THEME 3
HISTOIRE ET MEMOIRES
INTRODUCTION – HISTOIRE ET MÉMOIRE, HISTOIRE ET JUSTICE
« Parce qu’un homme sans mémoire est un homme sans vie, une
population sans mémoire est un peuple sans avenir » (Ferdinand Foch,
général d’armée français).
L’histoire et la mémoire représentent des modalités de rapport au passé
relevant de deux registres différents, qui se complètent. Ces regards sur
le passé n’en constituent pas moins un devoir pour les sociétés qui les
jugent essentiels pour construire leur avenir. A côté, ces mêmes sociétés
envisagent essentiel la mise en œuvre d’un devoir de justice pour se
reconstruire, notamment après les conflits et les violences de masse
subies par les populations civiles. Cela explique l’émergence progressive
d’un droit international depuis 1945.
En quoi histoire et mémoire sont-elles complémentaires dans la
compréhension du passé ?
I. Les liens complexes entre histoire et mémoire
« La mémoire est un vécu en perpétuelle évolution, l’histoire est une
reconstruction savante et abstraite plus encline à délimiter un savoir
constitutif et durable » (Henry Rousso).
Le métier d’historien consiste à comprendre le passé à travers des
sources diverses. Hérodote (480 av. J.-C.-425 av. J.-C.), considéré comme
le premier historien, décrit l’Histoire comme « une procédure de vérité »
pour évoquer les événements passés. De fait, l’Histoire, selon la définition
qu’en donne l’historien Henry Rousso, constitue un processus (notion de
continuité qu’évoque l’historien Antoine Prost) de connaissance objective
du passé visant à « une compréhension, une interprétation du passé,
fondé sur l’analyse de traces de toutes sortes laissées par l’activité
humaine. Se concevant comme un savoir scientifique et critique, fruit
d’un travail de reconstitution mené selon une méthode rigoureuse, elle
s’écrit avec des points de vue, des angles d’observation, des
questionnements pluriels et variés. » L’historien, afin de rester neutre et
impartial, se doit de croiser les documents sur le sujet étudié. L’Histoire,
et notamment celle qu’écrivent les historiens contemporains, entend
apaiser le citoyen du poids des souvenirs et du passé en lui donnant des
clés de compréhension du présent. Cependant, si les historiens
établissent une vérité partielle et relative, à vocation universelle, celle-ci
demeure toujours susceptible de remise en cause.
La mémoire des acteurs constitue l’un des matériaux que l’historien
utilise dans son travail, par des collectes dans les archives et/ou des
témoignages.
1
La mémoire représente une autre procédure de connaissance du passé
puisqu’elle abolit la distance entre le passé et le présent. Elle désigne la
faculté pour une société, un groupe ou un individu de se rappeler ou de
se représenter des connaissances ou des faits. Elle suppose un lien
affectif avec des souvenirs et donc une représentation subjective du passé
(« La mémoire est la vie » selon l’historien Pierre Nora). La mémoire,
plurielle, subjective et évolutive, opère un tri parmi les souvenirs, en
surinvestit certains et en occulte d’autres (cela la rend vulnérable aux
manipulations de toutes sortes). Elle se place sur le terrain de la morale
ou de la justice. Le témoignage apparaît donc comme un élément à
manipuler avec précaution. L’historien enquête pour rendre compte de
ces souvenirs et de ces oublis pour en faire un objet de savoir, dans la
mesure où la connaissance objective du passé sert à la projection dans
l’avenir. Il doit confronter les témoignages aux faits historiques, mais
également confronter les témoignages entre eux. Il faut donc qu’il puisse
disposer d’archives.
La mémoire devient un objet d’étude pour l’historien au cours du XX e
siècle. En France, Maurice Halbwachs mène des travaux pionniers sur la
mémoire collective dès les années 1920 (Les Cadres sociaux de la
mémoire, 1925). Un demi-siècle plus tard, Pierre Nora lance un séminaire
à l’origine de la publication des Lieux de mémoire (1984-1992). Les
travaux d’Henry Rousso (Le Syndrome de Vichy, 1987) montrent un passé
vichyste qui ne passe pas et une France malade de ses oublis (il évoque
l’existence de cycles mémoriels1).
Mémoire et histoire sont donc intimement liées car l’historien par son
travail critique peut contribuer à faire évoluer la mémoire.
II. De la mémoire aux mémoires
Il convient de distinguer la mémoire individuelle et la mémoire collective.
La première, ensemble des souvenirs d’un individu, relève de l’émotion et
se compose d’oublis. La seconde se définit comme la manière dont les
sociétés se souviennent (sélection d’événements qui font le plus
consensus, ce qui contribue à créer un sentiment d’appartenance) et
englobe les pratiques de commémoration2 ; elle se construit en fonction
des enjeux du présent. La mémoire officielle, celle qui est reconnue par
un Etat, s’exprime par différentes actions : elle se traduit concrètement
par la présence de mémoriaux et par des cérémonies commémoratives.
1
Il montre que le rapport de la société française à la Seconde Guerre mondiale se
construit par « cycles mémoriels » successifs, qui s’appliquent aussi à la guerre
d’Algérie : amnésie (période de déni ou deuil silencieux), puis anamnèse (retour du
passé refoulé), enfin hypermnésie (abondance des mémoires). Dans Face au passé.
Essais sur la mémoire contemporaine (2016), Rousso montre des formes de
« mondialisation de la mémoire », et comment les usages du passé, notamment après
des conflits, adoptent des modalités similaires.
2
Rappel d’un événement, d’un lieu, d’un acteur, d’une œuvre…, jugé digne d’être inscrit
dans la mémoire collective.
2
En France, dans un contexte de résurgence des mémoires de différents
groupes et de conflits mémoriels, les études sur la mémoire se multiplient
dans les années 1970-1980 et touchent d’autres périodes (colonisation,
guerre d’Algérie, etc.). A la tête de l’Etat, on assiste à une explosion
mémorielle et commémorative. La fin des années 1980 et les années 1990
voient la cristallisation de la notion de devoir de mémoire 3. Les mémoires
peuvent en effet se révéler conflictuelles dans la mesure où elles peuvent
porter de forts enjeux sociétaux. Traumatique, l’événement crée de
profondes tensions au sein d’une société ou entre Etats, et les mémoires
de l’événement entrent alors en conflit. En 1990, le président de la
Pologne Lech Walesa dépose une gerbe à Jebwabne, lieu d’un terrible
pogrom antijuif commis par des Polonais en 1941 (entre 800 et 900
victimes). Ce geste génère des tensions dans le pays, se cristallisant sur
la responsabilité polonaise dans le massacre. En 2025, la question de la
commémoration du cinquantième anniversaire de la mort de Franco fait
émerge de vifs débats en Espagne sur le sens à lui donner.
En France, en vertu de ce principe de devoir de mémoire, le président
Jacques Chirac mène une politique de reconnaissance des « oubliés de
l’histoire », associations de victimes ou de leurs descendants : victimes du
génocide juif, victimes de l’esclavage, combattants de la guerre d’Algérie
et harkis. Des lois mémorielles 4 voient le jour, notamment pour éviter la
négation de l’existence de certains crimes : répression de la contestation
du génocide juif (loi Gayssot, 1990), reconnaissance du génocide
arménien (2001), reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que
crime contre l’humanité5 (loi Taubira, 2001), reconnaissance de la Nation
en faveur des rapatriés d’Afrique du Nord (2005). Lois mémorielles et
injonction au souvenir suscitent cependant des critiques chez les
historiens qui y voient un rapport obsessionnel au passé (mais aussi une
tentative de contrôler et d’officialiser les mémoires) au détriment de
l’analyse historique. Au devoir de mémoire, ils préfèrent le devoir
d’histoire. D’ailleurs, depuis 2008, le Parlement français ne vote plus de
lois mémorielles.
Le travail des historiens peut changer la politique mémorielle
menée par un Etat. En 1962, l’étude du génocide juif est
introduite dans les programmes scolaires de RFA, appuyée sur le
travail des historiens, ce qui fait évoluer la mémoire de toute une
génération.
En France, le 10 mai « célèbre » la Journée nationale des
mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition depuis
2006. Cette date fait référence au jour où les élus de la
République adoptent la loi Taubira du 10 mai 2001.
L’évolution de la perception d’un événement, la façon dont telle ou telle
partie de la population le perçoit, fait également l’objet d’études
3
Obligation morale de se souvenir d’un événement tragique.
4
Loi affirmant le point de vue officiel d’un Etat sur un événement historique.
5
Crime commis en exécution d’un plan concerté englobant les catégories suivantes :
génocide, déportation, esclavage, exécutions, enlèvements et tortures lorsqu’ils sont
exécutés massivement et systématiquement.
3
historiques. Ainsi, les événements de la guerre civile espagnole se
perçoivent différemment suivant la région ou l’époque concernée, autant
de facteurs qui font évoluer les mémoires communes et qui peuvent
s’étudier.
III. Des nouvelles catégories de crimes
Après la Seconde Guerre mondiale, des juristes se penchent les premiers
sur des crimes nouveaux. Les crimes de masse 6 – dont ceux perpétrés par
l’Allemagne nazie – prennent une ampleur nouvelle au XX e siècle
notamment par la mise en place de programmes destinés à éliminer
méthodiquement toute une partie de la population du fait de ses origines
religieuses ou culturelles. Ce fait implique une réflexion juridique
nouvelle.
Le 13 janvier 1942, les Alliés s’engagent par la déclaration de Londres à
punir les crimes contre les populations civiles « qui n’ont rien de commun
ni avec la notion d’actes de guerre, ni avec celle de crimes politiques
telles que les conçoivent les nations civilisées ». Le 30 octobre 1943, la
déclaration de Moscou concrétise cette intention : Churchill, Staline et
Roosevelt signent le document qui précise que « les trois puissances
alliées poursuivront [les criminels allemands] et les remettront aux mains
de leurs accusateurs pour que justice soit faite. » La fin de la guerre,
marquée de la découverte de l’univers concentrationnaire, de la Shoah et
des centres de mise à mort, conduit les Alliés à mettre en place un
tribunal international pour juger les criminels nazis. L’Accord de Londres
du 8 août 1945 en fixe le statut.
Le tribunal militaire international, siégeant à Nuremberg, doit juger 8
organisations nazies et 22 des plus hauts dignitaires du régime encore en
vie, pour « crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité », crimes de
guerre et crimes contre l’humanité (terme utilisé alors par Hersch
Lauterpacht7, mais créé en 1915, qui peut se définir comme une attaque
contre les droits de l’homme, et qui, en l’occurrence, reste circonscrit aux
seules exactions commises par l’Allemagne nazie à l’encontre des
populations civiles européennes durant la guerre). L’humanité émerge
ainsi comme une entité à défendre. Le procès de Nuremberg se déroule
du 25 novembre 1945 au 1er octobre 1946 : les juges condamnent 12
prévenus à la mort et 7 à des peines de prison ; ils prononcent
l’acquittement pour trois des prévenus. La qualification de crime contre
l’humanité reste alors restreinte au cadre de la Seconde Guerre mondiale
et de ses origines. De plus, elle s’avère peu utilisée dans les termes du
verdict (à l’instar de celle de génocide).
Cette caractérisation des différents crimes sert de base pour le
jugement des responsables japonais à Tokyo (l’empereur Hiro-
6
Concept forgé pour désigner la mise à mort massive de populations décidée par des
organisations gouvernementales ou liées à un Etat.
7
Juriste britannique d’origine polonaise (1897-1960), assistant du procureur étatsunien
Robert Jackson à Nuremberg, il participe à la préparation des procès des criminels de
guerre nazis.
4
Hito, non jugé, y échappe) entre janvier 1946 et novembre 1948.
Le concept de crime contre l’humanité s’inscrit donc fortement
dans le contexte historique particulier de la fin de la Seconde
Guerre mondiale.
La notion de crime contre l’humanité ne reste cependant pas
figée et connaît une évolution constante depuis lors. D’ailleurs,
selon les pays, le statut de ce crime diffère. Pour la justice
française, qui l’introduit dans sa législation en décembre 1964, il
reste le seul crime imprescriptible. La notion reçoit des
ajustements par la justice française lors de l’instruction du
procès Barbie entre 1983 et 1987.
Une fois le procès de Nuremberg terminé, l’Organisation des Nations
unies s’emploie à « universaliser » le droit qui en résulte. Ainsi, la notion
de crime contre l’humanité fait l’objet de la résolution 95 du 11 décembre
1946, qui confirme les « principes du droit international reconnus par le
Statut de la cour de Nuremberg ».
Le 9 décembre 1948, sur proposition de Raphaël Lemkin, ancien assistant
du procureur général du procès de Nuremberg, l’ONU adopte la
résolution 260 portant sur la création d’une Convention pour la
prévention et la répression du crime de génocide (entrée en vigueur le 12
janvier 1951, ratifiée aujourd’hui par 153 Etats). D’après cette convention
de Paris, réprimer ce crime devient une affaire d’intérêt international
(l’article 1 enjoint aux signataires d’intervenir dès lors qu’un risque de
génocide est avéré).
En novembre 1943, le juriste polonais et étatsunien d’origine
juive R. Lemkin (1900-1959) forge la notion de génocide (du grec
genos, « race », et du latin cide, « tuer ») dans un ouvrage
intitulé Le Régime de l’Axe dans l’Europe occupée. Il définit ce
terme par la « destruction d’une nation ou d’un groupe
ethnique », définition qu’il élargit dans un article publié en 1945
aux techniques de destruction politique, sociale, culturelle,
religieuse, morale, économique, biologique et physique (le
génocide suppose la preuve de l’intention préalable d’exterminer
un groupe humain en tout ou en partie8).
Ainsi, à partir de 1948, le crime contre l’humanité et le génocide relèvent
du droit international : de fait, à côté des Etats, l’ONU peut décider
souverainement de poursuites pénales (pour Lemkin, un génocide ne doit
pas être condamné par une nation, mais par le monde entier). Afin de
renforcer le droit international, l’ONU adopte en 1968 la Convention sur
8
En France, le code pénal définit le génocide comme l’exécution « d’un plan concerté
tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou
religieux, ou d’un groupe déterminé à partir de tout autre critère arbitraire. »
5
l’imprescriptibilité des crimes de guerre9 et des crimes contre l’humanité
(convention non ratifiée par la France).
La création par le Conseil de sécurité des Nations unies 10 des Tribunaux
pénaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie (mai 1993, à La Haye) et
pour le Rwanda (novembre 1994, à Arusha, en Tanzanie) permet de
réactiver et de compléter les notions de génocide, crime de guerre et
crime contre l’humanité : d’une part, la torture, le viol et les
emprisonnements complètent la liste des crimes sanctionnables ; d’autre
part, depuis 1994, la nécessité d’un lien entre le crime contre l’humanité
et l’existence d’un conflit armé disparaît.
En 1998, l’élaboration du Statut de Rome fonde la Cour pénale
internationale (CPI, opératoire en 2002, mais non reconnue par les Etats-
Unis, la Russie, la Chine ou encore Israël), compétente pour juger les
auteurs présumés de crimes de génocide, crimes contre l’humanité (ce
chef d’inculpation s’élargit afin de s’adapter à la multiplication des
formes de crimes) et crimes de guerre, atteste la réalité d’un droit
international à caractère permanent et universel.
En mars 2023, la CPI émet un mandat d’arrêt international
contre le président de la Russie Vladimir Poutine pour le crime
de guerre de « déportation illégale » d’enfants ukrainiens.
En juin 2024, la CPI inculpe l’ex-ministre de la Défense russe
Sergueï Choïgou et le chef d’Etat major de l’armée russe Valeri
Guerassimov pour les attaques contre les centrales nucléaires
ukrainiennes.
En novembre 2024, la CPI lance des mandats d’arrêt
internationaux contre (notamment) Benjamin Netanyahu
(Premier ministre israélien) et son ancien ministre de la Défense
Yoav Gallant.
Le procès de ces crimes reconnus imprescriptibles peut se tenir
longtemps après les faits. Ce décalage dans le temps implique, pour les
juges, de bien comprendre le contexte d’une époque. Pour y parvenir, ils
peuvent faire appel à des historiens dans le but d’éclairer l’opinion
publique et la justice. Robert O. Paxton, historien étatsunien spécialiste
du régime de Vichy, témoigne ainsi en 1997 lors du procès de Maurice
Papon, ancien secrétaire général de la Préfecture de Gironde de 1942 à
1944, poursuivi pour crimes contre l’humanité. En revanche, Henry
Rousso, cité à la requête de la défense, préfère refuser pour éviter une
manipulation de sa déposition. Jean-Noël Jeanneney défend, lui, la
responsabilité de l’historien en tant que citoyen. L’historien, lorsqu’il
9
Assassinat, mauvais traitements ou déportation des populations civiles dans les
territoires occupés, assassinat ou mauvais traitements des prisonniers de guerre,
exécution des otages, pillages de biens publics ou privés, destruction des villes et des
villages.
10
Organe exécutif de l’Organisation des Nations unies (ONU), composé de quinze
membres dont cinq membres permanents qui disposent d’un droit de veto (Etats-Unis,
Royaume-Uni, Russie, Chine, France) et dix membres élus par l’Assemblée générale des
Nations unies pour une durée de deux ans.
6
comparaît en tant que témoin lors d’un procès, n’est pas celui qui a vu et
vécu les événements, mais un « témoin » qui vient expliquer la réalité.
***
Une vision biaisée ?
Au cours de l’époque contemporaine, des violences de masse contre les
populations civiles se multiplient, tout particulièrement dans la première
moitié du XXe siècle, sans susciter les mêmes réactions de la part des
gouvernements occidentaux. Les preuves de la responsabilité allemande
dans le génocide des Herero et des Nama d’Afrique occidentale (1904-
1908), dévoilées à la conférence de Versailles (1919), permettent de
justifier la confiscation du territoire, mais n’entraînent ni condamnation
des coupables ni reconnaissance des victimes. En 1915, les Alliés
dénoncent les massacres dont souffrent les Arméniens. Une commission
des responsabilités auprès de la conférence de la paix préconise la
création d’un tribunal international pour juger les criminels turcs.
Arrêtés, ces derniers bénéficient néanmoins d’une rapide libération et
participent à la construction de la nouvelle république de Turquie. En
revanche, grâce aux rapports qu’ils reçoivent, les Alliés prennent enfin
progressivement conscience de l’ampleur des crimes commis par
l’Allemagne nazie.
La mise en lumière de ces faits laissent cependant un goût d’inachevé
tant d’autres restent tapis dans l’ombre, bien que connus. De nombreuses
politiques ségrégationnistes et de nombreux massacres raciaux se sont
déroulés ou se déroulent encore sans qu’une opposition ferme et
majoritaire puisse inverser le cours des événements : Indiens
précolombiens décimés par l’arrivée des Européens à partir du XV e siècle,
colonisation africaine au XIXe siècle, Apartheid en Afrique du Sud entre
1948 et 1994, racisme anti-noir ambiant dans les Etats-Unis actuels…
MASSACRES DE MASSE (XXe-XXIe siècles)
- Génocide des Juifs et des Tsiganes. 1939-1945.
Europe. Par le régime nazi. Environ 6 millions de
Juifs et 220000 Tsiganes.
- Génocide des Tutsis. 7 avril-mi-juillet 1994.
Officiellement Rwanda. Par les milices hutues créées par le régime
reconnu et qualifié du président Habyarimana. Entre 500000 et 1
de génocide par million de victimes.
l’ONU - Génocide des Bosniaques musulmans à
Srebrenica. 13-15 juillet 1995. Bosnie-Herzégovine.
Par l’armée de la République serbe de Bosnie sous
le commandement du général Mladic. De 7000 à
8000 victimes. [Génocide reconnu par le TPIY]
Reconnu comme - Génocide des Arméniens, Assyro-chaldéens et
génocide par Syriaques. Avril 1915-1917. Empire ottoman. Par le
l’ONU, mais sans gouvernement des Jeunes-Turcs. 1,8 million de
7
victimes, dont 1,5 million d’Arméniens.
- Massacre de Palestiniens dans les camps de
Sabra et Chatila. 15-18 septembre 1982. Banlieue
sud de Beyrouth-Ouest. Par les phalangistes
mise en place
maronistes fortement incités par le ministre de la
d’une procédure
Défense d’Israël, Ariel Sharon. Environ 3000 morts.
judiciaire
[Vote à l’Assemblée générale de l’ONU : massacre =
un « acte de génocide » : 98 voix pour, 19 contre, 23
abstentions, dont celle de toutes les démocraties
occidentales.]
- Indiens Aché du Paraguay. 1950-1960.
Paraguay. Par le gouvernement paraguayen. 60% de
la population.
- Population du Cambodge. 1975-1979.
Cambodge. Par le régime khmer rouge de Pol Pot.
1,7 million de victimes.
- Indiens Maya du Guatemala. 1978-1984.
Guatemala. Par les escadrons de la mort créés par le
régime militaire. 200000 victimes.
- Kurdes d’Irak. 1988. Irak. Par le régime du
président Saddam Hussein. 180000 victimes.
De type
- Zaghawa, Fours, Massalit et Africains noirs du
génocidaire, dont
Darfour. Depuis 2003. Darfour (Soudan). Par les
les responsables
milices janjawids et le gouvernement soudanais du
ont fait ou font
président Omar Al-Bachir. Environ 300000 victimes.
l’objet d’une
- Palestiniens de Gaza. Depuis le 11 octobre 2023.
action en justice
Destruction d’habitations (territoire totalement
pour crime de
détruit), déplacements de masse, famine organisée,
génocide
écrasement des élites, déshumanisation étendue de
la population. Environ 49000 civils tués (seconde
Nakba ?). Fin janvier 2024, la Cour internationale de
Justice (CIJ), saisie par l’Afrique du Sud, évoque un
« risque réel et imminent » pour les droits des
Palestiniens et appelle Israël à prendre « toutes les
mesures en son pouvoir pour prévenir la commission
d’actes génocidaires ». Novembre 2024 : mandats
d’arrêt lancés contre Benjamin Netanyahu (Premier
ministre israélien) et Yoav Gallant (ancien ministre
de la Défense).
De type - Herero et Nama d’Afrique occidentale. 1904-
génocidaire, ne 1911. Actuelle Namibie. Par l’armée allemande. 80%
faisant pas l’objet de la population.
d’action en justice - Hutus du Burundi. Avril-juin 1972. Burundi. Par
pour le moment l’armée burundaise et les jeunesses révolutionnaires
contrôlées par une majorité d’éléments tutsis. Entre
100000 et 200000 victimes.
- Yézidis d’Irak. 2014-2017. Par l’Etat islamique.
Communauté dont plus de 400000 membres ont été
déplacés, au moins 5000 tués et 5000 réduits en
8
esclavage, essentiellement des femmes et des filles.
Une citoyenne française, Sonia Mejri, est renvoyée
devant les Assises en septembre 2024 pour crime de
génocide.
- Rohingyas d’Arakan. 2016-aujourd’hui.
Birmanie. Par les Bama, ethnie majoritaire de
Birmanie. 1 million d’exilés (nombre de victimes
inconnu). 10000 tués, la plupart des gens sont
expulsés. Reconnaissance en mars 2023, par les
Etats-Unis.