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Tropismes de Nathalie Sarraute

Le document présente le livre 'Tropismes' de Nathalie Sarraute, publié par les Éditions de Minuit. Il inclut une liste d'autres œuvres de l'auteur ainsi qu'un extrait du texte, décrivant des scènes de la vie quotidienne et les pensées des personnages. La publication a été achevée en mars 2012 et est disponible en édition électronique.

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Tropismes de Nathalie Sarraute

Le document présente le livre 'Tropismes' de Nathalie Sarraute, publié par les Éditions de Minuit. Il inclut une liste d'autres œuvres de l'auteur ainsi qu'un extrait du texte, décrivant des scènes de la vie quotidienne et les pensées des personnages. La publication a été achevée en mars 2012 et est disponible en édition électronique.

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TROPISMES
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DU MÊME AUTEUR

Aux Éditions Gallimard

MARTEREAU, 1953.
L’ÈRE DU SOUPÇON, 1956.
PORTRAIT D’UN INCONNU, 1957.
LE PLANÉTARIUM, 1959.
LES FRUITS D’OR, 1963.
LE SILENCE, LE MENSONGE, 1966.
ENTRE LA VIE ET LA MORT, 1968.
ISMA suivi de LE SILENCE, LE MENSONGE, 1970.
VOUS LES ENTENDEZ ?, 1972.
DISENT LES IMBÉCILES, 1976.
L’USAGE DE LA PAROLE, 1980.
POUR UN OUI POUR UN NON, 1982.
ENFANCE, 1983.
PAUL VALÉRY ET L’ENFANT D’ÉLÉPHANT – FLAUBERT
LE PRÉCURSEUR, 1986.
TU NE T’AIMES PAS, 1989.
ICI, 1995.
OUVREZ, 1997.
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NATHALIE SARRAUTE

TROPISMES

LES ÉDITIONS DE MINUIT


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r 1957/2012 by LES ÉDITIONS DE MINUIT


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Ils semblaient sourdre de partout, éclos dans


la tiédeur un peu moite de l’air, ils s’écoulaient
doucement comme s’ils suintaient des murs,
des arbres grillagés, des bancs, des trottoirs
sales, des squares.
Ils s’étiraient en longues grappes sombres
entre les façades mortes des maisons. De loin
en loin, devant les devantures des magasins, ils
formaient des noyaux plus compacts, immobi-
les, occasionnant quelques remous, comme de
légers engorgements.
Une quiétude étrange, une sorte de satisfac-
tion désespérée émanait d’eux. Ils regardaient
attentivement les piles de linge de l’Exposition

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de Blanc, imitant habilement des montagnes de


neige, ou bien une poupée dont les dents et
les yeux, à intervalles réguliers, s’allumaient,
s’éteignaient, s’allumaient, s’éteignaient, s’allu-
maient, s’éteignaient, toujours à intervalles iden-
tiques, s’allumaient de nouveau et de nouveau
s’éteignaient.
Ils regardaient longtemps, sans bouger, ils
restaient là, offerts, devant les vitrines, ils
reportaient toujours à l’intervalle suivant le
moment de s’éloigner. Et les petits enfants tran-
quilles qui leur donnaient la main, fatigués de
regarder, distraits, patiemment, auprès d’eux,
attendaient.
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II

Ils s’arrachaient à leurs armoires à glace où


ils étaient en train de scruter leurs visages. Se
soulevaient sur leurs lits : « C’est servi, c’est
servi », disait-elle. Elle rassemblait à table la
famille, chacun caché dans son antre, solitaire,
hargneux, épuisé. « Mais qu’ont-ils donc pour
avoir l’air toujours vannés ? » disait-elle quand
elle parlait à la cuisinière.
Elle parlait à la cuisinière pendant des heures,
s’agitant autour de la table, s’agitant toujours,
préparant des potions pour eux ou des plats,
elle parlait, critiquant les gens qui venaient à la
maison, les amis : « et les cheveux d’une telle
qui vont foncer, ils seront comme ceux de sa

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mère, et droits ; ils ont de la chance, ceux qui


n’ont pas besoin de permanente ». – « Made-
moiselle a de beaux cheveux », disait la cuisi-
nière, « ils sont épais, ils sont beaux malgré
qu’ils ne bouclent pas ». – « Et un tel, je suis
sûre qu’il ne vous a pas laissé quelque chose. Ils
sont avares, avares tous, et ils ont de l’argent, ils
ont de l’argent, c’est dégoûtant. Et ils se privent
de tout. Moi, je ne comprends pas ça. » – « Ah !
non, disait la cuisinière, non, ils ne l’emporte-
ront pas avec eux. Et leur fille, elle n’est toujours
pas mariée, et elle n’est pas mal, elle a de beaux
cheveux, un petit nez, de jolis pieds aussi. »
– « Oui, de beaux cheveux, c’est vrai, disait-elle,
mais personne ne l’aime, vous savez, elle ne plaît
pas. Ah ! C’est drôle vraiment ».
Et il sentait filtrer de la cuisine la pensée hum-
ble et crasseuse, piétinante, piétinant toujours
sur place, toujours sur place, tournant en rond,
en rond, comme s’ils avaient le vertige mais ne
pouvaient pas s’arrêter, comme s’ils avaient mal
au cœur mais ne pouvaient pas s’arrêter, comme
on se ronge les ongles, comme on arrache par
morceaux sa peau quand on pèle, comme on se
gratte quand on a de l’urticaire, comme on se
retourne dans son lit pendant l’insomnie, pour
se faire plaisir et pour se faire souffrir, à s’épui-
ser, à en avoir la respiration coupée...

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« Mais peut-être que pour eux c’était autre


chose. » C’était ce qu’il pensait, écoutant, éten-
du sur son lit, pendant que comme une sorte
de bave poisseuse leur pensée s’infiltrait en lui,
se collait à lui, le tapissait intérieurement.
Il n’y avait rien à faire. Rien à faire. Se sous-
traire était impossible. Partout, sous des formes
innombrables, « traîtres » (« c’est traître le
soleil d’aujourd’hui, disait la concierge, c’est
traître et on risque d’attraper du mal. Ainsi,
mon pauvre mari, pourtant il aimait se soi-
gner... »), partout, sous les apparences de la vie
elle-même, cela vous happait au passage, quand
vous passiez en courant devant la loge de la
concierge, quand vous répondiez au téléphone,
déjeuniez en famille, invitiez des amis, adressiez
la parole à qui que ce fût.
Il fallait leur répondre et les encourager avec
douceur, et surtout, surtout ne pas leur faire
sentir, ne pas leur faire sentir un seul instant
qu’on se croyait différent. Se plier, se plier,
s’effacer : « Oui, oui, oui, oui, c’est vrai, bien
sûr », voilà ce qu’il fallait leur dire, et les re-
garder avec sympathie, avec tendresse, sans
quoi un déchirement, un arrachement, quelque
chose d’inattendu, de violent allait se produire,
quelque chose qui jamais ne s’était produit et
qui serait effrayant.

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Il lui semblait qu’alors, dans un déferlement


subit d’action, de puissance, avec une force
immense, il les secouerait comme de vieux chif-
fons sales, les tordrait, les déchirerait, les dé-
truirait complètement.
Mais il savait aussi que c’était probablement
une impression fausse. Avant qu’il ait le temps
de se jeter sur eux – avec cet instinct sûr, cet
instinct de défense, cette vitalité facile qui fai-
sait leur force inquiétante, ils se retourneraient
sur lui et, d’un coup, il ne savait comment,
l’assommeraient.
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CET OUVRAGE A ÉTÉ ACHEVÉ D’IMPRIMER


LE DEUX MARS DEUX MILLE DOUZE DANS LES
ATELIERS DE NORMANDIE ROTO IMPRESSION S.A.S.
À LONRAI (61250) (FRANCE)
o
N D’ÉDITEUR : 4932
o
N D’IMPRIMEUR : 093039

Dépôt légal : avril 2012


Cette édition électronique du livre
Tropismes de Nathalie Sarraute
a été réalisée le 02 mars 2012
par les Éditions de Minuit
à partir de l’édition papier du même ouvrage
(ISBN : 9782707321466).

© 2012 by LES ÉDITIONS DE MINUIT


pour la présente édition électronique.
Photo : © Yves Dejardin/RAPHO
[Link]
ISBN : 9782707324191

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