Le soft power
À partir de 1990, Joseph Nye, qui avait été l’un des initiateurs de la théorie des régimes, change
sa vision du monde et développe une nouvelle notion, celle du soft power, on la retrouve depuis
dans la plus grande imprécision.
Joseph Nye démontre que les États-Unis étaient l’unique puissance au monde. Et qu’ils
s’assurent d’avoir un contrôle complet sur tout le système international du point de vue :
stabilité financière, lutte contre les mafias, protection du climat …
COMMENT ANALYSE-T-IL LE POUVOIR DANS L’ÉCONOMIE MONDIALE?
D’après Nye, le pouvoir pour un pays c’est d’être capable d’atteindre ses objectifs en dépit de
changer le comportement des autres.
DÉFINITION DU SOFT POWER :
Soft power désigne les méthodes d’influence développées par un Etat qui ne s’appuie pas sur la
force, mais sur des éléments idéologiques ou culturels en vue de satisfaire les intérêts de la nation
qui les met en œuvre. Il existe ainsi trois types de ressources dans l’analyse de Nye :
1-Les ressources militaires : Les Etats-Unis sont ceux qui en détiennent le plus.
2-Les ressources économiques : Tous les grands pays industrialisés, en ont et celles de la chine
progressent vite.
3-Les ressources intangibles : tout le monde en a les gouvernements, les ONG, les firmes…Elle sont
dispersées et de ce fait non hiérarchisées.
D’après ces ressources se dégage deux types de pouvoir :
Pouvoir de commande : C’est la capacité de changer ce que les autres font, peut
s’appuyer sur la coercition ou incitation;
Pouvoir de cooptation : C’est la capacité de changer ce que les autres veulent, peut
s’appuyer sur la séduction ou sur la possibilité de définir la hiérarchie des problèmes politique du
moment de telle façon à empêcher les autres d’exprimer des points de vue qui paraîtraient
irréalistes face aux enjeux du moment.
Nye conclut que les Etats-Unis n’ont pas une dominance absolue sur le monde surtout du point de
vue économie mondiale à cause de la prise de force des acteurs privés mais de manière non
coordonnée.
Pour y remédier les Etats-Unis doivent:
À court terme, défendre et travailler en perspective avec les institutions internationales
afin d’améliorer leur image et faire accepter leur politique;
À long terme, développer de nouvelles technologies pour réduire leur ressources
intangibles et cela conduira à une répartition plus équilibrée du pouvoir
Critiques de NYE : Les analyses de Nye ont été critiquées sur 4 points :
Ces analyses sont basées sur l’analyse des Etats-Unis;
Le but de ces analyses est surtout d’améliorer la politique étrangère des Etats Unis afin
qu’elle soit mieux appréhender;
Il n’a pas pris en considération dans ces analyses qu’il n’y a pas de coordination entre
États et acteurs non étatiques malgré la possibilité d’une multi gouvernance;
Nye ne constate pas que les acteurs non étatiques les plus influents viennent des Etats
Unis.
La fuite du formalisme :
Si l’expression Soft power a connu un beau succès, l’EPI américaine s’est plutôt orientée au
cours de ces dernières années vers un formalisme de plus en plus abstrait où les batailles de noms
en « isme » ont fait rage.
Pour déterminer comment un pays s’inscrit dans le champ économique et politique
international. Il est mesuré par rapport aux objectifs qu’il poursuit (sécurité et richesse) et aux
moyens misent en œuvre (conflit, coopération).
Pour cela on perçoit deux types d’approches: le rationalisme et le constructivisme.
Tableau
Par contre Gilpin déclara que les deux approches s’intéressent aux rôles des idées et à la
formation des identités.
L’approche « Open Economy Politics » défendue par David Lake a mis fin au débat entre les deux
approches précédentes et a réduit les intérêts des états à un choix entre les résultats et
conséquences distributives de politiques économiques différentes et ces choix sont souvent le
reflet de la politique intérieure.
Une EPI en voie d’extinction :
L’EPI trop focalisée sur les approches « formaliste et libéralisé » est caractérisée par le
manque d’ouverture d’esprit, et s’est attribué la notion d’ « Economisme rampant ».
les auteurs Cohen et Robert Keohane regrettent aussi le manque de flexibilité et
d’adaptation de l’EPI vis-à-vis des changements.
Pour y remédier (EPI américaine en mauvaise posture) certains ont cherchés à
développer une théorie globale pouvant expliquer les actions internes des États ainsi que leurs
relations interétatiques mais sans résultats.
Chapitre 2 : la diffusion du pouvoir et la gouvernance
Au contraire des néoréalistes, Susan Strange observe que plusieurs acteurs autres que les États
(ONG, banques, firmes multinationales, mafias…) ont le pouvoir de changer l’économie politique
internationale par la création de normes qui orientent la mondialisation et qui ne sont pas
stables donc l’EPI doit intervenir pour se diriger vers le bon chemin.
Le pouvoir structurel :
o L’EPI britannique est mise en question sur: qui profite? Qu’elles sont les valeurs prioritaires établies par les
détenteurs de pouvoir?
o Pour y répondre il faut définir L’ACTION POLITIQUE et LE POUVOIR.
o D’après Strange, l’action politique consiste en la capacité de pouvoir influencer sur l’état des choses de façon à
donner la priorité à ses choix/aux choix des autres. Et le pouvoir structurel repose sur la capacité d’élaborer et de
déterminer les «Structures» de l’économie politique globale dans lesquelles les autres acteurs devront évoluer.
La structure de sécurité : C’est l’ensemble des accords qui déterminent les conditions dans
lesquelles est distribuée la protection qui permet aux sociétés humaines de se mettre à l’abri des
menaces qui pèsent sur elles.
Les menaces peuvent provenir :
Des catastrophes naturelles.
Des maladies.
Des actions humaines :
- soit deux autorités entrent en conflit.
- ou un Etat face à des groupes terroristes
Les Etats jouent un rôle important dans cette structure car ils sont censés assurer la sécurité de
leur économie et de leur population tout en respectant les libertés individuelles.
La richesse, l’égalité ou la liberté, une société doit choisir quoi privilégier en fonction de la
structure de sécurité comme le débat sur la mise en œuvre de mesures affectants la liberté
individuelle au nom de la lutte contre le terrorisme internationale.
Selon STRANGE l’EPI cherche à expliciter le cadre des marchandages déterminant la répartition de
la protection face aux différentes menaces existantes.
Elle considère aussi que la probabilité d’une guerre entre pays développés est quasi nulle car il
existe une menace plus importante pour leur prospérité.
2. La structure de production L’ensemble des accords qui déterminent ce qui est produit? Par qui?
Pour qui? Ou avec quelle méthode? Quelles combinaisons des facteurs de produit? Et à quelle
condition?
2. Historique: La structure de production a connu deux changements substantiels:
1. La naissance en Europe de capitalisme, et son développement dans cette région du monde;
2. Le passage graduel des systèmes de production destinés à servir des marchés nationaux à une organisation
productive tourné vers un marché mondialisé.
3. Travaux de Strange: Une tendance à la mondialisation de la production résulte d’une
combinaison de politiques étatiques, dans ce cadre, Susan Strange propose un processus
dynamique spécifique:
Le rythme soutenu des innovations technologiques impose aux entreprises un
renouvellement plus rapide des équipements;
Le cout du capital augmente en même temps que sa durée de vie diminue;
Les entreprises doivent chercher à accroitre leurs profits en agrandissant la taille de leur
marché.
Quels sont les problèmes posés par la mondialisation des entreprises?
Strange en mets en avant deux problèmes politiques posés par la mondialisation:
1. Le premier concerne les conséquences de l’organisation internationalisées des entreprises sur
la capacité des Etats à taxer leurs activités;
2. Le deuxième concerne le risque et la responsabilité de l’organisation internationale de
l’entreprise.
Le triangle des marchandages: est une méthode d’analyse de la mondialisation des activités des
entreprises, proposées par Strange en collaboration avec John Stopford dans le but d’analyser le
rôle de l’internationalisation des entreprises. Cette méthode suggère de se situer au cœur d’un
triangle délimité par les relations de marchandages entre Etats, les relations entre firmes et entre
les firmes et les Etats.
Les enjeux: Cohen a remarqué que la mondialisation est ainsi construite et analysée selon trois
types d’enjeux:
1. L’enjeu de la relation (firme-firme): celui de la globalisation.
2. L’enjeu de la relation (firme-Etat): celui de la compétitivité;
3. L’enjeu des relations entre (Etats): celui de la souveraineté.
Objectifs de l’Etat et les entreprises:
Deux objectifs qui peuvent donner lieu à des relations coopératives que conflictuelles:
les Etats cherchent à maximiser la part de la demande mondiale servie à partir de leur
territoire, quelle que soit l’origine de l’entreprise qui le permet;
Les entreprises souhaitent un contrôle maximal des processus de production qui leur
permettent de servir des marchés mondiaux quel que soit le lieu d’où elles le font.
Il existe une relation de complémentarité lorsque les Etats gardent la maitrise de lieu de
production et l’entreprise de la façon de produire.
Avantage:
À ce jeu, les entreprises multinationales ont clairement vu leur pouvoir s’accroitre dans économie
politique mondiale, les Etats ont fait évoluer leurs législations fiscales et réglementaires, de
manière à imposer de moins en moins de contraintes aux entreprises, en plus de leur capacité à
échapper au paiement de l’impôt et à faire payer par les Etats les conséquences de leurs prises
de risques, les firmes ont gagné de nouveaux avantages:
Les Etats se retirent, partout dans le monde, des activités productives, dans tous les
secteurs, au profit des entreprises privées;
Les stratégies de localisation des firmes sont bien plus importantes pour la redistribution
des ressources financières et technologiques mondiales que l’aide au développement des Etats et
que l’endettement des pays de sud;
Les conditions de travail qui se définissent dans la relation des employeurs et des
syndicats à l’Etat ont tendance à échapper au cadre de la loi pour se définir de plus en plus à
l’intérieur des firmes.
3. La structure financière C’est l’ensemble des accords qui décident de la disponibilité des
financements dans les différentes parties du monde qui définissent le niveau des taux de change
entre les devises.
Selon Strange, la régulation de la finance international nécessite de trouver les moyens
d’y supprimer la volatilité, c’est à dire de mettre fin aux deux sentiments animant les financiers
qui sont la source:
- L’appât du gain; et
- La peur
Peut-on faire confiance aux institutions financières internationales pour réguler la finance?
La BRI (Banque des Règlements Internationaux) chargée de la politique de supervision «
prudentielle » des banques en établissant les normes censés les empêcher de prendre trop de
risques, a abandonné son rôle en autorisant les banques à organiser toutes seules leur politique
de contrôle des risques, faisant jouer le rôle de douanier au contrebandier.
Le FMI (Fonds Monétaire International) n’a pas les compétences techniques pour faire
face à la complexité de la finance.
4. La structure des savoirs Elle se définit à un double niveau dont les deux définitions sont liées:
Au niveau abstrait: il y a le monde des idées, les systèmes de croyance qui font qu‘à un moment
donné chacun se construit sa présentation du monde, des contraintes et des opportunités qu'il
peut y développer;
A un niveau plus pratique: elle concerne tous les accords qui définissent les conditions
permettant de découvrir, d’accumuler, de stocker et de communiquer les informations;
A un niveau plus général: la structure des savoirs s’intéresse à la nature de la communication, à
ses usages sociaux et aux relations d’interdépendance entre des combinaisons d’idées et de
croyances, d’évolution des techniques de communication et des pratiques politiques et sociales.
Strange renvoie aux auteurs contemporains qui ont à ses yeux la plus grande influence pour la
compréhension de ce domaine.
Trois changements importants sont à l’œuvre:
1. Les Etats ont accru leur concurrence pour la maitrise de la structure et acquérir un leadership
en la matière:
2. L’asymétrie de pouvoir entre les Etats pour l’acquisition des savoirs à augmenter;
3. Les changements en cours modifient de manière substantielle la répartition du pouvoir au sein
des groupes sociaux de chaque société et entre les sociétés.
La méthode de diagnostic :
Les points essentiels retenus:
L’approche de Strange permet de faire l’économie de bien des débats ou de proposer de
nouvelles interrogations;
Le recours à la rationalité n’est plus indispensable;
L’état du monde ne dépend pas seulement de la confrontation d’acteurs aux stratégies
rationnellement définies mais peut résulter d’effets non voulus de décisions ou d’absence de
décisions;
La séparation d’analyse entre politique intérieure et politique internationale n’a plus lieu d’être
Pour mieux comprendre la mondialisation et la possibilité de la réguler, il y a une méthode de
diagnostic articulée en cinq niveaux:
Identifier le réseau complexe d’autorités entrecroisées à l’œuvre;
Mettre en évidence les accords qu’ont passé entre elles ces autorités et le résultat (out come)
produit;
Mettre au jour les valeurs prioritaires retenues par ces autorités et comment elles se
répartissent entre groupes sociaux et individus;
Identifier les points de fragilité des accords en cours;
Mettre en évidence les accords alternatifs possibles.