Extrait 1 : Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne
« Homme, est tu capable d’être juste ? »
Introduction : Olympe de Gouges est une auteure engagée dont les écrits reflètent ses nombreux
combats pour l’égalité et la justice entre les êtres humains. Féministe avant tout, elle souhaite réhabiliter
les femmes dans la société et leur céder une place légitime en tant que citoyenne. Elle écrit La
Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1791 pour pallier les manquements de La
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.
Nous nous demanderons en quoi ce texte polémique met à mal la prétendue domination de l’homme
sur la femme.
Pour y répondre, nous identifierons trois mouvements :
- les lignes 1 à 5 permettent à l’auteure d’interpeller l’homme pour le défier
- les lignes 6 à 10 reposent sur l’éloge de la nature qui discrédite les agissements de l’homme
- les lignes 14 à 20 dévalorisent l’homme en le rendant coupable de son comportement.
1er mouvement : Interpeller l’homme pour le défier et le placer face à la réalité
- ODG s’adresse aux hommes : apostrophe « Homme ». Mot singulier pour faire une généralité.
- Tutoiement familiarité / H et F sont sur le même pied d’égalité.
- ODG attaque l’homme : « es-tu capable d’être juste ? » = manque d’équité (Q rhétorique).
*La justice de l’homme est présentée comme une possibilité et non un fait.
- « C’est une femme qui t’en fait la question » provocation
- « tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. » Revendique le droit à la parole
- « Qui t’a donné le souverain empire d’opprimer mon sexe ? » rappel que H opprime F.
champ lexical de la tyrannie « souverain », « empire » et « opprimer ». « empire tyrannique »
domination constante.
« Femme » = substantif pour ODG, qui est le porte-parole des femmes.
« ta force ? tes talents ? ». sous-entend que ce n’est pas une raison suffisante pour régner sur les
femmes.
injonctions convaincre l’homme de se confronter à la réalité « Observe », « parcours » et « donne-moi
» ODG donne des ordres à H. Il faut que H regarde autour de lui et se rende compte qu’il n’existe pas
dans la nature une telle tyrannie.
« l’empire tyrannique » de l’homme ≠ « sagesse » du créateur, et à la « grandeur » de la nature.
Parallélisme de construction « observe le créateur dans sa sagesse » et « Parcours la nature dans toute
sa grandeur ».
Elle défie H car elle sait qu’il ne trouvera pas d’exemple d’une telle domination. « si tu l’oses »
=éventualité. ODG laisse à H la possibilité de la contredire, mais elle sait que cela ne se fera pas.
2ème mouvement : faire l’éloge de la nature pour mieux blâmer le comportement des hommes.
ODG insiste sur les actions que l’homme doit réaliser pour mieux se rendre compte de ses agissements
et du fait que sa domination sur la femme n’est ni légitime ni naturelle.
énumération des observations que doit faire l’homme (impératif) : « Remonte », « consulte », « étudie »
et « jette un coup d’œil ».
ODG veut que H prouve sa domination en cherchant des exemples dans la nature.
« animaux », « éléments », « végétaux », « matière organisée » = tout ce qui l’entoure.
H devrait examiner toutes les espèces vivantes s’il veut légitimer sa domination sur la femme.
« rends-toi à l’évidence » il ne pourra pas le faire.
« cherche, fouille et distingue » énumération de termes scientifique examen de la nature
environnante pour trouver des exemples relevant de la distinction de « sexes dans l’administration de la
nature ».
« si tu peux » il n’en a aucune possibilité.
ODG renverse le rapport d’autorité sur H. Elle veut prouver qu’il n’a aucune raison de dominer les F car
aucune distinction n’existe. Les H et les F devraient donc être égaux.
l9 + l10 anaphore de l’adverbe « partout » en tous lieux, les sexes sont « confondus » et ils
«coopèrent ».
- participe passé « confondus » dans la nature, les sexes sont mêlés jusqu’à ce qu’on ne les distingue
plus.
Verbe « coopèrent » participation à une œuvre commune aucune distinction entre les sexes.
La coopération s’établit « avec un ensemble harmonieux » c’est ensemble, main dans la main, qu’il
faut procéder. Les H et les F devraient ainsi prendre exemple sur la nature.
« chef-d’œuvre immortel » de la nature métaphore artistique, par l’emploi du mot « chef-d’œuvre »,
montre la perfection qui règne dans la nature complété par « immortel » cette harmonie ne
connaît pas de limite, elle est sans fin.
ODG veut dire que le rapport entre H et F devrait être le même que celui existant dans la nature entre
les différentes espèces vivantes.
3ème mouvement : L’homme ignorant est le seul coupable
ODG ne s’adresse plus directement à l’homme, mais fait un constat, en employant « les hommes ».
H est le seul responsable de la situation : « l’homme seul s’est fagoté un principe de cette exception »
l’homme a décrété qu’il était différent des autres espèces vivantes et que cela légitimait donc sa
domination du sexe féminin.
ODG redit que rien dans la nature ne prédispose H à dominer F.
Accumulation de défauts gradation ascendante qui dévalorise H.
ODG dit de H qu’il est « bizarre », « aveugle » (il agit sans discernement en suivant ses impulsions),
«boursouflé de sciences » (H est peut-être savant mais ses connaissances sont exagérées, elles gonflent
son ego), « dégénéré » (H a perdu ses qualités et il s’est même dégradé).
Gradation l’énumération de qualificatifs de + en + négatifs.
- « dans l’ignorance la plus crasse » virulence des propos.
pire défaut = ignorance, surtout « dans ce siècle de lumières et de sagacité ».
XVIIIe siècle Lumières, perspicacité, où raison et esprit critique luttent contre l’ignorance.
- ODG dévalorise les hommes dont le savoir est insuffisant.
- « ignorance » met à mal les prétendues connaissances de H qui est « boursouflé de sciences ».
- « la plus crasse » H est ignorant voire le plus ignorant des êtres humains.
- ODG blâme H qui s’est donné le droit de dominer les femmes.
- « il veut commander en despote » champs lexical de la tyrannie. (despote = dictateur)
H s’est attribué un pouvoir absolu mais arbitraire sur la femme qui ont « reçu toutes les facultés
intellectuelles » elles ont des capacités de réflexion et un esprit critique rien ne les prédestine à
être inférieures aux H et dominées par les H.
- volonté égoïste de H : verbes « veut », et « prétend », qui insistent sur son entêtement à satisfaire ses
propres désirs il veut diriger mais aussi profiter des avantages du contexte révolutionnaire.
- Paradoxe : H veut « réclamer ses droits à l’égalité » mais de quelle égalité parle-t-il alors ? D’une égalité
exclusivement masculine? Les F ne sont pas dignes de posséder les mêmes droits et donc les mêmes
revendications. ODG achève son texte avec : « pour ne rien dire de plus » = égoïstement que H ne pense
qu’à lui.
Conclusion : Le registre polémique du texte est mis au service des propos de l’auteure. En effet, tout en
blâmant le comportement de H, ODG fait l’éloge de la nature pour insister sur l’idée que H s’est donné
seul le droit de dominer les F. Ce texte, motivé par l’indignation, lui a permis d’interpeller directement H,
pour le défier mais aussi pour le rendre coupable de ses agissements. Le registre polémique est une
arme argumentative déployée par les auteurs quand ils veulent défendre des idées ou des causes tout en
discréditant leur adversaire. Si Olympe de Gouges s’en sert pour dénoncer la domination masculine,
Mme de Graffigny, dans Lettres d’une Péruvienne (1747), dénonce aussi les oppressions sociales et la
condition des femmes à travers le regard d’une héroïne étrangère.