Aide Publique Budget Et Redevabilité
Aide Publique Budget Et Redevabilité
SYNTHÈSE
Paolo De Renzio
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Paolo DE RENZIO **
INTRODUCTION
* Article publié en anglais sous la référence suivante : “Budgets and Accountability: A Survey Article”.
** Chercheur associé à l’Overseas Development Institute, 111 Westminster Bridge Road, Londres, SE1 7JD, RU (p.derenzio
@odi.org.uk). Cet article s’est inspiré des présentations et des discussions lors d’un atelier organisé par le Centre for Aid and
Public Expenditure de l’ODI en octobre 2005, www.odi.org.uk/PPPG/cape/events/2005_workshop/2005_workshop.html.
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les responsabilités nationales. Il n’en demeure pas moins que les préoc-
cupations récurrentes au sujet des gouvernements des pays pauvres qui
conduisent des politiques anti-démocratiques, économiquement peu favo-
rables au développement ou souffrant de corruption endémique, ne plai-
dent pas en faveur d’un soutien accru de la part des pays riches. À titre
d’exemple, les récents événements survenus en Éthiopie et en Ouganda
illustrent les contradictions inhérentes à cette approche (cf. CMI, 2005 ; de
Renzio, 2006).
Du fait de l’augmentation des fonds d’aide en direction des pays pauvres
– de plus en plus fréquemment au moyen de modalités ayant recours à, ou
du moins s’accordant avec des systèmes et des procédures nationales –, les
processus budgétaires des bénéficiaires acquièrent une importance nouvelle
comme mécanismes prioritaires non seulement pour affecter et utiliser ces
fonds, mais aussi pour assurer les résultats et impacts (outcomes) en termes
de développement. Les bailleurs de fonds portent donc une attention ac-
crue aux systèmes de gestion des finances publiques (GFP). Avant de cana-
liser l’aide par le biais des budgets nationaux, ils réalisent une évaluation de
la solidité et de l’adéquation de ces systèmes afin de minimiser le risque des
procédures d’aide s’appuyant sur eux. Les difficultés rencontrées dans l’utili-
sation de ces nouvelles modalités d’aide et dans la mise en œuvre de program-
mes de réforme de la GFP, soulignent la nécessité de mieux appréhender
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canalisation de l’aide par le biais des budgets nationaux des pays bénéficiai-
res. Ensuite, nous examinons les études disponibles qui montrent, d’une part,
l’efficience de l’ABG en tant que modalité d’aide et, d’autre part, l’efficacité
du soutien des bailleurs pour renforcer les systèmes de GFP des pays béné-
ficiaires. Nous soulignons, en parallèle, l’impact mitigé qu’a produit l’ABG
jusqu’à présent, ainsi que quelques-unes des raisons qui expliquent la len-
teur de la réforme de la GFP. Dans la section suivante, nous abordons les
contradictions inhérentes au rôle des bailleurs dans la formulation de poli-
tiques budgétaires et de réformes des pays bénéficiaires, compte tenu du
poids de la politique locale et des tensions que crée l’implication importante
des bailleurs dans les processus d’élaboration des politiques. Enfin, nous exa-
minons les études disponibles qui démontrent l’importance d’encadrer le
processus budgétaire par des mécanismes de redevabilité nationale, en pas-
sant par une analyse de leurs limitations et les différents moyens des bailleurs
pour leur fournir un appui. Nous présentons, en dernière partie, dans la
perspective de recherches appliquées ultérieures, quelques conclusions pré-
liminaires et suggestions.
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Ainsi, dans les pays ayant fait preuve de bonnes performances et dispo-
sant d’institutions plus solides, un appui financier direct à la mise en œuvre
de politiques sectorielles – ou plus largement au budget national dans le ca-
dre des stratégies de réduction de la pauvreté – est désormais considéré
comme une réponse aux questions relatives à la capacité d’absorption, que
ce soit du côté des bailleurs ou de celui des pays bénéficiaires, ce qui permet
de renforcer simultanément les mécanismes de redevabilité nationale. Si la
recherche n’a fourni jusqu’à présent que des éléments de preuve limités
pour soutenir ce raisonnement, celui-ci bénéficie néanmoins d’un très large
soutien, reflété dans les programmes mis en œuvre par les bailleurs dans
certains pays où les flux d’aide sont de plus en plus canalisés par le biais des
programmes d’ABG 1. Des études réalisées dans le cadre du partenariat stra-
tégique avec l’Afrique (Strategic Partnership with Africa – SPA) ont montré
que, sur l’ensemble des apports d’aide consentis par ses membres à un
échantillon de bénéficiaires africains, la part de l’ABG représente 25,7 % en
2004 et s’élève en 2005 à 27,8 %. La moyenne par bailleur est donc passée
de 16,5 % du montant total de l’aide en 2004 à 18,0 % en 2005, tous pays
bénéficiaires confondus (SPA, 2006). Selon des données récentes du CAD,
l’ABG représente actuellement environ 5 milliards de dollars par an, soit en-
viron 5 % du total de l’ABG.
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1. Toutefois, Rogerson (2005) fait aussi remarquer que la canalisation de ces flux d’aide accrus s’effectuera sans doute
par le biais d’une multiplicité de mécanismes, dont les fonds verticaux, qui ne s’accordent pas forcément avec les principes
sous-jacents à l’ABG et qui, dans certains cas, peuvent même les contredire.
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Comme le souligne une évaluation récente de l’ABG menée dans sept pays,
l’aide budgétaire globale s’accompagne d’attentes variées. Parmi celles-ci :
une meilleure coordination et harmonisation entre bailleurs et un aligne-
ment sur les systèmes et politiques des pays partenaires ; des coûts de tran-
saction plus faibles ; une plus grande efficience d’allocation des dépenses
publiques ; une plus grande prévisibilité du financement ; une meilleure ef-
ficacité de l’administration d’État et de l’administration publique, l’appui
budgétaire utilisant et s’alignant sur les systèmes de gestion financière et
d’allocation du gouvernement ; et une redevabilité 2 nationale améliorée
par le biais d’un accent plus fort porté sur les canaux de redevabilité propres
au gouvernement (IDD et Associés, 2006 : R6).
La première évaluation de l’aide budgétaire globale menée en Tanzanie
(Lawson et al., 2005) montre que la mise en œuvre de l’ABG est associée à
une augmentation significative des dépenses discrétionnaires effectuées par
le gouvernement et à une expansion importante des services de santé et
d’éducation. Toutefois, certaines lacunes ont été relevées : (a) on a observé
peu de signes témoignant d’une meilleure efficience des dépenses publi-
ques, ou d’efforts pour éliminer les obstacles persistants à la qualité des ser-
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Une évaluation plus complète des programmes d’ABG, menée dans plu-
sieurs pays, met en relief le large éventail de raisons conduisant à l’adoption
de l’ABG comme modalité d’aide, ainsi que les arrangements mis en place
pour le gérer. Le changement dans la nature du dialogue et de la condition-
nalité, considéré comme inhérent à la modalité de l’ABG, a « tendance à être
graduel, à exister sous forme d’intention avant d’être mis en œuvre dans la
pratique et à être plus significatif aux yeux des bailleurs qu’à ceux des gou-
vernements partenaires » (IDD et Associés, 2006 : R16). En outre, le man-
que d’analyses adéquates en amont de l’injection de fonds dans les systèmes
budgétaires nationaux est perçu comme un facteur exposant l’ABG au risque
politique. Néanmoins, l’étude constate que l’ABG a concouru à l’accroisse-
ment des dépenses pro-pauvres, à l’efficacité opérationnelle et d’allocation, et
au pouvoir discrétionnaire du gouvernement. Cette modalité d’aide a égale-
ment contribué à renforcer les processus budgétaires, notamment du fait que
« les ministères sectoriels doivent participer directement au processus budgé-
taire national », et la capacité gouvernementale en matière de GFP, malgré la
nécessité d’une collaboration « plus systématique visant à soutenir des straté-
gies nationales cohérentes pour renforcer les capacités de la GFP » 4. Dans la
mesure où l’ABG a eu « une plus grande pénétration (en raison de sa durée,
de son importance relative […] et du caractère sophistiqué des arrangements
de dialogue qu’il soutient et exploite) » 5, il a aussi été plus efficace pour ren-
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4. Ibid. : R23.
5. Ibid. : R25.
6. Ibid. : R23.
7. Quartey (2005) a aussi relevé cette observation dans le cas du Ghana, et c’est un point important dans la mesure où
cela rétrécit encore davantage le champ d’action pour renforcer la redevabilité nationale, presque toujours limitée par dé-
finition aux fonds budgétisés.
8. Williamson (2006 : 147) affirme que, dans les cas de l’Ouganda et de la Tanzanie, un soutien politique de haut niveau
en faveur d’une réforme de la GFP est intervenu bien avant l’avènement de la modalité d’aide, ABG, soulignant ainsi que
“the role of GBS in upgrading PFM systems was secondary to these [internal] factors” (« le rôle de l’ABG dans la mise à
niveau des systèmes de GFP était devancé par ces facteurs endogènes » [notre traduction]).
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9. « L’appui budgétaire, en tant que dispositif préférentiel pour mettre en œuvre le programme de croissance économi-
que et de démocratie libérale, est beaucoup plus problématique que ne sont prêts à le reconnaître ouvertement de nom-
breux acteurs des agences donatrices » [notre traduction].
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“Apart from tepid political commitment in some countries, the complexity of nu-
merous initiatives (for example, an integrated financial management information
system, an MTEF, activity-based budgeting, and performance management)
quickly drains available capacity and slows all reforms” (ibid., p. 207) 10.
Une étude plus récente des progrès réalisés dans 26 PTTE (IDA/IMF,
2005), à partir d’un ensemble de 16 indicateurs d’évaluation de la qualité
des systèmes de GFP, constate une légère amélioration globale des perfor-
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10. « En dehors de la frilosité de l’engagement politique dans certains pays, les ressources disponibles sont vite ponction-
nées et toute réforme se trouve freinée par la complexité de nombreuses initiatives (par exemple, un système d’informa-
tion intégré de gestion des finances, un CDMT [Cadre de dépenses à moyen terme], les budgets-programmes et la gestion
des performances » [notre traduction].
11. Le total des apports d’aide versés par les agences donatrices pour appuyer la gestion des finances publiques est monté
en flèche, passant de 6 milliards de USD en 1990 à 150 milliards de USD en 1995, et à 800 milliards de USD en 2001 (OCDE,
Creditor Reporting System database, www.oecd.org/dac/stats/idsonline ; en prix 2002).
12. « S’il y a eu des succès, l’aide apportée par la Banque pour renforcer les capacités a connu des difficultés considérables
dans le domaine de la gestion des finances publiques » [notre traduction].
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En pratique, cela signifie qu’il faut revoir à la baisse les attentes concer-
nant la mise en œuvre d’une réforme complète de la GFP et se concentrer
sur la faisabilité technique et politique, même si cela implique à court terme
un risque fiduciaire plus élevé.
Un groupe de hauts responsables a émis des avis similaires, tout en sou-
lignant combien « les incitations sont importantes lors de la conduite des ré-
formes. Il faudrait n’introduire que les règles susceptibles d’être appliquées
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et les institutions qui auront un vrai rôle à jouer » [notre traduction] alors
qu’« un système sophistiqué qui fonctionne parfaitement sur le papier est
souvent voué à l’échec dans sa mise en œuvre » (CABRI, 2005 : 16, [notre
traduction]).
Ce bref récapitulatif semble étayer l’argument que les raisons principales
de la lente progression des réformes de la PFM appartiennent à trois caté-
gories différentes mais interdépendantes. Premièrement, la capacité interne
des gouvernements partenaires à gérer des processus complexes de réforme
intégrant des composantes à haute technicité est plutôt restreinte. Deuxiè-
mement, les agences d’aide mettent l’accent sur les approches de type big-
bang qui visent à introduire simultanément de nombreuses réformes, sans
accorder suffisamment d’attention à la planification par étapes, ni à la fai-
sabilité politique ou technique. Enfin, de toute évidence, les facteurs sous-
jacents qui déterminent la volonté gouvernementale à se lancer dans diffé-
rentes réformes n’ont pas été pleinement appréhendés ou intégrés à la pha-
se de conception des interventions des bailleurs.
En résumé, l’ensemble des preuves disponibles sur l’impact des program-
mes d’ABG et la réussite de la réforme de la GFP semble affaiblir, du moins
partiellement, le plaidoyer en faveur de l’ABG. Il met plutôt en évidence les
difficultés inhérentes à la conduite de changements majeurs portant sur les
systèmes et les schémas d’utilisation de ressources publiques dans les pays
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Ceci se fait, pourtant, au détriment d’un débat plus authentique et plus trans-
parent sur des programmes de réforme et, en focalisant de façon globale sur
la « participation » comme un moyen d’intégrer les voix de la responsabilité
nationale, contribue à dépolitiser les réalités politiques locales.
Une étude récente de l’économie politique du budget du Mozambique
(Hodges et Tibana, 2004) vient étayer ce portrait : elle constate que les
bailleurs de fonds jouent un rôle crucial dans l’élaboration de la politique
budgétaire et dans la modernisation des systèmes budgétaires en soutenant
les éléments réformateurs au sein du gouvernement. Cette influence, pour-
tant, s’exerce aux dépens de la redevabilité des institutions nationales, qui,
par manque de capacités, de poids politique et d’indépendance, ne sont pas
à même d’exiger du gouvernement qu’il rende compte de la gestion des res-
sources publiques. Il est possible que l’approche de la conditionnalité ex post
ait aussi contraint les bailleurs à fermer les yeux sur des scandales bancaires
impliquant des membres de l’élite au pouvoir, afin de conserver du Mozam-
bique l’image d’une réussite (Hanlon, 2004).
Enfin, la littérature passée en revue dans cette section, contrairement aux
descriptions qui paraissent dans la documentation officielle, brosse un por-
trait beaucoup plus complexe des rôles des bailleurs dans la promotion d’une
gestion efficiente des fonds d’aide par le biais des budgets nationaux. En ef-
fet, deux constats semblent s’imposer : (i) les bailleurs doivent être bien plus
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mais aussi en tant que pré-requis pour une meilleure efficacité des ressour-
ces d’aide canalisées par le biais des systèmes de budget national, comme
l’explique Mfunwa :
“New modalities of delivering aid constitute a vast improvement over the past
ways. […] But at the same time these new modalities create new problems, in-
cluding the possibility that donors engaging in programme-based approaches
and budget support may actually be undermining internal democratic account-
ability” (2006, p. 3) 23.
Cette section présente un bref résumé de la littérature sur le rôle joué par
les parlements, les institutions supérieures de contrôle et les organisations
de la société civile pour renforcer la responsabilité budgétaire du gouverne-
ment. Elle examine aussi dans quelle mesure les bailleurs de fonds pour-
raient accroître leurs capacités et améliorer l’efficacité de leur rôle en tant
qu’acteurs de la responsabilisation nationale.
Les Parlements
Les parlements ont un rôle primordial à jouer pour assurer que le pouvoir
exécutif rende compte de l’utilisation des ressources publiques. Les parle-
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23. « Par rapport aux usages passés, les nouvelles modalités de délivrance d’aide représentent une avancée énorme. […]
Mais, en parallèle, elles créent de nouveaux problèmes, y compris la possibilité que les bailleurs qui s’engagent dans des
approches fondées sur les programmes et dans l’appui budgétaire risquent en fait d’affaiblir la redevabilité démocratique
du pouvoir exécutif » [notre traduction].
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“Parliament has been unable to exercise effective scrutiny and control. Timeta-
bling is part of the problem: the budget comes to it too late for detailed consid-
eration. Another part of the problem is shortages of the supporting resources that
would be necessary if Parliament were to be able to do its job properly. It is un-
able to hire expert advisers and does not have enough information with which
to do the job properly. In consequence of these deficiencies, Parliamentary scru-
tiny tends to be hurried, superficial and partisan” (2005, p. 2) 24.
24. « Le Parlement est dans l’incapacité de s’acquitter efficacement de ses fonctions de supervision et de contrôle. L’éla-
boration du calendrier fait partie du problème : le budget est présenté dans des délais trop courts pour permettre un exa-
men approfondi. Par ailleurs, le manque de ressources de soutien ne permet pas au Parlement d’exécuter convenablement
son travail. Il n’a pas la possibilité de faire appel à des conseillers experts et ne dispose pas de suffisamment d’informations
pour mener à bien sa tâche. En raison de ces déficiences, l’examen parlementaire se déroule de façon hâtive, peu approfondie
et partisane » [notre traduction].
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25. « L’étendue des pouvoirs du corps législatif est en grande partie fonction de l’évolution de la structure d’incitations telle
qu’elle est appréhendée par les députés individuels » [notre traduction].
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“until a ‘critical mass’ so to speak, of reformers and others are elected to the-
se bodies and then come together in a viable coalition for change” 26.
Si les agences d’aide ont manifesté, ces dernières années, un intérêt gran-
dissant pour le soutien aux parlements des pays partenaires, c’est pour mieux
renforcer la redevabilité vis-à-vis du budget, et aussi pour accompagner la
mobilisation des ONG, qui revendiquent une plus grande participation des
institutions nationales dans les politiques de développement. Les parlements
bénéficient du soutien d’un nombre restreint de bailleurs ; seul un petit nom-
bre d’agences donatrices concentre ses efforts sur l’assistance technique. En
effet, ce type de soutien est perçu comme relevant d’un domaine complexe,
en raison des effets négatifs éventuels liés aux processus électoraux et aux
changements de leadership institutionnel. Selon Manning et Stapenhurst
(2002), le fait de lier le soutien au développement parlementaire à des pro-
cessus de réforme plus amples, et d’assurer un appui politique national pour
renforcer le rôle du législatif, font partie des facteurs de réussite des actions
de soutien.
Cependant, comme nous le soulignons dans ce bref aperçu, le renforce-
ment des capacités législatives en matière de suivi et de contrôle budgétaire
passe nécessairement par une bonne compréhension du contexte politique
et institutionnel élargi. Ainsi, il devient possible d’identifier les vrais rôles
(positifs et négatifs) qu’un parlement renforcé pourrait jouer dans l’amélio-
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26. Ibid. : 253 ; « à moins qu’une “masse critique”, pour ainsi dire, de réformateurs et autres soient élus, puis se regroupent
dans une coalition viable œuvrant pour le changement » [notre traduction].
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La société civile 27
27. Le Centre for Civil Society de la London School of Economics définit la société civile comme relevant de : « the arena
of uncoerced collective action around shared interests, purposes and values… Its institutional forms are distinct from those
of the state, family and market… Civil societies are often populated by organisations such as registered charities, development
non-governmental organisations, community groups, women’s organisations, faith-based organisations, professional associa-
tions, trades unions, self-help groups, social movements, business associations, coalitions and advocacy groups. » (« l’arène
de l’action collective non coercitive autour d’intérêts, objectifs et valeurs communs… Ses structures institutionnelles sont dis-
tinctes de celles de l’État, de la famille et du marché… Les sociétés civiles comptent souvent des organisations, telles des as-
sociations philanthropiques, des ONG du développement, des groupes communautaires, des organisations de femmes, des
églises, des associations professionnelles, des syndicats, des groupes de self-help (microfinance), des mouvements sociaux,
des associations d’employeurs, des coalitions et des groupes de plaidoirie » [notre traduction]), http://www.lse.ac.uk/col-
lections/CCS/.
28. Il faut noter, toutefois, qu’une étude récente menée par les ONG, CARE et Action Aid International (2006), montre que
le passage à l’ABG a eu comme conséquence d’exclure les ONG des forums où des questions cruciales, telles que la con-
ditionnalité, les enveloppes budgétaires et les plafonds de dépenses, sont débattues entre les bailleurs de fonds et les gou-
vernements partenaires.
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29. Pour plus d’informations sur la budgétisation participative, voir De Souza (2001). Toutefois, dans d’autres villes du Bré-
sil, où les acteurs territoriaux étaient moins ouverts et moins réactifs, il a été beaucoup plus difficile pour la société civile
de participer au processus budgétaire (de Renzio, 2005b). Voir Brautigam (2004) pour une analyse plus détaillée de cette
contradiction, ainsi que d’autres facteurs qui conditionnent la réussite de la démarche participative et de la budgétisation
pro-pauvres.
30. Dans certains cas, malgré un manque général de transparence budgétaire, les OCS sont parvenues à exercer des pres-
sions sur les gouvernements pour obtenir une meilleure prestation de services. Pour l’exemple de Mazdoor Kisan Shakti
Sangathan (MKSS) en Inde, voir Jenkins et Goetz (1999).
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seaux avec d’autres OSC et avec des responsables clés au sein du gou-
vernement et d’autres institutions.
iv. Dans de nombreux cas, l’existence de fonds octroyés par les bailleurs. Ces
fonds représentent l’une des rares sources de financement dont dis-
posent les OSC pour mener à bien le suivi budgétaire et les campa-
gnes de plaidoirie. Toutefois, l’indépendance des analyses menées et
leur crédibilité sont ici en jeu, soit parce que les auteurs ne souhaitent
pas être perçus comme des critiques des actions des donateurs, soit
parce qu’ils pourraient être accusés par leurs compatriotes d’être à la
solde des bailleurs.
Cet aperçu concis du rôle et des réalités des parlements, des institutions
supérieures de contrôle et des organisations de la société civile, en tant qu’ins-
titutions nationales de responsabilisation budgétaire, fait ressortir quelques-
unes des difficultés auxquelles celles-ci sont confrontées pour s’acquitter ef-
ficacement de leurs tâches. Il décrit aussi quelques contraintes attribuables
aux mêmes facteurs politiques que ceux limitant le rôle joué par les bailleurs
de fonds dans la promotion d’une utilisation plus efficiente des ressources
publiques et extérieures. Néanmoins, il attire l’attention sur la fonction po-
tentiellement constructive que ces institutions pourraient remplir, à la con-
dition, bien sûr, d’avoir des capacités financières et humaines renforcées.
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