit en tentant journalistiques – permettent une analyse de
films d’actualité United News de l’Office d’identifier, aussi, ce que les films ne montrent leur réception.

Les actualités filmées d’Universal, des combat reports, des films d’United News ou encore
R ESSOURCES des numéros de l’Army-Navy Screen Magazine sont accessibles sur Internet, tout comme
NUMÉRIQUES
les quotidiens américains.
Une bibliographie sélective se trouve sur le site internet de la Fondation de la France Libre.

C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025 – 17


REFAIRE LA FRANCE :
2e partie

LES PROJETS DES COMBATTANTS


POUR L’APRÈS-GUERRE Réunion du CFLN en novembre 1943
© Droits réservés, Collection Fondation Charles de Gaulle

La vision gaulliste lie combat pour la Libération et préparation de la reconstruction du


pays, ce qui nécessite un important travail de prospective. Il ne s’agit pas en effet de rebâ-
tir la France de 1940, mais de tirer des leçons de l’effondrement. Dès lors, les défis sont
importants : l’appareil industriel est à moderniser, les moyens d’action de l’État, notam-
ment économiques et sociaux, sont à élargir, et l’organisation des pouvoirs à rendre
plus efficace. Les « réformes de 1945 » résultant du programme du Conseil national de la
Résistance (CNR) sont indissociables de ce travail préalable, assuré par le Comité géné-
ral d’études (CGE) et l’Assemblée consultative provisoire (ACP). Elles guident l’action d’un
gouvernement d’unité nationale jusqu’au départ du général de Gaulle le 20 janvier 1946
au moment de l’élaboration conflictuelle de la Constitution de la IVe République.

Une chronologie interactive et une vidéo, accessibles depuis


R ESSOURCES l'espace pédagogique du site internet de la Fondation
NUMÉRIQUES
Charles de Gaulle, permettent d’aborder les thèmes
développés dans cette partie.

© Musée de la Libération de Paris – musée du général Leclerc – musée Jean Moulin

Le Conseil national de la Résistance,


laboratoire de la reconstruction
en lien avec l’Assemblée d’Alger
Si la Résistance incarne un combat de la France, la France Libre développe
visant à libérer la France, elle cherche également des structures de réflexion
aussi à préparer l’après-guerre pour sur l’avenir du pays et se dote avec
reconstruire un pays traumatisé par les le Conseil de Défense de l’Empire
événements de 1940, par ailleurs pensés (juillet 1940-septembre 1941), puis
comme la conséquence de problèmes le Comité national français (septembre
structurels. En métropole, tous les 1941-juin 1943) d’institutions pour
mouvements de résistance constitués réfléchir à ces questions. Au début
dans la clandestinité ont proposé de l’année 1943, le général de Gaulle
dans leurs journaux clandestins des demande à son délégué en métropole,
éléments de réflexions sur ce sujet. Jean Moulin, de constituer un organe Jean Moulin
Considérant qu’elle incarne à Londres, dont l’objectif est multiple : unifier la photographié par Marcel Bernard à Montpellier
puis à Alger le gouvernement légitime Résistance intérieure, la placer sous la (hiver 1939-1940)

18 – C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025


Refaire la France :
les projets des combattants pour l’après-guerre 2e

seule autorité de De Gaulle, préparer qui se considèrent comme les seuls de l’Empire. Alors que le CNR se dote
l ’ i n s u r re c t i o n c o n t re l ’ o c c u p a n t légitimes à incarner la Résistance , d’un programme en mars 1944, le CFLN
allemand, et permettre la mise en alors que les structures traditionnelles a d o p t e p l u s d e 4 0 0 o rd o n n a n c e s
place d’une institution représentative (partis et syndicats) ont failli à leurs entre juin 1943 et juin 1944 pour
et légitime capable de proposer des yeux en 1940. Habile et diplomate, fixer les cadres de la restauration
réformes pour l’après-guerre. Pour Je a n M o u l i n p a r v i e n t t o u t e fo i s à de l’État républicain à la Libération.
que la représentation soit la plus surmonter cette opposition. Le Conseil Si Jean Moulin est arrêté à Caluire le
large possible , de Gaulle demande national de la Résistance (CNR) tient sa 21 juin 1943, le CNR ne cesse pas de
que le futur conseil ne se limite pas première réunion le 27 mai 1943 à Paris, fonctionner. Ses successeurs à la tête
aux seuls mouvements de résistance, sous sa présidence. Par l’intermédiaire de la délégation générale, Émile Bollaert
mais intègre aussi les principaux partis de la Délégation générale, des liens puis Jacques Bingen, sont en contact
politiques et syndicats engagés dans la constants existent jusqu’à la Libération permanent avec les membres du CNR
lutte clandestine. Cette décision passe entre le CNR et le CFLN qui incarne afin de permettre des liens réguliers
mal auprès des chefs de mouvements, le pouvoir dans les territoires libérés avec le CFLN à Alger. ■

27 mai 1943, la première réunion du Conseil national de la Résistance


ou l’aboutissement de l’unification de la Résistance intérieure
Fin 1941, le général de Gaulle confie
à Jean Moulin la mission d’unifier la
Résistance en zone Sud. Ce dernier crée
d’abord la Délégation générale, chargée
de renforcer les liens entre la France
Libre et la Résistance intérieure. Mais si
les chefs des principaux mouvements
de Résistance (Jean-Pierre Levy pour
Franc-Tireur, Henri Frenay pour Combat,
Emmanuel d’Astier de la Vigerie pour
Libération) se réjouissent du soutien
financier appor té par Londres, ils
© Archives nationales/Pierre Grand, AG/3(2)/400/218

tiennent à leur indépendance . Dès


l’automne 1942 cependant, Jean Moulin
parvient à fusionner leurs organisations
militaires en créant l’Armée Secrète.
Un comité de coordination de
zone sud se tient en novembre 1942,
avant la création en janvier 1943 des
Mouvements Unis de la Résistance
(MUR) qui regroupent les mouvements
de la zone sud. Pierre Brossolette
crée en mars 1943 un comité de
coordination avec les cinq principaux
mouvements de zone nord (mission Télégramme, daté du 29 mai 1943, annonçant la création du CNR
A rq u e b u s e - B r u m a i re ) . L e 2 7 m a i Sur ce télégramme, rédigé et codé avant la réunion effective du CNR (annoncée le 25 mai, elle a dû être
1943 dans Paris occupé, la première décalée du fait de l’absence d’un représentant), Jean Moulin fait part de la tenue de la première réunion.
réunion du Conseil de la Résistance,
qui devient le Conseil national de la
Résistance (CNR) à l’automne 1943, finalement huit représentants des deux de syndicats (CGT et CFTC).
parachève ce mouvement d’unification. mouvements de Résistance des zones Les réseaux de renseignement ou
Jean Moulin, unique représentant de sud et nord (Libération-Sud, Franc- d’évasion ne sont pas présents pour
De Gaulle en France, préside cette Tireur, Combat, OCM, Libération des raisons de sécurité, de même que
réunion. Il a dû faire preuve d’habileté Nord, Ceux de la Résistance, Ceux les réseaux d’aide aux Juifs. Malgré
et de fermeté car l’entreprise fut de la Libération et Front national), les diverses difficultés, la réunion est
difficile, tant les chefs des mouvements six de partis politiques allant de la un succès. Après que Jean Moulin a
de Résistance souhaitaient conserver gauche communiste jusqu’à la droite rappelé les intentions de De Gaulle,
leur indépendance vis-à-vis du Général ré p u b l i c a i n e ( P C F , S F I O , p a r t i qui a écrit un message aux membres
et étaient réticents face au retour radical, parti démocrate populaire, du CNR, et plusieurs heures de débat,
des partis politiques prévus dans le Alliance démocratique et Fédération les membres du CNR reconnaissent
conseil, qu’ils considéraient comme Républicaine qui ne sont pas la seule autorité du Général sur la
ayant failli en 1940. Le CNR regroupe compromis dans la collaboration) et Résistance unifiée. ■

C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025 – 19


2e PARTIE •

Le Comité général 15 mars 1944 : le programme


d’études du Conseil national de la Résistance

C’est pour favoriser une réflexion Le projet d’un programme


prospective commune entre les commun à la Résistance émerge
trois mouvements de résistance progressivement. En janvier
de la zone libre que Jean Moulin et juin 1943, les socia-
structure, en juillet 1942, un « comité listes avaient déjà proposé
des experts ». Celui-ci, initialement deux projets. Entre juillet 1943
restreint à 9 membres, rassemble des et l’adoption du programme le
universitaires (François de Menthon, 15 mars 1944, cinq projets sont
Paul Bastid, René Courtin) et des hauts- soumis au CNR. Il faut donc la
fonctionnaires (Alexandre Parodi, « dynamique intégratrice »
Robert Lacoste) dans une réflexion (C. Andrieu) du CNR pour
sur la France d’après-guerre et le rendre cette idée possible.
sens à donner à la Libération, mais Le processus d’élaboration
aussi sur ses modalités concrètes. du texte final témoigne de
Maintenant son indépendance son caractère démocratique
à l’égard des mouvements de et national. Démocratique :
ré s i s t a n c e , l e c o m i t é m è n e d e s le danger et les difficultés de
réflexions de haute tenue portant communication n’empêchent
sur quatre axes (les institutions, le pas la tenue de discussions.
modèle économique et social, les National : le programme est

© Collection Fondation de la Résistance


enjeux administratifs et juridiques, finalement adopté à l’unanimité.
l’épuration) qui sont diffusées par Si le s f o rc e s p o l i t i q u e s
la Revue de la France combattante, dont françaises avaient pu, avant
le rédacteur en chef est l’historien la guerre , s’accorder sur
M a rc B l o c h , a u t e u r d e l ’ É t ra n ge des programmes communs,
défaite. À compter de l’année 1943, c’est la première fois que le
le comité évolue – il devient Comité consensus couvre un spectre
général d’études, puis Comité si large de tendances de
national d’études, et se fixe à Paris la gauche communiste à la
au printemps – et s’élargit : des hauts droite libérale. Édition clandestine du programme du CNR
fonctionnaires, comme Michel Debré, Le programme du CNR
l u i d o n n e n t u n n o u ve a u s o u f f l e est construit en deux parties :
(les rapports nourrissent les travaux « plan d’action immédiate » (actions à mener pour libérer le territoire) et
de l’Assemblée d’Alger, même si les « mesures à appliquer pour la Libération du territoire » (rétablissement
vues ne sont pas toujours identiques), de la démocratie, du suffrage universel masculin et des libertés sur le plan
structurent la réflexion sur les enjeux politique, planification et nationalisation des grands moyens de production sur
institutionnels, et lui permettent d’être le plan économique, réajustement des salaires, refonte du système éducatif,
associé étroitement à l’organisation plan complet de sécurité sociale et syndicalisme indépendant sur le plan
a d m i n i s t r a t i ve d e l a L i b é r a t i o n , social). Sous l’Occupation, seuls quelques organes de la presse clandestine
notamment avec la question du choix en relaient des extraits. Le texte est publié dans son intégralité par le journal
des préfets. Le rappor t Cour tin, clandestin de zone sud Libération, puis sous la forme d’un opuscule intitulé
tentant d’imaginer une politique « Les Jours Heureux ». Massivement diffusé à la Libération, le « programme
économique d’après-guerre, introduit du CNR », qui pose les principes de l’État-providence à la française, a servi de
les idées keynésiennes en France matrice aux principales réformes de la Libération. Elles font l’objet d’un
tout en plaidant vigoureusement quasi-consensus politique et national alors que les conséquences sociales et
pour le maintien du libre-échange. matérielles de la guerre sont lourdes : nationalisation des grands moyens de
Ce comité est un creuset dans lequel production, planification économique, sécurité sociale…
le général de Gaulle puise, par la Mais le retour des affrontements politiques partisans, après la Libération, met
suite, de nombreux commissaires à l’arrière-plan ce symbole d’union politique nationale ; de même que l’entrée
d e l a R é p u b l i q u e o u m i n i s t re s dans la guerre froide, à partir de 1947, freine son application. Par ailleurs,
de la Libération (Michel Debré , le programme du CNR n’est pas une spécificité française : la plupart des
François de Menthon, Robert Lacoste, grandes réformes économiques et sociales figurait avant-guerre dans les
Pierre-Henri Teitgen). Il influe sur les programmes des partis de gauche européens. Enfin, il est « conservateur par
modalités concrètes de la Libération ses silences », n’évoquant pas, par exemple, le droit de vote des femmes acquis
(épuration, question de la presse…), par l’ordonnance du 21 avril 1944. ■
et donne à la IVe République nombre
de ses hommes politiques ou hauts-
fonctionnaires de premier plan. ■

20 – C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025


Refaire la France :
les projets des combattants pour l’après-guerre 2e

Le travail préparatoire du Comité français


de Libération nationale (CFLN)
La création du CFLN relève d’un (Alphonse Georges, Jean Monnet), autrement dit une représentation de
rapport de force impitoyable entre de Catroux, indépendant, faisant pencher la la population métropolitaine décidée à
Gaulle et Giraud, que les alliés anglo-saxons balance du côté gaulliste. combattre. Le poids que la réussite de
soutiennent. Fort de son autorité sur Le déséquilibre des forces en défaveur Jean Moulin donne à De Gaulle change
l’armée d’Afrique, Giraud tente d’imposer, de De Gaulle, initialement très isolé à Alger les données du problème : avec Giraud, la
début juin 1943, sa prééminence sur les dans les premiers jours, n’est finalement Libération aurait pu s’envisager de manière
plans politique et militaire à de Gaulle, compensé que par l’annonce de la création différente, sans lien avec les maquis, et
débarqué à Alger sans hommes. De Gaulle, du CNR, trois jours avant son arrivée à Alger. sans prise de pouvoir d’un gouvernement
soutenu par le général Catroux, finit par Là où les giraudistes ne peuvent compter provisoire français. Au contraire, malgré
imposer le départ de hauts-fonctionnaires en métropole que sur l’Organisation de ses relations parfois tendues avec le CNR,
vichystes en 1940, puis une co-présidence. résistance de l’Armée, Jean Moulin réussit dont il juge la tâche achevée à la libération
C’est sur ce compromis fragile qu’est à adjoindre à la Délégation générale, qu’il de Paris, de Gaulle sait en faire un instrument
constitué le CFLN, le 3 juin 1943, avec dirige au nom de De Gaulle, une instance de légitimation qui le place à la rencontre
une parité de commissaires gaullistes représentative des résistants, des syndicats de la France Libre et de la Résistance
(André Philip, René Massigli) et giraudistes et des partis politiques dans leur diversité, intérieure. ■

Les travaux
de l’Assemblée d’Alger
Envisagé depuis 1941, le projet de recréer
un conseil consultatif de la France Libre se
trouve au cœur des négociations entre
de Gaulle et Giraud qui balisent la création
du CFLN. L’accord péniblement conclu,
l’Assemblée consultative provisoire (ACP)
est constituée à partir de septembre et siège

© Droits réservés, Collection Fondation Charles de Gaulle


à Alger du 3 novembre 1943 au 25 juillet
1944. Elle réunit une majorité de délégués de
la Résistance, intérieure comme extérieure,
ainsi que des parlementaires de 1940
ayant refusé les pleins pouvoirs à Pétain et
des conseillers généraux d’Algérie, pour
l’essentiel, afin d’accroitre sa légitimité et
sa représentativité. Dès septembre, le CNR
délègue cinq de ses membres pour y siéger
de manière permanente. Le président de
cette assemblée d’Alger est Félix Gouin,
ancien député socialiste. Le CFLN et
de Gaulle lui-même assistent aux débats Assemblée d'Alger, le 18 juin 1944
dès que possible.
Si les avis rendus par l’ACP sont consultatifs, celle-ci acquiert une autorité croissante en raison de la qualité de son travail. L’influence
de l’Assemblée s’exerce moins par les textes qu’elle adopte que par les tendances qui ressortent de ses débats, qui servent de
laboratoire à la France d’après-guerre. L’ACP renforce la légitimité du CFLN. Elle apporte un soutien unanime à de Gaulle comme
chef de guerre, en parallèle du soutien exprimé par le CNR en mai 1943. La représentativité de ses membres et la qualité de leurs
débats témoignent de l’attachement du CFLN aux principes démocratiques et lui donne une crédibilité internationale. Lors des
débats de politique étrangère, l’ACP affirme son soutien à la politique gaullienne et critique la politique américaine de protectorat
en Algérie. C’est en réponse à la motion Gazier, adoptée le 15 mai 1944, que le CFLN devient le GPRF le 3 juin 1944. Les débats de
l’Assemblée jouent un rôle dans le soutien matériel de la Résistance. Lors d’un débat les 8-10 janvier 1944, le résistant Gilbert Védy
alias Médéric, demande l’armement des résistants dans un appel poignant.
L’influence de l’ACP est plus limitée pour ce qui concerne l’épuration. Les délégués souhaitent sanctionner durement les crimes
de Vichy. Ils accélèrent l’arrestation de Pierre-Étienne Flandin, ancien ministre de Vichy, et le procès de Pierre Pucheu, ancien ministre
de l’Intérieur de Vichy. Mais de Gaulle refuse l’idée d’une épuration extra-judiciaire, qui ne relèverait pas de l’État seul et qui ne
respecterait pas les principes fondamentaux du droit.
Enfin, l’Assemblée participe peu à l’œuvre de création législative réalisée par l’exécutif, sauf pour deux textes majeurs : l’ordonnance
du 21 avril 1944 sur le droit de vote et d’éligibilité des femmes, et l’article 1er de l’ordonnance du 9 août 1944 sur le rétablissement
de la légalité républicaine. ■

C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025 – 21


2e PARTIE •

Biographie
L’ordonnance du 21 avril 1944 instituant René Mayer (1895-1972),
droiit de vote et d
le droit éligibilité des femmes
d’éligibilité acteur
ac et témoin
dee l’Assemblée d’Alger
Conseiller d’État passionné des questions de
C

A//1902
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Ordonnance du 21 avril
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vrilil 1944
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transports, puis administrateur d’entreprises

A//
Quand la Seconde Guerre mondiale survient, le Sénat s’oppose toujours dans l’entre-deux-guerres, René Mayer subit
dan

© Archives nationales,
nales,
l
aux différentes propositions de loi en faveur du droit de vote des femmes les lois antisémites du régime de Vichy, avant
portées depuis 1919 par l’Assemblée nationale, et le suffragisme militant de jouer un rôle important dans la préparation
entre en sommeil. La question est relancée quand, en juin 1942, de Gaulle se de la refondation de la France. Début 1943, il
prononce en faveur du droit de vote des femmes dans une déclaration aux rejoint Alger où il occupe d’abord le poste
journaux clandestins. de Commissaire aux Communications et à la
Longuement débattue par l’Assemblée consultative provisoire d’Alger à Marine marchande en mars, puis entre au CFLN
partir du 23 décembre 1943, l’idée ne fait pas consensus au sein des membres en juin. Nommé par le
de la Commission de la réforme de l’État. Le principe du droit de vote féminin général Giraud, il se rallie
finit par être accepté, mais restreint aux élections municipales, car certains progressivement au général
craignent un déséquilibre avec le corps électoral masculin, en l’absence des de Gaulle. Il devient ensuite
hommes prisonniers et déportés. ministre des Travaux publics
À l’issue de débats animés, les amendements de Robert Prigent, représentant du GPRF, de septembre 1944
de l’OCM, et de Fernand Grenier, commissaire à l’Air membre du PCF, à octobre 1945.
en faveur du suffrage féminin aux échelons municipal, départemental et Dès le 27 février 1944, il
national sont adoptés fin mars 1944 : « les femmes seront électrices et éligibles tient un journal dans lequel
dans les mêmes conditions que les hommes » (article 17). il prend note de ses actions
Le 21 avril 1944, l’ordonnance portant organisation des pouvoirs publics en France et impressions. Ce « Journal
après la Libération est signée par de Gaulle et les commissaires du CFLN, et d’Alger-1944 » constitue un
confirmée par le GPRF par l'ordonnance du 9 août 1944. Dès 1945, les femmes témoignage majeur pour
sont nombreuses à se rendre aux urnes aux élections municipales d’avril-mai puis p re n d re l a m e s u re d e s
aux législatives d’octobre, à l’issue desquelles trente-trois députées sont élues. ■ travaux engagés par le CFLN sur des thèmes
aussi variés que l’économie, dont l’émission
monétaire, la justice, les communications ou
les affaires étrangères. Parmi les nombreuses
© Droits réservés, Collection Fondation Charles de Gaulle

difficultés rencontrées, les tensions au sein du


gouvernement et avec les Alliés reviennent
fréquemment. Pour autant, le CFLN puis le GPRF
prépare l’installation de la future administration.
René Mayer s’occupe principalement des voies
Yvonne de Gaulle ferrées, de la marine marchande et des Postes.
votant aux Il participe également aux nombreuses discussions
élections autour des nationalisations, de l’épuration d’après-
de 1945 guerre et de l’administration de certaines régions,
dont celle de Paris. Dans la lignée du général
de Gaulle, l’une de ses préoccupations majeures
reste la souveraineté de la France libérée. ■

Biographie

Jean Cédile, un engagement sur tous les fronts


Né en Guadeloupe en 1908, Jean Cédile le commissaire aux colonies en Sud-est asiatique. Il gagne
© Musée de l’Ordre de la Libération

entame une carrière d’administrateur René Pleven, qui recherche des alors Ceylan en mars 1945.
colonial au Cameroun en 1932. Chef de administrateurs, fait venir, contre Parachuté en Cochinchine
subdivision, il est affecté à sa demande à son gré, Jean Cédile comme chef le 25 août, prisonnier
la tête d’une compagnie de tirailleurs de cabinet. Dans un empire des Japonais, il parvient à
en mars 1940, avant de contribuer colonial éclaté entre territoires s’évader. Il prend alors ses
activement au ralliement du Cameroun ralliés à la France Libre et la fonctions de commissaire de
à la France Libre le 27 août. Officier de majorité d’entre eux restés la République et assure avec
réserve, c’est d’abord comme combattant sous le contrôle de Vichy, la Jean Cédile fermeté le rétablissement
qu’il participe à l’effort de guerre au sein tâche de réorganisation et d’unification de l’administration française à Saïgon en
du Bataillon de marche n°5 avec lequel il est immense. Avec le GPRF et son attendant l’arrivée du général Leclerc.
est engagé dans les combats d’El Alamein ministre, il rejoint Paris en août 1944, Pour son engagement précoce et son
en Égypte (octobre 1942), puis de Tunisie avant de se porter volontaire pour action en Indochine, il est fait Compagnon
(mai 1943). Avec la constitution du CFLN, commander la Mission militaire française de la Libération en janvier 1946. ■

22 – C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025


Refaire la France :
les projets des combattants pour l’après-guerre 2e
Biographie

René Cassin et l’ordonnance du 9 août 1944


Né en 1887, René Cassin est l’une des principales figures intellectuelles de la France Libre.
Licencié ès lettres, agrégé de droit et docteur ès sciences juridiques, économiques et politiques,
ce professeur de faculté devient un opposant majeur à la montée du nazisme dans les
années 1930. Le 24 juin 1940, deux jours après l’armistice, il embarque à Saint-Jean-de-Luz afin
de rallier l’Angleterre et la France Libre. Il se voit confier, par de Gaulle, la mission de rédiger un
accord avec le gouvernement britannique, fondé sur le caractère purement français de l’armée
de la France Libre. Cet accord est signé le 7 août par de Gaulle et Churchill. René Cassin
devient ensuite responsable du service juridique de la France Libre, membre du Conseil de
défense de l’Empire, commissaire à la Justice et à l’Instruction publique du CNF et président
du Comité juridique de la France Combattante, fonction qu’il conserve au sein du GPRF.
Fait Compagnon de la Libération en août 1941, il contribue largement à façonner les institutions
et la législation de la France Libre, puis celles de la France Combattante et du CFLN, afin
qu’elles soient conformes aux règles et aux pratiques d’un État de droit.

© Musée de l’Ordre de la Libération


Entre juin 1943 et juin 1944, près de 400 ordonnances sont prises afin d’organiser la conduite
de la guerre et d’organiser les pouvoirs publics dans une France libérée. Parmi celles-ci,
l’ordonnance du 9 août 1944, signée à Alger, relative au rétablissement de la légalité
républicaine. Le dispositif du texte, élaboré par René Cassin, est d’initiative gouvernementale.
Pour le Français Libre et historien Jean-Louis Crémieux-Brilhac, la notion de « restauration de
la légalité républicaine » ne peut être prise à la lettre. Ce à quoi tendent les dirigeants d’Alger,
c’est à restaurer la fidélité aux principes démocratiques tels qu’ils résultent de la Déclaration
des droits de l’homme et du citoyen et de deux siècles de tradition républicaine d’une part, et un
René Cassin (1887-1976) prononce
ordre juridique conforme à cette tradition d’autre part. ■
un discours au Caire, le 27 janvier 1942

Biographie
Le passage
du CFLN au GPRF Aimé Lepercq, un industriel
au service de la Libération
Si le CFLN a été, à l’origine, une forme de Polytechnicien, ingénieur des
compromis entre de Gaulle et Giraud pour Mines, Aimé Lepercq, après avoir
constituer un pouvoir français, son format vaillamment combattu lors de
comme ses tâches évoluent notablement la Grande Guerre, dirige, dans les
au cours de l’année 1943. Dès le 4 août, années vingt, les services de l’Union
de Gaulle devient président chargé de européenne, industrielle et financière
l’action gouvernementale, tandis que Giraud en Tchécoslovaquie. Directeur
se voit confier le commandement militaire. de Schneider à Paris dans la
En octobre, la présidence est unifiée sous le décennie suivante, chargé des usines
principe de la subordination du militaire au d’aviation Škoda en Tchécoslovaquie,
politique. Le 9 novembre 1943, la composition il devient le capitaine d’un groupe
du comité est revue, afin de correspondre à d’artillerie au début de la Seconde
© Musée de l’Ordre de la Libération

la composition de l’Assemblée d’Alger : les Guerre mondiale. Deux fois cité, il


partis politiques entrent alors massivement est interné en Oflag puis rapatrié en
au comité, même si certains « historiques » octobre 1940. Nommé à la présidence
(André Philip, le général Catroux, Jean Monnet) du Comité d’organisation de
restent en charge. Enfin, en mars 1944, le PCF l’industrie des combustibles minéraux
délègue deux commissaires (François Billoux et solides, il est révoqué en juin 1943
Fernand Grenier). Cette légitimité, renforcée par pour s’être opposé publiquement
le soutien de cette assemblée, est importante Aimé Lepercq (1889-1944) au STO. Dès lors, il se consacre à la
face aux projets américains d’installer un Résistance avec l’Organisation civile
go u ve r n e m e n t p rov i s o i re ( A M G OT ) . et militaire (OCM) dont il fait partie depuis plusieurs mois. En février 1944,
La Libération approchant, c’est cette même il est le premier commandant des FFI de la capitale. Arrêté par la Gestapo
assemblée qui reconnaît le CFLN comme le 8 mars 1944, il est libéré de Fresnes le 17 août 1944. Commandant militaire de
Gouvernement provisoire de la République l’Hôtel de Ville de Paris durant l’insurrection, ce grand industriel se voit appelé
française (GPRF), le 3 juin, afin de faciliter au gouvernement par le général de Gaulle comme ministre des Finances. Dans le
auprès des Alliés l’établissement de son autorité contexte de la libération du territoire et de la reconstruction du pays, il s’efforce
sur les territoires libérés. Ne gagnant la France de mettre en œuvre les premières mesures de redressement financier. Il vient
qu’à la fin du mois d’août, ce GPRF s’ouvre d’émettre l’emprunt de la Libération lorsqu’il trouve la mort dans un accident
début septembre à des représentants de la de voiture le 9 novembre 1944, à l’âge de 55 ans. Il est nommé Compagnon de
Résistance. ■ la Libération à titre posthume. ■

C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025 – 23


2e PARTIE •

F ICHE RESSOURCE

SAVOIR LIRE ET COMPRENDRE UN TEXTE JURIDIQUE,

Il existe différents types de textes ■ Une ordonnance, adoptée par le d’un membre du conseil de l’Ordre de la
juridiques en France : Gouvernement emprunte au domaine Libération. De nos jours, l’article 37 de la
de la loi (relevant du pouvoir législatif) Constitution de la Ve République encadre
■ Une loi est votée par le Parlement. comme au domaine du règlement ce type de texte.
Tel est le cas de la loi constitutionnelle (relevant du pouvoir exécutif). Le
du 10 juillet 1940 qui installe le régime G o u ve r n e m e n t a b e s o i n d ’ u n e ■ Un arrêté relève aussi du domaine
de Vichy et donne les pleins pouvoirs au habilitation de la part du Parlement du règlement et de l’article 37 de
pour adopter des ordonnances. Celle du la Constitution de la V e République
maréchal Pétain.
9 août 1944 n’est pas soumise au vote actuellement. Il pouvait et peut être
Sous la V e République, le domaine
d’une assemblée législative qui n’existe adopté par toute autorité administrative
de la loi est défini à l’article 34 de la
pas à cette date (l’ACP n’a pas ce statut autre que le Président de la République
Constitution. Aujourd’hui, l’initiative de comme son nom l’indique). ou le Premier ministre. Ainsi, l’arrêté du
la loi peut revenir aux parlementaires 19 août 1944 du Commissariat régional de
(on parle d’une proposition de loi) ■ Un décret relève du domaine du la République de la région d’Angers, dirigé
o u a u G o u ve r n e m e n t ( o n p a r l e règlement. Il peut être adopté par le par Michel Debré, abroge, conformément
alors d’un projet de loi). Dans les Président de la République ou le Premier aux instructions du gouvernement d'Alger,
deux cas, la loi fait l’objet d’un vote ministre. Il en est ainsi du décret du 29 une partie de la législation du régime
du Parlement. septembre 1944 portant nomination de Vichy.

Titre
Nature du texte (ici ordonnance)
Date (ici 9 août 1944)
Ordonnance du 9 août 1944 relative au rétablissement
Sujet (ici rétablissement de la légalité républicaine sur le territoire continental
de la légalité républicaine
sur le territoire continental)
Le Gouvernement provisoire de la République française, Autorités
Visa : Sur le rapport du commissaire à la justice, à l’origine du texte
Énonciation des sources juridiques Vu l’ordonnance du 3 juin 1943 portant institution
auxquelles le texte se réfère du Comité français de la libération nationale, ensemble l’ordonnance
(commençant généralement par la du 3 juin 1944 ;
formule « vu »). Vu l’avis exprimé par l’assemblée consultative à sa séance du 26 juin 1944 ;
Le comité juridique entendu,
Verbe qui introduit les effets Article :
juridiques du texte (une ordonnance Ordonne : Sous-division d’un
ordonne, un décret décrète, un texte juridique qui
arrêté arrête…). ■ Article 1 correspond à une
La forme du Gouvernement de la France est et demeure mesure particulière.
la République. En droit celle-ci n’a pas cessé d’exister.

■ Article 2
Notes Sont, en conséquence, nuls et de nul effet tous les actes constitutionnels législatifs
1. Nullité : invalide/annule ce à quoi la ou réglementaires, ainsi que les arrêtés pris pour leur exécution, sous quelque
formule fait référence. Ici, cela signifie que dénomination que ce soit, promulgués sur le territoire continental postérieurement au
la continuité de la République française, 16 juin 1940 et jusqu’au rétablissement du Gouvernement provisoire de la République
portée par le général de Gaulle et la France française.
Libre depuis juin 1940, se fait par la négation Cette nullité (1) doit être expressément constatée.
du régime de Vichy. Les actes de Vichy, qui
portent atteinte aux principes fondamentaux ■ Article 3
de la République française, sont annulés Est expressément constatée la nullité des actes suivants :
rétroactivement. Toutefois, ceux qui ne sont L’acte dit “loi constitutionnelle du 10 juillet 1940” ;
guère touchés par l’esprit de la Révolution Tous les actes dits : “actes constitutionnels”,
nationale sont conservés. Cette ordonnance Tous les actes qui ont institué des juridictions d’exception,
procède donc à un traitement différencié de Tous les actes qui ont imposé le travail forcé pour le compte de l’ennemi,
l’héritage de Vichy, afin d’assurer le double Tous les actes relatifs aux associations dites secrètes,
objectif de dénoncer Vichy et d’assurer une Tous ceux qui établissent ou appliquent une discrimination quelconque fondée sur la
stabilité juridique nécessaire à la refondation. qualité de juif.

24 – C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025


Refaire la France :
les projets des combattants pour l’après-guerre 2e

L’EXEMPLE DE L’ORDONNANCE DU 9 AOÛT 1944

L’acte dit “décret du 16 juillet 1940” relatif à la formule ■ Article 10


exécutoire (2). (…) Sont immédiatement dissous les groupements suivants et tous
les organismes similaires et annexes.
■ Article 4 La légion française des combattants.
Est également expressément constatée la nullité des actes visés aux Les groupements anti-nationaux dits :
tableaux I et II, annexés à la présente ordonnance (3). Pour les actes Le service d’ordre légionnaire,
mentionnés au tableau I, la constatation de nullité vaut pour les La milice,
effets découlant de leur application antérieure à la mise en vigueur Le groupe collaboration,
de la présente ordonnance. Pour ceux mentionnés au tableau II, La phalange africaine,
la constatation de la nullité ne porte pas atteinte aux effets La milice anti-bolchévique,
découlant de leur application antérieure à la mise en vigueur (4) La légion tricolore,
de la présente ordonnance. Le parti franciste,
Le rassemblement national populaire,
■ Article 5 Le comité ouvrier de secours immédiats,
Sont déclarés immédiatement exécutoires sur le territoire Le mouvement social révolutionnaire,
continental de la France, les textes visés au tableau III de la Le parti populaire français,
présente ordonnance (3). Les jeunesses de France et d’outre-mer.
Les biens de ces groupements sont immédiatement placés
■ Article 6 sous le séquestre de l’administration de l’enregistrement et à
Les textes publiés au Journal officiel (5) de la France libre, au la diligence de celle-ci.
Journal officiel de la France combattante, au Journal officiel du Sans préjudice de (8) l’application des articles 42, 75 et suivants
commandement en chef français civil et militaire depuis le 18 mars du code pénal, sera puni d’un emprisonnement de un à cinq ans
1943, enfin au Journal officiel de la République française entre et d’une amende de 1.000 à 100.000 fr. quiconque participera
le 10 juin 1943 et la date de la promulgation (6) de la présente directement ou indirectement au maintien ou à la reconstitution
ordonnance ne seront applicables sur le territoire continental de des groupements énumérés au présent article.
la France qu’à partir de la date qui sera expressément fixée pour
chacun d’eux. ■ Article 11
Toutefois, doivent être dès maintenant respectés les droits La présente ordonnance sera publiée au Journal officiel de
régulièrement acquis sous l’empire desdits textes. la République française et exécutée comme loi. Elle sera
appliquée au territoire continental au fur et à mesure de sa
■ Article 7 libération. Une ordonnance spéciale interviendra pour les
Les actes de l’autorité de fait, se disant “gouvernement de départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle.
l’État français” dont la nullité n’est pas expressément constatée
dans la présente ordonnance ou dans les tableaux annexés (3), Alger, le 9 août 1944 Lieu et date de signature
continueront à recevoir provisoirement application. du texte juridique.
Cette application provisoire prendra fin au fur et à mesure de la Par le Gouvernement
constatation expresse de leur nullité prévue à l’article 2. provisoire de la République française :
Cette constatation interviendra par des ordonnances DE GAULLE.
subséquentes qui seront promulguées dans le plus bref délai Signature des
possible. Le commissaire à la justice, responsables/ auteurs
FRANCOIS DE MENTHON du texte juridique.
■ Article 8
Sont validées rétroactivement (7) les décisions des juridictions
d’exception visées à l’article 3 lorsqu’elles ne relèvent pas de Notes
l’ordonnance du 6 juillet 1943 et des textes subséquents relatifs 2. Exécutoire : dont l’application/exécution est obligatoire.
à la légitimité des actes accomplis pour la cause de la libération 3. Annexe non reproduite.
et à la révision des condamnations intervenues pour ces faits. 4. Mise en vigueur : date à partir de laquelle un texte juridique est
applicable.
■ Article 9 5. Journal officiel : journal publiant quotidiennement les textes juridiques
Les actes administratifs postérieurs au 16 juin 1940 sont rétro- adoptés en France (les rendant effectifs).
activement et provisoirement validés. 6. Promulgation : acte par lequel le chef de l’État valide une loi.
7. Rétroactivité : lorsqu’une décision juridique s’applique également aux
faits passés. Ce n’est pas le cas de la plupart des textes juridiques.
8. Sans préjudice de : sans porter atteinte à.

C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025 – 25


Restaurer l’État
dans une France
3e partie

à reconstruire
La libération de la France, bien qu’elle constitue un acte
militaire majeur, s’accompagne également d’initiatives
politiques, économiques et sociales importantes pour le
pays. La restauration de l’État, pensée et préparée bien
en amont, peut enfin se réaliser sur le terrain, non sans
tensions entre les différents acteurs de la Libération.
Si la France peut s’asseoir à la table des vainqueurs,

© CHRD / Ville de Lyon © Pierre Verrier


les 7-8 mai et 2 septembre 1945, afin de signer les actes
de capitulation allemande et japonaise, le pays sort
meurtri par six ans de guerre. Les retours des absents
(prisonniers, déportés…), ainsi que l’épuration, se font
dans un contexte lourd, dans un pays avide de change-
ments où les regards se tournent vers l’avenir, malgré
des tensions géopolitiques. Affiche du GPRF « Libération », par Phili, août 1944

R ESSOURCES Une chronologie interactive et une vidéo, accessibles depuis l'espace pédagogique du site internet
NUMÉRIQUES
de la Fondation Charles de Gaulle, permettent d’aborder les thèmes développés dans cette partie.

Libérer et restaurer l’autorité de l’État :


ordres publics différenciés et combats de la Libération
Quand le 14 juin 1944, plus d’une sur la scène internationale, et la nécessité troupes françaises (libération de Paris
semaine après le débarquement de de préparer une France renouvelée par par la 2 e DB, qui consolide l’autorité
Normandie, de Gaulle pose le pied sur le combat, dotée d’un modèle social et du GPRF, rôle de la 1re armée française
le sol français, à Courseulles-sur-Mer, politique adapté. Jusqu’à la capitulation après le débarquement de Provence, puis
de nombreux enjeux restent ouverts. de mai 1945, ces tâches, titanesques, sont dans l’Est de la France), et au rôle des
Il faut assurer la libération du territoire, menées de manière concomitante dans envoyés en mission du GPRF, notamment
alors que peu de troupes françaises sont le contexte de persistance des poches les commissaires de la République, dont la
engagées (le principal apport militaire de résistance allemande. De Gaulle tâche est d’imposer l’autorité républicaine
est alors celui des maquis) et que la constitue pendant ces quelques mois le et de faire respecter l’ordre public.
résistance allemande reste forte jusqu’à point d’équilibre, au point de rencontre Mais cette période troublée, pendant
la percée d’Avranches, fin juillet. Il faut de ces différents et écrasants objectifs. laquelle les combats se poursuivent,
aussi établir l’autorité d’un gouvernement Son discours au Palais de Chaillot, est aussi celle de réformes de fond,
provisoire que les Alliés ne reconnaissent le 12 septembre 1944, résume cette notamment les premières nationalisations,
pas avant le 23 octobre 1944, et auquel ils ambition : faire vivre l’« extraordinaire destinées à doter l’État refondé d’outils
contestent des attributs de souveraineté unanimité nationale » du moment, lancer d’action stratégiques, et laboratoires
évident, comme l’émission de billets de un « vaste et courageux effort national » d’un modèle social renouvelé. Le GPRF
banque, maintenir une unité nationale pour « reconstruire, dans la guerre puis parvient à s’élargir, en septembre 1944,
présente au GPRF tout en s’assurant du dans la paix, une France nouvelle ». à des représentants de la Résistance
ralliement de l’ensemble de la Résistance, La France est donc entre deux eaux : le intérieure, et à maintenir son unité, malgré
alors que le CNR envisage de revendiquer soir même de la journée triomphale du des heurts, tout au long de l’année 1945.
pour lui l’autorité de l’État, et enfin éviter 26 août, au cours de laquelle de Gaulle La France en sort transfigurée sur le plan
les débordements de violence liés à descend les Champs-Élysées, Paris est des réformes intérieures, et retrouve
l’épuration. On pourrait ajouter le souci bombardée par la Luftwaffe (189 morts). une place en Europe et dans le monde,
d’inscrire la France dans le camp des L’effort de combat et de refondation est devenant membre permanent du conseil
vainqueurs militaires, d’assurer son retour mené à bien grâce à l’action décisive des de sécurité de l’ONU. ■

26 – C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025


Restaurer l'État
dans une France à reconstruire 3e

Le GPRF, un gouvernement d’union nationale

Le GPRFtire sa légitimité de sa capacité à intégrer


des représentants de l’ensemble des familles
politiques, y compris d’anciennes figures de la
III e République, comme Jules Jeanneney, sous
la présidence de De Gaulle. Transféré d’Alger à
Paris fin août 1944, il intègre des représentants

© Droits réservés, Collection Fondation Charles de Gaulle


de la Résistance intérieure, ce qui facilite
l’établissement de son autorité sur les milices
patriotiques et sa légitimité face aux Alliés qui le
reconnaissent le 23 octobre. Ce compromis dure
pour l’essentiel de l’année 1945, avant que les
désaccords sur la Constitution à venir et sur la
réorganisation de l’armée française ne conduisent
à la démission de De Gaulle, le 20 janvier 1946. ■

Réunion du GPRF à Alger, en 1944

Biographie
L’installation des commissaires
de la République par de Gaulle Michel Debré
ou la volonté
Représentants du général de Gaulle, chef du GPRF, les commissaires de la de refaire la France
République sont chargés de rétablir la légalité républicaine lors de la Libération. Issus Mobilisé au début de la Seconde
de la France Libre, comme Michel Debré pour la région d’Angers, ou de la Résistance Guerre mondiale, Michel Debré
intérieure, tel Raymond Aubrac pour la région de Marseille, Gaston Cusin pour est fait prisonnier en juin 1940.
celle de Bordeaux ou Victor Le Gorgeu pour la Bretagne, ils doivent éviter toute Il parvient à s’évader en septembre
vacance du pouvoir au moment du départ de l’occupant et des fonctionnaires du et à rejoindre le secrétaire général
régime de Vichy, et ainsi prévenir l'installation d’un gouvernement militaire allié du protectorat français du Maroc
(AMGOT) ou d’un pouvoir de fait. Leurs actions sont tournées vers la restauration qui prépare l’opération Torch.
des lois démocratiques, la mise en place de l'épuration légale, le ravitaillement, la De retour en France, il s’engage
relance de l'économie locale et la gestion des retours des absents (prisonniers, dans la Résistance : il devient
déportés…). Ils détiennent donc des pouvoirs étendus jusqu’à ce que le pouvoir membre du C G E fin 1942,
central reprenne le contrôle des administrations. ■ du mouvement Ceux de la
Résistance en février 1943 et du
Noyautage des administrations
publiques (NAP) en août 1943.
Adjoint au délégué général
du GPRF, il est chargé de réaliser
une liste des préfets qui pourraient
remplacer ceux de Vichy à
la Libération. Il est lui-même
commissaire de la République de
© Droits réservés, Collection Fondation Charles de Gaulle

la région d’Angers d’août 1944 à


mai 1945. Il devient ensuite chargé
de mission auprès de De Gaulle,
président du GPRF. La rédaction
des statuts des Instituts d’études
politiques et de l’École Nationale
d’Administration lui est confiée.
C’est dans ce contexte que
Michel Debré rédige, sous le
pseudonyme de Jacquier-Bruère,
Refaire la France, une réflexion sur
la refondation d’un pays en ruines
Robert Dupérier, préfet de la Mayenne, le général de Gaulle, chef du GPRF, et Michel Debré, publiée le 1er janvier 1945. ■
commissaire de la République pour la région d’Angers, 22 août 1944 à Laval

C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025 – 27


3e PARTIE •

La dissolution des FFI et des milices patriotiques


Le 25 août 1944, dans son allocution du devenir des 400 000 FFI de l’été tendent à se transformer en une force
à l’Hôtel de Ville de Paris, le général de 1944 se pose. Le 28 août 1944, de Gaulle policière parallèle qui procède à des
Gaulle lance un appel à « l’unité nationale ». décide de dissoudre les états-majors FFI et perquisitions, des arrestations, voire
Pour le GPRF, l’unité combattante et les interdit tout nouveau recrutement au sein des exécutions. Des FFI, qui refusent
solidarités nouées dans la lutte contre des troupes résistantes. Si des FFI veulent l’incorporation dans l’armée régulière,
l’ennemi doivent se poursuivre après la continuer le combat, ils doivent rejoindre les rejoignent. Le 28 octobre 1944, le
Libération. Cela se passe tout d’abord l’armée régulière. Deux décrets (19 et GPRF ordonne le désarmement des
par la subordination des mouvements 20 septembre 1944) encadrent cette voie milices comme prélude à leur dissolution.
de Résistance intérieure, notamment des d’intégration des FFI dans l’armée. En Le PCF et une large partie de la presse
comités locaux de Libération (CLL) et juin 1945, les FFI représentent un quart des issue de la Résistance protestent contre
des comités départementaux de Libération effectifs sur les 1,3 million de soldats de cette décision ; le PCF menace même de
(CDL), disposant de moyens militaires qui l’armée régulière. démissionner du gouvernement. Revenu
pourraient menacer l’État. En effet, dans Le gouvernement se penche aussi sur la d’URSS le 27 novembre, après s’être
certaines régions (Limousin, Auvergne, question des milices patriotiques. Créées entretenu avec Staline, le secrétaire
Midi), des organisations de la Résistance en septembre 1943 par les communistes général du PCF, Maurice Thorez, fait le
intérieure paraissent susceptibles de afin de paralyser l’ennemi au cours de choix de jouer le jeu gouvernemental et
remettre en cause l'autorité de l’État. la Libération, les milices patriotiques légal. Ainsi, il appelle à la dissolution des
Pour marteler son message d’unité, de sont consacrées par le CNR en mars milices patriotiques et se prononce pour
Gaulle effectue une tournée des villes, à 1944. Malgré leurs effectifs modestes, une police nationale unique débarrassée
compter de septembre 1944. La question elles posent un problème aigu, car elles de ces « groupes armées irréguliers ».

L’épuration : enjeux et mise en œuvre


© Archives de la Manche / conseil dép. (13Num-1871, détail)

À la Libération, la reconstruction de l’identité nationale, fondée

© Archives nationales, AB/XIX/5339/9, auteur non identifié


en grande partie sur une souffrance partagée, passe par l’exclusion
du corps social des « mauvais Français » : collaboratrices et
collaborateurs, mais aussi celles et ceux qui ont profité de
l’Occupation. L’épuration n’est pas qu’un impératif social mais la
justice est aussi un enjeu de pouvoir entre le GPRF d’une part, et
les FFI, CLL et CDL d’autre part.
Le châtiment des traîtres avait été annoncé par la Résistance
intérieure dès 1942, ainsi que par la France Libre sur les ondes
de la BBC. Le CFLN fonde le 18 août 1943 une commission
d’épuration. Une ordonnance du 26 juin 1944 institue des cours
de justice pour juger la collaboration avec l’occupant. Une autre
du 28 août, très débattue, crée la notion d’indignité nationale pour
Femmes tondues pour Procès du maréchal Pétain ;
sanctionner l’adhésion au régime de Vichy.
collaboration à Cherbourg, passage de Pierre Laval
L’épuration est d’abord extralégale. Dès avant le débarquement
14 juillet 1944 à l’arrière-plan, 3 août 1945
de Normandie, des « tribunaux du maquis » sanctionnent des
collaborateurs, puis entre le 6 juin et octobre 1944, différents types une haute cour de justice, dont le maréchal Pétain et Pierre Laval
de tribunaux populaires et FFI se mettent en place dont certains à l’été 1945. Inculpé pour intelligence avec l’ennemi et complot
spécifiques à la zone sud. Cette « épuration de proximité », qui contre la sûreté de l’État, Pétain est présenté par ses avocats
permet une régulation des sociétés locales, fait – en l’état actuel comme un « bouclier » qui aurait protégé la France. Le procès
de nos connaissances – environ 9 000 victimes, dont 2 200 avant est très médiatisé. Condamné à mort, sa peine est commuée en
le débarquement. C’est dans ce contexte, marqué aussi par la emprisonnement à vie.
réaffirmation d’un ordre masculin, que se développe un châtiment Quel est le bilan de l’épuration légale ? 311 000 dossiers sont
genré : les tontes. Si les premières ont lieu en 1943, elles se ouverts, soit 1,3 % de la population justiciable. 59 % sont classés
produisent surtout à l’été 1944, entre le départ des Allemands et avant même le jugement. 50 223 dossiers donnent lieu à une
l’arrivée des nouvelles autorités légales, puis au printemps 1945. dégradation nationale ; 6 335 à la peine de mort mais 767 sont
On estime à 20000 le nombre de femmes tondues, accusées de effectivement appliquées, dont 46 concernent des femmes.
collaboration « horizontale » (40 %), mais aussi de délation, marché L’épuration a également un volet administratif (ordonnance
noir, collaboration politique… du 27 juin 1944). Environ 100 000 dossiers sont ouverts dans la
Pour le général de Gaulle, la justice ne peut être que du ressort fonction publique, principalement dans la préfectorale, la magistrature
de l’État. La transition vers l’épuration légale s’effectue, non et les forces de l’ordre. 28000 fonctionnaires sont sanctionnés, les
sans difficulté, avec la mise en place des tribunaux militaires en peines allant du blâme à la révocation. Sur le plan économique,
septembre 1944 puis des cours de justice, de l’automne 1944 une ordonnance du 16 octobre 1944 sanctionne la collaboration
à 1951. 311 000 dossiers sont ouverts (1,3 % de la population économique, une autre du 18 octobre les profits illicites, comme le
justiciable). Les membres du gouvernement de Vichy sont jugés par marché noir (124000 confiscations de profits illicites). ■

28 – C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025


Restaurer l'État
dans une France à reconstruire 3e

F ICHE RESSOURCE

LIRE UNE PHOTOGRAPHIE, L’EXEMPLE


DES PHOTOGRAPHIES DE LA LIBÉRATION
À la Libération, des photographes professionnels multiplient les
reportages sur la Résistance. Certains fixent sur la pellicule les cérémonies 3 4 6 10
(prises d’armes, défilés de FFI…), organisées par les autorités civiles
et militaires des villes, qui marquent le retour de la République dans
l’espace public. Il en est ainsi de Jean Dieuzaide dit Yan pour Toulouse,
Julia Pirotte pour Marseille, André Gamet et Émile Rougé pour Lyon,
Israëlis Bidermanas alias Izis pour le Limousin, Robert Capa, accrédité
par l’armée américaine pour le compte de Life, qui couvre la Normandie 3
mais aussi Chartres, Paris, Saint-Malo. Ce corpus photographique 7

permet d’analyser la façon dont les résistants veulent être perçus. D’autres
réalisent des photographies de reconstitution pour combler l’absence de
documents d’époque : scènes de sabotages, liaisons radios clandestines,
impression et diffusion de journaux clandestins.Ainsi, pendant l’hiver 1944,
Robert Doisneau photographie l’activité des imprimeurs ayant travaillé
pour la Résistance. Ces documents fabriqués a posteriori représentent
néanmoins un témoignage des résistants sur leur propre expérience.
2
Ces clichés doivent être soumis à une analyse critique, comme toute
@ NARA.

source historique, et ce d’autant plus que leur contexte de réalisation 11

demeure particulier.
Un exemple d'analyse d'un cliché d'une jeune résistante armée, Simone Segouin, le 23 août 1944 à Chartres 1 5

Simone Segouin, se trouve ci-dessous.

Composition Contexte de création et de réception


➊ Point de vue : Où le photographe se place-t-il ? Du côté de qui ? A. Date et localisation : Quand ? Où ? Que se passe-t-il alors ?
­ Le photographe se place face à son sujet. ­La photographie a été prise le 23 août 1944, à Chartres,
➋ Cadrage : Quelle zone est visible ? Comment cette zone est-elle lors de la venue du général de Gaulle dans la ville libérée.
photographiée ?
­ Le cadrage choisi est un plan américain (de la tâte à mi-cuisse) en
contre-plongée (de bas en haut) qui place le sujet en position de force. B. Auteurs et destinataires : Qui sont-ils ? Le photographe
est-il professionnel ou amateur, civil ou militaire ?
➌ Champ et hors-champ : Vers quel sujet le photographe se tourne-t-il ? Quelles sont les intentions du commanditaire ?
­ Le photographe isole son sujet de la foule que l’on devine aux autres plans. Pour qui est-ce réalisé ?
➍ Profondeur : Combien y a-t-il de plans ? • Photographe : photographe de guerre américain dont l’identité
­ Il y a deux plans. est inconnue à ce jour (Robert Capa, présent à Chartres à cette date,
➎ Jeu de regards : Quel lien y a-t-il entre le sujet et l’observateur ? n’est pas l’auteur de ce cliché, d’après l’agence Magnum).
­ Le sujet regarde l’objectif du photographe et non l’observateur. • Commanditaire : a priori l’armée américaine.
➏ Résolution : Quelles sont les fonctions du net et du flou ? • Destinataires : probablement les Français et les Alliés.
­ Le sujet est net, alors que les personnes à l’arrière-plan sont légèrement
floues pour mieux mettre l’accent sur la jeune femme.
C. Diffusion : Le cliché a-t-il été diffusé ? À quelle échelle
➐ Lignes de force : Quelles sont les lignes de force ? Comment influencent- et par quels canaux ? Quelle postérité ?
elles le regard ? ­ La photographie a été diffusée dans la presse locale,
­ Une croix dessinée par la ligne du pistolet mitrailleur et l’avant-bras avant de devenir un cliché « iconique ».
droit du sujet d’une part, et la rampe de l’escalier d’autre part, attire le
regard sur l’arme. La diagonale montante donne une impression d’énergie NB : un reporter de l'armée américaine, Jack Belden, consacre un article
à ce cliché. non illustré à Simone Segouin dans la revue Life du 4 septembre 1944.
➑ Format : Quelle est la taille du cliché ?
­ Il s’agit de la taille d’une photographie de reportage a priori (≈ 10 x 15 cm).
➒ Contrastes : Quels phénomènes assurent un effet de surprise ? Interprétation
­ Aucun effet de surprise n’apparaît dans la forme choisie.
➓ Références culturelles et symboles La composition de ce cliché vise à faire de cette résistante une
­ La jeune femme aurait été vêtue aux couleurs du drapeau français,
son calot rouge remplaçant le bonnet phrygien de Marianne. allégorie de la combativité de la France.Toutefois, cette photographie
appelle une certaine vigilance dans la mesure où les femmes sont
L’écrit : Des écrits sur l’image fournissent-ils des clés de compréhension ? généralement éloignées de la sphère du feu réservée aux hommes.
Une légende existe-t-elle ; si c’est le cas, est-elle trompeuse ?
­Seul le tampon « US Army signal corps », indiquant D’ailleurs, si la jeune femme pose avec cette arme prise à un soldat
le commanditaire, a été ajouté sur le cliché. allemand, il semble qu’elle ne l’ait guère utilisée.

C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025 – 29


3e PARTIE •

Revenir et reconstruire
Au rythme de l’avancée des troupes alliées, Cette instance devient en septembre 1944 un état de santé plus précaire et font l’objet
les milliers de Français détenus contre leur le ministère des Prisonniers, Déportés de plus d’attentions que les autres. Ainsi
gré sur le territoire du IIIe Reich (prisonniers et Réfugiés, chargé d’organiser le retour des ils sont plus nombreux à rentrer en avion,
de guerre, déportés…) sont libérés. quelque deux millions de Français encore parfois à l’issue d’une quarantaine car les
Leur retour est attendu avec ferveur par la présents sur les territoires détenus par le autorités craignent les risques d’épidémies.
population française, mais également avec IIIe Reich. Son action s’appuie sur plusieurs L’arrivée des premiers rapatriés est
angoisse : les communications sont coupées associations d’entraide et de secours : accueillie avec joie par la population et
avec l’Allemagne depuis l’été 1944 et les la Croix-Rouge internationale, le Secours surtout avec un immense soulagement
familles sont sans nouvelles de leurs proches, catholique ou encore la Fédération des des familles concernées. Mais, le sentiment
ignorant même s’ils sont vivants. Les mois Prisonniers de guerre. 173 centres d’accueil partagé d’un décalage entre ceux qui
précédant leur libération sont difficiles dans sont répartis sur le territoire, notamment reviennent et ceux qui vivent depuis
une Allemagne soumise aux bombardements aux frontières mais aussi à Paris où converge plusieurs mois dans un pays libéré ne tarde
alliés et à d’intenses combats ainsi qu’à de la plupart des arrivées. L’hôtel Lutetia est pas à émerger. La douleur des familles et des
sévères restrictions. L’essentiel de ces retours réquisitionné pour accueillir les survivants proches qui attendent en vain le retour des
a lieu entre la fin mars et la fin juin 1945, de la déportation de fin avril à fin août 1945. leurs, morts en captivité, l’état pitoyable des
mais certains n’interviennent que dans le L’importance du flux des rapatriements met survivants de la déportation et la révélation
courant de l’été voire en septembre 1945. à l’épreuve les dispositifs d’accueil et oblige les de l’ampleur du génocide font prendre
Le retour des absents est un enjeu autorités françaises à mettre à contribution conscience aux Français du caractère inédit
essentiel de la sortie de guerre. Il a été des volontaires, dont de jeunes scouts. de la violence nazie.
identifié comme tel dès novembre 1943 Toutes les catégories de rapatriés rentrent Une campagne de sensibilisation intitulée
par le GPRF qui crée le Commissariat dans la même temporalité, et souvent « retour à la France, retour à la vie » est
aux Prisonniers, Déportés et Réfugiés et transitent par les mêmes centres d’accueil. mise en place pour favoriser l’intégration des
en confie la responsabilité à Henri Frenay, Toutefois tous ne vivent pas la même différentes catégories de rapatriés. ■
chef du mouvement de résistance Combat. expérience : les déportés sont souvent dans

Le retour des prisonniers de guerre Le retour des militaires


Dès la fin de l’année 1943, À partir du printemps 1945, s’opère une des
le général de Gaulle confie démobilisations les plus massives de l’histoire
à Henri Frenay la mission de l’armée française. Le 8 mai 1945, les effectifs
d’élaborer un plan pour s’élèvent à 1,3 million d’hommes, ce qui engendre
le rapatriement d’environ un coût bien trop important pour le budget
un million de prisonniers de la France qui doit faire face à sa propre
de guerre. Leur libération reconstruction. En une année, 500 000 hommes
s’effectue au rythme de sont démobilisés, en commençant par les
l ’ av a n c é e d e s t ro u p e s classes les plus anciennement engagées. En
alliées sur le territoire parallèle, l’épuration se poursuit et touche
allemand et ne se fait pas certains des cadres de l’armée. Retournés à
sans heurts, les prisonniers la vie civile, les militaires doivent trouver leur
étant parfois pris en étau place dans une société qui aspire à la paix et
entre l’armée allemande où l’armée ne jouit plus de la même aura que
Collection CHRD/Ville de Lyon © Pierre Verrier

et les Alliés. Les premières dans les premiers mois de la Libération. Ces
évacuations interviennent le opérations de démobilisation concernent aussi
15 mai 1945, mais certains la prestigieuse 2e DB, désormais commandée
prisonniers ne rentrent par le colonel Dio. Il fait remettre à chacun des
en France qu’à l’automne. hommes quittant l’unité un document, daté du
À leur arrivée , ils sont 20 juillet 1945, dans lequel il reconnaît les efforts
pris en charge par des et les sacrifices consentis et rappelle les victoires.
centres d’accueil où l’on Il entend donc que ses hommes, revenus à la vie
vérifie leur identité et où civile, offrent à leur patrie le même engagement :
ils bénéficient d’un examen « Ce goût de l’effort, cette abnégation, cet
médical. Ce retour tant esprit de sacrifice, cet enthousiasme que vous
Affiche réalisée par Thébault (ill.), attendu déçoit cependant aviez au combat, que votre vie nouvelle en soit
Watelet-Arbelot (impr.), Paris de nombreux prisonniers, imprégnée ». Le retour des militaires à la vie
déroutés par la froideur civile est cependant difficile : ils ne bénéficient
d’un accueil de masse et plus encore par la difficulté éprouvée à pas de priorités d’embauche ni de possibilités
retrouver leur place au sein de leur famille. La situation économique d’intégrer la fonction publique, alors que le
du pays rend par ailleurs difficile leur réinsertion professionnelle. chômage demeure important et que les difficultés
À ces difficultés matérielles et morales s’ajoute le sentiment d’être du quotidien, surtout liées au ravitaillement,
rendus injustement responsables de la défaite de 1940. ■ perdurent. ■

30 – C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025


Restaurer l'État
dans une France à reconstruire 3e

Le retour des travailleurs Le retour


des déportés « raciaux »
En septembre 1944, entre 430 000 et 460 000
requis du Service du Travail Obligatoire (STO) La libération progressive du territoire
sont toujours retenus en Allemagne ainsi que 60 ne doit pas faire oublier la poursuite de la
à 80 000 travailleurs volontaires. Après un hiver politique antisémite et xénophobe nazie,
particulièrement rude, marqué par de violents symbolisée par le départ des derniers
bombardements alliés qui causent la mort de convois, à l’image du convoi n° 77 parti le
25 000 Français présents en Allemagne, les 31 juillet 1944 avec plus de 1300 Juifs dont
opérations de rapatriement débutent fin mars 1945. la jeune Yvette Dreyfuss (future Lévy).
Cependant, les requis ne sont pas prioritaires : Seuls environ 4 000 Juifs sur les 74 150
F/9/3169.

ils passent après les prisonniers de guerre et les déportés depuis la France pendant le
déportés et certains sont contraints de rentrer conflit survivent (L. Joly). À la Libération,
nationales,

par leurs propres moyens. À leur arrivée, ils leur déportation est souvent placée sur le
transitent par un centre d’accueil où un tri est même plan que celle des autres déportés,
opéré entre travailleurs volontaires (à noter qu’il sans qu’il y ait une mise en lumière des
© Archives

y a des femmes parmi eux) et requis du STO. spécificités de la Shoah. De plus, ils sont
Les travailleurs volontaires sont parfois maltraités confrontés à des difficultés particulières
Guide du rapatrié à l’usage par la foule qui cible particulièrement les femmes. accentuant les problématiques du retour
du travailleur déporté, 1945 Le retour à la vie normale de ces hommes jeunes, par rapport à d’autres catégories de
le plus souvent célibataires et restés moins rapatriés : familles disloquées voire anéanties,
longtemps absents – le STO ayant été instauré en février 1943 – est plus facile que sort des jeunes enfants tiraillés entre leurs
celui des prisonniers de guerre.Toutefois, ils souffrent du manque de considération parents adoptifs et leurs parents revenant
qui leur est accordé. Les associations d’anciens requis du STO réclament en vain des camps, question des restitutions des
le statut de « déportés du travail » pour que le caractère contraint de leur départ biens juifs… Marceline Rozenberg
en Allemagne soit pris en compte. ■ (future Loridan-Ivens), déportée à l’âge de
15 ans dans le même convoi que Simone
Jacob (future Veil), avec laquelle elle devient
Le retour des déportés politiques amie, Ginette Cherkasky (future Kolinka)
et Anne-Lise Stern, revient entre autres sur
le retour des camps dans ses témoignages
Photographie Charles Bobenrieth, collection CHRD/Ville de Lyon, fonds Nouvellet-Dugelay

Les dépor tés politiques écrits et oraux.


forment une minorité parmi Par ailleurs, des camps d'internement
la masse des rapatriés : ils sont de Tsiganes restent ouverts jusqu’en mai
environ 40 000 face au million 1946. Cette violence s’ajoute à celles subies
de prisonniers de guerre et pendant le conflit par cette population dite
500 000 travailleurs, qu’ils aient nomade. Bien qu’elle n’ait pas fait l’objet
été volontaires dans le cadre de déportation raciale de masse depuis
de la Relève ou requis pour la France - le seul cas étant semble-t-il le
le STO. convoi Z du 15 janvier 1944 transportant
À la libération des camps de 144 Tsiganes français vers Auschwitz-
concentration, des déportés Birkenau -, elle a connu de nombreuses
doivent attendre sur place que mesures discriminatoires.
leur état de santé s’améliore ou Le rôle des associations laïques ou
qu’une organisation se mette religieuses est, durant toute cette
en place pour assurer leur période, essentiel pour accompagner les
rapatriement, comme l’explique rapatriés. ■
Edmond Michelet dans Rue de
Installation provisoire du ministère des Prisonniers, la Liberté, Dachau 1943-1945.
Déportés et Réfugiés, cours de Verdun, Lyon, 1945 Bien que les témoignages
soient rares, tant il est difficile
de parler et d’être écouté, ceux des déportés politiques sont mieux accueillis
que ceux des déportés « raciaux ». Peu après son retour de Ravensbrück,
Geneviève de Gaulle assure des conférences en Suisse, France et Belgique sur
son expérience concentrationnaire, afin de réunir des fonds pour venir en aide
aux déportées françaises. Elle prend par la suite une part active dans l’Association
© Dominique Trimbur

des anciennes déportées et internées de la Résistance (ADIR), créée le 15 août


1945 dans le sillage de l’Amicale des prisonnières de la Résistance fondée fin 1944,
pour aider celles ayant besoin d’un soutien médical ou administratif ou bien encore
d’une infrastructure d’accueil. Geneviève de Gaulle parle de « retours inégaux »
pour souligner l’écart entre celles retrouvant leurs proches et leurs biens, et
Plaque apposée au 9, rue Vauquelin à Paris :
celles ayant tout perdu, si ce n’est la solidarité née dans les camps, essentielle pour
emplacement de l’ancienne maison de l’UGIF
assurer une réintégration dans la société. ■
où Yvette Dreyfuss a été raflée.

C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025 – 31


3e PARTIE •

Penser l’avenir
Ne plus jamais vivre un tel effondrement. spoliés, le sort de la presse, le modèle et praticiens (hauts-fonctionnaires), que
Dès l’été 1940, la spécificité de la économique et social, et bien sûr les recouvre le terme commun d’ « experts »,
France Libre est de considérer que le institutions pour la France d’après-guerre. sort une matrice intellectuelle et program-
relèvement du pays est consubstantiel La notion d’État-Providence, inspirée du matique que le programme du CNR,
à la lutte. Mais comme le fait observer Welfare state anglais (sans en reprendre « Les Jours Heureux », synthétise sans
Diane de Bellescize, c’est à partir de 1943 tous les principes) fait consensus : sur pour autant l’épuiser : la Libération laisse
qu’« à côté du devoir de guerre, sans ce sujet comme sur d’autres, les lignes aussi place à une forme de pragmatisme,
cesse plus impérieux, il y a un devoir de politiques bougent. Ainsi, la droite symbolisé par l’ordonnance du 9 août 1944
préparation politique ». Les réflexions accepte une prise en charge des qui, à l’instigation de René Cassin, se refuse
sur ce que sera la France d’après-guerre, politiques sociales par l’État, tandis que à remettre en question l’intégralité de
nombreuses et parfois antagonistes, se les communistes acceptent le principe l’héritage administratif de Vichy, non,
sont nourries de la lutte, mais puisent des nationalisations, auxquelles ils étaient évidemment, dans un souci de synthèse,
aussi dans l’héritage des années 1930, alors opposés en 1936. Les propositions sont mais plus prosaïquement dans celui de
que la crise économique avait questionné nombreuses, équilibrées entre la volonté permettre aux services de l’État de vite
le périmètre de l’État. L’enjeu est à la fois de « refaire la France » et un souci être en capacité de servir le GPRF.
de définir un programme intégrant les réaliste de rendre l’État immédiatement Ce travail ne débouche que partiellement
leçons de la lutte et redéfinissant le socle opérationnel, les difficultés très concrètes sur la IVe République, les partis politiques
républicain, et de maintenir un consensus de la Libération étant clairement anticipées re p re n a n t l a m a i n à c o m p t e r d e
entre les diverses composantes de la dans certains domaines. Bien souvent, les l’élection de l’Assemblée constituante
Résistance, sachant qu’à Londres, Alger difficultés de communication ou un relatif en octobre 1945, mais infuse dans la
ou, clandestinement, en France, le CGE, cloisonnement conduisent plusieurs France d’après-guerre : ainsi, les travaux
certains mouvements de résistance ou groupes à travailler, en s’ignorant, sur des de Michel Debré sur les institutions
des groupes de réflexion auto-constitués problèmes similaires. de la France d’après-guerre pour
s’emparent des problèmes clé : la mise en De cette effervescence, qui mobilise le CGE sont appelés à inspirer le texte
place de l’épuration, la question des biens intellectuels (universitaires, journalistes) de 1958. ■

Les défis de la reconstruction

© Photographe : André Colombel. Collection particulière André Colombel.


La Libération provoque de nombreuses destructions

Cliché Saint-Nazaire Agglomération Tourisme – Écomuséee


matérielles : près de 9 500 ponts routiers et ferroviaires,
3 000 km de voies ferrées et 1 888 000 immeubles sont
partiellement ou complètement détruits. 500 000 hectares sont
à déminer, près de 2 000 communes sont déclarées sinistrées
et 1 million de familles sont sans-abri. Aussi, en octobre 1945,
une commission consultative des dommages de guerre est
constituée. Débute alors la reconstruction des villes détruites
et la multiplication des baraquements provisoires.
La situation économique du pays est fragile. Pendant la guerre,
les productions agricole et industrielle ont respectivement
baissé de 40 % et 60 %, provoquant une baisse des salaires
et du pouvoir d’achat. La nourriture, les vêtements, l’énergie
manquent. Les autorités maintiennent les cartes et titres de Des hommes participent au montage d’un bungalow américain
rationnement pour de nombreuses denrées jusqu’en 1949, face type UK 100 pendant la Reconstruction
à un marché noir qui ne cesse de proliférer. Les problèmes de
la vie quotidienne sont souvent relayés par la presse, symbole et l’industrie, Comptoir national d’escompte de Paris)...
du renouveau démocratique, avec la parution au grand jour de À la tête des entreprises nationales sont souvent nommés des
la presse clandestine (Libération, Combat…), de journaux nés de hauts fonctionnaires et, en octobre 1945, est fondée l’École
la Libération (Ouest-France, Le Dauphiné libéré...). Nationale d’Administration (ENA).Sous l’impulsion de Pierre
L’État engage une action économique efficace pour accélérer Laroque, qui prend la direction des Assurances sociales et de la
la modernisation du pays. Sans remettre en cause le système Mutualité du ministère du Travail, et Ambroise Croizat, ministre
économique capitaliste, des mesures sont prises pour affirmer du Travail à partir de novembre 1945, des réformes, donnant de
la primauté de l’intérêt général sur les intérêts particuliers, la nouveaux droits aux travailleurs et à leurs représentants, sont
primauté du politique sur l’économie, et la responsabilité sociale réalisées (création d’un salaire minimum vital ; liberté syndicale
de l’activité économique. Des nationalisations d’entreprises, restaurée ; création de comités d’entreprises ; création de la
pour maîtriser les secteurs clés de l’économie (transports, Confédération générale de l’agriculture et de la Confédération
banques, assurances, énergie), sont réalisées : les Houillères générale des cadres). Ajouté à cela, un plan de Sécurité sociale,
du Nord – Pas de Calais, les usines Renault, la Banque de qui impose la conception du droit de vivre et du bien-être,
France et les quatre principales banques de dépôt (Crédit est préparé. L’ordonnance du 4 octobre 1945 met en place la
lyonnais, Société générale, Banque nationale pour le commerce Sécurité sociale. ■

32 – C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025


Restaurer l'État
dans une France à reconstruire 3e

Repenser le rôle de la France dans le monde


Comment mener une politique de puissance avec des moyens
réduits ? Absent des conférences alliées de Téhéran (novembre-
décembre 1943) et de Yalta (février 1945), puis de Potsdam (juillet-
août 1945), la France du général de Gaulle se trouve confrontée
à un double défi. D’une part, il s’agit de préserver la souveraineté
du pays sur l’ensemble de ses territoires (certains territoires
ultra-marins, comme la Nouvelle-Calédonie, sont convoités par
les États-Unis, tandis que de graves tensions opposent Français et
Anglais au Levant en mai 1945), et d’autre part d’imposer la place
de la France dans une Europe à reconstruire où le règlement de la
question allemande doit s’accompagner d’un équilibre entre les blocs

© Vincent Verdu/ECPAD/ TERRE 10570-G4


naissants. Dans cette perspective, l’effort pour associer la France
à la victoire, par une présence militaire sur l’ensemble des fronts
(De Lattre et Leclerc signent au nom de la France les capitulations
de mai et septembre 1945) contribue, grâce au soutien anglais, à
lui assurer une place de membre permanent au conseil de sécurité
de l’ONU et une zone d’occupation en Allemagne, malgré des
tensions avec Roosevelt. Mais l’équilibre européen, dirigé contre
l’Allemagne, est délicat à trouver : après avoir négocié avec Staline
une alliance de revers avec l’URSS en décembre 1944, de Gaulle
revient au printemps 1945 à une stratégie de « Bloc occidental », Réunion à Berlin des représentants des pays alliés, le 5 juin 1945
à savoir réunir autour de la France la Belgique, les Pays-Bas, le De gauche à droite : le maréchal Montgomery, le général Eisenhower,
Luxembourg et les régions occidentales de l’Allemagne, selon le le maréchal Joukov et le général de Lattre de Tassigny.
projet de Jean Monnet. ■

Un projet de renouveau limité dans l’Empire


Si l’Empire apporte une contribution
décisive à la lutte de la France Libre,
par l’engagement et le sacrifice de
ses populations, par ses ressources
indispensables, le combat ne définit pas
pour autant des perspectives d’évolutions
concrètes. La conférence de Brazzaville,
réunie en janvier 1944 par de Gaulle

© Droits réservés, Collection Fondation Charles de Gaulle


et Félix Éboué, s’adresse avant tout à
l’administration coloniale. Des droits
économiques et sociaux sont envisagés,
mais toute perspective d’évolution reste
vague et lointaine : « Mais, en Afrique
française comme dans tous les autres
territoires qui vivent sous notre drapeau,
il n’y aurait aucun progrès qui soit un
progrès, si les hommes, sur leur terre
natale, n’en profitant pas moralement et
matériellement, s’ils ne pouvaient s’élever
peu à peu jusqu’au niveau où ils seront
capables de participer chez eux à la Conférence de Brazzaville, le 29 janvier 1944
gestion de leurs propres affaires. C’est le
devoir de la France de faire en sorte qu’il de ralliement à un courant nationaliste. 2 septembre 1945 l’indépendance du Viet-
en soit ainsi », conclut de Gaulle. Le 8 mai 1945, des drapeaux algériens Nam, le jour de la capitulation du Japon,
Les aspirations à l’émancipation, voire à sont brandis à Sétif et à Guelma : tandis que des troupes anglaises sont
l’indépendance, encouragée par les Alliés la répression menée par le gouvernement en charge de désarmer les Japonais.
(États-Unis, Grande-Bretagne), parfois est féroce, et fait des milliers de victimes. Dès le mois d’octobre, Leclerc débarque
par ambition de récupérer des positions En Indochine, la propagande anti-française, en Indochine et entreprend de rétablir
françaises ou l'Axe (Japon) conduisent menée par le Japon, fragilise la présence l’autorité française (il entre à Hanoï en
à des révoltes importantes. En Algérie, française : jouant des rivalités franco- mars 1946). Mais ce retour n’est que
le Manifeste du peuple algér ien de britanniques et du soutien implicite provisoire, la guerre éclatant dès la fin de
Ferhat Abbas et Messali Hadj sert dès 1943 du Japon, Ho-Chi Minh proclame le l’année 1946. ■

C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025 – 33


Conclusion
Mémoire et mémoires de la Libération :
quels enjeux politiques d’hier à aujourd’hui ?
C’est de la sélection du passé, qui Paris en août 1944 a pu être interprété La mémoire de la Libération s’est ainsi
contribue à la construction du présent comme le baume qu’on applique sur les concentrée dans l’opération Overlord.
parce qu’on lui donne du sens, que plaies. Mais il s’inscrit dans un contexte Si les cérémonies nationales célèbrent
s’élabore la mémoire collective. Celle-ci précis et une veine bien creusée par le d’autres lieux, d’autres dates, d’autres
s’ar ticule au pluriel des mémoires chef de la France Libre pour positionner, faits – en témoigne ce 80e anniversaire –,
individuelles et des groupes particuliers, dès 1940, la France au rang de ses Alliés. celles-ci sont comme étouffées par
parfois porteuses de revendications, Cet enjeu primordial structura toute sa
l’écho médiatique du débarquement
tendance qui s’est accentuée avec l’essor politique du temps de guerre afin que
de l’injonction au « devoir de mémoire ». les forces françaises combattent sur tous de Normandie. La dissémination des
Tout en désignant un évènement les théâtres d’opération. Pour la rétablir cérémonies, ainsi que la volonté de
spécifique et symboliquement fort, la au rang des nations souveraines, il fallait parler à toutes les mémoires, rend aussi
mémoire de la Libération a dès 1945 que la France fût libérée par elle-même. plus difficile l’expression d’une mémoire
offert, en contrepoint de la défaite, À son retour au pouvoir en 1958, collective dont la voile serait gonflée
de l’Occupation, de la collaboration, l’effort de redressement était encore à par un souffle politique, fédérateur
la possibilité d’une mémoire positive faire. Favorable au retour de la mémoire de l’ensemble.
susceptible de fédérer les histoires de la Résistance, Charles de Gaulle Pourtant, avec ses 260 000 soldats
par ticulières, quand bien même laissa pour tant à d’autres le soin français, pour certains couverts de gloire
personne n’était complètement dupe. Les de commé morer le débarquement de dans les combats d’Afrique du Nord,
historiens ont aujourd’hui fait pièce au Normandie privilégiant les cérémonies de Corse ou d’Italie ; avec sa rapidité
« résistancialisme » qui aurait permis aux du débarquement de Provence, de l’appel
d’exécution ; avec la participation des
Français de se représenter une nation du 18 juin et de la libération de Paris et
unanimement résistante, étouffant les de Strasbourg. soldats de l’Empire français qui raconte,
réalités de la guerre et les faces les plus Le tournant survient en 1984, avec la aussi, l’idéal que représentait la France
sombres de la période (D. Peschanski, volonté de faire de la commémoration pour ses populations, l’histoire du
F. Azouvi). du débarquement de Normandie un débarquement de Provence s’avère digne
Certes, le discours prononcé par le évènement pour unifier la nation et servir d’affleurer davantage à la surface de la
général de Gaulle à l’Hôtel de ville de de ressort diplomatique (E. Thiébot). mémoire nationale. ■

G LOSSAIRE
2e DB : 2e division blindée. CNF : Comité national français. GPRF : Gouvernement provisoire
ACP : Assemblée consultative CNR : Conseil national de la Résistance. de la République française.
provisoire. CVF : Corps des Volontaires françaises. OCM : Organisation civile et militaire ;
AEF : Afrique-Équatoriale française. mouvement de la Résistance intérieure
DFL : Division française libre.
AMGOT : Allied Military Government of française opérant en zone occupée.
FAFL : Forces aériennes françaises libres.
Occupied Territories. Ce Gouvernement PCF : Parti communiste français.
militaire allié des territoires occupés FFI : Forces françaises de l’intérieur.
est chargé d'administrer les territoires SFIO : Section française de
FFL : Forces françaises libres.
libérés. l'Internationale ouvrière.
FNFL : Forces navales françaises libres
AOF : Afrique-Occidentale française. Spahis : Cavaliers des corps auxiliaires
FTP : Francs-tireurs et partisans.
BCRA : Bureau central indigènes de l’armée française en
Goumiers : Créé en 1908, ce corps Afrique du Nord, recrutés d’abord en
de renseignements et d'action ;
constitué en majorité, de bergers Algérie, puis en Tunisie et au Maroc.
services secrets de la France Libre.
de l’Atlas, entraînés par des officiers
CDL : Comités départementaux français, est mobile, rapide et capable de STO : Service du travail obligatoire.
de Libération. s’adapter à des conditions de combat
Tirailleurs : Les soldats de ce corps
CEF : Corps expéditionnaire français. difficiles. Ses membres acceptent une
discipline stricte, tout en gardant leurs d’infanterie coloniale de l’armée
CFLN : Comité français de Libération française sont initialement recrutés au
nationale. droits à un genre de vie traditionnel,
sans rupture avec la famille et à leur Sénégal, en Afrique occidentale française,
CGE : Comité général d’études. tenue (djellaba, crâne rasé et sandales puis dans toute l’Afrique occidentale et
CLL : Comités locaux de Libération. de cuir). équatoriale.

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Ressources numériques – Partenaires
Depuis sa création, le CNRD est porté par un ensemble de partenaires qui, aux côtés du ministère des Armées et du ministère
de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, mettent à la disposition des élèves et de leurs enseignants, en fonction du thème de
l’année, leurs compétences et leurs ressources.

La brochure numérique et les ressources en ligne


Sur les sites de la Fondation de la France Libre www.france-libre.net et de la Fondation Charles de Gaulle www.charles-de-gaulle.org
• vous pourrez télécharger cette brochure au format PDF et l’imprimer ;
• vous trouverez également la brochure numérique au contenu enrichi qui permet :
- de visualiser, d’agrandir et de projeter les documents et les articles ;
- d’avoir accès à des ressources complémentaires.

Fondation de la France Libre Établissement de communication et de


www.france-libre.net production audiovisuelle de la Défense
www.ecpad.fr

Fondation Charles de Gaulle


www.charles-de-gaulle.org Institut national de l’audiovisuel
https://enseignants.lumni.fr

Fondation pour la Mémoire


de la Déportation Musée de l’Armée
www. fondationmemoiredeportation.com www.musee-armee.fr

Fondation pour la Mémoire de la Shoah Musée de Bastia


www.fondationshoah.org https://musee.bastia.corsica/

Fondation de la Résistance Musée de la Libération de Paris


www.fondationresistance.org Musée du général Leclerc
www.museedelaresistanceenligne.org Musée Jean Moulin
www.museeliberation-leclerc-moulin.paris.fr

Archives départementales de la Manche


www.archives-manche.fr Musée de l’Ordre de la Libération
www.ordredelaliberation.fr

Office national des combattants


Archives nationales et des victimes de guerre
www.archives-nationales.culture.gouv.fr/ www.onac-vg.fr
seconde-guerre-mondiale

Saint-Nazaire Agglomération Tourisme


Association des Professeurs d’Histoire Écomusée de Saint-Nazaire
et de Géographie www.saint-nazaire-musees.com
www.aphg.fr
Secrétariat pour l’administration
Direction de la mémoire, de la culture
et des archives
Centre d'Histoire de la Résistance
www.defense.gouv.fr/sga/nous-connaitre/
et de la Déportation de Lyon
organisation-du-sga/directions/direction-
www.chrd.lyon.fr
memoire-culture-archives

Service historique de la Défense


www.eduscol.education.fr/CNRD www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr

C ONCOURS NATIONAL DE LA R ÉSISTANCE ET DE LA D ÉPORTATION – 2024-2025 – 35


Partenaires institutionnels et remerciements
Cette brochure a été élaborée à partir d’une lettre de cadrage coordonnée par Vincent Duclert, inspecteur général de
l’Éducation, du Sport et de la Recherche (IGÉSR) et président du Collège des correcteurs du Concours national de la Résistance
et de la Déportation. La Fondation de la France Libre et la Fondation Charles de Gaulle en ont assuré la coordination.
S’y sont associés la Fondation de la Résistance, la Fondation pour la mémoire de la Shoah, la Fondation pour la mémoire
de la Déportation, des musées et centres de ressources. Cette publication est soutenue par le ministère des Armées (Direction
de la Mémoire, de la Culture et des Archives) et le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse (Direction Générale
de l’Enseignement scolaire).

Elle a été coordonnée par : La Fondation de la France Libre et la Fondation Charles de Gaulle remercient les membres

Q Sophie Junien-Lavillauroy, du comité qui ont contribué à la rédaction et à la recherche documentaire :
directrice des projets pédagogiques
et numériques, Fondation   
Q Raphaëlle Bellon, Q Vincent Giraudier, Q Lauriane Quesnot,
Charles de Gaulle responsable des activités chef du département Historial chargée des archives
 pédagogiques, Fondation Charles de Gaulle, musée de et de la documentation,
Q Jérôme Maubec, de la Résistance l’Armée, Paris Musée de la Libération de Paris
responsable des recherches – Musée du général Leclerc –
historiques, Fondation  
Q Agathe Bodin, Q Sylvain Gregori, Musée Jean Moulin, Paris
de la France Libre documentaliste, Saint-Nazaire conservateur, Musée de Bastia 
Patrimoine et du Musée de la Résistance corse Q Hélène Solot,
avec la participation de : maîtresse de conférences en
 
Q Delphine Cressent, Q Fabrice Grenard, histoire et civilisation des États-Unis,

Q Antoine Broussy, documentaliste du Centre directeur scientifique, CREA, Université Paris Nanterre
directeur, Fondation d’Histoire de la Résistance Fondation de la Résistance 
Charles de Gaulle et de la Déportation (CHRD), Lyon Q Dominique Trimbur,

Q Gabrielle Grosclaude, chargé de mission, Fondation pour
 
Q Frédéric Fogacci, Q Guillaume Denglos, responsable adjointe du service la Mémoire de la Shoah
directeur des études chargé d’études, Service éducatif, Archives nationales 
et de la recherche, Fondation Historique de la Défense Q Vladimir Trouplin,

Charles de Gaulle Q Frantz Malassis, conservateur, musée de l’Ordre

Q Benjamin Doizelet, chef du département de la Libération
chargé d’études documentaires au documentation et publications, 
Service Historique de la Défense Fondation de la Résistance Q Sylvie Zaidman,
conservatrice générale
 
Q Isabelle Doré-Rivé, Q Béatrice Parrain, et directrice du musée
directrice du Centre d’Histoire de responsable des collections de la Libération de Paris-musée
la Résistance et de la Déportation photographiques, musée de l’Ordre du général Leclerc-musée
(CHRD), Lyon de la Libération Jean Moulin, Paris
  
Q Floriane Germain, Q Sophie Poirier-Haudebert, Q Paul-Emmanuel Zevort,
cheffe du département responsable de la photothèque responsable des ressources
de la médiation et des publics, Archives départementales pédagogiques, BAPIM – DMCA
ECPAD de la Manche

Nous remercions les ayants droit qui nous ont permis de reproduire gracieusement des
documents d’archives.

Éditeur : Fondation de la France Libre – Reconnue d’utilité publique par décret du 16 juin 1994 –
16, cour des Petites-Ecuries, 75010 Paris
Téléphone : 01 53 62 81 82
Courriel : [email protected]
Directeur de la publication : Général Robert Bresse, président de la Fondation de la France Libre
Rédacteur en chef : Jérôme Maubec
Maquette, photogravure et impression : Humancom – 1, rue Claude Matrat – 92130 Issy-les-Moulineaux
Revue trimestrielle – Abonnement pour un an : 30 € - N° 92 : 7,50 €
Commission paritaire : n° 0227 A 05624
ISSN : 1630-5078
Dépôt légal : septembre 2024
Ce numéro comporte deux encarts jetés : un courrier, une affiche invitant à participer au CNRD
et un bulletin d'abonnement.
Malgré toutes les démarches entreprises, la Fondation de la France Libre n’a pas pu trouver les ayants droit de certains
documents. Les personnes disposant de ces droits peuvent prendre contact avec la Fondation de la France Libre.

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