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Laval théologique et philosophique
Emmanuel Housset, Husserl et l’idée de Dieu. Paris, Les
Éditions du Cerf (coll. « Philosophie & Théologie »), 2010, 216 p.
Yves Laberge
Volume 69, numéro 1, février 2013
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Éditeur(s)
Faculté de philosophie, Université Laval
Faculté de théologie et de sciences religieuses, Université Laval
ISSN
0023-9054 (imprimé)
1703-8804 (numérique)
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Citer ce compte rendu
Laberge, Y. (2013). Compte rendu de [Emmanuel Housset, Husserl et l’idée de
Dieu. Paris, Les Éditions du Cerf (coll. « Philosophie & Théologie »), 2010, 216 p.]
Laval théologique et philosophique, 69(1), 174–175.
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RECENSIONS
L’avant-propos d’Alexandra Pleshoyano fournit une mise en contexte précise et de nombreux
éléments biographiques (p. 9-39). Mais surtout, Alexandra Pleshoyano donne sens aux textes d’Etty
Hillesum qui autrement sembleraient désespérés ou déconnectés de la réalité extrême de cette épo-
que : cette intellectuelle juive, cultivée et polyglotte « se sent partout chez elle et attribue cette
capacité d’adaptation à la miséricorde de Dieu » (p. 25). D’ailleurs, dans une note en fin de cha-
pitre, Alexandra Pleshoyano remarque que le mot « Dieu » revient plus de 400 fois dans ce livre
(voir la n. 13, p. 37).
L’ouvrage contient onze journaux d’Etty Hillesum ; le tout dernier carnet ayant été perdu.
Même lorsqu’elle exprime momentanément son doute quant à l’existence de Dieu, Etty Hillesum
réaffirme aussitôt sa foi : « N’est-il pas presque impie de croire encore si fort en Dieu en des temps
semblables ? » (p. 161). Citant fréquemment la Bible, sa conception divine transcende le judaïsme
ou le christianisme lorsqu’elle écrit, à elle-même, en 1942 : « […] ce qu’il y a de plus profond, et de
plus riche en moi, où je me repose, je le nomme “Dieu” » (p. 195). En octobre 1942, au milieu de
l’exclusion, des persécutions et des humiliations, Etty Hillesum déclare encore : « En dépit de tout,
j’en reviens toujours à la même chose : la vie est belle et je crois en Dieu. Je veux me tenir au
milieu de tout ce que les gens appellent des “atrocités” et encore dire : la vie est belle. Je suis main-
tenant allongée avec des étourdissements, de la fièvre et je ne peux rien faire » (p. 207). La dernière
section du livre contient de courtes lettres d’Etty Hillesum, parfois jetées du train et recueillies par
des paysans. Certaines de ces missives nous sont parvenues. Ainsi, quelques jours avant son exécu-
tion, en route vers Auschwitz, Etty Hillesum se confie par écrit à une amie en citant au passage la
Bible : « Je suis assise sur mon sac à dos au milieu d’un wagon de marchandises bondé de monde »
(p. 240). Lucide, elle ajoute en guise d’adieu : « Peut-être ma dernière longue lettre ? » (p. 241).
Yves LABERGE
Québec
Emmanuel HOUSSET, Husserl et l’idée de Dieu. Paris, Les Éditions du Cerf (coll. « Philoso-
phie & Théologie »), 2010, 216 p.
« Husserl parle peu de théologie, et, quand il en parle, c’est en philosophe qui n’accepte aucun
présupposé, car son projet demeure profondément cartésien […] » (p. 21). Ainsi débute le premier
chapitre de Husserl et l’idée de Dieu, du professeur Emmanuel Housset, de l’Université de Caen, en
Basse-Normandie. Tout ce livre examine méticuleusement comment la pensée d’Edmund Husserl
(1859-1938) a appréhendé non seulement « l’idée de Dieu », mais aussi une multitude de questions
touchant le statut des différents courants philosophiques, ou encore les rapports multiples entre phi-
losophie et théologie. Du point de vue conceptuel, cette réflexion d’Emmanuel Housset à propos de
l’idée de Dieu selon Husserl est souvent passionnante et judicieusement articulée : « […] il est hors
de question, pour Husserl, de dire que Dieu existe ou n’existe pas, car de telles affirmations blo-
quent l’accès à une théologie phénoménologique cherchant à élucider comment Dieu se donne à la
conscience » (p. 23).
D’emblée, les premières pages rappellent que même vers la fin de sa vie, Husserl dénigrait les
philosophies orientales ; mais ici, Emmanuel Housset n’accuse pas pour autant le philosophe d’eth-
nocentrisme, il indique plutôt que cette attitude résulte du profond respect d’une certaine tradition
intellectuelle empreinte de classicisme. Pour l’auteur, Husserl « ne parle que d’une façon évasive et
méprisante des “philosophies orientales”, qui, selon lui, ne peuvent pas être nommées “philoso-
phies”, non parce qu’elles ne pensent pas, mais parce qu’elles ne partagent pas l’Idée de philosophie
telle qu’elle est apparue en Grèce » (p. 32).
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RECENSIONS
Ce sixième ouvrage d’Emmanuel Housset (et son troisième consacré à Husserl) se subdivise en
cinq parties. Le premier chapitre est plus général et touche spécifiquement la phénoménologie de la
vie religieuse. L’auteur conclut que « le projet de Husserl est plus celui d’une théologie pure de
toute dimension anthropologique que celui d’une religion naturelle […] » (p. 69). Le second cha-
pitre porte sur la question centrale de « Dieu comme idée ». Cette idée de Dieu selon Husserl est dé-
finie par Emmanuel Housset en des termes qui rappelleraient Descartes : « L’idée de Dieu, c’est
Dieu en moi » (p. 72). Le professeur Housset précise : « Dieu est l’idée de l’infini en moi » (p. 72).
Suivant méticuleusement la pensée de Husserl dans de nombreux prolongements, Emmanuel Hous-
set n’oppose jamais la philosophie à la théologie ; il affirme que les deux disciplines peuvent
coexister : « Si la tâche de la philosophie est de donner aux hommes des yeux pour voir, cela n’ex-
clut en rien que Dieu en son ordre propre donne à voir » (p. 77). Les trois derniers chapitres tou-
chent respectivement l’éthique, « Dieu acte pur », et pour terminer la question de la transcendance
de Dieu. Ainsi, l’avant-dernier chapitre sur le « Dieu éthique » examine les différentes formes
d’amour d’après les écrits de Husserl : amour de l’art, de la science, de la sagesse, de Dieu, ou
l’amour d’une mère pour ses enfants (p. 141). Pour situer ces différentes dimensions en des termes
conceptuels et théoriques, le professeur Housset fait preuve d’un style élégant : « Le propre de la
phénoménologie est de ne pas vouloir considérer la volonté de se porter vers son devoir comme
quelque chose qui va de soi, et c’est pourquoi elle veut élucider le comment d’une telle validation »
(p. 141).
Sans prétendre servir d’introduction générale à la pensée de Husserl, cet ouvrage sera néan-
moins accessible aux lecteurs n’ayant aucune connaissance des écrits husserliens. Les non-initiés y
trouveront en outre une discussion stimulante sur la phénoménologie et notamment sur les nom-
breux liens possibles entre philosophie et théologie. Terminons ce compte rendu par une remarque
hors propos sur le design de l’ouvrage : curieusement, la couverture et la 4e de couverture n’indi-
quent nulle part le nom de l’éditeur, mais brandissent à trois endroits le nom de la collection
« Philosophie & Théologie ». Pourtant, il s’agit bien d’une parution des Éditions du Cerf.
Spécialiste de Husserl, Emmanuel Housset approfondit brillamment l’œuvre du philosophe al-
lemand et il expose son propos dans un style clair, en dépit de sa profusion de phrases très longues.
En guise de confirmation de sa qualité, le livre Husserl et l’idée de Dieu a reçu en 2011 le presti-
gieux Prix La Bruyère remis par l’Académie française pour récompenser l’auteur d’un ouvrage en
philosophie (voir l’annonce de ce prix sur le site Internet de Canal Académie, magazine franco-
phone des Académies sur Internet : [Link]
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Yves LABERGE
Québec
Charles JOURNET, Entretiens sur les fins dernières. Paris, Éditions Parole et Silence, 2011, 182 p.
Le texte sur Les fins dernières est la retranscription d’une retraite prêchée par le cardinal Journet
en 1961. Excellent pédagogue, grande sûreté théologique, rappel des vérités de foi fondamentales,
clarté dans l’expression : voilà ce qui caractérise cet enseignement illuminé par la sagesse d’en-
haut.
D’une part, la création des anges a été quelque chose de splendide pour ceux qui ont dit « oui »
à Dieu. La création a été, pour ceux qui ont dit « non » à Dieu, quelque chose de catastrophique. Ce
refus, tout comme cette acceptation, ayant été accomplis en parfaite lucidité, il ne pouvait y avoir de
seconde chance. D’autre part, l’homme, créé corps et âme dans le Paradis terrestre, n’a sans doute
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