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Portrait satirique de Pamphile, courtisan

Dans ce texte, Jean de La Bruyère dresse un portrait satirique de Pamphile, un courtisan prétentieux et hypocrite qui incarne les défauts des mondains de son époque. À travers l'antonomase, il généralise ce personnage en une catégorie d'opportunistes qui adaptent leur comportement selon leurs intérêts personnels, illustrant ainsi la superficialité et l'hypocrisie de la société. La Bruyère dénonce les travers intemporels de la quête de reconnaissance sociale et de l'appât du gain.

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Portrait satirique de Pamphile, courtisan

Dans ce texte, Jean de La Bruyère dresse un portrait satirique de Pamphile, un courtisan prétentieux et hypocrite qui incarne les défauts des mondains de son époque. À travers l'antonomase, il généralise ce personnage en une catégorie d'opportunistes qui adaptent leur comportement selon leurs intérêts personnels, illustrant ainsi la superficialité et l'hypocrisie de la société. La Bruyère dénonce les travers intemporels de la quête de reconnaissance sociale et de l'appât du gain.

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Pamphile

1- (IV) Pamphile ne s’entretient pas avec les gens qu’il rencontre dans les salles ou dans
les cours : si l’on en croit sa gravité et l’élévation de sa voix, il les reçoit, leur donne
audience, les congédie ; il a des termes tout à la fois civils et hautains, une honnêteté
impérieuse et qu’il emploie sans discernement ; il a une fausse grandeur qui l’abaisse, et
5- qui embarrasse fort ceux qui sont ses amis, et qui ne veulent pas le mépriser.
(VI) Un Pamphile est plein de lui-même, ne se perd pas de vue, ne sort point de l’idée de
sa grandeur, de ses alliances, de sa charge, de sa dignité […]. Il vous aperçoit un jour
dans une galerie, et il vous fuit ; et le lendemain, s’il vous trouve en un endroit moins
public, ou s’il est public, en la compagnie d’un Grand, il prend courage, il vient à vous,
10- et il vous dit : Vous ne faisiez pas hier semblant de nous voir. Tantôt il vous quitte
brusquement pour joindre un seigneur ou un premier commis ; et tantôt s’il les trouve
avec vous en conversation, il vous coupe et vous les enlève. Vous l’abordez une autre
fois, et il ne s’arrête pas ; il se fait suivre, vous parle si haut que c’est une scène pour
ceux qui passent. Aussi les Pamphiles sont-ils toujours comme sur un théâtre : gens
15- nourris dans le faux, et qui ne haïssent rien tant que d’être naturels ; vrais personnages
de comédie, des Floridors, des Mondoris.
(VII) On ne tarit point sur les Pamphiles : ils sont bas et timides devant les princes et les
ministres ; pleins de hauteur et de confiance avec ceux qui n’ont que de la vertu ; muets
et embarrassés avec les savants ; vifs, hardis et décisifs avec ceux qui ne savent rien. Ils
20- parlent de guerre à un homme de robe, et de politique à un financier ; ils savent l’histoire
avec les femmes ; ils sont poètes avec un docteur, et géomètres avec un poète. De
maximes, ils ne s’en chargent pas ; de principes, encore moins : ils vivent à l’aventure,
poussés et entraînés par le vent de la faveur et par l’attrait des richesses. Ils n’ont point
d’opinion qui soit à eux, qui leur soit propre ; ils en empruntent à mesure qu’ils en ont
25- besoin ; et celui à qui ils ont recours n’est guère un homme sage, ou habile, ou
vertueux : c’est un homme à la mode.

Jean de La Bruyère, Les Caractères, livre IX, § 50, 1688.


Proposition d’explication linéaire (texte bac 3)

Introduction
Jean de La Bruyère est un écrivain et moraliste français du XVIIème siècle dont l’œuvre phare, Les
Caractères (1688), en partie inspirée de l’auteur grec Théophraste, décrit tout de même « les caractères et les
mœurs de [son] siècle ». Il s’inscrit dans le parcours « la comédie sociale » puisqu’il montre une société où
chacun joue un rôle parfois hypocrite. Le fragment 50 du livre IX des Caractères est l’occasion d’une satire des
courtisans.
Nous nous demanderons en quoi l’antonomase qui structure le portrait de Pamphile permet à La
Bruyère de se moquer de la figure du mondain tout en dénonçant des défauts universellement humains ?
Nous pouvons distinguer trois mouvements dans le texte étudié : d’abord, il s’agira de montrer que
Pamphile est un courtisan prétentieux. Puis nous verrons qu’il incarne un type d’hypocrite. Enfin, nous
aborderons l’idée que les Pamphiles sont une catégorie générale de mondains opportunistes de la Cour.

1) Pamphile, le courtisan prétentieux (lignes 1-5).


Le choix du prénom Pamphile s’avère ironique : son origine grecque nous apprend qu’il signifie « ami
de tous, aimé de tous » alors même que le personnage ne se fait aimer que par intérêt personnel. Il n’est pas
guidé par l’amour des autres, mais bien par l’amour de soi, l’amour-propre, vision pessimiste de l’homme qu’on
retrouve à la même époque chez le moraliste La Rochefoucauld. Le champ lexical de la parole utilisé ici (« ne
s’entretient pas », « reçoit », « donne audience », « congédie ») moque le snobisme de Pamphile qui parle avec
une autorité de monarque. L’oxymore « honnêteté impérieuse » met en avant l’écart entre l’homme suffisant
qu’est Pamphile et le rôle d’honnête homme qu’il entend jouer. Alors qu’il se prend pour un prince magnanime,
les antithèses (« civils et hautains », « fausse grandeur qui l’abaisse ») rappellent qu’il n’est qu’un fat.
Courtisan médiocre mais prétentieux, Pamphile joue devant ses pairs le rôle du grand prince courtois ;
mais le moraliste n’est pas dupe et voit clair dans son jeu qu’il ridiculise en le mettant en lumière aux yeux du
lecteur.

2) Un Pamphile, un type d’hypocrite (lignes 6-16).


Ayant recours à la figure de l’antonomase « Un Pamphile », qui fait du nom propre un nom commun,
La Bruyère généralise le portrait du mondain : il en fait une catégorie de courtisans à part. L’auteur insiste sur
l’amour-propre et l’autosatisfaction de ce personnage narcissique grâce à l’abondance des pronoms personnels
(« lui-même », « se ») et des déterminants possessifs (« sa »*3, « ses »). Les indicateurs temporels (« un jour »,
« le lendemain », « tantôt », « une fois », « une autre fois ») associé à l’antithèse opposant les comportements
chaleureux (« il vient à vous ») et les comportements froids (« il vous fuit ») met en valeur l’inconstance du
comportement de Pamphile, véritable opportuniste de Cour. La comparaison de l’attitude de Pamphile avec le
jeu d’un comédien est souligné par le champ lexical de la comédie : « comme sur un théâtre », « personnages de
comédie », « Floridors », « Mondoris ». Pamphile apparaît définitivement comme un hypocrite (au sens
étymologique « sous le masque », il est un acteur qui change de masque selon les situations).
Uniquement guidé par son intérêt personnel, le Pamphile représente le mondain de la Cour de Louis
XIV. Il adapte son comportement et ses discours selon le profit qu’il peut tirer des situations. Ce mondain
hypocrite est un des meilleurs acteurs de la comédie sociale qui se joue à Versailles au XVII e siècle.

3) Les Pamphiles, les mondains opportunistes de la Cour (lignes 17-26).


A nouveau, La Bruyère utilise l’antonomase cette fois-ci au pluriel (« Les Pamphiles ») pour passer à un
degré supérieur : il crée une catégorie universelle d’être humains. Le parallélisme de structure (« bas et timides
avec les princes et les ministres » mais « vifs, hardis, décisifs avec ceux qui ne savent rien ») illustration
particulièrement bien l’opportunisme des Pamphiles par la multiplication des situations où ils adaptent leur
discours à leur public. Le chiasme « poètes avec un docteur, et géomètres avec un poète » insiste sur leur
stratégie de caméléons qui consiste à éviter de mettre en valeur l’interlocuteur en n’allant jamais sur son terrain.
Le ton corrosif de La Bruyère torpille la superficialité de ces mondains n’accordant pas de valeur à la sagesse ou
à la morale, puisque les « maximes », « principes », « opinion », « sage » sont associés à l’emploi de la négation.
Ils sont au contraire « poussés et entraînés par le vent » de la mode : cette métaphore et les participes passés
insistent sur le caractère passager de l’être des Pamphiles : ils sont passifs, vains, sans ancrage, sans pensée. Ils
ne sont que du « vent ». La phrase finale « c’est un homme à la mode » montre que les Pamphiles jugent les
autres superficiellement, sur la mode extérieure et non sur la vérité intérieure.
Défauts intemporels, la superficialité, l’hypocrisie et l’appât au gain sont dénoncés par La Bruyère à
travers la démultiplication des Pamphiles. C’est une vérité générale : les opportunistes privilégient toujours la
vanité des effets de mode au détriment de la vérité des préceptes de sagesse.

Conclusion
L’antonomase qui structure le portrait de Pamphile permet aussi bien d’attaquer la figure superficielle
du mondain que de mettre en avant tous les défauts humains, notamment la quête vaine et irrationnelle de
reconnaissance sociale.
Parmi ces défauts, l’opportunisme qui caractérise Pamphile ressurgit au livre X lorsque le moraliste met
en garde son monarque contre les caméléons que sont ses ministres (§ 12). Ce défaut semble intemporel puisque
Jacques Dutronc chantera L’Opportuniste à la fin des années 1960.

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