SUR LES MYSTÈRES D'ÉLEUSIS
Author(s): Pierre Boyancé
Source: Revue des Études Grecques , Juillet-Décembre 1962, Vol. 75, No. 356/358
(Juillet-Décembre 1962), pp. 460-482
Published by: Revue des Études Grecques
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SUR LES MYSTÈRES D'ELEUSIS
A propos d'un livre récent
M. Mylonas, dont on sait l'activité archéologique déployée à
Éleusis, - activité qui a, conjointement à celle de M. Kourouniotis,
fourni la preuve d'une continuité reliant l'époque helladique tardive
non seulement à la fin des temps mycéniens, mais à l'époque géo-
métrique et aux temps historiques, - vient de publier un ouvrage
d'ensemble sur «Éleusis et les mystères éleusiniens » (1).
C'est le plus important depuis le livre, ancien, de Paul Foucart (2).
Gomme on pouvait s'y attendre, l'étude archéologique est parti-
culièrement approfondie et occupe huit chapitres sur neuf. Elle
déborde largement le cadre des mystères. Par contre il faut bien
signaler dans ce qui est dit du culte, et qui est beaucoup plus
succinct, des omissions qui me semblent assez graves et sur lesquelles
je veux attirer l'attention.
I. L'époptie éleusinienne et les phit osophes
Les conclusions de M. Mylonas sur le degré suprême de l'initi
sur l'époptie, sont plus négatives que celles d'aucun de ses
devanciers : « We are absolutely in the dark as to what constituted
the rites of the epopteia (3). » Il écarte résolument, et à bon droit,
(1) George E. Mylonas, Eleusis and the Eleusinian Mysteriest Princeton, 1961.
(2) Paul Foucart, Les Mystères ďÉleusis, Paris, 1914. L'exposé le plus
important paru depuis est celui d'Otto Kern dans l'article Mysterien de la
Real-Encyclopädie de Pauly-Wissowa, t. XVI, 1935, col. 1211-1263 (omis par
M. Mylonas dans sa « selected bibliographie » des pp. 321-324).
(3) P. 275. Cf. p. 278 : « What the ritual of the epopteia was we cannot
known, nor what its substance and meaning. Certain sacred objects were
revealed to the epoptai who perhaps were supposed to observe them in silence
and meditation, but what these were we cannot known. »
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SUR LES MYSTÈRES D'ÉLEUSIS 461
l'idée présentée par Foucart et Magnien d'un rôle capi
matière par Dionysos, mais il conteste aussi - et cela
Tintérêt du célèbre passage de saint Hippolyte sur l'ép
qui aurait été l'objet d'une contemplation silencieuse de
parce que, selon lui, l'auteur chrétien mêlerait indûmen
éleusiniennes les réalités phrygiennes, où c'est Attis q
par lui l'épi moissonné : « It would be very strange, i
Athenians had adopted for their Eleusinian Mysteries
representations of the Phrygian Attis. » Il n'est pas s
critique doive rallier tous les suffrages. Rapprochemen
pas confusion et identité, et M. Mylonas lui-même n'
possibilité d'une coïncidence fortuite, qui serait as
dans deux cultes fondés tous deux sur la végétation
peut-être pas impossible non plus qu'un des cultes a
l'autre. Il ne faut pas oublier que nous voyons de mie
que ce qu'on appelle les mystères orientaux s'est consti
hellénistique et même romaine. Il n'est nullement
a priori qu'on ait fait bénéficier le phrygien Attis de rites
C'est un Eumolpide, Timothée, qu'Arnobe donne co
d'un écrit sur la légende de la Grande Mère (2) et F. G
en rejetant l'idée, que Zieliński avait essayé d'accréditer
de ce personnage, admet qu'« il n'est pas improbable qu
ait influencé la religion de Gybèle, de même que celle d
Mais quels que soient les rites précis et l'objet de la co
impliquée par le mot même d 'epopieia (ainsi que plus g
par toute une série de textes concernant les mystères d
spécification du moment de cette contemplation, mai
de vision engage assez impérativement à y rapporter)
témoignage essentiel sur l'effet produit par les mystè
(1) Ref. haer., V, 8, 39, p. 96 W.
(•2) Arnobe, V, 5.
(3) Les religions orientales dans le paganisme romain , 4e éd., Paris, 1929,
p. 223. Cf. R. Pettazzoni, I misteri. Saggio di una storia storico-religiosa , Rome,
1923, p. 119; Th. Zieliński, La Sibylle, Paris, 1924, p. 83 et suiv.
(4) Hymne homérique à Demeter , v. 480 : òXoloç, ôç toco 07uc07rev ETZiypovMùV
áv0pcí)7T<ov. - Sophocle, frag. 753 Nauck2 : àç Tplç ÔXêioi xetvoi ßpoT&v ot tūcutoc
8epx6évTeç t¿Xy) (lóXíoa' zi ç f/Ai8ou... - Pindare, frag. 137 Bergk4 : ÔX6loç,
õcttiç xetv' tia* U7rò y0ov' ... (référé à Éleusis par Clém. Alex., Stromates,
REG, LXXV, 1962, n<> 356-358. 7
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462 PIERRE BOYANCÉ
il en est deux, et c'est là la première
M. Mylonas. Le second précise et compl
le rapporter à la contemplation, c'est-à-
blance, à Tépoptie. L'un est celui d 'Aris
il est mentionné par M. Mylonas. « Aris
l'on initie ne doivent pas apprendre que
des émotions et être mis dans certaines
après être devenus aptes à les recevoir
pas nommée dans ces lignes, il ne s'ét
critique pour les lui refuser. Bien en ava
car est venu le second texte, ignoré de M
Joseph Bidez dans Psellus (2). Il se réfèr
passage d'Aristote, mais avec un vocabu
et des détails supplémentaires, dont l'un
qu'Éleusis est cette fois nommée : « En e
que comprend toute littérature, aussi b
Dieu que la partie restante, j'entends la p
et l'élément initiatoire. Or donc, le pre
parvient aux hommes, tandis que le s
lui-même a éprouvé l'illumination. C'e
a appelé « du type des mystères » et sem
aux Éleusinies, car dans ces fêtes celui q
impressions, mais non un enseignement
III, 17, p. 518 P.). Mylonas (p. 298-299) commen
textes, les utilisant contre la thèse qui veut que
dans la manipulation des objets sacrés et reprenant ainsi, sans y renvoyer,
l'argumentation de M. P. Nilsson, Geschichte der griechischen Religiony Münich,
t. I, 2e éd., p. 661. Il faut ajouter Euripide, Here, fur., V, 613: Ta [xuaTtov $è
Öpyt' eÙTÙx7!0' tòcí>v.
(1) Synésius, Orał., 48 (cité p. 262) : Toùç teteXeg^vouç où (xaOeïv tl Sei,
áXXà 7ta0etv xai 8i,aTE07)vai, ysvojíÍvouç SttjXovóti è7UT7)8e£ouç.
(2) Catalogue des manuscrits alchimiques grecs, t. VI, 1928, p. 171 : elç 8iio
yàp TauTa 7rãaa ypa<p7) Svf¡pr¡xct.i te 0eÓ7uv£ucttoç xai tò Xoircòv fxépoç rrjç
0úpa0sv * eíç te tò SiSaxTtxòv xai tò teXecttixóv. Tò (xèv oõv rcpcoTov áxofj toïç
áv0pa>7uoiç 7rapayívETai, tò Sè SeÚTepov auTou 7ua0óvTOç toö vou tyjv IXXajx^tv *
Ô Si) xal (jLuoTYjptûSeç 'AptaTOTéXiQç a>vó[xaae xai loixòç Tatç 'EXsuaiviau; * ¿v
èxeívociç yap TU7uoú[xsvoç ò teXoújxevoç t<xç 0e<opíaç 9jv, áXX* ou SiSaaxójxevoç.
II me semble qu'il faut rapprocher, aussi Clément d'Alexandrie, Strom. V, 11,
texte incomplètement cité par Foucart, p. 298 (et avec une confusion et des
références fausses par Mylonas, p. 240) ; Clément parle plus spécialement des
grands mystères et introduit une antithèse entre ^av0àvetv et ¿7totctsúsiv,
jxav0ávEiv étant propre aux petits, ¿7ro7rreúeiv aux grands.
(3) Je reproduis la traduction de Mlle Croissant, op. infra laud., p. 145-146.
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SUR LES MYSTÈRES D'ÉLEUSIS 463
Ce fragment découvert par Joseph Bidez, et qui vaut pou
rien certes autant que des tonnes de pierre muette, a sus
un livre fort remarquable d'un savant belge, MUe Jeanne C
Arisloie et les mystères , Paris, 1932, ouvrage qui attira mon a
sur ce texte nouveau et capital (Le culte des Muses chez les phi
grecs , Paris, 1937, p. 55 et suiv. ; Mystères et cultes myst
V Antiquité grecque , dans Association Guillaume Budé. Co
Strasbourg. Actes du Congrès , Paris, 1939, p. 190-191). G
l'écrivais en 1939 : « Le nouveau fragment montre surtout
entre la contemplation et l'émotion propre aux mystères.
qu'il ajoute à l'ancien et qui est capital. » M. Mylonas sign
(p. 262) le rapport du premier texte avec la fameuse théo
catharsis , mais d'un mot, faute d'avoir utilisé l'ouvra
Mlle Croissant, où ce rapport est approfondi. Je rappelle,
disais en 1939, que le second fragment se rapproche de f
intéressante d'un passage de la Politique (p. 1341 a, 2
à propos de la flûte, il était question de la Oeopia d'u
apparentée et de ces occasions « dans lesquelles la conte
réalise plutôt une purification qu'un enseignement» (1). C
arrive, l'Aristote conservé fait écho à 1' Aristo te perdu.
Ce rôle reconnu par le Stagirite aux rites de la öecopia es
le en passant, essentiel pour comprendre certains mythes
C'est à tort, je crois, que pour ressaisir ce que Platon dit de la
contemplation et de la vie contemplative, on s'en est tenu aux
spectacles ordinaires de la religion grecque (2). Peut-être y avait-il
lieu de réagir contre l'abus du recours aux mystères. Mais la réaction
est excessive, si elle prétend rendre compte du Banquet et, plus
encore, du Phèdre , en faisant abstraction de ce qui est emprunté
dans ces dialogues au vocabulaire et aux images des mystères.
En fait, si on se reporte au livre auquel nous faisons allusion, on
verra que cela n'a été possible qu'en laissant pratiquement de côté
(1) Politique, 1341 a, 21-22 : Oùx &mv ó aúXòç tjOixòv áXXà fiãXXov opytaa-
TIXÒV &CTTE 7TpÒÇ TOUÇ TOLOUTOUÇ aUTü) XOCipOUÇ Xp7)OT¿OV ¿V olç 7) dsú)pí<X xáOocp CTtV
Súvonrat (xãXXov rj [xá07)aLv. La purification, telle que l'entend ici Aristote,
n'est évidemment pas celle de rites préliminaires et préparatoires à la cérémonie,
mais il en étend la notion à tout son ensemble.
(2) A.-J. Festugière, Contemplation et vie contemplative chez Platon , thèse
Paris, 1936. Je vise ici spécialement le premier chapitre. Mais il me paraît
certain que l'attention en ce qui concerne les réalités transposées (selon la
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464 PIERRE BOYANCÉ
le mythe du Phèdre - le mythe essen
dans tout le cours de l'Antiquité à avoir
la phraséologie et l'imagina tion religieus
Il y avait une autre nouveauté dans le seco
nouveauté sur laquelle j'avais attiré l'att
l'illumination, de rêXXafi^iç. C'est le rô
dans l'époptie éleusinienne. Il donnait
Diels et Kern, alors qu'on ignorait enco
mêmes, et sur d'autres indices, donné da
aux rites visuels, à la contemplation.
dévoilement de statues qui apparaissent
de la lumière » (3). Kern avait fait une c
avec certains rites lumineux qu'il avait
Grèce moderne, au Mont Athos (4).
Mais l'emploi du mot ëXXa^iç dans le f
autre et grand intérêt. Aristote l'emplo
Ce qui se passe à Éleusis sert à faire com
l'intellect en certaines circonstances reçoit la vérité. Il y a une
analogie certaine avec la façon dont Platon, dans le mythe du
Banquet et le discours de Diotime, rapproche de l'époptie la con-
naissance parfaite acquise au terme de la dialectique de l'amour,
quand de la vision des belles choses, on arrive à celle du beau en
soi (5). L'analogie est probablement plus qu'une analogie et
l'Aristote des débuts se souvient une fois de plus de son maître
formule de Mgr Diès) s'étant détournée des éléments des mystères, les expres-
sions mystiques de Platon, quand elles sont rencontrées, risquent d'être
appliquées à une expérience religieuse de l'auteur lui-même. Je crois que c'est
le cas dans cet ouvrage, du reste si séduisant par l'étendue et la précision de
ses analyses.
(1) Cf. La religion astrale de Platon à Cicéron, dans cette Revue , 65, 1952,
pp. 312-350.
(2) Culte des Muses , p. 57.
(3) Neue Jahrbücher für das klassische Altertum , 1922, I, p. 244. Mais, comme
je l'avais noté Culte des Muses y p. 58, n. 1, c'était déjà la thèse de bons esprits
comme Lobeck et comme Rohde.
(4) O. Kern, art. Mysterien , col. 1243-1244.
(5) Banquet, p. 209e-210a : Tocuxoc jxèv oõv xà èpamxà Íctgn;, to Scoxpareç, xav
au [zi>7)0et7)ç , Ta 8Ł réXea xal è7T07mxá, ¿iv Ivexa xal Taura êartv, èáv tiç ôp0ûç
JJLSTÍ1Q, oùx oîS* et olóç t' àv eÏTjç... p. 210e : ôç yàp àv (iixPL èvrauGa 7rpòç
rà èpcoTixà 7rai8aYCùY7)67), Ôeíújzevoç ¿ęeĘyję te xal opÔûç Ta xaXá, 7Upòç réXoç
Êwv TÛv èpcoTtxûv èÇa £<pv7)ç xaró^sTaí ti 0au[i.aaTÒv ttjv <púaLv xaXóv xtX.
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SUR LES MYSTÈRES D'ELEUSIS 465
Platon. On notera en passant que le texte du Banqu
allusion à la distinction de la fiúyjaLç préalable et
comme cela est généralement reconnu, est négligé par
M. Mylonas n'a pas moins omis le passage apparen
plus explicite du Phèdre où il est question des spec
oXóxXvjpa xai a7 rXã xaí <xTps(i.9) xaì eo8aí(Jiova 9<xci[i<X
découvrons dans la plus parfaite des initiations qui est
tion des idées (1). Le fragment d' Aristo te fait écho au
Banquet et a l'avantage de confirmer, ce dont on s'étai
que ces dialogues font allusion à l'époptie éleusinienne
Le mot même d'eXXa(jL[Juç employé par Aristote n'est p
rent. Car on le retrouvera dans des emplois apparenté
pour désigner des opérations intellectuelles en rel
contemplation du divin - dans toute la philosophi
Philon d'Alexandrie (3). Quand on sait la façon dont s'e
la phraséologie de cette philosophie, en répétant à sat
termes, certaines images caractéristiques de Platon et,
degré, d' Aristo te - à cet égard, les recherches ac
Pierre Gourcelle, parti des Pères de l'Église mais invita
et remontant bien au-delà, sont significatives, - il de
ment vraisemblable que la métaphore de l'eXXaix^
précisément . de notre fragment d'Aristote (4).
Mais elle participe elle-même d'une autre compar
générale qui est amorcée et plus qu'amorcée par le
(1) Phèdre, p. 250 b-c : ¿tsXoüvto tgW teXetüv rjv 0é(juç Xéyeiv
7)v <opyiáÇo(xev, óXóxXt] poi piv auro I Ôvteç xal árcaOs t
úaTepcp XP^VCP Û7céjjievev, óXóxXyjpa 8è xal á^Xã xal aTpe^
<páa{i,aTa iJLi>oúp.evot te xal è7ro7rTeúovTeç èv aóyfj xa0apã...
(2) Pour l'Antiquité, cf. Hermias, Comm. du Phèdre , p. 178, 2
(tò 8è (i,i)0Ú[jLÊV0t, xal è7ro7TTeúovTeç àç arcò t&v teXetcov tûv èv
(3) Et non, comme je me contentais de le dire dans mon Culte
p. 57, chez les seuls néoplatoniciens. Pour Philon, cf. les textes cités par
É. Bréhier, Les idées philosophiques de Philon d'Alexandrie , thèse, Paris, 3e éd.,
1950, p. 200, n. 3 et voir l'index de Leisegang s.v. Une étape ultérieure est
marquée par les écrits hermétistes. Il y aurait lieu de préciser l'évolution du
sens dans une étude détaillée.
(4) R. Bultmann, Zur Geschichte der Lichtsymbolik im Altertum , Philologu
97, 1948, p. 1 et suiv., ignore le fragment d'Aristote et n'a pas posé le problè
de rëXXa^ç, signalé par moi dès 1936 dans mon Culte des Muses. Mais il
d'intéressantes indications sur la lumière dans les religions à mystères et,
p. 31-36, une étude assez détaillée de Plotin de ce point de vue.
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466 PIERRE BOYANCÉ
Banquei et du Phèdre , et par le fragme
philosophie avec les mystères. Attestée à p
Ghrysippe, elle a une fortune qui se poursu
Elle est d'une très grande importance pou
car c'est ceux-ci qui sont visés. Les historie
moins le droit de la négliger qu'en fait ils en
d'époque tardive, celui de Théon de Smyrn
douter de ce qu'il est exactement : un m
chaîne (1). Qu'il s'agisse d'Éleusis dans cett
seulement pour soi cette vraisemblance gé
grecque est un fait essentiellement et à tou
mais est évident à des indices, dont certai
reconnus. Pour Sénèque et pour Plotin cela
dû être ignoré de M. Mylonas.
La comparaison se trouve d'abord chez Cléanthe cité par
Épiphane (2). Je l'ai souligné dans mes Études sur le Songe de
Scipion (3). Karl Reinhardt, qui ne connaissait pas encore ce texte,
quand il étudiait celui de Sénèque dans Poseidonios über Ursprung
und Entartung , p. 77, Ta depuis utilisé dans le même sens que moi
- je ne sais si c'est d'après moi (4). Nous y trouvons ce qui se passe
dans le monde - objet de la physique - comparé aux mystères
et à ce qui se passe dans les mystères. Cléanthe doit se souvenir du
Phèdre , mais il introduit de façon pédantesque des assimilations
précises, dont celle du soleil (qui joue dans son système du monde
un rôle essentiel) avec le dadouque. Le détail montre bien que nous
sommes à Éleusis (5). D'autres traits sont plus obscurs et nous
n'y viendrons qu'après avoir rappelé un singulier texte de Porphyre
signalant qu'à Éleusis le dadouque était habillé en soleil, l'hiéro-
phante en démiurge (sic)i l'èrcl ßco(j.<o en Sélénè, l'hiérokéryx en
(1) Mylonas, p. 238-239. Même remarque à faire pour Clément d'Alexandrie,
Strom., V, 11, p. 374-1 Stählin. Cf. supra , p. 462, n. 2.
(2) Frag. 538 Von Arnim (= Epiphane, adu. her., III, 2, 9) : KXeav07)ç tò
ávaOòv xal xaXòv Xéyei eïvai zàç ^Sovàç, xai áv0pa)7rov èxáXei jzóv7)v t/jv
xa I touç Qeoùç [jLUCTTLxà Gyr'[ioLTOL ëXe yev sīvai xai xXÝjae iç íepáç, xal
sçaaxev eivai tÒv ^Xiov, xal ròv xóct[aov jjLixrorjpiov xal toòç xoctóxouç t£>v Oeícov
TeXearàç ěXeye.
(3) Limoges, 1936, p. 117.
(4) Article Poseidonios, du PW (1953), col. 809, 1. 25.
(5) Cf., sur le dadouque, Mylonas, p. 232.
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SUR LES MYSTÈRES D'ÉLEUSIS 467
Hermès (1). M. Mylonas n'a pas retenu ce texte, so
ignoré, soit qu'il en ait jugé fantaisistes les tardive
M. Nilsson, avec un sens plus juste des choses religieuse
comme l'indice possible de la pénétration à Éleusis d'id
courantes à l'époque impériale dans les mystères (2
connaît pas le texte de Gléanthe, dont celui de Porph
comme une sorte de curieux renversement. Tout sugg
que le résumé déconcertant et maladroit d'Épiphan
tomber, en dehors de celle du dadouque, les autres as
mais que Gléanthe ne les avait pas négligées. Pourq
phante est-il comparé au démiurge (emprunté au Timé
Serait-ce parce que le démiurge pour Gléanthe est le
façonnant le monde et que de son côté l'hiérophant
à Éleusis les paroles mystiques, comme le montre l'hi
par Sopatros (et rappelée par M. Mylonas, p. 272) (3) ?
Le renversement de la comparaison de Gléanthe che
peut s'expliquer de deux façons. Par une méprise su
équations établies par le penseur stoïcien, où l'on aura
s'agissait de donner une signification cosmique aux prê
cérémonies éleusiennes? Ou par une pénétration r
mystères des significations cosmiques suggérées par le
L'une et l'autre me semblent également possibles,
à croire, avec M. Nilsson, à la seconde. Quand nous
l'Antiquité finissante des défenseurs plus ou moins né
(1) Ap. Eusèbe, Praep. euang ., III, 12, 3. Selon Athénée, I, 21e les costumes
des hiérophantes et des dadouques rivalisent avec les costumes donnés par
Eschyle aux acteurs (Mylonas, p. 87, n. 24).
(2) Geschichte der griechischen Religion, Münich, t. II, 2e éd. 1961, p. 352.
Remarquons, sans vouloir rien en déduire, que le Soleil joue un rôle dans
Y Hymne homérique à Demeter: c'est lui qui, au dixième jour de son deuil,
révèle à la déesse la vérité sur l'enlèvement de sa fille.
(3) D'après saint Hippolyte, V, 8, 40, 96, 14 Wendland, l'hiérophante
faisait entendre solennellement le cri qui saluait la naissance de Brimos. Mylonas
(p. 306 et suiv.) prétend que là aussi l'auteur se réfère à tort à Éleusis. Selon lui,
Brimo mère de Brimos est Rhéa et non Déméter. Hippolyte imaginerait à l'aide
de Plutarque et d'autres auteurs l'hiérophante assistant au milieu d'une grande
lumière et montrant les hiéra. Il y ajouterait de son cru des combinaisons
arbitraires avec des éléments hétérogènes. Cette critique convaincra-t-elle ? -
On se référera aussi pour l'importance des paroles de l'hiérophante aux inscrip-
tions d'époque impériale commentées par Foucart, p. 419, et par moi-même,
Culte des Muses , p. 52, n. 4.
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468 PIERRE BOYANCÉ
du paganisme, comme Vettius Agor
les prêtrises et les initiations (1), il es
qu'ils ont pu, avec la meilleure foi du m
celles-ci dans le sens de leurs convictions.
Après Cléanthe, son successeur immédiat Ghrysippe a repris,
mais, semble-t-il, avec plus de sobriété dans l'imagination, le
rapprochement de la science du monde avec les mystères. Son génie,
plus scolastique et moins propre aux effusions mystiques que celui
de l'auteur de YHymne à Zeus , s'est contenté, si l'on en croit le
fragment 42 Von Arnim, d'assimiler la partie la plus haute de la
physique, la théologie, le « discours sur les dieux », aux rites de
l'initiation (TeXsToci) (2).
Chez Philon d'Alexandrie, fort nombreuses sont les allusions aux
mystères. Si nombreuses qu'elles ont donné lieu à ce qui me
semble un contre-sens : un de ses plus éminents commentateurs,
M. Goodenough, a consacré tout un livre à établir que Philon visait
des mystères alexandrins pratiqués tout près de lui, qui même
auraient influé sur de prétendus mystères juifs (3). L'origine
livresque lui a échappé, parce qu'il a omis de replacer Philon dans
la tradition dont nous rappelons les grandes lignes. Cependant il
eût pu être guidé sur la bonne voie par le rôle que Philon fait jouer
à la distinction des Petits et des Grands Mystères (4). Cette distinc-
tion est d'une part caractéristique d'Éleusis. D'autre part, dès le
(1) CIL , VI, 1779.
(2) Cité par K. Reinhardt, Poseidonios über Ursprung und Entartung, p. 77 :
T¿W 8è (puatxûv ia^ocToę eïvai ó 7repl tûv Oecov Xóyoç, 8iò xal TeXexàç rjyópsuaav
Taç toutou 7rapa8ó(Teiç.
(3) By light light , The mystic gospel of Hellenistic Judaism , New-Haven,
1935. Cf. les justes réserves d'A. D. Nock, dans Gnomon , XIII, 1957, notamment
p. 161 et suiv.
(4) Cf. les références données par Bréhier, op. laud., p. 245. En peu de mots,
Bréhier avait bien vu le rapport avec Chrysippe (p. 243) et Ēleusis (p. 244).
K. Reinhardt, art. Poseidonios , rapproche avec raison Philon de Sénèque.
Il est singulier de constater que sur cette distinction les historiens (Foucart,
p. 298, Mylonas, p. 240) se contentent de citer une scholie au Plutus , et
Clément d'Alexandrie (Mylonas attribue du reste à Clément le texte de la
scholie et donne pour lui des références erronées). Le texte de Clément paraît
contaminer les notices d'Aristote et de Cléanthe et de Chrysippe.
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SUR LES MYSTÈRES D'ÉLEUSIS 469
Górgias de Platon (p. 497 c), on voit un philosophe y f
allusion très précise pour en tirer une comparaison (1).
Nous y trouvons aussi une allusion chez Sénèque, dan
formule d'un tour un peu énigmatique : « Éleusis, dit-il d
Questions Naturelles , conserve quelque chose à montrer à
reviennent la voir ; la nature des choses ne livre pas d'un s
ses mystères (sacra sua) (2).» (Ce texte aussi est ignoré de
M. Mylonas). Toutefois Sénèque semble ignorer que les petits
mystères, initiation incomplète et préalable, étaient célébrés non
à Éleusis, mais à Agra près d'Athènes. Un autre passage de Sénèque
est encore plus important pour notre dessein, et celui que nous
venons de citer confirme qu'il y s'agit d 'Éleusis. « Telles sont, dit-il
dans les Lettres à Lucilius , les rites d'initiation de celle-ci (la Sagesse)
(en latin initiamenta correspondant certainement au grec tsXstocí),
par lesquels ce n'est pas un sanctuaire municipal, mais l'immense
temple de tous les dieux, le monde lui-même, qui ouvre ses portes,
dont elle (la philosophie) a présenté à la contemplation des esprits
les vraies statues et les apparitions véritables (3). » Ce texte a d'abord
été rapproché (4) d'un passage de Dion Ghrysostome que voici :
« C'est à peu près comme si quelqu'un plaçait pour l'initiation un
Grec ou un Barbare dans quelque antre mystique, d'une beauté
et d'une grandeur exceptionnelles, découvrant beaucoup de visions
mystiques, entendant beaucoup de sons ayant cette valeur, l'ombre
et la lumière se manifestant tour à tour à lui, et encore s'il advenait
comme quand, dans ce qu'on appelle le « thronismos », les initia-
teurs faisant asseoir ceux qu'on initie dansent en cercle autour
d'eux... » Puis Dion envisage le cas de l'humanité qui « est initiée
(1) Górgias , p. 497 c : euSaijzcùv el, ¿o KaXXtxXeLç, cm Ta jxeyáXa [xefjLÚyjaai
7rpiv xà <T{jLixpá . èycl) S' oùx an mnv OsllltÒv eivai.
(2) Eleusis seruat quod ostendat reuisentibus : rerum natura sacra sua non
semel tradii. On remarquera le terme d'ostendat.
(3) 90, 28 : Haec eius (id est : philosophiae) initiamenta sunt, per quae non
solum municipale sacrum , sed ingens deorum omnium templům , mundus ipse,
reseratur, cuius uera simulacra uerasque fades cernendas mentibus praebet.
Haec, d'après la phrase précédente (connaissance des dieux et de la démonologie),
s'applique à la théologie comme chez Ghrysippe.
(4) Notamment par Samuel Blankert, Seneca Episl. 90 over Natuur un
Cultur en Posidonius als zijn Bron, Amsterdam, 1940. La source était pensée
être l'inévitable Posidonius (ainsi déjà Binder, Dio Chrysoslomos und Posei -
donios, Berne-Leipzig, 1905).
REG, LXXV, 1962, n° 356-358. 7-1
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470 PIERRE BOYANCÉ
à l'initiation véritablement parfaite et in
petit édifice ménagé par des Athéniens, pou
foule, mais dans le monde que voici, o
ce sont les dieux immortels eux-mêmes
et jour en rond sans trêve avec la lumiè
pour Sénèque, on avait pensé à une all
taux (1). Pour Dion, le rite du thronismo
à l'initiation des Gorybantes dont Platon
Mais, comme l'a noté Karl Reinhardt, po
convient pas à des mystères orientaux s
n'ayant pas de lien avec la cité (3). Pou
Athéniens correspond exactement pou
municipale de Sénèque (4) : il s'agit de d
mystères en comparaison de celle de la
tuaire n'est pas moins que le monde. Il p
et Sénèque songent à Éleusis. Il paraît év
allusion au passage du Phèdre (5). La mention du thronismos ,
appelée par le chœur des astres, représente seulement une sorte
de contamination avec un autre culte mystique dont Platon aussi
avait parlé.
Il n'est pas impossible qu'au souvenir du Phèdre s'ajoutent ceux de
Gléanthe et de Ghrysippe traitant le même thème ; cela est vraisem-
blable en particulier chez le stoïcien Sénèque. En tout cas il convient
de rapprocher maintenant de celui-ci des expressions d'Épiphane
résumant Gléanthe, et que nous avions laissées de côté. Les dieux,
c'est-à-dire d'après la structure de la phrase les vrais dieux, ceux de
la philosophie, correspondent aux (xucmxà a^jxaTa et aux xXtjctsiç
lepat. Qu'est-ce à dire ? Que sont ces « figures mystiques » et ces
(1) Ainsi R. Reitzenstein, Die hellenistischen Mysterienreligionen , 3e éd.,
1927, p. 134-135.
(2) P. 227 d. Cf. Paul Foucart, Les mystères d'Eleusis, p. 384, qui en tire
à tort une conclusion pour l'ensemble du texte.
(3) Poseidonios über Ursprung und Entartung, p. 77.
(4) Depuis Isocrate, il est de tradition de vanter les mystères comme un
des principaux titres de gloire d'Athènes. Cf. M. P. Nilsson, Geschichte..., t. I,
2e éd., p. 665 ; t. II, 2« éd. p. 93.
(5) Qu'on rapproche notamment Phèdre, p. 250 bc : ¿teXouvto tûv t£Xstû>v
Oéjxiç Xéyeiv jiaxaptcùTaTYjv, t1v topyiáÇopLev óXóxXyjpot jziv ocùtoI Ôvreç et
Dion, 34 tt)v óXóxXrjpov xal tćo 6vtl reXetav teXet^v [xuoújzevov.
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SUR LES MYSTÈRES D'ÉLEUSIS 471
« appellations sacrées »? Je pense qu'il faut ici songer à ce
trouvons chez les néoplatoniciens. Les figures mystiques
les statues divines avec leurs ornements et leurs attribu
particulièrement avec la valeur que la consécration do
ceux-ci. J'ai étudié naguère cette consécration des stat
télestique (1). J'ai montré que déjà Varron prétend re
aux attributs des statues, sinon une efficace provoquant
d'un influx divin, comme le veut la télestique néoplat
du moins une signification cachée, « mystique », suscept
interprétation symbolique et cosmique (2). Je pense que c
que font allusion les [xixmxà gx^oltol attribués à Clé
Épiphane (3). Quant aux « appellations sacrées », il faut s
valeur reconnue aux épithètes des dieux, dans les hymne
leur adresse. Si elles sont celles qu'ils agréent, qu'eux-mê
révélées, elles exercent sur eux une action énergique, les cont
ou au moins les invitant à exaucer leurs dévots (4).
On voit tout de suite que Sénèque lui aussi parle des sta
dieux. C'est le temple du monde qui peut se flatter d'avoir
statues et de dévoiler aux esprits leur véritable aspec
s'agit-il ? Il n'y a pas à douter qu'il s'agit des dieux ast
pour le Timée de Platon, le monde lui-même est comparé à
des dieux éternels (5). Dans YÉpinomis, ce sont les astres q
statues divines (6). Pour Philon d'Alexandrie, il en es
(1) Théurgie et télestique néoplatoniciennes , dans la Revue de l'hi
religions , t. 147, 1955, 1, p. 189 et suiv.
(2) Ap. saint Augustin, Civ. d., VI, 5 : Primum eas interpretation
physicas) sic Varro commendai, ut dicat antiquos simulacra deorum
ornatusque finxisse, quae cum oculis animaduertissent hi qui adisse
mystéria possent animam mundi ac partes eius id est deos ueros , a
(3) Dion Ghrysostome dit par exemple (Or. XII, 52) à propos du Zeus
d'Olympie par Phidias : tò rcpércov elSoç xal tyjv áÇíav (jLOpcp-yjv tyjç 0eot>
<pú(7£(úç èSïjjxioùpYYjaaç.... 7reíaaç õtitò obcetov xal tò 7upé7rov èÇetpeç oxti'lolt6q
te xal jjLopçîjç... Un peu plus loin, on lit (54) : áyaXjxa 8è yuqSèv èÇeupetv èn
ôvófxaTt xal tou 0eoö. Sx^fxa s'applique donc à Failure générale de
la statue : disposition, structure.
(4) Liddell-Scott entendent dans notre passage xXtjctiç = name, appellation.
Mais c'est peut-être plutôt le sens qu'on trouve chez Ménandre le Rhéteur,
p. 333, Spengel : invocation.
(5) Timée , p. 37 c.
(6) Epinomis , p. 983 e : les astres sont dieux Gecàv eíxóvaç áyáXii.aTa.
(7) Aux textes que j'indiquais, Études sur le Songe de Scipion , p. 116, n. 2, à
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472 PIERRE BOYANCÉ
Vellerns l'épicurien se moque de ces comp
deorum de Cicerón (1).
Quelle conclusion en tirer pour Éleusis?
songer au dévoilement de statues dans l
c'est ainsi que les philosophes paraissent
Il ne m'est pas possible ici de suivre e
l'Antiquité la fortune de la comparais
mystères. Je veux cependant en rappeler
Pour Plotin, Franz Gumont avait souten
breuses en ce domaine, s'expliquaient
Mais, comme le fit remarquer Peterson
bien M. Nilsson (5) que M. Dodds (6), ce
monial quotidien de culte des statues, acc
rien d'un mystère. Il convient pour notr
ne fait que reprendre une comparaison
savoir De opificio mundi , 82 : oúpavòv 7to XXà
áyaXjxaXToepopouvTa. et De Abrahamoy 159 : x
áyáXjjLaTa, on joindra encore De specialibus legibus
0eou vopLÊÇetv tov aú[j,7ravTa XP^ xóctjjlov eivai,
tć5v ovtcùv oúataç (iipoç oúpavòv, áva0Ý)(i,aTa
mundi, 55 : ... èSyjfxioúpyei toúç aí<707)TOÚ
7repixaXXé<jTaTa oúç ¿oa7rep èv lepćo xa0apwT(XT
tć5 oúpavw, où l'on a de surcroît la comparaiso
(1) I, 22 : Quid autem erat , quod concupisceret d
tanquam aedilis ornare?
(2) Foucart, p. 411, avait indiqué que Tertullie
parle d'un xoanon de Ceres Rharia ( sine effigie r
que cet objet « tenait la première place parmi le
qui ne cite pas ce texte de Tertullien, pourtant
remarque que les hiéra paraissent avoir été de petite dimension et note : « No
life-size cult statue, for exemple, is known from the Mycenaean age, but only
small figurines » (n. 18). Il n'y aurait pas contradiction. P. Foucart eût pu
établir un rapprochement avec l'existence d'un <pai8puvT7)ç tolv 0eoïv connu
par une inscription d'époque impériale (p. 206.) Cf. Mylonas, p. 285.
(3) Le culte égyptien et le mysticisme de Plotin dans les MonumentsPiot,
XXV, 1921/1922, p. 77 et suiv. Cf. Les religions orientales dans le paganisme
romain, p. 245, n. 106.
(4) E. Peterson dans la Theologische Literaturzeitung, L, 1925, p. 485 ;
Herkunft und Bedeutung der jjlóvoç rcpòç (jlóvov Formel bei Plotin, dans le Philo -
logus, 88, 1933, p. 30 et suiv.
(5) Geschichte der griechischen Religion , t. II, 2e éd., p. 434, n. 3.
(6) E. R. Dodds, Theurgy and its relationship to neoplatonism, dans le Journal
of Roman Studies, XXXVII, 1947, p. 58, n. 33.
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SUR LES MYSTÈRES D'ÉLEUSIS 473
aussi dans une série. Il est impossible dès lors de ne pas r
force d'un indice noté par Peterson. Une allusion précise
aux abstinences des mystères est, comme on le voit par un
analogue de son élève Porphyre, une allusion à Éleusis (1).
dès Cléanthe le rôle joué par les statues dans la comp
L'Égypte et Isis n'ont rien à voir en tout cela.
Je n'insisterai pas sur le texte de Théon, le seul que les h
paraissent connaître, en tout cas le seul qu'ils veulent
S'il fait impression sur eux par le détail qu'il donne sur la s
des degrés de l'initiation, on ne voit pas pourquoi les détai
par les autres textes leur paraîtraient négligeables. D'autr
pourquoi retenir Théon et, comme Paul Foucart et M.
écarter Himérius (2) ?
L'esquisse que nous venons de faire, si imparfaite et cert
incomplète qu'elle soit, a du moins le mérite de faire ress
succès d'une comparaison qui, commençant avec le plus gr
philosophes et forte de toute l'autorité de ses dialogues, s'e
suivie jusqu'à la fin de l'antiquité. Elle atteste indirect
prestige des mystères, que certains ont quelquefois te
sous-estimer. Bien que ses éléments puissent ne venir sou
d'une connaissance toute livresque et toute indirecte,
doivent pas moins être utilisés avec les précautions néces
l'historien. En fait c'est eux particulièrement qui nous re
sur la distinction des Petits et des Grands mystères. C'es
font le plus souvent allusion aux grades de l'initiation. Sur
ils confirment qu'elle consiste surtout en une contemplat
cette contemplation les effets de lumière sont essentiels. Ils su
que des effigies divines sont l'un au moins des objets de cette
plation ; ni la manipulation d'objets sacrés, ni la représen
drames sacrés n'y sont mentionnés, ce qui ne signifie natu
pas qu'ils sont absents d'Éleusis, mais qu'ils ont par
essentiels que le sentiment impressionnant des présences d
(1) Enn.y 5, 5, 11 = Porphyre, De abstinenlia, 4, 16.
(2) Ce rhéteur (Or. 20, p. 288 Dindorf) compare le philosophe au prêtre qui
fait apparaître aux mystères les statues divines. Toutefois, contre ce que je
disais Culte des Muses , p. 58, n. 1, les détails (statue de marbre ; prophète qui
lui enlève ses vêtements et l'oint) ne cadrent guère avec Éleusis, si certaines
expressions font songer à rëXXajx^iç d'Aristote.
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474 PIERRE BOYANCÉ
II. Éleusis et l'orphisme
M. Mylonas est persuade, contre Paul Foucart, que ni les rites
ni les jcroyances ďÉleusis ne font de place en ce qui concerne
l'au-delà à l'idée de choses effrayantes et redoutables (p. 265 et
suiv.). C'est un des points où sa critique se fait plus négative que
celle de ses devanciers. A dire vrai, il est presque aussi négatif en
ce qui concerne la félicité des élus. Les lecteurs de son livre, s'ils
ignoraient tout de la question, n'en retireraient certainement pas
l'impression que la pensée de l'au-delà jouait un rôle notable
dans les mystères. Il est curieux de relever que, citant p. 269 le
mot célèbre d'Isocrate sur ceux-ci, il laisse de côté la partie de la
formule qui parle des espérances relatives à l'éternité (1), ce que
Cicerón traduit (texte omis par M. Mylonas) cum spe meliore
moriendi (2).
Donc, à la félicité réservée aux initiés, ne correspondraient pas
des malheurs réservés à des réprouvés. Parce que Y Hymne homérique
à Démêler ne mentionne que la première et qu'il est muet sur les
seconds, de cet argument ex sileniio (argument pourtant si rarement
concluant), M. Mylonas déduit que seul l'orphisme serait responsable
de l'idée de châtiments. C'est donc l'orphisme seul qu'il retrouve
dans les peintures que les Grenouilles font de l'au-delà et les paroles
qu'Héraklès y adresse (v. 145 et suiv.) à Dionysos et à Xanthias.
C'est l'orphisme qui serait les grands mystères dont parle Théniistius
d'après un fragment de Plutarque (3).
A cela il est permis d'objecter d'abord que le silence de l'hymne
n'est pas si complet que le pense M. Mylonas. Quand l'hymne dit,
l'opposant au sort de l'initié, de celui du non-initié : ôç 8* <kTzkr¡<;
iepûv, Ôç t' á(JL(jLopoç, oÖ7ro0' ófioícov aîaav èyzi 90í(i.evóç nzp unb
Çó<pco eupcoevTL (4), il est loisible de voir dans les mots outcoG' ófxoícov
aïaav une litote menaçante que Kern interprète : die Verdammung
des Ungeweihlen (5). La litote apparaît encore mieux, si, au lieu de
(1) Panégyrique , 28.
(2) De legibus, II, 35.
(3) Fragment du traité sur l'âme ap. Stobée, IV, 52b, 49, p. 1089 Hense.
(4) V. 481-482. Au vers 481 ojaoiov est le texte de J. Humbert. Kern adopte
OJJLOÍtúÇ, NilSSOn, Ó(JLOÍ7)V.
(5) Article Mysterien (eleusinische Weihen) dans PW, XVI, 1935, col. 1216, 50.
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SUR LES MYSTÈRES D'ÉLEUSIS 475
traduire avec M. Mylonas never has lot of like good thing
dead , ou avec M. Jean Humbert « celui qui n'est pas initié
rites et celui qui n'y participe point n'ont pas le semblabl
on remarque que o07tote porte bien plutôt sur oļioicov qu
et que le sens est « a une part qui n'est pas de semblable
Il est évident aussi que, par opposition à la lumière q
du séjour des élus, les mots ¿to Çócpco eupcosvTi évoquent la
sinistre des réprouvés. Pour les Grenouilles l'origine éleus
la description est établie par bien d'autres traits que
des châtiments et, généralement admise, ne peut guère être
contestée (1). M. Mylonas ne cite nulle part le texte de Y Axiochos (2)
qui parle de la descente aux enfers d'Hérak^s et de Dionysos et
de la hardiesse qu'ils avaient puisée dans l'initiation de la déesse
ďĚleusis. Quant à Thémistius, lorsqu'il parle des grands mystères
(a the great mysteries» écrit M. Mylonas lui-même), même s'il ne
spécifie pas les rites qu'il a dans l'esprit, il est certain que ce rhéteur
athénien doit songer à Éleusis. Rien n'autorise à écrire : « Certainly
the Orphie mysteries were considered to be great mysteries. »
Ou plutôt si, à la rigueur, pour Thémistius eux aussi peuvent
être « great mysteries », ils ne sont pas « the great mysteries ».
Mais surtout je me permets de regretter que M. Mylonas traite
si légèrement et de façon si tranchante le problème délicat des
rapports entre Éleusis et l'orphisme. Certes ici Paul Foucart lui
donnait l'exemple de cette négation totale (3). Mais depuis les
conditions du problème se sont bien transformées. L'idée que nous
pouvons nous faire de l'orphisme s'est sensiblement modifiée.
Quand on imaginait celui-ci comme une espèce d'Église avant la
lettre avec ses dogmes et ses associations, il était aisé de le séparer
d'Éleusis. M. Mylonas, qui s'en tient au livre, du reste méritoire,
de W. H. C. Guthrie (4) encore quelque peu imbu de cette manière de
(1) Cf. Nilsson, Geschichte der griechischenReligion, I, 2e édit. p. 666, recon-
naissante piété éleusinienne dans le chant des mystes v. 456 et suiv.
(2) Axiochos , p. 371 e : Touç 7repl HpaxXea t£ xai Aióvuaov xaTióvTaç etę
"AiSou 7rpÓTepov Xóyoç ¿v6á8e (i.u7)07)vaL xai tò Oápaoç Trjç èxetae 7ropeíaç
7uapà TÍjç 'EXeuatvíaç IvaúaaaôaL.
(3) Les mystères ďÉleusis, p. 252 et suiv.
(4) Mylonas cite W. K. G. Guthrie, Orpheus and Greek Religion , dans la
première édition de 1935. Il y a une seconde édition, avec quelques compléments
et une bibliographie rajeunie, de 1952.
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476 PIERRE BOYANCÉ
voir, ignore les critiques d'A. Boulange
(à mon avis hypercritiques) de L. Mou
Pour ma part, sans aller jusqu'aux n
aussi peu saines que les affirmation
ruiner, j'ai essayé, surtout à la lumière
de préciser la nature et le caractère
orphiques et du mouvement auquel
utilisé ces textes (2) en ignorant aus
celles de mes contradicteurs. Pour les tablettes il s'en tient à
l'ouvrage d'Olivieri (1915) sans mentionner celle qui a été découve
récemment en Thessalie et qui, en changeant les perspectives
ruiné la thèse de ceux qui, comme Boulanger et le P. Festugière,
les rattachaient à l'Italie méridionale et au pythagorisme. Ell
suggéré à M. Charles Picard de reprendre l'hypothèse de leu
origine éleusinienne, hypothèse que j'avais justement moi-mê
déjà formulée il y a vingt-cinq ans (3) M. Mylonas ne pouva
guère connaître la thèse de M. Picard ; il aurait pu ne pas ignor
la mienne. Aux arguments invoqués, je me permettrai ici d'
ajouter un, parce qu'il est tiré d'un texte sur Éleusis, que je ne vo
cité nulle part. Selon Proclus les promesses faites aux initiés son
relatives à la jouissance de présents auprès de Koré (4). Gela rappe
(1) A. Boulanger, Le salut selon Vorphisme dans le Mémorial Lagrange , 19
(cf. mes Deux remarques sur le salut selon Vorphisme dans la Revue des étud
anciennes , 1941, p. 167) ; A.-J. Festugière, Vorphisme et la légende de Zagreus
dans la Revue biblique, 1935, p. 366 et suiv. ; I. A. Linforth, The arts of Orpheu
University of California, 1941 ; L. Moulinier, Orphée el Vorphisme à l'époque
classique y Paris, 1955. En ce qui concerne ces deux derniers ouvrages, il est
regrettable que L. Moulinier n'ait visiblement pas lu celui de Linforth (il le
cite une fois, il eût dû le citer à chaque page, tant leurs critiques sont appa-
rentées). En ce qui me concerne, L. Moulinier n'a connu qu'une partie, et non
toujours la plus significative, de mes travaux : soit dit en toute amitié !
(2) P. 266.
(3) Le culte des Muses chez les philosophes grecs , p. 79-80. Je disais (p. 80,
n. 1) : « Que l'on songe en particulier que le frag. 32e Kern provenant de Thurii
(iv-me siècle av. J.-G.) s'accorde absolument par le premier et la moitié du
second de ses vers avec le frag. 32g Kern, provenant de Rome, ne siècle après
Jésus-Christ. Quels mystères - sauf ceux d' Éleusis - ont eu dans l'espace et
le temps une telle diffusion ? » Ajoutons aujourd'hui que c'est dans le second
de ces vers qu'il est fait mention de l'éleusinien Eubouleus : cf. infra, p. 477.
(4) In rempublicam , I, p. 185, 1. 10 et suiv. Kroll : ola xal ai TuavayéaTaxat
teXet ai t£>v 'EXeuaivicov Û7uaxvoijvTai toîç (xuaxaiç tûv 7tapà Tfj Kópfl Scópcov
a7ToXaúeiv, S7rei8àv XuO&ctl tûv aco^aTcov. Dans l'apparat Kroll envisage une
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SUR LES MYSTÈRES D'ÉLEUSIS 477
évidemment ce qui est dit dans les tablettes : le mort y
reine des enfers » et il y prononce ces vers célèbres, difficile
préter dans le détail, mais où une chose au moins est clair
capital de la souveraine des enfers pour la félicité décrite
8* S7ré6av arecpiívov 7UO<ri xap7uaXí(xoi(Ti ļ Ae<T7coívaç Se un
ëSuv yJdovícLç ßocaiXeia<; (1).
Je n'hésite pas à penser que c'est cela précisément que
a dans l'esprit et comment ne pas remarquer accessoirem
l'ÔXêioç, qui à deux reprises figure dans cette tablet
l'adjectif qui sert dans V Hymne homérique à qualifie
Un autre argument doit être tiré de la mention sur les
d'une divinité éleusinienne qui, au jugement de M. Mylo
mystérieuse, Eubouleus (3). Il écarte l'identification avec
faite par Guthrie pour l'Eubouleus connu à Eleusis (4), p
se fonderait sur un document tardif du uie siècle de notre ère.
Tout ceci est peu exact. L'identification proposée avec Dionyso
ne vient pas de la mention du document, la tablette de Rome,
dont parle M. Mylonas, datée du ne ou du nie siècle. Eubouleus
y est désigné par son seul nom. M. Guthrie se fonde pour y voir
Dionysos sur d'autres raisons, qui n'importent pas ici. Mais surtout
M. Guthrie ne parle pas seulement de ce monument tardif, mais
aussi des trois tablettes de Thurii que je viens de citer et qui sont,
elles, du ive siècle avant. Là aussi, là d'abord Eubouleus est nommé
après la reine des enfers et après Euclès, troisième personnage
d'une triade.
Pour ces données générales du problème, tel qu'il se pose aujour-
d'hui, il convient de remarquer que nous avons à une époque un
peu plus tardive et à une autre très tardive des documents qui
nous obligent eux aussi à considérer avec plus d'attention ces
rapports de l'orphisme et de l'éleusinisme. Le papyrus de Gurob,
dont l'existence même sera ignorée du lecteur de M. Mylonas,
correction ty)ç Kop-rçç qui serait malencontreuse, car elle affaiblirait la portée
de la présence de Korè auprès des élus.
(1) Frag. 32 e Kern.
(2) V. 3 il est question de yévoç ÖX6iov. V. 9 le mort est interpellé oXête.
(3) Elle a été identifiée tour à tour à Zeus et à Dionysos. Cf. Mylonas, p. 238.
(4) Op. laud., p. 179 et suiv.
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478 PIERRE BOYANCÉ
nous montre dans la pratique cultuelle
(111e s. avant notre ère) un mélange de
de données dites éleusiniennes (1). On
cette filiale d'Éleusis, qui, selon certains,
drie par les Ptolémées (2). Pour les hym
n'est pas moins certain ; dans l'hypothè
rattache à Pergame à l'époque impéria
expliquer ce fait (3).
C'est dans ces perspectives qu'il convi
de la République et la mention qui y est
de Musée comme de ceux dont on évoqu
delà (4). Ce fils, comme je crois l'avoir é
le disent les textes antiques, est l'éleu
le nomme point parce qu'il s'agit de que
chacun restituait aussitôt le nom. De fait un monument aussi
officiel que le Marbre de Paros nous dit que les mystères furent
fondés sous le règne d'Érechthée, fils de Pandion, par Eumolp
fils de Musée (6). J'ajouterai ici que telle est bien aussi l'opinio
de Proclus ou plutôt de Porphyre, pour qui c'est à Musée, fils de l
Lune, que remonte la famille de ceux qui à Éleusis président a
mystères, c'est-à-dire évidemment les Eumolpides qui fournissen
les hiérophantes (7).
S'il en est ainsi, et si d'autre part dans ces passages de )a Répu-
blique il est question des plus grandes villes qui croient à l'efficaci
des TsXsToci, c'est-à-dire, dans la bouche de Platon, certainemen
Athènes (8), il est bien évident qu'Éleusis est visée. Non pas seule
(1) O. Kern, loc. laud., col. 1251, 1. 66 et suiv.
(•2) Ibid.
(3) Ibid., col. 1251, 1. 23 et suiv.
(4) République, p. 363.
(5) Le culle des Muses, p. 23. J'ai répondu à une critique qui m'a paru injus-
tifiée dans Plalon el les cathartes orphiques (dans cette Revue, t. 45, 1942, p. 220).
(6) F. Jacoby, Das Marmor Parium, 1904, p. 6-7. Il faut y joindre ( Culte des
Muses, p. 23, il. 2) Andron, ap. schol. Soph. Oed. ad v. 1055 = frag. 13 Jacoby ;
Suidas ; Diodore de Sicile, IV, 25, 1-4.
(7) In Timaeum, I, p. 165, 20 Diehl : (dans un passage sur Porphyre et les
âmes dans la lune ; il faut ranger parmi de telles âmes) tûv èv 'EXeuatvi (jluct-
Taycoyoúç, e7reÍ7rep xai arcò Mouaaíou tou SeXTjviaxou tò yèvoç, toiç èv 'EXeuatvi
TtúV pLUaT7)píCúV T)YOl>[iÍVOl<;.
(8) P. 366 a.
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SUR LES MYSTÈRES D'ÉLEUSIS 479
visée. Car Platon s'en prend à tout un mouvement et à toute
une littérature. De même ailleurs pour lui Orphée et Musée sont
les représentants par excellence des écrits utilisés dans les teXstocî (1).
A Éleusis, il est vraisemblable que soit les formules, soit les chants
des Eumolpides passaient pour remonter à l'antique fondateur des
mystères ; c'est ce que paraît attester cette inscription d'époque
impériale relative à un hiérophante, qui nous dit qu'il « répandait
la voix pleine de charme d'Eumolpe » (2).
Si l'on admet que les tablettes sont éleusiniennes, c'était sans
doute lui le poète inspiré dont on les croyait l'œuvre. Naturellement
il n'est guère vraisemblable qu'elles aient pu remonter à la période
la plus ancienne des mystères, au moins sous leur forme actuelle.
Et c'est ce qui amène à penser qu'elles ont dû être formulées
quand, par Musée son père, Eumolpe s'est vu rattacher à celui qui était
descendu aux enfers. En ce sens il n'est pas possible de dénouer
tout lien entre l'orphisme et ces tablettes. Elles méritent de garder
leur épithète d'orphiques, tout en étant appelées éleusiniennes. Les
données des faits, telles qu'elles ressortent des textes, sont com-
plexes, et, selon moi, la vraie critique doit respecter cette complexité,
même si elle entraîne pour l'instant quelques obscurités ; on se
trompe peut-être plus encore en niant et en retranchant qu'en
affirmant et en reliant.
Que si on trouve ces textes de la République peu respectueux
pour des mystères aussi vénérables, on remarquera que Platon n'y
procède qu'avec prudence, par la voie discrète de l'allusion. On
remarquera surtout que dans la VIIe Lettre , actuellement jugée
authentique par la majorité des critiques, Platon s'exprime sur
l'amitié née de la confraternité des mystères (et de Tépoptie, donc
d'Éleusis) en des termes déprédateurs (3).
Pour ce qui est des châtiments infernaux et d'Éleusis, on est
surpris de voir M. Mylonas ne rien dire de la fameuse Nekyia
(1) Relevé par moi dans Platon et les calharles orphiques, p. 228 ( Protagoras ,
p. 316 d).
(2) Cité par P. Foucart d'après les IG, III, 713 (= II-III2 3639), 1. 3-4 : Ôç
-TeXexaç ávécpTjve xal Öpyia 7rávvi>x<x (jLÚaTOCLç | EÙ[ì,óX7tou 7rpoxé<ov LfjLepóeaaav otzol.
(3) P. 333 e : èx tíjç 7repiTpexoú(ry]<; ETaipeíaç tocút/jç ttjç tcov 7rXeíaTcov
«píXcúv, yjv èx tou ÇevíÇeiv t e xal (xuetv xal ettotuteúciv TcpayfxaTeúovTat. Ce texte
aussi a été omis par M. Mylonas.
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480 PIERRE BOYANCÉ
représentée par PoJygnote à la Leschè de
figurait le supplice de personnages versan
le font les Danaïdes, personnages que l
jointe désignait comme les non-initiés (áf
c'étaient les non-initiés aux mystères
trompait-il? Si tel était l'avis de M. Mylo
de l'exprimer, car sinon sa discussion des t
allégués était incomplète. C'est une omissi
j'ai dû relever, plus nombreuses qu'il n'eû
III. Deux divinités éleusiniennes
Une inscription trouvée dans les fouilles américaines de l
et publiée dans Hesperia en 1935 (donc trop tard pour être
par Otto Kern dans son article de la même année) permet d'
notre connaissance des divinités honorées à Éleusis (2).
inscription a été, comme un certain nombre de textes, om
M. Mylonas. Elle ne m'avait pas échappé dans mon Culte de
publié un an après (3). Il s'agit d'un sacrifice offert par les
pides à un certain nombre de héros et de dieux (4). Les édite
estimé que « le caractère éleusinien marqué et l'élaborati
fête au cours de laquelle était offert le sacrifice mentionné
l'inscription, colonne III, permet d'identifier celle-ci av
Mystères au mois de Boédromion » (5), c'est-à-dire avec les
mystères.
J'avais signalé que, parmi les nouveautés de cette inscription,
il en était deux au moins qui méritaient d'être relevées. Comme mes
observations ont passé inaperçues, il n'est sans doute pas inutile
de les réitérer. Parmi les héros mentionnés à la suite d'Eumolpe
(1) Pausanias, X, 31, II.
(2) Hesperia, IV, 1935, p. 21 (l'éditeur est James H. Oliver).
(3) Culte des Musesf p. 26, n. 3.
(4) C'est un fragment du calendrier des sacrifices, complétant IG, IIa, 1357,
a et b, loi sacrée de 403-402 environ. On lit, col. III, lignes 60-74 : A H- 0éjii8i
oîç I AP Ait 'Epxeitot o[ïç] | AU AÝjjxTjTpt oîç | OeppeędĆTTflfi] | AI7TI- xpióçi
I AP EùjjlóX7T6)l o[îç] I AP AeXíxcol ^[pon oîç] AP" łApxiQY^TY)[L oîç] | AP
IIoXi)Çév[a)i oïç] I 0p£7TT¿5t[
[oîç] I Eú{xoX7r[É8oci] I tocutoc [0úoaiv] |
(5) P. 27.
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SUR LES MYSTÈRES D'ÉLEUSIS 481
et de Dolichos (appelé Delichos dans ce texte) (1) figu
mystérieux Archégètès. Archégètès comme tel n'était p
mais, comme l'avait fait l'éditeur, on ne pouvait pas ne
à ce texte de Strabon, où il indique qu'on donne le nom
à « l'archégète des mystères», qualifié de « démon de Dem
Iakkhos comme tel ne figure pas dans l'inscription d
Aussi bien le texte de Strabon - et je le relevais - fai
une manière d'épithète qu'on décerne à la fois à Dion
l'archégète des mystères. M. James H. Oliver avait fa
fication. Il restait à souligner que le texte confirmait q
d'Éleusis n'avait originellement rien à faire avec Dion
aussi que le nom officiel, le nom proprement dit, était b
Archégètès qu' Iakkhos. C'est ce que je fis expressém
reste sans doute valable en 1962 comme en 1936.
En tête de la liste des personnes divines ou héroïques venant
d'Éleusis figure Thémis. Sa présence n'avait suscité aucune remarque
de l'éditeur de l'inscription. Cependant il était notable qu'elle
confirmait, comme je l'ai relevé (3), une notice de basse époque,
d'un de ces auteurs chrétiens dont M. Mylonas, après d'autres,
déprécie systématiquement le témoignage. Clément d'Alexandrie
dans son Prolreplique (4) mentionne divers symboles de Thémis,
notamment un kteis, détail sur lequel Körte a fondé toute une
explication du synlhéma éleusinien, appelée à une fortune diverse
qui ne nous intéresse pas ici. M. Mylonas écarte entièrement l'idée
que Clément serait bien informé des mystères et pense que ses
affirmations sur Éleusis se référeraient plutôt soit aux mystères de
Rhéa-Cybèle-Attis, soit aux mystères (éleusiniens?) célébrés à
(1) Sur Dolichos, cf. Mylonas, p. 170, qui, à vrai dire, ne s'intéresse qu'à
l'enceinte sacrée dudit héros, telle que Travlos a cru pouvoir l'identifier.
(2) Strabon, X, 10, p. 468 : "la xxóv ts xal tòv Aióvuaov xaXouat xai tòv
(*PXY3Ï^T7)V M-UtfTï) ptcùv, ty)ç Ar)(jL7)Tpoç Samova. Texte omis par M. Mylonas.
(3) Culte des Muses , p. 53, n. 3.
(4) Ch. II, 22; p. 17, 1. 9 Stählin. Les manuscrits ainsi qu'Eusèbe donnent t yjç
0é(xtSoç. Stählin adopte une correction de tyjç en Tyję, correction due à
Wilamowitz, Comment, gramm. II (1880), p. 11, qui a eu un brillant succès.
Il est évident que l'inscription de l'Agora ne la confirme pas et qu'il faudra
sans doute la remiser au magasin des conjectures que l'événement n'a pas
vérifiées (elle n'est pas retenue dans le texte du Protreplique des « Sources
chrétiennes », 2e éd. 1949). Il s'ensuit naturellement des conséquences pour
l'interprétation de cette divinité et des rites qu'on peut lui rattacher. Gè est
connue - d'autre part - comme divinité éleusinienne par IGt Ia, 5 et par sa
présence sur le célèbre vase de Kertsch.
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482 PIERRE BOYANCÉ
Alexandrie (1). Mais voici que l'inscrip
indiquait qu'à la fin du ve siècle avant n
bien dans le Panthéon éleusinien ! On
est resté M. Mylonas de ce fragment du cal
en 1935 est bien regrettable elle aussi...
me bornais pas à signaler ce rapprochem
J'indiquais quelle lumière il jette sur un
question des tsXstoc í qui nous ont livré cer
à Korè, à Demeter et à « la très grand
Foucart avait apporté ce texte à l'appu
Éleusis (3). Je ne reviens plus sur ce q
d'insoutenable. Par contre la lecture de Proclus m'a convaincu
plus que jamais que cette très grande déesse n'est autre que Thémi
qu'il identifie à l'Anankè du mythe de la République , qualifiée d
t9)ç (xeyÍCTTYjç 0sou tocÚtyjí; (4) comme la divinité anonyme jointe à
Korè et à Demeter. Cette position éminente est celle, on l'au
déjà noté, que Thémis occupe dans la liste de l'Agora où elle e
en tête. Il reste à se demander pourquoi elle intervient dans l
thrènes en même temps que Demeter et que Korè. Gela nous
entraînerait loin. Mais on conviendra qu'à la suite de la découverte
de l'inscription sa présence à Éleusis est désormais certaine.
Pierre Boyancé.
(1) Mylonas, p. 288 et suiv.
(2) In rempublicam, I, p. 125, 1. 20, Kroll : ...ércei xai Kópyjç xai AÝ)(j.7)Tpo<;
xai aÙT7)ç r/jç (xeyíaTYjç 0eãç íepoúç Tivaç ev a7U0ppy)T0tç Opyjvouç aí teXctocI
TcapaSe&cóxaaiv. Ges teXetcxé s'identifient aux mystères expressément mentionnés
plus hauti. 4 : ...xáv to tç (jLucmrjpíoLç toùç lepoùç 0p7)vouç [xucttixûç 7rapeiX7)<pa-
(jLEv... (suit une interprétation symbolique).
(3) Les mystères ď Éleusis, p. 462.
(4) Ibid. t II, p. 344, 1. 29. P. 94, 1. 18, 207, 1. 20. Il est question de Thémis
chez les « theologoi », que Kroll n'a pas identifiés dans son apparat, contre son
habitude. Gomme c'est un mot qui désigne chez Proclus aussi bien Hésiode et
Homère qu'Orphée et que Kroll ne signale aucune allusion aux deux premiers,
il faut sans doute songer à un texte orphique. On retrouve l'identification avec
Anankè, dans In Timaeum , I, p. 397, 1. 9 Diehl. Pour Proclus, ibid., 1. 22 Thémis
est (ppoupóç.... t£)v Geicov vójjkúv. C'est à partir d'elle, 1. 1, que áSiaXÚToc r¡
TáÇtç auvéanq tou 7ravTÓç. Ce rôle en fait vraiment « la plus grande déesse »,
liée au vouç du démiurge et toujours présente auprès de lui (Ibid., p. 398, 1. 2).
Elle est vraiment au sommet du panthéon de Proclus (a<p* 7rãaoc TáÇiç :
In Tim., II, p. 316, 1. 31 Diehl).
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