Cours D'introduction Au Droit Privé
Cours D'introduction Au Droit Privé
INTRODUCTION GENERALE
I. DES CONSIDERATIONS PRELIMINAIRES
1. BUT DU COURS
Pour celui ou celle qui aborde pour la première fois, l’étude du Droit, tout est nouveau ou presque
: son vocabulaire, ses concepts, son but, sa technique de raisonnement, ses divisions
fondamentales, etc.
Il est donc nécessaire d’avoir au moins quelques notions concernant la nature et la familiarité
du Droit, le connaître ne fut-ce qu’approximativement, ses sources, son langage, sa manière de
raisonner, la classification des différentes branches ou matières.
La plus grande difficulté pour comprendre telle ou telle question particulière vient de ce que
exposé implique souvent la connaissance de nombreuses notions qui ne seront étudiées
qu’ultérieurement. C’est la raison pour laquelle une place a été faite, dans le programme du
premier graduat, à une introduction, sorte de préparation, d’initiation aux études du Droit.
Le but de ce cours est pour ainsi dire d’offrir aux étudiants une vue panoramique du Droit et leur
permettre de se familiariser avec cette discipline dans ses différents aspects.
2. Les objectifs du cours :
Objectifs généraux :
L’étude du Droit, dans son introduction générale, mènera l’étudiant
de premier graduat en droit à la découverte du concept de droit et de ceux qui lui sont connexes,
de ses sources, de son vocabulaire, de sa finalité ou but, de sa technique de raisonnement en tant
que science, de ses divisions fondamentales (ses différentes branches), de ses relations avec les
autres sciences humaines, etc.
D’où au terme de ses études de premier graduat, l’étudiant pourra
être en mesure d’établir la spécificité de la règle de Droit et de la distinguer des autres règles de
conduite sociale (règles de convenance, morale ; les commandements religieux).
Objectifs spécifiques:
Au terme de ce cours, l’étudiant devra être à mesure, dans le cadre
des travaux pratiques (TP), soit d’analyser une situation de fait et de la qualifier juridiquement
afin d’en tirer les conséquences qui en découlent, d’indiquer à celui qui l’interrogerait les voies et
moyens de Droit qu’il devra utiliser pour triompher ou, au moins pour mettre toutes les chances
de son coté, soit de se prononcer sur le caractère licite ou illicite d’un comportement.
3. Compétences : La réaction des étudiants, par des questions au professeur sur les notions
apprises, sera le baromètre de la compréhension du cours.
4. Le contenu du cours :
I. INTRODUCTION GENERALE
PREMIERE PARTIE : LE DROIT OBJECTIF OU LA REGLE DE DROIT
TITRE I : IDENTIFICATION DE LA REGLE DE DROIT
CHAPITRE I : FONDEMENT DE LA REGLE DE DROIT
Section 1 : LES DOCTRINES IDEALISTES
Section 2 : LES DOCTRINES POSITIVISTES
Section 3 : CRITIQUE DES DOCTRINES
CHAPITRE II : CRITERES DE LA REGLE DE DROIT
Section 1 : LES CRITERES DE LA REGLE DE DROIT
Section 2 : CONTEXTE DE LA REGLE DE DROIT
CHAPITRE III : SPECIALISATION DE LA REGLE DE DROIT
Section 1 : DISTINCTION ENTRE DROIT POSITIF ET DROIT NATUREL
Section 2 : DISTINCTION ENTRE LE DROIT INTERNE ET LE DROIT INTER-
NATIONAL
Section 3 : DISTINCTION ENTRE DROIT PRIVE ET DROIT PUBLIC INTERNES
Section 4 : SUBDIVISIONS ET CONTENU DE LA DISTINCTION DU DROIT
2 Cours d’Introduction au Droit Privé
1
AUBERT J.-L., Introduction au droit, Presses universitaires de France, Paris 1979, p.3.
2
TERRE F., Introduction générale au droit, Dalloz, Paris 2006, p.1.
3
Pour vivre groupés en des communautés de toute sorte : famille, tribus, clans, cités, quartiers, associations diverses,
nations, Etat, …Pourquoi l’homme vit-il ainsi ? Parce qu’il sait que seul dans une société bien ordonnée, il pourra
atteindre le degré le plus élevé de sécurité et de développement.
4
Maxime attribuée au code d’Hammourabi.
5 Cours d’Introduction au Droit Privé
Le Droit romain va se propager au rythme des conquêtes romaines. Les deux plus
célèbres textes sont la Loi des XII tables et le code justinien, vecteur d’un système juridique
complet. Ce droit rayonnera pendant tout le Moyen Âge. Peu de Lois seront rédigées
conformément à l’adage latin : « plurimae leges, pessima res publica » ; qui signifie, un excès de
Lois nuit à l’intérêt général. Une partie de la législation sera réglée par la coutume. En 212, l’édit
de Caracalla admettra que tous les hommes libres, outre leurs coutumes, utiliseront le Droit civil
romain. Sous la République puis l’Empire le Droit aura trois sources : prétorienne, impériale et
jurisprudentielle qui comme son nom actuel ne l’indique pas correspondait à ce que l’on désigne
actuellement sous le mot « doctrine » à savoir les écrits des spécialistes. L’appart principal du
Droit romain est qu’il a permis l’abstraction : auparavant le Droit était basé sur les faits. Il était
casuistique : à chaque situation concrète devait correspondre une solution spécifique.
Mais avec le développement des litiges, il a fallu systématiser tous
les faits juridiques : partir de cas concrets pour dégager des règles à vocation générale. Les règles
de Droit vont se multiplier, jusqu’à l’incohérence. C’est qui explique le mouvement de
compilation. Plus tard vont apparaître les codes (du mot codex, livre) dont les deux plus célèbres
sont le Code Théodosien et le Code Justinien. Il s’agissait aussi de rétablir l’unité et l’autorité de
l’empire romain d’Occident.
Le Droit canonique, c’est après les persécutions, la religion chré-
tienne deviendra religion officielle avec l’édit de Thessalonique de 380. La véritable autorité
normative est alors détenue par les conciles ou les synodes, sous l’autorité du Pape, les évêques
vont peu à peu avoir un rôle juridique. L’institution cléricale va forger son propre Droit : c’est le
Droit canonique qui régira pendant quelques siècles une partie des rapports individuels et de la
famille (Droit de la famille)5.
Le Droit étant une discipline essentiellement sociale, on ne peut pas
l’analyser en dehors de la société. Il prend ses racines dans la société, vit dans la société et évolue
dans la société comme un poisson dans l’eau ; le Droit ne peut nullement vivre en marge de la
société6.
On constate donc que dans les premiers siècles de la vie des
peuples, l’autorité suprême repose sur les dieux. C’est des dieux que viendra le Droit. Au départ,
les dieux exercent directement le pouvoir et le Droit sur les hommes. Mais au fil des temps, les
lois récupèrent le pouvoir et le Droit qu’ils exercent directement aux accordés. Les rois se
considèrent alors comme seuls représentants des dieux sur terre, ils ont une mission divine
d’assurer la paix. Imposer la paix devient donc l’affaire des Rois ; les Rois absolus y voient une
mission divine7.
Les Rois s’assignent également la mission d’assurer la protection
des faibles. L’aspect pratique de l’égalité exige que les faibles ne soient pas écrasés par les forts ;
l’égalité met fin à la domination naturelle des uns sur les autres.
En effet, dès que les faibles respirent, la liberté est acquise à tous ;
ils rejoignent les forts qui, eux sont toujours libres. Les équilibres sont rétablis. De ce fait, on peut
affirmer que l’égalité crée la liberté. Mais la liberté seule, c’est l’oppression. Aussi tous les
5
Benessiano William, Introduction Générale au Droit, Cursus Armand colin, Paris, 2013, pp. 16-18
6
Notre réflexion est d’ailleurs appuyée par un principe de Droit selon lequel le « Droit est toujours présent là où se
trouve la société, mieux exprimé par une traduction latine « Ubi societas, ibi jus ». Or, la société existe depuis les
temps immémoriaux, depuis la création du monde et des hommes (ADAM et EVE). Partant, il y a lieu de conclure
que le Droit est aussi vieux que le Monde, que la société. Il suffit sur ce plan de nous référer aux écritures Saintes
pour nous en convaincre, comme les dix commandements de Dieu qui constituent le support des Droits pénal et civil
; c’est le cas des dispositions telles, tu ne tueras point, tu ne commettras point d’adultère, tu respecteras ton père et ta
mère, donne à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu, etc.
7
DEKKERS R., Le Droit privé des peuples, Bruxelles, 1953, pp. 238-247.
6 Cours d’Introduction au Droit Privé
législateurs primitifs se vantent -et se réjouissent- ils d’assurer l’égalité8. De même, Moïse donne
des instructions à ses juges assistants, nous lisons dans Deutéronome 1,16-17.
Certes, l’on sait que rien plus difficile à pratiquer que cet art du bien
et de l’égal, car il implique l’examen minutieux de toutes les circonstances du fait à juger et qu’il
n’est pas aisé de prétendre connaitre ces circonstances. On se rend compte que la recherche de
l’égal conduit parfois à une décision, à des décisions apparemment inégales. La recherche des
circonstances atténuantes9 peut amener le juge à adoucir, à tempérer ou à arrondir les angles
géométrique de son jugement. Et les juristes désignent ces circonstances atténuantes du Droit du
nom équité. C’est l’équité opposée à la common law, le Droit de grâce opposé à la dura lex, sed
lex (la loi est dure, mais c’est la loi).9
Somme toute, on peut reprendre avec DEKKERS que le Droit est
donc un ordre, bon ou mauvais, composé par une autorité, légitime ou non.
Mais pour que cet ordre crée une paix durable, il faut qu’il soit bon. Le Droit est bon lorsqu’il
apporte la certitude à la place de l’arbitraire ; il est meilleur s’il joint légalité à la certitude ; il y a
égalité lorsque deux hommes, placés dans la même circonstance, sont traités de la même manière.
3. Définitions du Droit
Que signifie le terme « Droit » ? Le mot « Droit » est utilisé dans
différentes expressions telles que : Faculté de Droit, Avoir le droit de faire telle chose, C’est mon
droit, Droit civil, Droits de l’homme.
Ces différentes expressions ne recouvrent pas les mêmes notions. C’est autant dire
que le mot Droit a une signification complexe et qu’il est difficile de le définir globalement.
Néanmoins, le Droit constitue un phénomène social. Il correspond
au fait que la société établit des règles destinées à régir son fonctionnement et par voie de
conséquence à organiser les relations économiques ou non des personnes qui la composent.
Etymologiquement le mot « Droit » vient du mot latin «Directum» qui
signifie « conforme à la règle». Ce mot peut revêtir plusieurs sens; il peut être défini de mille
manières. Mais, nous allons ici nous en tenir à l’essentiel, c’està-dire à deux niveaux, à deux
paliers : sa définition au sens vulgaire et au sens technique.
Le terme « Droit » du latin « jus » viendrait également du verbe latin « judicare »
qui signifie « juger » et de la suite (judex, justitia…).
On y verrait aussi le radical du verbe latin « jubere » qui signifie
« contraindre, ordonner, commander ».
3.1. Définition profane du Droit
On appelle « profanes » en Droit les non-initiés aux études du Droit
et qui ont leur idée du terme Droit et le définissent à leur manière. Au sens vulgaire10, peut-on
dire, le mot « Droit » peut renfermer essentiellement trois acceptions, à savoir : Droit-autorité,
Droit-justice et droit-prérogative ». a. Droit-autorité
Le profane confond l’idée de Droit et l’idée d’autorité, de pouvoir. Il
8
« Les dieux m’ont appelé, dit Hammourabi, pour donner un Droit au pays, pour détruire le méchant, afin que le
puissant n’écrase pas le faible. J’ai fait graver mes précieuses paroles, j’ai mettre sous mon image les mots : le Roi
de la justice afin que, le puissant n’oppresse pas le faible, et qu’il soit fait Droit, dans la ville de Babylone, à la veuve
et à l’orphelin » (Prologue 27-39). 9Circonstancesatténuantes : faits laissés à l’appréciation du juge qui lui permettent,
dans les conditions et limites fixées par la loi de prononcer une peine moins forte que celle légalement attachée aux
faits dont l’individu était reconnu coupable (cfr. G. CORNU, Vocabulaire juridique, Quadrige/puf, Paris 1987, p.
155). Par opposition aux circonstances aggravantes, qui sont, quant à eux, des faits visés par la loi obligeant le juge
à prononcer une peine plus forte que la sanction normalement encourue (cfr. Idem).
9
Equily et common law sont deux systèmes de Droit qui se sont formés en Angleterre après la conquête normande en
1066. Equity est venue combler les lacunes des formalismes excessifs de la common law.
10
Le mot vulgaire vient du mot latin vulgus qui signifie foule.
7 Cours d’Introduction au Droit Privé
a une conception empirique du terme Droit. Pour lui, le Droit exprime d’abord l’idée d’autorité,
de gouvernement : il confond le Droit et le pouvoir, organe qui est appelé à appliquer le Droit, à
assurer le respect de la règle juridique11.
b. Droit-justice
En second lieu, le mot Droit évoque l’idée de justice à réaliser. Il
exprime l’idée de l’idéal général de la justice humaine et s’identifie ainsi à la notion philosophique
et justice qui devra sauver, garder la stabilité et le respect des prérogatives essentielles de la
société. Le triomphe de la justice dans une société est un signe, une preuve évidente du respect du
Droit par ses consommateurs, ses destinataires.
c. Droit-chose due
Ici le sens profane du terme Droit rejoint son sens technique. Il ex-
prime l’idée subjective d’une prérogative, d’un pouvoir, d’un attribut, d’une faculté, d’une chose
due. Il s’agit effectivement des droits subjectifs de l’homme.
Même un ouvrier analphabète sait qu’il peut le défendre à tout prix13.
3.2. Définition technique du Droit
A côté des sens vulgaires du mot Droit apparaissent ses sens tech-
niques, scientifiques et juridiques. Nous allons étudier respectivement le Droit au sens objectif,
subjectif et naturel. Il s’agit des définitions données par les juristes. Le mot Droit revêt
traditionnellement deux sens :
a. Droit objectif
Hermand BEKAERT définit le Droit objectif comme l’expression nor-
mative des exigences d’une société déterminée, formulée suivant une technique institutionnelle et
mise en œuvre par des rouages appropriés14.
L’auteur souligne, dans cette acception, l’emprise inéluctable du Droit, son
caractère communautaire, sa représentation par un système de règles, l’élaboration de ces règles
par des organismes créés dans ce but, leur formulation praticable et leur application par des
individus doués de la connaissance nécessaire et de la volonté de s’effacer devant l’«œuvre» à
accomplir. L’ordre juridique se construit ainsi à base de conviction, de séduction ou de persuasion.
Et la psychologie joue un rôle inestimable dans la formulation et l’acception des règles par la
communauté. Lorsque le Droit ne parvient pas à accéder aux consciences et aux réalités
psychologiques l’homme ne l’accepte
- Un paysan, d’un village, affichera le même comportement devant le chef qui mobilise ses
administrés pour les travaux d’intérêt communautaire. 13Exemples
Droit de vêtir, droit de dormir, droit de se marier, droit d’avoir ses biens propres, droit d’avoir
une maison, droit de travail, etc.
Donc, le profane a une conception artistique du Droit, basée sur l’expérience et
l’application. 14 BAKAERT H., Introduction à l’étude du Droit, Bruxelles, 196,p. 101.
pas, ne s’incline pas devant ces impératifs, ne consent pas aux sacrifices qu’exige son application.
Dans tout ordre juridique communautaire, il y a trois réalités psychologiques, à savoir : la liberté,
l’égalité et l’équité.
D’Après Michel de Juglart, le Droit objectif est l’ensemble des percepts, des règles élaborées
dans une société déterminée en vue d’atteindre un certain but12.
11
Exemples :
- Lorsque le profane aperçoit le gendarme ou le policier en train de régler la circulation il voit en lui la règle juridique,
le code de la route, alors que l’agent de la police de circulation routière assure tout simplement l’application de la loi,
le respect du code de la route ;
- Il aura la même attitude quand il voit l’huissier venir lui remettre une convocation ou un mandat de comparution ;
12
DEJUGLART M., Cours de Droit civil, T.J., Paris 1966, p.5.
8 Cours d’Introduction au Droit Privé
Les règles sont édictées par les autorités en vue d’aménager mieux les rapports entre les membres
de la communauté.
Et Henri de Page désigne le Droit objectif comme un ensemble de règles qui, sous la garantie de
la contrainte sociale, gouvernent l’activité des hommes vivant en société.
En somme, nous pouvons dire que le Droit objectif est un ensemble de règles imaginées par les
hommes vivant en société et destinées à faire régner un certain ordre, il est un ensemble de règles
obligatoires sanctionnées par l’autorité publique. Il établit et garantit l’ordre social.
Remarque :
Il convient de souligner que le Droit objectif est autrement appelé le
Droit positif. Mais, l’expression Droit objectif est plus abstraite et vise l’ensemble de règles
sanctionnées par l’autorité publique sans pouvoir le situer ni dans l’espace ni dans le temps ; par
contre, le Droit positif vise l’ensemble de règles prises par le pouvoir public dans une société
donnée et à une époque donnée. Le positivisme juridique 13 affirme que le Droit tout entier
s’identifie aux règles de Droit en vigueur dans un Etat sous l’une ou l’autre forme. Le Droit est
donc un système de normes hiérarchisées dont chacune tire sa force obligatoire de sa conformité
à la règle supérieure, notamment de la constitution. Aucune règle juridique ne peut exister en
dehors de la volonté de l’Etat. Le Droit est l’essence étatique, et l’Etat ne peut jamais enfreindre
le Droit, étant donné que le Droit est identique à sa volonté. Le Droit positif est somme toute un
Droit établi et sanctionné par une autorité supérieure et qui s’impose aux individus
indépendamment de leur conscience. C’est pourquoi les juristes distinguent classiquement deux
premières définitions du Droit.
Bref, le Droit objectif, est un ensemble des règles juridiques indéfinies qui ont pour objet de
réguler les rapports économiques ou non des hommes en société. En d’autres termes c’est
l’ensemble des règles de Droit régissant les relations économiques ou non des hommes en société.
Et là, le concept « Droit » s’écrit toujours avec la lettre D majuscule et au singulier. C’est la règle
de Droit.
b. Droit subjectif
D’une part, le Droit constitue un ensemble des règles destinées à organiser la vie en société en
tant qu’il vise ainsi un ensemble de règles générales et impersonnelles, le mot Droit correspond à
ce que l’on appelle « Droit objectif ». D’autre part, le mot Droit envisage de façon beaucoup plus
concrète et particulière comporte une seconde compréhension. Il correspond aux prérogatives
dont peuvent se prévaloir les personnes prises individuellement. Ces personnes sont alors appelées
des « sujets de droit ».
Enfin, les droits subjectifs, ce sont les prérogatives, les avantages, les facultés, les privilèges que
le « Droit » reconnaît à une personne ou un groupe des personnes et dont celles-ci peuvent se
prévaloir dans leurs relations avec les autres, en invoquant la protection ou l’aide du pouvoir
public ou de la société. D’où tous les droits subjectifs n’ont pas une existence d’eux-mêmes, ils
viennent tous du Droit objectif qui les crée tous.
Les deux significations du mot Droit ci-haut déterminées ne sont pas contradictoires mais sont
plutôt complémentaires. Elles ne sont que deux façons distinctes d’envisager un même
phénomène : le Droit.
Exemple 1:
Règle de Droit objectif : «tout fait quelconque de l’homme qui crée un dommage à
autrui, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à réparer».
A partir de cette règle, telle personne qui a subi un dommage par la faute d’un tiers, a le droit de
réclamer une réparation à celui-ci. C’est alors le droit subjectif.
13
Courant philosophico-juridique selon lequel il n’est de droit que statue ou posé et que les formes dans lesquelles il
est posé ou statué suffisent à établir son caractère de droit. Le positivisme juridique favorise ainsi une conception
exclusivement formaliste du droit, dont le critère devient le respect de la procédure d’élaboration indépendamment
de toute attention à son contenu (Dictionnaire de la culture juridique).
9 Cours d’Introduction au Droit Privé
Exemple 2 :
Le vol est la soustraction frauduleuse d’un bien ou meuble appar-
tenant à autrui. Le voleur est puni de la peine de prison, Droit objectif. Le bien récupéré doit
revenir à son propriétaire et non à un autre parce que ce propriétaire a des prérogatives sur ledit
bien. Il est le sujet de droit.
Le mot a plusieurs sens. Le premier qui vient à l’esprit se rattache
à l’existence des règles canalisant l’activité des hommes ou société. Pas du tout exact que le mot
Droit désigne deux ensembles qui sont différents profondément, même s’ils se situent en relation.
Les deux sont complémentaires.
1°. Le Droit : c’est l’ensemble de règles de conduite qui, dans une société donnée
et plus ou moins organisée, gouvernent ou régissent les rapports/relations des
hommes entre eux et s’imposent à eux, au besoin, par le moyen de la contrainte
étatique.
Ainsi en Droit congolais: ensemble de règles juridiques en vigueur en République Démocratique
du Congo. A cet ensemble on applique l’expression « Droit objectif », Droit s’écrit toujours alors
avec la lettre D majuscule et au singulier. C’est la règle de Droit.
2°. Les droits : ce sont les prérogatives que le « Droit » reconnait à un individu
ou à un groupe d’individus et dont ceux-ci peuvent se prévaloir dans leurs relations
avec les autres en invoquant la protection ou l’aide des pouvoirs publics ou de la
société (droit de propriété ou droit de créance).
10 Cours d’Introduction au Droit Privé
PREMIERE PARTIE :
LE DROIT OBJECTIF OU LA REGLE DE DROIT
nature qui permet de découvrir ce qui est juste. Cicéron: « Il existe une loi véritable, qui est la
droite raison, qui s'accorde avec la nature, répandue en tous, immuable et impérissable. »
- La conception chrétienne du Droit naturel : proclamant d'abord, l'insuffisance de
la loi naturelle, la source authentique du Droit est l'Écriture sainte.
Puis, vint la diffusion de la pensée d'Aristote et son approfondisse-
ment par saint Thomas d'Aquin (XIIIe s.) : entre la loi éternelle, révélée par Dieu, et la loi positive
se situe le Droit naturel, qui peut être découvert par la raison. Il énonce un principe: toute loi
humaine doit concourir au bien commun en prenant modèle sur la loi naturelle. Donc, nous
sommes devant une amorce de laïcisation du Droit, développée pendant la Renaissance.
1.2. L'École du Droit naturel
Elle relève de la théorie initiée par le hollandais Hugo de Groot, dit Grotius (1583-
1645) dans une œuvre célèbre: Du droit de la guerre et de la paix (1625).
Dans le Droit des rapports entre États (dit « Droit des gens »), il n'y
a pas d'autorité supérieure aux États édictant la loi destinée à gouverner ces rapports. Mais il existe
un Droit, imposé par la nature des choses, et que l'homme peut découvrir à la lumière de la raison.
D’où le principe: « pacta sunt servanda» (i1 faut respecter les traités), imposant le respect de la
parole donnée.
Principe applicable:
- Dans les rapports entre gouvernants et gouvernés: donc le fondement de la contrainte
étatique attachée au Droit est la volonté;
- Ainsi que dans les rapports entre États.
D’où l’apparition de l'idée de pacte social librement consenti par chacun.
1.3. La conception individualiste du Droit naturel
Sous l'influence de Grotius et du philosophe anglais John Locke (1632-1704),
émergence de l'idée de Droits naturels subjectifs: à l'état de nature, les hommes sont libres et
égaux; si l'organisation politique est nécessaire pour éviter le désordre, elle est fondée sur le
contrat social, consenti librement, qui préserve les prérogatives naturelles de l'homme (liberté,
égalité, propriété) qu'il n'a pu abdiquer.
Approfondissement par J.-J. Rousseau (1712-1778) : Du contrat so-
cial (1762). Influence considérable, notamment dans la Déclaration des droits de l'homme et du
citoyen (26 août 1789), affirmant les droits immuables à la liberté et à l'égalité (art. 1er) et à la
propriété individuelle (art. 17).
Le préambule de la Constitution de la Vème République s'y réfère
expressément. Mais aussi, la «Déclaration universelle des droits de l'homme», votée le 10
décembre 1948 par l'assemblée générale de l'ONU, la « Convention européenne de sauvegarde
des droits de l'homme et des libertés fondamentales », établie le 4 novembre 1950 par les pays
membres du Conseil de l'Europe et la « Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne »,
devenue contraignante avec le Traité de Lisbonne du 13 décembre 2007, entré en vigueur le 1er
décembre 2009.
SECTION 2: LES DOCTRINES POSITIVISTES
Elles ont comme point commun, le rejet du Droit naturel. Selon ces
doctrines, il n'y a que du Droit positif, dont on n'a pas à se demander s'il est juste ou injuste. Trois
courants les distinguent essentiellement:
2.1. Le positivisme juridique
Selon ce courant, l'État est la seule source du Droit positif, qui est
le seul Droit. L'État est donc la seule source du Droit (Ihering, juriste allemand (1818-1892). A sa
suite, il y a Hans Kelsen, fondateur de l'École de Vienne (18811973). Dans une conception du
droit épurée de toute idéologie (Théorie pure du Droit, 1934), selon lui, les normes juridiques
s'établissent en une pyramide tantôt statique tantôt dynamique, chaque norme tirant sa force
12 Cours d’Introduction au Droit Privé
obligatoire de sa conformité à la norme supérieure. L'État est l'entité qui désigne cet
ordonnancement juridique.
2.2. Le positivisme scientifique
Le Droit est un fait social. Dans ce courant, deux écoles sont apparues : École
historique allemande : avec Savigny (1779-1861). Le Droit est un produit de l'évolution du peuple,
il exprime l'âme de la nation. La loi consacre seulement le résultat de cette création historique.
Quant à l’École sociologique française : avec Durkheim (1858-1917), le Droit est un fait de société
qui peut être observé. Il n'émane pas de la volonté plus ou moins arbitraire des gouvernants mais
est imposé par la conscience collective du groupe.
2.3. Le positivisme marxiste
Pour Karl Marx (1818-1883), le Droit est un produit de l'économie. Pour lui, toute
la notion de Droit est liée à l'évolution des relations de production (les facteurs économiques), qui
constituent l'infrastructure de la société, détermine les transformations de la superstructure (les
idéologies), donc du Droit.
Ainsi le Droit positif exprime les intérêts de la classe dominante,
celle qui est propriétaire des moyens de production (« lutte des classes »).
Évolution du Droit : le processus historique de lutte des classes
s'achève par la libération du prolétariat, qui s'exprime par l'appropriation collective des moyens
de production.
Plus de classe, donc plus de contrainte, d'où le dépérissement du
Droit dans la société communiste idéale.
SECTION 3: CRITIQUE DES DOCTRINES
Le postulat du Droit naturel, d'un côté, son rejet, de l'autre, ne per-
mettent pas de réaliser la synthèse des doctrines. Mais, idéalistes comme positivistes n'échappent
pas à la critique.
3.1. Critique des doctrines idéalistes
Il existe des doctrines idéalistes inexactes : Le Droit n’est pas
unique, signe que le Droit est propre à chaque nation. C'est contraire par conséquent à l'idée d'un
Droit commun à tous. C’est la réplique par la conception d'un Droit naturel à «contenu variable
», mais avec un besoin commun à tous: la justice. Elle imposerait la reconnaissance de quelques
principes éternels: protection de la personne, respect de la parole donnée.
En plus des doctrines idéalistes inexactes, il y en a qui sont inutiles:
rejet des conséquences pratiques des doctrines idéalistes : interdiction, pour le législateur,
d'enfreindre le Droit naturel: mais comment l'empêcher? Car si un contrôle de constitutionnalité
des lois est concevable, mais c'est alors un élément du Droit positif!
Quant au droit pour les individus de résister aux lois contraires au Droit naturel, ce
droit de résistance à l'oppression (Déclaration des droits de l'homme) est utopique. Quel législateur
est, en effet, prêt à admettre que la loi est injuste et qu'y désobéir est un droit?
3.2. Critique de doctrines positivistes
Le positivisme contient des doctrines positivistes insuffisantes:
pourquoi l'État - ou l'évolution sociale - imposent-ils telle règle et non telle autre: admission ou
abolition de la peine de mort; égalité ou discriminations entre l'homme et la femme; institution de
la réserve héréditaire ou liberté testamentaire, etc. ? Répondre par la croyance dans le sens de
l'histoire est un acte de foi en un postulat (attitude ... idéaliste). Dans toutes les sociétés, y compris
celles qui se réclament du marxisme, le Droit exerce une action sur l'infrastructure économique.
Il existe aussi des doctrines positivistes dangereuses : décrire
les règles de Droit sans porter de jugement de valeur conduit à accepter les règles les plus
despotiques sans rechercher si elles sont justes. Les régimes totalitaires y trouvent alors une
justification.
Il existe en tout homme un besoin inné de justice. Le juriste
13 Cours d’Introduction au Droit Privé
doit affirmer l'exigence du respect, par la loi positive, des valeurs fondamentales de l'être humain,
lorsqu'elles sont niées par certains États. C'est pourquoi la violation monstrueuse, par les régimes
fascistes et communistes, de l'intégrité et de la liberté de la personne humaine a si profondément
heurté les consciences.
TRAVAIL PRATIQUE
1. Le Droit est-il une création de la nature ou de l'homme ?
2. Le Droit doit-il nécessairement poursuivre des valeurs ?
3. Peut-on légitimement désobéir à une règle de Droit ou à une décision de justice
14 Cours d’Introduction au Droit Privé
- la sociologie révèle quels sont les besoins d'une société et permet de savoir si la règle
de Droit est adaptée aux besoins sociaux.
B. Sociologie juridique : est une analyse des phénomènes juridiques considérés comme des
faits sociaux.
- Elle révèle l'effectivité et l'efficacité de la règle de Droit: est-elle appliquée?
Comment? Répond-elle à l'objectif poursuivi? Une réforme estelle souhaitable?
- Elle éclaire sur ses conditions d'élaboration (groupes de pression).
- Elle adapte les méthodes de la sociologie (statistiques, enquêtes, sondages...) à l'étude
des phénomènes juridiques.
2.2. Règle de Droit et économie
A. Économie : est une science qui étudie l'activité humaine ayant pour but la satisfaction des
besoins matériels des hommes (production, circulation, prix ...) :
- elle est une étude des mécanismes de production et de consommation: échanges,
monnaie, épargne ...
- elle est une étude des cadres de la production et de la consommation:
libéralisme, dirigisme ...
B. Interdépendance du Droit et de l'économie :
- une nécessité d'observer les phénomènes économiques, de production, de répartition
et de consommation des richesses, pour juger de la valeur d'une règle de Droit (par
exemple en matière de faillite; de loyers; de travail) ;
- la règle de Droit est un instrument de l'économie: contrôle des prix ou liberté de la
concurrence; réglementation des changes ;
- la science économique doit tenir compte du cadre juridique dans lequel les
phénomènes économiques se produisent: ainsi les règles du Droit du travail ;
- la science économique peut se donner pour objet d'étudier le Droit:
c'est l'analyse économique du Droit.
2.3. Règle de Droit et histoire
A. Histoire : est une connaissance du passé humain. L'histoire recherche le fait passé, le relie
aux faits déjà connus et établit des relations de causalité qui expliquent leur enchaînement. B.
L'histoire du Droit est essentielle :
- elle permet de connaître les conditions dans lesquelles les règles juridiques passées
sont nées, se sont développées et ont disparu.
- cette connaissance permet de porter sur ces règles de Droit un jugement de valeur qui
éclaire la compréhension des règles actuelles et inspire le législateur de l'avenir.
SUJET DE REFLEXSION
1. Peut-il exister un Droit sans sanction ?
2. La règle de Droit peut-elle être amorale ou immorale ?
3. Le Droit peut-il être indifférent à la sociologie, l’économie et l’histoire ?
2.4. Règle de Droit et règles de convenance sociale
Les règles mondaines de bienséance visent l’établissement d’une harmonie dans la société et
permettent d’assurer la stabilité des rapports sociaux; elles tentent à réaliser une vie plus agréable
ou plus courtoise. L’objectif de ces règles extra juridiques est d’imposer des comportements
extérieurs en vue d’assurer un ordre dans les relations humaines. Parmi les règles de convenance
sociale, on peut mentionner les règles de cérémonial et de courtoisie, les règles d’honneur, les
règles de jeu et les règles d’usage, etc17.
17
Exemples :
Les règles de cérémonial et de courtoisie renferment les visites protocolaires et les salutations. Il
est de bonne manière, de bonne éducation qu’un enfant salue son père ou sa mère qu’il rencontre
18 Cours d’Introduction au Droit Privé
pour la première fois le matin dans le couloir. Il est courtois que les subalternes se lèvent lorsque
le supérieur entre, qu’un homme s’incline devant la femme, etc.
- Jadis, il était admis de se battre pour défendre l’honneur, pour relever une injure ;
- Il y a également les règles de jeux. Sur la plaine de football, il est recommandé
d’observer les règles de jeux, d’éviter de charger son adversaire sous peine de
sanctions ;
- Les règles d’usage exigent par exemple qu’on remette un pourboire au garçon d’un
restaurant.
2.5. Règle de Droit et Logique
Les juristes s’accordent à soutenir qu’il existe des interférences
entre le Droit et les sciences normatives, entre les règles de Droit et les règles de logique18.
L’on rappelle que l’histoire de logique mathématique souligne l’existence de trois phases. Il y a
d’abord la phase de la mise en forme déductive, de la formation euclidienne des éléments de
géométrie ; elle constitue le modèle d’organisation logique et révèle l’étroitesse de relations entre
le cheminement des mathématiciens et celui des jurisconsultes des pandectes. Il y a ensuite la
phase axiomatique et la phase symbolique.
Il sied de noter que la présence de principes et d’axiomes favorise, dans un système juridique
mieux élaboré, le cheminement déductif dans la recherche des solutions. Il s’ensuit un syllogisme
juridique : les faits constatés ou mineur, la règle à appliquer ou majeure, l’application de la règle
aux faits ou conclusion, décision. La meilleure illustration de ce syllogisme réside dans l’article
258 du code civil congolais, livre trois.
L’héritage de la colonisation a fait que l’Etat impose un Droit importé découlant de la « logique
institutionnelle » comme la plus grande partie de la population ne se reconnait pas dans ce Droit
officiel, elle s’organise autour de modèles différents, valorise ses propres symboles et perpétue
les traditions ancestrales. A la loi, aux décrets, elle répond par d’autres mécanismes puisés dans
la coutume ou dans la religion vodou. Ainsi un Droit « informel » vient – il combler les lacunes
du Droit officiel, selon une « logique fonctionnelle ».
2.6. Règle de Droit et Esthétique
François Terré soutient également qu’il existe les relations entre le Droit et l’esthétique, mais que
ces relations sont minces19. Nul doute que le Droit revêt un caractère hybride, il est à la fois une
science et un art : il est une science dans ses principes et un art dans son élaboration, dans son
application.
Sciences du beau (ars boni). Le Droit assure la protection des arts et des lettres.
Toutes ces règles sont pourvues de sanctions telle la réprobation ou l’exclusion du cercle.
Elles différent des règles juridiques en ce qu’elles ne sont pas, en général, sanctionnés par une
action en justice et qu’elles manquent de ce fait l’appui de la force Etatique. 18 TERRE F., op.
cit, p.393. 19 Idem, p.20.
L’on soutient qu’en général, il existe une concordance dans les mouvements historiques de l’art
du Droit.
2.7. Règle de Droit et religion
Les observations que nous venons de développer au sujet de la mo-
rale se trouvent également en grande partie à propos de la religion Bekaert souligne que le
caractère impératif de la règle juridique l’attache inéluctablement dans ses origines au
commandement de la loi religieuse.
On conçoit mal que les hommes primitifs aient pu renoncer à se
prévaloir de la force dont ils disposaient très largement, sans la remplacer par une contrainte
justifiée par une contravention surnaturelle ; le déloge en apporte témoigne ainsi que certains
prescrits non définit en Droit positif, par exemple : intégrité de la pudeur, les bonnes mœurs
19 Cours d’Introduction au Droit Privé
sexuelles qui, après emprunté aux sources théologiques leur raison d’exister, s’incorporent à la
conscience collective.
Les conséquences de cette origine commune se sont perpétuées au-
delà des formes purement théologiques de l’organisation sociale ; elles étaient encore tangibles en
Droit Romain où l’inexécution d’une obligation pouvait susciter la vengeance, la réprobation
divine et au moyen âge, dans les ordalies. Ces effets tendent à s’atténuer de laïcisation de l’ordre
juridique. Cette laïcisation se concrétise par une hétérogénéité fondamentale.
En effet, dans la sanction du commandement, la religion met en la
relation de l’homme avec son Dieu, la sanction appartient à la divinité et non à l’Etat. Aussi, les
règles religieuses ne régissent le rapport de conscience humaine avec la divinité qu’elle s’est
choisie alors que l’ordre juridique s’impose par le caractère catégorique de ses impératifs lesquels
agissent sur les consciences de l’extérieur. Les grands critères de distinction entre les deux
résident dans la contrainte et la sanction à infliger en cas de violation de la règle. L’obéissance
de la règle religieuse est subjective, alors qu’elle est objective à la règle de Droit. Bref les vies
religieuses et juridiques ont les évolutions parallèles dont la simultanéité se désagrège au moment
du décès.
2.8. Règle de Droit et politique
Il convient de rappeler que le Droit est un ensemble des règles qui
régissent le groupe social alors que la politique est désignée comme l’expression et l’action du
pouvoir, des autorités Etatiques.
Il faut relever que les relations entre Droit et Politique ont toujours
été controversées. Deux tendances se dégagent à ce propos. L’une estime que la politique est
subordonnée au Droit, du fait qu’il appartient au Droit de définir les conséquences de l’Etat, des
formes de l’action politique ou de certaines finalités. A cela on objecte que le pouvoir jouit malgré
tout d’une marge de liberté importante par rapport au Droit. La deuxième opinion soutient que le
Droit est un instrument de la politique. La politique s’intéresse au fond des actes posés par
l’autorité Etatique et le Droit s’occupe de la forme de l’action de la même autorité. Somme toute,
il existe un terrain de collaboration entre Droit et Politique. L’on conclurait avec François Terré
que « la politique est l’activité sociale qui se propose d’assurer par la force, généralement fondée
sur le Droit, la sécurité extérieure et la concorde intérieure d’une unité politique particulière en
garantissant l’ordre au milieu de luttes qui naissent de la diversité et de la divergence des opinions
et des intérêts14.
2.9. Règle de Droit et Sciences de la vie
Parmi les sciences de la vie, il faut retenir la médecine, la biologie et la génétique.
Le Droit ne peut rester indifférent et ignorer les découvertes et les progrès scientifiques. On s’en
aperçoit, à travers l’histoire, avec l’invention de l’imprimante, de la machine à vapeur, de
l’automobile, de l’avion, etc. Ces inventions ont engendré beaucoup de progrès sur le plan
économique, industriel et social, mais, elles ont en même temps occasionné d’innombrables
accidents, de morts et de dommages et assurer la protection des victimes.21
A l’heure actuelle, le progrès scientifique se fait également sentir en matière médicale, biologique
et génétique. C’est notamment le cas de l’expérimentation médicale, des procréations artificielles,
des manipulations génétiques, de la fécondation in vitro ou in utero, des expertises sanguines, de
l’administration de la preuve de non paternité etc., l’évolution de ce progrès scientifique et
technique heurte les traditions, la morale, l’éthique et appelle un débat. Il sied de rappeler que la
morale est un ensemble de règles de conduite admises à une époque par un groupe d’hommes et
reposant sur la distinction du bien et du mal ; l’éthique a pour objet le jugement d’appréciation
s’appliquant à la distinction du bien et du mal ; elle est une science de la morale.
14 21
TERRE F., op. cit., p.23.
Idem, p.25.
20 Cours d’Introduction au Droit Privé
Il en ressort une somme d’interrogation sur les relations entre les comportements humains et les
normes juridiques, sur l’attitude du Droit sur les exploits de la science, surtout lorsqu’on pense à
la naissance de bébé éprouvette comme celle de Louise Broun en 1979 en Angleterre ou celle
d’Amandine en 1982 en France, il en est de même de la condition juridique de l’embryon et du
fœtus, du statut juridique de l’embryon et du fœtus15. Faut – il considérer l’embryon humain
fécondé in vitro comme une chose ou comme une personne humaine potentielle ?
Il appartient donc au Droit de rencontrer toutes ces préoccupations. La législation française a déjà
répondu à ces questions, appuyée du reste, par le Droit Européen.1617 Elle consacre aujourd’hui
trois sortes de filiation, à savoir : la filiation par procréation charnelle, la filiation par adoption et
la filiation par procréation médicalement assistée. Celle-ci est réalisée par diverses techniques
dont l’insémination artificielle, la fécondation in vitro, le transfert d’embryons, le clonage, la
parthénogénèse, l’otogenèse18.
a. Insémination artificielle
On distingue l’insémination artificielle homologue et l’insémination
artificielle hétérologue.
L’insémination artificielle homologue ou avec sperme de son con-
joint ou de son concubin, (ITAC) consiste à ensemencer une femme avec le sperme de son conjoint
ou de son concubin, c’est-à-dire, à injecter à l’aide d’une pipette les spermatozoïdes recueillis
après masturbation directement dans l’utérus le jour de l’ovulation.
Cette méthode intervient dans l’hypothèse où l’homme doit subir un traitement
susceptible de le rendre stérile ou lorsqu’il est peu fertile (oligospermie).
En effet, le nombre normal des spermatozoïdes est de vingt millions par millilitre
de sperme. Le chiffre inférieur à dix millions entraine l’infertilité.
On recourt également à cette méthode lorsque les rapports sexuels
s’avèrent impossibles ou lorsque les spermatozoïdes ne parviennent pas à passer le col utérin, il
y a parfois le problème d’infertilité masculine.
L’insémination artificielle hétérologue ou avec donneur (IAD) se réalise avec le
sperme d’un tiers donneur.
Elle s’opère en cas de stérilité importante ou définitive du mari ou
du concubin, ou dans l’hypothèse où ce dernier est porteur d’une maladie héréditaire grave
présentant un risque pour l’enfant à naitre.
De fois, l’insémination artificielle revêt la forme de maternité de substitution. La
femme se fait ensemencer artificiellement le sperme d’un homme marié dont la femme est stérile,
elle s’engage à bien mener la grossesse, à accoucher dans l’anonymat et à remettre, à la naissance,
l’enfant au couple demandeur : la pratique est aussi appelée de «mère porteuse».19
Aussi on parle de l’insémination artificielle post-mortem. Cette technique permet
à un homme dont les jours de vie sont comptés de s’entendre avec sa femme pour conserver son
sperme. Celle – ci se fera inséminer, après la mort du mari, pour une ou plusieurs maternités. Cette
méthode n’est guère appréciée, du fait qu’elle programme la naissance des enfants orphelins de
père.
15
Ther.R.D. Chron, 231 : 231 P. Pédrot P., JCPI, 3483
- Louise Broun vient de donner naissance à une fille, information donnée par la radio France internationale
le 15 janvier 2007.
16
Loi n°94-545 du 1.7.1994 : Loi n°94-630 du 25.7.1994 ; Loi n°94-653 du 24.7.1994 : Loi n°94-654 du
17
.7.1994 ;
Il s’agit des lois sur la bioéthique.
18
MULUMBA KATCHY et MULUMBA KANYUKA, Les procréations artificielles face à la filiation en Droit
Congolais, CADHD, janvier 2006, pp. 19-20.
19
COURBE P., Les personnes, la famille, les incapacités, Paris, 2003, p.117.
21 Cours d’Introduction au Droit Privé
20
CHARLES J., La fécondation, PUK « que sais- je », Paris, 1973, p.53.
21
COURBE P., op. cit, p. 139, TERRE F. et FENOULLET D.,op cit., p.781.
22
TERRE F.et FENOUILLE D.,op cit. p. 214.
29
Petit Larousse illustré, 1986, p.214 30Ibidem.
22 Cours d’Introduction au Droit Privé
23
Ce qui sous-entend que les mêmes communautés non étatiques, comme les églises, peuvent avoir un droit positif
(exemple : le droit canonique pour l’Eglise catholique romaine)
23 Cours d’Introduction au Droit Privé
25
Pierre Voinin et Cilles Coubaux, Droit civil, Droit privé national le statut pécuniaire de la société conjugale que
forment les époux, p.9
27 Cours d’Introduction au Droit Privé
Le Droit Commercial a pour objet l’étude des règles qui régissent les rapports entre les
commerçants, eux-mêmes ou entre ces derniers et leurs clients et encore avec les tiers>. C’est
donc une discipline juridique qui s’intéresse à un domaine vital de la société étant donné que
chaque membre de la société intervient sur le cycle des activités économiques, au moins en tant
que consommateur. La connaissance du régime commercial est donc essentielle. Elle l’est
davantage pour le juriste pour qui l’étude du Droit commercial est cruciale dans sa formation.
D’une manière générale, l’enseignement du Droit commercial a pour objet d’enrichir les
connaissances de l’apprenant en Droit avec les notions sur les règles qui régissent les conditions
d’exercice des activités commerciales26.
Le Droit commercial généralement est subdivisé en deux parties principales qui sont :
- Le Droit commercial général ;
- Le Droit des sociétés.
4.1.2. Le droit public
Il est un ensemble de règles qui président à l'organisation de l'État
et gouvernent les rapports entre l'État et les particuliers, il contient, en son sein:
- Le Droit constitutionnel: ensemble de règles relatives à la forme de l'État, à la constitution du
gouvernement et des pouvoirs publics, à la participation des citoyens à l'exercice de ces
pouvoirs: État unitaire ou fédéral, monarchie ou république, compétence des pouvoirs
législatif, exécutif et judiciaire…
- Le Droit administratif: ensemble de règles relatives à l'organisation des collectivités publiques
(État, provinces, districts, villes, communes, territoires…) et des services publics
(enseignement, santé...), ainsi qu'à leurs rapports avec les particuliers.
- Le Droit international public: ensemble de règles relatives aux rapports entre États (traités
internationaux) et au fonctionnement des organisations internationales (comme l'ONU,
O.M.S., UNESCO, UNICEF, H.C.R., etc).
4.2. Valeur de la distinction
4.2.1. Fondement de la distinction
Trois différences essentielles entre le Droit privé et le Droit public
justifient traditionnellement la distinction.
A. Différences de finalités
- Le but du Droit privé est la satisfaction des intérêts individuels.
- Le but du Droit public est la satisfaction de l'intérêt général.
B. Différences de caractères
- Le Droit public est impératif; il s'impose sans dérogation aux individus.
- Le Droit privé est libéral; il guide les volontés particulières en laissant une certaine liberté aux
individus.
C. Différences de sanction
- Les procès de Droit privé opposent des particuliers placés à égalité.
- Les procès de Droit public assurent à l'État certains privilèges.
4.2.2. Relativité de la distinction
La distinction est imprécise parce qu'il existe des branches intermédiaires (ou
mixtes) et que se produit une interpénétration croissante des techniques
respectives.
A. Les Droits mixtes
La distinction du Droit privé et du Droit public n’est pas une subdivision absolue
du Droit. Il arrive que les techniques et les orientations des deux Droits se
mélangent. Pour certaines branches du Droit, l’on est porté à parler de disciplines
26
Kalunga Tshikala, Victor, Cours de Droit commercial général, inédit, Troisième graduat Droit, UNILU,
20152016.
28 Cours d’Introduction au Droit Privé
mixtes. Car il est vrai de discuter si l’on doit les placer dans le Droit public ou dans
le Droit privé.
Dès lors, constitue un Droit mixte toute branche du Droit qui réalise une
combinaison des règles relevant pour les unes du Droit public et pour les autres du
Droit privé. Ces principaux Droits mixtes sont :
- Le Droit pénal (ou Droit criminel) : un ensemble des règles relatives aux comportements
constitutifs d'infractions et aux sanctions particulières applicables à leurs auteurs.
Est-ce du Droit public ?
Le droit de punir appartient à la société; il est exercé en son nom
par la puissance publique, qui a la maîtrise de la sanction.
Est-ce du Droit privé ?
Le Droit pénal protège les individus dans leur vie, dans leur honneur et dans leur
propriété: c'est une sanction des droits privés.
- La procédure civile : un ensemble des règles applicables au jugement, par
les tribunaux, des litiges nés entre particuliers.
Est-ce du Droit public ?
La Justice, rendue par des fonctionnaires, représente un service public; elle fait
régner la paix sociale; les jugements conduisent, par leur formule «exécutoire», à
l'emploi de la force publique.
Est-ce du Droit privé ?
Les litiges sont résolus en application du Droit privé, donc ce Droit
assure la protection et la sanction des droits individuels.
- Le Droit processuel : sous cette appellation, l’on rassemble trois branches distinctes du Droit
qui ont objet d’organiser le fonctionnement de la justice au sens très large : la procédure civile
(cf. supra), la procédure pénale et la procédure administrative. Ces branches ont pour objet
de définir les différents organes de la justice, de déterminer à la fois l’organisation et la
compétence des tribunaux et de régler le déroulement des procès c’est-à-dire de préciser en
quelles formes et selon quelles règles la juridiction doit juger les litiges qui lui sont soumis.
- Le Droit social : l’appellation Droit social recouvre deux branches distinctes du Droit : le
Droit du travail et le Droit de la sécurité sociale. Le Droit du travail recouvre l’ensemble des
règles qui définissent la condition des travailleurs salariés. Donc, constitué des règles qui sont
relatives aux apports individuels ou collectifs entre les chefs d’entreprises et leurs salariés.
C’est un Droit de relation de travail au sein des entreprises35. Et le Droit de la sécurité
sociale…
- Le Droit des assurances : qui se rattache au Droit public (contrat et mécanisme de l’assurance)
et au Droit commercial (pour ce qui est de forme d’exploitation de l’assurance).
- Le Droit du travail : ensemble des règles relatives au travail subordonné, gouvernant les
rapports individuels ou collectifs entre les employeurs et leurs salariés: contrat de travail,
conventions collectives, droit de grève, de syndicats ...
- Le Droit international privé : ensemble des règles applicables aux relations entre personnes
privées lorsqu'existe un élément étranger: mariage d'un Congolais avec une Française,
succession d'un Congolais domicilié en Tanzanie, condition des étrangers en Belgique,
acquisition de la nationalité congolaise ...36.
35
Exemple : contrat de travail, exécution du travail, salaire, situation du travailleur dans le cadre
de son travail, la possibilité d’une action collective et concertée des travailleurs (droit à la grève,
syndicat, …).
Le Droit de la sécurité sociale réunit un ensemble des règles qui sont destinées à s’appliquer
principalement aux travailleurs pour les garantir contre divers risques sociaux. Ex. la garantie
contre les accidents du travail, pension, risque de maladie, d’accident, etc. 36Exemple :
29 Cours d’Introduction au Droit Privé
- Un contrat conclu en Zambie entre un Congolais et un Sud Africain, doit-il être régit par quel
Droit ?
- Un accident de circulation provoqué par un belge au Congo qui occasionne une fracture d’un
libanais.
- La nationalité d’un enfant né au Congo d’un père Sénégalais et d’une mère ruandaise
- Le Droit des finances publiques (ou finances publiques) : ensemble de règles relatives aux
ressources et aux dépenses de l'État, des collectivités publiques et des services publics: le
budget, l'impôt, les taxes ... Dit aussi Droit fiscal.
- Les Finances publiques et le Droit fiscal : qui réunissent les règles qui gouvernent les
dépenses et les recettes des collectivités publiques : Donc comprennent les règles relatives aux
finances publiques.
A. L'interpénétration du Droit public et du Droit privé
- Le développement de l'ordre public en Droit privé : les règles de Droit privé sont de plus en
plus impératives.
Motif: l’intervention croissante de l'État dans les relations privées, pour assurer le succès d'une
politique: résoudre la crise du logement, protéger le consommateur ou le salarié, favoriser
la création d'entreprises ...
Manifestations : par les législations impératives en matière de loyers, de construction,
d'assurance, de consommation ... auxquelles il n'est pas permis de déroger; domination de
l'ordre public en Droit du travail.
- L'application du Droit privé aux activités de l'État : les prérogatives de la puissance publique
sont souvent écartées.
Motif: intervention directe de l'État dans l'économie. Par les nationalisations, l'État a été
actionnaire exclusif de la GCM, transporteur (SNCC), assureur (SONAS), industriel
(SNEL, REGIDESO).
Manifestations: l'État se place sous l'empire du Droit privé, comme les autres
constructeurs, assureurs, industriels ... pour des raisons d'efficacité.
4.2.3. Intérêt de la distinction
Le Droit positif conserve la distinction. Deux manifestations principales :
A. Distinction de deux ordres de juridictions
- Les juridictions administratives : avec au sommet, le Conseil d'État (cf. Constitution, article
154). Elles connaissent des litiges intéressant les collectivités publiques et appliquent le Droit
public.
- Les juridictions judiciaires : avec au sommet, la Cour de cassation (cf. Constitution, article
153). Elles connaissent des litiges entre particuliers et appliquent le Droit privé.
B. Distinction des règles applicables
- Différenciation des normes : de très larges domaines du Droit positif se rattachent au Droit
public (droit constitutionnel, Droit Administratif) ou au droit privé (droit de la famille,
responsabilité civile ...), sans interférence.
- Singularité du droit administratif : particularisme des règles du Droit administratif, même
quand elles s'inspirent d'une technique de Droit privé: propriété des biens de l'État ou des
collectivités publiques (inaliénabilité, imprescriptibilité), contrats administratifs,
responsabilité de la puissance publique, action en justice contre l'Administration ... Il est alors
la branche par excellence du Droit privé.
Nous venons d’énumérer les principaux Droits mixtes. Il convient
de souligner que des efforts de synthèse les plus en plus nombreux à l’époque contemporaine
tendant à faire apparaitre des ensembles cohérents, des règles qui ne peuvent pour autant être
qualifiées des branches de Droit parce qu’il leur manque la réalité des sous-ensembles qui
30 Cours d’Introduction au Droit Privé
appartiennent à d’autres branches du Droit telles que par exemple le Droit administratif, le Droit
civil, le Droit commercial ou le Droit du travail. Dans ce groupe l’on peut citer :
- Le Droit des affaires ; - Le Droit économique ;
- Le Droit de la consommation ;
- Le Droit de l’environnement ; - Le Droit rural, etc.
Comme nous l’avons souligné plus haut, seules les sources formelles vont retenir
notre attention particulière dans ce cours.
Les sources formelles de Droit renferment deux catégories. Il y a
d’une part les sources formelles de Droit objectif et d’autre part les sources formelles de Droit
subjectif.
A leur tour, les sources de Droit objectif se subdivisent en sources
primaires et en sources secondaires ou subsidiaires ou dérivées.
élaboration est généralement confiée à un pouvoir spécial, l’assemblée constituante, et que toutes
les autres lois doivent être conformes à son esprit, sous peine d’annulation parce
qu’anticonstitutionnelles. Son adoption peut également se faire par voie référendaire, c’est-à-dire
l’adoption directe par le peuple, le souverain primaire dit-on. B. Les Lois Organiques
Les lois organiques sont celle qui ont pour objet de fixer les modalités d’organisation et le
fonctionnement des pouvoirs publics. Les matières pouvant donner lieu à la organique sont
limitativement fixées par la constitution.
Elles sont supérieures aux lois ordinaires qui doivent lui être conformes28.
C. Les Lois Ordinaires
Les lois ordinaires sont celles qui sont établies par le pouvoir législatif et qui
doivent être conformes à la Loi constitutionnelle et aux Lois organique. C’est la grande majorité
des Lois, parmi lesquelles les lois référendaires.
Ces lois sont à distinguer avec le règlement.
1.3. La distinction de la loi et du règlement
Au sens strict, la loi se définit comme l’œuvre du pouvoir législatif,
c’est-à-dire du Parlement ou de l’Assemblée nationale. La loi est donc discutée et votée par
l’assemblée quelle que soit la personne ou l’organe qui a initié le texte. Si l’initiative émane du
gouvernement on parle du projet de loi ; au cas où elle émanait du parlement l’on parlera de
proposition de loi. Mais les lois constitutionnelles sont soumises à une procédure spéciale (cf.
cours de Droit Const.).
1.3.1. Les Règlements
Par opposition à la loi, la notion de règlement englobe l’ensemble
des décisions du pouvoir exécutif et des autorités administratives.
Les règlements sotn des règles de Droit ayant une valeur infra-législative. Depuis
la constitutioins, ils ont beaucoup plus nombreux parce que, comme on le sait les dispositions
constitutionnelles confèrent une compétence exclusive au gouvernement. Ces textes à valeur
réglementaire peuvent faire l’objet d’une double classification par rapport à l’autorité qui les
adopte ou par rapport au domaine qu’ils réglementent. Ils doivent ensuite être conformes aux règles
qui leur sont supérieures dans la hiérarchie des normes d’où l’existence de moyens de contrôle29.
Cette notion regroupe, en réalité, les différentes sortes des textes
qui se situent, les uns par rapport aux autres, dans un ordre hiérarchique. Au premier rang de ce
texte se trouve les « Décrets ».
- Les Décrets
On distingue deux sortes de décrets:
- Le Décret-loi : c’est l’acte juridique par lequel le Président de la République prend
des dispositions qui normalement sont du domaine de la loi lorsque l’organe
législatif n’est pas en cession ou lorsqu’il décide en cas d’urgence ;
- Le Décret : est l’acte juridique par lequel le Président de la République agit en tant
que chef de l’exécutif. Il assure donc l’exécution des lois et fait des règlements de
police et d’administration publique.
- Les arrêtés
Une seconde catégorie de textes à caractère réglementaire est cons-
tituée par les arrêtés. Ceux-ci que l’on distingue entre eux selon leur auteur, se classent en
considération directe du rang hiérarchique de celui-ci. Au premier rang se trouvent:
- Les Arrêtés ministériels ou interministériels, qui sont les actes par lesquels les
ministres agissent en tant que chef de leur ministère. Ils appliquent, par ces textes,
28
DOUCHY –OUDOT, Mélina, Droit civil 1ère année Introduction Personnes Famille, 7ème éd. Dalloz, Paris, 2013,
p.83
29
DOUCHY-OUDOT, Mélina, op.cit, p. 84
33 Cours d’Introduction au Droit Privé
des citoyens entre eux ou avec leur propre Etat. Elles sont élaborées par le pouvoir législatif
d’un Etat seul, dans la plénitude de sa souveraineté et en en toute indépendance.
Les lois externes ou internationales règlent les rapports soit entre
les citoyens de différents Etats, soit entre les citoyens d’un Etat et un Etat étranger, soit encore
entre deux Etats différents. Elles sont élaborées par deux ou plusieurs Etats qui s’accordent
d’établir une loi estimée à régir leur rapport dans un domaine bien déterminé. Elles portent en
général le nom de convention internationale ou traité.
1.5. Les conditions d’application de la loi
A. L’entrée en vigueur de la loi
La règle de Droit (au sens restreint) n’est pas applicable du seul fait
qu’elle a été votée ou décidée par l’autorité compétente. Elle ne le devient qu’à partir du moment
où le texte considéré est entré en vigueur. Cette entrée en vigueur suppose que soient remplies
diverses conditions.
Pour les conditions d’entrée en vigueur, la loi élaborée et votée par
l’assemblée nationale ne devient obligatoire que lorsqu’elle est sanctionnée par la signature du
chef de l’Etat, à travers la promulgation.
1°. La promulgation des lois
Les règlements, qui sont l’œuvre du pouvoir exécutif, sont exécutoires par nature;
en revanche les lois votées par le parlement sont, par elles mêmes, dépourvues de cette qualité. Il
faut, pour qu’elles en soient dotées, une décision en ce sens du pouvoir exécutif. C’est la formalité
particulière de la promulgation des lois.
La promulgation est un acte par lequel, le Chef du pouvoir exécutif
fait connaitre aux citoyens le texte de loi et les enjoint d’y obéir. Elle constitue l’acte de naissance
de la loi.
Le pouvoir de promulguer les lois appartient au Président de la République. Cette
promulgation se fait par décret aux termes duquel le Président ordonne l’exécution de la loi.
En plus de son rôle d’authentification de la loi, le décret de promulgation a pour
fonction complémentaire de préciser la localisation de la loi dans le temps. La loi est datée de la
date du décret, et porte en outre un numéro d’ordre qui est fixé par celui-ci.
Cette datation de la loi ne fixe pas le moment de son entrée en vigueur. Celui-ci est
subordonné à une autre formalité, commune aux lois stricto sensu et aux règlements : c’est une
publication au Journal officiel.
2°. La publication des lois et des règlements
La règle de Droit doit être connue par tous les citoyens. C’est cette fin que poursuit directement
l’exigence d’une publication des lois et règlements. Cette publication est opérée au journal
officiel. L’exigence est absolue pour les lois et décrets. Elle est tempérée pour les arrêtés par
l’admission d’autres voies de publicité jugée équivalentes.
3°. La date d’entrée en vigueur de la loi
Bien que la loi dûment publiée soit en principe immédiatement efficace, cela ne
signifie pas que la date d’entrée en vigueur de la loi coïncide avec celle de sa publication.
En principe, le texte de Loi entre en vigueur un jour franc après sa
publication. Et en R.D. Congo, selon la constitution en son article 142, la Loi entre en vigueur
trente jours après sa publication au journal officiel.
Toujours selon l’article 142 de la constitution congolaise en vigueur,
cette diffusion de la Loi nouvelle doit être faite en langue officielle du Congo qui est le français
voire également dans chacune des quatre langues nationales. Néanmoins et compte tenu des
circonstances, l’auteur du texte peut fixer la date d’entrée en vigueur dans le texte lui-même qui
peut-être postérieure ou antérieure à la publication au journal officiel. Exemple: Notre code de la
famille est entré en vigueur un an après sa promulgation.
35 Cours d’Introduction au Droit Privé
il est admis que la loi interprétative peut « préciser le sens d’une loi antérieure ». Cette loi
s’appliquera aux faits antérieurs concernés par la loi interprétée parce qu’elle s’incorpore à cette
loi en révélant le sens exact.
1.7. L’application de la loi dans l’espace
La loi votée par le parlement, et les règlements de l’autorité publique, ont normalement vocation
à s’appliquer sur l’ensemble du territoire national.
Mais il existe, au regard du problème de l’application des lois dans l’espace, une grande
différence entre, d’une part, les lois du Droit public et du Droit pénal, et d’autre part, les lois du
Droit privé.
Les règles de Droit privé ne réglant que les simples intérêts particuliers, il est possible qu’elles
cessent de s’appliquer lorsque la situation qu’elles envisagent comporte des éléments d’extranéité
trop importants.
Exemple : un étranger a-t-il la capacité civile de conclure un contrat au Congo. Mais pour les
règles du Droit public et de Droit pénal, c’est le principe de l’application territoriale qui doit être
mis en œuvre.
Si la situation prévue par la loi se réalise sur le territoire national, elle doit y être soumise peu
importe que ce soit fait par un étranger ou un Congolais (Voir cours de Droit international privé).
Bref : pour le statut personnel (nom, état civil, capacité, mariage, divorce, filiation) en principe,
la loi applicable est celle de la nationalité de la personne considérée.
Pour le statut réel, (régime des biens) c’est la loi de la situation du bien qui s’applique. Pour les
actes et faits juridiques, le principe est celui de la soumission à la loi locale.
1.8. L’abrogation de la loi
Sans prétendre à l’éternité, la loi est normalement faite pour durer. On rencontre
parfois des dispositions à caractère temporaire.
L’abrogation est un acte qui enlève à une loi sa force obligatoire et
la rend nulle.
Dans tous les autres cas où aucun terme n’a été assigné à la loi,
celle-ci ne cessera de s’appliquer que lorsqu’elle aura été abrogée, c’est-à-dire lorsque ses
dispositions auront été supprimées.
Dès lors :
- Seule une loi peut abroger une loi ; aussi une loi ordinaire ne peut abroger une loi
constitutionnelle.
- Pareillement un Décret-loi ne peut être abrogé que par un Décret - Mais un Arrêté
peut être abrogé par un Décret.
Mais la volonté d’abroger le texte antérieur n’a nullement besoin
d’être formulée expressément: elle peut résulter de manière implicite, de la substance même des
dispositions nouvelles. Selon le cas il y a donc abrogation expresse et tacite et aussi abrogation
totale et partielle.
L’abrogation est expresse lorsque le texte nouveau précise formelle-
ment l’abrogation du texte antérieur, et, le cas échéant, l’étendue de cette abrogation.
Il y a abrogation tacite ou implicite lorsque le texte nouveau ne comportant aucune
formule d’abrogation, il apparait néanmoins que la règle qu’il pose est inconciliable avec une règle
posée antérieurement.
Il y a abrogation totale, lorsqu’elle neutralise totalement, entière-
ment la loi ancienne, elle est partielle lorsque la nouvelle loi modifie ou neutralise certaines
dispositions de l’ancienne loi; on parle à ce moment de modification ou révision de loi.
Dans tous les cas où l’abrogation tacite est admise ce texte disparait
définitivement. Il ne saurait en aucun cas renaitre plus tard du fait de l’abrogation ou de la
modification ultérieure de la loi qui lui portait contradiction.
37 Cours d’Introduction au Droit Privé
Mais il y a des cas où une loi se trouve en pratique frappée d’ineffectivité. L’on
peut parler de l’abrogation par désuétude. En d’autres termes, l’ancienne loi peut être abrogée
lorsqu’elle n’est plus appliquée, respectée sans qu’il y ait sanction. L’abrogation est donc l’acte de
décès de la loi.
1.9. L’interprétation de la loi
Les textes de lois étant souvent imprécis et ambigus, car la loi est
souvent élaborée en termes généraux et abstraits, il faut ainsi en dégager les lacunes, préciser le
sens des termes utilisés, bref, fixer la portée générale de la loi. D’où, interpréter la loi, c’est en
déterminer le sens et par conséquent, en fixer la portée d’application et les conséquences
juridiques.
Il existe plusieurs interprètes du Droit, à autorité différente. C’est
pourquoi nous étudierons, au point A, ces différents interprètes et au point B les méthodes
interprétatives généralement suivies.
A. Les interprètes du Droit
- L’interprétation législative : c’est celle émanant du législateur et qui fixe la portée générale
d’une loi, devenue obscure et ambiguë.
- L’interprétation jurisprudentielle : c’est celle qui émane des cours et tribunaux dans leur
mission de dire le Droit. Il est un fait que si l’ensemble des cours et tribunaux interprètent la
loi de la même manière, et ce à l’occasion de l’application de la formule légale généralement
abstraite, leur interprétation finira par s’imposer au législateur, qui interviendra pour modifier
la loi dans le sens suivi par la jurisprudence.
A noter que l’interprétation jurisprudentielle a moins de valeur par
rapport à l’interprétation législative. Car la jurisprudence est tantôt concordante, tantôt isolée.
- L’interprétation administrative : nous avons déjà souligné l’importance de l’administration
ou mieux de l’exécutif en parlant des actes réglementaires. En effet, lorsqu’une loi a été votée,
c’est à l’exécutif d’en assurer l’exécution par les mesures à ce destiné (mesures
d’application).
C’est à cette occasion que l’administration ou mieux le pouvoir exé-
cutif central ou décentralisé prend « des instructions ou mieux des circulaires administratives »,
destinées aux agents chargés de faire appliquer la loi. Et c’est dans cette circulaire que
l’administration interprète la loi au profit de ses agents. Mais, ces circulaires même signées par
un ministre ne jouent que le rôle d’un simple avis ou opinion, ne liant pas le juge.
- L’interprétation doctrinale : c’est celle qui émane des professeurs de Droit, des magistrats,
avocats, etc. Bref, de tous ceux qui font la recherche juridique scientifique. Elle ne joue que
le rôle d’un avis ou opinion ne liant pas le juge. A noter cependant que le juge s’inspire souvent
d’opinions de différents auteurs pour la motivation de leur décision. De même, le législateur
peut sur base de la doctrine, procéder aux modifications législatives, surtout lorsque la
jurisprudence du pays a largement épousé le point de vue doctrinal.
B. Méthodes d’interprétation des lois
La méthode à employer pour interpréter la loi diffère suivant que le
texte de loi est clair, ambigu, que deux textes sont contradictoires ou encore qu’il n’existe pas de
texte.
a) S’il existe un texte clair:
En pareil cas, l’intérêt ou mieux le juge doit appliquer sans qu’il ne
puisse tenir compte des considérations personnelles d’équité ou d’ordre social
Il peut cependant rectifier les erreurs matérielles, des inadvertances (inattention)
du législateur. Il peut aussi corriger les contre sens scientifiques manifestes.
b) Si le texte existe mais il est ambigu :
C’est dans ces conditions que les méthodes interprétatives entrent
vraiment en jeu et divers procédés sont généralement suivis:
38 Cours d’Introduction au Droit Privé
par l’effet de violation d’une règle de Droit civile ou pénale saisira le tribunal compétent pour la
condamnation du prévenu ou du défendeur (matière civile) à des peines comminées par la loi.
Il est à noter que les sanctions civiles visent la réparation des dom-
mages causés à autrui dans les rapports privés et les sanctions pénales visent au départ la
restauration de la paix sociale par des mesures appropriées et subsidiairement, l’allocation des
D.I. à la victime de l’infraction.
Les sanctions civiles et pénales constituent deux catégories principales parmi
toutes les autres sanctions. Il y a aussi des sanctions fiscales et disciplinaires, se rapprochant
davantage des sanctions pénales, et les sanctions administratives.
Nous allons passer en revue l’étude succincte des diverses sanctions, suivant
qu’elles relèvent du Droit public ou du Droit privé. B. Les sanctions civiles
Ce sont celles qui protègent les droits des particuliers dans leurs rapports d’ordre privé (en
sanctionnant leur violation).
Parmi les sanctions civiles, on en distingue quatre types essentiels à savoir :
1. Les sanctions des actes juridiques privés ;
2. Les sanctions des droits patrimoniaux ;
3. Les sanctions des droits de famille ;
4. Les dommages-intérêts.
a. Les sanctions des actes juridiques privés
Nous allons définir l’acte juridique comme celui émanant de la volonté d’une ou
plusieurs personnes déterminées, en vue de la production des effets juridiques déterminés.
Le contrat passe pour être un acte juridique par excellence. Car, il
fait naitre des obligations tantôt unilatérales, tantôt bilatérales ou multilatérales dans le chef des
parties. C’est donc à côté du quasi-contrat, du délit et du quasi-délit, une source importante des
obligations.
Il existe à l’égard de l’acte juridique ou mieux du contrat, trois types
des sanctions, à savoir : la nullité, l’inopposabilité et la résolution.
- La nullité :
Nous avons déjà souligné qu’en matière de Droit privé, les parties
étaient libres, au nom de l’autonomie de la volonté, de poser tous les actes juridiques ou mieux
passer divers contrats à objets diversifiés, et, leur faire produire de toute sortes d’effets juridiques,
sous réserve du respect de l’ordre public et des bonnes mœurs.
C’est ainsi que l’article 33 du code Civil Congolais Livre III dispose
que, « les conventions légalement formées tiennent lieux des lois pour ceux qui les ont faites ».
Par convention légalement formées, il faut entendre celles pour lesquelles il y a eu :
1. Consentement libre et réciproque des parties ;
2. Capacité des parties à contracter ;
3. Objet licite :
4. Cause licite.
Ainsi, lorsqu’un contrat est signé alors que l’autre partie n’a pas
émis son consentement librement, c’est-à-dire, qu’il a été vicié par erreur, extorqué par violences
ou surpris par dol, la loi frappe pareil contrat de nullité relative, c’est-à-dire, le contrat demeure
valable et il n’ y a que la partie dont le consentement a été vicié qui peut postuler du juge
l’annulation du contrat.
Il existe aussi à côté de la nullité relative, la nullité absolue, prévue
par la loi pour la protection de l’ordre public ou mieux de l’intérêt général. C’est notamment le
cas lorsque le contrat est sans cause, ou porte sur une cause ou objet illicite, c’est-à-dire contraire
à l’ordre public ou aux bonnes mœurs.
Dans ces conditions, toute partie intéressée, même les tiers, peu-
vent postuler la nullité de l’acte.
40 Cours d’Introduction au Droit Privé
30
Somme d’argent destiné à compenser toute espèce de dommage.
31
Dommage subi par une personne dans son intégrité physique, dans ses biens, qui fait naître, chez la victime, un
droit à réparation.
41 Cours d’Introduction au Droit Privé
être exécutée par ce que l’on appelle les voies d’exécution. En matière civile : saisie mobilière ou
immobilière pour vente et paiement du créancier.
Sanction pénale : emprisonnement, contrainte par corps et la Servitude Pénale
Principale (S.P.P.)
1.11. Le Droit de l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des
Affaires (O.H.A.D.A.)
Il est aujourd’hui considéré comme la source du Droit Congolais et
ce, comme instrument international ratifié par la République Démocratique du Congo (RDC).
Les facteurs déterminant pour son lancement sont au nombre de
quatre, à savoir :
1° la politique d’encouragement de l’« intégration en Afrique » conçue et défendue par la
coopération française et dirigée vers une union économique et un grand marché.
2° la diminution des investissements dans la zone franc, au cours des années 1980-1990 d’où
l’obligation de remédier à une telle situation après avoir déterminé les causes , a été également
un facteur important ;
3° l’unification économique et l’instauration d’un Etat de Droit économique en vue de la reprise
des investissements a été un des points de mire des ministres des finances des Etats membres ;
4° il faut enfin citer deux cibles comme espace de l’intégration juridique envisagée. Première cible
: zone franc et deuxième cible : pays francophones d’Afrique.
Quant à l’historique et la naissance de ce Droit (cf. cours d’histoire
du Droit dispensé en deuxième année de graduat Droit).
TRAVAIL PRATIQUE
SECTION 2: LA COUTUME
2.1. La notion de la coutume
Par ordre d’importance, la coutume constitue la deuxième source
de Droit, autonome. Elle est la plus ancienne. Elle vit son influence sensiblement diminuée avec
le grand mouvement de la codification du dix-neuvième siècle.
John GILLISSEN définit la coutume comme un ensemble d’usages
d’ordre juridique qui ont acquis force obligatoire dans un groupe social donné, par la répétition
d’actes publics et paisibles pendant un laps de temps relativement long.
43 Cours d’Introduction au Droit Privé
6°. La coutume doit être raisonnable, c’est-à-dire ne doit pas être contraire à l’ordre public et aux
bonnes mœurs.
2.4. Les fonctions et importance de la coutume
A. Les fonctions
Par rapport à la loi, la coutume exerce une triple fonction.
1°.La coutume secundum legem : c’est-à-dire la coutume seconde la loi. En effet, il y a des cas où
la loi renvoie directement à la coutume. Elle vient compléter la loi en prenant elle – même
l’initiative. Elle ne constitue pas à proprement parler une source de Droit autonome étant donné
qu’elle tire sa force obligatoire de la loi.
Exemple: obligations entre fiancés, le code de la famille renvoie à la coutume de
la fiancée. Il y a les articles 343, 344, 345 du code de la famille dans ce cas une véritable
délégation de pouvoir que le législateur consent à la coutume. Il ne fait alors aucun
doute que celle-ci doit se voir reconnaitre la même force que la loi.
2°.La coutume practer legem : ici la coutume vient combler les vides, les lacunes, les
imperfections de la loi c’est-à-dire elle vient régler une situation que le législateur n’a pas
prévue.
Ce genre de coutume trouve son application en matière de Droit commercial.
Exemple: la technique notariale de la preuve de la qualité d’héritier par les actes
de notoriété (finalement coulée en forme de loi par le code de la famille).
3°.La coutume contra legem : il s’agit ici du cas où l’usage prétend s’opposer à la loi en
cautionnant une conduite contraire à celle-ci. C’est l’abrogation de la loi par désuétude.
C’est une coutume abrogatoire qui neutralise la loi par manque
d’application, qui ne parvient pas à s’adapter au milieu social auquel elle est destinée. Il se peut
en effet qu’une loi régulière, promulguée perde sa force obligatoire par l’effet d’une coutume
contraire.
Exemple: interdiction de stationner mais tout le monde le fait depuis X temps.
En principe, la coutume ne saurait contredire la loi, elle peut cepen-
dant, dans quelques hypothèses exceptionnelles, apporter à celle-ci une dérogation de portée plus
ou moins grande selon le cas.
B. Importance et intérêt de la coutume
La coutume est une source de Droit, mais une source secondaire et
accessoire par rapport à la loi qui dans notre système est la source essentielle de la règle de Droit.
Il ne peut donc pas être question de denier à la coutume tout rôle
dans la genèse de l’ordre juridique. La coutume peut dans certains cas exprimer un besoin réel
soit pour traduire l’inadaptation de la règle de Droit en vigueur, soit pour combler une lacune du
système législatif.
Dès lors la coutume présente des qualités et des inconvénients :
- La coutume est spontanée contrairement à la loi qui est l’œuvre du législateur. On ne fait pas
la coutume, elle se fait elle-même.
- La coutume s’adapte avec plasticité aux besoins mouvants de la nécessité sociale. Ce caractère
adaptatif lui permet d’évoluer et de se soumettre constamment aux exigences de l’évolution
d’une société qui est un tout vivant.
Mais; la coutume est instable, variable, changeante au gré des si-
tuations conflictuelles agitant le milieu social.
De cette tendance à la mouvance nait un sentiment d’incertitude,
une réelle insécurité juridique. Car la coutume peut changer d’une époque à une autre. Cela a pour
conséquence que sa durée d’applicabilité est toujours incertaine.
C. Force obligatoire de la coutume
Pour être considérée comme source de Droit autonome, la coutume
doit être indépendante de la loi. Elle doit tirer sa force obligatoire de la tradition.
45 Cours d’Introduction au Droit Privé
par celui-ci mais qui s’adaptera au cas nouveau estimant que le législateur aurait procédé de la
sorte.
Mais si l’hypothèse peut être telle que ce Droit de recherche n’est
même plus possible, alors, on dit que le juge sera appelé à statuer en équité c’est-à-dire, selon son
sens personnel de la justice et de l’ordre social.
Le juge statue également par équité lorsque cette latitude lui est
accordée par la loi par exemple en matière pénale, il a le choix d’appliquer dans certains cas la
servitude pénale + l’équité, à ce titre, il est un sens humain de pondération et de la conscience du
juge.
B. La jurisprudence
1. Définition
Etymologiquement, le terme « jurisprudence » tire son origine du
mot latin prudens qui signifie sage et juris qui signifie du Droit. La jurisprudence se traduirait
littéralement par la « sagesse du Droit », ou « la mise en pratique du Droit établi ».
D’après BEKAERT, la jurisprudence est l’ensemble des règles de Droit se
dégageant des décisions rendues par les cours et tribunaux ainsi que l’autorité qui peut s’attacher
à ces décisions.
Pour GRESSAYE, le mot « jurisprudence » désigne à la fois l’organe
qui dit le Droit dans le conflit opposant les personnes et l’expression du Droit par cet organe.
Elle se définit dans ce cas comme l’ensemble des tribunaux d’un
pays qui appliquent les règles générales et abstraites du Droit aux litiges qui leur sont soumis.
C’est aussi l’ensemble des jugements rendus par les cours et tribunaux sur toutes les matières de
leur compétence.
Le rôle du juge consiste donc à appliquer la loi dans les circonstances diverses, à
combler les lacunes de la loi et de la coutume et à clarifier les obscurités de la loi, les procédés de
l’interprétation, il en adapte ainsi à l’évolution des faits sociaux en vue de prévenir les lacunes
postérieures. Le juge est tenu de suppléer aux lacunes, aux vides, aux imperfections de la loi. C’est
au niveau de l’interprétation de la règle juridique qu’on peut dire que le juge crée le Droit.
L’on sait qu’une règle de Droit ne peut pas en général être appliquée
telle au cas d’espèce ; il faut qu’elle soit interprétée pour qu’elle s’adapte à la grande diversité des
situations de fait, la chose étant certaine pour la règle d’origine législative, étant donné que le
législateur ne peut pas tout prévoir, poser la norme qui s’adapterait à toutes les situations
concrètes. Dans tous les cas, l’intervention du juge est indispensable pour procéder à ce travail
d’interprétation qui en fait débouche souvent sur la création d’une règle juridique. Mais, on peut
se demander si sa participation doit être envisagée au niveau du cas d’espèce, concrète et
individuelle, ou si elle doit s’étendre au niveau de la règle générale et abstraite.
2. La Notion
C’est à partir des jugements que, par l’activité judiciaire, se multi-
plient et se crée la jurisprudence.
La jurisprudence est ainsi l’ensemble des décisions rendues par les
cours et tribunaux à propos d’une institution, d’une règle, d’une même situation juridique ou d’une
même question de Droit controversée.
Les cours et tribunaux (voir cours d’OCJ) produisent un nombre
considérable de décisions qui expriment cas par cas l’interprétation de la règle de Droit. De cette
accumulation de décisions, se dégage plus ou moins nettement selon les cas, la signification
précise de la règle. Ce phénomène est celui de la jurisprudence.
Si la jurisprudence est constituée par l’ensemble de diverses déci-
sions prononcées par les juridictions, le même terme signifie la façon dont telle ou telle difficulté
juridique est habituellement tranchée par les juridictions. On parlera alors d’une jurisprudence
désignant par la loi le sens donné par les juges à une règle de Droit déterminée.
48 Cours d’Introduction au Droit Privé
en même temps un rôle créateur, en interprétant la règle, il crée le Droit, il donne la forme au
principe vague.
Pour que la solution dégagée par le juge, à propos d’un cas particulier, puisse
s’ériger en véritable règle de Droit, elle doit être dotée d’une force obligatoire qui dépasse le cadre
de l’espace et qui contraigne les autres juges à s’y référer dans l’avenir chaque fois qu’ils se
retrouveront devant un cas semblable.
En somme, on reconnait le pouvoir créateur du juge de la règle de Droit ; la force
obligatoire vient de son autorité intellectuelle.
La jurisprudence s’affermit, en général, par le fait qu’elle se répète
à l’égard d’un point de Droit donné mais aussi par le fait qu’elle sera de plus en plus adoptée par
les juridictions les plus élevées.
Bref, la répétition constitue le premier facteur de l’autorité de la jurisprudence. Le
deuxième facteur est la hiérarchie ainsi dira-t-on la Cour constitutionnelle, sur telle ou telle autre
question, a définitivement fixé la jurisprudence.
On dit que la jurisprudence est constante lorsqu’elle acquiert une certaine
permanence par le fait conjugué de la répétition.
Ce serait surtout le cas si la Cour constitutionnelle de justice rendait un arrêt.
On peut aussi dire qu’une jurisprudence est « ancienne » ou « récente ». De même
il existe des jurisprudences « isolées » qui vont dans le sens contraire de la jurisprudence
habituellement retenue.
SECTION 2: LA DOCTRINE OU THEORIE
2.1. Notion
Etudiant le Droit en tant que science, le juriste se met à l’observer,
à l’expliquer, à le situer dans le contexte social et en analyser l’évolution. Il traduit sa conception
sur un point donné dans les différents ouvrages. Il s’instaure ainsi un ensemble des travaux
réunissant diverses opinions et diverses conceptions élaborées au cours des années par plusieurs
auteurs.
On soutient que les travaux de la doctrine se fondent sur le raison-
nement juridique qui ne s’écarte pas des principes fondamentaux de la logique classique. Ainsi,
pour dégager ses opinions le juriste procède par analyse ou par synthèse.
Quant à la synthèse elle se désigne comme étant un rapprochement
concerné et justifié des éléments recueillis éventuellement par analyse. Elle permet de dégager
des conceptions générales de Droit, de le rendre applicable ou à leur tour à un ensemble de faits
ou de règles et d’indiquer l’évolution qu’elle poursuive dans le temps et dans l’espace ; elles
s’inscrivent aux sources réelle du Droit et s’appliquent pour promouvoir l’unité dans
l’ordonnancement juridique quant à la règle et à son application (sources formelles) œuvre de
synthèse créatrice et régulatrice. On estime que l’activité de la doctrine ne pénètre pas
directement dans l’ordonnancement juridique ; elle est une source formelle médiate de Droit. Ce
n’est que lorsque ces solutions ont pénétré dans la loi ou ont été adoptées par la jurisprudence
qu’elles font partie du Droit applicable.32
On peut donc définir la doctrine de mille manières. Elle est l’ensemble des opinions
émises sur le Droit par les jurisconsultes, c’est-à-dire ceux qui sont versé dans la science des lois
et font profession de donner leur avis sur la question de Droit. Elle se désigne également comme
le corps des juristes qui exposent le Droit et donnent leurs opinions sur l’interprétation d’une loi
ou sur la valeur d’une décision judiciaire. C’est le cas des professeurs et des magistrats.
Enfin, la doctrine peut se définir par des livres et écrits des juristes.
Le mot doctrine désigne à la fois l’ensemble des travaux écrits con-
sacrés à l’étude du Droit et l’opinion publique des auteurs qui ont analysé les problèmes
juridiques. Doctrine vient de docere qui signifie enseigner.
32
DEPAGE H, op.cit. p.20.
50 Cours d’Introduction au Droit Privé
Les ouvrages de doctrine peuvent être répartis d’une manière générale de la façon
suivante :
1. Les ouvrages généraux envisageant l’ensemble d’une discipline juridique. Exemple: - Traité
de Droit civil ;
- Répertoires ;
- Manuels et précis
2. Les ouvrages spécialisés ou monographie sur un sujet restreint: thèse de
Doctorat et autres livres
3. Des écrits ponctuels tantôt des articles et des chroniques consacrés à une question de Droit
assez précise et souvent d’actualité, tantôt des notes ou observations qui sont consacrées au
commentaire critique de décisions. Ces articles et notes sont publiés dans les revues juridiques
de doctrine et de jurisprudence.
2.2. Rôle de la doctrine
Les différents ouvrages de doctrine représentent un commentaire
explicatif et critique des règles qui constituent l’ordre juridique, et de la manière dont elles sont
mises en œuvre par la pratique et la jurisprudence.
D’où la première fonction de la doctrine est de promouvoir la meilleure utilisation
possible des textes existants.
Aussi l’examen des règles de Droit consacrées par le Droit positif
conduit au constat d’imperfection diverses des contradictions, ambiguïtés, des lacunes voir de
l’inadaptation de la règle de Droit. La doctrine a précisément pour tâche de mettre en lumière ces
défaillances et de proposer les moyens d’y remédier.
La doctrine a aussi un rôle d’instigation qui le mêle directement
dans la vie juridique. Elle exerce une influence sur l’interprétation jurisprudentielle, ses travaux
sont de nature à guider le juge dans l’application qu’il doit faire de la règle de Droit. Elle peut
également influer sur la création même de la règle de Droit, en éclairant le législateur sur les
besoins de la vie juridique et les moyens d’y satisfaire. C’est en cela que la doctrine est considérée
comme une source de Droit.
2.3. Valeur de la doctrine
La valeur de la doctrine est liée à la valeur scientifique de l’écrit et
à l’autorité personnelle de son auteur.
Tout écrit ne constitue donc pas une doctrine ayant force obligatoire
et devant être suivi ; sa force obligatoire vient de l’autorité intellectuelle de l’auteur.
2.4. Force obligatoire de la doctrine
Certains auteurs comme DE PAGE estiment que, par sa nature, la
doctrine est une œuvre individuelle et subjective, qu’elle ne peut prétendre à un règlement objectif
des événements sociaux, et qu’elle n’est pas à proprement parler une source formelle de Droit ;
elle ne peut l’être que par personne interposée dont la loi et la jurisprudence. Tout en admettant
que la doctrine n’a aucune force obligatoire. De PAGE retient néanmoins l’influence exercée par
certains auteurs sur l’évolution juridique de leur temps et le rôle primordial rempli par leur
conception dans l’ordination des structures juridiques éternellement menacées de la destruction et
du chaos par le désarroi idéologique.
La doctrine forge le vocabulaire et les notions du Droit dont s’inspire Législateur
des modèles et des méthodes de travail. On peut même affirmer qu’à ce stade, le rôle créateur
appartient à la doctrine, celui du législateur se bornant à le sanctionner, à le doter de la force
obligatoire.
Bref, la doctrine est une source de Droit en ce qu’elle prépare des
reformes en signalant au législateur les imperfections des règles édictées. Sa force obligatoire
vient de l’autorité intellectuelle de l’auteur. Elle joue à l’heure actuelle un rôle prépondérant dans
l’ordonnancement juridique.
51 Cours d’Introduction au Droit Privé
33
FROMONT, M., Grands systèmes des Droits étrangers, 6ème éd. Dalloz, Paris, 2009, p.7.
34
Principalement ceux de la France, de l’Allemagne, mais aussi ceux de l’Italie, de l’Espagne, de la Belgique, des
pays-Bas, de la Suisse et de l’Autriche forment le noyau des Droits Romanistes ce sont eux qui ont les premiers
développée une science du Droit inspirée du Droit Romain et procédés à des codifications.
35
Il s’agit du Danemark, de la Norvège, de la Suède, de la Finlande et de l’Islande, qui ont subi moins fortement
l’influence du Droit Romain et des théories romanistes du Droit que le reste du continent européen ; néanmoins les
structures intellectuelles sont bien celles des autres Droits romanistes.
52 Cours d’Introduction au Droit Privé
36
La Russie et les Etats ayant appartenu à l’ancienne URSS, qui ont subi assez tardivement l’influence des Droits
Romanistes de l’Europe occidentale et centrale, ce qui explique la fiable autorité des juridictions dans ces pays subi
un certain effacement pendant les 70 ans de dictature communiste. Néanmoins depuis 1999) les Droits russes utilise
de nouveau toutes les techniques de Droit romaniste, même si l’effectivité du Droit n’est pas aussi grande que dans
les autres pays de Droit romaniste, spécialement en raison de la faiblesse des juridictions.
37
Notamment le Brésil et Mexique présentent quelques particularités du fait qu’ils ont subi une certaine influence
du Droit américain, notamment le Droit public et en procédure. Il s’agit principalement de tous ces pays ci-haut
cités ainsi que leurs anciennes colonies.
38
FROMONT, M., op. cit. p.8.
53 Cours d’Introduction au Droit Privé
occidental les rapports entre rapport parents et enfants mineurs échappent encore assez largement
au Droit).
Ces droits concernent surtout le statut personnel et le régime des
terres, ils sont appliqués plus par des conciliateurs que par des juges.
voir par le Droit hindou dans les pays comportant une population hindoue importante (la cas de
Madagascar).
La couche de Droits modernes est constituée principalement par un Droit
d’inspiration occidentale, Droit romaniste ou Common Law selon que l’ancienne puissance
colonisatrice était un Etat de Droit romaniste ou la Grande Bretagne. L’influence du Droit
soviétique a été généralement mineure, même dans les Etats qui se sont prétendus socialistes (tels
que l’Algérie et le Mali).
En général, la répartition des rôles est la suivante : le Droit tradi-
tionnel régit la famille et la terre, mais a souvent subi des altérations lors de sa codification (par
exemple, les codes de la famille Congolaise), de l’Algérie et du Maroc) ; le Droit moderne ne
régit principalement la vie urbaine, l’économie et l’administration (avec quelques restrictions en
matière d’administration locale et d’impôts locaux).
2°. Le Droit indien
La couche des traditionnels est constituée par la juxtaposition des Droits
traditionnels applicables aux différentes communautés, Hindoue et musulmanes. Elle concerne
principalement le Droit familial (y compris la propriété familiale du Droit Hindou). Cependant,
un Droit moderne national s’applique à ceux qui n’appartiennent pas à ces communautés ou
appartiennent à plusieurs du fait d’un mariage intercommunautaire.
3°. Le Droit japonais
Dès la fin du XIXè siècle, le Droit privé Japonais fut presque complètement
occidentalisé, à cet égard le code civil de 1898, proche du code Allemand malgré quelques
emprunts au code Français, en est le meilleur symbole. Cependant ce Droit souvent d’effectivité
et ne fut appliqué que partiellement.
Après la seconde guerre mondiale, l’ensemble du Droit public fit
également l’objet d’une occidentalisation radicale sous l’influence des Etats-Unis ; l’introduction
du contrôle judiciaire de la constitutionnalité des lois et du principe d’égalité en Droit de la famille
en sont d’excellentes illustrations.
La conception du Droit occidental, plus précisément des Droits romanistes et du
Droit américain, est aujourd’hui presque complètement. Certes, le Japon a constitué pendant une
grande partie du XXè siècle de considérer avec méfiance et mépris le recours au procès devant un
juge. Beaucoup s’abstenaient de saisir le juge. Quand il le faisait ils arrêtaient souvent le procès au
stade préliminaire de la conciliation.
Mais, depuis le XXIè siècle, l’individualisme qui anime le Droit moderne a pénétré
l’ensemble de la société Japonaise. Dans cette mesure, le Droit Japonais appartient désormais à la
famille des Droits romanistes.
4°. Le droit chinois
Le Droit traditionnel a subi un premier assaut durant la période de
la République Bourgeoise ou nationaliste (1911-1949). En principe, l’ensemble du Droit a été
entièrement occidentalisé : une organisation judiciaire à l’occidentale fut mise en place et cinq
codes, inspirés assez fortement par le Droit Français et allemand furent promulguées entre 1927
et 1937. Dans la pratique, ce nouveau Droit n’a guère touché que la frange « occidentalisée » de
la cote et le Droit traditionnel a continué à régir les ruraux.
Un second assaut a été donné par la révolution communiste de
1949. Si l’on fait abstraction de la période de la révolution culturelle (1966 – 1976) qui a cherché
à écarter toute construction juridique, ce régime communiste s’est efforcé de doter la chine d’un
Droit moderne conforme au marxisme – léninisme et influencé de ce fait, de façon plus ou moins
directe par le Droit soviétique.
Un troisième assaut fut donné par Deng Xiaoping à partir de 1976. Afin d’établir
une économie de marché tout en préservant le rôle dominant du parti communiste, la chine a
entendu établir une économie socialiste de marché. Pour ce faire, elle a dû développer un Droit
56 Cours d’Introduction au Droit Privé
plus proche des Droits d’Europe et d’Amérique. De ce fait, le Droit des affaires chinois, a
beaucoup emprunté au Droit Français, allemand et Japonais (ce dernier Droit ayant lui-même
beaucoup emprunté au Droit Français et allemand). Cependant, tant du fait d’une tradition hostile
à un Droit rigoureux que de la prééminence politique du parti communiste, l’effectivité de ce
nouveau Droit n’est pas encore pleinement assurée et de nombreux domaine continuent
d’échapper à l’emprise du Droit faute d’un pouvoir judiciaire suffisamment fort.40
DEUXIEME PARTIE :
LE DROIT SUBJECTIF
Définition : Des prérogatives reconnues aux sujets de droit par la règle de Droit
objectif, sanctionnées par elle. Controverse doctrinale : tout le Droit objectif ne
peut être analysé en droits conférés aux individus ; exemple : l’organisation
administrative de l’Etat.
Intérêt : admettre l’existence de ces prérogatives, c’est reconnaitre la valeur de
l’individu, l’importance de la responsabilité individuelle, la dignité
de la personne humaine.
Limite : l’homme n’a pas que des droits ; il a aussi des devoirs ; exemple : payer
des impôts.
40
FROMONT, M., op. cit, p.12
57 Cours d’Introduction au Droit Privé
- Droit d’usage : qui confère à son titulaire le droit d’user de la chose et d’en percevoir les
fruits mais uniquement dans les limites de ses besoins.
- La servitude qui permet au titulaire d’un fonds d’user de certaines prérogatives sur un
fonds du voisin : servitude de passage, de puisage, etc.
b. Les droits réels accessoires ou droits réels de garantie : Ils sont ainsi dénommés par ce qu’ils
accompagnent une créance. Ils n’ont pas d’existence propre et ne se conçoivent que comme
accessoires d’un droit de créance. Ce sont des garanties données au créancier sur un bien de
son débiteur, c’est pourquoi on les appelle aussi suretés réelles. Les principaux droits réels
accessoires sont :
- L’hypothèque qui porte sur les immeubles ;
- Le gage qui porte sur les meubles.
B. Les droits extra patrimoniaux
Ce sont des droits intellectuels ou droits de propriété incorporelle. Ils peuvent être
définis comme des monopoles d’exploitation affirmés au regard du produit ou d’un moyen, d’une
activité intellectuelle. On peut citer parmi ces droits :
- Le droit de propriété littéraire et éristique ;
- La propriété industrielle : droit sur le brevet d’invention ;
- Le droit de la personnalité: droit à l’intégrité physique qui signifie qu’un individu est en droit
d’exiger qu’aucune atteinte ne soit porté à son corps, à sa santé ou à sa vie du moins tant que
l’ordre public ne n’est pas mis en jeu ;
- Droit à l’intégrité morale qui implique qu’un individu a le droit de faire respecter son honneur,
ses sentiments d’affection. Qu’il est libre d’interdire la publication de son image, qu’il est libre
de se marier, qu’il a le droit au secret,
- Droit au nom
- Droit au travail.
SECTION 3: LES SUJETS DE DROIT
- C’est le titulaire naturel de droit subjectif ;
- La qualité de sujet est ainsi une attitude, une possibilité d’avoir des droits subjectifs et d’être
soumis à des obligations.
- Le sujet de droit n’est autre que la personne envisagée dans sa fonction juridique. Mais le droit
consacre une conception particulière de la personne et de la personnalité en admettant deux
catégories distinctes de personnes :
- Personnes physiques - être de chair et de sang ;
- Personnes morales qui sont des entités construites des personnes fictives.
3.1. La personne physique
A. Les conditions de la personnalité
La personnalité juridique se définit comme l’aptitude à participer à
la vie juridique, à bénéficier des droits subjectifs, à animer des situations juridiques.
Bref, c’est l’aptitude d’avoir les droits et d’être soumis à des obligations.
- Elle est reconnue à tous les êtres humains sans exception. Il n’ y a donc plus de morts civils
que l’on a connus France. En effet, certains condamnés pénaux étaient privés d’existence
juridique. Cela avait entre autre pour conséquence l’ouverture de leur succession de leur vivant.
- L’attribution de la personnalité juridique est indépendante du niveau de la conscience de la
personne. – Les très jeunes enfants, aliénés mentaux sont des personnes juridiques aux mêmes
titres que les adultes et les personnes douées.
Il faut distinguer soigneusement la personnalité juridique de la ca-
pacité juridique. Tandis que la première affirme une aptitude générale à participer à la vie
juridique, la seconde précise pour chacun les conditions de cette participation.
Ainsi la personnalité juridique pour les personnes physiques commencent dès la
conception et s’arrête à la mort physique de la personne ; donc le point de départ de la personnalité
60 Cours d’Introduction au Droit Privé
juridique pour les personnes physiques c’est la conception, et la fin c’est la mort. Cela à condition
qu’à la naissance, l’être soit né vivant (article 211 du code de la famille). L’acquisition de la
personnalité juridique est subordonnée à une seule condition. Que l’être considéré soit né vivant
(Article 211 du code de la famille congolais).
B. L’identification des personnes physiques
L’identification des personnes physiques s’opère principalement des
quatre manières, à savoir par : le nom, l’état civil, le domicile et la nationalité. A ces quatre modes
d’identification correspondant quatre sortes des règles différentes.
1. Le nom : c’est l’appellation servant à designer une personne physique dans sa vie sociale et
juridique, dans l’exercice de ses droits et l’accomplissement de ses devoirs.
Cette appellation est composée d’un ou plusieurs éléments. L’ordre
de déclaration des éléments du nom et leur orthographie sont immuables.
L’enfant porte le nom choisi par ses père et mère. En cas de désaccord, le père
confère le nom. Si le père de l’enfant n’est pas connu ou lorsque l’enfant a été désavoué, l’enfant
porte le nom choisi par la mère. Si l’enfant est trouvé, le nom sera conféré par l’officier de l’état
civil du lieu où l’enfant a été trouvé.
L’enfant adoptif peut prendre le nom de l’adoptant.
La femme mariée conserve son nom. Toutefois, pendant la durée du
mariage, elle acquiert le droit à l’usage du nom de son mari qu’elle peut adjoindre au sien. Et
même après la mort de son mari, la femme mariée peut continuer à jouir du nom de son défunt
mari tant qu’elle n’est pas encore remariée.
2. L’état civil des personnes physiques : les personnes physiques ont un état, le terme dérivé du
mot latin status qui peut se définir comme étant l’ensemble des qualités qui déterminent la
situation d’une personne physique dans la cité, dans la famille ou dans la communauté.
Le concept état civil signifie également, le service public chargé
d’établir ou d’élaborer ou encore de dresser et de conserver les actes de l’état civil.
Ce terme comprend le statut politique, le statut familial, le statut
socio professionnel, lesquels englobent les caractéristiques qui situent la personnalité juridique
dans l’état, la famille, la profession.
L’état d’une personne donne vraiment la clef de la situation juridique, la
coordonnée de base à laquelle il faut toujours se référer.
L’état, c’est principalement la situation de la personne par rapport
au groupement familial, ce qu’on appelle l’état civil. L’état dans la famille se détermine par le
mariage, la parenté et l’alliance et chaque fois un terme précise les types des relations de famille
: marié, célibataire, divorcé, veuf, veuve, séparé conventionnel, parent ou allié, en ligne directe
ou en ligne collatérale, ascendant, descendant, etc.
L’état civil des personnes physiques
Les événements soumis à la publicité. Tous les évènements pouvant
avoir un retentissement sur le statut juridique de la personne sont soumis à la publicité. Parmi
ceux-ci, trois occupent une place particulière et font l’objet d’un acte de l’état civil, c'est-à-dire
un écrit dans lequel l’autorité publique, représentée par l’officier de l’état civil constate :
- La naissance, date de l’apparition de la personnalité juridique ;
- Le mariage, qui entraine une répartition des biens et pouvoirs entre époux, répartition
variable selon ou suivant le régime matrimonial choisi par les époux ;
- Le décès ou la mort physique de la personne physique, qui marque la fin de la
personnalité juridique et l’ouverture de la succession.
Organisation de l’état civil
L’état civil entant que service public de l’Etat, est celui qui existe
61 Cours d’Introduction au Droit Privé
dans chaque commune et territoire sous la direction du maître, l’officier de l’état civil, lequel peut
déléguer ses pouvoirs. Il exerce cette fonction sous le contrôle du Procureur de la République qui
est l’autorité de tutelle en matière de l’état civil.
Bien que relevant de l’ordre judicaire, l’officier de l’état civil,
n’exerce aucun contrôle juridictionnel sur les déclarations qui lui sont faites. Il se borne à les
enregistrer et en délivrer copie41.
Toutes les naissances, tous les mariages, tous les décès sont inscrits sous forme
d’acte dans un registre de l’état civil. Les actes de l’état civil ont un caractère officiel. Ils sont dits
authentiques et sont dressés par l’officier d’état civil de la commune ou du territoire où l’élément
s’est produit.
3. Le domicile : le domicile, c’est le lieu où une personne a son principal établissement. On oppose
celui-ci à la résidence, définit comme lieu où une personne a sa demeure habituelle.
Chaque personne physique doit avoir un domicile et ne peut en
avoir qu’un seul. Mais, elle peut avoir plusieurs résidences.
En principe, le domicile est volontaire, c’est-à-dire qu’il est volontaire, c’est-à-dire
qu’il est choisi librement et résulte de la coexistence d’un élément matériel (le principal
établissement) et d’un élément intentionnel (la volonté de l’intéressé de fixer là son principal
établissement).
Il arrive aussi que le domicilié, dit alors légal, soit déterminé par la Loi.
C’est ainsi que la femme mariée a son domicile chez son mari. L’interdit à son
domicile chez la personne qui exerce la tutelle sur lui, tandis le mineur non émancipé est domicilié,
selon le cas, chez se pères et mère ou chez les personnes qui assument l’autorité titulaire sur lui.
- En s’adressant au domicile, on est censé avoir touché la personne ;
- Le domicile détermine le lieu où certains actes juridiques doivent être faits, par
exemple le paiement d’une créance, l’adoption, etc.
- Les parties peuvent aussi élire un domicile pour l’exécution de tous actes (voir article
168 du code de la famille). C’est le domicile élu.
4. La nationalité
La nationalité est considérée comme l’appartenance juridique et politique d’une
personne à la population constitutive d’un Etat. L’insertion de la personne physique
dans la société globale s’opère en effet par sa nationalité.
Chaque individu et citoyen d’un Etat déterminé et les conditions
d’acquisition, de perte, l’annulation et de recouvrement sont strictement réglementées. Au Congo,
il s’agissait du Décret-loi n°197 du 29 janvier 1999 modifiant et complétant la Loi n° 81-002 du
29 juin 1981sur la nationalité Congolaise. Et actuellement, c’est Loi n°4/024 du 24 novembre
2004 portant sur la nationalité congolaise.
La précision de la nationalité est essentielle compte tenu de la parité
de régime existant entre congolais et étranger. Sur le plan du Droit public, l’étranger n’a ni le droit
de vote, ni le droit d’éligibilité, car il ne saurait participer à une souveraineté à laquelle il
n’appartient pas. Sur le plan du Droit privé, on notera, par exemple, que les étrangers ne peuvent
en principe exercer le petit commerce. Au terme de la loi, l’exercice du petit commerce est soumis
à l’obligation d’obtenir la patente et l’article 5 de cette loi précise que « ne peut obtenir la patente
que celui qui justifie… être de nationalité Congolaise ».
3.2. Les personnes morales
Sous cette appellation, on désigne des groupements très variés de personnes et des
biens qui, la spécificité de leur but et de leurs intérêts, ont vocation à une activité autonome
distincte de celle des personnes qui les composent. De cette diversité, on ne peut donner qu’un
aperçu très sommaire.
41
MALINVAUD Philippe, Introduction à l’Etude de Droit, 12ème éd., Létec, Paris, 2008, pp.247-248
62 Cours d’Introduction au Droit Privé
Il est usuelle de distinguer entre les personnes morales de Droit public et celles de
Droit privé ainsi que celles de Droit mixte.
Les personnes morales sont soumises au principe de spécialité c’est-à-dire leur
activité ne peut s’étendre à d’autres que celui qui leur a été assigné, ainsi qu’au principe de légalité
et de représentation.
1. L’existence des personnes morales
Il existe plusieurs types des personnes morales. Suivant la principale division des
branches du Droit, on distingue les personnes morales de Droit public, des personnes morales de
Droit privé.
Mais entre ces deux catégories, il y a une catégorie intermédiaire
relevant de chacune des deux premières : les morales de Droit mixte.
2. Personne morale de Droit public
L’autorité publique agit par le moyen des personnes morales de Droit public,
jouissant de certains pouvoirs propres qui leur sont conférés en vue de la satisfaction d’un intérêt
spécifique ou d’un ensemble d’intérêt public.
En tête des listes de cette catégorie, il convient de citer l’Etat. C’est la personne
morale qui est apparue, historiquement, la première et qui est la plus facilement reconnue. Dans le
cas de la République Démocratique du Congo, la Constitution dispose en effet que « la République
Démocratique du Congo est, dans ses frontières du 30 juin 1960, un Etat indépendant, souverain,
indivisible, démocratique, social et laïque ».
En deuxième position l’on citera les entités territoriales décentralisées. La
constitution est à cet égard très explicite en ce qu’elle précise que « la République Démocratique
du Congo est un Etat unitaire décentralisé », et qu’elle « est composée de la ville de Kinshasa et
des provinces dotées de la personnalité juridique… ».
En fin, en troisième lieu, on trouve les Etablissements et organismes
chargés d’un service public que la loi érige en entité autonome, dotés d’un budget
propre et d’une gestion propre tel est le cas, par exemple, des hôpitaux publics, des universités et
des Instituts supérieurs.
3. Personnes morales de Droit privé
On distingue en Droit Congolais essentiellement quatre types de
personnes morale de Droit privé, à savoir : les associations sans but lucratif, les Etablissement
d’utilité publique; les partis politiques et les syndicats et les sociétés commerciales.
elle est créée (article15); et l’établissement d’utilité publique ne peut posséder en propriété ou
autrement que les immeubles nécessaires à l’accomplissement de sa mission (article 67).
Notons par ailleurs que l’aptitude des personnes morales à jouir de certains droits
est limitée par le principe de la spécialité des personnes morales.
Selon ce principe, une personne morale est créée pour l’exercice d’une activité
déterminée, la personnalité lui étant reconnue par rapport à un but particulier, elle doit se
spécialiser dans son activité juridique ; elle ne doit donc accomplir que les actes juridiques
correspondant à son objet social.
En effet, une société ou une association doit limiter leur activité à
l’objet indiqué dans leurs statuts.
D’autre part, s’agissant de la capacité d’exercice, il faut retenir que
la personne morale agit toujours par l’intermédiaire des personnes physiques : Assemblée
générale des Membres Associés, Administrateurs, Président, Président-Administrateur Général,
Gérant, etc.
Les personnes qui interviennent dans le processus de formation de
la volonté de la personne morale ne sont pas les représentants de celle-ci de la même manière que
le tuteur représente le mineur ordinaire ou le dément; elle constitue plutôt ce qu’on appelle les
organes, en ce qu’il participe en quelque sorte à la structure de la personne en cause.
c. Identification
Les personnes morales doivent pouvoir être identifiées. En effet,
elles ont généralement une désignation, tout comme les personnes physiques ont un nom. Ainsi,
les associations ont un titre, les sociétés une dénomination ou raison sociale
De même, il est indispensable de situer les intérêts d’une personne
morale en un lieu déterminé, qui joue le rôle de domicile.
Pour les personnes morales de Droit privé, ce lieu sera en principe
celui du siège social, lequel est déterminé par les statuts. Comme pour les personnes physiques le
siège social d’une personne morale doit correspondre au lieu du principal établissement, celui-ci
n’étant pas nécessairement le lieu d’exploitation, mais, au contraire, le centre de l’activité
juridique, financière et administrative de la personne morale.
TRAVAIL PRATIQUE
1. Quid du droit subjectif ?
2. La classification des droits subjectifs, sa nécessité
3. Des droits patrimoniaux
4. Des droits extra patrimoniaux
5. Les sources traditionnelles des droits de créance
6. Des sujets des droits
7. Les éléments d’identification des personnes physiques
8. Distinction entre personnes morales de Droit privé et de Droit public
9. Le régime juridique des personnes morales
66 Cours d’Introduction au Droit Privé
Le faits juridique est qualifié de volontaire lorsqu’il apparait que s’il n’a pas été
voulu ni prévu dans ses conséquences juridiques, il l’a été néanmoins dans l’acte lui-même. En
d’autres termes l’auteur a agi volontairement en vue de réaliser un objectif bien déterminé mais il
ne s’attendait pas à ce que les faits produisent un effet que le Droit objectif lui donne.
Il s’agit aussi ici des toutes les infractions à la loi pénale, tels les crimes, les délits
et les contraventions. Il s’agit également les faits que la loi civile appelle délits, quasi-délits et
quasi-contrat.
Un crime est une infraction punissable de plus de cinq ans d’emprisonnement
(peine criminelle).
Un délit est une infraction punissable de huit jours à cinq ans d’emprisonnement
(correctionnelles).
Une contravention est une infraction punissable de peine de police c’est d’un jour
à sept jours, quasi-délit =fait illicite accompli volontairement ou à la suite d’une faute mais sans
intention de nuire à autrui.
Le fait est un portement humain voulu, mais la valeur ne vaut pas les conséquences
juridiques de son action ; prévues et régler par la loi.
Un accident de voiture commis à cause de l’excès de vitesse. Le chauffeur a conduit
volontairement en vitesse mais sans vouloir les conséquences juridiques éventuelles de celui-ci.
Comme l’on a vu dans l’acte juridique, les parties veulent non seulement l’acte,
mais aussi les conséquences juridiques que la loi y attache. Ainsi, si deux personnes concluent un
contrat de vente, c’est pour que la propriété de l’objet vendu passe du vendeur à l’acquéreur et que
celui-ci devienne débiteur du prix.
Par contre, lorsqu’une personne cause par une faute intentionnelle un préjudice à
autrui, son comportement implique une volonté consciente des conséquences dommageables de
l’acte, on peut dire toutefois que cette personne a voulu la conséquence juridique que la loi y
attache, à l’occurrence la naissance de l’obligation de réparer.
On distingue ainsi parmi les faits juridiques volontaires ceux qui sont illicites à
ceux qui sont licites.
1. Les faits volontaires illicites : notion et caractère
On comprend pour cette rubrique les actions de l’homme qui conduisent à un
déséquilibre entre deux patrimoines, exigeant un rétablissement qui prend généralement la forme
d’une obligation de réparer.
En effet, il arrive très fréquemment qu’une personne cause de dommages à une
autre, soit volontairement (cas d’injure, meurtre, incendie volontaire, etc.) soit le plus souvent
involontairement (par imprudence, négligence ou même sans faute aucune, par exemple un
accident d’automobile dû à un vice de construction ignoré du conducteur).
Les dommages causés ainsi à autrui sont des faits juridiques en ce sens que la loi
oblige leur auteur à les réparer, c’est-à-dire le plus à lui verser une somme d’argent, appelée
dommages et intérêts.
Le faits juridiques volontaires illicites attestent pour dire l’existence de
comportement volontaire, impliquant à l’origine un acte de volonté d’un ou de plusieurs personnes
et illicites parce qu’ils sont répréhensibles et entrainent la responsabilité civile de leur auteurs, car
ils constituent des délits ou des quasi-délits, c’est-à-dire le manquement à l’obligation générale de
prudence, de diligence, et de loyauté qui pèsent sur tous les hommes les dans l’exercice de leur
liberté.
Délits et quasi-délits se distinguent entre eux, en ce que les délits
impliquent un manquement intentionnel à cette obligation, une volonté consciente de suite
préjudiciable de l’acte ; tandis que les quasi-délits sont des actes d’imprudence ou de négligence,
leurs auteurs n’ayant pas prévu les conséquences dommageables de leurs actes.
69 Cours d’Introduction au Droit Privé
Exemple: la responsabilité civile est la principale illustration des faits juridiques volontaires
illicites. Il en existe plusieurs types, à savoir :
- La responsabilité du fait personnel : quiconque cause, par sa faute, un dommage à autrui doit
réparer les préjudices de la victime. Les articles 258 et 259 du code civil congolais livre III
sanctionnent les délits et quasi-délits.
L’article 258 dispose que : « tout fait quelconque de l’homme, qui
cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer »
Et l’article 259 précise que : « chacun est responsable du dommage
qu’il a causé, non seulement par son fait, mais encore par sa négligence ou par son imprudence
».
- La responsabilité du fait d’autrui : l’article 260, alinéas premier pose le principe de la
responsabilité du fait d’autrui par la formule suivante : « on est responsable non seulement
que l’on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes
dont on doit répondre.
Les alinéas 2 à 4 du même article explicitent la portée de ce principe.
Ainsi le père et la mère après le décès du mari sont responsables du
dommage causé par leurs enfants, habitant avec eux à moins qu’ils n’établissent qu’ils ont pu
empêcher les effets dommageables.
De même, le maître et le commettant sont responsables du dommage
causé par le domestique et préposé dans les fonctions auxquelles ils les ont employés.
Enfin, les instituteurs et les artisanats sont responsables du dommage causé par
leurs élèves et apprentis pendant le temps qu’ils sont sous leur surveillance.
- La responsabilité du fait des choses que l’on a sous sa garde. Cette responsabilité est régie
par l’article 260, alinéa premier, selon lequel « on est responsable non seulement du dommage
que l’on cause par son propre fait mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes
dont on doit répondre ou des choses que l’on a sous sa garde ».
- La responsabilité du fait des véhicules automobiles, instituée par la loi du 5 janvier 1973
portant les assurances obligatoires des véhicules automoteurs qui a introduit en droit
Congolais la responsabilité objective pour tous les dommages causés par les véhicules
automoteurs.
2. Les faits juridiques volontaires licites
Les faits volontaires licites sont des faits juridiques qui, générateurs
d’obligations, ressemblent davantage à des actes juridiques de sorte qu’on parle à leur sujet de
quasi-contrat.
Selon l’article 247 du code civil congolais, livre III, les quasi-contrats
sont faits purement volontaires de l’homme, dont il résulte un engagement quelconque envers un
tiers, quel que soit un engagement réciproque des deux parties.
Le fait considéré est volontaire mais ce n’est pas un acte juridique,
car si cet acte a été voulu et fait naitre des obligations, il n’a pas été accompli en vue de faire naitre
dans obligations.
C’est le fait volontaire ici envisagé est un fait licite en ce que le comportement des individus qui
fait naitre une situation de rétablissement d’un équilibre d’ordre juridique n’est pas en fait illicite
ne constitue pas une faute, n’est pas un délit ou quasi-délit.
Exemple: les faits volontaires licites sont extrêmement nombreux : mais les plus courants sont les
suivants:
- La gestion d’affaires :
Il y a gestion d’affaires lorsqu’une personne, appelée le gérant d’affaires sans en avoir reçu
mandat ni pouvoir légal, accompli un acte dans l’intérêt et pour le compte d’une autre personne,
appelée géré ou maitre de l’affaire. Tel est le cas par exemple, lorsqu’en l’absence de quelqu’un
70 Cours d’Introduction au Droit Privé
(ami, voisin, etc.) une personne prend l’initiative de soit payer ses dettes afin d’éviter une saisie
des biens de ce dernier, soit faire réparer sa maison menaçant ruine.
Cette gestion altruiste fait naitre des obligations de part et d’autre. Ainsi, le gérant
doit apporter à la gestion tous les soins d’un bon
père de famille (article 250, alinéa premier CCCL III) et doit rendre compte de sa gestion. Le
maitre doit, si la gestion a été utile ou s’il l’a ratifiée, remplir les engagements que le gérant a
contracté en son nom, l’indemniser de tous les engagements personnels qu’il a pris et lui
rembourser toutes les dépenses utiles ou nécessaires qu’il a faites (article 251 du code civile
congolais livre III).
- Le paiement de l’indu :
Il y a paiement de l’indu (articles 252 à 253) du code civil congolais livre III) ;
- Lorsqu’on paie une dette qui n’existe pas ;
- Lorsqu’on paie plus qu’on ne doit ;
- Lorsqu’on paie une dette, une due par un autre.
Dans tous ces cas, la somme indûment perçue doit être restituée,
accompagnée des fruits de la chose ou des intérêts de l’argent s’il y a eu mauvaise foi de la part
de celui qui a reçu (l’accipiens).
- L’enrichissement sans cause :
Il arrive fréquemment qu’une personne s’enrichisse au dépens d’autrui ; le plus
souvent l’accroissement d’un patrimoine et l’appauvrissement corrélatif d’un autre ont une cause
légitime, résultant d’un acte juridique (par exemple vente, donation, etc.)
Mais si ce phénomène de transfert s’effectue en dehors de tout titre
juridique, l’enrichissement est qualifié sans cause.
Ainsi, lorsqu’une personne effectue un paiement dont elle n’était
pas tenue, celui qui aura reçu ce paiement se sera enrichi sans cause au détriment de celui qui l’a
effectué.
De même lorsqu’une personne érige une construction sur le terrain
d’autrui, cette construction va, par voie de l’accession, appartenir au concessionnaire du sol, qui
s’enrichi ainsi injustement aux dépens du constructeur, qui parallèlement se trouve appauvri
d’autant.
Cet enrichissement sans cause d’obligation ; l’appauvri peut intenter contre
l’enrichi une action dite de in rem verso, qui lui permet d’obtenir, dans la mesure de
l’enrichissement procuré, le remboursement de son appauvrissement.
b. Les faits juridiques involontaires
Ce sont les événements naturels, physiologiques, fortuits ou accidentels auxquels
l’homme est intéressé mais dont les conséquences juridiques même si elles sont acceptées
d’avance, ne sont jamais une fin humaine.
Exemples :
- La naissance entraine des droits et obligations ;
- Le décès qui entraine l’ouverture de la succession ;
- L’âge qui entraine la capacité juridique ;
Il ne faut pas confondre la naissance, la conception d’un enfant et
l’acte sexuel des parents. L’acte sexuel est volontaire, la conception par contre dépend du mystère
de la procréation.
L’inondation, la tempête
Les faits juridiques involontaires sont ceux qui sont indépendants
à la volonté de l’homme. Ils se produisent indépendamment de la volonté de tel ou tel de ceux qui
peuvent être plus ou moins directement concernés par ces faits. Il s’agit en quelque sorte des faits
naturels, en ce qu’ils seraient le fruit du hasard ou du concours naturel des choses. On peut citer
notamment : les faits biologiques, certains événements et l’écoulement du temps.
71 Cours d’Introduction au Droit Privé
2. Principe
Le principe fondamental à retenir ici est que tout élément de fait doit être prouvé.
En d’autres termes, le fait compris dans le sens défini ci-dessus (c’est-à-dire les faits juridiques
tout comme les actes juridiques) est par principe objet de preuve.
Mais pour éviter de devoir prouver à l’infini tous les faits qui concourent à une
situation juridique, il existe des critères d’application de principe énoncé ci-dessus. Ainsi, ne sont
objet de preuve que les faits pertinents, concluants, contestés et contestables.
Les exigences d’un caractère pertinent en concluant sont très proches et relèvent
de la même idée selon laquelle, dans un souci d’économie qui doit aussi animé le système juridique,
il convient de ne désigner comme objet de preuve qu’un fait dont il est utile qu’il soit prouvé.
En ce sens, le fait à prouver doit être pertinent, c’est-à-dire en rapport avec le litige,
et concluant, c’est-à-dire avoir l’incidence sur la solution judiciaire à venir. Il est en effet inutile
de rechercher la preuve d’un fait si le résultat de cette demande est indifférent à la décision.
Exemple : cas où le fait en cause n’a aucun rapport avec le litige ou s’il n’est pas de nature à
entrainer une réaction dans un sens ou dans un autre de la part du juge.
L’exigence du caractère constaté et constatable d’un fait à prouver signifie
simplement que le fait visé doit être l’objet d’une contestation ou être susceptible de contestation.
Pour qu’un fait devienne objet de preuve, il faut en effet, qu’il n’ait point de divergence dans sa
reconstitution ou la portée qu’il faut lui accorder, selon les allégations des différentes parties au
litige.
B. La preuve du Droit (ou éléments de Droit)
1. Notion d’éléments de Droit
Par élément de Droit, il faut entendre les règles juridiques que l’on prétend applicables à une
cause donnée, à un litige déterminé, pour soutenir une prétention ou une accusation.
Si l’on se réfère aux exemples cités ci-dessus, (accident et vente), il s’agira pour un accident
d’auto, de la règle de Droit sur la responsabilité civile (voir article 260 alinéa 1èr , du code civil
Congolais, livre III, ainsi que la loi du 5 janvier 1973 sur l’assurance RC en matière d’utilisation
des véhicules automoteurs) ; et pour la vente, de la règle de Droit selon laquelle l’obligation de
livrer la chose est parfaite par le seul consentement des parties contractantes et que celle-ci rend
le créancier propriétaire (article 37 du code civil congolais, livre III).
2. Principe
A la différence des éléments de fait, les éléments de Droit, c’est-à-dire le Droit ou simplement la
règle de Droit n’est pas un objet de preuve.
Par principe donc, les parties n’ont pas à prouver l’existence, le contenu ou la portée des règles
juridiques qu’elles invoquent pour appuyer leur prétention.
Ce principe peut s’expliquer par le caractère général ou abstrait de la règle de Droit. C’est le lieu
de citer l’adage selon lequel « nul n’est censé ignorer la loi », qui signifie aussi que chacun connait
la loi et qu’il n’est pas besoin de la prouver aux autres.
Ajoutons que le principe de la dispense de la preuve est né aussi de la répartition des rôles dans
le procès entre les parties; cela est clairement exprimé par les deux maximes suivantes :
- « jura novit curia « (qui signifie que la Cour connait le Droit) et
- « da mihi factum, dabo tibi jus » (à traduire littéralement par : donnes-moi le fait, je
te donnerai le Droit; ce qui revient à dire que c’est le plaideur qui établit le fait et que le juge
discerne et applique le Droit).
1.2. La charge de la preuve
Les développements de ce chapitre permettent de répondre à la question que nous nous sommes
posés au début, à savoir : qui doit faire la preuve de l’affirmation ? A cet effet, il est intéressant
74 Cours d’Introduction au Droit Privé
de noter que le code civil a posé des règles permettant d’attribuer la charge de la preuve ou de
déterminer celui qui supporte cette charge et qui tiennent lieu de principes généraux auxquels il
est cependant dérogé dans des cas exceptionnels qui opèrent pour ainsi dire une dispense de
preuve.
Le code civil congolais, livre III, reconnait aux termes de ses articles 197 à 245 cinq moyens (ou
modes) de preuve, savoir : 1°) la preuve littérale constituée par les écrits; 2°) la preuve
testimoniale ou preuve par témoins; 3°) les présomptions; 4°) l’aveu; et, 5°) le serment. On va
examiner successivement chacun de ces moyens de preuve.
signature des parties ou de leurs mandataires s’il s’agit d’une convention, ou de l’unique partie
(auteur) s’il s’agit d’un acte unilatéral.
L’acte sous seing privé, en tant que preuve écrite préconstituée, n’exige qu’une condition, la
signature des parties.
Les actes sous seing privés qui contiennent des conventions synallagmatiques, sont, pour être
valables, soumis aux conditions suivantes :
- Ils doivent être faits en autant d’exemples qu’il y a des parties ayant un intérêt distinct ;
- Chaque original doit contenir la mention du nombre des originaux qui ont été faits (article 207
du code civil).
Mais, en ce qui concerne les actes constatant des conventions uni-
latérales de sommes d’argent ou des choses appréciables en argent, il est précisé que «le billet ou
la promesse sous seing privé par lequel une partie seule partie s’engage envers l’autre à lui payer
une somme d’argent, ou une chose appréciable , doit être écrit en entier de la main de celui qui
souscrit, ou du moins il faut qu’outre sa signature, il ait écrit de sa main un bon ou un approuvé,
portant en toutes lettres la somme ou la quantité de la chose». (Article 208 du code civil).
S’agissant de la force probante, l’acte sous seing privé, reconnu par celui auquel on l’oppose ou
légalement tenu pour reconnu a, entre ceux qui l’ont souscrit et entre leurs héritiers et ayant cause,
la même force que l’acte authentique (article 204 du code civil, livre III).
c. Les autres preuves littérales
Il ne faut pas prendre au pied de la lettre l’article 217 du code civil congolais livre III, qui, en
visant les actes authentiques et sous signature privée, parait n’accorder qu’à des tels actes la
qualité de preuve littérale. En réalité, il en existe bien d’autres. Il s’agit, en l’occurrence :
- Des écrits qui n’ont pas été dressés de commun accord entre les parties pour faire preuve de
leur engagement (papier domestique, correspondance, …) ;
- Des écrits qui ne portent pas la signature de ceux qui s’engagent ;
- Des écrits qui ne répondent pas aux conditions de forme exigée pour les actes sous seing privé
(nombre d’originaux, somme en lettre).
Ces écrits constituent ce qu’on appelle un commencement de preuve par écrit.
B. La preuve testimoniale ou preuve par témoin
On verra successivement la notion de ce mode de preuve et le principe de son admissibilité.
1. Définition
On appelle preuve testimoniale ou preuve par témoin celle qui résulte des déclarations faites par
une personne sur des faits dont elle a eu personnellement connaissance.
Cet élément de connaissance personnelle distingue la preuve testimoniale de la preuve par
commune renommée, qui consiste en ce que les personnes rapportent, non pas ce qu’elles ont
constaté elles-mêmes, mais ce qu’elles ont su par ouï-dire, c’est-à-dire par l’opinion publique (les
« on dit ») à propos de tel ou tel fait.
Le témoin est la personne qui a perçu directement, par ses propres sens, le fait contesté.
On parle alors de témoin oculaire ou témoin direct.
Il peut aussi s’agir d’une personne qui tient ses renseignements d’un témoin oculaire ; dans ce
cas, on parle de témoin indirect. Le témoignage indirect est tout aussi valable en ce que le
déclarant rapporte le récit qu’une personne déterminée a fait en sa présence, un tel fait permettant
la discussion et le contrôle.
2. Principes
Suivant le code civil congolais, livre III (voir articles 217 et 220), la preuve par témoin n’est pas
admise, en matière civile (à l’exception des engagements commerciaux) pour les contestations
portant sur une somme ou valeur de plus de deux milles francs, auquel cas il faut nécessairement
un écrit.
Cette preuve n’est pas non plus admise lorsque la convention est constatée par écrit, même si la
valeur de la chose est inférieure à deux milles francs.
77 Cours d’Introduction au Droit Privé
Bref, la preuve testimoniale, à la différence de la preuve littérale, ne fait pas foi obligatoirement
pour le juge.
Celui-ci apprécie librement et souverainement les affirmations des témoins et peut au besoin
rejeter la demande d’une partie, appuyée par des témoignages ; même si ceux-ci sont nombreux
et formels.
C. La preuve par présomptions
1. Définition
L’article 255 du code civil congolais, livre III, définit les présomptions comme « des
conséquences que la loi ou le magistrat tire d’un fait connu à un fait inconnu ».
La preuve dérive ici d’un raisonnement par induction. Le procédé est le suivant : en se fondant
sur ce qui arrive le plus souvent (en latin, quod pleurmque fit) on tire la conséquence de l’existence
d’un fait contesté à partir de la constatation d’un fait connu.
Le fait connu sur lequel on raisonne constitue ce qu’on appelle indice.
Exemple: les très grandes ressemblances physiques entre un enfant et un
homme ou une femme un certain indice du lien de parenté ou de maternité qui les
unit (ce n’est pas biens, sûr, une preuve car on peut avoir affaire à des associés). De
même, si un individu verse, à des intervalles réguliers, une somme d’argent à un autre,
on peut y trouver l’indice qu’il est débiteur de cette personne ; les sommes en question
peuvent être des intérêts ou des arrérages d’une rente.
2. Sortes de présomptions
Suivant le code civil (voir articles 226 à 229), on distingue deux sortes de présomptions : les
présomptions légales et les présomptions du magistrat, dites aussi présomption humaines ou de
l’homme (l’homme, en l’espèce, étant le magistrat) :
a) Présomptions légales
La présomption légale est celle qui est attachée par une loi spéciale à certains cas où à certains
faits, parce que l’intérêt social veut que ces faits difficiles à démontrer, soient irrévocablement
tenus pour vrais. Selon l’article 226 du code civil, il s’agit notamment des faits suivants :
1) Les cas dans lesquels la loi déclare la propriété ou la libération résultant de certaines
circonstances déterminées.
Exemple : l’article 658 du code civil qui prévoit le principe selon lequel « en fait
de meubles, la possession vaut titre » ; l’article 658 du code civil qui dispose que la
remise volontaire du titre original sous signature privée par le créancier au
débiteur, fait, preuve de la libération.
2) L’autorité de la chose jugée ; quand les plaideurs ont épuisé tous les degrés de juridiction,
il faut que le dernier jugement rendu ne puisse être mis en doute et que le même procès
ne puisse plus recommencer entre les mêmes parties, à propos du même litige d’où la
présomption de vérité attachée à cette décision judiciaire souveraine (preuve contraire non
admise).
3) La force que la loi attache à l’aveu de la partie ou à son serment.
b) Présomptions humaines
Les présomptions humaines sont celles qui résultent des indices soumis au juge par les parties.
Ces indices peuvent varier à l’infini. Voilà pourquoi, l’article 229 du code civil dispos que « les
présomptions qui ne sont point établies par la loi sont abandonnées aux lumières et à la prudence
du magistrat, qui ne doit admettre que des présomptions graves, précises et concordantes… »
c) Force probante
Les présomptions ne lient pas le tribunal. Celui-ci conserve toute liberté d’appréciation : c’est la
preuve par intime conviction. D. La preuve par aveu
1. Définition
L’aveu est la reconnaissance faite par une personne de la véracité du fait ou de l’existence de
l’acte que son adversaire invoque afin d’établir son droit contre elle.
78 Cours d’Introduction au Droit Privé
Il ne peut porter que sur une question (ou élément à des faits ; il ne porte pas sur une question de
Droit. Comme on l’a vu, il s’agit là d’une nouvelle application de la distinction essentielle entre
le fait et le Droit, la détermination du Droit relevant en effet de la compétence du juge.
serment probatoire, c’est-à-dire celui qui peut être employé en justice comme moyen de preuve.
Le serment ici visé est donc l’affirmation solennelle de la véracité d’un fait ou de la réalité d’un
acte dont dépend l’issue d’une instance, qu’un plaideur est invité à faire en sa faveur
2. Sortes
Le code civil congolais distingue, à son article 233, deux sortes de serment: le serment décisoire
et le serment déféré d’office ou serment supplétoire.
a) Serment décisoire
Le serment décisoire est défini par l’article 232 comme «celui qu’une partie défère à l’autre pour
en faire dépendre le jugement de la cause ». Pour mieux comprendre cette définition, on peut, par
exemple, imaginer l’hypothèse suivante : un créancier ne possède aucun moyen de preuve de sa
créance ou encore, les moyens de preuve à sa disposition ne sont pas très suffisants pour
convaincre le juge ; il ne peut pas, non plus espérer obtenir l’aveu du débiteur, le prétendu
créancier appelle en justice son prétendu débiteur et lui défère le l’invite à jurer qu’il ne doit rien.
Ce serment est dit décisoire parce qu’il va faire la décision en ce que la partie qui en prend
l’initiative s’en remet à la parole de son adversaire pour dépendre du serment issue du litige. Dans
ce cas, le juge cesse d’avoir un rôle actif, il n’est plus qu’un simple spectateur, qui enregistre le
résultat de la procédure et il est lié par ce résultat. Notons que ce type de serment est d’un usage
rare, car il implique la confiance dans l’honnêteté de l’autre partie qui risque de se constituer un
titre à elle-même par des mensonges.
Le serment décisoire ne peut, selon l’article 235 du code civil, porter que sur des faits personnels
à la partie à laquelle on le défère. Exemple : « jurer que vous ne m’avez pas emprunté l’argent
que je vous réclame ». Celui à qui le serment est déféré a le choix entre trois attitudes :
- Soit, il prête serment qu’il ne doit rien, par exemple. Dans ce cas, il gagne le procès.
Et, l’adversaire n’est plus admis à en prouver la fausseté (article 239).
- Soit il refuse de prêter serment. En ce cas, il perd le procès (article 237).
- Soit il réfère le serment (article 238). Il renvoie en quelque sorte la balle à son
adversaire, le créancier dans l’exemple cité. Si l’adversaire prête le serment- il jure
qu’il est bien le créancier de la somme réclamée), il gagne le procès. Mais, si
l’adversaire refuse de prêter le serment, il perd le procès.
b) Serment déféré d’office ou serment supplétoire
Le serment déféré d’office ou supplétoire est celui que le juge peut déférer d’office lorsque les
preuves produites par les plaideurs ne lui paraissent pas suffisamment convaincantes et qu’il veut
en corroborer les conclusions ou en compenser l’insuffisance.
Le juge invite alors l’un ou l’autre des plaideurs à prêter serment sur tel ou tel fait dont dépend
l’issue du procès. Ce n’est qu’un complément de preuve, voilà pourquoi on l’appelle serment
supplétoire.
Il est évident que le juge défère le serment à celle des parties qui lui inspire le plus confiance. A
la différence du serment décisoire, le serment déféré d’office ne lie pas le juge, mais contribue
éventuellement à former son opinion.
l’administration de la preuve (A), tout en mettant un accent particulier sur l’existence d’un écrit
en ce qui concerne la preuve des actes juridiques (B).
A. Principes généraux
Le système est, en effet, différent selon qu’il s’agit d’actes ou de faits
juridiques. Les faits juridiques se prouvent en principe librement ou, comme on dit, par toutes
voies de Droit, c’est-à-dire par un quelconque des moyens prévus par la loi : écrits, témoignage,
présomptions, etc.
Exceptionnellement, certains faits particulièrement importants par
leurs conséquences juridiques sont soumis à des modes déterminés de preuve, généralement une
preuve écrite préconstituée. Exemple : un acte de naissance, pour la naissance, un certificat de
décès, pour le décès.
Ajoutons aussi dans certains cas, la constatation directe ou maté-
rielle d’un fait allégué peut être effectuée par le juge lui-même. S’il s’agit d’une question relevant
d’une science ou d’une technique, elle se fera par un homme de l’art appelé expert.
Les actes juridiques, par contre, ne peuvent, selon l’article 217, ali-
néa 1er, du code civil congolais, être prouvés que par un écrit. Cette règle, qui fait de la preuve
littérale la preuve par excellence dans le domaine des actes juridiques, n’est pas toutefois absolue,
mais c’est là le principe. Le même article du code civil a en effet prévu quelques exceptions qu’il
convient d’examiner.
B. Exceptions à l’exigence d’un écrit
Le code civil a prévu des cas dans lesquels l’exigence de la preuve littérale peut être
dépassée en autorisant la preuve testimoniale. Il en est ainsi :
1). En matière commerciale: l’article 217, alinéa 2, dispose que «les engagements commerciaux
pourront être constatés par la preuve testimoniale dans tous les cas où le tribunal croira
devoir l’admettre».
2). Lorsqu’il existe un commencement de preuve par écrit : on entend par là un écrit, au sens le
plus large du mot, « émané de celui lequel la demande est formée, ou de celui qu’il représente,
et qui rend vraisemblable le fait allégué » (article 223, alinéa 2). Exemple: une lettre missive,
un projet d’acte, ou une copie même non fidèle et durable voire une photocopie livre.
La question de savoir si l’écrit invoqué rend vraisemblable le fait allégué est un point qui relève
de l’appréciation souveraine du juge.
3). En cas d’impossibilité de se procurer un écrit et perte de l’écrit par cas fortuit : la liberté de
preuve, autrement dit la preuve par toutes voies de Droit est promise lorsqu’il a été impossible
de se procurer une preuve écrite (article 224, 2° et 3°).
Cette impossibilité peut être aussi bien matérielle (exemple : obligation contractée en cas
d’accident imprévu ; cas d’un dépôt volontaire suivi d’un incendie ou d’un naufrage) que morale.
L’impossibilité morale a été largement interprétée par la jurisprudence au bénéfice de personnes
n’ayant pas dressé d’acte instrumentaire en considération de relations d’affection, de famille
(relations entre proches parents, contrat entre beau-père et gendre) ou de subordination entre les
parties (relations entre maitre et domestiques), de pratiques professionnelles (contrat entre médecin
et client) ou par conformité à un usage.
La preuve par tous les moyens est également permise lorsque la preuve écrite que l’on s’était
ménagée péri par suite d’un cas fortuit (article 224)
CONCLUSION GENERALE
Le Droit, dans son intégralité, ne saurait bien sûr se réduire à une présentation
succincte des principes ou règles juridiques tels qu’ils ont été, ici, abordés.
81 Cours d’Introduction au Droit Privé